Écrivains francophones dans l’Allemagne des Lumières , livre ebook
143
pages
Français
Ebooks
2024
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Publié par
Date de parution
28 juillet 2024
EAN13
9782386476662
Langue
Français
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Date de parution
28 juillet 2024
EAN13
9782386476662
Langue
Français
Écrivains francophones dans l’Allemagne des Lumières
Volume 1
A-J
© Éditions Complicités, Chez Pierres de Paris - 44 rue Rouelle, 75015 Paris, 2024
ISBN : 9782386470820
Dépôt légal : 4 e trimestre 2024
www.editions-complicites.com
Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5.2° et 3°a), d’une part que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective », et d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (Art. L-1222-4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
François Labbé
Écrivains francophones dans l’Allemagne des Lumières
Écrire et publier en langue française dans les pays allemands (1740-1790)
Volume 1
A-J
Éditions Complicités
À mes amis promeneurs et marins, grands lecteurs, Joseph Irvoas, Yves de Boisanger et Georges Desmons, ce voyage à travers les pays allemands francophones.
Table des matières
I. Introduction 9
II. Table des notices 29
III. Notices 33
I. Introduction
Le 24 mars 1954, Werner Krauss proposait à l’Académie des Sciences de Berlin de mettre en place une commission d’étude et de recherche de la littérature française dans l’entourage de Frédéric II et de se pencher particulièrement sur celle produite par un assez grand nombre d’Allemands francisés (« von einer Reihe französierter Deutscher ») comme « Bielfeld ou Rantzau » 1 .
C’est dans ce sens – tout en dépassant les frontières de la Prusse et en retenant, en plus des « Allemands », ces auteurs de toutes origines installés et publiant en français dans les pays allemands – que nous souhaitons aller dans le présent ouvrage 2 . En effet, tous ces livres parus dans des zones d’influence germanique au XVIII e siècle, ont eu un public et une diffusion certes souvent réduits, mais attestés. Ils représentent un domaine laissé en friche, important pour l’histoire littéraire et la circulation des idées 3 .
Bien entendu, les ouvrages français publiés en France ou en Hollande sont partout diffusés en Allemagne. En revanche, des libraires qui proposent un grand choix de ces livres comme le célèbre Charles Fontaine (1722-1782) à Mannheim ou Jean Guillaume Virchaux (173. ?-179. ?) à Hambourg, François Varrentrapp (1706-1786) à Francfort. Plus nombreux encore sont les Français vivant en Allemagne qui constituent, comme Jean-Charles de La Veaux (Laveaux) (1749-1827), un bureau de vente de livres nouveaux français pour améliorer leurs revenus 4 . Quantité de libraires allemands se procurent par ailleurs des ouvrages français (sortis en France ou en Hollande) qu’ils reproduisent et/ou diffusent (Haude et Spener, Voss, Pitra et Nicolaï…) quand ils ne font pas tout simplement de la contrefaçon (Johann Georg Esslinger (1710-1775) à Francfort, Conrad Henri Stagé (1728-1796) à Augsbourg, etc.) Nombreux sont aussi ces libraires internationaux (Néaulme, Decker…) 5 qui multiplient les succursales.
Enfin, au cours du siècle, contrecoup de la Révocation de l’Édit de Nantes, les éditeurs qui, en Europe, éditent sur manuscrit des ouvrages en langue française se font moins rares en raison de la clientèle huguenote et un commerce de ces livres se développe. Cependant, comme l’a montré Christiane Berkvens-Stevelinck, si l’on prend l’exemple de Berlin, il faudra attendre 1743 pour qu’une librairie française y voie le jour, celle de Jean Néaulme (1694-1753), venu de La Haye, peu avant celle d’Étienne Laurent de Bordeaux (1717-1793), puis ce seront celles de Jean Jasper et plus tard de François de Lagarde (1756-1824) 6 . Notons toutefois que les érudits huguenots d’Allemagne (Isaac Beausobre, Jacques Lenfant, La Croze, Jordan, Pelloutier…) comme dans d’autres pays du Refuge publient d’abord de préférence en Hollande où le réseau des libraires leur assure une diffusion dans toute l’Europe, d’autant plus que les libraires hollandais entretiennent souvent des succursales comme à Leipzig, à Berlin ou ailleurs. Ces auteurs conserveront pour une part cette habitude « hollandaise » assez longtemps, ce qui fait que parfois nous avons dû prendre en considération les livres imprimés dans ce pays. Le secrétaire de l’Académie de Berlin, le pasteur Formey (1711-1797) continuera ainsi à y publier assez avant dans le siècle une partie de ses œuvres, dont au moins six livres chez son ami et correspondant Élie Luzac 7 . Cependant, à partir des années soixante, les libraires allemands s’intéressent davantage à ces livres rédigés en français, qui ont un public suffisamment nombreux pour être commercialement intéressants. Formey ne publiera plus qu’à Berlin après 1769.
Ce qui a retenu notre attention dans cette recherche, ce sont donc ces livres publiés dans les pays allemands par des auteurs écrivant en français : ils n’ont parfois eu que peu d’écho en France quelle que fût leur qualité, souvent pour de simples raisons de marché.
Ainsi, dans une réponse du 2 janvier 1754 au secrétaire de l’Académie des Sciences de Berlin, Jean Henri Samuel Formey, le libraire parisien Antoine Claude Briasson (1700-1775) refusait de prendre en charge un roman traduit en langue française, La Comtesse suédoise publié avec succès à Berlin par Christian Fürchtegott Gellert (1715-1769), roman que son correspondant lui avait proposé, le jugeant d’autant plus excellent qu’il en était le traducteur. Briasson considérait d’une part le risque élevé de contrefaçon et doutait de l’intérêt commercial d’un roman allemand. Il observait : « C’est le sort de tout ouvrage facile à fabriquer et prompt au débit, et la raison pour laquelle je m’attache dans le commerce étranger à des livres de sciences ; j’en débite beaucoup moins, mais je suis assuré d’être souvent seul » 8 .
Briasson avait déjà refusé l’ Encyclopédie réduite de Formey par crainte de nuire à sa propre édition de l’ Encyclopédie comme il refusera, le 6 mai 1755, ses Conseils pour dresser une bibliothèque , édité par Haude et Spener, parce que ce ne serait pas « dans le goût français ».
C’est d’ailleurs là une des raisons qui font que cette étude sera surtout dirigée vers les œuvres littéraires, car les ouvrages scientifiques, ou qui se situent en dehors du strict domaine littéraire, ont, eux, leur public et font leur chemin plus aisément. Le choix de la langue française dans ce cas répond à un désir de diffusion internationale, le français remplaçant le latin. C’est d’ailleurs le fait de tout ouvrage d’emblée destiné à un public européen. Ainsi, Louis-François de La Tierce (1699-1782) donnant en 1742 à Francfort une adaptation développée des Constitutions maçonniques d’Anderson chez François Varrentrapp choisit le français parce que c’est « une des langues les plus universellement entendues ». Georg Friedrich Martens (1756-1821), juriste et philosophe, écrit en préface d’un de ses ouvrages :
« Si j’ai préféré de donner ce traité en François ce n’est pas mon goût seul pour cette langue que j’ai consulté. J’ai cru qu’il était assés naturel de parler des droits des nations dans la langue qui depuis longtems est devenu presque universelle en Europe, surtout pour les affaires étrangères. »
Une telle recherche s’imposait enfin, car de nombreux auteurs ont proposé en langue française des ouvrages qui ne manquent pas de qualité mais que le public français n’a pas (ou peu) connus. Des auteurs comme von Bar, Bielfeld, Boaton, Briatte, d’Archambaud, Cattaneo, Berger, Choffin, Colom du Clos, Denina, Dufresne de Francheville, Formey, Hartig, Hatzfeld, Hertzberg, Jordan, La Veaux, Le Bauld-de-Nans, Loen, Lamberg, Lozambrune, Maillot de la Treille, Mauvillon, Montbar, Paradis de Tavanne, Pazzi de Bonneville, Rauquil, Uriot, Villaume…, ont laissé des œuvres qu’il convient de redécouvrir dans le cadre d’une littérature française élargie, des écrits qu’il faudrait lire dans la perspective d’une meilleure compréhension des relations littéraires et culturelles franco-allemandes.
Pour recenser ces livres, nous avons tenu compte :
- Des flux migratoires : huguenots et catholiques (Pasteurs, Maîtres de langue, Maîtres des plaisirs, journalistes, acteurs…) habitant les pays allemands ou venant s’y installer et publiant dans leur langue maternelle.
- Des auteurs allemands voire d’autres nationalités (Italiens ou Russes essentiellement) implantés dans ces pays et publiant généralement en français.
- Des auteurs écrivant en français à destination de ces événements que sont principalement les foires de Leipzig et Francfort, surtout pour des lecteurs allemands francophones.
- Des auteurs germanophones publiant leurs ouvrages en langue française dans les royaumes et principautés limitrophes comme le Danemark, la Suède, la Pologne, la Hongrie voire la Russie.
À ce niveau, une remarque s’impose. Il est difficile de connaître avec certitude les modalités de l’écriture. En effet, les Français en mal de subsides vivant dans les pays allemands ne manquent pas. Ces « pauvres diables » 9 (fils de famille ayant quitté la France pour une raison ou une autre, moines défroqués, chevaliers d’industrie divers et variés…) sont souvent des personnes qui ont fui le royaume de France pour des raisons juridiques, idéologiques, religieuses, économiques, familiales et qui savent lire et écrire, possèdent parfois une vraie culture littéraire et peuvent ainsi proposer leurs services (professeurs, correcteurs, arrangeurs, voire plus) à tout Allemand désireux de publier en français. Ainsi, lorsque Jean-Charles Laveaux (1749-1827) arrive de Suisse à Berlin, nombreux sont ceux qui comptent profiter des talents et du savoir de cet anci