Foucault aujourd
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Description

L'ouvrage rassembles les actes des neuvièmes rencontres Ina-Sorbonne, qui se sont tenues le 27 novembre 2004. Réunissant des intervenants prestigieux autour de la figure et de l'héritage philosophique de Michel Foucault, elles furent l'occasion de vifs débats, sur des thèmes actuels comme les intellectuels et la télévision, la notion d'archive, l'usage de la parole, le dire vrai, mais aussi d'un témoignage émouvant d'Hélène Cixous.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2006
Nombre de lectures 277
EAN13 9782336254746
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

9782296014084
Collection Les Médias en actes
Dans la même collection :
Le Journaliste et la morale publique
Rencontres Ina/Sorbonne, 20 octobre 2001 2002
Récit médiatique et histoire
Collectif, sous la direction de Béatrice Fleury-Vilatte 2003
Les Temps des médias
Forum international Ina, juillet 2002
Volume 1 : Télévision, mémoire et identités nationales
Volume 2 : Les Temps télévisuels. Big Brother
Volume 3: Le Temps de l’événement 2004
Les Séries policières
Colloque Bordeaux 3/Inathèque, 2002
Sous la direction de Geneviève Sellier et Pierre Beylot 2004
Pierre Bourdieu et les médias
Rencontres Ina/Sorbonne, 15 mars 2003 2004
Les Intellectuels de médias en France
Journée d’étude CRIS université Paris 10, 18 juin 2003 Sous la direction de David Buxton et Francis James
Les Médias et la Libération en Europe (1945-2005)
Sous la direction de Christian Delporte et Denis Maréchal Colloque Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines, université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines /Inathèque, avril 2005 2006
Foucault aujourd'hui

Philippe Artieres
Sommaire
Page de Copyright Page de titre Participants Présentation Une histoire brève des intellectuels à la télévision : le cas de Michel Foucault Retour à l’archive L’usage de la parole Discussion Lectures pour tous Un témoignage Beauté de Foucault Le dire vrai Conclusion générale
Participants

Philippe Artières
Historien, chargé de recherche en histoire au Laboratoire d’anthropologie et d’histoire de l’institution de la culture (LAHIC). Auteur de : Le Livre des vies coupables (Albin Michel, Bibliothèque Histoire, 2000).

Hervé Brusini
Journaliste. Directeur délégué de l’information à France 3. Coauteur avec F. James de Voir la vérité, le journalisme de télévision (PUF, 1982).

Tamara Chaplin Matheson
Professeur d’histoire à l’université de l’Illinois (États-Unis). A soutenu sa thèse sur French philosophers on television — 1949-1999.

Roger Chartier
Agrégé d’histoire, directeur d’études à l’EHESS. Auteur de : Au bord de la falaise. L’histoire entre certitude et inquiétude (Albin Michel, 1998).

Hélène Cixous
Femme de lettres et universitaire, agrégée d’anglais, docteur d’État ès lettres.

Didier Éribon
Philosophe, visiting professor à l’université de Berkeley. Auteur d’une biographie : Michel Foucault (Flammarion, 1989).

Arlette Farge
Directrice de recherche au CNRS, enseigne à l’EHESS. A publié avec Michel Foucault : Le Désordre des familles. Lettres de cachet des archives de la Bastille (Gallimard, coll. « Archives », 1982).

Francis James
Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris 10. Coauteur avec H. Brusini de Voir la vérité, le journalisme de télévision (PUF, 1982).

Mathieu Potte-Bonneville
Philosophe, membre de la rédaction de la revue Vacarme. Auteur de : Michel Foucault, l’inquiétude de l’histoire (PUF, coll. « Quadrige », 2004).

René Schérer
Professeur de philosophie à l’université Paris 8. Auteur de : Regards sur Deleuze (Kimé, 1998) ; L’Écosophie de Charles Fourier : deux textes inédits (Anthropos, 2002).

Paul Veyne
Professeur au Collège de France.
Présentation
Emmanuel HOOG : Bonjour à tous. Permettez-moi quelques mots d’introduction pour, tout d’abord, vous remercier chaleureusement d’être venus aussi nombreux en ce samedi matin. Ce n’est pas forcément chose facile même si la qualité et la diversité des intervenants, comme l’intérêt des thèmes abordés, se révèlent souvent des éléments fédérateurs.
Nous sommes réunis aujourd’hui à l’occasion de la IX e Rencontre Ina-Sorbonne. Des rencontres qui, depuis maintenant plusieurs années, ont su s’inscrire dans une tradition de qualité et d’exigence. Je salue ici, d’ailleurs, M. Régis Debray que j’aperçois dans la salle. Il a été un de ceux qui ont porté cette initiative dès ses débuts.
Je souhaitais également remercier la Sorbonne qui, par la grande qualité de son accueil, permet que nos échanges aient lieu dans d’excellentes conditions et dans ce cadre prestigieux. De même, je souhaitais adresser un salut particulier au département du dépôt légal de l’Inathèque de France qui, au sein de cette grande maison qu’est l’Ina, a travaillé avec Didier Éribon et Roger Chartier à l’organisation de cette journée. Je les remercie personnellement.
Enfin, je voudrais terminer en précisant que cette IX e Rencontre Ina-Sorbonne est placée sous le signe d’un double anniversaire. En effet, l’Ina fête cette année ses trente ans et le dépôt légal, plus jeune, ses dix ans (puisque si la loi date de 1992, son démarrage effectif remonte précisément à 1995). Un double anniversaire donc, pour célébrer une institution patrimoniale singulière qui à la fois collecte, rassemble, documente, archive, ordonne et organise, et qui, dans le même mouvement, anime, fait vivre, transmet, enrichit, complète et ménage un espace critique autour des médias.
Voilà, je vous remercie de votre attention et, sans plus tarder, je cède maintenant la parole à Jean-Michel Rodes, directeur du dépôt légal de la radio et de la télévision en France.

Jean-Michel RODES : Les premières Rencontres InaSorbonne ont été essentiellement organisées autour de thématiques (« Le vu et l’insu », etc.). Il y a un peu moins de deux ans, on avait fait une première rencontre autour de Pierre Bourdieu, de façon plus biographique. Cette année, nous faisons Michel Foucault. Ce n’est pas un intérêt particulier pour la nécrophilie, c’est tout à fait l’inverse, on a besoin aujourd’hui de revisiter des grandes pensées du XX e siècle pour en montrer toute l’actualité. Je crois que c’est ce qui a donné le titre de ce colloque : « Michel Foucault aujourd’hui », et non pas la pensée de Michel Foucault momifiée ou ossifiée. Je crois que ce sera très important tout au long de la journée. Une deuxième chose qui nous relie très fortement, l’Ina et Michel Foucault, c’est l’archive. On ne le souligne peut-être pas assez aujourd’hui, mais ce sera fait très bientôt avec Arlette Farge et Roger Chartier notamment, c’est le théoricien de l’archive qu’a été Michel Foucault et à la fois un extraordinaire praticien. Je crois qu’il est rarement suffisamment souligné à quel point il a pu rénover le parcours de l’archive. Je crois que ça va être une belle journée. Le seul petit regret que j’ai, c’est qu’on avait invité Paul Rabinow, le grand philosophe américain spécialiste de Foucault, qu’il en était tout à fait d’accord et heureux, et que les hasards du calendrier ont fait qu’au dernier moment ça n’a pas été possible. Ce sera un regret. Avant de passer la parole à Roger Chartier et Didier Éribon, je voudrais les remercier tous les deux pour la préparation de cette journée. Deuxièmement, les personnes de l’Ina qui ont travaillé fortement sur le sujet : je pense à Emmanuèle Plas, qui est ici, à Denis Maréchal, à Anne Pavis, qui s’est occupée de toute la partie documentation, et à Jean-Michel Briard qui s’occupe en ce moment de la vidéo et qui a fait l’ensemble des montages d’archives.

Roger CHARTIER : Je voudrais, au nom de Didier Éribon et en mon propre nom, d’abord vous accueillir ce matin, remercier l’Ina pour son initiative et, comme vous venez de le faire, remercier tous ceux qui ont travaillé à la préparation de cette journée. Je vais intervenir au nom de Didier Éribon et au mien propre, nous allons nous partager cette journée: ce matin, j’essaierai de mener le fil des interventions et des débats, et il le fera cet après-midi. Une des contraintes qui pèsent sur nous est évidemment la contrainte de temps, c’est pourquoi ce matin nous allons essayer d’être très brefs dans cette introduction à deux voix mais à travers la mienne seulement. Le point de départ est que nous sommes dans un temps de souvenir et de mémoire, et qu‘il y a une présence extrêmement forte de la pensée, du travail, de la personne de Foucault. Vous avez pu le voir immédiatement par la multiplicité des colloques en France et hors de France, parmi les dizaines de colloques qui se sont tenus ou vont se tenir à Rome, à Varsovie, à Dublin, à Rio de Janeiro. Il y a eu la publication de numéros de revues, de dossiers dans les journaux, des expositions, la publication d’archives et de documents sur Foucault, par exemple ce petit livre, Michel Foucault, une journée particulière, particulièrement intéressant puisqu’il s’agit d’archives d’images. On pourrait même ajouter, d’une certaine manière et avec originalité, le concert ce soir au Châtelet uniquement consacré à l’œuvre de Barraqué. Je crois que c’est un signe de vie, d’existence, d’une inspiration toujours présente, d’une pensée toujours secourable. Je crois que rien n’aurait pu faire plus plaisir (j’emploie le mot à dessein) à Foucault que cette présence au-delà de l’existence. Dans sa Radioscopie, le dialogue avec Jacques Chancel, presque vers la fin, Foucault disait : « J’éprouve presque un plaisir, et un plaisir physique, à penser que les choses dont je m’occupe me débordent, passent à travers moi, qu’il y a mille livres qui s’élaborent, mille personnes qui parlent, mille choses qui se font et qui reprennent — non pas reprendre au sens de “ répéter ” — ce que je dis, mais qui vont exactement dans le même sens et qui finalement me débordent. » Le mot « reprendre », ici, indique le risque qui est présent dans cette multiplicité d’initiatives autour de Foucault, c’est-à-dire la répétition sans grande invention, le commentaire indéfiniment déployé. De là, le statut particulier de cette journée, qui est organisée dans un cadre spécifique, non seulement la salle Louis Liard, prestigieuse et fastueuse, mais le cadre de l’Ina, ce qui veut dire que nous allons essayer de faire un colloque qui ne soit pas comme les autres. Pour deux raisons. La première : les ressources propres de l’Ina, qui viennent d’être évoquées et qui permettent de faire retour sur des archives originales, archives de télévision, archives de radio. D’autre part, du coup, la perspective qui se trouve liée à cette présence d’archives, que vous allez entendre et voir, est une perspective qui vise à situer la parole de Foucault, les énoncés de Foucault dans les lieux et les contraintes mêmes de leur énonciation. Avec les genres qui sont là présents, l’entretien, l’interview, le débat filmé, le programme littéraire, le journal télévisé, on a là, je crois, comme pour les journées précédentes, quelque chose d’original puisque nous proposerons ces extraits comme des points de départ, des points d’appui, des points de rencontre avec les interventions de ceux qui ont bien voulu contribuer directement à cette journée. Du coup, on voit que la réflexion portera non seulement sur ce que Foucault dit, mais sur les conditions qui régissent la manière de le dire, sur des énoncés pris à la fois dans des formats d’émissions, dans des contraintes imposées par la durée ou par la forme qu’on lui propose ou qu’il choisit. La première expérience que nous avons eue ici, j’avais eu le plaisir d’y être associé, a été une journée sur Pierre Bourdieu par l’Ina et L’Harmattan. Certains s’en souviennent sans doute s’ils étaient là, cette journée était centrée sur la présence de Bourdieu dans les médias, et particulièrement sur Bourdieu parlant des médias dans les médias. Le cas est un peu différent avec Foucault, comme on a pu le constater dans la préparation de cette journée. D’une part, il n’y a pas une telle évidence dans un discours de Foucault sur les médias. Lorsqu’on prend l’index des Dits et écrits, il y a une entrée « Image » qui renvoie essentiellement à des commentaires, des analyses sur les peintres, il y a une entrée « Photographie » qui renvoie à deux textes qu’il avait donnés en relation avec des expositions, mais vous ne trouvez pas d’entrées « Film », « Télévision », « Cinéma », « Radio ». Ce qui ne veut pas dire que, ici ou là, le propos ne les prend pas en compte, mais ce n’est pas un thème majeur et fondamental dans son travail. D’autre part, on s’est rendu compte que les traces, en particulier télévisuelles (pour la radio, le cas est différent), sont relativement rares. Il y a de grands classiques, qui vont être utilisés à plusieurs reprises dans cette journée, l’entretien de Lectures pour tous avec Pierre Dumayet, la présence si provocante à Apostrophes. Il y a des témoignages radiophoniques plus nombreux, mais finalement le matériau est évidemment plus rare que pour d’autres philosophes ou penseurs ou historiens contemporains de Foucault. Ce matin, nous essaierons d’alterner, avec liberté, les extraits qui donnent à entendre ou voir la parole de Foucault, et d’autre part les analyses qui seront proposées, avec un parcours qui essaiera d’abord de comprendre la présence ou l’absence de Foucault dans les médias, ensuite une analyse du rapport de Foucault à l’archive, et enfin, pour terminer cette matinée, une réflexion sur la relation, ou les relations multiples, de Foucault avec la parole. Dans ces deux derniers cas, Foucault et l’archive, Foucault et la parole, je crois que l’idée est d’entrelacer ce qui peut être une analyse des archives ou des paroles dont Foucault fait l’étude avec son propre usage du dit ou de l’écrit. C’est en fin de matinée, une fois sédimentées différentes interventions, déployées à la fois à travers les extraits de la parole même de Foucault et les analyses des trois intervenants, que nous pourrons ouvrir, je crois avec un matériau solide et un ancrage fort, une discussion. Je pense qu’on peut passer directement à la première de ces interventions, qui est celle de Tamara Chaplin Matheson, professeur à l’université d’Illinois à Urbana-Champaign et, surtout pour nous ce matin, qui a travaillé, sous la forme d’une recherche et donc d’un doctorat, sur un thème qui va permettre de situer Foucault dans un cadre ou un contexte plus large, puisque son travail porte sur les philosophes français à la télévision entre 1951, date de la première attestation, et 1999. Cette thèse va bientôt être transformée en un livre publié sous le titre de Embodying the Mind, « Donner corps à la pensée ». Elle a publié ou va publier différents essais sur cette présence des philosophes français à la télévision. Nous la remercions beaucoup d’ouvrir cette journée en situant la présence propre de Foucault dans ce médium particulier et en relation avec d’autres présences. Merci.
Une histoire brève des intellectuels à la télévision : le cas de Michel Foucault
Tamara CHAPLIN MATHESON : Monsieur le président, mesdames et messieurs, je suis honorée de présenter la première communication du colloque d’aujourd’hui. Lorsque j’ai commencé mes études de doctorat, en 1995, j’ai été intriguée par l’influence du travail de Michel Foucault sur les universitaires anglo-américains. Ma thèse de doctorat, sur l’histoire de la philosophie à la télévision en France, a été inspirée par la contribution des médias à la célébrité de Foucault. Par conséquent, j’aborderai aujourd’hui l’histoire des intellectuels à la télévision à travers la philosophie et, plus particulièrement, à travers Michel Foucault.
Entre 1951, date à laquelle le journal télévisé parle de Jean-Paul Sartre pour la première fois, et la fin du siècle, plus de 3 500 sujets concernant soit des philosophes, soit leurs œuvres, ont été diffusés en France. La simple existence de ces programmes, qui se sont efforcés pendant presque cinquante ans, de présenter aux téléspectateurs l’une des disciplines les plus abstraites, est étonnante, surtout selon des critères américains. Cela remet en cause les arguments de Theodor Adorno, Stuart Hall ou Raymond Williams, pour n’en citer que quelques-uns, sur les oppositions fondamentales entre culture de l’élite et culture populaire, en particulier dans les médias. Cela va aussi à l’encontre des assertions de penseurs comme Pierre Bourdieu ou Régis Debray qui affirment que la télévision, même publique, est foncièrement anti-intellectuelle, qu’elle est une menace pour la démocratie, la culture et les valeurs morales, ainsi que l’adversaire déclarée du livre.
La présence continue des philosophes et de la philosophie à la télévision française est symptomatique d’une série de questions récurrentes dans l’histoire de la France contemporaine sur la culture, l’éducation, la politique et le rôle de l’intellectuel. Aujourd’hui, je voudrais étudier comment certains de ces aspects se sont manifestés à travers une analyse de la manière dont Michel Foucault a été présenté à la télévision française. Bien qu’on lui ait consacré moins d’émissions qu’à des personnalités comme Sartre, Camus ou le très médiatique BHL, Foucault est apparu ou bien a été évoqué à la télévision environ 67 fois entre 1965 et la fin du siècle. En effet, alors qu’il ne semble pas avoir courtisé ce moyen d’expression, Foucault apparaît dans tous les types d’émissions sur les intellectuels diffusées à la télévision française, des émissions scolaires aux journaux télévisés et aux documentaires historiques en passant par les biographies, les magazines de cinéma, les nécrologies et la traditionnelle émission littéraire. Cet éventail de genres d’une part démontre que l’étude de Foucault au petit écran est appropriée pour l’analyse des idées préconçues concernant les intellectuels et la télévision, et d’autre part soulève des questions sur la couverture médiatique au sens large.
L’argument que je vais avancer est le suivant. Premièrement, la représentation télévisée des philosophes et de la philosophie était un prolongement naturel de la mission culturelle et éducative de la télévision d’État. Deuxièmement, grâce à la spécificité de leur discipline fondée sur le dialogue socratique et enracinée fondamentalement dans l’exercice de la parole, loin d’être contradictoire avec l’expression télévisuelle, les philosophes, en dépit de leur méfiance en général à l’égard du média, étaient en réalité particulièrement à même de tirer profit de cette nouvelle technologie. En troisième lieu, et ce malgré les contraintes imposées par les forces du marché ou du contexte politique, les philosophes ont pu influer sur le contenu intellectuel des émissions. Cela ne veut pas dire que ceux-ci, tout comme le domaine intellectuel, n’ont pas été mis à l’épreuve par la télévision ; cependant, ils en ont à la fois bénéficié et tiré une forme de popularisation inédite.
Afin de soutenir ces affirmations, examinons les sources. Les Mots et les Choses, ouvrage publié en 1966, devient un best-seller en l’espace de quelques mois. Au milieu d’un tourbillon médiatique grandissant, Pierre Dumayet invite Foucault à Lectures pour tous, un programme qui avait inauguré le genre télévisuel de l’émission littéraire. Vers 1962, cette émission rassemblait régulièrement entre 26 % et 32 % des téléspectateurs. Selon Dumayet, l’un des producteurs et animateurs de l’émission, Lectures pour tous était « conçue pour tracer un chemin vers l’œuvre et perçue comme un instrument de diffusion de la culture traditionnelle ». L’intérêt du téléspectateur devait être suscité par ce que l’auteur révélerait verbalement et physiquement, ce qui ne se trouverait pas dans son texte. L’interview du 15 juin 1966 pose un défi intéressant. Il est admis que Les Mots et les Choses est un livre d’une grande complexité. Comment la télévision, un médium de vulgarisation, pouvait-elle aborder des œuvres philosophiques de cette envergure ?
Au début de l’interview, Dumayet demeure poli mais ne manifeste aucune déférence. De toute évidence, Foucault n’a pas encore atteint à cette époque l’impressionnante réputation qu’il aura plus tard. Il est conscient qu’on le juge et semble vouloir se démarquer. Dès les premières minutes de l’entretien, Foucault soulève la question de l’« archéologie du savoir » et du problème de l’homme. Le dialogue qui s’établit est assez érudit.

Lectures pour tous, 15 juin 1966, 1 re chaîne, interview par Pierre Dumayet
- Quelle idée de l’homme avez-vous ?
- Eh bien, je crois que l’homme a été sinon un mauvais rêve, sinon un cauchemar, du moins une figure très particulière, très déterminée, historiquement située à l’intérieur de notre culture.
- Vous voulez dire que c’est une invention ?
- C’est une invention que l’homme. Avant le XIX e siècle, on peut dire que l’homme n’existait pas. Ce qui existait, c’était un certain nombre de problèmes, c’était un certain nombre de formes de savoirs et de réflexions, où il était question de la nature, où il était question de la vérité, où il était question du mouvement, où il était question de l’ordre, où il était question de l’imagination, où il était question de la représentation, etc., mais il n’était pas, à vrai dire, question de l’homme. L’homme est une figure qui s’est constituée vers la fin du XVIII e siècle, au début du XIX e , et qui a donné lieu à ce qu’on a appelé, ce qui s’appelle encore, les « sciences humaines ». L’homme, cet homme tout nouveau, ainsi inventé à la fin du XVIII e siècle, a donné lieu aussi à tout cet humanisme, à tout cet humanisme dont le marxisme, dont l’existentialisme sont comme le témoignage le plus visible actuellement. Mais je crois que, paradoxalement, le développement des sciences humaines nous conduit maintenant beaucoup plutôt à une disparition de l’homme qu’à une apothéose de l’homme.
Cette interview contredit l’idée que la télévision ne peut donner lieu à des échanges intellectuels de haut niveau. En l’espace de quinze minutes, Foucault pose toute une série de problèmes épistémologiques en expliquant en quoi consiste la recherche d’une « archéologie du savoir ». Ce qu’il y a de proprement vécu chez l’homme n’est qu’une sorte de sentiment de surface au-dessus des grands systèmes formels. On discute de la mort de Dieu. Cette grande absence de l’Être suprême était l’espace de la liberté. « La philosophie en tant que telle, déclare Foucault, est en train de disparaître, de se dissoudre dans un âge de la pensée pure, de la pensée en acte. » La vigoureuse prestation de Foucault impose le ton de l’entretien et en améliore magistralement le contenu. Pourtant, si le succès de cette interview en tant que démonstration d’une philosophie en acte repose sur Foucault, un certain nombre d’éléments en ont facilité l’aboutissement. La structure de l’entretien imite un modèle classique : le dialogue socratique. Sauf qu’ici l’élève pose les questions et le maître répond. Le cours ininterrompu de l’émission facilite la transmission d’arguments complexes. L’audience, peu habituée à l’époque à un montage accéléré, regarde l’émission différemment, c’est-à-dire avec la patience qu’exige une programmation dite « culturelle ». Du point de vue technique, le jeu des caméras accroît la force d’impact de la prestation de Foucault. Le cadrage sur son visage, ainsi que les gros plans sur ses mains, insufflent du mouvement, du rythme et de la vivacité à ses paroles. En outre, l’émission illustre les objectifs didactiques de la télévision publique d’alors : informer, éduquer, distraire. Finalement, et de façon paradoxale, alors que l’émission défend l’écrit, exhortant les téléspectateurs à lire, la séquence consacrée à Foucault souligne la nouvelle importance de l’image dans le champ intellectuel.
Dix ans plus tard, le 17 décembre 1976, on invite Foucault à passer à Apostrophes afin de discuter de son récent ouvrage, La Volonté de savoir. À ce moment-là, la structure de l’interview telle que présentée auparavant dans Lectures pour tous, tellement appropriée à la transmission de la pensée philosophique, est remplacée par les techniques du débat multipartite qui réduit le temps de parole de chacun des participants. La frustration provoquée par la censure télévisuelle, avec par exemple la non-couverture des événements de Mai 68, et la crise économique des années 1970 ont abouti à l’éclatement de l’ORTF. Dans le nouveau paysage audiovisuel, le divertissement devient la clé. La communauté intellectuelle réagit avec pessimisme à cette transformation de la télévision culturelle. Apostrophes, qui s’empare régulièrement du cinquième de l’auditoire télévisuel, et Bernard Pivot, son hôte irrésistible, provoquent des réactions incendiaires. Trois points sont particulièrement décriés. D’abord, étant donné qu’un passage à Apostrophes prend un poids promotionnel énorme entre 1975 et 1989 (26 % de tous les livres achetés en France étaient directement attribués à l’emprise de l’émission), l’influence de Pivot, qui choisit lui-même les livres à présenter lors de son émission, semble mettre en danger le réseau ayant longtemps contrôlé la distribution du capital intellectuel. Deuxièmement, l’accent mis sur le divertissement privilégie la personnalité d’un individu au lieu de ses idées. Le raisonnement de Régis Debray sur cela est d’ailleurs révélateur : « Voilà ma conception d’un philosophe. Son raisonnement vous a convaincu ? Mais non, son look, oui ! » Troisièmement, on juge que ce type de débat empêche les discussions élaborées. Collectivement, ces critiques ont ainsi répandu la conviction que, à partir des années 1970, la programmation télévisuelle basée sur une économie de marché sonnait le glas de la culture intellectuelle en France.
Afin d’examiner ces hypothèses, j’aimerais me tourner vers des extraits de l’émission avec Foucault dont le thème était : « Quel avenir pour l’homme ? » Après avoir discuté des récents ouvrages de ses trois premiers invités, Jean Hamburger, André Fontaine et Albert Ducros, portant sur la génétique, la globalisation et la vie sur Mars, Pivot braque son attention sur Foucault.

Apostrophes , « Quel avenir pour l’homme ? », 17 décembre 1976, Antenne 2, interview par Bernard Pivot
- Le philosophe, maintenant, va avoir la parole. Alors le philosophe, je l’ai invité, c’est-à-dire Michel Foucault, je l’ai invité pour son premier volume La Volonté de savoir, son premier volume de L’Histoire de la sexualité, mais il m’a dit : « Moi, je n’en parle pas, de ce bouquin-là, je préfére parler d’un autres. » Alors pourquoi vous ne voulez pas parler de votre livre ?
- Eh bien, je ne veux pas parler du mien pour une raison... une première raison, c’est qu’au fond on écrit des choses un peu parce qu’on les pense, mais aussi beaucoup pour ne plus les penser...
- Vous voyez bien que ça philosophe !
- Et puis, ensuite, je crois que quand on termine un livre... enfin, terminer un livre, c’est ne plus pouvoir le voir. Tant qu’on aime encore un petit peu son livre, on l’écrit. Une fois qu’on a cessé de l’aimer, on cesse de l’écrire.
Foucault refuse de discuter de La Volonté de savoir. Mais de quoi veut-il parler ? Il aborde soudain la question des dissidents soviétiques et du Goulag tel qu’incarné par un procès surnommé l’ « affaire Stern », au cours duquel le KGB avait poursuivi un médecin pour perversion sexuelle. Le docteur Stem, juif et membre du parti communiste, avait été dénoncé pour avoir refusé de dissuader ses deux fils d’immigrer en Israël. À cause de ce refus, on l’avait arrêté sous des inculpations multiples. Au terme du procès, Stern avait été condamné à huit ans de travaux forcés. Cette affaire avait renforcé le débat sur l’oppression soviétique qui faisait rage dans les médias depuis la traduction, deux ans auparavant, de L’Archipel du Goulag d’Alexandre Soljenitsyne. Au-delà des préoccupations humanitaires qu’il avait, l’attention que portait Foucault à ce sujet était alimentée par son extraordinaire apport comme illustration de son cadre théorique. Car, tout comme son livre La Volonté de savoir révèle la manière dont les pratiques confessionnelles de l’Église, de la psychanalyse et de la médecine ont construit la vérité de l’identité sexuelle, les propos de Foucault sur l’affaire Stern expliquent comment la justice soviétique a eu recours aux mêmes pratiques pour construire ses propres vérités. Dans l’extrait suivant, Foucault fait référence à la publication des témoignages de ce procès enregistré de façon clandestine.

- Là, on a simplement le tiers de cet enregistrement, mais ce tiers est tout à fait significatif. Alors il est significatif, je crois, et il est un peu, je dirais même beaucoup question de notre avenir.
- Pourquoi ?
- Pourquoi ? Eh bien, d’abord, si vous voulez, par l’extraordinaire image qu’on a d’un pouvoir étatique venant s’infiltrer comme cela dans les relations humaines les plus... j’allais dire les plus élémentaires, entre un médecin et un malade. Quand on songe par exemple qu’il y a eu des fouilles de police, des perquisitions, dans le domicile, dans le bureau du docteur Stern, et on a découvert évidemment les dossiers médicaux avec des photographies. Endocrinologue, le docteur Stem s’occupait de soigner des enfants dont le développement était déficient, par conséquent documents photos. Photos d’adolescents difformes. « Photos d’adolescents difformes ? Pornographie. » Ou encore une femme vient témoigner et dit que le docteur Stem a été un très très bon médecin, qu’elle peut l’attester, elle a assisté à toute la consultation. « Ah ? Vous avez assisté à toute la consultation ? Mais voyons, votre fils a été examiné devant vous ? — Oui. — On l’a déshabillé devant vous ? — Oui. — Vous l’avez vu tout nu ? — Oui. — Comment est-ce possible ? » Et la femme dit : « Mais vous savez, ce garçon que j’ai fait, je n’ai pas cessé de le voir nu jusqu’à l’âge de quatorze ans quand on l’a examiné... » Alors il y a ceci, cette espèce de formidable menace d’un pouvoir étatique venant comme ça à la limite de l’absurde et du grotesque, du dérisoire et du honteux, enfin il y a quelque chose d’obscène dans cette intervention du pouvoir sur le corps même des gens.
Si l’objectif de La Volonté de savoir tel que l’annonce Foucault dans son ouvrage était de démontrer comment le déploiement de la force est directement lié au corps, l’affaire Stem est l’occasion d’observer cette philosophie en action. La sexualité étant considérée moralement répréhensible, les enquêteurs de la police soviétique avaient extrait les témoignages dépeignant Stem en tant que pervers sexuel. Les méthodes confessionnelles des domaines médical et judiciaire se sont retrouvées dans la salle d’audience, créant une version tordue de la vérité. Ainsi, les propos de Foucault sur l’affaire Stem s’articulent non seulement sur les thèmes principaux de La volonté de savoir, mais aussi sur ses intérêts philosophiques en général, sa fascination pour les discours médicaux, pénaux et sexuels, le rapport pouvoir/savoir et la production de la vérité. Pour Foucault, la tâche de la philosophie était de faire le diagnostic de ce que nous sommes aujourd’hui. L’affaire Stem lui permettait de le faire tout en visant un but politique. En mettant sur la table une question d’actualité, Foucault profite du pouvoir des médias pour livrer son propre discours philosophique à la plus grande audience possible. En outre, en choisissant ce média et en s’appropriant le thème de la discussion, Foucault conteste l’idée que la télévision, et en particulier Apostrophes, exerce un pouvoir complet sur le champ intellectuel. Toutefois, malgré sa volonté, Foucault n’aurait pas pu atteindre ses objectifs sans la collaboration de l’animateur d’ Apostrophes . Pourquoi Bernard Pivot, l’homme surnommé le «dictateur des lettres », s’est-il soumis aussi facilement aux manœuvres anarchiques de Foucault ? Peut-être parce qu’il savait que la controverse apportait le spectacle, et le spectacle le succès d’audience.
Malgré les deux exemples que j’ai cités aujourd’hui, Foucault n’est pas toujours sorti triomphant de ces escarmouches avec le petit écran. Selon David Macy, Foucault a tenté en 1972, avec Sartre, Beauvoir, Cixous, Deleuze et Clavel, parmi d’autres, de faire entendre le point de vue du groupe d’information sur les prisons en prenant part à une émission de libre antenne, Les Dossiers de l’écran, dont le thème portait sur la réforme carcérale. Aucun de leurs commentaires ne fut diffusé. De tels échecs démontrent bien que le pouvoir médiatique ne peut être ébranlé sans l’accès aux estrades. Il ne fait aucun doute que, pour plusieurs penseurs, la télévision implique une perte de contrôle de la réputation intellectuelle. L’hallucinante popularité médiatique des « nouveaux philosophes » pendant les années 1970 a renforcé les stéréotypes qui sont entretenus en France sur la superficialité de la télévision. Comme le dit Pierre Nora, « le petit écran promeut le producteur au détriment du produit ». Mais ce dilemme est-il véritablement nouveau ? La télévision n’est-elle pas l’héritière des salons du XVIII e siècle, une manifestation moderne de l’espace public auquel les intellectuels se devaient de prendre part ? Il est possible que le problème perpétuel qui se cache derrière le rejet des nouveaux médias se situe dans la manière avec laquelle leur domination menace le mythe de l’objectivité intellectuelle en mettant l’emphase sur la vente de livres, la publicité et la commercialisation grossière. Néanmoins, comme Foucault lui-même l’a fait remarquer, « je ne croirai jamais qu’un livre est mauvais parce que son auteur est apparu à la télévision. Mais bien sûr il n’est pas bon uniquement pour cette raison non plus. »
Une bonne partie du débat sur la présence des intellectuels à la télévision française s’est concentrée sur la relation entre le penseur et l’œuvre. Toutefois, on observe aussi que les médias peuvent utiliser l’image de ces intellectuels pour orienter l’opinion publique vers d’autres préoccupations. Après la mort de Foucault, de nombreuses émissions de télévision ont associé sa mémoire à la maladie du sida. Par exemple, dans le « Spécial Foucault » diffusé en 1994 dans Le Cercle de minuit , Didier Éribon affirme :

Avant de parler de Michel Foucault en tant que penseur, en tant que philosophe, vous avez dit que Foucault est mort il y a dix ans, il faut rappeler que Foucault est mort du sida il y a dix ans. Si on doit rendre un hommage aujourd’hui à Michel Foucault, il faut commencer par dire que le sida, dix ans après, est une maladie, une épidémie qui continue à répandre ses ravages, qu’aucun médicament, qu’aucun vaccin n’a été trouvé. Et si on rend hommage à Foucault, il faut rendre hommage aux associations qui aujourd’hui luttent contre le sida.
Ceci est un exemple, mais plusieurs autres émissions font ce lien entre Foucault et le sida. Pourtant, dans son propre pays, Foucault a rarement parlé de son identité sexuelle à la tribune publique. Néanmoins, après sa mort, ce sujet de la sexualité de Foucault a remodelé son image en France. La télévision a contribué à cette transformation. Foucault aurait sans doute été parmi les premiers à admettre que, dans l’ère contemporaine, la sexualité était devenue une part primordiale de la vérité de l’identité moderne. De façon paradoxale, on se demande si l’homme qui « a écrit pour ne pas avoir de visage » a jamais imaginé que la recherche d’une telle vérité serait personnalisée de cette façon.
En conclusion, la démonstration par Michel Foucault de la philosophie en acte, visible dans Lectures pour tous, montre que, contrairement aux a priori négatifs des intellectuels, la télévision peut donner place à des discussions érudites. En deuxième lieu, l’exemple d’ Apostrophes illustre la capacité des penseurs à s’approprier les médias pour leurs propres projets intellectuels. Mais, à l’inverse, comme le montre l’image de Foucault redessinée après sa mort par son association au sida, les médias peuvent aussi exercer un pouvoir important sur nos représentations des intellectuels.
Le recul de la télévision d’État a suscité et suscite toujours des craintes de voir disparaître les émissions culturelles. Toutefois, cette esquisse rapide de la couverture médiatique de Michel Foucault semble indiquer que ce parcours est loin d’être linéaire. En effet, l’intérêt dont témoigne la production continue d’émissions dites « intellectuelles » en France, la mode de la philosophie à la télévision dans les années 1990 quand six nouveaux programmes sur la philo ont été lancés sur les chaînes nationales, ou encore la diffusion cette année du documentaire de Philippe Calderon intitulé Foucault par lui-même (ça fait référence évidemment à Sartre par lui-même ), permettent de voir que, malgré les changements dans l’environnement de l’audiovisuel qui pèsent sur la forme, le contenu et surtout la grille des programmes (on remarque souvent que les émissions culturelles sont diffusées à des heures de plus en plus tardives), la représentation de la philosophie et des philosophes dans les médias relève aussi de cette idée de défense de l’exception culturelle pour laquelle les Français se battent toujours. Merci.
Retour à l’archive
Roger CHARTRIER : Merci beaucoup. Je crois que cet exposé introduit parfaitement cette journée, en particulier avec deux éléments. Le premier est votre manière d’appliquer, au moins pour partie, le programme de « L’ordre du discours » à des énoncés qui n’ont pas forme écrite mais qui ont forme orale, en montrant comment des systèmes de contraintes ou des espaces de possibles sont créés, de manière différente, par des situations d’énonciation.

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