Livre blanc du CJD - Objectif Oïkos
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Description

Le CJD propose aux Français et aux Européens de s'engager pour une économie au service de la Vie, car notre économie, notre propre existence sont intimement liées à la Biosphère.



Plus qu'une idée, c'est une philosophie et une éthique. Plus qu'un slogan, c'est à la fois un chemin nouveau et un objectif pragmatique qui structurent et donnent un sens aux réformes que des entrepreneurs citoyens proposent.



Avec Objectif Oïkos, c'est l'ensemble de l'écosystème qui est repensé dans une vision systémique et solidaire. Ces propositions permettent d'entrer, sans tabous, dans un cycle vertueux remettant en question l'ensemble de nos politiques économiques, écologiques, sociales et fiscales.



Utopies ? Non. C'est possible, c'est faisable et cela peut tout changer. Cela doit tout changer !




  • Le bonheur, une idée neuve


  • La biosphère, notre travail, ont un prix


  • Pour une France attractive


  • Pour une France solidaire


  • Vers des entreprises compétitives et écocompatibles


  • Pour une régulation du long terme. Europe !


  • Vous êtes ici et maintenant


  • Annexes

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 21 juin 2012
Nombre de lectures 27
EAN13 9782212166606

Informations légales : prix de location à la page 0,0075€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Résumé
Le CJD propose aux Français et aux Européens de s’engager pour une économie au service de la Vie, car notre économie, notre propre existence sont intimement liées à la Biosphère. Plus qu’une idée, c’est une philosophie et une éthique.
Plus qu’un slogan, c’est à la fois un chemin nouveau et un objectif pragmatique qui structurent et donnent un sens aux réformes que des entrepreneurs citoyens proposent.
Avec Objectif Oïkos, c’est l’ensemble de l’écosystème qui est repensé dans une vision systémique et solidaire. Ces propositions permettent d’entrer, sans tabous, dans un cycle vertueux remettant en question l’ensemble de nos politiques économiques, écologiques, sociales et fiscales.
Utopies ? Non. C’est possible, c’est faisable et cela peut tout changer. Cela doit tout changer !
www.editions-eyrolles.com
LIVRE BLANC DU CJD
OBJECTIF OÏKOS
C HANGEONS D ’R !
Les entrepreneurs du CJD proposent d’agir maintenant et solidairement pour nous, nos enfants. Pour la Biosphère.
Groupe Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05
www.editions-eyrolles.com
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2012. ISBN : 978-2-212-55272-0
SOMMAIRE
PRÉFACE POUR UNE ÉCONOMIE AU SERVICE DE LA VIE
INTRODUCTION LE CJ’IDÉES LAB AU TRAVAIL
PARTIE 1 LE BONHEUR, UNE IDÉE NEUVE
CHAPITRE 1 AUJOURD’HUI : L’HUMANITÉ… UNE IDÉE QUELQUE PEU COMPROMISE
CHAPITRE 2 NOUS, NOUS DISONS : UN PRINCIPE FONDAMENTAL, LE RESPECT DE LA VIE
CHAPITRE 3 POUR QUEL OBJECTIF ? POUR L’HARMONIE DE NOTRE OÏKOS
CHAPITRE 4 C’EST POSSIBLE, C’EST FAISABLE : LE DÉVELOPPEMENT DE L’OÏKOS
CHAPITRE 5 VUE D’ENSEMBLE : RÉJOUISSEZ-VOUS ! LA VIE EST BELLE…
PARTIE 2 LA BIOSPHÈRE, NOTRE TRAVAIL, ONT UN PRIX
CHAPITRE 1 AUJOURD’HUI : UNE FISCALITÉ ILLISIBLE, INJUSTE… CONTREPRODUCTIVE
CHAPITRE 2 NOUS, NOUS PROPOSONS : LA VRAIE RÉVOLUTION FISCALE
CHAPITRE 3 POUR QUEL USAGE ? POUR LE DURABLE, LE SOUHAITABLE ET L’ACTIVITÉ
CHAPITRE 4 C’EST POSSIBLE, C’EST FAISABLE : UN PRINCIPE, L’ADAPTATION PERMANENTE
CHAPITRE 5 VUE D’ENSEMBLE : UNE SOLIDARITÉ D’ÉCOSYSTÈME, UNE SOLIDARITÉ D’ACTIVITÉ
PARTIE 3 POUR UNE FRANCE ATTRACTIVE
CHAPITRE 1 AUJOURD’HUI : LA MALADIE DU COURTERMISME
CHAPITRE 2 NOUS, NOUS PROPOSONS : UNE TAXE SUR L’ACTIF NET (TAN)
CHAPITRE 3 POUR QUEL USAGE ? CONSOLIDER LE CAPITAL COLLECTIF
CHAPITRE 4 C’EST POSSIBLE, C’EST FAISABLE : PAR UNE NOUVELLE GOUVERNANCE FRANÇAISE
CHAPITRE 5 VUE D’ENSEMBLE : UNE SOLIDARITÉ SOCIÉTALE
PARTIE 4 POUR UNE FRANCE SOLIDAIRE
CHAPITRE 1 AUJOURD’HUI : S’INDIGNER NE SUFFIT PAS …
CHAPITRE 2 NOUS, NOUS PROPOSONS : UN PRÉLÈVEMENT COMMODE ET CLAIR
CHAPITRE 3 POUR QUEL USAGE ? POUR UNE ALLOCATION UNIVERSELLE
CHAPITRE 4 C’EST POSSIBLE, C’EST FAISABLE : UNE A.U. OUVERTE AUX RÉSIDENTS EN FRANCE
CHAPITRE 5 VUE D’ENSEMBLE : UNE SOLIDARITÉ D’AUTONOMIE
PARTIE 5 VERS DES ENTREPRISES COMPÉTITIVES ET ŒCOMPATIBLES
CHAPITRE 1 AUJOURD’HUI : UN COÛT DU TRAVAIL QUI PÈSE SUR LA COMPÉTITIVITÉ DES ENTREPRISES
CHAPITRE 2 NOUS, NOUS PROPOSONS : DES CHEMINS VERTUEUX POUR LA COMPÉTITIVITÉ
CHAPITRE 3 POUR QUEL USAGE ? POUR L’EMPLOI, LE NIVEAU DE VIE & LA COHESION SOCIALE
CHAPITRE 4 C’EST POSSIBLE, C’EST FAISABLE : RÉDUCTION DU COÛT DU TRAVAIL, SIMPLIFICATION DE LA FEUILLE DE PAIE
CHAPITRE 5 VUE D’ENSEMBLE : UNE COMPÉTITIVITÉ & UNE ÉCONOMIE SOLIDAIRE DANS LA DURÉE
PARTIE 6 POUR UNE RÉGULATION DU LONG TERME. EUROPE !
CHAPITRE 1 AUJOURD’HUI : LA MALADIE DU STOCKOPTIONISME
CHAPITRE 2 NOUS, NOUS PROPOSONS : METTRE DE L’ÉTHIQUE DANS L’ÉCONOMIE
CHAPITRE 3 POUR QUEL USAGE ? POUR UNE FINANCE ENCADRÉE ET UNE BOURSE ÉTHIQUE
CHAPITRE 4 C’EST POSSIBLE, C’EST FAISABLE : DES ÉLÉMENTS POUR UNE RÉGULATION
CHAPITRE 5 PRENDRE DE LA HAUTEUR : POUR UN FÉDÉRALISME EUROPÉEN EFFICACE ET PRAGMATIQUE
CONCLUSION VOUS ÊTES ICI ET MAINTENANT
CHAPITRE 1 ICI : TABLEAU ET MAP. D’ENSEMBLE POUR S’Y RETROUVER
CHAPITRE 2 MAINTENANT : LES 12 PROPOSITIONS PRINCIPALES DU CJD POUR 2012
ANNEXES
ANNEXE A PETIT LEXIQUE À USAGE D’UNE RÉVOLUTION DOUCE ET DURABLE
ANNEXE B EDDY FECHTENBAUM, ANIMATEUR DU CJ’IDÉES LAB : « POUR NOUS, POUR NOS ENFANTS, POUR LA BIOSPHÈRE : BOUGEONS-NOUS MAINTENANT ! »
ANNEXE C FLORENT LE BOT, HISTORIEN : « VOUS NE CONNAISSEZ PAS LE CJD ? »
ANNEXE D PRÉSENTATION DES AUTEURS DU CJ’IDÉES LAB
ANNEXE E LES MEMBRES ACTIFS DU CJ’IDÉES LAB
ANNEXE F LISTE DES EXPERTS EXTÉRIEURS CONSULTÉS
ANNEXE G PRÉSENTATION DES CERCLES DE RÉFLEXIONS ASSOCIÉS
ANNEXE H BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE
NOS 12 PROPOSITIONS PRINCIPALES SONT SIGNALÉES PAR LE LOGO CI-DESSOUS :
12 propositions pour 2012
PRÉFACE
POUR UNE ÉCONOMIE AU SERVICE DE LA VIE
Le Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprise a toujours compté dans les moments importants de la vie politique et sociale de notre pays.
Comme en 2007, notre mouvement entend porter haut et fort la voix des entrepreneurs responsables et sa vision d’une société plus solidaire à l’occasion des élections présidentielles de 2012. Depuis quelques années et surtout durant ces derniers mois, la situation mondiale, européenne et française a dramatiquement évolué. La plus grave des crises depuis la première guerre mondiale est passée par là et la vie a pris une autre dimension. La planète et notre façon de l’envisager ont radicalement changé. Les actualités et les sujets traités ne sont plus les mêmes. L’Homme a compris que les ressources naturelles n’étaient pas inépuisables et que la biodiversité est indispensable à la vie sur terre : il s’est enfin mis à dénoncer les dégradations faites aux écosystèmes.
Il était urgent de réveiller les consciences ; de changer d’« air », d’« ère » et d’« aire »… « Changer d’R ».
Alors, dans le cadre de la stratégie nationale du CJD, j’ai souhaité que l’on réfléchisse tous ensemble à des solutions résolument nouvelles pour répondre aux enjeux sociaux, économiques, sociétaux et environnementaux auxquels nous sommes désormais confrontés. Chacun doit réaliser que gagner contre les autres, contre la planète, contre son voisin ne peut éternellement être un mode de relation avec le vivant. Chacun doit comprendre que faire reposer notre système sur les seuls travailleurs est injuste, que laisser partir nos emplois sans taxer les pays qui produisent à bas coûts – et souvent dans des conditions morales hautement discutables – conduit inexorablement notre pays à « artificialiser » sa croissance par la dette, et à perdre un point de croissance tous les 10 ans. Aujourd’hui, il nous faut prendre conscience qu’une fiscalité reposant essentiellement sur les actifs est parfaitement insoutenable.
Nous devons donc changer « d’R » : d’air d’abord, par un basculement de la fiscalité du travail vers la consommation des ressources naturelles ; d’ère ensuite, par la mutation de nos entreprises vers des nouveaux modèles économiques (de fonctionnalités, circulaires, inventives, etc.) ; d’aire enfin, avec des États d’Europe unis autour d’une solidarité économique et sociale. L’Europe de la paix et monétaire doit devenir une Europe économique et sociale pour protéger ses Hommes, et développer ses entreprises et ses emplois.
C’est à partir de ces constats et de ces nécessités de mutations que le CJ’Idées LAB , notre « Think and Do Tank », collège d’experts de tous horizons, a mené 18 mois de réflexion pour faire éclore douze propositions pour 2012, avec en fil rouge : la solidarité . Cette valeur inscrite dans l’ADN du Cjd, celle qui devrait relier femmes et hommes, et laisser à nos jeunes et aux générations à venir un monde sain dans lequel il fait bon vivre.
Nous pouvons tous être plus performants à condition de penser « global » et sans pour autant négliger ni notre biosphère ni notre économie ! Ce livre propose la vision d’une société solidaire guidée par les propositions d’entrepreneurs, militants et constructeurs du Cjd bien au-delà de nos frontières, qui mettent l’économie à sa juste place : au service de l’Oïkos !
Michel Meunier,
président du CJD, 2010-2012
INTRODUCTION
LE CJ’IDÉES LAB AU TRAVAIL
Le CJ’Idées Lab 2010 – 2011 a été constitué avec le choix de la diversité de ses membres.
En effet, il est très important que les réflexions ne s’enferment pas dans un moule trop étroit, qu’elles soient enrichies, élargies grâce à cette diversité. Nous avons donc privilégié pour les membres du CJD, des statuts, métiers, âges, expériences variés. Nous avons aussi souhaité accueillir des membres permanents, des extérieurs au CJD, des experts pour la plupart dans une ou plusieurs disciplines. Qu’ils soient tous remerciés pour leurs contributions actives.
Nous avons démarré nos travaux en produisant une centaine d’idées. Le temps nous a manqué pour toutes les traiter. Les idées non traitées dans cet ouvrage le seront par nos successeurs, s’ils le souhaitent. N’est-ce pas là aussi le rôle d’un « réservoir d’idées » ?
Ces idées ont été complétées par le travail des élus du mouvement. Nous avons également repris des propositions que le CJD a faites tout au long de ses 73 ans d’histoire. Nous en avons extrait des récurrences, des lignes de force toujours d’actualité. Nous pressentions qu’au-delà des propositions techniques, il nous fallait, parce que nos politiques ne le proposent pas, dessiner la société solidaire et juste que nous souhaitions. Solidarité fut le mot qui revenait le plus souvent. Nous avions d’ailleurs envisagé comme titre à notre ouvrage « Et la solidarité Bordel ! ». Ce titre, qui respire l’impertinence propre au CJD – poils à gratter du patronat – et notre impatience à voir nos idées mises en œuvre, n’a pas été retenu… Il demeure dans nos têtes. Nous avions mis en chantier quatre thématiques autour de la solidarité. Chaque thème fut traité sous l’angle de la valeur des choses (gratuité ou pas), du bien commun, du lien, du sens, du vivre ensemble, de la sécurité, de la confiance, de l’avenir, de la simplification et du travail. Chaque idée a été systématiquement filtrée au « TamiLab » :
• L’idée est-elle impertinente – pertinente ?
• L’idée est-elle novatrice, audacieuse ?
• L’idée est-elle en accord avec les valeurs et l’identité du CJD ?
• Proposons-nous des pistes permettant une transition vers les mesures préconisées ?
• L’idée est-elle simple mais pas simpliste ?
• L’idée est-elle internationalable ?
• L’idée est une utopie. Pourquoi pas ?
Écrire un ouvrage collectivement – nous sommes une dizaine d’auteurs – est une véritable aventure humaine, avec ses moments de doute et ses moments d’ivresse – rassurez-vous, nous sommes restés sobres !
Comme toutes les aventures vécues au CJD, il faut rappeler que l’engagement des membres est bénévole. Et ce n’est pas parce que nous sommes bénévoles que nos productions n’ont pas de valeurs ! La valeur est-elle uniquement liée à la valeur marchande ? Pour les membres du CJD, la réponse est non. L’engagement est toujours un acte qui implique et apporte beaucoup sur le champ des valeurs humaines. L’engagement au CJD nous met toujours en posture d’apprenant. Et nous avons appris beaucoup.
Nous avons fait un travail complexe de recherche et d’agrégation. Agrégation, car nous voulions que le livre blanc ne soit pas une collection des propositions individuelles mais qu’il soit vraiment le résultat d’un travail d’élaboration et d’adhésion collective. Agrégation, car nous voulions que l’ensemble soit dans la cohérence, que chaque proposition soit connectable et interdépendante des autres, à l’image de notre monde ; nous avons rendu notre ouvrage systémique. Les solutions ne se trouvent pas toujours dans le domaine traité mais souvent à côté, à l’extérieur. En permanence il faut prendre de la hauteur et ne pas se laisser enfermer ni dans les détails, ni dans les habitudes de pensée… C’est un travail qui, jusqu’au bout, nous a amenés à des avancées spectaculaires, suivis de retours en arrière parfois décevants, mais oh combien nécessaires.
Nous avons rendu notre ouvrage systémique !
Ce qui n’a pas facilité notre travail et qui en a fait toute sa richesse, ce sont la diversité des statuts, profils, âges, niveaux de compétence, de connaissance des membres ; la présence discontinue des membres et “experts” du groupe liée à nos agendas professionnels ; le caractère très technique des sujets (la fiscalité, ce qui touche au vivant, etc.) ; les aspects sensibles que nous avons abordés (l’argent, l’éducation, les valeurs, etc.) ; les échéances de bouclage ; et la difficulté de la communication par e-mail, parfois source de malentendus.
Toutes les propositions individuelles ont donc été passées au filtre du groupe et du TamiLab. La magie de la médiation, de la bienveillance et de l’intelligence collective, a ainsi pu opérer. Nous avons voulu également que notre ouvrage soit lisible et compréhensible par le plus grand nombre. Les experts ont donc été priés de faire preuve de patience et de pédagogie ! Si nous-mêmes, en tant qu’entrepreneurs, nous ne comprenions pas nos experts, comment nos propositions pouvaient-elles être comprises par nos lecteurs non-experts ? Nous savons que transmettre l’idée s’avère aussi important que l’idée elle-même.
Plus nous entrions dans les méandres et les détails du projet, plus il y avait de questions, moins il y avait de réponses évidentes. Nous ne pouvions pas et ne devions pas répondre à tout mais il nous fallait répondre aux interrogations essentielles, ce que nous avons fait du mieux possible. Même si nous préférerions que l’articulation et la cohérence des propositions soient respectées, il est bien sûr possible d’extraire et d’appliquer des propositions isolément. Cependant la force de nos propositions tient à leur complémentarité.
Enfin, nous avons mis en œuvre un droit original : « le droit au flou » ! Ce flou qui permet le maximum d’ouverture aux idées, aux visions du monde. Ce flou parfois inconfortable, mais indispensable à l’émergence et l’élaboration d’idées nouvelles. Jean Monnet déclarait : « On ne peut progresser sans un certain désordre » nous l’avons pris au mot !
Vous avez entre vos mains le résultat précis et argumenté du croisement « flou » des intelligences d’êtres humains qui ont coopéré pour un objectif commun : dessiner un avenir qui commence à présent.
Eddy Fechtenbaum,
animateur du CJ’Idées Lab , 2010-2012
PARTIE 1
Le bonheur, une idée neuve
CHAPITRE 1
AUJOURD’HUI : L’HUMANITÉ… UNE IDÉE QUELQUE PEU COMPROMISE
LA MAÎTRISE DE LA NATURE EST À LA BASE DE NOTRE ÉVOLUTION
Avec l’apparition de l’Homme moderne, la chasse, la pêche ou la cueillette assuraient la survie des peuples alors totalement dépendants des fruits de la nature. Au moment de la révolution agricole, l’humanité a conquis la maîtrise d’une infime partie de cette nature. Cette alliance de la technique avec les cycles de la vie lui a permis de prospérer par une construction lente, progressive et continue. La révolution énergétique du XIX e siècle nous a ouvert l’accès à un confort et à un bien-être jamais envisagés auparavant, au prix d’une exploitation radicale des ressources de notre planète. Reconnaissons que ces ressources fossiles (pétrole, charbon et gaz), qui ont permis l’industrialisation et l’augmentation de la productivité, sont aussi des cadeaux de la vie, patiemment stockées durant des centaines de millions d’années. Nous bénéficions aujourd’hui de ces progrès et sommes émancipés d’un bon nombre de contraintes qui étaient le quotidien d’autrefois : la faim, le froid, la plupart des douleurs physiques ou une mort précoce. Nous pouvons remercier nos ancêtres et la nature pour cette capacité à créer, à innover… à s’adapter. Mais cette maîtrise partielle des cycles de la vie ne nous place pas dans une position de toute-puissance : Notre vie dépend plus que jamais de l’alliance avec la Biosphère.
SEPT DÉFIS FACE À NOUS
Le point de rupture est atteint. Les ressources disponibles ont leurs limites. Jusqu’à récemment, nous n’avions jamais eu à nous inquiéter de la disponibilité de ces services rendus par la vie, les prélèvements n’altéraient pas en apparence l’abondance et la disponibilité des ressources. Mais, dans un monde fini, il existe fatalement des limites. Il est temps de reconsidérer nos relations avec la nature si nous voulons continuer à bénéficier de ses bienfaits, ce qui implique de s’adapter à sept défis :

Arrêtons-nous sur l’un de ces défis. Sommes-nous trop nombreux ?
La surexploitation des ressources s’avère l’une des causes majeures de la destruction de la vie. Ce constat conduit souvent à un raisonnement malthusien induisant une limitation rapide, ou même une réduction forcée (la politique de l’enfant unique en République populaire de Chine), de la population mondiale. Peut-on atteindre cet objectif sans user de contrainte, de violence, voire de privation de liberté ? Mais l’instrumentalisation démographique se révèle surtout un excellent moyen d’occulter la réalité. C’est notre système de production et de consommation qui est malade et qu’il faut réformer ; pas la vie. Nous sommes 20 % de l’humanité à consommer 80 % des ressources ; 25 % de notre alimentation est gaspillée ; 30 % des poissons pêchés sont rejetés morts à la mer – et la liste pourrait être encore très longue. La vie offre suffisamment de biens et services pour l’ensemble de l’humanité s’il n’y avait le gaspillage, le pillage et la prédation ; s’il ne s’agissait pas de préserver l’aisance et le superflu d’une minorité qui prend comme argument la réduction de la population afin de maintenir son style de vie. En l’occurrence, cette élite se trouve dans les pays « développés » comme dans les pays en « développement » ; la majorité de l’humanité subit… plus ou moins. Le discours consistant à prétendre que la destruction de la nature serait la seule solution pour nourrir l’humanité se révèle d’ailleurs assez consternant car justement, la destruction des écosystèmes est une cause essentielle de la faim dans le monde, ainsi que des tensions politiques et des guerres bien souvent liées au problème de l’accès aux ressources. Et ces guerres pour l’eau, pour l’énergie, pour les terres cultivables vont se multiplier, si l’on ne fait rien : des écosystèmes fonctionnels produisant des biens répartis avec justice et équité permettront d’éradiquer la faim et la misère. Non, nous ne sommes pas trop nombreux. Mais nous sommes gaspilleurs, désorganisés et égoïstes.
Il ne s’agit pas pour nous de remettre en cause l’idée de progrès ni la modernité. Il s’agit de constater simplement que nous sommes arrivés à un point de rupture.
De nos décisions dépendront paix ou guerre, abondance ou misère, destruction ou création.
L’UTOPIE OU LE CAUCHEMAR : DES SOLUTIONS POLITIQUES CLAIREMENT INADAPTÉES
Les approches politiques actuelles offrent peu de solutions positives et, surtout, ne semblent envisager ni l’ampleur ni les effets probables de ces sept défis. S’opposent, pour résumer, une vision techniciste et une vision écologisante – quand il ne s’agit pas de l’absence de vision liée à la notion de « développement durable ».
Les technicistes nient les conséquences prévisibles de la crise écologique ou assurent, à qui veut les croire, que notre raison, notre intelligence et le progrès résoudront à eux seuls toutes ces équations. Peut-être pouvons-nous le souhaiter… les bras ballants ! La question essentielle n’en est pas moins le paramètre temps qui ne nous offre guère de marge de manœuvre. Même si nous pouvons espérer des solutions technologiques et scientifiques, même si nous devons y travailler, il est peu probable que ces efforts aboutissent suffisamment rapidement.
Une partie des écologistes (pas tous, heureusement) s’inscrivent, quant à eux dans un registre négatif, fondé sur la peur de l’avenir, préconisant la décroissance afin de brider la machine économique, tout en sachant que les contraintes imposées ne résoudront que partiellement la surconsommation de capital naturel, auront des conséquences négatives en termes d’emploi et ne permettront pas de résoudre la crise alimentaire qui touche près d’un milliard d’individus sur la planète. Surtout, cette approche néglige les réalités qui ont engendré la surconsommation des ressources. Sans s’attaquer aux causes, comment modifier les conséquences ? Les bonnes pratiques ne font pas les révolutions.
CE N’EST PAS DE DÉCROISSANCE DONT L’HUMANITÉ A BESOIN, MAIS D’UNE AUTRE ÉCONOMIE, D’UN AUTRE CADRE DE VIE
De même, l’application des principes fondés sur le « développement durable » ne résout rien au fond. Toutes les actions menées en faveur de ce « développement durable », ou encore de la « Responsabilité Sociétale des Entreprises », relèguent la vie tel un sujet accessoire qui concernerait, à la marge, notre société et nos entreprises. Cette préoccupation du « développement durable » se résume, à gros traits, au tri des ordures ménagères et à la liste d’espèces menacées et d’espaces naturels à préserver ça et là. C’est mieux que rien… Mais mieux que rien, est-ce suffisant ? Le « développement durable » consiste à tenter de freiner avec les pieds un poids lourd de 38 tonnes jeté à pleine vitesse vers la falaise.
Sans vision claire de l’avenir ni des objectifs à atteindre, sans projet de société ni approche systémique, les différents acteurs se contentent de quelques bonnes pratiques. Ces « bonnes pratiques » donnent bonne conscience et puis, comme on dit, … « business as usual ».
Il faut une remise en cause plus fondamentale.
À une crise systémique, il faut une réponse systémique.
CHAPITRE 2
NOUS, NOUS DISONS : UN PRINCIPE FONDAMENTAL, LE RESPECT DE LA VIE
NOTRE SEULE RICHESSE : LA VIE
Quelles que soient nos apparentes prouesses techniques, nous avons une communauté de destins et une communauté d’intérêts avec les autres espèces vivantes. Le tissu de la vie sur Terre, des bactéries aux océans, est constitué par une infinité de relations et de coopérations au sein d’une infinité d’écosystèmes imbriqués les uns aux autres. La diversité génétique comme la diversité des espèces sont à la fois le moteur de l’évolution et l’assurance d’une capacité d’adaptation lors de changements majeurs.
Il ne s’agit pas d’une posture éthique mais d’une approche pragmatique : la vie doit être impérativement préservée simplement parce qu’elle est indispensable à notre survie, et cela indépendamment de toute considération idéologique ou philosophique. D’ailleurs, la nature n’est pas toujours bonne pour l’Homme : un poison naturel reste un poison, la piqûre du scorpion ou la malaria sont bien des éléments liés au fonctionnement de la vie contre lesquels nous devons nous protéger. Les conséquences du taux de carbone dans l’atmosphère ou les évolutions climatiques ne sont graves que parce qu’elles affectent la vie et les écosystèmes, et inversement, seul un fonctionnement très efficient des écosystèmes permettra d’une part l’adaptation aux changements climatiques, et d’autre part le stockage accéléré du carbone atmosphérique.
Les écosystèmes contribuent à 40 % de notre économie, à la base de notre bien-être. Ils sont d’une complexité telle, que nous ne pourrons jamais espérer comprendre leur fonctionnement.
Les écosystèmes produisent en permanence des services dont nous bénéficions : les cycles de l’eau ou du carbone, la photosynthèse et l’oxygène, la biodégradation 1 , les terres arables et la fertilité, notre alimentation, les régulations climatiques locales, la pollinisation, etc. 40 % de notre économie sont liés de manière plus ou moins directe au fonctionnement des écosystèmes 2 , et les conséquences sociales et économiques de l’altération de la vie sont d’ores et déjà dramatiques, ne cessant de s’aggraver. Or nous connaissons moins de 10 % des espèces présentes sur Terre 3 , nous comprenons à peine la plupart des systèmes vivants. Cela signifie tout simplement que nous serons bien incapables de remplacer la plupart de ces services en cas d’altération. Nous n’avons pas d’alternative connue pour remplacer les services rendus gratuitement par la nature, et nul ne peut nous assurer que nous serons en mesure d’en trouver une à court terme. Gardons humilité et modestie face au système du vivant, car nous savons à peine déterminer ce qui est bon ou mauvais pour sa pérennité. La vie est un capital, au sens propre du terme ; faisons-le fructifier, plutôt que de l’épuiser.
La vie disparaît. Il est naturel que des espèces disparaissent et apparaissent, dans le lent processus de l’évolution, à des échelles de l’ordre général de plusieurs millions d’années. L’humanité n’a pas de responsabilité dans la fin des dinosaures ! Ils peuplent encore les rêves de nos enfants. Désormais, ce qui est inédit et dramatique, c’est la rapidité fulgurante de disparition des espèces, estimée entre 100 et 1 000 fois supérieures au rythme naturel (l’amplitude de la fourchette d’estimation, montre bien que là comme ailleurs, on ne maîtrise pas grand-chose.) 4 . Il ne faut pas être un « grand scientifique » pour déduire que l’artificialisation des sols par l’urbanisme ou les voies de communication entraîne une diminution des zones de vie (des habitats naturels), et donc logiquement des espèces elle-même. Deux chiffres permettent de comprendre l’ampleur du désastre : en France, de 60 à 80 000 hectares sont artificialisés tous les ans, ce qui élimine l’équivalent de la surface d’un département français tous les sept ans 5 ; la moitié des zones humides de la planète ont disparu lors des 50 dernières années, alors qu’elles sont indispensables à de très nombreuses espèces et produisent de nombreux services dont nous bénéficions 6 . L’ONU constate en 2005, que 60 % des services rendus gratuitement par la nature, et dont nous bénéficions, sont dégradés 7 . Ajoutons à cela, l’introduction, du fait de l’activité humaine, d’espèces que l’on appelle « envahissantes » et qui colonisent les milieux naturels, éliminant les autres espèces, comme « l’algue tueuse » de la Méditerranée ( Caulerpa taxifolia ). Les impacts indirects de nos activités ne sont que très rarement pris en compte, tels que les dégâts irréversibles causés par la pêche profonde sur des écosystèmes pourtant très peu connus et surtout extrêmement lents à se régénérer. Plus près de nous, dans nos paysages, dans nos jardins : les 30 % d’oiseaux qui nichent au sol ont du mal à faire leurs nids parmi les hectares de pelouse tondus régulièrement, de même que les abeilles peinent à faire leur miel en raison, entre autres, de la raréfaction des fleurs sauvages. L’Homme est contraint à la solidarité avec la biosphère, du fait des interdépendances et des relations.
OÏKOS, QU’EST-CE QUE C’EST ?
Les termes « d’environnement », de « biodiversité », ou même de « nature » prennent des significations très différentes selon les contextes, les personnes ou les cultures. Dans la plupart des cas, il s’agit de désigner un extérieur à l’humanité ; elle qui croit assez naïvement à son autonomie, et pense pouvoir décider de son avenir avec une indépendance et une maîtrise totale.
Le terme « Oïkos » nous offre la possibilité de prendre en compte cette réalité de la vie humaine, intégrée, encastrée, dans le monde du vivant. En grec ancien, Oïkos signifie « la demeure », « le lieu de vie ». Il ne s’agit pas uniquement des murs, mais de l’ensemble du domaine : les humains, bien sûr, maîtres, serviteurs et esclaves (il y avait malheureusement des esclaves), mais aussi les terres, le bétail et tout ce qui dépendait dudit Oïkos. Par glissement, cela correspond à notre biosphère, avec la diversité de vies qu’elle abrite, les multiples relations et interdépendances des espèces vivantes. Mais l’Oïkos peut aussi être un territoire donné, dès lors que l’on inclut dans cette notion de territoire l’ensemble de ses habitants, humains et non-humains, ses ressources et son patrimoine. En ce sens, nos Oïkos sont constitués par l’ensemble des socio-écosystèmes dans lesquels nous vivons.
Ainsi, l’Oïkos peut désigner cette société que nous voulons construire, mais aussi les différentes cellules (familles, territoires, entreprises, pays, etc.), dont il reste maintenant à fixer les valeurs et les méthodes de fonctionnement. Ce n’est pas un nouveau mot pour remplacer ce que certains appellent « environnement », mais l’expression de notre lieu de vie : nous en faisons partie, ce qui n’est pas le cas avec le terme « environnement ». L’harmonie et la cohérence de l’Oïkos peuvent être l’objectif à atteindre, comme moyen pour le bien-être, le respect et la dignité de la personne humaine. La façon dont l’Homme traite l’Oïkos, son lieu de vie, son bien commun, est en relation avec la manière dont il traite ses semblables ou lui-même, et réciproquement. Ainsi, en travaillant à la protection de l’Oïkos et de tous ses composants, vivants ou non, il s’agit bien de protéger l’Homme contre son attirance pour la destruction.
“ OÏKOS, j’écris ton nom. ”
_____________
1 . La biodégradation est la décomposition de matières organiques par des microorganismes comme les bactéries, les champignons ou les algues.
2 . Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Le Guind Institute for Ecological Economics estimait en 1997 que la valeur des écosystèmes est de 33 000 milliards de dollars. Données reprises et complétées dans le rapport de Pavan Sukhdev, The Economics of Ecosystems and Biodiversity study, 2008.
3 . WCMC, 1992. Global biodiversity assessment . Chapan & Hall. Repris dans le Millennium Ecosystem Assessment.
4 . Millennium Ecosystem Assessment (MEA), Ecosystems and Human Well-being : Synthesis . Island Press, Washington DC, 2005.
5 . Agreste, « L’utilisation du territoire entre 2006 et 2009 », Agreste Primeur, n° 246, juillet 2010.
6 . MEA, op. cit.
7 . Id.
CHAPITRE 3
POUR QUEL OBJECTIF ? POUR L’HARMONIE DE NOTRE OÏKOS
SIMPLE COMME LE BONHEUR ?
Il existe toujours des craintes lorsque l’on aborde les notions de valeurs, de voir poindre un nouvel ordre moral. Mais cette crainte légitime ne doit pas pour autant évacuer la question des valeurs, car elles représentent nos défenses face à la barbarie. Il ne peut s’agir de contraindre, mais de susciter l’adhésion : la liberté est un principe fondamental. La solidarité ne peut être imposée : ce ne serait plus la solidarité. Mais reconnaissons que le respect des valeurs humaines apporte plus de bonheur durable que l’individualisme.
De fait, l’objectif principal recherché est le bonheur de la personne humaine. La notion de « bonheur » est sans doute difficile à définir, dépendant des points de vue. Il existe tout de même des fondations communes au bonheur, qu’il convient de préserver. Ainsi, la paix, la liberté et la sécurité en sont des composantes universelles ; la solitude, la grande pauvreté ou l’oppression s’y opposent. Des principes de base comme la juste répartition des biens de la terre, l’équité ou la justice sont des préalables au bonheur du plus grand nombre. Mais l’opulence ne protège pas de la dépression ; notre passé s’avère bien souvent déterminant, tout comme l’angoisse d’un avenir que nous maîtrisons peu. Il n’est donc pas question d’imposer une forme de bonheur, mais d’identifier des valeurs sans lesquelles il est probable qu’il ne puisse exister. Faisons le pari du bonheur.
DIGNES ET SOLIDAIRES
L’une des pierres angulaires des valeurs individuelles est la dignité de toute personne, qui doit être préservée et respectée bien au-delà de ses simples droits. La dignité de la personne dépasse très largement la seule dimension physique et juridique, pour recouvrir l’intégralité de la personne, dans sa dimension spirituelle, dans ses convictions et ses croyances, dans son histoire et sa culture. La richesse de l’individu sera à la base de la richesse des échanges qu’il établira avec les autres, et cette richesse ne doit pas être réduite uniquement aux aspects matériels. Il est essentiel que l’Oïkos favorise cette richesse et la reconnaisse.
Les devoirs partagés permettent la reconnaissance de chaque individu au sein de la société, en fonction de ses aptitudes. Nous possédons une communauté d’intérêts à court terme et une communauté de destins à long terme. Cette communauté de destins conduit à souligner que le développement de l’Homme et de l’humanité ne peut se faire que dans le partage et la solidarité, seuls capables de permettre une co-construction de l’avenir. Ainsi, partage et solidarité ne sont pas seulement des valeurs humaines personnelles, mais une nécessité quasi-technique pour le développement, facilitant le déploiement de l’intelligence collective. Les enjeux liés aux crises à venir nous « condamnent » à la solidarité et au partage. Solidarité et partage sont des devoirs qui ouvrent au respect de la dignité de tous, mais aussi des moteurs de développement. La simple somme des intelligences individuelles ne parviendra jamais à l’efficacité d’une intelligence collective pour la construction de l’Oïkos. Que personne ne prétende que c’est une utopie, car toutes les grandes réalisations de l’humanité se sont réalisées dans cette forme d’espérance, tournées vers une volonté commune et positive.
Ces principes doivent s’appuyer sur une pratique de la gratuité et la reconnaissance de cette gratuité, remettant en valeur le don et le contredon des sociétés anciennes analysées par l’anthropologue Marcel Mauss 1 . La solidarité dans son principe consiste à reconnaître que nous sommes tous responsables de tous. Comme les autres dépendent de nous, nous dépendons des autres, et cette relation ne peut pas être uniquement commutative, c’est-à-dire régie par des relations contractuelles d’équivalence, mais fondée sur une justice garantie par des valeurs humaines basées sur la gratuité. Les femmes et les hommes donnant gratuitement d’eux-mêmes ne doivent pas être considérés comme des « naïfs au grand cœur », mais comme des bâtisseurs d’avenir.
Une vision commune de l’Oïkos ne signifie pas une uniformité des destins individuels : c’est justement la diversité, richesse de l’humanité, qui facilite la création et l’innovation. Ainsi nous semble-t-il nécessaire de dépasser la stricte quête de l’égalité. Si l’égalité des droits est bien entendu un préalable à toute société juste, elle n’assure pas pour autant la justice et l’équité pour tous. La justice et l’équité ne sont pas réductibles à l’égalité. L’équité implique une justice distributive, permettant à chacun de bénéficier d’une partie des biens de la terre, et cela bien au-delà de l’égalité des droits. Une certaine disparité dans les conditions matérielles est peut-être inévitable, mais le niveau de disparité actuel n’est pas acceptable. Il faut mettre un terme à l’iniquité croissante et généralisée.
Une exigence : mettre un terme à l’inéquité.
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1 . Marcel Mauss, Essai sur le don : forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques , Paris, PUF, 2007.
CHAPITRE 4
C’EST POSSIBLE, C’EST FAISABLE : LE DÉVELOPPEMENT DE L’OÏKOS
DU SENS DE L’ÉCONOMIE
Le principe de l’économie au service de l’Oïkos doit être posé comme principe de base non négociable. Il ne s’agit pas de supprimer les notions de concurrence, de compétition ou de profit, mais de les adapter et de les contrôler pour le respect de l’Oïkos. Les régulations actuelles sont basées sur un principe de justice commutative, qui règle les échanges selon l’égalité arithmétique, sans considération pour les autres parties prenantes. Chacun reçoit en fonction de ce qu’il donne, souvent par le biais de contrats, et non en fonction de ce dont il pourrait avoir besoin. Cette justice commutative est à la base des transactions monétaires, dans lesquelles les marchandises sont échangées en fonction de leur valeur. Les plus pauvres sont exclus du partage, et ils ne peuvent donc pas profiter du bien commun, qui pourtant leur appartient aussi. Il faut donc ajouter des régulations intégrant le principe de justice distributive et intergénérationnelle, permettant d’intégrer dans tous les échanges l’ensemble du bien commun éventuellement consommé, afin que chacun puisse en bénéficier, tout en en laissant à disposition des générations suivantes. Tout choix économique a inévitablement des conséquences sociales et écologiques. Ces choix doivent être subordonnés aux décisions politiques garantissant le respect du bien commun, la justice et la redistribution.
La révolution doit consister à mettre l’économie dans le bon sens, pour un monde meilleur. Une fois la finalité posée, considérons les moyens dont nous disposons pour l’atteindre. Toute la production économique repose sur la mise en relation de différentes ressources, organisées en familles de capitaux.

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