Relations publiques et journalisme à l ère numérique : Dynamiques de collaboration, de conflit et de consentement
140 pages
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Description

Le présent ouvrage actualise la conception des interactions entre les professionnels des relations publiques – qu’ils œuvrent dans le secteur privé, public, culturel, militaire ou politique­ – et les journalistes. Il revisite les approches dites traditionnelles (oppositionnelles, d’amour/haine ou axées sur l’interdépendance) et propose d’autres perspectives pour appréhender les nouvelles dynamiques suscitées notamment par la révolution numérique.
Ces transformations entraînent-elles de nouveaux rapports de force entre les acteurs de l’information et ceux qui orchestrent la communication ? Quelles sont les influences des médias sociaux sur ces acteurs et leurs interactions ? Les professions des relations publiques sont-elles toujours aussi distinctes ?
Entretiens avec les acteurs, analyses de corpus et enquêtes en ligne constituent quelques-unes des méthodes utilisées par les auteurs pour scruter les échanges et les particularités de différents contextes de travail au Canada, en Belgique, en France et en Italie.
Ce livre s’adresse aux chercheurs et aux étudiants en journalisme, en rela­tions publiques et en science politique, de même qu’aux praticiens qui s’intéressent aux bouleversements que connaissent les professions de médiatisation de l’information.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 02 octobre 2019
Nombre de lectures 5
EAN13 9782760547551
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,1100€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Relations publiques et journalisme l re num rique
Presses de l Universit du Qu bec
Le Delta I, 2875, boulevard Laurier, bureau 450, Qu bec (Qu bec) G1V 2M2
T l phone: 418 657-4399
T l copieur: 418 657-2096
Courriel: puq@puq.ca
Internet: www.puq.ca
Diffusion / Distribution:
C ANADA
Prologue inc., 1650, boulevard Lionel-Bertrand, Boisbriand (Qu bec) J7H 1N7 T l.: 450 434-0306 / 1 800 363-2864
F RANCE
Sof dis, 11, rue Soufflot, 75005 Paris, France - T l.: 01 53 10 25 25
Sodis, 128, avenue du Mar chal de Lattre de Tassigny, 77403 Lagny, France - T l.: 01 60 07 82 99
B ELGIQUE
Patrimoine SPRL, avenue Milcamps 119, 1030 Bruxelles, Belgique - T l.: 02 7366847
S UISSE
Servidis SA, Chemin des Chalets 7, 1279 Chavannes-de-Bogis, Suisse - T l.: 022 960.95.32
Diffusion / Distribution (ouvrages anglophones):

Independent Publishers Group, 814 N. Franklin Street, Chicago, IL 60610 - Tel.: (800) 888-4741

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Relations publiques et journalisme l re num rique
Dynamiques de collaboration, de conflit et de consentement
Sous la direction de
Nad ge Broustau et Chantal Francoeur
Pr face de
Jean Charron
Catalogage avant publication de Biblioth que et Archives nationales du Qu bec et Biblioth que et Archives Canada
Vedette principale au titre:
Relations publiques et journalisme l re num rique: dynamiques de collaboration, de conflit et de consentement
(Communication - relations publiques) Comprend des r f rences bibliographiques.
ISBN 978-2-7605-4753-7
ISBN EPUB 978-2-7605-4755-1
1. Presse et relations publiques. 2. Journalisme. 3. Relations publiques. I. Broustau, Nad ge, 1977- . II. Francoeur, Chantal. III. Collection: Collection Communication et relations publiques.
PN4771.R44 2017 070.4 C2017-940567-5

R vision
Catherine Vaudry
Correction d preuves
Aude Tousignant
Conception graphique
Richard Hodgson
Image de couverture
iStock
Mise en page
Info 1000 Mots
D p t l gal: 3 e trimestre 2017
Biblioth que et Archives nationales du Qu bec
Biblioth que et Archives Canada
2017 - Presses de l Universit du Qu bec
Tous droits de reproduction, de traduction et d adaptation r serv s
Imprim au Canada
D4753-1 [01]
PR FACE
Sur quelques d fis de la recherche sur le journalisme et les relations publiques l re num rique
Jean Charron, professeur D partement d information et de communication, Universit Laval (Canada)
Le discours journalistique est, par nature, un discours polyphonique, au sens o la voix du journaliste, qui r pond des vis es qui lui sont propres, se combine d autres voix qui sont celles de ses sources d information, des sources cit es ou non, identifi es ou anonymes, des personnes ou des organisations, qui ont des vis es ou des finalit s diff rentes et souvent oppos es celles du journaliste. Ce que les gens savent sur ce qui se passe dans le monde proche ou lointain provient en tr s grande partie du discours des m dias d information. Or ce discours est largement tributaire, dans ses objets, dans ses propos et dans ses formes, du type de rapports concrets qui s tablissent entre les journalistes et leurs sources d information.
Ces relations cristallisent un formidable jeu de pouvoir entre, d une part, tous ceux et celles qui cherchent exercer une influence sur ce que les gens pensent - sur l "opinion publique - et, d autre part, tous ceux et celles qui font le m tier de rendre compte de l actualit . Elles s inscrivent dans un processus constant et complexe de d finition des enjeux publics et de construction des repr sentations collectives propos de ces enjeux. Ce processus se situe au c ur du d bat public et donc de la r gulation sociale dans une soci t qui se veut d mocratique.
Or ces relations entre les journalistes et leurs sources se sont ce point professionnalis es qu un journaliste peut rarement aujourd hui entrer en contact avec une organisation sans que cette relation soit encadr e par un professionnel de la communication et impr gn e d une culture des public relations . Le journaliste peut difficilement y chapper. Inversement, une organisation a peu de chances de laisser sa marque dans un d bat public ou de faire valoir son point de vue sans devoir transiger, un moment ou un autre, avec des journalistes.
L analyse des relations entre les journalistes et les relationnistes nous reporte donc au c ur de la probl matique de la structuration du pouvoir et de l exercice de l influence dans l espace public. Ces relations constituent une des principales modalit s d acc s des acteurs sociaux la visibilit publique et la parole publique, et mettent en jeu la capacit des acteurs sociaux d infl chir les repr sentations d autrui dans la d finition des enjeux publics et des choix d action collective travers la communication publique.
Ces relations repr sentent donc sur les plans social et politique un objet d analyse de premi re importance et elles-m mes un objet de d bat public. Certes, les relations imm diates et quotidiennes entre des journalistes et des professionnels de la communication ne disent pas tout de la gen se, de la vie et de la mort des enjeux publics. Elles ne sont pas l alpha et l om ga de la r gulation sociale. Mais elles sont tout de m me une manifestation concr te, tangible, observable de ce processus et, surtout, elles en portent les traces. Ces relations fascinent parce que ce qui s y passe sur le plan de la communication et plus particuli rement dans la n gociation des droits de parole dans l espace public (qui peut parler qui de quoi?, en quelques circonstances?, pour dire quoi?, en quels termes?, etc.) t moigne des structures de pouvoir qui fa onnent la soci t . Les m dias d information traditionnels (le journal, les bulletins de nouvelles la radio et la t l vision, les agences de presse) tiennent en effet la chronique des lieux de pouvoir dans la soci t - en tout cas de certains lieux de pouvoir -; ils nous disent jour apr s jour de quoi, dans cette soci t , est-on appel parler publiquement et qui est habilet le faire. Cette chronique est le produit de la rencontre r currente et quotidienne entre un dispositif de veille op r par des journalistes, en fonction de crit res et de normes qui sont les leurs et qui ont voir avec l industrie des m dias, et un dispositif de communication op r par des professionnels de la communication en fonction des int r ts et des vis es des organisations qui les emploient.
La recherche s est depuis longtemps int ress e l tude de ce jeu de pouvoir entre les journalistes et les professionnels des relations publiques. Mais cet int r t se trouve aujourd hui renouvel du fait de la r volution num rique qui tend reconfigurer le syst me m diatique jusque dans ses fondements, en m me temps qu elle transforme les modalit s de la communication publique des organisations. Dans ces conditions, qu advient-il du rapport d interd pendance et de la relation coop rative/conflictuelle entre le journalisme et les relations publiques? C est la question centrale qui tait pos e lors du colloque duquel est issu cet ouvrage et qui unit toutes les contributions qui y sont rassembl es.
DE QUELLES TRANSFORMATIONS S AGIT-IL?
Il n y a pas lieu d entreprendre ici une longue description des changements importants dont les pratiques des m tiers de la communication publique ont t l objet depuis quelques ann es - les contributions cet ouvrage en analysent plusieurs -, mais il y a quand m me un contexte nouveau qu il faut voquer rapidement, car il justifie un effort de r flexion sur les transformations des relations entre les journalistes et les relationnistes.
L usage des technologies num riques fait voler en clats les barri res techniques qui, il n y a pas si longtemps, pla aient les diff rents types de m dias (journal, magazine, radio, t l vision) dans des univers de mat rialit et de temporalit irr ductibles. Il cr e des possibilit s nouvelles de production, de reproduction, de stockage, de traitement et de diffusion de l information. La num risation des m dias entra ne une multiplication et une diversification des supports de diffusion et des modalit s de production et de r ception de l information, et favorise une acc l ration du rythme de production et de la vitesse de circulation et de renouvellement constant des discours publics.
L usage des technologies num riques m ne aussi l effritement du mod le conomique des m dias traditionnels financ s par la publicit . Une migration des investissements publicitaires des anciens vers les nouveaux m dias provoque en effet une crise du financement des anciens m dias, qui perdent des revenus, alors que les nouveaux peinent se rentabiliser. Comment dor navant financer le travail des journalistes?
La num risation favorise aussi la convergence des plateformes au sein de grands groupes m diatiques, de sorte qu on multiplie la capacit de diffuser l information produite par les journalistes, au moment o la crise du financement publicitaire se traduit par des compressions de personnel dans les salles de r daction. Dans les m dias traditionnels, les journalistes sont moins nombreux faire le travail, mais leur production conna t une plus large diffusion.
La num risation change les conditions d acc s certaines informations, par la consultation de bases de donn es en ligne, par la collecte et l analyse de donn es massives, par le recours aux archives lectroniques, aux liaisons satellites, aux images capt es sur le vif par des t l phones portables, et bien s r, aux m dias sociaux.
Ces m mes m dias sociaux permettent aux organisations de constituer leur public ou leur client le en un r seau avec lequel ou dans lequel elles communiquent sans subir la m diation des journalistes. Ils facilitent la mobilisation des groupes et la coordination de leur action dans l espace public sans le truchement des m dias traditionnels.
La num risation a aussi entra n une acc l ration du rythme des innovations techniques, ce qui force les organisations une adaptation permanente en mati re de communication. Un climat d incertitude s instaure; la planification long terme devient difficile; les outils techniques peine ma tris s tombent en d su tude. Et cela est vrai tant pour les m dias que pour les sources.
La croissance du volume des messages en circulation dans l espace public, autant ceux des m dias traditionnels que ceux des nouveaux m dias, cr e une situation d hyperconcurrence dans laquelle chaque message ou chaque locuteur doit livrer une bataille pour capter une parcelle de l attention publique.
On observe une diversification des statuts et une pr carisation des conditions de travail des travailleurs du secteur, un secteur dans lequel les fronti res entre les m tiers, les pratiques et les thiques de la communication deviennent mouvantes et poreuses.
Et bien d autres choses encore, qui changent plus ou moins radicalement les conditions d exercice des m tiers de la communication publique et qui sont susceptibles de modifier le rapport d interd pendance entre les journalistes et les professionnels des relations publiques sources. On peut formuler l hypoth se d une redistribution des ressources que les acteurs peuvent mobiliser dans la relation et aussi des contraintes avec lesquelles les acteurs doivent composer, et donc d une transformation du rapport d interd pendance entre les journalistes et les relationnistes et de la capacit des acteurs exercer de l influence.
DES D FIS POUR LA RECHERCHE
L analyse de cette transformation pose cependant quelques d fis sur le plan th orique et m thodologique. Je voudrais ici en souligner quelques-uns, sans souci d exhaustivit et sans chercher en pond rer l importance.
Le chercheur qui s int resse ces questions doit d abord se pr munir contre des demandes sociales souvent teint es de corporatisme qui, par exemple, font du journaliste un rempart de la d mocratie, en lutte h ro que contre des mercenaires de la communication au service des int r ts particuliers des puissants. Ou, inversement, qui font du relationniste l ardent d fenseur du droit des acteurs sociaux de faire valoir leur point de vue devant le tribunal de l opinion publique, et qui est aux prises avec des journalistes paresseux ou trop press s ou simplement incomp tents qui s imposent en arbitres autoproclam s du d bat public.
Les chercheurs qui travaillent en ce domaine appartiennent pour la plupart d entre eux un champ scientifique qui s est constitu dans des tablissements universitaires ou para-universitaires vou s la formation professionnelle, et qui ont incorpor leurs programmes de formation et dans leur culture organisationnelle le rapport amour-haine et le travail de l gitimation-d l gitimation qui caract risent les relations entre journalistes et relationnistes. Cela cr e une certaine homologie entre ce champ scientifique et le champ professionnel, qui rend les conceptions et les questionnements des chercheurs perm ables des pr occupations - voire des id ologies - qui sont celles des professionnels de la communication, des pr occupations qui embrouillent davantage qu elles n clairent.
Les travaux sur l interface journalisme-relations publiques renvoient principalement trois traditions de recherche:
Une sociologie plus ou moins critique du journalisme, qui est travers e par les d bats et les enjeux de th orie et de m thode qui ont cours dans les sciences sociales et qui ont des vis es explicatives et compr hensives, mais parfois normatives de d nonciation. Plusieurs des chercheurs qui uvrent dans cette tradition ont eux-m mes pratiqu le journalisme, l enseignent et s identifient lui.
Les tudes en relations publiques, fortement inspir es par les sciences de la gestion et par des probl matiques de communication/marketing, et donc ax es sur la recherche d efficacit dans la communication. Ces tudes sont souvent le fait de chercheurs issus du milieu professionnel, qui enseignent les relations publiques et qui sont soucieux de contribuer la l gitimation de ce m tier.
Finalement, plusieurs chercheurs s int ressent aux relations entre les journalistes et les relationnistes par le biais des tudes sur la gen se, la constitution et la circulation des discours publics qui participent la d finition des enjeux ou des probl mes publics. Ces chercheurs proviennent de diverses disciplines (communication, sociologie, science politique, tudes culturelles, histoire et d autres) et ont l avantage d tre moins expos s aux enjeux professionnels et de pouvoir adopter, par rapport au journalisme et aux relations publiques, une position de surplomb, un point de vue plus g n ral qui leur font voir le journalisme et les relations publiques moins dans leur sp cificit que comme deux pratiques qui, certes, ob issent deux logiques d action distinctes, mais qui ont en commun d exercer une "autorit discursive et de lutter pour la d finition des enjeux publics.
Un deuxi me probl me concerne la complexit et la contingence des ph nom nes l tude. L exercice de l influence entre les journalistes et les relations publiques est une pratique sociale qui met en jeu diff rents niveaux de r alit et qu il faut chercher appr hender dans sa totalit , et non en isolant certaines dimensions comme on le ferait dans une perspective disciplinaire. Nous avons affaire, un niveau microsocial, des individus, avec leur personnalit , leurs valeurs, leurs identit s, leurs actions, leurs choix, leurs sentiments, bref leurs idiosyncrasies qui peuvent agir de mani re d terminante dans les relations concr tes et quotidiennes qu ils entretiennent les uns avec les autres. Cependant, ces individus sont aussi, dans leurs actions et dans leurs repr sentations, largement tributaires des logiques, des politiques et des contraintes propres aux organisations auxquelles ils appartiennent. Un relationniste n agit pas pour lui-m me, et on n imagine pas non plus le journalisme sans les m dias. Les relations entre ces individus impliquent galement une dimension institutionnelle. Au journalisme et aux relations publiques correspondent, respectivement, des syst mes de normes et d attentes sociales, qui transcendent les individus et qui sont cens s d finir et l gitimer l une et l autre pratiques. Certaines normes et attentes ont une port e tr s g n rale et constituent une sorte de noyau dur de l institution; d autres sont plus sp cifiques et varient suivant, par exemple, la nature des organisations en cause, leurs domaines d activit , la conjoncture, etc. Finalement, les relations entre les journalistes et les autres professionnels de la communication se d finissent et se transforment dans le temps, court et long, o jouent les structures conomiques, politiques et culturelles de la soci t tout enti re.
La relation est aussi complexe analyser et en pr dire le d roulement parce qu elle met en jeu un rapport d influence et d interd pendance dont les acteurs ont conscience et qu ils cherchent, de part et d autre, ma triser. Nous avons affaire un jeu de strat gies, dynamique, circonstanci , fluide, dont l issue n est pas pr d termin e, o se jouent des identit s et des processus de l gitimation-d l gitimation, et o les acteurs ne se laissent pas facilement enfermer dans des d pendances. L interd pendance des acteurs sociaux et l exercice de l influence sont des r alit s subtiles, difficiles saisir empiriquement.
Un troisi me probl me est de nature conceptuelle. Quand on a une bonne th orie pour rendre compte d un objet ou d une situation, on est cens pouvoir, avec cette th orie, rendre compte du changement, des volutions de cet objet ou de cette situation. Mais il arrive que le changement soit tel que les cat gories ou certaines cat gories avec lesquelles on a construit notre th orie ne fonctionnent plus.
Il se pourrait bien que les conditions dans lesquelles se r alisent les changes entre les journalistes et les relationnistes se transforment un point tel que certains concepts que nous avons d velopp s dans le pass pour les analyser pourraient ne plus convenir. Certaines r alit s commencent sauter les cl tures conceptuelles avec lesquelles on cherchait les contenir. Dans nos recherches sur les journalistes et leurs sources, il est question, par exemple, de m dias, de syst me m diatique, de journalistes, de sources, de public, d espace public, de relations publiques, et jusqu r cemment, ces concepts ne posaient pas de r elles difficult s, ni sur le plan conceptuel ni sur le plan op ratoire. Or ces concepts, qui d signaient hier encore des r alit s assez bien balis es, d signent aujourd hui des ensembles devenus flous.
Par exemple, qu est-ce qu un "m dia d information l heure des m dias sociaux, des pages Facebook de personnalit s qui attirent des centaines de milliers d "amis et d abonn s, des vid os amateurs qui, sur YouTube, cr ent un effet viral ( buzz ) et font le tour de la plan te en quelques heures, des blogues et des m dias "tout en ligne ( pure players ) qui attirent suffisamment de curieux pour glaner des revenus publicitaires appr ciables, des "journaux en ligne et accessibles sur les appareils mobiles et qui proposent des documents vid o en r alit virtuelle, des "m dias de sources qui adoptent toutes les formes du journalisme professionnel?
Un quatri me probl me concerne la juste mesure du changement. Comment d terminer si et dans quelle mesure les changements que l on observe dans le monde du journalisme et dans le monde de la communication publique provoquent un d placement du point d quilibre dans les relations d interd pendance entre, d un c t , les journalistes et les m dias et, de l autre, les acteurs, professionnels de la communication ou non, qui cherchent faire valoir leur point de vue dans l espace public?
Comment distinguer dans la mouvance actuelle les changements de surface, les innovations circonstancielles, des changements plus durables et qui ne sont pas toujours les plus perceptibles? Pour y arriver, nous devons nous donner une certaine profondeur de champ en abordant les ph nom nes avec une perspective sociohistorique ou, tout le moins, diachronique. Autrement dit, constater un tat de fait apparemment nouveau ne suffit pas pour d cr ter qu il y a changement; il faut aussi voir comment cet tat de fait advient et comment ou dans quelle mesure il s inscrit dans des structures qui l infl chissent et qu il infl chit son tour. Notre regard est attir par des objets qui se transforment rapidement, sous nos yeux, ce qui nous incite observer et analyser le changement dans la courte dur e. Le pi ge du chronocentrisme nous guette, qui nous fait commettre des erreurs de perspective, qui nous fait voir des mutations l o il n y a que mouvement ph m re sans suite, ou au contraire qui occulte des changements structurels peu perceptibles br ve ch ance. Qui nous fait chercher (et trouver!) dans le contexte imm diat les explications toutes choses. Ou qui fait que, par ignorance du pass , on voit de la nouveaut l o il n y en a pas.
Les innovations les plus susceptibles d entra ner des changements durables sont, le plus souvent, celles qui permettent aux acteurs de faire mieux ou plus efficacement ce qu ils faisaient d j , et non celles qui permettent aux acteurs de faire des choses auxquelles ils n avaient pas pens . C est ce qu en sociologie de la communication on a appel la logique de l usage , qu on oppose l id e d un d terminisme technologique. Pour dire la chose autrement: les acteurs subissent rarement les innovations passivement; en g n ral ils se les approprient. Ainsi, le changement se produit rarement par le surgissement de nouveaut s r volutionnaires; il se r alise plut t par l int gration d une innovation dans un usage qui lui pr existe, par une incorporation de la nouveaut dans des structures d action qui lui sont ant rieures. L ancien mod le le nouveau, qui transforme l ancien en retour. L analyse du changement distingue, certes, mais n oppose pas la continuit la rupture, l innovation la tradition. Elle cherche plut t saisir la dialectique qui les lie. C est un principe de m thode: pour comprendre en quoi un ph nom ne nouveau contribue au changement, il faut se demander dans quelle structure plus stable il s int gre. Ce qui ne signifie pas qu terme, l ordre ancien - la structure - ne puisse pas tre profond ment transform .
Une autre erreur de perspective consiste diagnostiquer le changement en projetant unilat ralement dans l avenir une tendance que l on observe dans le pr sent sans envisager que cette tendance puisse provoquer un ou des mouvements contraires. Par exemple, on peut constater que les technologies num riques, les nouveaux m dias, le Web 2.0, que tout cela offre de nouvelles possibilit s pour les organisations de communiquer directement avec leur public, ce qui pourrait, dans une certaine mesure, diminuer leur d pendance par rapport la m diation journalistique traditionnelle. Alors doit-on conclure un d placement, en faveur des sources et au d triment des journalistes, du point d quilibre dans le rapport d interd pendance? Ce d placement est possible, mais il y a aussi d autres r alit s, d autres conditions qui apparaissent et qui offrent d autres possibilit s. L accroissement de la capacit des organisations communiquer directement et librement cr e une surcharge d information dans l espace public, car la capacit technique de faire circuler de l information n a pas augment les ressources d attention que le public peut y consacrer. Le temps et l nergie que les gens peuvent investir dans l information n augmentent pas; ils diminueraient plut t, ce qui cr e un goulot d tranglement. Alors la capacit des organisations communiquer directement avec le public n est peut- tre pas, en r gle g n rale, si grande et si g n ralis e qu on pourrait le croire. Par ailleurs, la surcharge informationnelle que provoquent les organisations peut constituer un avantage pour les journalistes, qui peuvent en effet se pr senter au public comme des agents, les seuls agents capables de g rer pour le public et dans l int r t public cette surcharge d information. Le journaliste se pr sente alors au public comme celui qui dispose d outils techniques et professionnels qui lui permettent d op rer un tri des informations suivant des crit res d int r t public et des normes de professionnalisme, comme celui qui offre des garanties quant la validit des informations qu il diffuse, et enfin comme celui qui, par un travail de synth se et de d cryptage propre la d marche journalistique, conf re aux informations un caract re d intelligibilit et de fiabilit qui serait exclusif au discours de presse. Et, du fait de la surcharge informationnelle, cette offre journalistique prend de la valeur. Il se pourrait donc que la soi-disant capacit des organisations communiquer librement dans l espace public n ait pas pour cons quence de miner ou de d valoriser la fonction de m diation qu exercent les journalistes. Il se pourrait que ce soit le contraire.
Cela tant dit, il faut aussi tenir compte du caract re extr mement variable des situations concr tes d change entre des journalistes et des sources. Le monde du sport n est pas celui de la politique, qui n est pas celui des affaires, qui n est pas celui de la culture, et ainsi de suite. Une premi re au th tre n est pas un conseil des ministres, qui n est pas l annonce par la police d un coup de filet, qui n est pas le match de finale de football, etc. Une th orie sur les relations entre les journalistes et les professionnels des relations publiques doit int grer l id e de contingence. Il est assez clair en effet, la lumi re des travaux qui ont t r alis s sur le sujet, que ce qui est susceptible de se passer entre des sources et des journalistes, et la capacit des uns d exercer de l influence sur les autres sont fortement tributaires des contextes et des arrangements organisationnels, institutionnels et culturels propres chaque situation.
CONCLUSION
Quand on con oit le journalisme comme une pratique discursive et que l on s attarde observer l volution des relations entre les journalistes et leurs sources en tant que coproducteurs du discours de presse, on est appel adopter une perspective qui est la fois sociodiscursive et sociohistorique.
Sociodiscursive veut dire que nous nous int ressons aux relations entre les journalistes et leurs sources en fonction de l hypoth se selon laquelle ces relations influent sur la nature et les caract ristiques du discours polyphonique des m dias d information.
Sociohistorique veut dire que nous cherchons inscrire les changements ou les innovations que nous observons dans des volutions structurelles.
Cela n implique pas cependant qu il faille faire tout cela chacune de nos op rations de recherche ou chacun de nos articles ou de nos communications dans des colloques. Cela signifie que nos travaux - les probl matiques sp cifiques que nous formulons - devraient tre con us comme des contributions interpr tables dans le cadre d une analyse sociodiscursive et sociohistorique. C est, il me semble, dans cet esprit qu il faut lire les contributions de cet ouvrage.
Sur le plan m thodologique, toutes les approches sont bonnes si elles sont adapt es aux objets concrets et aux probl mes sp cifiques qu on veut aborder. Mais on peut avancer que, compte tenu des d fis th oriques et m thodologiques que j ai voqu s, les tudes de cas prennent un relief particulier, si elles peuvent permettre de saisir les dynamiques l uvre dans toute leur complexit et leur contingence. Les tudes comparatives (entre cas, entre domaines d activit , entre types d organisation, entre cultures nationales, entre enjeux d battus, etc.) sont aussi d une grande utilit afin, comme on dit, de "monter en g n ralit . Elles servent aussi pour commencer distinguer, d un c t , ce qui diff re d un cas l autre et qu on peut rapporter la conjoncture et la contingence des cas tudi s, et qu il faut, de toute fa on expliquer, et, de l autre c t , ce qui est commun aux cas compar s et qu on peut rapporter des aspects plus structurels. Finalement, si c est le changement qui nous int resse, alors il faut travailler en diachronie et mettre en place des dispositifs de recherche qui donnent au changement le temps qu il lui faut pour se r aliser et pour en permettre l observation.
REMERCIEMENTS
Cette publication n aurait pas t possible sans le travail investi des auteurs et des collaborateurs. Nous tenons remercier ici les auteurs des chapitres, les tudiants et les professionnels qui ont soutenu les travaux de recherche et d criture, en particulier Anne-Marie Brunelle pour la r vision linguistique et Genevi ve Leclerc pour la traduction du texte de Chiara Valentini, ainsi que les participants au colloque de 2014 qui ont nourri le projet. Nous remercions aussi vivement Jean Charron d avoir accept de s impliquer dans la r flexion et d y avoir apport sa vision riche et claire des d fis relever. Nos pens es vont enfin Sophie Boulay qui a accompagn avec enthousiasme et rigueur le d veloppement du projet d s ses d buts. Sa lecture et ses conseils attentifs ont t d une aide pr cieuse.
TABLE DES MATI RES
PR FACE Sur quelques d fis de la recherche sur le journalisme et les relations publiques l re num rique Jean Charron
Remerciements
Liste des tableaux
Liste des sigles
INTRODUCTION Les dynamiques entre les acteurs des relations publiques et du journalisme
Bibliographie
CHAPITRE 1 Les relations publiques, une puissance concr te occupant le discours journalistique Chantal Francoeur
1. D finition des termes journaliste et relationniste: marquer la fronti re
2. Le journalisme, un discours; les relations publiques, une technique d intervention dans le discours
3. La vision de trente relationnistes sur leur profession
4. Les actions possibles des journalistes
4.1. Les relationnistes sont des "journalistes internes
4.2. Les "journalistes internes gardiens des journalistes
4.3. Les "journalistes internes formatent l information pour r pondre aux besoins de leur employeur/client/cause
5. Les relations publiques, une puissance concr te dans le discours journalistique
6. Le pouvoir du discours journalistique au service des relations publiques
Bibliographie
CHAPITRE 2 Les pratiques de veille en salle de r daction. S ajuster la production m diatique des professionnels des relations publiques Isabelle B dard-Br l
1. De l interaction l interm diation
1.1. De nouvelles productions m diatiques
1.2. La veille m diatique dans la production journalistique
1.3. La lutte pour l attention des publics
2. Une d marche multidimensionnelle pour comprendre la veille
2.1. La production au quotidien Le Soleil
2.2. De la veille m diatique l adaptation des messages journalistiques
3. Des comp titeurs de plus en plus semblables
Bibliographie
CHAPITRE 3 La convergence des r les respectifs des relationnistes et des journalistes influence-t-elle la perception qu ils ont les uns des autres? Un point de vue italien Chiara Valentini
1. Contexte
1.1. Les relations avec les m dias et les interactions entre les relationnistes et les journalistes
1.2. Les relations publiques en Italie
2. M thodologie
2.1. Les m thodes de collecte et d analyse des donn es
2.2. Les r pondants
3. R sultats
3.1. Le r le des relations publiques
3.2. Le r le des journalistes
3.3. Les opinions relatives aux relations publiques et au journalisme
3.4. L valuation des m thodes de travail en relations publiques et en journalisme
3.5. L valuation des interactions entre les praticiens des relations publiques et les journalistes
4. Vers une compr hension mutuelle
Bibliographie
CHAPITRE 4 Les journalistes au regard des professionnels de la communication. Des relations "strat giques Isabelle Pailliart, Chlo Salles et Laurie Schmitt
1. Les journalistes au regard des professionnels de la communication
1.1. Des relations anciennes entre journalistes et professionnels de la communication
1.2. Des formes de d classement/reclassement des journalistes
1.3. Les regards crois s des professionnels de l information et de la communication
2. Des dynamiques contrast es selon les professionnels
2.1. La diversification des activit s des journalistes
2.2. La multiplication des activit s professionnelles au contact des journalistes
2.3. La caract risation des relations au regard des professionnels de la communication
3. Le jeu de la diff renciation et de l indiff renciation
3.1. Le journaliste lecteur
3.2. Le journaliste spectateur
3.3. Le journaliste strat ge
Conclusion
Bibliographie
CHAPITRE 5 Les traces rh toriques d une reconfiguration dans le cycle de l information entre journalistes et relationnistes du milieu culturel Nad ge Broustau
1. L information culturelle et ses acteurs dans le milieu qu b cois
1.1. L volution de la visibilit m diatique accord e aux arts et la culture
1.2. Les enjeux d ind pendance et de communication
1.3. Les nouveaux acteurs et les nouveaux r les
2. Les traces de la couverture m diatique et de la promotion
2.1. Les organisations culturelles cibl es
2.2. Le corpus l tude
2.3. Les entretiens de recherche
2.4. Une analyse s quentielle
3. Une couverture m diatique neutre et favorable sursauts critiques
3.1. Les cat gories de l analyse de contenu
3.2. Une couverture m diatique majoritairement neutre ou favorable
3.3. Des priorit s et des dissidences fluctuantes dans le temps
3.4. La censure promotionnelle interpell e, les missions sociale et artistique rappel es
4. Le champ argumentatif du monde social des arts et de la culture
4.1. L analyse du discours argumentatif
4.2. La reprise de l argumentaire promotionnel au fil des modes
4.3. Un cas de porte- -faux
5. Conclusion
5.1. Les changes et les rebonds de l information entre journalistes et relationnistes
5.2. Une rh torique entre cadrage et regain critique
Bibliographie
CHAPITRE 6 La relation journalistes-officiers d affaires publiques dans les op rations militaires Aim -Jules Bizimana
1. Des relations publiques la surveillance
2. D finition des termes de la relation
3. M thodologie
4. Les interactions, les r les et les fonctions des officiers d affaires publiques
5. La relation surveillant-surveill
6. La gestion des mouvements journalistiques
7. La machine histoires
8. Le commandant et l officier d affaires publiques
9. L interd pendance, le contr le et la surveillance
Conclusion
Bibliographie
CHAPITRE 7 Les journalistes devenus communicants politiques. Miser sur la confiance et la connaissance des codes Lara Van Dievoet
1. Cadre th orique
1.1. Des forces distinctes
1.2. Coop ration et conflit
1.3. La grammaire journalistique
2. Le cas belge l tude
2.1. La question de recherche
2.2. L interrogation des acteurs
2.3. Les treize communicants politiques
2.4. Analyse des donn es
2.5. Les codes et la confiance pour mieux coop rer
3. L accent sur la coop ration
Bibliographie
Conclusion
Notices biographiques
LISTE DES TABLEAUX
Tableau 3.1. Le r le des relations publiques
Tableau 3.2. Le r le des journalistes
Tableau 3.3. Les opinions relatives aux professions en relations publiques et en journalisme
Tableau 3.4. L valuation des m thodes de travail en relations publiques et en journalisme
Tableau 3.5. L valuation des interactions entre les praticiens des relations publiques et les journalistes
Tableau 4.1. Les professionnels de la communication rencontr s
Tableau 4.2. Les professionnels de l information rencontr s
Tableau 5.1. Les sujets et les dossiers de la grille d analyse de contenu
Tableau 5.2. Les sujets les plus trait s dans les journaux par ordre d croissant
Tableau 5.3. Les sujets positivement trait s
Tableau 5.4. Classement crois des sujets selon les ann es
Tableau 5.5. Synth se des argumentaires compar s selon les corpus et les ann es
LISTE DES SIGLES
EDF
crits des Forges
FERPI
F d ration italienne des relations publiques
FPJQ
F d ration professionnelle des journalistes du Qu bec
MR
Mouvement r formateur
OSQ
Orchestre symphonique de Qu bec
PSC
Parti social-chr tien
RTB
Radio-t l vision belge
RTBF
Radio-t l vision belge francophone
RTL-TVI
Radio-t l vision Luxembourg - T l vision ind pendante
TNM
Th tre du Nouveau Monde
INTRODUCTION
Les dynamiques entre les acteurs des relations publiques et du journalisme
Nad ge Broustau et Chantal Francoeur
Cet ouvrage porte sur les dynamiques existant entre les acteurs de la communication et de l information, plus sp cifiquement entre les professionnels que sont les journalistes et les relationnistes, acteurs interagissant dans l espace public 1 . Plusieurs auteurs se sont int ress s aux relations entre ces professions, s attachant les tudier travers les rapports entre divers m tiers ou domaines: relationnistes et journalistes (Pew Research Center, 2010; Chaire de relations publiques et communication marketing - CRPCM, 2006; Charron, 1991), attach s politiques et journalistes (Gingras, 2012; Str mb ck et Nord, 2006; Iyengar et Reeves, 1997; Charron, 1994), relations publiques et marketing (Davis, 2013), etc.
Or les professions li es aux communications et l information subissent des m tamorphoses stimul es par des facteurs conomiques, sociaux et technologiques (Maisonneuve, 2010; Bernier et al ., 2005; Brin, Charron et Bonville, 2004). Parmi celles-ci, notons l volution des technologies de l information et des communications, les mutations des industries m diatiques (Bouquillion et Matthews, 2010; George, 2005), les nouvelles plateformes communicationnelles, dont les m dias socionum riques (Proulx, Millerand et Rueff, 2010), l int r t renouvel pour les notions de transparence et d thique (Boulay, 2012), les nouveaux types de contenus m diatiques, tels que l infotainment (Bastien, 2012) ou le metacoverage (Esser et D Angelo, 2006).
Consid rant ces bouleversements, examiner nouveau la nature des liens entre les divers acteurs cr ant l information et orchestrant la communication nous semblait n cessaire. Comment, par exemple, l obligation de mettre du contenu en ligne, d occuper l espace public, de communiquer (Mi ge, 2007) modifie-t-elle les liens entre les diff rents communicateurs?
Les textes rassembl s ici d coulent de cette r flexion entam e de mani re collective lors d un colloque que nous avions organis sur le sujet avec Sophie Boulay lors du Congr s annuel de l Association francophone pour le savoir (ACFAS) en 2014. En coh rence avec ce que nous croyions tre une nouvelle r alit v cue sur le terrain, un des objectifs tait de valider si les approches oppositionnelles, d amour-haine ou ax es sur l interd pendance restaient pertinentes ou si d autres perspectives pouvaient tre envisag es. C est dans ce cadre de r flexion que nous avions pos quatre ensembles de questions, questions qui ont anim la r daction des chapitres pr sents:
Les transformations de ces professions modifient-elles leurs interactions?
L augmentation des journalistes ind pendants sur le Web modifie-t-elle le travail des relationnistes? Les exigences de production d heure en heure des journalistes les rendent-ils plus d pendants des relationnistes? L exigence de transparence que formule la soci t civile l endroit de la classe politique modifie-t-elle ses strat gies communicationnelles? Quels r les jouent les consid rations thiques (l authenticit , la responsabilit sociale, le d voilement des sources, etc.) au sein des relations entre les acteurs?
Ces transformations cr ent-elles de nouveaux rapports de force?
Comment l inf riorit num rique des journalistes face aux relationnistes influence-t-elle leurs relations? Les journalistes deviennent-ils le relais d int r ts priv s plut t que les serviteurs de l int r t public? Les zones de concurrence pour l acc s l espace public et son occupation sont-elles d plac es, multipli es? Quels sont les rapports de force dans les processus d cisionnels de publication de l information?
Quels sont les effets des m dias sociaux sur les acteurs de ces professions et leurs interactions?
Consid rant que les organisations peuvent communiquer directement avec leurs publics par l interm diaire des m dias sociaux, les relationnistes ont-ils toujours besoin des journalistes? Les campagnes lectorales 2.0 modifient-elles les relations entre les m dias et la classe politique? Gr ce aux m dias sociaux, les occasions de coop ration et les interd pendances sont-elles favoris es ou remises en question? Comment les communicateurs se positionnent-ils face au r le collaboratif ou participatif des publics?
Ces professions sont-elles toujours aussi distinctes?
Transparence, int r t public, droit l information, communication bidirectionnelle, v rit , etc.: comment les professionnels s approprient-ils, per oivent-ils et revendiquent-ils ces notions? Sur quels crit res ces professions se diff rencient-elles au sein de leurs associations professionnelles, de leurs syndicats? De quelles balises d ontologiques se dotent-elles pour circonscrire leurs fronti res thiques? Quelle mission caract ristique se donnent-elles? La transmission interg n rationnelle des identit s professionnelles est-elle ou devrait-elle tre revisit e?
Pour tenter de r pondre ces questions, ce livre pr sente de r centes recherches majoritairement in dites sur la nature des interactions entre les divers acteurs cr ant l information et orchestrant la communication. Il ne propose pas de m thodes issues de bonnes pratiques ou de recettes, mais explique plut t ce qui ne se constate que de l int rieur: les particularit s de diff rents contextes de travail, la nature des changes qui naissent dans ces environnements particuliers et, surtout, les perceptions qu ont les uns des autres et leurs perspectives sur leur propre travail.
Afin de rendre compte de r alit s mouvantes, de perceptions crois es, nous avons pens cet ouvrage l aune de dynamiques sociales, c est- -dire de la participation effective d acteurs au sein de processus travers s de puissances et de forces qui am nent les acteurs sociaux n gocier, remodeler, cr er les possibles partir desquels "[ils] peuvent orienter leur avenir (Balandier, 2004, p. 9). Les tudes rassembl es, qui montrent la fois des dynamiques "du dedans et "du dehors , peuvent ainsi se lire comme autant de manifestations du caract re mouvant des configurations sociales, "constamment en train de se faire et de d terminer leur sens , comme le souligne Balandier (2004, p. 9). Tout comme cet auteur, nous envisageons la notion de dynamique sociale "sous l aspect des diff rences r sultant du devenir des soci t s, mais aussi sous celui des dynamismes inh rents aux syst mes de diff rences constitutifs de ces derni res (Balandier, 2004, p. 17; l auteur souligne).
Les recherches pr sent es permettent ainsi d observer les caract ristiques, les propri t s des rapports entre les acteurs l tude, de leurs relations sociales aux configurations culturelles dans lesquelles ils baignent. C est dans une logique du cas par cas qu elles abordent ces aspects, selon des contextes g ographiques (Qu bec, Canada, France, Italie, Belgique), sectoriels (culture, arm e, politique) ou selon des zones de production (discours journalistique, pratiques de veille, publications en ligne ou multiformats). Elles d gagent comment les acteurs de l information et de la communication se positionnent strat giquement face aux changements de leur environnement de travail ou aux repr sentations qu ils se font de leurs r les et de ceux d autrui.
Sur le plan m thodologique, les dynamiques appellent fr quemment, pour tenter de les saisir, des m thodes mixtes, triangul es ou des entretiens s quentiels avec les diff rents groupes d acteurs tudi s. Ces choix, qui semblent logiques dans une perspective de d veloppement, d volution, renvoient l id e de d marche sociohistorique pr n e par Jean Charron.
Dans son chapitre, Chantal Francoeur analyse les relations de pouvoir entre les journalistes et leur source principale, les relationnistes. Elle d cortique les approches et les strat gies des relationnistes et montre comment ils arrivent occuper le discours journalistique et profiter de sa puissance: les relationnistes laissent peu de marge de man uvre aux journalistes en se positionnant comme des acteurs incontournables, en agissant comme des journalistes de l interne et l interne, et en proposant du mat riel cl en main ins rer tel quel dans les reportages. Le pouvoir des relationnistes conna t quand m me des limites, parce que le choix ditorial d finitif appartient aux journalistes. Mais m me ce choix ditorial d finitif des journalistes donne de la puissance aux propos des relationnistes, aux angles qu ils sugg rent et aux porte-parole qu ils mettent de l avant. C est ce que d montre Chantal Francoeur, qui a interview trente relationnistes de diff rents horizons. Son cadre th orique foucaldien permet d clairer de fa on originale les changes journalistes-relationnistes.
Isabelle B dard-Br l fournit de son c t une observation pointue des journalistes qui scrutent les productions publiques des relationnistes. Elle explore comment la salle de r daction du quotidien Le Soleil fait la veille par Internet de ce que les professionnels des relations publiques produisent, et comment les journalistes en tirent des connaissances pour construire leur propre production. Elle propose de voir les journalistes et les professionnels des relations publiques comme deux producteurs m diatiques en comp tition pour l attention des publics. Cette comp tition influence le traitement que les journalistes font de l information de relationnistes d j diffus e aupr s de diff rents publics: les journalistes cherchent un angle nouveau, une fa on de pousser plus loin la nouvelle, une r action exclusive. Les journalistes v rifient aussi les r actions la diffusion de contenu venant des relationnistes: des commentaires nombreux peuvent indiquer une controverse m ritant leur attention ou mener les journalistes vers d autres sujets de reportage. L analyse d Isabelle B dard-Br l fait ressortir les r actions paradoxales des journalistes dans ce nouveau contexte de production m diatique: tout comme les relationnistes, les journalistes se pr occupent de leur public cible et de leur image de marque personnelle, mais ils insistent encore et toujours sur leur devoir de servir l int r t public; les journalistes sont influenc s par la production m diatique des relationnistes, mais ils tiennent leur autorit professionnelle sur les choix ditoriaux.
Le texte de Chiara Valentini, premi re traduction en fran ais d un article initialement paru en anglais, se concentre sur les repr sentations sociales des professionnels des relations publiques et des journalistes. Focalisant sur la situation en Italie, l auteure croise des entretiens en face face et des enqu tes en ligne pour explorer comment les deux groupes s auto- et s entre- valuent. Elle confronte les acteurs interrog s certains effets de la professionnalisation, dont l utilisation de savoir-faire m diatiques par les relationnistes. En tenant galement compte de l moussement des fronti res entre les deux professions, elle constate que l antagonisme pr alable entre les deux groupes se serait att nu . Au-del de convergences avec les tudes sur le sujet surtout men es aux tats-Unis, Chiara Valentini met ainsi minutieusement en lumi re comment, dans le cas italien, une compr hension mutuelle s est install e. Ce r sultat global s accompagne cependant d un contraste marquant entre les groupes: alors que la connaissance du m tier de journaliste est affirm e comme partie int grante du m tier de relationniste par les membres de ce dernier, les t moignages des journalistes, eux, attestent d une m connaissance des fonctions des relations publiques.
Isabelle Pailliart, Chlo Salles et Laurie Schmitt invitent consid rer les positionnements des journalistes l gard de l ensemble des professions en communication qui alimentent les professionnels de l information. En compl ment de relationnistes, elles ont ainsi rencontr documentalistes, professionnels du Web, des images, et journalistes ou gestionnaires de l information travaillant sur diff rents formats. Au fil d entretiens men s en France sur plusieurs ann es, les auteures ont analys les strat gies mises en place par les journalistes pour se diff rencier, pour l gitimer leurs activit s, mais aussi pour en garder le contr le. Leur enqu te fouill e dessine les ph nom nes de diversification qui entourent les journalistes: diversification des sources potentielles d information, des professions en contact avec eux, qui viennent intensifier la concurrence au sein de l espace public et impliquent, pour les auteures, une dynamique de revalorisation, de reclassement de la part des journalistes. Isabelle Pailliart, Chlo Salles et Laurie Schmitt proposent trois postures permettant de d gager le r le strat gique que tentent alors de se m nager les journalistes: la posture du journaliste lecteur, celle du journaliste spectateur et celle du journaliste strat ge. Cette vision les am ne sp cifier les comp tences li es un "capital journalistique qui merge des points de rencontre avec les professions de la communication connexes.
C est au milieu culturel et artistique au Qu bec que s est int ress e Nad ge Broustau pour tudier l volution des interactions entre relationnistes et journalistes depuis l acc l ration de la professionnalisation des ann es 1970 jusqu aux ann es 2010. Sa recherche explore une reconfiguration des r les entre les acteurs des deux professions ainsi que les ph nom nes de distribution et de redistribution de l information entre ces acteurs partageant un m me monde social, celui de l information culturelle. Croisant analyses de contenu, analyses de discours argumentatif et entretiens avec des membres des deux professions de plusieurs g n rations, Nad ge Broustau met en vidence les traces rh toriques de dynamiques de m diation, de m diatisation et de substitution. travers les pressions propres au milieu li es aux enjeux de financement public des arts et de la culture, elle observe la r sistance l omnipr sence promotionnelle de la part des journalistes, la coop ration assum e, voire revendiqu e avec les relationnistes et l exp rience partag e d un r le accru des publics et des artistes. Les r sultats conduisent alors envisager des dynamiques d interm diation et d interm diatisation.
Aim -Jules Bizimana plonge le lecteur dans la communication militaire canadienne o la surveillance et le r le de facilitateur sont indissociables: dans un contexte o le journaliste est int gr aux op rations militaires ( embedded ), l officier d affaires publiques informe, influence et surveille le journaliste. Leurs interactions oscillent entre la coop ration, la n gociation et le conflit, suivant la conjoncture op rationnelle et les personnalit s en pr sence. La perspective th orique de la surveillance propos e par Aim -Jules Bizimana situe la relation journalistes-officiers d affaires publiques dans un appareil bureaucratique militaire de contr le. Cette fa on de voir permet de montrer les petites batailles dans les interstices des rapports de force entre les journalistes int gr s et les relationnistes de l arm e. T moignages l appui, Aim -Jules Bizimana expose, par exemple, comment des violations du contrat d int gration des journalistes ou des reportages d favorables peuvent mener les relationnistes refuser des demandes d entrevue ou des requ tes de sorties op rationnelles. Cela suscite des questions sur les nouvelles formes de censure et d autocensure dans la couverture des affaires militaires.
Lara Van Dievoet tudie les relations entre communicants politiques et journalistes partir du cas particulier des journalistes devenus communicants politiques dans le contexte de la Belgique. Elle s int resse ce que r v lent ces "passages des rapports entre journalistes et acteurs de la communication politiques. Son analyse montre l importance accord e par les acteurs la connaissance des contraintes, des codes et des valeurs du milieu journalistique, qui sont un indicateur de la valeur de ce savoir dans le champ politique. Dans un monde politique en interaction quasi permanente avec les m dias, conna tre le fonctionnement d une r daction de l int rieur est un capital valorisable, car cela permet d viter des "erreurs grammaticales . Lara Van Dievoet met aussi en vidence la r currence de l utilisation des notions d "amour-haine , "je t aime, moi non plus , de proximit et d interd pendance entre les deux champs.
travers des tudes men es sur des p riodes plus ou moins longues, le livre offre un aper u sociohistorique des relations entre les journalistes et les professionnels des relations publiques, tout en actualisant la conception des dynamiques l uvre entre eux, qu elles op rent dans les secteurs priv , public, culturel, militaire ou politique. L ouvrage s adresse d abord aux chercheurs et aux tudiants en journalisme et en relations publiques, ainsi qu ceux de domaines connexes tels que la science politique, la sociologie ou le marketing. Il int ressera galement les praticiens, qu ils soient journalistes ou issus du monde des relations publiques, de m me que toute personne qui s interroge sur les modes de cr ation de l information dans nos soci t s hautement m diatis es.
Cet ouvrage focalise sur le centre n vralgique des relations m dias, soit la relation entre deux acteurs, deux professions. Une culture des relations m dias existe bel et bien; c est ce que cet ouvrage explique. Il dresse ainsi un panorama tr s large des diff rentes situations de pratique des relations m dias: dans le domaine militaire, culturel, politique, par les gouvernements, en vue de cr er l actualit m diatique. De plus, il s attache offrir, pour le public scientifique, une recension des crits, des r flexions sur l volution des professions, de leur d finition et de leur pratique.
BIBLIOGRAPHIE
Balandier, G. (2004). Sens et puissance: les dynamiques sociales , Paris, Presses universitaires de France.
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Bernier, M.-F., F. Demers, A. Lavigne, C. Moumouni et T. Watine (2005). Pratiques novatrices en communication publique: journalisme, relations publiques et publicit , Qu bec, Presses de l Universit Laval.
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George, . (2005). " propos des strat gies industrielles des entreprises m diatiques, relecture de quelques travaux en conomie politique de la communication , Observatoire des mutations des industries culturelles , http://www.observatoire-omic.org/fr/art/294/a-propos-des-mutations-des-strategies-industrielles-des-entreprises-mediatiques-relecture-de-quelques-travaux-en-economie-politique.html , consult le 6 mars 2017.
Gingras, A.-M. (2012). "Enqu te sur le rapport des journalistes la d mocratie: le r le de m diateur en questions , Revue canadienne de science politique , p. 685-710.
Iyengar, S. et R. Reeves (dir.) (1997). Do the Media Govern? Politicians, Voters and Reporters in America , Londres, SAGE.
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Str mb ck, J. et L.W. Nord (2006). "Do politicians lead the tango? A study of the relationship between Swedish journalists and their political sources in the context of election campaigns , European Journal of Communication , vol. 21, n 2, p. 147-164.

1 . L ouvrage utilise les termes relationnistes, professionnels des relations publiques, professionnels des communications, communicants, communicateurs et praticiens des relations publiques comme des synonymes.
LES RELATIONS PUBLIQUES, UNE PUISSANCE CONCR TE OCCUPANT LE DISCOURS JOURNALISTIQUE
Chantal Francoeur
Les journalistes et les relationnistes vivent une relation oscillant entre coop ration et tension. Les relationnistes proposent du contenu aux journalistes, les journalistes trient, r futent, reformatent, choisissent ce que les m dias d information diffuseront. Cette interaction entre relationnistes et journalistes peut tre scrut e sous plusieurs angles. Le pr sent chapitre se penche sur un aspect pr cis: leur lutte de pouvoir. L enjeu particulier qui nous int resse dans ce rapport de pouvoir est: qu est-ce qui appara tra dans le reportage du journaliste? Quelles citations, quelles informations, quelles mises en contexte, quels points de vue seront ins r s dans la nouvelle? Le journaliste veut contr ler la fabrication de la nouvelle. Le relationniste veut participer la construction du compte rendu journalistique, l influencer, le guider. C est ce rapport de pouvoir entre les relationnistes et les journalistes que notre recherche 1 examine.
Dans ce chapitre, nous d crivons les deux acteurs l tude, le journaliste et le relationniste. Nous exposons le cadre th orique utilis pour scruter leur lutte de pouvoir. Nous pr sentons la m thode employ e pour examiner leurs liens, leurs changes. Nous faisons ensuite tat des r sultats de l analyse d entrevues men es avec des relationnistes. L analyse montre que les relationnistes interviennent dans le discours journalistique comme des "journalistes internes , d fenseurs et promoteurs des points de vue de leurs clients ou de leurs causes. En jouant un r le hybride de journalistes-au-service-d int r ts-particuliers, les relationnistes circonscrivent les actions possibles des journalistes. Ils les guident vers du contenu pr format , ins rer tel quel dans les reportages. Ils emploient aussi divers moyens pour viter d tre dans la nouvelle ou y jouer un r le mineur, selon les circonstances. Enfin, notre tude montre comment les relationnistes occupent le discours journalistique.
1. D FINITION DES TERMES JOURNALISTE ET RELATIONNISTE: MARQUER LA FRONTI RE
Pour comprendre la lutte de pouvoir entre relationnistes et journalistes et pour en saisir les enjeux, il faut d finir et d crire ces deux professions. La d finition de journaliste que nous proposons est la suivante: le journaliste est un artisan qui fa onne des histoires - des reportages - propos de la r alit (Bird et Dardenne, 1997), bas es sur des faits, visant alimenter les d bats sur "comment on fait pour continuer vivre ensemble? .
Tous les l ments sont importants dans cette d finition. "Artisan fait r f rence au bricolage: le reportage est un assemblage de ce que le journaliste a r ussi trouver, selon les d lais et les conditions dans lesquelles il travaille. Un reportage sous-entend toujours qu il est "valable pour l instant, valider prochainement (Kovach et Rosenstiel, 2001, p. 44; traduction libre). "Histoire fait r f rence au fait que les reportages sont format s ou racont s d une fa on particuli re, pour que le public les reconnaisse et sache qu il est en pr sence de nouvelles ou d actualit s journalistiques (Schudson, 1995).
"Fa onner et "faits illustrent que "le fait brut est le r sultat du travail du journaliste (Delforce, 1996, p. 21). Un "fait , selon la description de Kovach et Rosenstiel, est une information "d pouill e de d sinformation ou d autopromotion : " It attemps to get at the truth in a confused world by stripping information first of any attached misinformation, disinformation, or self-promoting information (Kovach et Rosenstiel, 2001, p. 45).
"Alimenter les d bats sur comment on fait pour continuer vivre ensemble? rappelle l objectif du journalisme. Dans les mots de Delforce, le journaliste confectionne des reportages pour donner un sens la r alit . Il participe " la construction des discours sociaux n cessaires au fonctionnement social , il rend "visible et lisible l espace public (Delforce, 1996, p. 27).
Un des interlocuteurs les plus fr quents du journaliste pour fa onner des reportages sur la r alit est le relationniste: le relationniste est une des sources du journaliste, ou il est le repr sentant d une source, il est un proposeur de sujets et d angles de reportage. Le journaliste discrimine l information qu il juge d int r t public des autres informations fournies par le relationniste (Van Hout et Jacobs, 2008); il reformule ou change l angle propos par le relationniste, faisant du reframing (Castell et Montagut, 2011); il reformate l information ou la diffuse telle quelle, pratiquant ce que Davies (2008) appelle le churnalism 2 ou ce qu Erjavec (2005) qualifie de public relation news (hybridation nouvelles-relations-publiques). Le journaliste peut aussi confronter le relationniste, l information qu il fournit - ou ne fournit pas - et ce qu il repr sente, quand il le voit comme un promoteur d int r ts priv s (Sallot et Johnson, 2006; Cottle, 2003; Stauber et Rampton, 1995) ou un "danger pour la d mocratie , comme le d crivent certains auteurs: " The PR industry is not some free-floating pustule on the surface of a globalising world, but the cutting edge of corporate power in its campaign to stifle democracy (Dinan et Miller, 2007, p. 18). Dans presque tous ses reportages, le journaliste est t t ou tard en interaction avec un relationniste, car les relationnistes "sont devenus les interlocuteurs incontournables des journalistes, ou pour le moins, les interm diaires oblig s entre les journalistes et les responsables d organismes qui les emploient (Ringoot, 2014, p. 166).
La d finition de relationniste retenue ici est en lien avec la d finition de journaliste ci-haut: le relationniste est un professionnel en communication dont l un des r les est d interagir avec les journalistes. Ce r le est important, puisque selon Maisonneuve, Tremblay et Lafrance (2004), 77 des relationnistes effectuent des relations de presse dans le cadre de leur travail quotidien. Un document de Motulsky et David (2011) montre que plus de 80 des relationnistes r alisent des relations de presse. Maisonneuve affirme que "les relations avec les m dias repr sentent l une des t ches les plus courantes des relationnistes (2010, p. 176).
Concr tement, l interaction avec le journaliste prend diff rentes formes: le relationniste r pond ses questions, le met en contact avec des personnes-ressources, pr pare des dossiers de presse et r dige des communiqu s. Il peut aussi produire et diffuser des documents multim dias, organiser des conf rences de presse, des d jeuners de presse, des tourn es m diatiques, etc. L analyse de revues de presse - l analyse de la production journalistique - fait aussi partie des t ches du relationniste. Le dialogue avec le journaliste aide le relationniste peaufiner son message et ses actions: ce que le journaliste dit et crit d voile ou traduit ce qu une partie du public pense, et le relationniste peut ajuster ses interventions en cons quence (Grunig, 2014; Maisonneuve, 2010; Cancel et al ., 1999).
Selon le mod le d velopp par Grunig et Hunt (1984), les relations avec les journalistes peuvent tre unidirectionnelles, quand le relationniste adopte le r le d informateur public ( public informant ), ou quand il agit comme un agent de presse ( press agentry ). Cette approche est dite "asym trique , c est- -dire qu elle est "orient e uniquement vers les int r ts des organisations clientes (Maisonneuve, 2010, p. 4). Le relationniste peut aussi s engager dans une "communication bidirectionnelle sym trique (Grunig et Hunt, 1984); il joue alors le r le de m diateur entre les int r ts de son client et les int r ts des diff rents publics de son client (Grunig, 2014), en promouvant le dialogue et la coop ration: " Instead of trying to dominate their environment, practitioners of this model want to understand and to cooperate with their relevant external publics (Grunig, 1992, p. 513). Maisonneuve parle de "favoriser les communications transversales avec les parties prenantes de l organisation, sans oublier les publics indiff rents et les publics en mergence (2010, p. 4). La communication bidirectionnelle sym trique n est toutefois pas le mode de relation le plus fr quent entre un relationniste et un journaliste: "En relations de presse, le relationniste adopte habituellement une posture diffusionniste, tout en tenant compte du feed-back des m dias (Maisonneuve, 2010, p. 182).
Macnamara (2014) propose une autre taxonomie du relationniste interagissant avec un journaliste. Entre l agent de presse d crit par Grunig et Hunt et le sp cialiste du " spin politique utilisant une rh torique partisane, Macnamara voit deux autres r les. Le premier est celui du gardien de l organisation ( organization gatekeeper ) qui prot ge les int r ts de son employeur ou de son client tout en tant poreux aux demandes des parties prenantes: " This type of practitioner tries to be a boundary spanner , reflecting the organization outwards and also reflecting stakeholders views inside the organization (Macnamara, 2014, p. 190). Le second est celui de la source fiable ( trusted source ), qui travaille avec les journalistes en tant transparente sur les limites de son travail: " They honestly interact with senior journalists and tell them what they cannot tell them (Macnamara, 2014, p. 190).
Tous ces mod les s appliquent de fa on vari e aux changes journalistes-relationnistes, selon les publics rejoindre, les objectifs et comment le relationniste voit son r le: le relationniste peut se percevoir comme un gestionnaire (Maisonneuve, 2010); Sauv propose plut t un r le social au relationniste, avec la mission de mettre en place un processus favorisant "un dialogue authentique, permanent et mutuellement profitable pour tous les acteurs en pr sence (2010, p. 77). Ou encore, les relations publiques peuvent tre un "mode de contestation sociale et politique (Millette, 2013, p. 3) visant influencer l opinion publique ou participant la coconstruction des d bats dans l espace public (Toth et al ., 2009). Selon Dagenais (2004), les relations publiques sont un "instrument de la d mocratie , parce qu elles permettent diff rents discours de circuler dans la sph re publique, notamment par l interm diaire des m dias d information.
En r sum , retenons qu interagir avec les journalistes est une des t ches importantes des professionnels des relations publiques. Cette interaction prend diff rentes formes. Elle s adapte aux circonstances. Ses objectifs varient, selon les motivations des relationnistes. La conception de leur mission au sein de leur entreprise et au sein de la soci t a aussi une influence sur l interaction des relationnistes avec les journalistes.
M me s ils sont li s, journalisme et relations publiques demeurent des professions distinctes. Mi ge d crit ainsi les diff rences entre les deux activit s: "La l gitimit socio-politique des premi res s est construite en r f rence quelques-unes des valeurs fondatrices et centrales des r gimes politiques d mocratiques; quant aux secondes, elles sont toujours attach es aux ph nom nes d influence et de manipulation sociales (2007, p. 158). Dans les mots de Lloyd et Toogood, "l influence et la manipulation sociale ont pour but de permettre aux clients des relationnistes de poursuivre leurs activit s: " to protect a client s licence to operate (2015, p. 4). Legavre parle des journalistes et des relationnistes comme des "associ s-rivaux , se r f rant au concept du sociologue Fran ois Bourricaud (Legavre, 2011, p. 106). Il distingue les deux professions ainsi:
Rivaux, communicants et journalistes le sont, d une certaine mani re et d abord parce qu ils ont a priori toute probabilit de ne pas avoir la m me d finition de ce qu est une "bonne information "publiable . Ils sont en rivalit justement pour r ussir imposer la "vraie vision de l histoire en train de se faire (Legavre, 2011, p. 108).
Les "associ s-rivaux sont en interaction constante. Leur rapport est tant t consensuel, tant t conflictuel. Le journaliste veut avoir acc s l information, aux sources, au terrain. Il veut faire ses propres choix, trier l information, d cider de son importance lui-m me. Le relationniste veut aider, participer ces choix, les guider ou les restreindre. Cette danse entre les deux, cette lutte pour repousser les fronti res de l autre, cette "bataille perp tuelle (Foucault, 2004, p. 501) constitue une relation de pouvoir. Dans la prochaine section, nous d crivons le cadre th orique que nous employons pour scruter les liens entre les relationnistes et les journalistes.
2. LE JOURNALISME, UN DISCOURS; LES RELATIONS PUBLIQUES, UNE TECHNIQUE D INTERVENTION DANS LE DISCOURS
Nous proposons de voir le journalisme comme un discours. Un discours qui a du pouvoir: le pouvoir de produire des sujets et des objets, le pouvoir de produire de la v rit . Dans ce cadre th orique, inspir de Michel Foucault (1969), le discours journalistique est plus qu une pratique discursive (Charron et Bonville, 2002), plus que des mots et des phrases, plus que le langage et les textes. Il inclut les reportages, leur contenu, leurs sources, les citations, les r f rences. Il inclut la fa on dont est construit le reportage et la fa on dont il est pr sent (Ringoot, 2014), les repr sentations sociales et les rapports de pouvoir qu il voque (Fairclough, 1995; Van Dijk, 1985). Les m thodes et les strat gies de travail des journalistes - la double v rification, les sources vari es, l quilibre des points de vue, le doute syst matique - font aussi partie du discours journalistique. De m me pour la d ontologie et les valeurs d impartialit , d quit , d int grit .

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