C était Chirac - L homme et ses bons mots
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Description

Jacques Chirac par lui-même
Pendant plus de 50 ans, Jacques Chirac occupa la scène politique avec gourmandise et talent. Des bancs de Sciences Po au palais de l'Élysée en passant par la mairie de Paris, il gravit tous les échelons avec comme armes principales une énergie débordante et un sens de la formule aiguisé. Jacques Chirac restera pour les Français une stature impressionnante, une " gueule " et des mots ! Des mots tantôt sarcastiques, tantôt drôles, parfois maladroits, qui permettent à Stéphane Garnier de tracer un portrait fidèle de l'homme complexe et changeant qu'était Jacques Chirac. Le " Grand " comme le surnommaient ses compagnons de route, se livre ainsi dans toutes ses dimensions, ses passions et ses excès.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 26 septembre 2019
Nombre de lectures 13
EAN13 9782360755783
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0100€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait


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Couverture
Copyright






Direction éditoriale : Stéphane Chabenat
Éditrice : Alix Heckendorn (pour l'édition électronique)
Conception graphique et mise en pages : Florence Cailly
Conception couverture : MaGwen

Les éditions de l’Opportun
16 rue Dupetit-Thouars
75003 Paris

www.editionsopportun.com
Titre


Stéphane Garnier



C’ÉTAIT
CHIRAC
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Jacques par Chirac
Chirac par Chirac


Hommage
À L’AUBE…

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« La technique qui consiste à isoler du contexte de l’époque des phrases prononcées il y a quinze ou vingt ans n’est pas honnête. »
J ACQUES C HIRAC


C omment ne pas démarrer cet ouvrage sur cette évidence ! Et pourtant, pour dresser le portrait de celui qu’on aurait pu surnommer « le Grand Jacques » – si ce surnom n’avait déjà été emprunté pour Brel –, pour aller au plus juste de ce que Jacques Chirac était, il fallait passer par ses mots, ses propres mots, et en préciser la date, quand cela était nécessaire, afin de les repositionner dans une époque, un contexte.
Mais, pour dessiner ce portrait par petites touches, sans le déformer par des idées subjectives, des opinions personnelles, des jugements inutiles, une bien-pensance à son sujet qui n’a cessé d’évoluer par opportunisme, seul le verbe de cet homme d’esprit et de lettres pouvait définir au plus près le personnage qu’il était, ses évolutions et revirements au fil de près de cinquante ans de vie politique.
Autant d’années passées à agir, à décider, à envisager des directions, un avenir, autant de mots destinés à défendre des idéaux, et des valeurs pour ce pays qu’il aimait tant, la France.
On peut aimer ou non le personnage, certaines de ses actions, mais on ne peut que saluer l’homme, sa destinée, et ce qu’il a offert à la France.
Il n’est pas de saint, il n’est, au fil de l’Histoire, que de grands hommes qui marquent leur temps.
En 1974, alors que j’avais la chance de naître en France, Jacques Chirac était déjà aux affaires publiques, localement puis au niveau national, depuis dix-sept ans. Cette année-là, il passa du poste de ministre de l’Agriculture et du Développement rural à celui de ministre de l’Intérieur, puis il fut nommé Premier ministre. Pour ma part, comme tous ceux de ma génération, je n’en étais encore qu’à régurgiter mes premiers biberons.
Jacques Chirac faisait partie de ces grands personnages qui ont toujours été présents dans nos vies, considérés comme quasi immortels, comme Johnny Hallyday ou Jean d’Ormesson.
Un personnage qui a contribué à construire, sous certains aspects, les fondations mêmes de nos existences, comme à en jeter les ponts d’avenir, sous l’impulsion de ses visions et des décisions qu’il prenait pour un futur commun.
Des erreurs, qui n’en commet pas ? Mais à prendre un peu de hauteur, à retracer tous les grands chantiers de sa vie, qu’il a mis au service de la collectivité, comment ne pas lui rendre hommage ?
Comment ne pas le remercier de l’image même que nous avons, aujourd’hui, en tant que Français, et dont j’ai pu constater l’importance alors que j’habitais aux États-Unis ? Ce Français, même s’il est jeune, que l’on écoute, ce Français que l’on respecte, ce Français que, d’une certaine manière, on envie.
Au-delà de tous les aspects techniques et des diverses décisions ayant trait à notre organisation nationale et à notre quotidien, c’est aussi cet héritage de l’image et des valeurs que porte la France que Jacques Chirac a entretenu et renforcé : nous lui devons cela. Ce rayonnement, en effet, rejaillit sur chacun de nous dans toutes nos actions, dans toutes nos pensées, où que nous soyons dans le monde.
Une chance que l’on oublie trop souvent, quand, compte tenu de la taille de notre pays à l’échelle du monde, on ne se demande plus pour quelles raisons la voix de la France est toujours écoutée et suivie.
Un portrait de Chirac par Chirac, entre humour et vision d’avenir, voilà ce que, en diagonale d’une vie d’exception, je vous invite ici à découvrir…

En un mot :
« Vive la République, vive la France ! »
J ACQUES C HIRAC
CHIRAC ET LE MONDE AGRICOLE

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« Ce n’est pas moi qui suis populaire, c’est l’agriculture. »

C onnu pour ses visites ovationnées au Salon de l’agriculture où il passait de longues heures à parler avec les acteurs de ce secteur, Jacques Chirac a toujours été apprécié des producteurs et des agriculteurs. Simplicité, contact direct avec ce monde qu’il connaissait bien, où il évoluait naturellement en tapotant le cul des vaches avec sincérité, en serrant les enfants dans ses bras et en prenant le temps, de stand en stand, d’effectuer une dégustation gargantuesque des spécialités locales venant des quatre coins de France. Il avait l’agriculture chevillée au corps et, entre 1972 et 2011, il n’a manqué ce rendez-vous avec la France des agriculteurs qu’une seule fois, en 1979, à la suite de son accident de voiture.
Au-delà de son attachement pour l’agriculture et les agriculteurs, il vouait une véritable affection aux animaux eux-mêmes et, comme il le disait à propos des vaches en souriant : « Ce ne sont pas des bovins, ce sont des chefs-d’œuvre ! »
Un amour des animaux qui le poussait par moments à être un peu moqueur avec les chasseurs. Notamment lorsque, au détour d’une conversation durant sa campagne électorale de 1994 dans le petit village de Turriers dans les Alpes-de-Haute-Provence, alors qu’il était lui-même à la chasse aux voix, il lança au maire de la localité l’interrogeant sur la chasse : « Je suis antichasseurs. Mais je vous comprends : si un lièvre vous attaque, il faut bien que vous vous défendiez. »
En 2010, malgré un pas déjà un peu hésitant, Jacques Chirac, en véritable rock star, a été accueilli au Salon de l’agriculture sous un concert d’applaudissements et a eu droit à un gigantesque bain de foule. Les visiteurs se pressaient autour de lui : il était et restait encore l’homme politique le plus apprécié des Français. Certes, les dégustations n’étaient plus aussi pantagruéliques ; mais malgré tout, après une halte chez les brasseurs de bière, et s’arrêtant devant un stand de choucroute, il lança encore avec son humour habituel :
« La choucroute, il faut en manger matin, midi et soir pour bien se porter ! »
CHIRAC ET LES ARTS

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J acques Chirac a longtemps caché sa passion pour les cultures anciennes et les arts premiers, quitte à passer pour un inculte, notamment aux Guignols de l’info , ce qui l’amusait beaucoup. Passionné par l’Asie dès son plus jeune âge, et notamment par le Japon, il voulait également devenir archéologue…
Il n’a jamais cherché à briller par sa culture, pourtant immense. Il s’agissait là pour lui d’un jardin privé où seuls quelques intimes étaient conviés. Il n’affectionnait pas particulièrement non plus les sommités intellectuelles, gens de lettres et autres académiciens, leur préférant des entretiens discrets avec des primatologues, des archéologues, des poètes, avec lesquels il entretenait des relations personnelles. Chaque semaine, une fois son agenda présidentiel bouclé, il se réservait de longues heures pour rencontrer des amis poètes, des chercheurs, partageant avec eux cette passion dans la plus grande discrétion.
Le personnage s’est révélé avoir un rapport complexe avec les arts, tous les arts, qu’il mettait sur un pied d’égalité. Il imposera son rêve d’une autre culture, simple mais savante, ouverte à tous les arts, même les plus dénigrés par la bien-pensance parisienne contre laquelle il a dû lutter pour créer le Musée du quai Branly.

Alors qu’il avait été invité par le roi Juan Carlos d’Espagne pour les manifestations rendant hommage à Christophe Colomb, il répondit :
« Il n’en est pas question. Non seulement je n’honorerai pas cette brute qui a provoqué le pire génocide humain et culturel de l’Histoire, mais je vais au contraire rendre hommage au premier peuple qu’il a éradiqué. Paris va ressusciter les Taïnos, les Arawaks et les nations caraïbes. »
Pour lui, il n’existait pas de hiérarchie dans les cultures :
« Je ne supporte pas ceux qui parlent d’art mineur, pour ce qui vient du Sud. Le Louvre oublie les arts africains, chinois, précolombiens : notre fameux grand musée néglige les quatre cinquièmes du monde ! »

Alors qu’il était en visite au Japon, l’un de ses accompagnateurs raconte la visite d’un cimetière antique, en 1996 :
« Il discutaillait, à cinq cents ans près, sur l’âge d’une tombe, avec le conservateur. On parlait de sépultures vieilles de dix mille ans et plus, n’est-ce pas ! En fait, il avait raison. »

Le jour de l’inauguration du Musée du quai Branly, il déclara :
« Plus que jamais, le destin du monde est là, dans la capacité des peuples à porter les uns sur les autres un regard instruit et à faire dialoguer leurs différences et leurs cultures. »

Il a réalisé l’un des plus grands rêves de sa vie en ouvrant ce musée :
« L’inauguration du Musée du quai Branly, le 20 juin 2006, a été l’un des moments les plus heureux de ma présidence et l’une des grandes joies de ma vie. »
« […] comme les hommes, les civilisations naissent libres et égales entre elles. »

Sa passion des arts premiers, qu’ils soient asiatiques, africains ou amérindiens, a offert à la France une nouvelle dimension de l’universalité des arts.
La Maternité rouge est l’une de ses sculptures préférées.
Pour son dixième anniversaire, le Musée du Quai Branly a été rebaptisé Musée Jacques-Chirac, en hommage à son fondateur.


« L’hélicoptère » , surnom qu’il avait à l’ENA à cause des grands moulinets qu’il faisait avec les bras en parlant.

« L’agité » , surnom donné par Valéry Giscard d’Estaing, avec lequel il entretenait des relations houleuses.

« Super Menteur » , surnom donné par les Guignols de l’info lors de l’élection de 2002.
« Chichi » , un diminutif affectueux pour ce président aimé des Français.

Mais aussi :
« Jacques Chirouette » et
« Le Grand Condor »
CHIRAC AVEC SES MINISTRES

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S urnommé le « bulldozer » par Georges Pompidou quand il travaillait à son cabinet, Jacques Chirac possédait cette force naturelle pour déplacer des montagnes, et n’en demandait pas moins à son entourage politique. Même si, parfois, il paraissait acquiescer, et sans grande conviction, ce n’était que pour mieux arriver à ses fins.
Petit florilège de ses meilleures sorties auprès notamment de ses ministres.

Au moment de nommer un gouvernement, il lança, ironique :
« À qui dois-je quelque chose ? »

Peu friand de réunionnite :
« Arrêtez d’enculer les mouches, elles ne vous ont rien fait, les mouches ! »

Critique sur les textes de lois :
« Toujours plus nombreux, les textes de loi sont aussi plus bavards, au risque d’en devenir inconsistants. »

Savoir motiver ses troupes et faire briller la vitrine :
« Chers ambassadeurs, portez des couleurs plus vives, faites-vous sponsoriser par les grands couturiers, soyez bronzés : n’ayez pas l’air de cadavres ! »

Excédé par la peopolisation naissante de la vie politique :
« J’en ai assez de voir des ministres en charge de dossiers importants aller faire les pitres dans les émissions de télé-réalité. Ce n’est pas sérieux. Ils n’ont strictement rien à faire là-dedans. »
Les mouches, une expression dont il ne se lasse pas pour mieux se faire comprendre :
« Je crois que l’on est en train d’enculer des mouches qui ne nous demandent rien. »

Il remet les pendules à l’heure lors d’un conseil des ministres :
« On ne peut sans cesse dire n’importe quoi et s’étonner d’être en difficulté. »
JACQUES CHIRAC ET ÉDOUARD BALLADUR

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U ne rivalité qui marqua durablement la V e République. C’est en 1993, alors que la gauche est laminée, que François Mitterrand doit organiser la seconde cohabitation. Jacques Chirac, alors président du RPR, devait en toute logique être nommé Premier ministre. Mais échaudé par sa précédente expérience à Matignon, et craignant pour ses chances, après cette nouvelle cohabitation, de ne pouvoir se présenter à la présidentielle de 1995, il propose à Édouard Balladur de prendre le poste de Premier ministre. Entre Mitterrand et Balladur, cette cohabitation molle sera qualifiée de « cohabitation de velours ».
Après trente ans d’amitié, un pacte est conclu entre Chirac et Balladur, afin de laisser toutes ses chances à Chirac pour la présidentielle. Mais, les sondages devenant souriants pour Édouard Balladur, l’ego de ce dernier l’emporta et il se mit alors en marche, en tant que Premier ministre, pour se présenter également à la présidentielle. La rupture entre les hommes est alors consommée fin 1993 quand Édouard Balladur dit à Jacques Chirac : « Jacques… Ne vous y trompez pas. Je ne serai jamais votre Premier ministre. »
Durant les douze derniers mois, la droite se déchire, Chirac a le soutien du RPR, et Balladur celui de l’opinion publique. Les deux hommes se présentent à l’élection présidentielle en 1995, Chirac gratifié de 14 % dans les sondages et Balladur de 30 %… Les dés semblent jetés, et pourtant, dans cette guerre fratricide, Édouard Balladur ne parvient pas à sortir de son rôle de Premier ministre, et les intentions de vote basculent dans les dernières semaines.
Chirac sillonne alors la France profonde en peaufinant son portrait anti-bourgeois représenté par Édouard Balladur. C’est à ce moment-là qu’il se rapproche du peuple, et que son pommier commence à fleurir.
Lors du premier tour, il devance Édouard Balladur et sera élu président en emportant le second tour face à Lionel Jospin.
Les mots entre les deux hommes durant toute cette période furent très durs, y compris dans un ouvrage écrit par Jacques Chirac. Voici, en quelques phrases, ce qu’il disait une fois la rupture consommée.


Confiance :
« J’avais confiance en Édouard Balladur. C’est à mon instigation qu’il est devenu Premier ministre en 1993. Un accord politique ayant aussi valeur de contrat moral était scellé entre nous. Au fond de moi, j’ai encore peine à croire que le Premier ministre soit en train de trahir ses engagements. Mais tout s’éclaire définitivement le 11 septembre 1993. »
Mémoires. Chaque pas doit ê tre un but

Tue-l’amour :
« Ce type, c’est quand même un remède contre l’amour, non ? »

Pantouflard :
« La grande force d’Édouard, c’est le génie de la paresse et de son petit confort personnel. Il se lève tranquillement, jette un vague coup d’œil aux journaux, ne lit jamais un dossier, ne reçoit jamais un emmerdeur, mange un filet de sole avec un verre d’Évian – c’est le régime Giscard –, papote avec deux ou trois collaborateurs, et, à 8 heures sonnantes, rentre chez lui pour dîner avec sa femme et se mettre au lit dans son lit douillet avec Connaissance des arts ou La Gazette de l’Hô tel Drouot . »

D’homme à homme :
« Je n’aurai jamais d’explication d’homme à homme avec Édouard Balladur. Je ne l’ai d’ailleurs pas cherchée. »
Mémoires. Chaque pas doit être un but

Hautain :
« Pleinement conscient de sa valeur intellectuelle, il ne fait pas mystère auprès de moi de se sentir supérieur à tous ceux qui m’entourent. »
Mémoires. Chaque pas doit être un but

Calculateur :
« Sceptique par nature et libéral par conviction, Édouard Balladur est un calculateur froid qui répugne aux emballements et aux coups d’éclat. »
Mémoires. Chaque pas doit être un but


Z Jacques Chirac est né le 29 novembre 1932 à Paris (V e )
Z Parents : Abel François Chirac & Marie-Louise Valette
Z Conjoint(e) : Bernadette Chodron de Courcel (depuis 1956)
Z Enfants : Laurence Chirac (1958-2016), Claude Chirac (née en 1962)
Z Études : Baccalauréat, lycée Louis-le-Grand (1950). Diplômé de l’IEP : l’Institut d’études politiques de Paris (1954) et de la Summer School de l’université de Harvard (USA)
Z Métier d’origine : Haut fonctionnaire
Z Décorations : Grand-croix de la Légion d’honneur. Grand-croix de l’Ordre national du Mérite. Croix de la Valeur militaire. Médaille de l’Aéronautique. Chevalier du Mérite agricole, des Arts et des Lettres, de l’Étoile noire, du Mérite sportif. Grand-croix du Mérite de l’ordre souverain de Malte.
CHIRAC ET LA BIÈRE

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L e président de la République aimait la bière, c’était connu. Mais ce dernier avait une affection toute particulière pour une bière mexicaine : la Corona, ce qui faisait un peu enrager les brasseurs français.
Lors de son tout dernier sommet européen, à la fin du déjeuner rassemblant les vingt-sept, Jacques Chirac a reçu des mains d’Angela Merkel, qui venait de lui rendre hommage, une chope de bière ancienne, datant de 1710, en guise de cadeau d’adieu.
Jacques Chirac lui a alors répondu :
« C’est toujours émouvant d’entendre un hommage, surtout quand il est chaleureux et sympathique. […] La chancelière sait que je suis un buveur de bière – ça ne vous a pas échappé –, ce qui n’est en rien un désaveu pour les producteurs de vin. […] C’est une très belle pièce, ça m’a fait particulièrement plaisir. »
Autre anecdote autour de la bière. Répondant à la question « Avez-vous le sentiment d’avoir changé depuis votre élection ? » :
« J’ai changé de bière. Je suis passé de la Corona à la Kronenbourg 1664 ! »

Alors qu’on lui demande, lors d’une interview au quotidien tchèque Tyden en 1997, « Pourquoi vous, un Français, préférez-vous la bière au vin ? », Jacques Chirac répond :
« J’aime le bon vin, je n’abuse pas. Mais la bière a un avantage, c’est que cela désaltère […], cela coupe la soif et il n’y a pas trop d’alcool dedans, beaucoup moins que dans le vin. Alors on peut boire davantage. »

Lors d’un voyage en 1996 en Arabie saoudite avec Jean-Louis Debré, ce dernier raconte qu’il l’appelle un soir pour l’inviter dans sa chambre :
« Jacques Chirac : — Viens dans ma chambre !
Jean-Louis Debré : — Dans votre chambre ? Le ministre de l’Intérieur allant dans votre chambre à 11 h du soir, surtout dans ces pays où tout est observé, regardé…
Jacques Chirac : — Tu viens !
J’ai cru qu’il y avait quelque chose de très grave ! Donc je viens…
Jacques Chirac : — Assieds-toi.
À ce moment-là, il ouvre son attaché-case, et il y avait six bières ! Qu’il avait apportées ! Et nous allons boire à la santé du roi gardien des lieux saints, qui se prive de l’une des plus belles nourritures, la bière. Chirac aime les autres, il aime regarder les gens, il aime prendre un pot avec les gens. »

Principe de travail de Jacques Chirac :
« On peut rester actif après une bonne biè re. »

Des habitudes bien ancrées, même au restaurant :
« Quand je vais au restaurant, on ne me demande même pas ce que je veux boire, on m’amène tout de suite une bouteille de bière. »

Souvenir de Michel Sardou après la victoire du candidat à la présidentielle ; le chanteur est invité à dîner à l’Élysée :
« On se passait les bouteilles de Corona sous la table, parce que sa femme ne voulait pas qu’il boive de la bière. »
JACQUES CHIRAC ET LES BRITANNIQUES

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J acques Chirac a toujours entretenu des rapports ambigus et compliqués avec nos voisins britanniques, notamment autour de la renégociation du chèque attribué par l’Europe. Loin d’avoir la langue dans sa poche, il lançait des attaques moqueuses tournant souvent autour de la gastronomie pour dénigrer et critiquer la Grande-Bretagne, allant parfois jusqu’à friser l’incident diplomatique !

Ainsi, quand Margaret Thatcher hurlait à l’Europe : « I want my money back » , on entendait en écho la réponse de Jacques Chirac :
« Qu’est-ce qu’elle veut, cette ménagère ? Mes couilles sur un plateau ? »

Lors d’un dîner officiel avec Tony Blair, alors que celui-ci lui vantait les mérites du menu, Jacques Chirac n’a pu s’empêcher de lui rétorquer :
« La cuisine anglaise, au début, on croit que c’est de la merde et après, on regrette que ça n’en soit pas. »

Entre la France et l’Angleterre, les vacheries diplomatiques se sont succédé durant des décennies. Si le général de Gaulle avait refusé par deux fois l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE, l’accusant d’être un cheval de Troie américain, Mitterrand aurait dit de Margaret Thatcher, « qu’elle avait les lèvres de Marilyn Monroe et les yeux de Caligula ».
La rivalité entre froggies et rosbifs ne date pas d’hier, et même lorsqu’on a fêté en 2004 le centenaire de « l’entente cordiale », mis en scène par une visite de la reine en France, la tension était palpable entre Jacques Chirac et Tony Blair. En désaccord complet sur la réforme de la politique agricole commune (PAC), Jacques Chirac était parvenu à trouver un accord avec l’Allemagne sans consulter Tony Blair. Celui-ci, fou de rage, lança à l’encontre de Jacques Chirac : « Empêcher une réforme de la PAC revient à endosser la responsabilité de la famine dans le monde », ce à quoi le président français aurait rétorqué : « Vous avez été très mal élevé. Personne ne m’avait jamais parlé comme ça ! » avant d’annuler le sommet franco-britannique.
Le veto imposé par la France concernant la guerre en Irak finira de geler les relations avec Tony Blair, considéré alors comme le « caniche » des États-Unis.


La marionnette de Chirac a eu, d’après les observateurs, une influence considérable lors de son élection à la présidence de la République en 1995. À la fois proche du peuple, sympathique et rigolard, son personnage de marionnette s’est presque confondu avec la personnalité médiatique, le candidat, et les phrases des auteurs des Guignols devinrent alors presque réelles dans l’inconscient collectif.
Chirac avait parlé des pommes, mais ce sont les Guignols qui en ont fait son slogan humoristique officieux : « Mangez des pommes ! » Par la suite, les militants s’en sont emparés, se sont mis à distribuer des pommes dans les meetings et, du petit écran, ce slogan a investi la campagne électorale.
D’autres expressions ont assis la notoriété sympathique de Jacques Chirac.

En effet, qui ne se souvient pas de :
« Putain, deux ans ! »
« J’suis toc-toc, j’fais ce que je veux ! »

« Maman ! » lorsqu’il appelait Bernadette.
« Couille molle ! »

Le personnage de « Super Menteur » apparaît quant à lui en 2001, après les affaires d’abus de biens sociaux auxquelles Jacques Chirac s’est retrouvé mêlé. Mais si les Guignols voulaient alors dénoncer certaines dérives, ce personnage ne fit en réalité que conforter son capital sympathie auprès du public.
LES CAMPAGNES ÉLECTORALES SELON CHIRAC

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L es campagnes électorales ressemblent toujours à un marathon exténuant pour les candidats en tête de liste. Pendant des mois, il faut sillonner la France, de salle de meeting en marché de villages, et serrer des milliers de mains jusqu’à la tendinite.
Jacques Chirac, véritable champion de la poignée de main protectrice et amicale, jouissait d’une santé incroyable lui permettant de multiplier les pots d’honneur, les dégustations et autres inaugurations aux quatre coins du pays. Infatigable, il traversait la France en diagonale, en creusant de profonds sillons dans le monde rural auprès duquel il avait une très bonne image. Un candidat perçu comme proche du peuple, loin des sphères intellectuelles parisiennes. Avec lui, on mangeait des pommes, on partageait une choucroute avec une bonne bière. Une image qu’il a cultivée tout au long de ses campagnes électorales, mais une image ressentie comme sincère, puisque, aussi cultivé et complexe qu’il pouvait l’être, Jacques Chirac aimait les gens et la simplicité des relations humaines. Il aimait partager de bons moments simples avec les personnes qu’il rencontrait, et, de fait, quand on est en contact direct avec le peuple durant de longs mois, on ne peut mentir très longtemps.

Les principes de Jacques Chirac
Principe de base :
« Dans une campagne, il faut aller chercher les électeurs avec les dents ! »
Principes de survie en campagne :
« Dans une campagne électorale, quand vous voyez un buffet, il faut manger. Quand vous voyez des toilettes, il faut y aller. »
LE CHANGEMENT SELON CHIRAC

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L a pensée de Chirac, orientée vers l’avenir, tendait à toujours se trouver dans un mouvement permanent, afin d’éviter de stagner. Car quand on stagne, en réalité, on n’est pas immobile, on recule.
Éviter l’immobilisme à tout prix, évoluer sans cesse, avancer, « le bulldozer », comme le surnommait Georges Pompidou, faisait du mouvement et du changement son principal moteur.
On peut résumer la pensée de Chirac sur le changement selon ces quatre principes qu’il aimait formuler à qui voulait l’entendre :

État d’esprit :
« Le changement est d’abord un état d’esprit. »

Loi fondamentale :
« Le changement est la loi de la vie humaine, il ne faut pas en avoir peur. »

Principe du cycliste :
« Mobilité et stabilité ne sont pas antinomiques : un cycliste n’est stable sur sa bicyclette qu’en avançant. »

Risque de l’immobilité :
« Dans un environnement qui change, il n’y a pas de plus grand risque que de rester immobile. »
JACQUES CHIRAC ET LA CIGARETTE

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J usqu’en 1988, Jacques Chirac était connu pour être l’un des plus gros fumeurs de la classe politique. Les photos le mettant en scène, cigarette à la main, faisaient partie du paysage sans que personne ne s’en émeuve.
L’époque était bien différente de celle d’aujourd’hui et fumer des cigarettes faisait partie du quotidien de chacun, et même du côté glamour de certaines actrices.
Si Bernadette Chirac lui a longtemps fait la guerre, Jacques Chirac est cependant resté très longtemps un gros fumeur.
Alors qu’il avait arrêté, certaines rumeurs, il y a seulement quelques années, faisaient état du fait qu’il se serait remis à fumer en cachette de sa femme et de sa fille Claude, presque comme un adolescent se cachant dans les toilettes.
La cigarette n’est plus dans l’air du temps, si bien que, en 2009, la couverture du premier tome de ses mémoires, qui devait montrer Jacques Chirac sur une photo des années 1970, une cigarette à la main, fut… oubliée… Petit scandale rapidement étouffé… On ne mégote pas avec le politiquement correct…
Difficile en effet aujourd’hui de mettre en scène Jacques Chirac, une cigarette à la main, quand ce dernier a été le père du plan cancer.
Interviewé sur la cigarette, il raconte cette anecdote sur le moment où il a décidé d’arrêter de fumer (ses trois paquets par jour). Il n’avait rien dit à personne…
« J’ai demandé à l’huissier qui, auparavant, vidait mes cendriers toutes les deux heures, de ne pas en parler. Au bout d’une semaine, quand même, j’ai dit à ma femme, à ma fille : “Vous n’avez rien remarqué ?” Et elles m’ont répondu : “Ah oui, tu es allé chez le coiffeur” ! »
Il sourit et reprend : « Vous voyez, personne ne fait attention à moi. »
CHIRAC ET L’APPEL DE COCHIN

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L e 6 décembre 1978, Jacques Chirac alors maire de Paris, ancien Premier ministre et président du RPR, se lance dans la campagne pour les élections européennes de 1979 avec ce texte rebaptisé peu après sa publication l’« appel de Cochin ».
Cet écrit dénonçait la politique « antinationale » d’une Europe fédérale, tout en s’attaquant à l’UDF de Valéry Giscard d’Estaing, alors président de la République.
Ce communiqué fut renommé « appel de Cochin » peu après sa publication, en raison de circonstances exceptionnelles.

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