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L'Afrique, berceau de l'écriture. Volume 1

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Description

Ce livre collectif en 2 volumes est un cri d'alarme de l'Afrique pour éveiller ses dirigeants et le monde à la nécessité de sauver les manuscrits en péril de l'Afrique et de les tirer de l'oubli et de l'abandon. Ce premier volume a trait à l'évolution historique de l'Afrique du point de vue scripturaire, et à l'examen des collections existantes de manuscrits anciens portant sur l'astronomie, le droit, la médecine, l'architecture, la philosophie, la grammaire, etc.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 novembre 2014
Nombre de lectures 124
EAN13 9782336360478
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Ce livre a été publié pour la première fois en trois volumes, en langues française (volumes 1 et 2) et anglaise (volume 3).

Les contenus des volumes 1 et 2 ont été réalisés grâce au généreux soutien financier de la Fondation Ford. Aide Transparence lui exprime sa profonde gratitude à cet égard.

Publié par L’Harmattan et Aide Transparence (15 Cité SAGEF, ZAC Mbao, Dakar, Sénégal) - BP 5409, Dakar-Fann, Sénégal www.africanmanuscripts.org

Tous droits réservés. Aucune partie de cette publication ne doit être reproduite ou transmise sous aucune forme ou moyen électronique ou mécanique que ce soit, y compris la photocopie, l’enregistrement ou l’usage de toute unité d’emmagasinage d’information ou de système de retrait d’information, sans la permission préalable d’Aide Transparence.

Les opinions exprimées dans cette publication sont celles des auteurs. Elles ne reflètent nullement les idées ou vues politiques d’Aide Transparence (AT) et n’indiquent en rien le soutien d’AT ou de L’Harmattan par rapport aux idées des auteurs. Par conséquent, toute citation émanant de cette publication doit être directement imputée à l’auteur et non à AT ou à L’Harmattan.

Mise en page effectuée par Sati Penda Armah

Distribué par L’Harmattan
Titre
AIDE TRANSPARENCE
ASSOCIATION POUR LA SAUVEGARDE ET LA VALORISATION
DES MANUSCRITS ET LA DÉFENSE DE LA CULTURE ISLAMIQUE








L’AFRIQUE, BERCEAU DE
L’ECRITURE



Et ses manuscrits en péril



Sous la direction de
Jacques Habib Sy

Volume 1



Des origines de l’écriture aux manuscrits anciens
(Egypte pharaonique, Sahara, Sénégal, Ghana, Niger)
Copyright

© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

EAN Epub : 978-2-336-71058-7
Sommaire Couverture 4e de couverture Titre Copyright Sommaire Dédicace Remerciements Première Partie – Origines africaines de l’ecriture CHAPITRE 1 – Introduction générale – L’Afrique et l’écriture : un paradigme à reconstruire, des manuscrits négligés Cheminement des graphies préhistoriques africaines L’écriture négro-égyptienne aux origines de l’invention de l’écriture L’islam et l’avènement de l’écriture arabe en Afrique Présentation de l’ouvrage CHAPITRE 2 – L’Afrique, berceau de l’écriture Résumé Importance de l’écriture dans l’histoire humaine Papyrus et papier : supports universels de l’écriture Histoire de la route du papier de l’Asie en Occident Invention de l’écriture en Afrique et sa diffusion en Occident Manuscrits africains anciens : protection, conservation et exploitation Conclusion CHAPITRE 3 – L’Afrique noire : naissance et évolution de l’écriture Résumé L’Afrique et le berceau de l’écriture L’histoire de l’écriture : de l’Egypte ancienne à la période contemporaine Conclusion Deuxième Partie – livres manuscrits ouest-africains CHAPITRE 4 – Le livre manuscrit arabe en Afrique occidentale (VIIIe – XXe siècle) Résumé Le Soudan occidental : un espace économique Le contexte intellectuel et culturel du Soudan occidental Livres, manuscrits et papier : production et diffusion Conclusion CHAPITRE 5 – Repères historiques de l’écriture manuscrite ouest-africaine Résumé Localisation géographique des collections de manuscrits Les richesses nationales Contenus, état des lieux et perspectives Etat des lieux et perspectives L’état des manuscrits Perspectives GLOSSAIRE CHAPITRE 6 – Savoirs endogènes, quête de sens et écritures ouest-africaines Résumé Ecriture et antiquité soudano-sahélienne Contacts et apports L’ajami Le mythe de l’oralité exclusive Défis de l’ajami en Afrique de l’Ouest Les manuscrits anciens Les manuscrits comme traces et sources Conclusion CHAPITRE 7 – Le fonds Gilbert Vieillard et les manuscrits de l’IFAN Cheikh Anta Diop Résumé Présentation du Laboratoire d’islamologie de l’IFAN Cheikh Anta Diop Thèmes et pays couverts Gilbert Vieillard Analyse bibliographique du fonds Vieillard Conservation des collections Analyse synthétique des manuscrits CHAPITRE 8 – Les manuscrits anciens du Ghana Résumé Historique de la collection des manuscrits du Ghana Etude codicologique de la collection Les conditions de conservation des manuscrits avant 2003 Conclusion CHAPITRE 9 – L’ajami, à l’épreuve, au Niger Résumé Aperçu historique Création et diffusion des manuscrits Echantillons de manuscrits et analyse synthétique de leur contenu. Les manuscrits : une source inépuisable de connaissances CHAPITRE 10 – Aspects de l’esclavage au Niger Résumé Points de repère Routes et sites anciens Les mines Intégration, développement, prospérité Rapports sociaux Place de l’esclavage Témoignages écrits Héritages Etude à l’initiative de Timidria Conclusion Annexes AUTEURS AYANT CONTRIBUE A CET OUVRAGE Addis Abeba Declaration on the African Manuscript Book Charters PART ONE : THE RIGHTS RELATING TO THE PROTECTION OF THE MANUSCRIPTS PART TWO : THE PRESERVING OF THE MANUSCRIPTS International Conference on the Preservation of Ancient Manuscripts in Africa Final Report
Dédicace

Ce livre est dédié aux peuples africains
qui ont inventé l’écriture
et inscrit des pages immortelles de la pensée et de l’invention
au registre du patrimoine manuscrit de l’humanité
Remerciements
Jacques Habib Sy

Cet ouvrage collectif est une trace, un jalon parmi d’autres, dans la redécouverte du passé africain et de sa réécriture. Il était, en effet, devenu impératif de rétablir les faits historiques dans leur simplicité et leur vérité éclatantes. L’objectif central de cette entreprise, qui suit celle de l’Unesco dans son Histoire générale de l’Afrique en plusieurs volumes, est plus précisément de déconstruire la fable d’une Afrique « sans écriture » et, par conséquent, d’Africains « sans histoire », plongés dans la préhistoire depuis les origines les plus lointaines de l’humanité.

Les vestiges du rôle non seulement pionnier, mais encore d’impulsion des Africains dans l’élévation spirituelle et matérielle de l’humanité, à travers l’invention de l’écriture et sa matérialisation, dans une constellation de contenus et de supports médiatiques et cognitifs, sont exposés dans cet ouvrage sous leurs aspects les plus divers.

Plusieurs auteurs, tous guidés par la volonté de contribuer au mouvement de réinvention de la « nouvelle histoire » africaine et de préservation des manuscrits anciens, témoins directs de l’aventure scripturaire, intellectuelle et scientifique du foyer ancestral de l’humanité, ont proposé une nouvelle chronologie de l’histoire de l’écriture, décrit l’état désastreux des collections existantes de manuscrits anciens et exposé l’importance capitale des contenus extraordinaires de vitalité que recèlent les gisements archivistiques pluri-centenaires abandonnés à l’activité destructrice du temps, des rongeurs, des hommes et des circonstances souvent extrêmes de conservation.

Cet ouvrage témoigne, par ailleurs, de l’état de détresse extrême dans lequel sont conservés les manuscrits africains.

Au Sénégal, au moment de notre passage en 2010, les fonds manuscrits collectés au XIX e siècle par les colons français et leurs chercheurs de service, alors en fonction à l’Institut français d’Afrique noire, sont conservés de façon inadéquate. La photothèque, avec des pièces d’une très grande valeur, est dans un état de dénuement préoccupant, cependant que la section des « notes et études documentaires » est laissée à l’abandon dans un sous-sol des plus insalubres. Certaines pièces archéologiques avec des signes graphiques qui datent du néolithique sont jetées pêle-mêle dans un ancien hangar en décrépitude. La collection de manuscrits ajami rassemblée entre les XIX e et XX e siècles a été pillée au fil du temps, en raison du laxisme avec lequel elle a été gérée.

Au Kenya, et notamment dans la région de Mombassa, les collections de manuscrits anciens en ajami, sont, pour la plupart, entre des mains inexpertes, dans des malles en bois ou en fer, sans protection particulière. A Lamu, en particulier, en fin 2009, les pièces les plus intéressantes avaient disparu des étagères de la bibliothèque du musée principal ou des abris provisoires où elles avaient été entassées. Il n’y reste plus que quelques exemplaires d’un Coran du XIX e siècle et des pièces manuscrites éparses, malheureusement attaquées par l’humidité et les infections microbiennes. Dans l’arrière-pays proche de la côte de l’Océan Indien, des archives anciennes écrites par des Africains depuis le XVII e siècle sont restées aux mains des descendants d’anciens cadis, d’imams et d’enseignants. Ces vieux ouvrages subissent l’outrage du temps et de facteurs humains et environnementaux quand ils ne sont pas simplement achetés pour des miettes par des collectionneurs publics et privés d’Oman et du Moyen-Orient, à la recherche de livres rares d’origine arabe dont la trace a été perdue depuis fort longtemps.

Au sous-sol des Archives nationales de Nairobi, l’état de délabrement des documents anciens des XVIII e et XIX e siècles, au moment de notre passage en 2010, était tout simplement hallucinant : les manuscrits étaient dans une température ambiante contraire aux normes reconnues et débordaient d’étagères vieillottes, ou étaient abandonnés à même le sol et donc inaptes à leur utilisation par les chercheurs et les étudiants, sans compter le grand public. Les pièces d’archives les plus importantes ont été emportées par les colons anglais et transférées dans les musées et bibliothèques de l’ancienne puissance coloniale.

Les archives anciennes du Nord Nigéria bien que mieux traitées, notamment à l’université d’Ibadan, à Arewa House (Kaduna) et dans une moindre mesure à Jos (où sont conservés des traités d’astronomie écrits par des Africains, il y a plusieurs siècles), nécessitent encore des efforts considérables de conservation, au-delà des budgets inadéquats alloués aux universités locales. Il est vrai que le musée de Lagos a récemment entrepris, sans succès, de réhabiliter les pièces d’art et quelques manuscrits dont l’existence avait été malmenée par des décennies de laisser-aller gouvernemental. La négligence coupable des gouvernements successifs du Nigéria, concernant la gestion archivistique de ce pays, pourtant doté de richesses considérables et de ressources humaines de très grande qualité, donne à penser que les élites africaines sont encore prisonnières d’une aliénation culturelle d’une telle intensité, qu’elle les condamne à l’auto-flagellation et à la destruction matérielle des derniers vestiges d’un passé pourtant glorieux.

En Mauritanie, l’Institut mauritanien pour la recherche scientifique (IMRS) garde à grand peine des manuscrits des XVIII e et XIX e siècles encore mal catalogués et conservés, malgré les efforts méritoires d’experts étrangers et nationaux pour les protéger de la dépréciation et d’une mauvaise gestion ainsi que du pillage caractérisé. Des dizaines de manuscrits sont ainsi soustraits de leur fonds d’origine et peut-être perdus à jamais. La récente expérience de coopération croisée entre l’Italie et les villes historiques où sont conservés les plus importants gisements de trésors manuscrits, est prometteuse en ce sens qu’elle démocratise le savoir-faire de conservation exogène, et le met à la disposition de l’IMRS et de mini-bibliothèques artisanales perdues dans les océans sablonneux des anciennes pistes du savoir et du commerce transsaharien.

A Tombouctou, épicentre du gisement écrit ancien le plus considérable d’Afrique, et témoin de la place éminente occupée par ce foyer intellectuel central de la zone soudano-saharienne, les défis de la conservation des livres manuscrits anciens ont été récemment aggravés par l’occupation militaire de hordes intégristes et pseudo-nationalistes qui n’ont pas hésité à profaner des tombes de saints personnages appartenant à une lignée d’illustres penseurs et d’hommes de foi, et même, paraîtrait-il, à voler d’anciens manuscrits pour se procurer l’argent liquide nécessaire à l’achat d’armes légères et au paiement de bandes de mercenaires sans foi ni loi. Les manuscrits conservés à l’Institut des hautes études et de recherches islamiques Ahmed Baba (IHERIAB) et dans plusieurs dizaines de bibliothèques anciennes réhabilitées grâce à l’action philanthropique bilatérale et multilatérale, et aux efforts gouvernementaux n’ont jamais encouru d’aussi graves dangers depuis l’occupation marocaine de cette ville à la fin du XVI e siècle.

Avant cette séquence malheureuse de son histoire, Tombouctou a été prise d’assaut, au cours des décennies passées, par une foultitude d’organisations et d’intérêts privés, à travers une ruée fulgurante vers l’« or brun », chacun voulant sa part de copies ou d’originaux de trésors manuscrits dont certains sont restés, pendant des siècles, introuvables et inaccessibles aux collectionneurs occasionnels et aux chasseurs de pièces rares. La législation et les mécanismes de traçage des manuscrits et œuvres culturelles volés restent encore dérisoires et inefficaces face aux moyens financiers considérables mis en jeu par les contrebandiers ou le pillage culturel couvert d’un manteau de respectabilité étatique qui ne s’embarrasse d’aucune morale. C’est ainsi que sont gardés dans les musées et les bibliothèques des anciennes puissances colonisatrices, des ouvrages et des objets culturels, des monuments, des sculptures, des vestiges écrits antiques volés à l’Afrique et aux Africains. Les Africains doivent impérativement se mobiliser pour le rapatriement de ce patrimoine dans leur terre d’enfantement 1 . Après les révélations fort troublantes de l’intellectuel et artiste soudanais Hassan Musa, montrant le célèbre Marcel Griaule, dont toute la réputation a été bâtie sur le dos des Dogons, volant les reliques sacrées de ses grâcieux hôtes dogons qui l’ont pourtant initié à leurs rites sacrés et leur philosophie. De même, n’eut été la pugnacité du gouvernement de Nelson Mandela, les Sud-Africains n’auraient jamais pu faire rapatrier, avec les honneurs dus à son rang, les restes d’une de leurs princesses, empalée pendant des siècles et exposée derrière une vitrine muséale, après avoir subi les pires outrages de son vivant.

En Ethiopie, l’Empereur Hailé Sélassié, en raison de l’attention qu’il prêtait à l’importance des parchemins anciens dont certains datent du IV e siècle, avait réussi à protéger une grande partie des collections anciennes dans une bibliothèque nationale et à l’Institut d’études éthiopiennes. Mais cela n’a pas empêché le vol de pièces rares manuscrites et de biens culturels par des institutions et des aventuriers occidentaux, à telle enseigne qu’aujourd’hui, le patrimoine écrit éthiopien est dispersé dans les musées et bibliothèques européens (français, italiens et allemands, principalement) et nord-américains. Il n’est pas jusqu’aux graffitis très anciens de l’Abyssinie qui n’aient été subtilisés frauduleusement, soit par le clergé européen ou les missions diplomatiques et certaines des congrégations religieuses étrangères. Il est heureux que le nouveau Chef de l’Etat éthiopien, le Premier ministre Dessalegn ait décidé de poursuivre l’œuvre de récupération du patrimoine culturel soustrait à cette nation africaine, la seule qui n’ait jamais connu la colonisation sur une longue période, et dont les plus anciens vestiges écrits en gé’éz , connus de la communauté scientifique, datent du IV e siècle de notre ère, c’est-à-dire, onze siècles avant la découverte de la machine à imprimer de Gutenberg et la généralisation de l’écriture en Europe.

L’ancienne Egypte est généralement perçue comme un pays extra-africain, tant est éclatante la portée de sa contribution à la culture universelle, aux arts, aux sciences, à la pensée et à l’invention des premiers fondements de l’innovation dans tous les domaines. Les papyrus anciens en sa possession restent encore cloisonnés par rapport au reste de l’Afrique noire qui est pourtant la terre nourricière de sa culture et de ses traditions scripturaires, étincelantes de génie. Les batailles épiques menées par Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga, et, avant eux, par une longue lignée d’intellectuels et de savants d’origine africaine, ont permis de faire basculer le mur épais qui séparait les Africains, des siècles durant, de leur passé littéraire, scripturaire et artistique. Le plus dur reste peut-être à faire : intégrer complètement les faits historiques africains – scripturaires et littéraires, en particulier – dans la conscience historique de la majorité des Africains, dans les programmes universitaires et scolaires, et dans le vécu quotidien des populations.

En dehors de l’Egypte pharaonique classique, les plus anciennes pièces littéraires rares d’Afrique sont ainsi menacées par le double péril du délitement géographique et de la conspiration internationale qui continuent de perpétuer l’idée que l’Afrique n’aurait pas inventé l’écriture et qu’elle serait exclusivement la terre d’élection de l’oralité. Le drame dans cet enchevêtrement de circonstances, c’est que la très grande majorité des Africains, et, encore plus tragiquement des intellectuels, sont maintenus dans l’ignorance totale des faits majeurs ainsi décrits. Les gouvernements africains sont en très grande partie responsables de cette situation alarmante et sont même coupables, dans certains cas, d’avoir contribué au pillage des trésors manuscrits du continent. L’ancien Président de la République du Sénégal, Abdoulaye Wade, n’a pas hésité à théoriser l’indigence des Africains face aux défis de la conservation des archives anciennes, son argument étant que les manuscrits pourraient être mieux conservés pendant des siècles encore par les Occidentaux. Il ne s’est évidemment guère préoccupé du fait que, ce faisant, les Africains seraient sevrés pour des siècles encore de la nourriture culturelle et de la sève nourricière de leur passé, passé sans lequel leur avenir est condamné à être confiné dans les marges de l’histoire et du mouvement universel de renouveau et de progrès de la pensée et de l’innovation scientifique et culturelle.

L’organisation non gouvernementale (ONG) Aide Transparence, en coopération avec la SAVAMA-DCI et les bibliothèques privées d’autres parties du continent africain, les chercheurs et une large palette d’experts et de preneurs de décision venus d’horizons divers, tient à remercier très sincèrement la Fondation Ford pour son appui financier, appui sans lequel, il aurait été difficile de tenir, dans des conditions de confort opérationnel et de liberté intellectuelle totale, la conférence internationale sur la Préservation des manuscrits anciens, à Addis Abéba, du 17 au 19 décembre 2010, avec la participation de 15 pays d’Afrique et de la diaspora négro-africaine. Nos remerciements vont, en particulier, à Luis Ubeñas, président de la Fondation Ford qui s’est investi sans compter pour faire de la réhabilitation des manuscrits anciens de Tombouctou, en particulier, une réalité palpable que de tragiques évènements décrits dans l’introduction générale de cet ouvrage viennent perturber, temporairement, il faut l’espérer. Adhiambo Odaga, ancienne représentante de la Fondation Ford en Afrique de l’Ouest, et, surtout, avant elle, Nathalia Kanem, ancienne vice-présidente de la Fondation Ford ont posé les jalons administratifs et opérationnels qui ont rendu possible le transfert de fonds importants au profit des bibliothèques privées et des familles qui conservaient, dans des conditions lamentables, jusque récemment, les trésors écrits légués par leurs ancêtres depuis des siècles. Il convient de signaler qu’à part la Fondation Ford, plusieurs institutions bilatérales et multilatérales de financement du développement culturel, plus particulièrement l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), ont également prêté main forte aux Maliens et aux Africains pour s’acquitter au mieux de la responsabilité historique d’allonger de plusieurs siècles la préservation de leur patrimoine écrit, patrimoine le plus ancien de l’humanité dont les vestiges sont gravement menacés par la négligence et le mal-développement, à l’exception, peut-être, de l’Egypte et de l’Afrique du Sud.

Les encouragements du regretté professeur Sékéné Mody Cissokho ne m’ont jamais fait défaut chaque fois que je me suis rendu dans l’arrière-pays malien en passant par Bamako où il avait construit une vaste école d’enseignement secondaire baptisée Cheikh Anta Diop, son mentor du temps où il enseignait à l’université de Dakar. A travers ses écrits et ses cours que j’ai suivis au tout début des années 1970, il a été une source vivifiante d’informations de première main sur Tombouctou et les civilisations de la boucle du Niger. Les professeurs Bakari Kamian, Ali Mazrui et Djibril Tamsir Niane n’ont pas hésité à m’encourager, et, pour certains, à me prodiguer leurs conseils avisés, contribuant par là-même, au fourmillement historique et idéel qui parcourt cet ouvrage.

Mes remerciements vont également aux nombreux contributeurs au succès de la conférence d’Addis Abéba parmi lesquels le professeur Ayele Bekerie de l’université de Mekelle en Ethiopie qui a grandement contribué à l’implication des plus hautes autorités éthiopiennes dans la tenue de la conférence en Ethiopie, l’ambassadeur Mohamed Saïd Ould Hamody de la Mauritanie, président du panel de la conférence citée sur les enjeux stratégiques de la préservation et de l’utilisation des manuscrits anciens africains, pour son entregens et son immense érudition, Papa Toumané NDiaye, spécialiste de programmes, direction de la Culture et de la communication, Islamic, Educational, Scientific and Cultural Organization (ISESCO), rapporteur général de la conférence et dont l’appui besogneux a été d’un grand concours, professeur Boubacar Barry qui a dirigé avec brio le panel de la conférence d’Addis Abéba sur l’analyse de contenu et la portée historique des manuscrits anciens africains, professeur Aboubacry Moussa Lam du département d’Histoire de l’université Cheikh Anta Diop pour sa participation et ses encouragements en matière d’édition, professeur Mahmoud Hamman, ancien directeur d’Arewa House, Kaduna, dont les encouragements ne nous ont jamais fait défaut, Dr Kabiru Chafe, directeur d’Arewa House, qui a presidé le panel sur la radioscopie des collections de manuscrits anciens africains, Mamitu, directrice du Musée national d’Addis Abéba qui a joué un rôle clé dans l’organisation de l’exposition régionale sur les manuscrits anciens africains, Demeka Berhane, anciennement paléographe à l’Institut d’études éthiopiennes, Atakilt Assafe, ancien directeur des Archives et de la bibliothèque nationale d’Ethiopie auquel a succédé Ahmed Aden qui s’est, lui aussi, dépensé sans compter.

Mes remerciements vont également à Rita et Richard Pankhurst dont le travail immense en matière d’études éthiopiennes et de bibliographies anciennes a joué un rôle significatif dans le développement des études éthiopiennes et du fonds de la bibliothèque de l’université d’Addis Abéba.

Au Mali, je tiens à remercier l’ONG SAVAMA-DCI dont le président, Abdel Kader Haïdara, nous a permis d’accéder à une partie des fonds manuscrits de la SAVAMA-DCI et de Mamma Haïdara qu’il dirige avec esprit de suite, et, à diverses personnes-ressources, au cours de mes prestations de terrain en tant que conseiller technique de la SAVAMA-DCI. Une mention particulière est due à mon vieil ami de barricades estudiantines soixante-huidardes, Cheikh Cissokho, ancien ministre de la Culture, durant mes pérégrinations fréquentes à Tombouctou, au Dr Mohamed Gallah Dicko, ancien directeur de l’Institut Ahmed Baba de Tombouctou qui a toujours encouragé la coopération inclusive entre les parties prenantes publiques et privées de la conservation du patrimoine archivistique du Mali, et à tous les experts du ministère de l’Enseignement supérieur du Mali, en particulier, à M. Diakité et Mme Siby Ginette Bellegarde, ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique qui m’ont vivement encouragé, sans la langue de bois caractéristique des preneurs de décision, dans notre quête incessante de solutions pratiques pour développer la conservation des archives anciennes africaines. Une mention spéciale doit être faite de la discussion importante que mes collègues Mohamed Saïd Ould Hamody, Papa Toumani Ndiaye et moi-même avons eue avec le professeur Mahmoud Zouber, premier directeur du Centre Ahmed Baba de Tombouctou et chercheur émérite, qui a grandement contribué à l’expansion du portefeuille d’acquisitions livresques et documentaires de ce pivot régional des archives anciennes africaines. Je remercie également l’hospitalité et les marques d’attention d’Abdel Kader Haïdara, directeur de la bibliothèque commémorative Mamma Haïdara de Tombouctou, d’Es Sayouti, imam de la Grande mosquée de Jinguiraber de Tombouctou, léguée à la postérité par le grand Kankan Moussa, d’Ismaël Diadié Haïdara, directeur de la bibliothèque Fondo Kati de Tombouctou, de Sidi Mokhtar, directeur de la bibliothèque Al Wangari de Tombouctou, de l’imam Sidi Yahya de la mosquée historique Sidi Yahya de Tombouctou, de Hadj ould Salem, érudit de Tombouctou, de Mohamed Dédéou dit Hammou, érudit émérite de Tombouctou, de l’équipe dévouée de chercheurs et de techniciens de grand mérite qui ont tenu fermement avec le Dr Mohamed Gallah Dicko le gouvernail de l’IHERIAB, et d’une longue liste d’amis et d’informateurs qu’il serait fastidieux de tous énumérer ici, et qui poursuivent un travail admirable de conservation, dans l’un des avant-postes les plus considérables du complexe archivistique ouest-africain.

Les encouragements et les informations circonstanciées à caratère stratégique de notre doyen Amadou Makhtar Mbow, ancien directeur général de l’Unesco, nous ont été d’un grand concours et une source renouvelée d’optimisme, venant d’un artisan inlassable de la communication égalitaire entre peuples et civilisations du monde et la promotion de l’histoire africaine. C’est sous sa responsabilité que le Centre d’études et de documentation (CEDRAB) du Mali, le Celtho de Niamey, la réhabilitation des archives africaines et le projet d’ Histoire générale de l’Afrique ont pu être opérationnalisés dans des conditions optimales de succès. Qu’il en soit remercié, car sans son œuvre pionnière et politiquement courageuse, les auteurs de cet ouvrage n’auraient pu avantageusement tirer parti de la moisson intellectuelle et socio-historique qui a servi de terreau à cette entreprise.

Je voudrais associer à cet hommage Cheikh Anta Diop et le professeur Théophile Obenga qui ont été une source constante d’inspiration pour nous. Le professeur Obenga a accepté, malgré un calendrier congestionné par des urgences stratégiques et scientifiques de tous ordres, de prononcer le discours inaugural de la conférence d’Addis Abéba et de participer au panel sur les défis stratégiques auxquels sont confrontés les Africains dans la gestion de leur patrimoine archivistique.

Bien que regrettablement absent des assises d’Addis Abéba, Cheikh Anta Diop a instruit ses débats puisqu’il a été l’un des pionniers émérites de la restauration de la conscience historique africaine, notamment à travers ses travaux sur la linguistique, l’histoire et l’apparition de l’écriture en Afrique noire, en une période où la plupart des Africains peinaient encore à croire que l’ancienne civilisation pharaonique classique est partie intégrante de la culture et de la civilisation africaines. Durant mes années de collaboration étroite avec ce savant d’une humilité qui force le respect, j’ai beaucoup appris à ses côtés, grâce à une fréquentation assidue de ses innombrables réunions scientifiques ou politiques, et, de discussions passionnantes en tête-à-tête. Cheikh Anta Diop a inspiré de bout en bout ce projet d’ouvrage sur les manuscrits anciens africains et l’invention de l’écriture par les Africains. Nous tenons, à titre posthume, à lui rendre hommage et à le remercier pour le travail prométhéen qu’il a accompli, dans des conditions d’adversité intellectuelle et politique extrêmes.

Je tiens particulièrement à remercier les correcteurs de cet ouvrage qu’ont été mon vieil ami, le Professeur Dialo B. Diop du Centre hospitalier universitaire de Fann, et le Professeur Falilou Ndiaye de l’Université Cheikh Anta Diop, ainsi que Sati Penda Armah, virtuose de la mise en page, qui ont laissé leur empreinte sur chacune des pages de ce livre.

Je dois une dette de reconnaissance à Son Excellence, Monsieur Gilma Wolde Giorgis, Président de la république démocratique fédérale d’Ethiopie, qui nous a fait l’insigne honneur de présider la cérémonie de clôture de la conférence, malgré les efforts physiques impressionnants qu’il a dû consentir à cet égard, Son Excellence, Hailemariam Dessalegn, alors Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de la république démocratique fédérale d’Ethiopie, Son Excellence, M. Amin Abdelkader, ministre de la Culture et du tourisme d’Ethiopie et l’ambassadeur Abdelkader, chef de la mission diplomatique éthiopienne au Sénégal, qui ont tous généreusement contribué au succès de la conférence et de l’exposition sur « L’Afrique, berceau de l’écriture », au Centre international de conférences des Nations unies d’Addis Abéba. Qu’ils trouvent ici l’expression de ma déférence et de ma gratitude renouvelée.

A ma compagne de toujours, Yassine Fall, j’exprime toute ma gratitude pour ses encouragements, son intrépidité intellectuelle et sa générosité, et à mes enfants, Nafissatou, Biram Sobel, Sandjiri Ndjan Gana, Samori Sombel et Sophie Nzinga je leur suis redevable de leur soutien affectueux et de leur patience devant mes voyages répétés et mes pérégrinations solitaires à travers la galaxie cognitive des manuscrits de nos ancêtres.


Carte des principaux sites de manuscrits anciens dans des bibliothèques, familles et institutions religieuses en Afrique, selon les estimations disponibles (détaillés ci-après) 2
1. Afrique du Sud : Cape Town University et communautés musulmanes du Cap.

2. Algérie : Musée, Alger ; Rodoussi Qadour bin Mourad Tourki ; Fondation Ghardaia - Médersas : Tlemcen ; Alger - Zawiyyas, Temacine ; Wargla ; Adjadja ; al Hamel - Grande mosquée : Alger - Imprimerie Tha Alibi – Annexes, Bibliothèque nationale : Frantz Fanon ; Bejaia (Ibn Khaldoun) ; Tiaret (Jacques Berque) ; Adrar ; Annaba ; Constantine ; Tlemcen ; Lmuhub Ulahbib ; Bejaia.

3. Burkina Faso : manuscrits de Dori, Djibo, Bobo-Dioulasso.

4. Cameroun : Bibliothèque royale de Foumban ; Bibliothèque nationale, Yaoundé. Manuscrits Bagam, London School of Oriental Studies.

5. Côte d’Ivoire : manuscrits anciens du Nord de la Côte d’Ivoire ; manuscrits de Bruly Bouabré (IFAN, université Cheikh Anta Diop, Dakar).

6. Egypte : Daar al Kutub ; Nag Hammady ; Bibliothèque nationale ; bibliothèque d’Alexandrie ; Deir Al-Moharraq, près d’Assiout ; musée copte du Caire et couvent Père Fidoul ; Zeidane, Caire ; Center for Documentation of Cultural and Natural Heritage ; American University.

7. Erythrée : très peu d’informations et d’études de terrain récentes sont disponibles ; voir Bibliothèque nationale de Paris, Aix-en-Provence, Oxford et Rome.

8. Ethiopie : National Archives and Library of Ethiopia ; Institute of Ethiopian Studies ; Ethiopian Orthodox Tewahdo Church Patriarchate Library ; Authority for Research and Conservation of Culture Heritage ; Musée national ; liste des inventaires de manuscrits (< www.menestrel.fr/spip.php?rubrique823&lang=en >) ; pour la facilitation d’accès aux manuscrits en arabe ou ajami contacter Islamic Supreme Council, Addis Ababa). La récente découverte de la collection de manuscrits appartenant à l’Ethiopian Orthodox Tewahedo Church et gardée au monastère d’Abba Gärima près d’Adwa a complètement bouleversé les données historiques concernant l’apparition de l’écriture en Afrique. En effet, la technique de datation au Carbone 14 appliquée à ces manuscrits les fait remonter au IV e siècle de notre ère, ce qui semble suggérer que l’écriture gé’éz remonte à une période encore plus ancienne dite « préhistorique ». Une révision en profondeur des livres de l’histoire universelle s’impose à cet égard. De petites collections de manuscrits en Amharic, Tigrinya, Tigre et d’autres langues des familles sémitiques, couchitiques et nilotiques sont signalées ainsi que des manuscrits datant de l’Etat chrétien de Nubie (VI e -XII e siècle).

9. Gabon : des manuscrits ont probablement été laissés par les résistants à la guerre coloniale qui ont été exilés au Gabon comme Almamy Samori Touré, empereur du Wassoulou et Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur de la Confrérie mouride.

10. Gambie : plusieurs collections de manuscrits de qualité datant des XVIII e et XIX e siècles ont été signalés dans ce pays qui faisait partie du royaume du Gabou et des principautés du Bour Sine.

11. Ghana : Institut d’études africaines de l’université d’Accra ; Tamala ; Kumasi ; Boigutantigo.

12. Guinée : d’anciennes fouilles ont été opérées en pays Toma qui a fourni une écriture authentiquement africaine et au Fouta Djallon, centre d’impulsion d’un vaste mouvement religieux et politique qui s’est étendu à travers tout le Sahel africain. Manuscrits de Kankan.

13. Guinée-Bissau : des manuscrits anciens (XIX e siècle) ont été signalés à Bafata et ailleurs. Les manuscrits restants en papier filigrané semblent peu nombreux et mériteraient un traitement urgent.

14. Kenya : Bibliothèque nationale de Nairobi ; île de Lamu ; manuscrits signalés dans tout le Zanzibar et les villages et villes secondaires limitrophes de Mombassa.

15. Lesotho : alphabet authentiquement africain signalé par des missionnaires européens.

16. Libéria : Bibliothèque nationale et certaines familles. La guerre civile qui a déchiré ce pays pendant une longue période a favorisé la disparition ou la destruction d’anciens manuscrits Vaï. Ce patrimoine est à reconstruire.

17. Libye : Bibliothèque nationale de Tripoli et Syrthe. A la faveur d’une guerre récente, ce pays a été dévasté avec ses fonds bibliothécaires. Une nouvelle évaluation est en cours.

18. Madagascar : d’anciens manuscrits royaux existent dans ce pays mais sont mal connus. Certains manuscrits ont été conservés en France.

19. Mali : Institut des hautes études et de recherches islamiques Ahmad Baba, Tombouctou ; Mouhamad bin Oumar Al Murji, Mourdja, cercle de Nara ; Ahmad Al Qari, Bamako ; Mouhamad Al Iraqui, Bamako ; Ahmad Baba Bin Abil Abbas Al Husni, Tombouctou ; mosquée Sankoré, Tombouctou ; Mouhamad Mahmoud bin Cheikh Arouni, Tombouctou ; Binta Gongo ; Gandame ; Touka Bango ; Imboua ; Kounta ; Sidy Aali ; Koul Ozza ; Koul Souk, Gao ; Zeynia, Boujbeha ; imam Ben Es-Sayouti ; Al Gadi Mouhamad Bin Cheikh al Aouni ; Ahmad Bin Arafa Atoukni le Tombouctien ; Qadi Ahmad Baba bin Abil Abbas Al Husni ; Fondo Kati (Mohamad Ka-ati) ; Djingarey Ber, Tombouctou ; Zeinia, village des Abu Jubeiha ; Mahamad Mahmoud, village de Ber, Mama Haidara, Tombouctou (voir la carte détaillée des manuscrits de Tombouctou et environs dans cet ouvrage). Une grande partie des manuscrits en ajami ou en arabe sont dispersés en France (bibliothèques nationale, d’Aix-en-Provence, de Richelieu etc.), au Niger, au Sénégal, en Mauritanie, au Burkina Faso, au Bénin, au Togo, au Ghana, en Sierra Leone, en Côte d’Ivoire, en République centrafricaine, au Tchad, à l’île Maurice, à Madagascar, à Lamu, Kenya, en Tanzanie, au Cameroun, en Afrique du Sud, au Soudan, en Somalie, aux Seychelles (pour plus de détails, voir les différents chapitres de cet ouvrage, volumes 1 à 3).

20. Maroc : Voir les bibliothèques privées suivantes : Mohamed Ben Jaafar El Kettani ; Abdel Hay El Kettani ; Thami El Glaoui ; Ibrahim El Glaoui ; Mohamed Hassan El Hajoui ; Mohamed El Mokri. Cf. aussi la bibliothèque des archives nationales et la bibliothèque Hassanya de Rabat. Plus loin, Benebine passe en revue de façon détaillée l’évolution des bibliothèques et des manuscrits au Maroc et au Maghreb plus largement

21. Mauritanie : manuscrits des villes historiques de Walata ; Tichitt ; Wadane ; Chinguetti ; Nouackchott ; collections de manuscrits anciens signalés dans les campements, regroupements familiaux, mosques, médersas suivants : Ideille, Hay Al Beitara, Hay Al Breij, Al Soukh, Al Safha, Ehl Babé, Ehl Moulaye Abdallah, tous dans la région du Hodh Echargui ; des collections sont également signalées dans les bibliothèques traditionnelles de Néma, Djiguenni, Timbedra, Tamchekket, Oum Lemhar, Sed Al Talhayet, Aghweinit, Al Marveg, Al Mebrouk, Kiffa,, Al Jedidé, Saguattar, Boulenouar, Assaba Kankossa, Assaba Guérou, Kaédi, Brakna, Trarza,, Boutilimit, Mederdra, Atar, Tagant Tidjika, Tiris Zemmour (Zoueiratt ; Akjoujt) ; manuscrits des XVIII e et XIX e siècles de Garag (Rosso).

22. Niger : Institut de recherche en sciences humaines, Département des manuscrits arabes et ajami, Niamey ; Institut de recherche et d’histoire des textes ; manuscrits des villes d’Agadez, Difta, Zinder, Maradi, Abalak, Tahoua, Dosso, Téra.

23. Nigéria : Abdu Samad, Sokoto ; Mouhamad bin Mahjoub Al Murakuchi, Sokoto ; université Ibadan ; Zaria ; Arewa House, Kaduna ; Jos ; Nasiru Kabara Library, Kano ; voir aussi la collection détenue par la Melville J. Herskovits Library of African Studies, Northwestern University, Etats-Unis, qui comprend entre autres la Umar Falke Collection et la John Paden Collection rattachée à Kano ; collections de manuscrits de Waziri Junaidu History and Culture Bureau, Sokoto, des Archives nationales de Kaduna, de l’History Bureau, Kano, de la collection privée de Waziri junaidu, Sokoto, du Center for Trans-Saharan Studies, Maiduguri et du Centre for Islamic Studies, Sokoto.

24. République arabe sahraouie démocratique : dans ce pays en guerre, la plupart des manuscrits anciens sont dispersés dans les zawyas et les enclos privés de certains imams. Pour des sources récentes, voir les travaux d’Ahmed Baba Miské.

25. Sénégal : Laboratoire d’islamologie de l’IFAN, université Cheikh Anta Diop ; Daaray Kamil, Touba ; famille Cheikh Moussa Kamara, Ganguel (Matam) ; famille Sy, Tivaouane ; Pire ; famille Niassènes ; famille Limamoulaye, Yoff/Cambérène ; des manuscrits sont dispersés à Saint-Louis, Rufisque, Thiès, Diourbel ; Madina, Kolda, Sédhiou, Matam, Podor, Ndioum, Galoya, Cas-Cas, Mbouba, Bakel, Rosso, Linguère, Tambacounda et dans plusieurs zawyas à travers le Sénégal, la Mauritanie, la Guinée Bissau et la Gambie.

26. Sierra Leone : ce pays regorge de manuscrits mais ils ont été dispersés ou détruits à la faveur d’une longue et brutale guerre civile. Des fouilles en profondeur paraissent maintenant nécessaires pour sauver les fonds restants de manuscrits en péril.

27. Somalie : manuscrits de Kismayu. On ne sait pas grand chose des manuscrits conservés dans ce pays resté longtemps sans Etat et en guerre.

28. Soudan : Bibliothèque nationale de Khartoum ; manuscrits détenus dans des familles à travers le pays.

29. Tanzanie : Archives nationales de Zanzibar (WNA), Zanzibar Stone Town. Vaste fonds de manuscrits repertoriés en partie dans cet ouvrage. Voir aussi les bibliothèques du Sultanat d’Oman qui avait conquis le Zanzibar entre les XVIII e et XIX e siècles. Swahili Manuscripts Database de la School of Oriental and African Studies, université de Londres.

30. Tchad : manuscrits d’Abéché (sud-est). En raison d’une longue guerre civile les manuscrits anciens de ce pays ont été dévastés. Un travail de conservation et de catalogage doit y être envisagé de toute urgence.

31. Tunisie : Al Manar ; Bibliothèque Atique Al Assali ; Nouri bin Mouhamad Nouri ; Chazeli As Zawq ; Bibliothèque nationale, Tunis

J. H. S.
1 A titre d’illustration on peut citer les nombreux cas de vols des biens culturels africains par des colons européens qui ont commis les pires atrocités, assimilées aujourd’hui à des crimes contre l’humanité mais restés impunis et non suivis d’effets pratiques opérationnels et visibles dans les musées et bibliothèques européens. Et surtout, aucun acte de repentance ou de demande d’absolution sincère face à ces crimes d’une cruauté inimaginable, n’a encore été enregistré. Hassan Musa, recense ici quelques-uns des cas les plus épiques qui aient été documentés :
Michel Leiris, dans L’Afrique fantôme , raconte comment, avec Marcel Griaule, ils se sont introduits, contre la volonté des villageois, dans la case rituelle du Kono (un masque sacrificiel) et comment ils ont volé des objets du culte sous le regard des villageois ébahis : « Griaule et moi demandons que les hommes aillent chercher le Kono. Tout le monde refusant, nous y allons nous-mêmes, emballons l’objet saint dans la bâche et sortons comme des voleurs, cependant que le chef affolé s’enfuit.[...] Nous traversons le village, devenu complètement désert et, dans un silence de mort, nous arrivons aux véhicules.[...] Les 10 francs sont donnés au chef et nous partons en hâte, au milieu de l’ébahissement général et parés d’une auréole de démons ou de salauds particulièrement puissants et osés. »
Hassan Musa évoque également les circonstances dans lesquelles, en septembre 1931, Leiris et les membres de la Mission Dakar Djibouti tels Eric Lutten et Maracel Griaule se sont livrés à des actes de pillage et de vol inqualifiables. Musa rappelle également l’horreur des hommes et des femmes africains empaillés et exposés jusque récemment dans les musées européens, et ce, pendant des siècles, sans que l’opinion publique ne s’en soit émue.
Cf. Musa Hassan, « Les fantômes d’Afrique dans les musées d’Europe », Africultures, n°70, 6 novembre 2008, < http://www.indigenes-republique.fr/article.php3?id_article=204 >.
2 Les sources utilisées pour la compilation des informations contenues dans cette carte proviennent principalement des résultats de recherche présentés par les éminents auteurs de cet ouvrage et complétés par des recherches sur la toile mondiale.
Le lecteur voudra bien noter que les bibliothèques et familles détentrices de manuscrits anciens africains (de 3500 avant notre ère au XX e siècle) ou de statues et de bas-reliefs avec des signes graphiques localisés en Europe (France, Grande Bretagne, Espagne, Portugal, Pays-Bas, Italie, Vatican, Finlande), en Russie, en Chine, en Amérique du Sud, au Canada, aux Etats-Unis, dans les pays arabes (Oman, Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Quatar), etc. n’ont pas été prises en compte ici.
Une telle entreprise, se situant hors de notre propos, aurait, en effet, nécessité des compilations et des recherches menées à partir de sources primaires et secondaires et s’étalant sur plusieurs siècles. Des efforts substantiels ont été accomplis en ce domaine par des institutions plurilatérales comme l’Unesco ainsi que des bibliothèques et institutions universitaires africaines et non africaines.
Première Partie Origines africaines de l’ecriture
CHAPITRE 1 Introduction générale L’Afrique et l’écriture : un paradigme à reconstruire, des manuscrits négligés
Jacques Habib Sy

M algré un faisceau de faits historiques attestés à travers les travaux d’éminents savants africains 3 et occidentaux 4 , la civilisation africaine est encore perçue comme le lieu par excellence de l’oralité et de sociétés qui n’auraient pas connu l’écriture. Cette perception générale a été instrumentalisée, durant une longue période, à présent révolue, à travers l’entreprise idéologique et révisionniste consistant à soustraire l’Egypte pharaonique du substrat africain dont elle est partie intégrante 5 . Les mêmes réticences ont instruit le débat obsolète sur la thèse monogénétique de l’apparition de l’homme portée au niveau d’un concept opératoire par le regretté Cheikh Anta Diop 6 qui a démontré que l’Afrique est le berceau de l’humanité.

La chronologie relative à l’histoire de la communication sociale, du stade de l’apparition de la parole à l’invention de l’écriture, reste encore méconnue du public non averti. L’histoire générale de la communication sociale 7 en relation avec les faits dominants qui établissent la thèse monogénétique de l’origine de l’humanité reconnaît que l’hominidé a parlé pour la première fois en Afrique même. Ce processus d’invention de la parole, et sa traduction en un langage intelligible à de petites communautés, qui se sont élargies par la suite à l’époque de la sédentarisation des peuplements anciens 8 et au gré des migrations, a probablement traversé toute la période allant de -20000 à environ – 3400, c’est-à-dire durant la longue période « préhistorique » marquée par l’absence supposée d’écriture et donc de supports suffisamment robustes pour libérer l’esprit et la pensée.

La périodisation d’un phénomène donné consiste à identifier les modalités de sa transformation à travers les différentes étapes de son évolution. Jusqu’ici, les difficultés auxquelles se sont heurtées les écoles de pensée qui se sont penchées sur l’histoire des communications 9 participent de l’absence de profondeur historique et d’interaction entre les disciplines générales et particulières (histoire, anthropologie, communicologie, paléographie, linguistique, etc.), surtout lorsque ces dernières sont appliquées au contexte africain, puis général, des processus et des effets de la communication sociale. Les éléments constitutifs de tout processus de communication sociale impliquent de prendre en considération les facteurs suivants : l’environnement social et culturel, l’agencement historique des faits de communication considérés, les moyens de communication utilisés, les canaux de communication en relation avec ces moyens, les rapports de communication entretenus au sein et en dehors des communautés considérées, les messages dans leur valeur intrinsèque ; c’est-à-dire signifiante, et les facteurs qui en conditionnent le façonnement et l’intelligibilité, les messagers eux-mêmes pris individuellement et collectivement, enfin les processus de rétroaction (ou feedback ) et d’anticipation (ou feedforward ) qui sont l’essence même de l’acte de communication (« être en relation avec », du latin communicare ).

L’historiographie africaine a longtemps maintenu une barrière rigide entre la période préhistorique et historique. Les sources principales de l’investigation historique (les archives écrites, l’archéologie et la tradition orale renforcées par la linguistique et l’anthropologie) sont en pleine mutation mais ont réussi pour l’essentiel à s’extirper de la gangue coloniale et raciste qui en obscurcissait parfois le propos et la finalité. L’interdisciplinarité, la nécessité d’aborder l’histoire de l’Afrique de l’intérieur, celle non moins importante de l’approche holistique considérant l’histoire des peuples africains en tant que totalité, et le principe méthodologique selon lequel l’histoire doit être abordée non pas exclusivement du point de vue de la narration basée sur la description des batailles et des « héros », mais bien sur « les fondements mêmes des civilisations, des institutions, des structures, des techniques, et des pratiques sociales, politiques, culturelles et religieuses » 10 . En somme, l’histoire doit être prise en charge par tous les éléments de cette nouvelle vision historiographique africaine à laquelle ont grandement contribué Cheikh Anta Diop et T. Obenga. Cette vision doublée de percées paradigmatiques d’une portée sans précédent a radicalement transformé l’observation et l’analyse historiques, à telle enseigne que la problématique de la périodisation des différentes étapes de la communication sociale devient possible.
Cheminement des graphies préhistoriques africaines
Durant la période préhistorique, l’apparition progressive de la parole et des langues à travers lesquelles les homo sapiens sapiens communiquent, dans une mesure et à une échelle jusque-là inconnues, représentent la première rupture fondamentale dans le phénomène de socialisation de l’homme, en Afrique d’abord, et, graduellement, à travers l’Eurasie. Cette période voit la taille crânienne des hominidés s’affiner avec une complexification croissante du cerveau et de ses fonctions. Pour la première fois, mais probablement sur une très longue période, l’homme acquiert l’intelligence, et, avec elle, la mémoire qui décuple ses fonctions analytiques, d’archivage et de stockage, métaphysique et de sa relation au temps, à la distance et à la vitesse 11 . D’où l’importance de l’astronomie durant toute l’antiquité comme l’indiquent les ouvrages phares de Mayassis et d’Antoniadi 12 sur les classiques grecs, élèves studieux des anciens prêtres égyptiens. La relation entre l’observation astronomique et l’apparition des signes graphiques et de l’écriture a été établie par Antoniadi dans une mesure rarement égalée dans la littérature disponible.

Dès son Afrique dans l’antiquité 13 publié en 1973, Obenga identifie les foyers culturels de l’Afrique antique avec leurs graphismes et leurs systèmes d’écriture respectifs sur la base d’une périodisation qui trouve ses fondements dans l’antériorité des systèmes d’écriture hiéroglyphiques de l’Egypte ancienne et de ses dérivés que sont le démotique et le méroïtique 14 , ainsi que toutes les graphies utilisées par la suite en Afrique même, et dans les principaux foyers de civilisation de l’antiquité, y compris, notamment, en son rameau égypto-nubien. L’auteur conclut ainsi ses observations :

Si l’on prend en considération les civilisations du Nil moyen, de l’ensemble égypto-nubien, du croissant fertile Nil-Sahara, du Sahara montagnard, du Soudan occidental (plateau central nigérien ; ruines Lobi), de Nok, au Nigéria (plateau de Jos), entre 900 avant notre ère et 200 de notre ère, de Ntereso, au Ghana, des villes fortifiées de jadis (San, Zimbabwe), des pétroglyphes sénégambiens, maliens, nigérians, éthiopiens, sud-africains, des centres métallurgiques nubiens, des ruines du Soudan méroïtique, des temples et tombeaux (pyramides) de l’Egypte pharaonique, une seule conclusion s’impose : dans l’Antiquité négro-africaine, l’Afrique noire était littéralement couverte, sur la presque totalité de son étendue (l’Afrique noire s’étendait alors au Sahara, au nord de celui-ci, au bord de la Méditerranée), d’importants foyers culturels qui n’ont pas manqué de diffuser des éléments de civilisation tant matériels que spirituels, à travers le continent noir tout entier 15 .

Ce sont indubitablement les mêmes traits culturels dérivés du principe vitaliste selon lequel le verbe créateur, le nommo dogon 16 se fond dans le principe même de la création de l’univers, de l’ici-bas et de l’au-delà, de l’esprit et de la matière unis en un même jaillissement dialectique 17 , que l’on retrouve dans les éléments fondateurs de l’écriture inscrits dans le sacré et confondus dans l’émergence de Ptah en tant que siège même de l’invention de l’univers et de « l’engendrement des paroles divines circonscrites dans les hiéroglyphes » 18 . Thot inventeur de l’écriture, nous dit Obenga, apprend aux humains les signes de l’écriture en se servant de graphèmes « habillant » une langue, la prêtant à l’intelligibilité du sens, de la spéculation et de l’analyse. Ainsi, « pour les anciens Egyptiens, l’Ecriture comporte encore une autre dimension : la graphie d’un étant, le sens de l’être, de l’étant en tant qu’étant se présentant derrière la graphie même. L’Etre s’ordonne derrière l’Ecriture. Lire un texte hiéroglyphique, c’est faire apparaître la présence (souligné par l’auteur) de l’être. » 19

En dehors des témoignages de la prodigieuse activité néolithique dans le plateau central nigérien (ce même site où furent découvertes les premières activités artistiques des Africains du néolithique inscrites dans des grottes ou des abris rocheux), on note l’existence de pétroglyphes à travers toute l’Afrique, souvent sculptés dans la pierre même, de forme phallique, appelant les divinités mâles et femelles à s’accoupler pour produire la végétation, source de vie et d’élévation matérielle et spirituelle 20 (voir Fig. 1 montrant les signes gravés sur l’un des monolithes phalliques de Tundidarou – notons la similitude avec le wolof tundd i daaru ou « le tumulus de Daaru »).


Photographies : J. Habib Sy (Bibliothèque de l’IFAN Cheikh Anta Diop)
Figure 1 : A gauche, l’un des monolithes phalliques trouvés à Tundidarou 21 ; à droite, détails des gravures sur le monolithe
Ces pétroglyphes annoncent déjà, comme le suggère Cheikh Anta Diop, la « forme transposée, déguisée, d’une métaphysique qui évoluera sans interruption vers l’idéalisme » 22 . En dehors des signes sacrés architecturaux d’Egypte, du Zimbabwe, du pays Yorouba ou Nok du Nigéria, les courants civilisateurs liés à la métallurgie, la poterie, l’habitat sous les formes les plus variées, notamment dans le Croissant fertile (Nil moyen - Egypte, Nil moyen - Sahara central), aux alentours du lac Tchad, les hommes et femmes néolithiques, soudanais en particulier, ont laissé des traces indélébiles attestées et datées par l’archéologie et la paléontologie. Comme le montrent les études de terrain remarquables d’Henri Lhote, les palettes artistiques riches et variées inscrites dans les grottes du Tassili et qui ne cessent de nous émerveiller aujourd’hui encore, sont en partie et suivant les périodes, d’inspiration négro-africaine 23 , comme le montrent si éloquemment les Peuls de l’ère néolithique dessinés et peints avec un réalisme saisissant dans les figures 2 et 3.

Ces premières tentatives d’abstraction, d’analyse et de reproduction fidèle ou idéalisée, réaliste ou métaphysique, de l’environnement immédiat et de la totalité cosmique dans lesquels évoluent les populations néolithiques du Sahara sont d’une importance considérable. Car elles marquent la deuxième rupture fondamentale dans tous les processus de communication connus jusque-là (langage, parole sacrée, incantations individuelles ou de groupe, en public ou dans la sphère du sacré et donc du message caché, codé qui ne se donne au déchiffrement qu’à l’initié). En effet, pour la première fois, l’humanité pensante réussit la séparation physique entre le messager et le message dont il est porteur. Elle fixe sur un médium de type nouveau (la roche sculptée ou peinte), les préoccupations sociales des élites sociales par rapport au règne animal (en abondance dans le Sahara néolithique avant la période des grandes sécheresses et la désertification) et par rapport aux cultes religieux, en tous cas métaphysiques.

C’est ce premier élan de l’homme vers la pensée et la spéculation scientifique qui marque entre -6000 et -3000, la première utilisation organisée, et attestée à une échelle jusque-là inconnue, du tracé, de


Photographie : BIFAN
Figure 2 : Reproduction par Lhote d’un Africain de l’ère néolithique de type Peul ( Cf. , Le peuplement du Sahara néolithique )


Photographies : BIFAN
Figure 3 : Jeunes filles peules, abri de Jabbaren, Sahara central néolithique (H. Lhote, Peintures préhistoriques du Sahara , Paris, 1957)
la ligne, de la courbe et de toutes sortes de figures géométriques, de masques ou de symboles en tant que reproduction du réel et/ou médiation entre le Verbe créateur et la matière, le créé, que ce dernier soit extrait ou l’expression du règne animal, végétal ou minéral voire humain. Les ateliers découverts dans les principaux sites culturels préhistoriques montrent que dans leurs activités, les premiers « dessinateurs » ou « peintres » du néolithique africain se sont surtout servis de macérés végétaux ou de poudres rocheuses, d’excréments d’oiseaux ou d’essences ligneuses carbonisées 24 destinées à reproduire des nuances coloriées au détail près et des plans exécutés de main de maître et encore inconnus de l’Homme. Les processions magico-religieuses et les masques de cette période montrent des postures, une vision artistique et des antécédents ontologiques qui se rapprochent en tous points des registres artistiques et culturels découverts dans la période historique à travers le continent africain (voir les scènes, les personnages et les masques reproduits aux figures 2, 4 et 5).

Les images laissées par l’homme préhistorique à la postérité restent le premier livre ouvert d’histoire naturelle et d’art, et, sans doute, les premiers signes qui précèdent l’écriture et rendent dans le détail les premières pulsions de l’organisation humaine, de son degré d’ingéniosité technologique, mais aussi, de sa capacité à élever l’esprit aux abstractions métaphysiques et religieuses.

Exécutés avec brio, ces dessins, ces peintures et ces engravures sur pierre annoncent, à travers plus d’un million de sites africains dispersés parmi les hauts plateaux, les falaises et les abris élevés qu’offre parfois l’environnement saharien, les premières abstractions idéogrammatiques découvertes en amont de la chronologie scripturaire africaine et universelle. La dispersion géographique des arts rupestres se déroule suivant les axes suivants :

– à n’en pas douter, le Sahara représente le site le plus diversifié avec un nombre inégalé de graphismes et de peintures rupestres du Tassili N’Ajjer en territoire algérien, au sud marocain, à la Libye aux massifs du Ténéré (Niger), au Tibesti tchadien et aux monts sablonneux et rocailleux de Tichitt en Mauritanie ;


Photographies : BIFAN
Figure 4 : Ce masque africain a été trouvé par Lhote dans les abris d’Aouamrhet (Cf. Lhote, Le Peuplement du Sahara néolithique , op.cit )


Photographies : BIFAN
Figure 5 : Ces scènes tirées des peintures du Sahara décrites par Lhote pourraient avoir inspiré l’artiste italien Amédéo Clemente Modigliani au début du XX e siècle


Graphique 1 : Chronologie des premiers signes graphiques sahélo-sahariens
– en Afrique de l’Est, en Tanzanie et dans les hauts plateaux éthiopiens ;
– en Afrique australe, à travers l’Etat d’Orange, la rivière du Vaal, le Transvaal et les cavernes du Cango.

Du point de vue de la chronologie, on peut admettre avec les auteurs du volume 1 de l’ Histoire générale de l’Afrique publiée par l’Unesco, les principales périodes suivantes :

Pour s’affranchir de la tyrannie de la communication gestuelle, puis orale, de personne à personne, de personne à groupe ou de groupe à groupe, le processus d’osmose entre la parole et sa signification écrite, codifiée et pensée au bout de très longues périodes, l’homo sapiens sapiens est passé par plusieurs ruptures dans son évolution :

– domestication du Verbe, donc de la parole et des langues ;
– invention de l’abstraction graphique à travers les abris se distribuant du Sahara néolithique au finistère de Bloemfontein, en Afrique du Sud, sous la forme de peintures et de graphismes inscrits, peints ou gravés dans la roche durant de longues périodes qui témoignent de peuplements très anciens par diverses civilisations soudanaises, peules puis berbères ;


Source : T. Obenga, L’Afrique dans l’antiquité, op.cit.
Figure 6 : Communauté d’origine du démotique et du méroïtique
– invention de l’écriture hiéroglyphique en Egypte, dans les bas-reliefs d’Abydos, avec en toile de fond la notion du Verbe créateur, de Ptah et son corollaire Thot, Dieu de l’écriture, clés de voûte du système graphique africain inscrit dès le depart dans le registre du sacré, donc des cosmogonies et du vitalisme qui en constituent la substantifique moelle.

De son examen des foyers culturels de l’antiquité africaine, Obenga tire la double conclusion que les « Indo-Européens » n’atteignent les franges méditerranéennes du Maghreb qu’environ 1500 ans avant notre ère, et que la première grande capitale de l’islam médiéval, Kairouan, n’émerge pas avant 666 de notre ère 25 . De ce constat, le savant congolais, aborde la problématique du rapport de l’écriture à la chronologie dans le second chapitre de cet ouvrage. Le lecteur voudra donc bien se reporter à cette nouvelle suggestion déjà discutée, par ailleurs, dans les colonnes de la revue ANKH (Paris) et par l’historien et égyptologue sénégalais Aboubacry Moussa Lam au chapitre 3 de cet ouvrage.
L’écriture négro-égyptienne aux origines de l’invention de l’écriture
La troisième grande rupture dans le cycle universel de la communication sociale intervient avec l’invention de l’écriture. A la suite d’autres historiens 26 , T. Obenga montre qu’après avoir été le berceau de l’humanité, l’Afrique a aussi été le berceau de l’écriture 27 . La tentative la plus récente du savant congolais (voir le chapitre 2 de cet ouvrage) réfute la thèse selon laquelle la Mésopotamie (la civilisation sumérienne située dans les frontières actuelles du sud de l’Iraq) aurait inventé l’écriture vers 3060 avant notre ère. Sur la base d’une revue critique des textes anciens (le Livre de Sanchoniathon de la Phénicie, Platon, Socrate), des travaux de Sir Arthur John Evans, notamment son Scripta Minoa montrant que les glyphes crétois étaient d’origine égyptienne, et de la découverte du Dr Günther Dreyer qui, à travers des fouilles à Abydos, en Haute Egypte, a mis en évidence des signes hiéroglyphiques datant de 3400 avant notre ère, T. Obenga établit fermement l’antériorité de l’écriture égyptienne pharaonique sur toutes les autres et propose une chronologie universelle de l’écriture 28 .

Ici encore, l’étudiant sérieux des origines négro-africaines de l’écriture ne saurait faire l’impasse sur les œuvres monumentales de Cheikh Anta Diop 29 et T. Obenga 30 établissant la parenté génétique entre l’égyptien ancien et les langues négro-africaines. Obenga montre, à travers un sondage sur l’identité des graphèmes égyptiens et nubiens, notamment durant la XXVIe dynastie, entre 663 et 525 avant notre ère, la radicalité


Photographie : BIFAN
Figure 7 : Gravure d’I-n-Itinen, période des « têtes Rondes », reproduit par Henri Lhote dans Le peuplement du Sahara neolithique
de la parenté des « deux systèmes graphiques de la vallée du Nil, le méroïtique et le démotique » 31 (voir Fig. 7).

Le même exercice est reconduit à partir de la méthode comparative et inductive appliquée aux lexèmes extraits de l’ancien égyptien, du copte et du mbosi. L’auteur en tire la conclusion que ces lexèmes sont « manifestement hérités », particulièrement au vu de l’analyse des faits historico-linguistiques et des concordances de vocabulaire qui montrent que les « correspondances et comparaisons (instruction des formes, règles de correspondances phonétiques, restitution des formes antérieures communes) donnent à penser, conformément aux méthodes en usage en linguistique comparée, que l’égyptien et les langues modernes de l’Afrique noire renvoient à une langue originelle commune. Celle-ci a pour nom, faute de mieux : le négro-égyptien » 32 .

S’exprimant sur la signification des « Têtes rondes » découvertes près du 26 e parallèle au Sahara (voir Fig. 7), Henri Lhote n’hésite pas à qualifier de « Négroïdes » les personnages, les symboles et les tatouages qui y sont découverts et qui dateraient de 5000 ans « au moins » avant notre ère. Il suggère que les peintures découvertes dans certains des sites sahariens « seraient antérieures à l’art pharaonique et même à celui de la période prédynastique » et que, par voie de conséquence, « elles ne peuvent pas avoir été influencées par l’Egypte ». Il va même plus loin en suggérant que les vues théoriques antérieures qui isolaient l’Afrique noire de son rameau égyptien devraient être abandonnées au profit d’une vision qui rattacherait le patrimoine culturel et scripturaire de l’ancienne Egypte à son foyer culturel d’origine qui se situe en Afrique au sud du Sahara 33 .

Pour en revenir à la découverte d’Abydos, on peut estimer que celle-ci installe définitivement pour l’instant l’antériorité du système hiéroglyphique égyptien par rapport aux tablettes en argile de la Mésopotamie, qui avaient jusque-là servi d’étalon immuable pour ce qui concerne l’invention de l’écriture. L’Egypte négro-africaine précède donc de trois siècles la Mésopotamie dans l’invention de l’écriture.

Les systèmes graphiques dispersés à travers le continent africain reflètent, comme nous l’avons vu plus haut, non seulement l’unité culturelle des peuples noirs qui la composent mais aussi les flux migratoires du Sud au Nord-Est et de l’Est à l’Ouest 34 . C’est pourquoi il est important de rappeler la grande homogénéité socio-culturelle et le degré élevé d’intégration des routes commerciales et de production sahélo-sahariennes comme l’indique la carte 1.

L’intégration des routes commerciales transsahariennes à l’entrelacs de voies de communications mises en place à travers les royaumes et les empires ouest-africains du IX e au XVIII e siècle favorise la circulation du papier en provenance d’Italie et d’Andalousie, comme le montre Henri Sène dans son chapitre sur l’émergence du commerce florissant des livres importés d’Italie, d’Espagne mais aussi de l’Egypte, de tout le Moyen-Orient et du Maghreb, voire de la Turquie. La pénétration de l’islam par le Maghreb, des côtes de l’Océan Indien à l’Est et à travers les grandes passerelles que sont les empires ouest africains durant l’ère des Askya, en particulier jusqu’au Kanem-Bornou et aux franges du lac Tchad, favorise l’alphabétisation des Africains à une échelle jusque-là méconnue dans cette partie du monde, à l’exception de l’Ethiopie


Source : http://en.wikipedia.org/wiki/Trade_route
Carte 1 : Routes commerciales transsahariennes et du Nord Est africain


Source : Ghislaine Lydon, On Trans-Saharan Trails, Cambridge Univ. Press
Carte 2 : Axes commerciaux transsahariens
à partir du IV e siècle de notre ère (voir le volume 3 de cet ouvrage sur les manuscrits éthiopiens). Les migrations berbères et arabes, des côtes méditerranéennes vers l’Egypte et l’espace sahélo-saharien allant jusqu’à l’océan Atlantique, ont été favorisées par un système de transhumance nomadique et commerciale tantôt portée par des chariots rudimentaires, tantôt par le chameau et les chevaux en tant que vecteurs du trafic caravanier et d’expansion à la fois militaire et commerciale 35 (voir Carte 2), Tombouctou, déjà décrite au XII e siècle par Jean Léon L’Africain 36 comme un havre culturel avec l’université de Sankoré, de renommée mondiale, recevant jusqu’à 25 000 étudiants et des savants dont les publications font autorité (voir le chapitre 14), a été l’épicentre d’un système de gestion des connaissances favorisé par des empereurs prenant en charge un corps de jurisconsultes respectés et responsables de la justice et de la correspondance protocolaire (voir le chapitre 17). Il est attesté que les rois du Soudan créèrent les premières générations d’étudiants soudanais lettrés en les envoyant en Egypte et au Maroc, tout en favorisant l’immigration de savants du Maghreb et du Moyen-Orient. L’islamisation progressive de la zone soudano-sahélienne marque donc un point de rupture fondamental dans l’évolution des peuples non seulement d’Afrique de l’Ouest, du Nord-Est mais aussi de l’Est et plus particulièrement de la Corne de l’Afrique (Ethiopie, Erythrée, Somalie) où l’islam a pu, à travers des migrations forcées en Ethiopie, protéger son avant-garde jihadiste et assurer son expansion.

Au IV e siècle, le clergé éthiopien, utilisant le gé’éz écrit des pages remarquées de la littérature liturgique chrétienne, et, à partir du prosélytisme local et paysan alors de mise face à la montée islamique et aux invasions, réussit à developper les belles lettres, les arts, la philosophie et la production livresque au sein des couches supérieures d’une société encore fragmentée par un système féodal pluricentenaire.

A partir du XVI e siècle, la production livresque, administrative et juridique de l’intelligentsia ouest-africaine s’intègre aux langues du terroir – wolof, sonrhaï, djerma, soninké, haussa, pulaar, hassanya, berbère, etc. – et crée une nouvelle catégorie dite ajami (« non arabe ») utilisant l’alphabet arabe et largement appropriée à ce jour par les différentes confréries islamiques et les paysanneries locales, selon un format qui a peu évolué au cours des siècles (voir les chapitres de Abdel Cheikh Wedoud, Moulaye Hassane, Seyni Moumouni et Demba Tëwe).

Les sytèmes d’écriture africains ont évolué à l’intérieur des grandes zones culturelles décrites par les historiens à partir des sources écrites, de l’archéologie, de l’anthropologie, de la paléographie et de la tradition orale ou orature. Les fondements méthodologiques de telles recherches ayant été largement pris en charge par Ki-Zerbo 37 et Djibril Tamsir Niane 38 , il paraît plus utile de passer en revue les repères essentiels qui fondent l’évolution de l’écriture et de ses diverses manifestations en Afrique.

Il convient tout d’abord de lever l’équivoque sur la signification profonde de l’apparition de l’écriture. Ki-Zerbo s’est nettement démarqué de la tendance inaugurée par les historiens de la vieille école 39 selon lesquels, l’écriture marquerait la frontière intangible entre la préhistoire et l’histoire parce qu’elle permettrait de décrire, d’analyser et de confronter les sources écrites qui sont des repères plus fiables et qui se prêteraient le mieux aux différentes approches méthodologiques de l’histoire 40 , de l’archéologie et de la linguistique voire de la philosophie. D’autres auteurs, notamment Diouldé Laya 41 et Mamadou Cissé 42 ont mis en relief l’importance de la tradition orale en


Photographie : J. Habib Sy
Figure 8 : Tablette en bois largement utilisée en Afrique soudanaise


Source : S. Sauneron, Priests of Ancient Egypt, N. Y., Grove, 1960
Figure 9 : Tablette en bois pour les inventaires des prêtres du Temple de Maat à Karnak
tant que complément parfois indispensable de l’historiographie écrite, surtout dans le contexte ouest-africain.

Plus généralement, l’histoire des communications qui n’a pas encore été décolonisée relate surtout la prééminence de la civilisation écrite occidentale 43 sur toutes les autres, avec comme point de départ le miracle grec 44 .

Kathleen Hau a cherché à légitimer la thèse de l’influence d’autres peuples arabes ou occidentaux, dans les premiers efforts connus d’invention de nouveaux alphabets notés chez les Vaïs du Libéria et de la Sierra Léone, les Mendés, les Tomas de la Guinée et du Libéria et les Kpellés et les Bassas du Libéria 45 , autour des anciennes routes commerciales de la période des empires du Mali et du Ghana ainsi qu’autour des activités de troc liées aux transactions aurifères comprises dans le triangle allant de Tombouctou par les fleuves Niger et Bani (écritures ou « signes graphiques » Dogons et Bozos), entre les confluents du Kangaba et du Sankarani (systèmes graphiques Bambaras et Mandés) pour s’élargir aux zones golfières situées entre Saint-Paul et Cavally (écritures mendé, vaï, toma et guerzé ou kpellé). Hau est même allée jusqu’en Méditerranée, en Amérique du Nord et au Proche-Orient pour expliquer l’influence du commerce à longue distance dans l’apparition de l’écriture en Afrique de l’Ouest. Cette obsession de vouloir trouver une influence extra-africaine dans l’apparition de l’écriture en Afrique paraît avoir guidé les premières investigations de l’ethnologie coloniale sur la question. Cette erreur méthodologique et factuelle a été sévèrement critiquée par les historiens, notamment les tenants de la « nouvelle histoire » 46 .

Delafosse a tenté, pour sa part, de rattacher l’écriture vaï aux traditions hiéroglyphiques de l’ancienne Egypte pharaonique 47 , sans être en mesure d’attester les correspondances linguistiques et les faits historiques qui expliquent la longue transition entre les périodes de formulation des hiéroglyphes et le passage de la graphie des signes à leur signification parlée.

Les débuts de l’écriture qui doivent être situés au cœur de l’Afrique durant la basse époque néolithique au moins, ont été passés en revue par l’ethnologue français D. Zahan entre 1948 et les années 1950. Il a réussi à reproduire des centaines de signes dogons et bambaras tracés au doigt, dans le sable, par leurs auteurs. Il en a conclu que ces signes sont de véritables pictogrammes de portée universelle pouvant être lus par nimporte quel prêtre dogon ou bambara. Ces pictogrammes peuvent être classés dans le registre des graphèmes qui ont précédé l’islam de plusieurs siècles et qui appartiennent en propre au foyer culturel soudanais. Zahan suggère également, comme l’a fait Obenga plus récemment, la parenté profonde entre les systèmes graphiques bambaras et dogons et l’écriture Nsibidi des Ekois et Ibibios du Sud-Est nigérian 48 .

Au titre des systèmes d’écriture préislamiques, on peut noter avec Germaine Dieterlen 49 que l’écriture glà glà zo des Bambaras, comportant 226 à 266 signes, semble avoir été utilisée par les scribes des cours royales qui gravaient sur des tableaux de bois des messages sous forme de laissez-passer ou de comptes statistiques concernant les greniers du roi et gardés par la suite dans les archives royales. Les femmes de la noblesse, à partir d’un certain âge, pouvaient utiliser cette écriture, probablement en rapport avec les prescriptions religieuses et coutumières de la société secrète bambara. Sur la base de témoignages recueillis auprès des sources informées de la société traditionnelle bambara, l’auteur suggère qu’en toute probabilité, les systèmes d’écriture bambaras étaient fondamentalement d’essence religieuse et n’avaient pas atteint un stade universel au sein des couches sociales aisées, à fortiori parmi les couches les plus démunies.

Obenga établit la parenté génétique des langues africaines actuelles dites « négro-africaines » et du « négro-égyptien » sur la base des mots dont les formes radicales, parce que les plus stables, représentent des faits plus probants que les comparaisons basées sur la ressemblance de mots. Sur la base d’une nouvelle classification des langues africaines en trois grandes familles linguistiques, le négro-égyptien, le berbère et le khoisan (voir la carte linguistique n° 3), Obenga décrit et analyse les systèmes graphiques africains en les divisant en deux périodes : préhistorique et historique. La période préhistorique est celle que nous avons essayé de décrire plus haut et qui est représentée par les signes graphiques rupestres du Sahara, de l’Ouest et du Sud de l’Afrique. La période historique voit, selon l’érudit africain, l’émergence et le développement de l’écriture


Source : T. Obenga, L’Afrique dans l’Antiquité , op.cit., p. 323
Carte 3 : Familles linguistiques africaines selon Obenga :
1) Le négro-égyptien (égyptien ; langues nilotiques ; langues couchitiques ; langues bantu ; langues soudanaises) ;
2) Le berbère (zuaua ; rifain ; beni-snous ; cheilh’a ; zenaga ; tuaregh ; kel-ouï ; ghât ; ghdamès ; zenatia ; chauïa ; siwa) ;
3) Le khoisan (nama ; kung ; korana).
sous ses formes mnémotechnique (cordelettes à cauris des Yoruba dites arókò — voir Fig. 10), pictographique (chaque chose est décrite par une représentation figurée), idéographique (un signe représente une idée) et phonographique ou phonétique (signes verbaux ; écriture syllabique ; écriture alphabétique) 50 .

Obenga considère les cordelettes à cauris yoruba comme un système graphique achevé, ce qu’il démontre à travers le déchiffrement de huit


Source : T. Obenga, op.cit., p. 371
Figure 10 : Lettres écrites en arókò
textes arókò 51 et une discussion approfondie des faits syntaxiques et lexicaux considérés et du contexte socio-historique de ceux-ci. Il analyse ensuite les systèmes d’écriture gicandi, nsibidi, mende, toma, vai et mum à travers une analyse approfondie de l’évolution, dans le temps et l’espace, de ces systèmes historiques de communication 52 . Il y a un échantillon beaucoup plus étendu d’écritures autochtones africaines qui appartiennent au substrat culturel africain (voir Fig.11 à 21), même si elles ont pu, soit disparaître (cas des Bagam du Cameroun ou d’autres systèmes scripturaires utilisant le sable comme support principal, ce qui a accéléré leur disparition au fil du temps) 53 , soit opérer des emprunts à d’autres écritures avec lesquelles elles ont cohabité pendant de longues périodes (cas de l’arabe et des langues européennes). Sous ce rapport, il y a encore un vaste travail de dépistage de ces anciennes écritures et des traces qu’elles ont laissées et qui sont encore portées aujourd’hui par les sociétés africaines comme une preuve vivante du rôle pionnier qu’a joué l’Afrique dans l’invention et la domestication de l’écriture depuis la plus haute antiquité.


Source : S. W. Koelle, Outlines of a Grammar of the Vei Language , London, Church Missionary House, 1854
Figure 11 : Alphabet vaï


Source : Saki Mafundikwa, Afrikan Alphabets ; the Story of Writing in Afrika , New York, Mark Batty, 2007
Figure 12 : Alphabet loma (Guinée ; Libéria)


Source : Saki Mafundikwa, Afrikan Alphabets ; the Story of Writing in Afrika , New York, Mark Batty, 2007
Figure 13 : Alphabet bambara (Mali)


Source : Saki Mafundikwa, Afrikan Alphabets ; the Story of Writing in Afrika , New York, Mark Batty, 2007
Figure 14 : Alphabet mendé (Mali ; Guinée ; Libéria ; Côte d’Ivoire)


Source : Rovenchak A (2009). Bagam script. Afrikanistik online, Vol. 2009. (urn :nbn :de :0009-10-19125)
Figure 15 : Ecriture Bamum d’après Schmitt (1963)


Source : T. Obenga, L’Afrique dans l’antiquité , op.cit.
Figure 16 : Alphabet tifinagh (Bérbère)


Source : T. Obenga, L’Afrique dans l’antiquité , op.cit.
Figure 17 : Ecriture hiéroglyphique (Egypte pharaonique négro-africaine)


Source : T. Obenga, L’Afrique dans l’antiquité , op.cit.
Figure 18 : Alphabet loma


Source : T. Obenga, L’Afrique dans l’antiquité, op.cit.
Figure 19 : Pictogrammes égyptiens (à gauche) et nsibidi


Source : M. Griaule, Systèmes graphiques des Dogons , 1951
Figure 20 : Ecriture pictographique Sanga (Mali)


Source : Bruly Bouabre, BIFAN
Figure 21 : Ecriture bété (Côte d’Ivoire)
L’islam et l’avènement de l’écriture arabe en Afrique
Aboubacry Moussa Lam, Henri Sène, Moulaye Hassane, Seyni Moumouni et Demba Tëwë abordent la question dans cet ouvrage. La description qu’ils donnent de cette rencontre entre l’écriture coranique, vecteur par excellence du prosélytisme islamique, et les cultures ouest africaines, retrace le chemin sinueux des dynamiques sociales, commerciales, religieuses et scripturaires qui ont favorisé l’adoption de l’écriture arabe par les élites africaines d’abord, suivies par de petites communautés lettrées s’émancipant graduellement de la tyrannie du secret qui a entouré l’usage de l’écriture en terre africaine, notamment à partir de la chute des dynasties pharaoniques négro-africaines. A partir de là, la pratique scripturaire africaine a été ensevelie dans des considérations métaphysiques et religieuses propres aux sociétés secrètes (voir les écritures secrètes du Hodh relatées par Aboubacry Moussa Lam au chapitre 3), aux hégémonismes locaux détenteurs du pouvoir politique et religieux, que ce soit en Ethiopie ou dans la zone soudano-saharienne et aux confins du lac Tchad et des vallées fertiles et accidentées du levant africain (Omo I et II ; traces graphiques de la préhistoire africaine découvertes par les Leakey en Tanzanie et au Kenya).

La localisation géographique et historique de l’Afrique en tant que territoire et culture a connu diverses fortunes à travers l’histoire 54 . Dans l’abondante littérature qui existe sur cette question, l’étude d’Aboubacry Moussa Lam attire particulièrement l’attention lorsqu’elle passe en revue plusieurs siècles de confusion entretenue autour du concept idéologique et du parti-pris géographique relatifs à la dénomination « Afrique », enregistrée avec des variations considérables selon les foyers culturels avec lesquels l’Afrique est entrée en contact, durant les périodes préhistorique et historique.

L’Africain-Brésilien Paulo Fernando de Moraes Farias examine, dans son œuvre relative aux épigraphies de Gao, les premiers signes épigraphiques arabes des pierres tombales étudiées (IX e -XV e siècle). Il analyse avec sagacité le discours caché construit par la classe intellectuelle songhaï à travers les chroniques de Tombouctou (les deux Tarikh ) pour construire une légitimité à la fois religieuse et politique des classes régnantes sur une longue période. Il montre, après la fresque de R. Mauny sur l’Ouest africain 55 , que la période médiévale ouest africaine est marquée par une effervescence intellectuelle d’une vigueur jusque-là insoupçonnée et par l’existence de scribes, de jurisconsultes, d’analystes, de politologues, d’historiens et de grammairiens dont le niveau intellectuel n’avait rien à envier à celui des foyers intellectuels du monde arabo-berbère ou d’Europe occidentale de leur temps 56 . Le mérite de Moraes Farias est d’avoir réussi à déceler la superposition de visions révisionistes de l’histoire des royautés autochtones, visions alimentées par des historiens de renom (al-Saadi, en 1653 et 1656 pour ce qui concerne le Tarikh al-Sudan et Ibn al-Mukhtar en 1664 dans le Tarikh al-Fettach et, éventuellement, Baba Goro dans la Notice historique écrite entre 1657 et 1669) pour crédibiliser une nouvelle alliance politique entre les Askyas, les Armas, la classe moyenne et les couches populaires, pour redorer le blason terni des élites régnantes 57 , après la désastreuse invasion marocaine de 1591 menée par le renégat Jaoudar Pacha 58 . Madina Ly met également en doute l’authenticité du contenu du Tarikh el-Fettach attribué à Mahmoud Kaati ben el-Hadj el-Motaouakkel Kaati et l’un de ses petits-fils sous le titre « Chronique du chercheur pour servir à l’histoire des villes, des armées et des principaux personnages du Tekrour ». De la confrontation des différentes parties du Fettach, elle conclut qu’il est vraisemblable que cet ouvrage ait pu être écrit par Mahmoud Kaati l’ancien, l’Alfa Kaati et ibn El-Mokhtar 59 , accréditant ainsi les hypothèses antérieurement posées par Hunwick 60 .

En dehors de ces chroniques historiques, genre littéraire encore inconnu dans la boucle du Niger au moment de leur publication au XVII e siècle, le R. P. Joseph M. Cuoq situe l’âge d’or de la littérature autochtone en langue arabe ou ajami à partir de la période qui suit la publication des Tarikh . Il rappelle opportunément que les premiers témoignages écrits en arabe, par des Arabes, sur l’Afrique débutent avant 728 de notre ère avec le texte de Wahb B. Munabbih sur Origines des Sŭdàn et constate qu’en huit siècles (du VIII e au XVI e siècle), seuls 72 auteurs sont recensés, parmi lesquels on retrouve al-Umari, Ibn Battŭta et Ibn Khaldŭn. Il ne manque pas de déplorer les innombrables répétitions d’œuvre en œuvre, ce qui donne à penser que jusqu’au XV e siècle, les auteurs arabes se sont surtout contentés de sources de seconde main, et, qu’au total, « ce que les auteurs arabes nous disent (du Bilàd al Sŭdàn) représente peu de choses par rapport à son étendue, à la complexité de ses imbrications ethniques, à la richesse de ses traditions et de ses coutumes » 61 . Le XV e siècle marque un tournant capital avec l’apparition de témoignages écrits de meilleure qualité produits par des historiens et géographes arabes comme Léon l’Africain, certainement teintés de parti-pris, puis par les premiers explorateurs européens. C’est à partir du XVII e siècle, avec la publication des deux Tarikh par des auteurs africains s’exprimant en arabe, qu’émerge une production écrite connue de qualité, en langue arabe. Cuoq ajoute aux Tarikh « les nombreux ouvrages des juristes et des théologiens, dont certains jouirent d’une réputation dépassant leur pays, comme Ahmad Bàbà de Tombouctou » 62 . En vérité, bien avant le XVII e siècle existe une littérature écrite en ajami (langues « non arabes », c’est-à-dire africaines, utilisant la graphie arabe), comme en témoignent les chapitres de Seyni Moumouni et Moulaye Hassane sur les manuscrits du Niger et de Cheikh Abdel Weddoud sur ceux de la Mauritanie. Ahmad Bàbà a lui-même signalé dans son autobiographie les noms de centaines d’érudits avec les titres de leurs ouvrages 63 . Hunwick parvient à la même conclusion quant à l’abondance de la littérature ajami dans tout le Sahel ouest-africain 64 , de même que Cheikh Abdel Weddoud dans son chapitre ci-inclus sur la Mauritanie.

On ne saurait clore ce survol de l’évolution scripturaire authentiquement négro-africaine et de la littérature arabo-africaine secrétée à partir du XVII e siècle en Mauritanie et un peu plus tôt au XI e siècle sur les stèles funéraires de Gao, sans passer en revue les arguments soulevés par l’authenticité même de ces discours écrits et, par voie de conséquence, leur évolution épistémologique à l’échelle du temps « historique » justement remis en cause par Mlaili Condro, lorsqu’on met celui-ci en situation dans le dispositif hégémonique de l’idéologie dominante européenne. On ne saurait, en effet, rester insensible aux arguments sémiotiques et discursifs de Condro qui critique sévèrement, et à juste raison, l’approche déterministe et fonctionnaliste qui a longtemps prévalu dans les études relatives à l’histoire et l’évolution de l’écriture en Afrique noire. Condro estime que l’« unilatéralité » de l’épistémologie « auto-définitionnelle » de la pensée occidentale amène celle-ci à diviser le monde en « sociétés pour historiens » et « sociétés pour ethnologues » 65 , et à poser le mythe du modèle grec comme une borne historique « efficace et indépassable » 66 , vue à laquelle des auteurs africains-américains comme Ivan Van Sertima 67 et, un peu en amont, George James 68 , ont opposé une vigoureuse répartie argumentée à travers l’exégèse des textes fondateurs grecs et pharaoniques de l’antiquité. James a publié un ouvrage érudit intitulé Stolen Legacy (« Héritage volé ») qui montre, dès 1954, les « emprunts », pour ne pas dire les plagiats des auteurs grecs par rapport à la littérature philosophique de l’ancienne Egypte pharaonique négro-africaine 69 . Dénonçant ce qu’il appelle l’impérialisme des alphabets arabes et latins, Condro suggère une « requalification » des écritures négro-africaines, comme s’y est essayé le Sultan Njoya en « regroupant des signes traditionnels dans un nouveau système soumis à la parole », mais utilisé en même temps comme support pour écrire Histoire et coutumes des Bamoum , ainsi qu’à d’autres usages multiples liés à l’alphabétisation et aux rigueurs de l’administration publique et du commerce 70 .

Constant Hamès s’interroge opportunément sur l’absence de données factuelles et de vestiges écrits en ce qui concerne les cinq siècles qui séparent les débuts de l’islamisation en Afrique noire (VII e siècle) des premiers signes d’écriture arabe notés à Gao sur les stèles funéraires (XI e siècle) et décrits par Farias 71 . Comme la plupart des auteurs qui l’ont précédé dans la recherche de vestiges écrits en Afrique noire, Hamès ne prend pas en compte l’existence des « signes graphiques soudanais » non reconnus par les historiens occidentaux, comme nous l’avons vu plus haut, en tant que discours pensé, avec une passerelle franche entre les langues autochtones et les systèmes scripturaux qui les véhiculent. Le mythe de sociétés négro-africaines sans écriture est passé par là et ne permet pas à cet auteur d’examiner d’autres pistes qui puissent apporter des éléments satisfaisants de réponse à la question de savoir si l’Afrique noire a pu continuer d’écrire, sans discontinuité, de la décadence de l’Egypte pharaonique négro-africaine avec les ocupations successives perse, grecque, romaine et arabe à l’avènement de l’invasion scripturaire arabe dans la zone sahélo-saharienne, au Nord-Est, à l’Est et dans les îles africaines de l’Océan Indien.

Si l’on retient la thèse de la « nouvelle histoire » défendue par Ki-Zerbo, Niane, Lam et surtout Obenga aux plans archéo-linguistique et paléographique, l’historiographie africaine devrait être en mesure d’explorer, avec de meilleures chances d’apporter des réponses satisfaisantes, les pistes qui suivent.

Tous ceux qui ont étudié la question de l’histoire du papier et son cheminement en Afrique noire (voir à cet égard les chapitres de T. Obenga et d’Henri Sène) se sont heurtés à la rareté des sources concernant l’approvisionnement en papier, voire sa fabrication, dans la zone sahélo-saharienne. Nous savons que l’Egypte pharaonique classique fabriquait le merveilleux support écrit qu’a été le papyrus trois millénaires avant notre ère (voir le chapitre 2 de T. Obenga). Ce medium reste le plus ancien support écrit de l’humanité et a traversé avec bonheur les âges, en se préservant des facteurs environnementaux et anthropiques adverses notés dans les zones soudanaise et mauritanienne où subsistent encore, en grand nombre, d’anciens documents arabo-africains manuscrits, en papier filigrané, datant du XVI e au XIX e siècle. Dans la corne de l’Afrique, l’Ethiopie a été le siège d’un mode d’écriture unique, le gé’éz , et a légué à l’humanité une tradition littéraire et philosophique des plus brillantes, dont les vestiges écrits sur parchemin les plus anciens datent pour l’instant du IV e siècle et sont conservés à la bibliothèque nationale et dans les églises et monastères d’Addis Abeba et d’autres parties du territoire éthiopien (voir les chapitres sur l’Ethiopie dans le volume 3 de cet ouvrage). Les textes hiéroglyphiques appartiennent au stock culturel négro-africain et restent le passage obligé pour expliquer la continuité – et non un élément de rupture – entre la production littéraire de l’Egypte antique et celle de l’Afrique noire, malheureusement restée figée, au plan scripturaire, par l’hermétisme et le culte initiatique secret (voir les travaux de M. Griaule et G. Dieterlen sur les longues et difficiles étapes de cette initiation) 72 pendant de long siècles, sous la houlette d’un clergé autochtone, en nombre réduit. Les efforts entrepris par T. Obenga, et exposés ci-dessus, devraient être poursuivis pour établir, en plus grand nombre, des concordances crédibles entre les anciennes écritures égyptiennes et celles d’Afrique noire, avant la pénétration de l’islam.

Au plan des supports écrits utilisés par les Africains, on a surtout cherché à trouver les pistes du papier européen, italien en particulier ou en provenance du Moyen-Orient, d’Egypte plus particulièrement, ainsi que du Maroc. Le nombre élevé de marginalia relevé dans les manuscrits de Tombouctou (famille Mahmoud Kati), du Niger, du Nigéria et d’autres parties du continent nous amène à penser qu’il a dû y avoir de fréquentes ruptures de stock de papier au cours des siècles passés, ce qui a amené les scribes sahélo-soudanais à écrire dans les marges de leurs ouvrages manuscrits dont les folios étaient détachés, et non reliés le plus souvent. Au cours de nos fréquentes visites de terrain à Tombouctou et dans les zones environnantes, il nous a souvent été donné de constater cette pratique en parcourant les manuscrits de différentes collections. L’un des arrières petits-fils de Mahmoud Kati, Ismaël Diadié Haïdara, conservateur de la bibliothèque Fondo Kati, nous a fait part d’un projet de recherche analytique assez avancé sur les marginalia de sa collection privée essentiellement composée d’écrits laissés par ses aïeuls. Il notait qu’il y avait suffisamment de matière pour alimenter plusieurs ouvrages sur cette question.

Notre attention a également été attirée par l’existence d’un support assez rare et curieux : un manuscrit écrit sur peau de poisson et traitant de biologie aurait été découvert au cours de fouilles plus ou moins récentes dans la région de Tombouctou. Nous ignorons s’il s’agit d’une pratique ancienne perdue au fil du temps ou s’il s’agirait plus simplement d’un support, qu’un copieur aurait trouvé plus commode d’utiliser, en l’absence de papier. Nous ignorons pour l’instant la date de ce manuscrit non encore répertorié dans les catalogues connus du grand public, mais qui m’a été signalé par Abdel Kader Haïdara, conservateur de la bibliothèque commémorative Mamma Haidara de Tombouctou.

Il convient de signaler l’existence de divers autres supports d’écriture à travers le Sahel allant des peaux de gazelle, récemment remis au goût du jour par un calligraphe de Tombouctou, aux tablettes en bois (voir les Fig. 8 et 9 qui montrent la longévité extraordinaire de ces tablettes en bois déjà utilisées par les anciens Egyptiens, 3000 ans avant notre ère), aux parchemins en peau de mouton d’Ethiopie, et, bien entendu, au sable. Les scribes sahéliens et d’Afrique australe, jusqu’aux confins du Kalahari, utilisent presque instinctivement le sable naturel pour y tracer des graphies locales (chez les Mendé, les Dogons et les Bambaras ainsi que les Khoï-San du Kalahari) ou des indications géographiques (chez les Lébous de la presqu’île du Cap-Vert, par exemple) 73 . Il n’est pas impossible que ce vieux réflexe africain corresponde à une pratique ancienne, ce qui pourrait expliquer, en partie, la fragilité des systèmes graphiques et des écritures aujourd’hui disparus, en raison de l’évanescence du sable en tant que support médiatique.

Bruly Bouabré suggère qu’en milieu bété la pierre polie de petite dimension taillée sous les formes les plus diverses, et dans des couleurs et des tons différents, a probablement dû servir de système d’écriture 74 , cependant que Niangoran Bouah analyse avec pertinence les poids à peser des cultures baoulé et akan comme des symboles avec des significations attestées et un mode de communication dominant dans le dispositif commercial et politique de l’Afrique précoloniale.

Il n’est pas jusqu’aux calames, aux plumes obtenues à partir de tiges de roseaux affutées, aux encriers et aux encres négociées à partir de substances végétales à travers tout le Sahel africain et dans l’ancienne Egypte, tels que nous les décrit Aboubacry Moussa Lam (chapitre 3) qui ne nous ramènent à la parenté entre le vieux substrat culturel africain et sa filleule égyptienne. Il faut se départir pourtant de la tentation diffusionniste ou basée sur de simples ressemblances et relever, après les arguments défendus à cet égard par Cheikh Anta Diop et T. Obenga, l’interpellation majeure de Simon Battestini quant à la piste d’une Afrique prétendument « sans écriture » poursuivie par l’ethnologie et l’anthropologie au service de l’entreprise coloniale et impérialiste.

C’est que Battestini ne s’embarasse guère des apriorismes sans fondement scientifique de Lévi-Bruhl, Balandier, Hegel, Marx, Engels, etc, pour qui l’Afrique n’avait pas d’écriture, donc guère de passé historique parce qu’incapable de s’élever au-dessus du stade de la pictographie et de l’idéographie pour atteindre la plénitude de la phonématique, ou en tous cas, du signe réussissant la symbiose entre le langage, le signe et la pensée ouverte à l’utilisation et l’interprétation universelles. Introduisant une remise en cause à la fois théorique et méthodologique dans le vaste champ des signes écrits africains, à partir d’une posture sémiotique de l’écriture, transdisciplinaire par essence, ouverte à l’examen des relations de l’écrit avec les différentes instances culturelles (arts, religion, mythologie), les discours et les pouvoirs politiques, ainsi que les paroles (l’orature) telles qu’elles « s’exercent dans le texte social » et la texture dont elles émanent, Batestini s’éloigne des lieux communs 75 . Il élargit le champ de l’écriture en tant que « toute trace encodée d’un texte », c’est-à-dire « la matérialité résultant d’un geste ayant pour origine une intention de communication d’un texte dans le temps ou dans l’espace », et, à travers « un ensemble fini d’éléments et de leurs possibilités d’articulations, produit par un choix de signes, acceptés et utilisés collectivement (= script) 76 ». « A ce stade , postule Battestini, l’écriture, au sens sémiotique, a pour fonction de représenter non pas la parole ou la langue – hypothèse généralement admise en Occident, mais des pensers (…). Il est simplement abusif, sinon faux, de perpétuer le mythe d’écritures phonétiques supérieures à d’autres systèmes de signes ayant également pour fonction de conserver et de communiquer des textes. Fondamentalement, l’écrit et le dit sont deux moyens différents de mettre les pensers en représentation. » 77

Malgré la grande pertinence du renversement paradigmatique proposé par Battestini, il faut néanmoins prendre ses distances devant les réserves injustifiées formulées par cet auteur vis-à-vis de Cheikh Anta Diop, T. Obenga et Ivan Van Sertima qu’il accuse, à tort, de glorifier les cultures africaines qui ont créé l’écriture, et auraient « tout inventé dans ce domaine » 78 . Cette sentence est d’autant plus injuste que chacun de ces auteurs a pris le soin de montrer que l’Africain n’a aucune raison de tirer une « gloriole » particulière – pour reprendre le terme souvent utilisé par Cheikh Anta Diop – de l’avance historique prise par l’Egypte ancienne et la Nubie, africaines rappelons-le, dans l’invention de l’écriture. Il s’est simplement agi, et la bataille a été des plus âpres, notamment dans les années 1950 à 1980, de combattre, avec des arguments scientifiques et factuels attestés, l’éviction honteuse de l’Afrique, non seulement de l’écriture, mais de son invention, fait surdéterminant à présent accepté par l’establishment africaniste occidental et ses Africains de service, incapables de se définir autrement qu’à travers les prismes déformants de l’ethnologie et de l’anthropologie dominantes.

Pour louable qu’elle soit, la démarche de Battestini et de Mlaili Condro paraît excessive en ce sens qu’elle reconnaît à tout ensemble de signes et de « parlers » le statut d’écriture, même lorsque cet ensemble n’engage pas ses protagonistes à communiquer contradictoirement à l’échelle du temps, comme les auteurs grecs classiques, par exemple – et là gît, sans doute, le caractère innovant de la rupture épistémologique que ces derniers introduisent dans la philosophie et l’étude des sciences exactes empruntées aux anciens Egyptiens. C’est davantage le caractère volontairement restreint et immuable des discours écrits africains post-pharaoniques qui les rendent problématiques lorsqu’ils se présentent en tant que vecteurs primordiaux de la parole sacrée, donc non contradictoire, ce qui les a ossifiés comme outils prépondérants du développement des connaissances, de la science et de la technologie, au service du progrès social. Même lorsqu’elles ont accompli des progrès formidables dans les domaines scientifiques les plus élevés (astronomie, géométrie, mathématique, architecture, médecine, agriculture, archivistique, etc.), les écritures hiéroglyphiques devenues démotiques pour l’usage commun, n’ont pas réussi, durant la révolution idéologique d’envergure tentée par Akhnaton, par exemple, à accéder au stade de la pensée critique, détachée de la sphère du sacré et transcendant la sphère métaphysique ou l’attribut du mythe fondateur et du culte d’Osiris et d’Isis et de la Maat 79 . A travers la trilogie temps-espace-distance, les écritures africaines remplissent certes les fonctions fondamentales de la spéculation intellectuelle et philosophique, de l’archivage, de la transmission des croyances, des idées, de l’information et des nouvelles ( talking drums ), mais on peut suggérer, qu’en se donnant au déchiffrement, à la lecture et à la compréhension, elles se sont essentiellement comportées en attributs et moyens dominants du pouvoir politique et religieux hégémonique. Les systèmes de communication des sociétés africaines ont réussi de façon remarquable à remplir les fonctions archivistiques liées à toute entreprise complexe de production écrite des idées et du corpus de savoirs indispensables au fonctionnement des mécanismes sensoriels, psychologiques, de feedforward et de feedback immanents aux processus et aux effets de la communication sociale. Il est cependant regrettable que l’intelligentsia africaine des siècles passés ait été amputée de la capacité de passer du stade de l’auto-dépassement permanent de la pensée et de l’utilisation des symboles conventionnels parlés ou écrits, à des formes de gestion des connaissances qui se prêtent davantage à l’usage et la critique du plus grand nombre. C’est en ce sens que les Tarikh des XVI e -XVII e siècles représentent des discours spéculatifs de rupture, même s’ils ont eu une fonction de manipulation et de domination idéologico-politique au service de la sphère hégémonique du pouvoir absolu, et s’ils n’ont été probablement accessibles qu’à un nombre très réduit de lecteurs – ce qui, rappelons-le, était aussi la norme dominante en Europe occidentale et dans tout le bassin méditerranéen. Le discours de Kurukanfuga en milieu mandé a rempli la même fonction de rupture épistémologique, en son temps, quelques siècles avant les écrits de Machiavel, pour instruire une charte éthique et politique destinée à induire un niveau supérieur de gouvernance et de citoyenneté 80 .
Présentation de l’ouvrage
Les deux premiers volumes en français de cet ouvrage ainsi que le troisième volume en langue originale anglaise sont le résultat de la conférence internationale sur la Préservation des manuscrits anciens en Afrique tenue à Addis Abéba du 17 au 19 décembre 2010, sous l’égide de l’ONG Aide Transparence, de la SAVAMA-DCI de Tombouctou et des ministères des Affaires étrangères et de la Culture d’Ethiopie, avec la participation de bibliothécaires, d’historiens, d’administrateurs de musée, de spécialistes du livre, d’institutions religieuses, de membres actifs de la société civile et des représentants consulaires et d’organisations régionales et internationales d’Afrique et d’autres parties du monde 81 .

Une vingtaine de pays africains et de communautés de la diaspora africaine ont débattu des problématiques liées : 1/ à la radioscopie des principales collections africaines de manuscrits anciens datant pour l’essentiel du XIIe au XIX e siècle ; 2/ à l’analyse du contenu de ces manuscrits et aux conditions historiques et sociales dans lesquelles ils ont été produits ; et, 3/ aux enjeux stratégiques, culturels et éducationnels relatifs à leur utilisation par les systèmes scolaires et universitaires, les industries culturelles et les artisans du livre, dans un continent aux prises avec le délitement de ses cadres sociaux, étatiques et de gouvernance.

Le premier volume comprend trois parties réparties en quatorze chapitres cependant que le second volume se présente en deux parties composées de dix chapitres. Les volumes trois et quatre comprennent une quarantaine de chapitres divisées en trois parties couvrant l’Afrique du Nord (Egypte), l’Afrique de l’Ouest (le Cameroun, le Nigéria), la Corne de l’Afrique (l’Ethiopie), l’Afrique de l’Est (le Kenya et la Tanzanie) et l’Afrique du Sud.

La première partie propose une chronologie sur la longue durée établissant la contribution africaine sans précédent dans l’invention de l’écriture et son utilisation par une civilisation qui a illuminé le monde entier pendant plus de trois millénaires sans interruption avant de sombrer sous les coups de boutoir de nouvelles puissances émergentes dirigées par les Hyksos, les Perses, les Grecs, les Romains et les Arabes.

Dans le chapitre 2, T. Obenga suggère une nouvelle chronologie qui prend en compte l’antériorité de l’écriture hiéroglyphique gravée dans les bas-reliefs d’Abydos en Egypte il y a 3200 ans avant notre ère soit trois siècles avant les tablettes alphabétiques en argile de la Mésopotamie (l’Iraq actuel). Dans ce texte fondateur dont la version originale a déjà été publiée ailleurs (voir le texte d’Aboubacry Moussa Lam sur la contribution essentielle de T. Obenga en ce qui concerne l’invention de l’écriture par l’Afrique noire), l’auteur propose une chronologie longue de l’histoire de l’écriture à partir de son berceau originel africain, de l’invention du papyrus, premier support médiatique de l’histoire, celle du papier par la Chine et des différentes écritures qui descendent de leur foyer ancestral égyptien.

Le chapitre 3 d’Aboubacry Moussa Lam montre l’ubiquité des systèmes graphiques de l’ancienne Egypte et leur appartenance au stock culturel africain (à la fois lexical et syntaxique, mythologique et religieux, philosophique et scientifique), depuis la plus haute antiquité. A. M. Lam propose, par ailleurs, les facteurs explicatifs du déclin africain au plan du développement de la pensée écrite et de reproduction voire du modèle scripturaire, scientifique et littéraire pharaonique.

Les textes fondateurs de T. Obenga et d’A. M. Lam représentent un fil conducteur essentiel à la compréhension de l’histoire de l’écriture à travers les âges, et son invention par les Africains qui ont toujours utilisé l’écriture, contrairement à un mythe tenace qui voudrait faire de l’Afrique noire le terrain par excellence de l’oralité, à l’exclusion de l’écriture que l’on a voulu faire naître, pour des raisons idéologiques et politiques, ailleurs que dans la vieille Afrique, berceau de l’humanité.

La deuxième partie intègre la dimension ouest-africaine des graphismes et de la production livresque introduits dans des circonstances socio-historiques particulières, sous l’influence de l’écriture arabe, décrite, respectivement, par Ali Ould Sidi de Tombouctou et Moulaye Hassane du Niger, comme le « latin » de l’Afrique et le cadre d’expression privilégié des élites de la boucle du Niger durant la période des grands empires qu’ont été le Ghana de l’ère Soninké, le Mali des Mandingues, le Songhoï, le Yatenga des Mossi et toutes les communautés qui ont embrassé l’islam. Ce faisant, les sphères sociales hégémoniques ont fait de l’arabe un puissant véhicule de communication, favorisant par là-même l’expansion des langues africaines à travers l’adoption de cette écriture comme un moyen privilégié, notamment à partir du XII e siècle (Gao), d’archivage, de diffusion et de spéculation de la pensée religieuse, politique, culturelle, commerciale et scientifique.

Henri Sène retrace, au chapitre 4, la trajectoire de la bibliothèque ouest-africaine du VIII e siècle à la période contemporaine en évaluant la part jouée par auteurs et copistes, marchands et colporteurs, la circulation du papier et ses centres de fabrication, les institutions scolaires et la circulation des livres manuscrits, ainsi que la dynamique instruite par les établissements commerciaux et les commerçants étrangers avec les populations et les pouvoirs locaux.

L’érudit mauritanien, Mohamed Saïd Ould Hamody, propose (chapitre 5) une vaste fresque des vestiges manuscrits légués à la postérité par l’intelligentsia ouest-africaine. Il passe au peigne fin les principales collections de manuscrits et les lieux à partir desquels ils ont été produits et finalement conservés notamment au Niger, au Sénégal, au Mali et en Mauritanie, ainsi qu’à travers les bibliothèques et archives des anciennes métropoles coloniales européennes et leurs démembrements administratifs locaux.

La construction de savoirs endogènes dans les langues africaines portées par la graphie arabe, avec des modifications calligraphiques dictées par les conditions historiques de production des livres manuscrits à travers toute l’Afrique occidentale, est abordée par Mamadou Cissé au chapitre 6. Rappelant que les femmes ouest-africaines ont contribué à l’excellence de la littérature ajami, notamment à travers l’œuvre considérable de Nana Asma’u, fille d’Ahmed Dan Fodio (XIX e siècle), en hausa et en peul (on aurait pu ajouter la prose féminine mauritanienne à une époque antérieure), M. Cissé décrit la trajectoire méconnue de l’ajami et évoque les grands défis auxquels il est confrontée de nos jours.

Souleymane Gaye, conservateur de la section islamique des archives de l’IFAN créées durant la colonisation par Théodore Monod, et Maïmouna Kane doctorante à l’Ecole des bibliothécaires et archivistes de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, ont respectivement présenté l’historique du fonds Vieillard de l’IFAN (historique qui avait déjà été produit en termes plus approfondis par Boubacar Barry et d’autres historiens) et une synthèse des contenus éclatés véhiculés par ces fonds, et donc leur intérêt pour l’historiographie ouest-africaine et peut-être africaine. Il convient de signaler que la bibliothèque de l’IFAN tout comme celles qui ont été créées par les colons français à Niamey, Abidjan, Ouagadougou, Saint-Louis du Sénégal, Nouackchott, Porto Novo, Cotonou, Lomé, Bangui, Ndjaména et Yaoundé sont comme des horloges dont la mécanique s’est grippée depuis le départ des colons : les dotations anciennes sont restées pour l’essentiel les mêmes ou se sont singulièrement détériorées, sans aucune valeur ajoutée organisant et analysant le contenu ou protégeant des archives « nationales » insuffisamment prises en charge par des budgets opérationnels lilliputiens. La détérioration générale des archives manuscrites anciennes partout en Afrique est d’autant plus regrettable que ces collections sont insuffisamment connue des jeunes générations de chercheurs Africains qui se servent encore de « la natte des autres », pour reprendre l’expression de Joseph Ki-Zerbo, désignant par là le processus d’extraversion totale des fausses indépendances africaines.

Au chapitre 8, Seyni Moumouni passe en revue les collections de manuscrits en ajami de l’université de Legon à Accra où sont conservés, dans un piteux état, les manuscrits rescapés de pillages antérieurs ou constitués de dons et acquisitions et déposés à l’Institut des études africaines de la même université. Cette collection d’environ cinq cents titres dont 80% en langue arabe et 20% en Haoussa, Dagomba, Gonja, Fulfuldé et Mamprulé, datent du XVIII e au XX e siècle. Comme partout ailleurs en Afrique occidentale, les manuscrits en ajami sont couchés dans un style dit « soudanais » et comprennent des chroniques historiques ou tarikhs , des textes mystiques de l’école de pensée soufie, de la jurisprudence islamique ( fiqh ), de la littérature, de l’astrologie, de la poésie, des traités de pharmacopée et de médecine locale, des traités politiques, des notices hagiographiques, des pamphlets, des correspondances diplomatiques, etc. D’un point de vue codicologique, ce sont là des mines inépuisables de connaissances relatives au passé africain et aux préoccupations de l’intelligentsia oust-africaine.

Moulaye Hassane (chapitre 9) se livre au même exercice descriptif et analytique en ce qui concerne la collection de manuscrits laborieusement montée par Boubou Hama, Président du Parlement du Niger. Parmi les manuscrits présents, on note la célèbre histoire en prose, de style soudanais, intitulé Dhikr Ba’ad al-Waqâ’i’a al-Ta’rîkhîyya al-Latî Shahadathâ Ähir fî Fatra mâ Bayna Äm 1202 wa 1307 (récit de certains événements historiques qu’a connu l’Aïr entre 1202 et 1307 de l’hégire). Cette narration prosée porte sur un cycle de famine qui s’est abattu sur l’Aïr et sur les démêlés qui ont opposé Ousmane Dan Fodio au puissant roi du Bornou en 1222 de l’hégire (1807 de notre ère) et qui se sont soldés par la chute de ce dernier. On note également l’ouvrage biographique probablement collectif ( Misbah al-Zalam fi wafayat a’yan ulama’u qarn al-Rabi’ asra bi Agadez ) portant sur les générations de savants d’Agadez au XIX e siècle de notre ère. Ce document en voie de traduction de l’arabe au français, tout comme l’ouvrage autobiographique d’Ahmed Baba de Tombouctou relatant la production livresque de près de 300 savants de son temps dans la seule région de Tombouctou 82 , témoigne de la vitalité de la pensée autochtone face aux problèmes transcendants de la gouvernance, de la justice sociale, de la gestion du pouvoir, des conflits armés, de la résolution des conflits, et des connaissances prodigieuses révélées par les vestiges manuscrits de Dan Fodio sur la pharmacopée traditionnelle et le niveau élevé d’érudition médico-botanique rendu possible grâce à l’activité inlassable d’observation, d’expérimentation et de pratique médicale et homéopathique de générations d’érudits du terroir. Les populations locales se soignent aujourd’hui encore sur la base de telles traditions pharmaceutiques, ce qui rend d’autant plus actuels les bénéfices considérables que les Africains pourraient encore tirer d’une tradition médicale, botanique, pharmacologique et toxicologique de leurs terroirs respectifs dont les ressources végétales sont presque en voie de disparition et nécessitent, par conséquent, d’être régénérés à une échelle de masse.

Le chapitre 10 de Diouldé Laya, sur l’esclavage au Niger, à partir de l’exégèse de manuscrits disponibles, nous renvoie, d’un point de vue interne et géopolitique, aux motivations à la fois commerciales et hégémoniques qui ont caractérisé la traite ignominieuse dont le soubassement reste le pillage des ressources naturelles et l’exploitation d’une main-d’œuvre servile pour des besoins d’expansion commerciale et d’accumulation de richesses. Ce survol historique, à partir d’une revue de littérature combinant les résultats de recherche les plus récents, à une exploration fraîche des manuscrits anciens africains, rend possible une réinterprétation de l’activité esclavagiste du Niger au Mali, et aux confins du Nord Nigéria (Kanem-Bornou, Kano, Kawar) qui sont autant de bastions de l’esclavage domestique dont les motivations profondes, pour similaires qu’elles aient été par moments avec celles de la traite négrière transatlantique, n’en sont pas moins différentes quant à l’échelle et la profondeur de leur impact socio-historique sur l’Afrique et les Africains, et, bien entendu, sur les économies des puissances esclavagistes et leurs opinions publiques respectives.
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