Les archives personnelles
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Description

Les archives personnelles font partie de ces témoignages précieux qui parlent des hommes, de leurs destins, de leurs cultures. Elles ne peuvent subsister sans notre intervention résolue pour les sauvegarder et en préserver l'héritage. Mais comment les gérer ? L'ouvrage fait le point sur les guides et les ressources qui accompagnent chacun dans l'organisation de ses propres archives. Il envisage ensuite ce qui ressort de l'action collective et propose son aide aux archivistes.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2013
Nombre de lectures 9
EAN13 9782296534551
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Dans la même collection :
29. Finances, mobilités et projets d’éducation universitaires. Le regard des historiens , 2012.

28. Les chantiers du numérique. Dématérialisation des archives et métiers de l’archiviste , 2012.

27. La valorisation des archives. Une mission, des motivations, des modalités, des collaborations. Enjeux et pratiques actuels , 2012.

26. Dans l’atelier de l’historien contemporanéiste. Parcours d’historiens de l’Université catholique de Louvain , 2012.

25. Les maltraitances archivistiques. Falsifications, instrumentalisations, censures, divulgations , 2010.

24. L’erreur archivistique. De la compréhension de l’erreur à la perception et à la gestion des incertitudes , 2009.

23. Les archives audiovisuelles. Politiques et pratiques dans la société de l’information , 2009.

22. L’avènement d’une ville universitaire. La création de Louvain-la-Neuve , 2009.

21. L’Institut supérieur de philosophie de Louvain (1889-1968). Inventaire des archives. Introduction historique , 2008.

20. L’Université catholique de Louvain et la coopération au développement. Entre microcosme des relations internationales et laboratoires d’innovations sociales (1908-1981) , 2008.

19. L’illusion identitaire des étudiants francophones. Le mouvement des étudiants universitaires belges d’expression française (MUBEF, 1961-1974) , 2008.

18. Les engagements étudiants. Des pratiques et des horizons dans un monde globalisé , 2008.

17. De l’UCL aux États-Unis. Les boursiers de la BAEF de 1964 à 1969 , 2007.

16. Les archives d’entreprises. Entre gestion patrimoniale et veille technologique , 2007.

15. La lettre et l’intime. L’émergence d’une expression du for intérieur dans les correspondances privées (17 e -19 e siècles) , 2007.

14. Les relations de Louvain avec l’Amérique latine. Entre évangélisation, théologie de la libération et mouvements étudiants , 2006.

13. La formation des archivistes. Pour relever les défis de la société de l’information , 2006.
Titre
PUBLICATIONS DES ARCHIVES DE L’UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DE LOUVAIN
Collection dirigée par Paul SERVAIS
30


Les archives personnelles

Enjeux, acquisition, valorisation



Françoise HIRAUX et Françoise MIRGUET (eds)
Cet ouvrage rassemble les textes des communications présentées lors des Journées des Archives de l’UCL Les archives personnelles. Enjeux, acquisition, valorisation qui se sont tenues à Louvain-la-Neuve les 19 et 20 avril 2012. Ces journées d’études ont bénéficié du soutien du Fonds national belge de la Recherche scientifique (FNRS).
Copyright

D/2013/4910/26
EAN Epub : 978-2-336-66423-1
© Academia-L’Harmattan-s.a.
Grand-Place 29
B-1348 Louvain-la-Neuve

Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.

www.editions-academia.be
Sommaire
Les archives personnelles, miroir des valeurs et des attentes de l’Occident. Une histoire culturelle et archivistique
Françoise HIRAUX

Vers l’archivage total de soi ?
Jean-Daniel ZELLER

Approcher les archives personnelles
Paul SERVAIS

Mémoires individuelles, mémoires collectives. Pour concilier l’inconciliable ?
Jean-Marie YANTE

Enquêtes sur la collecte. Synthèse des approches archivistiques et ethnographiques
Christian HOTTIN

Les réseaux d’acquisition d’archives privées au Québec
Diane BAILLARGEON

Quelques aspects de la politique et des actions de Bibliothèque et Archives nationales du Québec en matière d’archives personnelles. Pour un reflet de vie à l’abri de l’oubli
Carol COUTURE

Le recueil et la gestion des papiers de militants ? L’expérience du CARHOP
Florence LORIAUX et Christine MACHIELS

Les archives privées et le droit. Quelques observations
Bernard REMICHE

La Commission de la protection de la vie privée et la recherche historique
Dirk LUYTEN

La qualité des métadonnées relatives aux archives de particuliers. L’exemple de la collection photographique du CEGES
Florence GILLET

L’entreprise scientifique d’édition, d’exploitation, de valorisation et de communication de la correspondance d’Henri Poincaré
Pierre Edouard BOUR et Caroline JULLIEN

Les archives de la Fondation Paul-Henri Spaak
François DANIS

La mise en valeur des archives d’Auguste Viatte (1901-1993)
François NOIRJEAN

La biographie scientifique : une modalité d’exploitation et la valorisation des archives personnelles
Vincent DUJARDIN
Table des auteurs
Diane BAILLARGEON est la directrice de la Division de la gestion de documents et des archives à l’Université de Montréal. Elle s’engage activement dans les associations archivistiques québécoises et internationales.

Pierre Edouard BOUR est chercheur au Laboratoire d’histoire des sciences et de philosophie – Archives Henri Poincaré à Nancy.

Carol COUTURE est professeur honoraire de l’Université de Montréal. Il a été conservateur et directeur général des Archives à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) du 31 janvier 2006 au 31 janvier 2012.

François DANIS, juriste de formation, est le secrétaire général de la Fondation Paul-Henri Spaak.

Vincent DUJARDIN est historien, professeur à l’Université catholique de Louvain où il préside l’Institut d’études européennes. Il est également professeur invité à l’Université jagelonne de Cracovie et à l’Université Szeged en Hongrie.

Florence GILLET, historienne, est collaboratrice scientifique au CEGES (Centre d’études et de documentation Guerre et Sociétés contemporaines) et vice-présidente du Conseil des centres d’archives privées de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Françoise HIRAUX, historienne, fait partie des Archives de l’Université catholique de Louvain.

Christian HOTTIN, archiviste et paléographe, est conservateur du patrimoine à la Direction générale des patrimoines, ministère de la Culture et de la Communication (France).

Caroline JULLIEN est chercheuse au Laboratoire d’histoire des sciences et de philosophie – Archives Henri Poincaré à Nancy et chercheure postdoctorale à l’Université de Liège.

Dirk LUYTEN, historien, est collaborateur scientifique au CEGES (Centre d’études et de documentation Guerre et Sociétés contemporaines) et professeur invité à l’Université de Gand.

Florence LORIAUX, historienne, est collaboratrice scientifique au CARHOP (Centre d’animation et de recherche en histoire ouvrière et populaire).

Christine MACHIELS, historienne, est la directrice du CARHOP (Centre d’animation et de recherche en histoire ouvrière et populaire).

François NOIRJEAN est archiviste cantonal du Jura (Suisse).

Bernard REMICHE est professeur à la Faculté de droit de l’Université catholique de Louvain, membre du Conseil supérieur de la propriété intellectuelle de Belgique, rapporteur dans de nombreux colloques internationaux consacrés à cet objet.

Paul SERVAIS, historien, est professeur à l’Université catholique de Louvain et à l’Université Saint-Louis-Bruxelles. Il dirige les Archives de l’UCL et est membre du Conseil des centres d’archives privées de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il copréside à l’UCL la maîtrise en sciences et technologies de l’information et de la communication, finalité archivistique.

Jean-Marie YANTE est professeur à l’Université catholique de Louvain et à l’Université du Luxembourg. Il copréside à l’UCL la maîtrise en sciences et technologies de l’information et de la communication, finalité archivistique.

Jean-Daniel ZELLER est Archiviste des Hôpitaux universitaires de Genève et professeur à la Haute École de gestion de Genève.
Les archives personnelles, iroir des valeurs et des attentes de l’Occident
Une histoire culturelle et archivistique

Françoise HIRAUX

Quand on dit ‘tout est archive’, l’archive sort du territoire de l’archonte. Tout le corps social devient producteur d’archives.
(Claude Millet)
Toutes les archives sont importantes dans un monde soumis à la complexité et l’interdépendance et dans une société qui veut être démocratique 1 . Mais les archives des personnes exercent un tropisme fort et très particulier qui exprime, de plus en plus marqués, le souci de l’individu et la recherche d’une histoire attentive aux hommes. Les archivistes veulent les rencontrer. Commence alors l’aventure ; car le monde des archives personnelles déborde tous les cadres.
Introduction : l’acte d’une personne
L’importance attachée à la trace personnelle s’inscrit dans la longue histoire occidentale de la promotion de l’individu au cours de laquelle le christianisme, puis la sécularisation, ont posé la prééminence du sujet et de la conscience, la dignité de chaque individu et défini les droits et les responsabilités qui en résultent. Pour le dire autrement, l’individu compte aux yeux de la société et de l’intéressé.
L’individualisme contemporain est la généralisation et la figure la plus récente d’une intériorisation qui prit lentement corps. Georges Duby et Philippe Braunstein en ont retracé le long mouvement qui débuta au 12 e siècle et s’affermit peu à peu au sein de la nouvelle société urbaine. Ils pointent et exposent les effets qu’ont exercés l’humanisme civique – l’homme est un acteur –, les valeurs et les pratiques des marchands – c’est le début des livres de raison –, la culture universitaire – la dispute valorise l’expression personnelle – et la pastorale des ordres mendiants qui promut la conversion des cœurs, l’oraison privée et les exercices de progrès spirituels 2 . La Renaissance, la Réforme protestante puis la Réforme catholique accélèrent et approfondissent le mouvement 3 . De Descartes à Kant 4 , les philosophes le portent sur le terrain de la conscience et de la connaissance : que peut un sujet ? « Quels sont ses droits imprescriptibles », demande le 18 e siècle. En quelques décennies, le droit naturel, la philosophie politique, les nouvelles institutions anglaises, la Révolution américaine et la Révolution française instituent le sujet politique, citoyen né libre et égal, doté de droits fondamentaux. Peu à peu, « la modernité brisa tous les chaînons pour faire de l’individu un être libre et souverain aspirant à devenir son propre centre » 5 . L’individu devint aussi une totalité indivisible, corps et esprit confondus, et l’âme déserta la surnature pour s’incorporer dans l’individualité. La théorie de l’inconscient, de son côté, construisait une nouvelle réalité du sujet dont le pivot était la division d’avec soi, faite d’altérité à soi et d’opacité constitutive. Enfin, l’essence humaine perdit sa prééminence face à un modèle dynamique qui mettait au premier plan l’existence et le changement. L’humanité se produisait elle-même dans le temps et elle apprenait à se connaître à travers ce parcours en s’y réfléchissant. L’histoire sort toute de l’action des hommes et c’est l’humanité et rien d’autre qui se fait au travers de ce travail collectif. La société se détourna du passé de la tradition pour se tourner vers le futur de la production. Pour les sujets, la question ne fut plus « que dois-je faire ? », mais « que vais-je faire de ma vie ? ». L’historicité secréta une condition d’affection, de travail, de production et d’économie 6 .
Cette reconnaissance engageait. Le sujet religieux et moral, puis le sujet philosophique et politique furent enjoints d’analyser et d’évaluer leur conduite et de raisonner leurs projets. Le grand tournant s’amorce dès le 13 e siècle sous la forme du passage à la confession privée 7 . Mais à côté du moi qui s’appuie sur la conscience responsable et la raison 8 , existe le soi . L’individu se ressent et éprouve le fait d’être, expérience vitale et singulière entre toutes. Le domaine du soi est la psyché. Tous les sentiments s’y engouffrent. La joie comme la douleur, le désir, la nostalgie, les regrets, l’orgueil comme la honte… La porte est ainsi ouverte à l’expression de la vie intérieure dans des documents d’auto-écriture.

L’individu se sent aussi inscrit dans un flux d’histoire. Pour nous en tenir à l’Occident, le récit rétrospectif de soi 9 , spectaculairement représenté par l’autobiographie d’Abélard, débute au 12 e siècle sur le modèle des Confessions de saint Augustin, emprunte un détour lignager 10 et trouve sa forme à l’époque de Dante et de Pétrarque. Un autre genre le rejoint et s’attache à la documentation et l’interprétation du présent : le commentaire. Les marchands qui conservent soigneusement les documents nécessaires à leurs affaires consignent aussi, parfois dans les mêmes registres, les événements qui jalonnent la vie de leur famille et laissent transparaître les ambitions et les tactiques.
Les livres de raison font depuis plusieurs années l’objet de l’étude attentive des historiens tant il est vrai que leur contenu est incomparable 11 ils n’émanent pas des autorités mais ils indiquent comment l’individu moyen comprend l’exercice du pouvoir ; ils ne traitent ni de dogmes religieux ni de théories scientifiques mais ils reflètent leur inculturation populaire et ils exposent, au fil de recettes et d’adages, les rapport d’une société aux fondamentaux du corps et de la santé. Les productions personnelles par ailleurs constituent un des marqueurs les plus fins de l’émancipation séculaire des sujets. Elles ont aussi leur historicité : la revue Temporalités rappelle que le récit de soi a sa propre histoire et demande : « Si l’autobiographie comme roman de formation définit le genre par excellence de la modernité, quel est celui correspondant aux temporalités actuelles [marquées par la fragilisation des trajectoires] ? » 12

L’écriture personnelle et familiale est réservée. La couverture du livre des Valori, à Florence, précise : « Ce livre ne peut être montré à personne. » 13 L’essentiel est souligné par Philippe Lejeune : « Les journaux réels ne sont pas faits pour être publiés ou pour séduire : ce sont des actes de la vie privée, des conduites qui passent par l’écriture. » 14
Actes et conduites de l’individu : les mots clef sont là. L’écriture personnelle au sens large d’un expression qui laisse une trace durable correspond à des nécessités intérieures extrêmement puissantes : « Personne ne peut me prendre mes souvenirs, et personne ne peut comprendre mon chagrin. » 15 Elle accompagne les hommes et les femmes dans leur réponse au besoin vital de contenir le débordement, l’entropie ou l’excessive singularité des choses et de donner un peu de stabilité au mouvement qui les emporte nécessairement. Elle est aussi l’outil de tous ceux qui peuvent se satisfaire de vivre « simplement » (cette simplicité n’existe pas) et entreprennent d’explorer un pourquoi infini et s’engagent dans une réflexivité qui les conduit là où la vie ne mène pas, pour le meilleur (l’acquiescement à un besoin intérieur) et pour le plus dur (un certain écart, parfois l’isolement et la solitude, le renoncement à l’action simple et joyeuse). « Le propre de la réflexivité c’est d’élaborer un espace vide entre son propre chemin et les bruits de la société. » 16
Rappelons-nous enfin que le geste d’écrire – au sens le plus large – demeure largement opaque pour celui qui le pose et répond, au plus profond, à des besoins et des désirs confus et non thématisés. Une anthropologie de l’écriture en temps de guerre, de grande crise et de changement de société comme le 20 e siècle les a enchaînés, nous apprendrait beaucoup sur l’inquiétude qui nous habite tous, parce que devons, d’une façon ou une autre, répondre à la question du sens de notre existence.
1. La constitution en patrimoine des archives personnelles
La civilisation de l’écrit apprit la valeur principielle du document qui subsiste et en inculqua le respect 17 . Aussi, les archives privées ont-elles existé longtemps avant que les sociétés modernes n’entreprennent aussi de les conserver au titre de patrimoine commun 18 .
1.1. Le point de vue collectif et archivistique
Dès le 19 e siècle, l’évidence est installée : les archives privées constituent une ressource indispensable pour la recherche 19 et un bien patrimonial commun. « L’archive change de paradigme : sans quitter l’univers de l’administration de la mémoire publique, elle entre dans l’univers du sensible, de l’intime, du personnel, et se pare de leur tout nouveau prestige. » 20 Le mouvement ne cesse depuis de se renforcer. « Le mot mémoire est utilisé partout et beaucoup de rhétorique l’accompagne », constatent aujourd’hui Beatrice Barbalato et Albert Mingelgrün 21 qui nous invitent aussi à considérer « le mirage des archives ». Que nous dit cette attente pressante et à quel état de notre rapport à la mémoire et à l’identité correspond-elle 22 ?

Vers 1970, la prise de conscience de l’ampleur et de la portée des mutations de tous ordres que connaissaient les sociétés occidentales, fit le succès du terme de patrimoine qui sortit des études notariales pour couvrir les villes et les campagnes, le matériel puis l’immatériel cependant que les transformations à l’œuvre parmi le paysage culturel favorisaient l’émergence de nouveaux métiers et la création de nouvelles instances dédiés au patrimoine. Celui-ci tirait sa puissance symbolique de la notion, proche mais d’ordre différent, de mémoire collective dont la grande séduction résultait elle-même de la rencontre des courants qui avaient façonné et habitaient la société démocratique du dernier tiers du 20 e siècle 23 . Un consensus très large opposait la mémoire collective à l’histoire considérée comme une production savante confisquée par des spécialistes en même temps qu’un instrument d’embrigadement dont les deux guerres mondiales avaient montré l’affreuse nocivité. La mémoire, au contraire, était réputée l’affaire de tous, ce qui la rendait vraie puisqu’elle échappait aux pouvoirs par pétition de principe. On la voulait aussi émancipatrice et ses racines puisaient dans le grand socle de la modernité philosophique qui pose que l’humanité se produit elle-même et qu’elle apprend à se connaître à travers ce parcours. Mais cette historicité, à son tour, connut bien des évolutions et, dans les années 1970, chacun ne pouvait que constater le déclin des anciennes solidarités au profit d’un individualisme radical qui, par réaction, donnèrent aux collectes de témoignages des accents tout à la fois nostalgiques et contestataires 24 . Deux décennies plus tard, s’imposerait, dans un environnement globalisé, le paradigme de « patrimoine mondial », matériel (1992) et immatériel (2003) 25 .
La prise en compte publique des archives personnelles a, elle aussi, une histoire faite de l’élargissement progressif, à partir de la fin du 19 e siècle, de la reconnaissance des documents définis comme « l’autre » des archives publiques. À présent, l’archive reçoit le sens le plus large 26 et l’archiviste a le devoir – parfois inscrit dans la loi – de traiter toutes les archives sans distinction de type ou d’origine.

L’institutionnalisation des archives privées signifia l’enclenchement d’une politique publique de collecte et d’acquisition et le développement d’aides aux détenteurs individuels et aux centres d’archives privées sous forme de subventions et de partenariats liés à des actions de valorisation. La grande poussée des mémoires collectives dans les années 1970 donna lieu à de multiples productions liées à la parole à la première personne, entre la collection « Terre humaine » au succès emblématique dans le domaine francophone 27 , programmes de radios et de télévisions locales elles-mêmes en plein essor, collectes testimoniales des écomusées et travail des associations – en particulier de celles attachées à la cause des femmes – autour des récits de vie. En quarante ans, le champ des intérêts n’a cessé de s’élargir et s’est parfois déplacé de la considération de ce qui meurt à celle de ce qui s’est passé ; de la découverte un peu décalée et sans grand enjeu de la vie agricole ou industrielle des grands-parents à la volonté de savoir comment le pays a été conduit depuis 1945 dans les grandes mutations qui ont véritablement révolutionné la vie publique et privée 28 . Patrimonialisation oblige, on recueille aujourd’hui le témoignage des habitants des barres d’immeubles que l’on détruit en interrogeant aussi les préfets et autres directeurs d’administration qui ont planifié la création des banlieues, voici trente ou quarante ans.
1.2. Une définition et une typologie
Il était entendu que les Journées 2012 des Archives de l’UCL s’attacheraient aux archives personnelles, c’est-à-dire aux documents produits et conservés par des personnes. Ces archives se distinguent des informations sur les individus (documents administratifs, dossier médical…) aussi bien que des archives d’entreprises et d’associations, qui sont aussi qualifiées de privées parce qu’elles n’émanent pas de la puissance publique et sont généralement, ou originairement, détenues en des mains privées. Plusieurs recouvrements sont donc à l’œuvre : une archive peut être privée du fait de son producteur ou de son propriétaire ; par ailleurs, privé peut, mais ne doit pas nécessairement, signifier personnel. Des nuances ajoutent à la complexité et opposent public et privé selon un critère d’intention et de retentissement : « Parce que ces gestes [d’ego-écriture] échappent à l’observateur et n’ont aucune vocation à faire publicité, on dit d’eux qu’ils sont privés. » 29

La palette des archives personnelles est très large et en développement constant, dans un esprit qui trouve sa concrétisation, par exemple, dans la Déclaration universelle sur les archives adoptée par l’UNESCO le 10 novembre 2011 qui recommande de reconnaître comme archive tout ce qui permet de documenter l’ensemble des domaines de l’activité humaine. L’inventaire des types d’archives privées comprend dès lors, et évidemment, tout le champ de l’écriture à la première personne : correspondance, journal, mémoire, dessins, photographies et toute la gamme des productions dites d’amateur – qui inclut les blogs ainsi que les innombrables clichés, vidéos, musiques… postés sur la toile. Il inclut les documents de famille 30 compris comme tout ce que l’on a souci de conserver du fait de son appartenance familiale et des sentiments qui s’y attachent : avis de mariage, de baptême ou de décès, carnets scolaires, coupures de journaux… et s’étend, non sans contestation juridique, aux œuvres de l’esprit et aux traces du travail intellectuel tels que les collections de notes et de papiers, voire la bibliothèque des chercheurs 31 .
En réalité, il existe plusieurs acceptions de la notion d’archives personnelles et plusieurs typologies. Une des sources décisives de leurs divergences réside dans le fait que leurs auteurs puisent ou non leur réflexion dans une culture juridique et appartiennent ou pas à des structures publiques d’archives.
1.3. Quelques questions
Privé consonne avec propriété et soulève la question juridique des droits afférents. Les conflits à cet égard se multiplient et nous interrogent quant à la façon de respecter, à la fois, le droit à l’information de chacun et la propriété des ayant-droit ce qui soulève à son tour d’autres questions comme le droit d’auteur et la protection des œuvres. Tout cela s’articule à des dimensions très concrètes : Où déposer les archives ? Dans quel cadre en communiquer et valoriser le contenu ? Comment satisfaire aux droits de chaque partie ? Les conflits autour des archives de Roland Barthes en fournissent une illustration exemplaire 32 , mais les choses peuvent aussi très bien se passer comme on le voit dans la collaboration entre les Archives littéraires suisses et le Centre Robert Walser 33 .

Les frontières sont parfois indécises entre privé et public comme on le voit, notamment, dans le cas des papiers des hommes et des femmes politiques, des militants et des responsables d’associations. Plus que leur propriété, c’est l’accès à ces archives qui est aujourd’hui en jeu alors que la loi pose une exigence de transparence de la vie politique et publique 34 . Ceci nous rappelle l’importance des cultures ou des traditions archivistiques et il est intéressant de lire sous ce rapport les angles de vue différents sous lesquels on aborde les papiers des chercheurs en France et au Québec 35 .
Privé renvoie aussi à respect de la vie privée, une « notion [qui] concerne aussi bien la vie privée du producteur du fonds que celle de tiers cités ou apparaissant dans le fonds d’archives » 36 . Le droit de chacun au respect de la vie privée inscrit dans de nombreuses législations détermine un ensemble de prescrits relatifs à la création, l’accès et l’exploitation de documents touchant aux personnes, tout en définissant aussi les limites au respect de la vie privée. L’application de ces principes se heurte à beaucoup d’obstacles dont le moindre n’est pas l’enchevêtrement de réalités antagonistes ou paradoxales lorsque, par exemple, des enregistrements illégaux sont reçus en justice 37 .

Ces dernières années les juristes se sont, quant à eux, saisis de la problématique des menaces profilées à l’encontre du droit à l’oubli que contient potentiellement la consultation des informations liés aux usages du web. « Nous voulons soutenir que l’une des conditions nécessaires à l’épanouissement de l’autonomie individuelle est, pour l’individu, la possibilité d’envisager son existence non pas comme la confirmation ou la répétition de ses propres traces mais comme la possibilité de changer de toute, d’explorer des modes de vie et façon d’être nouveaux, en un mot d’aller où on ne l’attend pas. C’est bien ce “droit à une seconde chance”, la possibilité de recommencer à zéro […] qu’il importe de restaurer ou de préserver non seulement pour des personnes ayant purgé une peine criminelle, mais pour l’ensemble de la population dès lors qu’augmente la capacité de mémoire digitale. » 38 Le débat s’élargit ensuite à la réutilisation et à la commercialisation des données et déclencha un travail législatif et réglementaire lequel, à son tour, ouvre aujourd’hui de nouvelles questions. Le 27 février 2013, l’Association des archivistes français a ainsi fait connaître son inquiétude devant les mesures d’anonymisation et de destruction des données personnelles qu’envisagent la Commission européenne et le Parlement européen pour préserver les citoyens face à l’exploitation qu’en font, potentiellement et réellement, les grands opérateurs du web : « Au nom du droit à l’oubli, quel patrimoine pour l’Europe de demain ? » 39 Certes, les documents concernés ne sont précisément pas ceux que nous avons voulu recouvrir du terme générique d’archives personnelles lors de nos Journées d’avril 2012 et il faut soigneusement éviter de les confondre pour mener une réflexion utile. Un fait demeure, massif et puissant : les archives sont comprises dans un univers marchand. La pertinence de leur valeur patrimoniale, leur importance pour la connaissance, leur nécessité pour la vie sociale, économique et technique, ne seront défendues valablement qu’au prix de regarder cette réalité en face.

La définition en creux de l’archive privée et personnelle par distinction de l’archive publique instaure quelquefois une hiérarchie qui la déprécie. Le producteur n’est pas en cause ici ; le propriétaire l’est parfois un peu, du moins dans des pays de forte tradition étatique. Mais ce qui joue avant tout réside dans les possibilités plus ou moins accomplies de les classer et les décrire en toute rigueur. Les communications de Jean-Marie Yante 40 et de Christian Hottin 41 apportent deux éclairages intéressants sur cette réalité de la pratique archivistique.
Le privé est-il ce qu’il importe à tout prix de transformer en bien public ? Christian Hottin, Yann Pottin et d’autres s’interrogent sur la part éventuelle de prédation que recèle à leur insu et à leur corps défendant la collecte des archives privées que mènent les archivistes dans l’exercice le plus strict de leur mission 42 .

À quelles conditions et sous quel rapport, la parole d’une personne peut-elle devenir le patrimoine des autres ? Que devient ce qui passe aux archives ? L’écriture de soi ne relève ni de l’ordre chronologique ni de l’ordre logique ; son moteur est l’interrogation et non l’enquête ; elle n’atteint pas la réalité, mais la vérité intérieure de son auteur 43 . Philippe Lejeune proclame, en toute connaissance de cause : « Je ne suis pas une source. » 44 La mutation conceptuelle qui accompagne l’entrée d’une trace personnelle dans une structure qui n’est pas celle que son producteur lui avait d’abord ménagée implique une perte qui interroge le rapport à la parole et au témoignage autobiographique en dehors de l’intimité de confidence et lorsque le récit se fait document au profit de tiers imprécisés et par le truchement de médiateurs.
2. Le traitement des archives personnelles. Quelques dimensions
Les archives publiques et des centres d’archives privées se préoccupent aujourd’hui de l’acquisition, de la conservation et de la valorisation des archives personnelles. Si les grands principes archivistiques attachés à ces fonctions sont de rigueur, la dissémination de l’information, l’absence de procédures standardisées de versement ou d’acquisition, l’intervention de données particulières (au sens propre) dans l’évaluation, le tri et la description et le poids important du droit de propriété et du droit d’auteur imposent bien des nuances.
2.1. L’acquisition, la conservation et la description
En matière de documents personnels, la collecte sous toutes ses formes (par achat, don, dépôt, legs, échange…) est la pierre de touche de l’exercice des responsabilités des archivistes et des archives. Toute la littérature, dans l’ensemble des cultures archivistiques, y insiste.

Deux attitudes coexistent. La première confère aux archives publiques la mission de conserver les documents personnels au nom de leur responsabilité universelle. La seconde privilégie la conservation particulière par les individus, les familles ou les centres privés. Leurs implicites diffèrent et, si l’une évoque le risque de balkanisation des archives et met en exergue la vocation sacrée des dépôts publics, l’autre plaide les vertus du proche et du « mieux connaissant ». Mais on assiste aussi à la montée en puissance d’une troisième voie, faite de collaborations, d’organisation des complémentarités, de partage des responsabilités et de coordination des tâches, dans la visée de répondre à la fois à l’explosion documentaire, à la définition très large et très exhaustive que l’on donne aujourd’hui à la notion d’archive et aux missions mémorielles dont les sociétés investissent les archivistes 45 . La loi et les mandats institutionnels précisent les responsabilités des établissements d’archives publiques et préconisent les collaborations 46 .

La loi fédérale suisse met en avant la notion de « politique de mémoire de la vie privée » qui est sans doute celle la plus à même de relier les établissements d’archives et les documents personnels 47 .

Elle recommande ensuite – comme bien d’autres – de coordonner tout ce qui sera entrepris afin d’atteindre réellement à cette politique. Que signifie et implique cette coordination ? Elle comprend un volant archivistique déterminant : les politiques d’établissement, des répartitions motivées entre archives d’intérêt national et local, des règles et des préconisations pour le recueil des archives de personnalités de stature publique, l’éclairement des choix des donateurs, des contraintes budgétaires, le fait que les archives ne sont pas les seules institutions patrimoniales et le profit qu’il y a de travailler en réseau 48 , la réflexion archivistique n’étant pas de trop 49 . Mais elle concerne aussi tout ce qui contribuera à ce que « la constitution des fonds constitue un tout cohérent fait de liberté et de devoir » 50 ; c’est pourquoi elle accordera le plus grand prix au sens de cette patrimonialisation, sans lequel l’acquiescement libre à ce devoir ne pourrait être consenti ni par les particuliers ni même par les archivistes.
La convergence toute récente qui vient de s’opérer entre les outils informatiques domestiques et l’usage privé du web entraîne l’accroissement saisissant du volume de productions personnelles, ce qui pose frontalement la question de la conservation de celles-ci. L’hypothèse d’un stockage intégral est aberrante sous tous les aspects : technologique, financier et archivistique. Son coût environnemental, par exemple, serait exorbitant et l’indexation imposerait des charges insupportables. Mais avant tout, elle pose une question inédite dont nous ne pouvons pas faire l’économie. Jusqu’à présent, l’individu ou l’archiviste se préoccupaient de documents conçus, peu ou prou, pour durer. Mais aujourd’hui, les tweets , les vidéos de Youtube, les photos déposées sur Flickr, les détournements de séquences… sont intrinsèquement inscrits dans une logique de flux, c’est-à-dire de mouvement, d’échange, de changement et de mutation incessants. Comment donner sens à leur l’archivage ?
L’évaluation, cet exemple le montre mais la question est en réalité globale, est une opération essentielle dans le cas des archives personnelles. Et comme elle repose sur de tout autres fondements que le tri des documents administratifs, il se pourrait, comme le suggère Robert Kretzschmar, que « l’archiviste historien se voie couronné d’honneurs nouveaux » 51 . Mais à côté des compétences et de l’expérience individuelles, se développent aussi des outils dont la méthode Minnesota fait partie pour l’évaluation des archives socio-économiques 52 .
Parce que chaque fonds est unique en ce qu’il a été librement constitué et n’a, par exemple, dû répondre à aucune prescription administrative, l’organisation primitive des archives personnelles mérite une attention très soigneuse. Leurs producteurs ont gardé et éliminé des documents et, d’une façon ou d’une autre – ce qui inclut aussi le désordre et la friche –, ils les ont classés. Ainsi marquées, ces archives disent quelque chose. « Jean-Claude Kaufmann, rappelle Christian Hottin, a montré toute la place que tenaient les processus de rangement dans l’organisation de la personnalité, et combien cette activité en apparence anodine, paraissant aller de soi, obéissait en fait à une logique très complexe et contribuait beaucoup à structurer l’individu. » 53
C’est pourquoi, l’échange de paroles et l’information vive sont déterminantes au moment du versement. François Bos et Geneviève Perret l’expliquent dans leur présentation des actions des Archives de la Vie privée en Suisse romande 54 . Les informations recueillies seront les plus précieuses et les mieux venues pour opérer le classement et concevoir l’inventaire. Mais l’échange demeure inégalitaire, ou plutôt ne remplira pas tout parce qu’il restera, quoi qu’on en veuille, marqué par la différence entre l’archiviste qui agit à partir d’une science et d’une mission et le déposant, habité d’une autre relation aux documents qu’il remet 55 .
2.2. La valorisation
Même si l’action des établissements publics est importante et si le législateur, en maints pays, donne aux archives nationales les moyens de soutenir les initiatives privées, un des éléments les plus notables en matière de valorisation des archives personnelles réside dans la part déterminante qu’y assurent les associations et des centres privés. Il en existe de toutes les tailles, avec des objectifs très variés.

Leur modèle peut être scientifique, comme dans le cas des Archives Henri Poincaré à Nancy qui jouissent du statut de laboratoire et poursuivent le double objectif de valoriser des archives de la recherche et de travailler une histoire de la connaissance. Un autre exemple tient dans l’édition-web, coordonnée par Antony McKenna et Fabienne Vial-Bonacci, de la correspondance active et passive du philosophe Pierre Bayle 56 . Le site présente le texte et l’apparat critique de cinq cent quatre-vingt sept lettres ainsi qu’une vue numérisée des manuscrits. Il est possible de rechercher librement un mot dans l’ensemble de la correspondance, d’afficher les lettres échangées entre Bayle et un correspondant particulier, d’afficher les lettres d’une année ou d’une période déterminée. Un index des noms de personnes permet les renvois sur les occurrences des noms cités dans les lettres et un glossaire propose des définitions des termes difficiles. Le site propose également des portraits des principaux acteurs, des vues des lieux où vécut Pierre Bayle, l’image des pages de titre de ses ouvrages, l’échantillonnage des écritures de ses correspondants et de petits films retraçant la vie du philosophe et l’édition de sa correspondance.
Un autre modèle inscrit la valorisation des archives personnelles dans l’action éducative et l’aide socio-culturelle, éventuellement liées à des engagements militants. Des collectes, des constitutions (écriture de récits de vie 57 , enregistrement de témoignages) et des mises en valeur de documents personnels visent ici à restaurer ou à créer du lien social, par exemple dans des territoires en difficulté 58 – quartiers stigmatisés et régions industrielles sinistrées – ou auprès de populations immigrées en mal de représentation de soi. Dans certaines structures de soins, la médiation de l’archive peut servir aussi à consolider des identités psychiques fragiles. L’élément tenu pour le plus important dans ces actions est de donner la parole et de s’approprier des mémoires, sans souci prééminent des contenus des archives mises en jeu.

La valorisation des inconnus « sans qualité », acteurs et témoins ou observateurs attentifs, constitue aussi une motivation importante des associations de plus en plus nombreuses qui éditent et documentarisent 59 leurs textes dans la visée d’écrire une histoire politique et sociale du quotidien 60 .
2.3. L’émotion
Le pouvoir d’émotion des documents personnels est sans doute immémorial. Mais il se fait que l’on en use aujourd’hui de façon tout à fait délibérée. Dans leur présentation des travaux que le GIRA (Groupe interdisciplinaire de recherche en archivistique) lui ont consacrés, Sabine Mas et Anne Klein expliquent : « Les archives occupent de plus en plus de place dans les espaces public et privé à des fins commerciales, éducatives, ludiques, commémoratives, artistiques ou à des fin de promotion institutionnelle, régionale ou nationale. Ce phénomène nous fait découvrir ou redécouvrir que les documents d’archives n’ont pas seulement le pouvoir de témoigner ou d’informer, mais aussi celui d’inspirer et d’émouvoir à partir d’une mise en scène et d’une appropriation réalisées par des gestionnaires, des artistes ou des citoyens. » 61 Les actes du sixième Symposium du GIRA mais aussi l’article 62 que Yvon Lemay a conçu à l’occasion des Journées des Archives 2011 exposent les chantiers ouverts : comprendre les ressorts de l’émotion suscitée par les archives, analyser les utilisations innovantes des documents d’archives et réfléchir aux conséquences sur la pratique et la théorie archivistiques.
Émotions, en réalité plurielles. Si l’on pense spontanément à l’émotion suscitée auprès des utilisateurs de l’archive – très nombreux et très variés –, il vaut aussi la peine de se pencher sur les sentiments qui animent l’archiviste lui-même ainsi que le producteur d’archives, au moment par exemple où il cède ses documents. Anne Both, une ethnologue, a mené cette exploration dans plusieurs centres français. Elle montre de quelles manières dissemblables ce travail de l’émotion se manifeste chez chacun d’eux 63 . C’est le moment aussi de considérer le plaisir intellectuel que procure le travail d’organisation d’un ensemble d’archives que Nathalie Heinrich appelle la joie que procure le « beau esthétique » 64 et François Burgy, le « bonheur archivistique » 65 .

L’émotion réside aussi dans la surprise. Au delà de l’information que l’on recherche en ouvrant les dossiers, les archives ménagent parfois la découverte de ce que l’on ignorait complétement jusqu’alors. Ou encore, et c’est inestimable, elles révèlent le sens de réalités que l’on méconnaissait parce que l’on plaquait sur elle, un savoir a posteriori . Prenons l’exemple des années de l’Occupation de la Belgique entre 1940 et 1944. Nos hypothèses souffrent souvent de ce que nous en connaissons l’issue : la Libération. Mais ceux qui les ont vécues mois après mois, comment ont-ils imaginé l’avenir et leur devenir ? Les adultes en charge d’une famille ? Les jeunes garçons aux études ? À quoi se préparaient-ils ? Que leur disaient leurs professeurs, leurs parents, leur entourage ? Comment en parlaient-ils entre eux ? Leurs carnets et leur correspondance consignent des sentiments et des paroles que l’on ne pourrait trouver ailleurs, et certainement pas dans les discours officiels ou la presse aux ordres.
L’émotion toutefois court des dangers. Celui de l’instrumentalisation, comme le montre son usage par la publicité. Ou celui de son énervation, quand tout est image et que la saturation nous rend insensibles. Il se pourrait ainsi qu’il en advienne des archives personnelles comme des mémoires, les unes et les autres si proches d’ailleurs. Jean-Pierre Rioux pose ainsi : « Dans un monde où tout fait mémoire, il n’y a plus de mémoire. […] Nous sommes désormais dans un perpétuel présent où tout est à la fois créé et conservé. Il n’y a plus tri, hiérarchisation et cela rend les historiens très perplexes. S’il n’y a pas de sélection, on arrive à un monde où tout fait mémoire. Autrement dit, à un monde où il n’y a plus de mémoire. Dans ce contexte, le patrimoine n’est plus cet échantillonnage de biens supposés précieux parce qu’ils viennent des pères, mais un flux permanent. » 66 L’attention est plus que jamais en question. Au milieu de la profusion luxuriante et indéfinie, c’est elle qui devient le facteur le plus rare. Comment capter et retenir l’attention d’un lecteur, d’un auditeur, d’un spectateur potentiel, pris dans un continuum numérique ?
La valorisation est tout sauf simple et unidimensionnelle. Quel est le sens d’une archive publiée sur l’internet ? Celui qui résulte du fait qu’un professionnel ou un groupe de spécialistes l’ont privilégiée et choisie parmi un stock considérable ? Celui qui tient à ce qu’un utilisateur l’a rencontrée dans sa navigation ? Celui qui accompagne l’intention de l’institution dans une posture de visibilité parfois un peu désespérée – « voyez ce que nous avons ! » – que connaissent bien les musées qui sont obligés de passer par la case esthétique pour justifier leur raison d’être tandis que le problème de la vérité intrinsèque des documents qu’ils montrent reste entier ? Une maltraitance consiste aujourd’hui à réduire une archive à son image et la transformation des archives en objets de consommation ne produit rien in fine , sauf le pire, leur déclassement dans le banal, aussitôt entrevu, aussitôt oublié.
3. Les exposés
3.1. Quelques aperçus problématiques
Jean Daniel Zeller, archiviste principal des Hôpitaux universitaires de Genève et professeur à la Haute école de gestion de Genève est engagé de longue date dans l’acculturation du numérique par le monde des archives. À travers l’analyse de trois formes d’archivage de soi par des moyens informatiques – le Lifelogging (un journal intégral de tous les instants d’une vie), le Quantified Self (l’enregistrement personnel de l’ensemble de ses paramètres physiologiques) et la Digital Legacy (la gestion du patrimoine numérique des individus) –, il propose une réflexion générale sur les ressorts de la production et de la conservation des archives personnelles. Son exposé concerne aussi les implications d’un archivage de plus en plus universel, entre l’ouverture de nouveaux marchés, la révolution des métiers concernés par la mémoire et le patrimoine et le développement non soutenable qu’il nécessiterait eu égard aux ressources limitées de la planète. Aussi irréalistes ou peu réalisables qu’ils soient, les projets radicaux d’un archivage intégral reflètent, avant tout, une pensée qui va à l’encontre de l’évaluation qui fonde l’archivistique et du travail d’hypothèses sur lequel repose la discipline historique.
Paul Servais est historien et archiviste, professeur à l’Université catholique de Louvain et à l’Université Saint-Louis-Bruxelles, directeur des Archives de l’UCL et membre du Conseil des centres d’archives privées de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il croise ici les expériences accumulées dans tous ces champs pour définir finement les archives personnelles, décrire l’histoire de leur production et évaluer les attentes à leur endroit.
La prise en charge collective des archives personnelles – par des archives publiques ou par des centres privés–, pose la question de l’intérêt général et de l’intérêt particulier. Jean-Marie Yante, professeur et chercheur à l’Université catholique de Louvain et à l’Université du Luxembourg, examine leurs logiques respectives et les possibilités de les concilier en déployant certaines politiques et certaines techniques. Son exposé met en avant les valeurs portées par l’action des archives publiques et rappelle les règles essentielles qui la gouverne.
3.2. Le traitement archivistiques des documents personnels
Une autre préoccupation, celle-là que Christian Hottin, conservateur du patrimoine, archiviste et paléographe nous invite à considérer, consiste à dévider la pelote de significations de « ce qui se joue, pour l’archiviste, pour le producteur des archives et pour les archives elles-mêmes dans cet acte singulier qu’est la collecte d’archives ». Les sens que mettent à jour les analyses qu’il mène avec Yann Pottin et Anne Both concernent notamment le rapport au monde de l’archiviste dont la mission, austère mais non dépourvue de l’esthétique « du beau scientifique », est de prendre en compte un « temps infini » et la confrontation, adoucie par la civilité, entre la « prise » qu’effectue l’archiviste et le sentiment de perte qui affecte d’une façon ou d’une autre le producteur ou le conservateur individuel. Ou encore, – et c’est peut-être le nœud – entre la pensée de celui qui maîtrise une matière à partir d’un savoir scientifique et d’une parole normative et celle de celui qui connaît de l’intérieur.

Diane Baillargeon, directrice de la Division de la gestion des documents et des archives de l’Université de Montréal, présente les réseaux d’acquisition d’archives privées au Québec. Ces acquisitions se basent sur des assises réglementaires, professionnelles et institutionnelles. Les unes et les autres posent comme principe que les acquisitions d’archives privées sont une responsabilité partagée entre les créateurs, les donateurs et les services d’archives publics et privés qui, pour jouer pleinement leur rôle, doivent travailler de concert. Le modèle de réseau d’acquisition développé au début des années 1980 par le Groupe d’archivistes de la région de Montréal (GARM) qui permet à un service d’archives d’établir ses propres politique et stratégie d’acquisition en s’appuyant sur tout un réseau de services qui collaborent pour définir leurs « zones d’excellence » est aujourd’hui au cœur de la stratégie nationale d’acquisition proposée par le Conseil canadien des archives. On lira aussi dans l’article de Diane Baillargeon quelques réflexions stimulantes sur les ressources qu’offre aux archivistes le réseautage professionnel.

Carol Couture ensuite, professeur honoraire de l’Université de Montréal et ancien conservateur et directeur général des Archives à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (2006-2012) nous expose le projet culturel et les objectifs qui sous-tendent l’action de BAnQ en matière d’archives privées. À travers l’édition d’un guide tel que À l’abri de l’oubli , l’accueil du public dans les centres agréés d’archives présents dans chaque région et le soutien aux réseaux d’archives privées, il s’agit, à la fois, d’aider les citoyens dans la rencontre de leurs besoins en ce qui concerne la gestion de leur propre système de documents et les associer à la grande tâche de sauvegarder un patrimoine commun, tissé du témoignage de l’ensemble des activités de la société.

Le Centre d’animation et de recherche en histoire ouvrière et populaire (CARHOP) est reconnu par la Fédération Wallonie-Bruxelles en Belgique comme centre d’archives privées et association d’éducation permanente. Christine Machiels et Florence Loriaux, respectivement directrice et coordinatrice du pôle Patrimoine du CARHOP, exposent que l’action autour des archives personnelles des militants du mouvement ouvrier appelle une disposition d’esprit et des façons de faire spécifiques afin de respecter la vérité de ces personnes et de leurs engagements.
Bernard Remiche, professeur à la Faculté de droit de l’Université catholique de Louvain, membre du Conseil supérieur de la propriété intellectuelle de Belgique et rapporteur dans de nombreux colloques internationaux consacrés à cet objet expose la problématique qui unit les intérêts particuliers des auteurs et de leur ayant-droit au bénéfice collectif de pouvoir avoir accès aux archives.
Ses propos sont prolongés par la contribution de Dirk Luyten, chercheur au CEGES (Centre d’études et de documentation Guerres et Sociétés contemporaines) autour de la brochure que la Commission [belge] pour la protection de la vie privée a publiée en 2011 sur la recherche historique et la protection de la vie privée et analyse le statut de l’histoire dans la législation européenne et belge sur la protection de la vie privée et les problèmes qui en découlent pour la recherche.
La description des documents personnels dans un centre d’archives rencontre des écueils et se heurte à un seuil indépassable d’imperfection qui tiennent à leur création et à leur détention hors des standards administratifs. Florence Gillet, en charge du secteur Images et Sons du CEGES (Centre [belge] d’études et de documentation Guerres et Sociétés contemporaines) en détaille la liste puis indique quels contournements sont possibles à condition d’identifier précisément le statut de l’information apportée. Un commentaire est très précieux, mais il est fallacieux de le considérer comme une identification pure et simple.
3.3. Les dimensions de la valorisation
Les trois exposés suivants exposent quelques configurations possibles de centres d’archives dédiés à des individus et à leur œuvre. La Fondation Paul-Henri Spaak que présente son Secrétaire général François Danis s’est employée à la conservation, au classement et à la numérisation des archives de l’éminent homme politique et diplomate qui documentent non seulement l’action de celui-ci mais aussi un état de la Belgique et du monde entre le milieu des années 1930 et la fin des années 1960. L’objectif primordial de la Fondation est d’ouvrir à la communauté des chercheurs cet ensemble en tous points précieux.

Les Archives Henri Poincaré, quant à elles, forment le cœur d’un laboratoire de l’Université de Nancy qui s’attache concomitamment à l’édition de la correspondance de ce savant exemplaire et à l’analyse du travail scientifique élaboré dans la France de la Troisième République, envisagé à la fois dans ses contenus, dans sa pratique et dans sa sociabilité. Caroline Jullien nous expose la richesse des deux approches et détaille l’aventure passionnante de l’édition de ces papiers qui éclairent tout ensemble une œuvre et une personne.
François Noirjean, archiviste du canton suisse du Jura, poursuit le propos en détaillant la mise en valeur des archives d’Auguste Viatte au travers d’expositions, de colloques, d’éditions et de promotion de projets de recherche. Plusieurs motifs d’intérêts s’y attachent : le parcours d’un lettré au 20 e siècle, l’attraction intellectuelle de Paris, l’importance du Québec dans la francophonie et l’argumentation historique du mouvement aspirant à la souveraineté cantonale jurassienne.
Vincent Dujardin, professeur d’histoire à l’Université catholique de Louvain et auteur d’une biographie scientifique d’une personne vivante au moment de sa réalisation 67 porte la réflexion sur l’intérêt intrinsèque, mais qu’il ne s’agit pas de surestimer, des archives personnelles qui permettent notamment de compéter, et parfois de corriger, ce que les documents officiels ne prennent pas en compte ou lissent. L’auteur fait également le point sur la question du témoignage oral et de son utilisation. « Comment un historien peut-il se priver du témoignage du principal sujet de son livre ? Mais comment ne pas mesurer [aussi] la difficulté de la position d’un chercheur [qui doit conserver son libre arbitre, dans sa réflexion comme dans son expression]. » Il poursuit avec quelques balises épistémologiques et méthodologiques. « Tout témoignage doit être recoupé autant que possible, afin de ne pas superposer de faux récits. Il importera […] de discerner l’écart entre la vérité de l’acteur et la réalité de l’événement et d’adapter la critique historique à la spécificité du procédé. Se souvenir n’est pas forcément restituer. » Au final, il apparaît que la question de biographie scientifique d’une personne en vie représente un cas particulier de la question générale de l’intervention des historiens dans l’élaboration des connaissances profitables aux sociétés contemporaines. « Au vu de la très heureuse réalité que constitue la croissance de l’espérance de vie, les historiens doivent-ils atteindre le décès de tous les personnages qui ont marqué l’histoire ? »
Pour terminer
Les archives personnelles rendent particulièrement visible la mission sociétale des archivistes : conserver pour transmettre. L’exercice de cette responsabilité est aujourd’hui en plein bouleversement.
Christine Nougaret l’a expliqué dans un entretien 68 . « Conservateur du patrimoine, notre mission est de collecter ce qui va constituer des archives définitives. Or nous sommes à un “tournant de civilisation” : la culture de l’écrit se perd, et pourtant il va falloir continuer à conserver les archives historiques, mais surtout veiller à ce qu’elles restent compréhensibles dans le futur. Les archives électroniques sont importantes, mais il ne faut pas oublier les archives traditionnelles, que de moins en moins de gens seront en mesure de comprendre. En tant que conservateurs du patrimoine, nous nous devons de passer le témoin aux générations futures. Il faut à la fois gérer le quotidien, mais aussi se projeter dans l’avenir. »

Elle poursuit : « L’archiviste a un rôle de passeur : sa mission n’est pas statique, il y a tout un aspect “veille” et “prospection”. Nous devons en effet être capables d’enrichir ce patrimoine, à partir de tout ce qui se produit actuellement. » Cependant, les institutions chargées de la préservation et de la communication des documents se retrouvent prises entre une logique de stock et une logique de flux. « Nous sommes entrés dans l’ère des méta-savoirs que constituent non pas les savoirs eux-mêmes mais leurs différents modes d’organisation et d’accès. » 69 Le numérique, énonce le directeur de la Cinémathèque royale de Belgique Nicolas Mazzanti, est « une forêt de bonzaïs » : comme chaque bonzaï, il exige des soins infinis et, comme forêt, il appelle un traitement de masse. Il est devenu moins coûteux de conserver que de trier. La question subséquente posée aux archivistes est, qu’aujourd’hui, ce n’est plus l’abondance que leur avait progressivement imposée le 20 e siècle qu’il s’agit de gérer, mais, à proprement parler, l’infinité des savoirs constamment renouvelés et venant du monde entier. Les injonctions qui leur sont faites d’assurer à la fois la sauvegarde de toutes les productions et de servir avant tout l’information immédiate se révèlent par maintes dimensions contradictoires.
1 . Bruno DELMAS, La société sans mémoire. Propos dissidents sur la politique des archives en France , Paris, François Bourin, 2006, pp. 13-45 ; ID., L’archiviste, le numérique et l’avenir , dans Nicolas DELPIERRE, Françoise HIRAUX, Françoise MIRGUET (eds), Les chantiers du numérique. Dématérialisation des archives et métiers de l’archiviste , Louvain-la-Neuve, Academia, 2012, pp. 185-203.
2 . Georges DUBY, Philippe BRAUSTEIN, L’émergence de l’individu , dans Philippe ARIES, Georges DUBY (dir.), Histoire de la vie privée , t. 2 : De l’Europe féodale à la Renaissance , Paris, Le Seuil, 1985, pp. 503-619. D’autres courants joignirent également leurs effets. Telle, la littérature chevaleresque qui appelait au dépassement par la traversée d’une suite de tribulations – encore une notion très liée à l’individu. Ou encore, la distinction, une valeur qui commença par s’adresser aux cadets nobles lorsqu’une nouvelle mentalité leur ménagea un avenir personnel, puis devint la marque d’une élite politique (le souverain), intellectuelle (l’humaniste) et sociale (la civilisation des mœurs dont a traité Norbert Elias).
3 . À propos de l’intériorisation puis de la sécularisation des valeurs du christianisme : Marcel GAUCHET, Le désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion , Paris, Gallimard, 1985, pp. 232-247 ; Louis DUMONT, Essais sur l’individualisme. Une perspective anthropologique sur l’idéologie moderne , Paris, Le Seuil, 1984, pp. 33-67.
4 . Sur la participation des philosophes et, en particulier, sur la conception par Kant de la personne comme être responsable : Alain RENAUT, L’ère de l’individu , Paris, Gallimard, 1989, pp. 258-299.
5 . Olivier BOBINEAU, L’agonie d’un empire malade. Habile geste pour fuir la crise , dans Le Monde , 15 février 2013, p. 18. L’analyse la plus accomplie demeure celle d’Alain TOURAINE, Critique de la modernité , Paris, Fayard, 1992.
6 . Marcel GAUCHET, Histoire du sujet et théorie de la personne , Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009.
7 . Georges DUBY, Philippe BRAUSTEIN, op. cit ., pp. 506-508, 524-527.
8 . Dans leur Dictionnaire général des sciences humaines (Louvain-la-Neuve, CIACO, 1984, p. 717), Georges THINES et Agnès LEMPEREUR indiquent l’intrication mutuelle de personne et de persona qui constitue, à la fois, « un rôle proposé par la société » à l’individu et « une manière d’idéal du moi, mais un idéal conformiste et, en tout cas, purement social ».
9 . Georges DUBY, Philippe BRAUSTEIN, op. cit ., pp. 533-541.
10 . Georges Duby a ainsi analysé ce qui se présente comme le récit autobiographie d’un chevalier anglo-normand, Guillaume le Maréchal (vers 1145 – 1219) et consiste en réalité en un long poème commandé par son fils peu après son décès. Ce texte illustre un moment très précis : celui où émerge la figure individuelle dans le monde féodal, mais où cette figure n’a de sens que dans la lignée. Georges DUBY, Guillaume le Maréchal ou le meilleur chevalier du Monde , Paris, Fayard, 1984.
11 . Danièle TOSATO-RIGO, L’archive privée au cœur des pratiques sociales et culturelles , dans Arbido , 1, février 2013, pp. 6-8.
12 . Temporalités et autobiographie , Appel à contribution, dans Calenda , publié le mercredi 20 juin 2012 : <h t tp ://calenda.org/209047 > et <h t tp ://calenda.org/209047#sthash.qrPY7mAe.dpuf >
13 . Le livre fut commencé en 1326 : Claude CAZALE-BERARD, Christine KLAPISCH-ZUBER, Mémoires de soi et des autres dans les livres de famille italiens , dans Annales HSS , no 4, juillet-août 2004, pp. 805-826.
14 . Philippe LEJEUNE, Je ne suis pas une source. Entretien avec Philippe Lejeune, dans Sociétés et représentations, 2002/1, no 13, pp. 87-99.
15 . Cité sans identification par Philippe ARTIÈRES, Jean-François LAÉ, Archives personnelles. Histoire, anthropologie et sociologie , Paris, Armand Colin, 2011, p. 6.
16 . Philippe ARTIÈRES, Jean-François LAÉ, op. cit.
17 . Laurent MORELLE, Usages et gestion de l’écrit en Occident , dans L’autorité de l’écrit au Moyen Âge : Orient-Occident , 39 e Congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2009, pp. 117-126.
18 . On sait que le sens actuel du terme de patrimoine a une histoire : André CHASTEL, La notion de patrimoine , dans Pierre NORA, Les lieux de mémoire , 1, Paris, Gallimard, 1984. Cité à partir de l’édition économique Quarto , Paris, Gallimard, 1997, t. 1, pp. 1433-1469. À propos de la liaison entre archives et patrimoine : Krystof POMIAN, Les archives. Du trésor des chartes au Caran [ Centre d’accueil et de recherche des Archives Nationales ], dans Pierre NORA, Les lieux de mémoire , 3, Paris, Gallimard, 1987. Cité à partir de l’édition économique Quarto , Paris, Gallimard, 1997, t. 3, pp. 3999-4067.
19 . Christine NOUGARET, Pascal ÉVEN, Historique , dans Christine NOUGARET, Pascal ÉVEN (dir.), Les archives privées. Manuel pratique et juridique , Paris, La documentation française, 2008, p. 9 ; Philippe ARTIÈRES, Archives personnelles. Histoire, anthropologie et sociologie , Paris, Armand Colin, 2011, pp. 143-150.
20 . José-Luis DIAZ, Papier présenté le 10 juin 2011 au Séminaire Archives 19 organisé par l’Université Paris-7, Paris-Diderot, sur le thème des « archives de l’intime » : <h t tp ://archive19.hypotheses.org/64>
21 . Beatrice BARBALATO, Albert MINGELGRÜN, Notes introductives , dans Beatrice BARBALATO, Albert MINGELGRÜN (eds), Télémaque : archiver et interpréter les témoignages autobiographiques , Louvain-la-Neuve, Presses de l’Université de Louvain, 2012, p. 111.
22 . Pierre Nora a fait de cette question le fondement de son grand projet de recherche et d’édition, Les lieux de mémoire : Pierre NORA, Entre mémoire et histoire. La problématique des lieux , dans Pierre NORA, Les lieux de mémoire , 1, pp. 23-43.
23 . Marcel GAUCHET, L’avènement de la démocratie III. À l’épreuve des totalitarismes, 1914-1974 , Paris, NRF Gallimard, 2010, pp. 555-657 ; Étienne ANHEIM, Olivier PONCET, Fabrique des archives, fabrique de l’histoire. Présentation , dans Revue de Synthèse , 5 e série, 2004, pp. 4-10.
24 . Par exemple, dans le monde francophone : Philippe ARTIÈRES, Jean-François LAÉ, op. cit. , pp. 4-10, 150-180 ; Philippe LEJEUNE, L’autobiographie en France , Paris, Armand Colin, 3 e édition, 2010.
25 . Le patrimoine oui. Mais quel patrimoine ? , Actes du colloque organisé à Paris, les 3 et 4 avril 2012, par la Commission nationale française pour l’UNESCO avec la collaboration de la Maison des cultures du monde/Centre français du patrimoine culturel immatériel, Nîmes, Acte Sud, 2012.
26 . Ce principe est inscrit dans de nombreuses législations et énoncé dans la Déclaration universelle sur les archives , approuvée par l’UNESCO le 10 novembre 2011. Texte disponible sur le site du Conseil international des archives : < http://www.ica.org >
27 . Le Cheval d’orgueil de Pierre-Jakez Hélias, paru en 1975, dépassa les 500 000 exemplaires et fut traduit en dix-huit langues.
28 . Florence DESCAMPS, De la patrimonialisation de la parole à la patrimonialisation de la mémoire. Mémoires institutionnelles mémoires de corps. Le cas des archives orales du corps préfectoral en France , dans Françoise HIRAUX (ed.), Les archives audiovisuelles. Politiques et pratiques dans la société de l’information , Louvain-la-Neuve, Academia Bruylant, 2009, pp. 51-68 ; Yves BOUVIER, Pauline DASSE, Jenny PIQUET, Marie-Noëlle POLINO, Ouvrir l’archive sonore à la recherche, promouvoir son usage. Le projet « mémoire orale de l’industrie et des réseaux » , dans Françoise HIRAUX (ed.), op. cit ., pp. 191-200.
29 . Philippe ARTIÈRES, Jean-François LAÉ, op. cit. , p. 6.
30 . Certains auteurs recommandent toutefois de distinguer archives personnelles et archives familiales. Mais le manuel des Archives de France articule les deux types : Claire SIBILLE, Magali LACOUSSE, Le traitement des archives privées , dans Christine NOUGARET et Pascal ÉVEN (dir.), Les archives privées , pp. 126-128, en les rassemblant, il est vrai, dans la catégorie des archives privées.
31 . Thérèse CHARMASSON, Archives scientifiques ou archives des sciences : des sources pour l’histoire , dans La revue pour l’histoire du CNRS , 14, 2006, mis en ligne le 3 mai 2008 : <http://histoire-cnrs.revues.org/1790 >
32 . Pierre Assouline a présenté l’affaire. « En 1996, Michel Salzedo, ayant droit de l’œuvre de Roland Barthes, confie en dépôt le fonds d’archives de son frère à l’IMEC (Institut Mémoires de l’Édition contemporaine). Et au début de l’été 2010, il prend soudainement l’initiative de l’en retirer pour en faire don à la BnF (Bibliothèque Nationale de France) . À l’IMEC, […] on s’explique d’autant moins cette décision que le fonds Barthes avait été mis en valeur (inventaire, classement, communication, expositions, publications de cours au Collège de France en coédition avec Le Seuil…). Alors ? Michel Salzedo fait valoir que, lorsqu’il a fait ce dépôt, l’IMEC se trouvait au cœur de Paris […] et que depuis, il s’est installé à l’abbaye d’Ardenne, en rase campagne, tout près de Caen. Michel Salzedo a eu […] le sentiment d’être en quelque sorte dépossédé de ce fonds si précieux. Mais là n’est pas son principal grief : “Le plus important, c’est la pérennité. L’IMEC est une institution privée qui ne peut offrir dans la durée la sécurité de la BnF où c’est très professionnel, sérieux, universitaire” . On imagine que l’argument est irrecevable vu de l’IMEC […]. » : <h t tp ://passouline.blog.lemonde.fr/2010/07/10/roland-barthes-fait-ses-cartons/ >-
33 . Lucas MARCO, Magnus WIELAND, Archiva(a)rischer Brückenschlag oder : eine weitere Verbindung über die Aare , dans Arbido , 1, février 2013, pp. 27-29.
34 . François BURGY, La valorisation des archives comme enjeu de la démocratie , dans Françoise HIRAUX, Françoise MIRGUET (eds), La valorisation des archives. Une mission, des motivations, des modalités, des collaborations , Louvain-la-Neuve, Academia 2012, pp. 178-180 ; Andreas KELLERHALS, La constitution du patrimoine archivistique revisitée. Impulsions (auto)critiques en guise d’introduction , dans Constitution des archives. Partager la responsabilité et garantir la transparence , Arbido , 3, septembre 2007, pp. 15-23.
35 . Jean-Marie YANTE, op. cit ., p. 65.
36 . Christine NOUGARET, Accès et valorisation , dans Christine NOUGARET, Pascal ÉVEN (dir.), op. cit. , p. 156.
37 . Stéphanie MARTEAU, La preuve par le son , dans M, Magazine du Monde , 26 janvier 2013, pp. 15-16.
38 . Antoinette ROUVROY, Réinventer l’art d’oublier et de se faire oublier dans la société de l’information ? , dans Stéphanie LACOUR, La sécurité de l’individu numérisé. Réflexions prospectives et internationales , Paris, L’Harmattan, 2008, p. 253.
39 . <h t tp://www.archivistes.org/Au-nom-du-droit-a-l-oubli-quel >
40 . Jean-Marie YANTE, op. cit ., pp. 61-70.
41 . Christian HOTTIN, Enquêtes sur la collecte. Synthèse des approches archivistiques et ethnographiques , infra , pp. 71-87.
42 . Christian HOTTIN, op. cit ., pp. 72-88.
43 . C’est ce que, chacun selon leur approche, les philosophes, les psychologues et les sociologues désignent par les termes de « monde ambiant », de « monde pour », de « monde existentiel ».
44 . Philippe LEJEUNE, Je ne suis pas une source. Entretien avec Philippe Lejeune , dans Sociétés et représentations , 2002/1, no 13, pp. 87-99.
45 . La réflexion ouverte en Suisse il y a quelques années sur la question de l’ Überslieferungsbildung ou « constitution du patrimoine » en problématise les tenants et les aboutissements. L’Association des archivistes suisses et Bibliothèque Information Suisse lui ont consacré un dossier : Constitution des archives. Partager la responsabilité et garantir la transparence , Arbido , 3, septembre 2007.
46 . Quelques exemples du domaine francophone : en Suisse, l’Article 17 de la loi fédérale sur l’archivage du 26 juin 1998 ; en France, le Décret n° 2009-1126 du 17 septembre 2009 modifiant le décret no 79-1040 du 3 décembre 1979 relatif à la sauvegarde des archives privées présentant du point de vue de l’Histoire un intérêt public ; au Québec, la loi sur les archives de décembre 1983, chapitres 21-28.
47 . Miriam SHERGOLD, Ich, Claude, Mensch und Bestand. Privatearchive in Schweizerischen Bundesarchiv , dans Arbido , 1, février 2013, pp. 20-22.
48 . Diane BAILLARGERON, Les réseaux d’acquisition d’archives privées au Québec , infra , pp. 102-106 ; Carol COUTURE, Quelques aspects de la politique et des actions de Bibliothèque et Archives nationales du Québec en matière d’archives personnelles. Pour un reflet de vie à l’abri de l’oubli , infra , pp. 107-115.
49 . Georg SCHLATTER, Theorie und Praxis am Beispiel der Bircher-Benner Bestände , dans Arbido , 1, février 2013, pp. 51-52.
50 . Miriam SHERGOLD, op. cit.
51 . Robert KRETZSCHMAR, Vernetzungen und Kampagnen. Überlegungen zur pratischen Umsetzung einer Übersliefe rungsbildung im Verbund , dans Arbido , 3, septembre 2007, p. 27.
52 . Gegroy NOBS, Une méthode proactive d’acquisition d’archives privées : la méthode Minnesota , dans Arbido , 1, février 2013, pp. 9-13.
53 . Christian HOTTIN, À chacun son classement. L’archiviste professionnel face aux archivistiques particulières , 2006 : < http://hal.inria.fr/docs/00/11/93/69/PDF/christianhottin_2006_achacunsonclassement.pdf> L’exposé de Christian Hottin est plus riche que ne le laisse penser cette seule question de l’organisation personnelle. On y lira surtout une mise en réflexion de l’importance des normes dans le milieu des archivistes et un questionnement sur les relations qu’entretiennent et que pourraient entretenir l’archivistique et les sciences sociales (sociologie et ethnologie). Les propos de Jean-Paul Kaufmann sont extraits de : Le cœur à l’ouvrage, Théorie de l’action ménagère , Paris, Armand Colin, 1997.
54 . François BOS, Geneviève PERRET, Une association : les Archives de la vie privée , dans Arbido , 1, février 2013, pp. 41-42.
55 . Christian HOTTIN, Enquêtes sur la collecte , infra , pp. 75-76.
56 . <http://bayle-correspondance.univ-st-etienne.fr>
57 . Daniel BERTAUX, L’enquête et ses méthodes. Le récit de vie , 2 e éd., Paris, Armand Colin, 2005.
58 . Un exemple de travail dans les quartiers : Diego DE MASI, Fabio OLIVIERI, Autobiografie urbane, memorie territoriali. Il progetto dell’XI Municipio di Roma , dans Beatrice BARBALATO, Albert MINGELGRÜN (eds), op. cit , pp. 113-121. Un exemple d’action auprès des femmes par la médiation de l’écriture de récits de vie : Carmelina CARRACILLO (coordinatrice), Voix et visages. Travailleuses en milieu rural et industriel en Belgique, France, Luxembourg et Suède , Cuesmes, Éditions du cerisier, 2002.
59 . Documentariser est l’action de celui qui réalise un reportage, « un documentaire ». Le documentaliste recherche et organise l’information cependant que le documentariste témoigne d’une réalité en produisant un document inédit. La notion de documentariste constitue la pierre angulaire de l’ouvrage collectif d’une dizaine de cinéastes : CATHERINE BIZERN (ed.), Cinéma documentaire. Manière de faire, façons de penser , Paris, Addoc, Éditions Yellow, 2002.
60 . Un exemple : Jacques POGET, Ethnodoc, découvreurs de documents personnels et inédits , dans Arbido , 1, février 203, pp. 46-48.
61 . Sabine MAS, Anne KLEIN, L’émotion : une nouvelle dimension des archives . Contexte et résumé des exposés du 6 e symposium du GIRA tenu le mercredi 3 novembre 2010 au Palais des Congrès de Montréal, dans Archives, 42, no 2, 2010-2011, p. 6.
62 . Yvon LEMAY, Comment valoriser ? Les options possibles et leurs implications , dans Françoise HIRAUX, Françoise MIRGUET, op. cit ., pp. 65-85.
63 . Christian HOTTIN, op. cit ., pp. 81-87.
64 . Ibidem , p. 86.
65 . François BURGY, op. cit ., pp. 182-183.
66 . Le numérique est-il une menace pour la mémoire individuelle et collective , interview de Jean-Pierre RIOUX dans La Croix , 10 janvier 2012 : < http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Sciences/Le-numerique- est-il-une-menace-pour-la-memoire-individuelle-et-collective-_NP_-2012-01-02-753137>. Une référence que je dois à Jean-Daniel Zeller.
67 . Vincent DUJARDIN, Pierre Harmel : biographie , Bruxelles, Le Cri, 2004.
68 . Christine NOUGARET, Archiviste au Centre historique des Archives nationales . Propos recueillis le 1 er juillet 2005, disponible sur : <http://www.archivistes.org/Archiviste-au-Centre-Historique >
69 . Michel MELOT, La bibliothèque multimédia et contemporaine , dans Christian JACOB (dir.), Lieux de savoir. Espaces et communautés , Paris, Albin Michel, 2007, p. 650.

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