Construire l
259 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Construire l'Europe sociale

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
259 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

L'Europe sociale est une construction historique progressive. Un combat ? Une épopée ! Elle se bâtit malgré les obstacles étatiques et l'absence de volonté politique. Cet ouvrage évoque l'engagement européen de quelques "entrepreneurs sociaux" pour affirmer une pensée et un droit social européens. Il en appelle aux changements des conduites individuelles et collectives pour développer le modèle social européen fondé sur la sécurité et la cohésion sociales et l'égalité.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2010
Nombre de lectures 101
EAN13 9782336277486
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Au carrefour du social
Collection dirigée par Marc Garcet et Serge Dalla Piazza
L’Association Interrégionale de Guidance et de Santé (AIGS) est née en 1964 de la volonté de quelques hommes de promouvoir la santé et la qualité de vie pour tous. Des dizaines de services de proximité et extrahospitaliers ont vu le jour pour accompagner, insérer, aider, soigner, intégrer, revalider, former des milliers d’usagers en mal d’adaptation personnelle ou sociale. En collaboration avec les éditions L’Harmattan de Paris, la collection « Au Carrefour du Social » veut promouvoir ce modèle et offrir une réflexion ou des rapports de ses pratiques et de ses innovations.
Déjà paru :
Serge DALLA PIAZZA, Marc GARCET , L’avenir de l’homme en question. Pour que nos enfants vivent 2009
Construire l'Europe sociale

Marc Garcet
Déjà publié par l’auteur
La personne handicapée maître de sa réhabilitation — Commission européenne DG V - Hélios 1993-1996—1996
Pratiques de la coopération contre la discrimination — Commission européenne DG V E-H - 2000
En marche vers un idéal social - Homme, individu, citoyen - L’ Harmattan - Questions contemporaines — 2005 — Coécrit avec Serge Dalla Piazza
Catherine raconte — Chez l’auteur — 2006
Il fallait dire non — L’objection de conscience. Pourquoi la guerre froide n’a-t-elle pas conduit à la troisième guerre mondiale ? — Edition d’Eben Ezer — 2007
Métamorphose du Nautile, Nouvelles — L’Harmattan — 2008
L’avenir de l’homme en question — L’Harmattan — Au carrefour du social — 2009 — Coécrit avec Serge Dalla Piazza
© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296118348
EAN : 9782296118348
Sommaire
Au carrefour du social - Collection dirigée par Marc Garcet et Serge Dalla Piazza Page de titre Déjà publié par l’auteur Page de Copyright REMERCIEMENTS Dedicace AVERTISSEMENT PREAMBULE PARTIE I - LES ORIGINES
1. PREALABLE A L’EUROPE SOCIALE 2. L’IDEE EUROPEENNE 3. LES RUINES SOCIALES LAISSEES PAR LA GUERRE 4. NAISSANCE DE PROJETS ET RESEAUX 5. CONSTRUIRE DES LIENS ENTRE PROJET SOCIETAL ET QUALITE DE VIE PERSONNELLE 6. LES PETITS PAS DE L’EUROPE SOCIALE 7. ESPRIT D’ENTREPRISE DES ORGANISATIONS SOCIALES
PARTIE II - DES CHEMINS MULTIPLES MAIS CONVERGENTS
8. EMERGENCE DE LA PENSEE SOCIALE DANS LE ROMANTISME LITTERAIRE 9. UN MONDE DE DROIT S’ELABORE 10. IL FAUT REMETTRE LA PAIX ET LE DROIT SUR LE METIER 11. DU TRAITE DE ROME A L’UNION EUROPEENNE 12. EGALITE DES CHANCES 13. LA MONDIALISATION VA-T-ELLE TUER L’EUROPE SOCIALE ? 14. CONCLUSIONS
GLOSSAIRE
Le temps des peurs Le temps des questions Le temps du rêve
REMERCIEMENTS
L’écriture de ce long parcours à travers le temps, les méandres de la pensée moderne et les rebonds du troisième millénaire connaît son aboutissement grâce aux collaborations précieuses de Nicole Laval, Liliane Mikolajczak, Marianne Ottelet et Monique Petitjean. Nadine Wettinck y a apporté ses lectures critiques et correctives.
« Construire l’Europe sociale » a associé dans sa finalisation des collaboratrices convaincues du témoignage à communiquer.
Ma gratitude est complète et continue.
Marc Garcet
A mes petits enfants
Géraldine
Maximilien
Sarah
Clémentine
Roman
...
AVERTISSEMENT
Ce récit d’allure anthropologique et d’actions sociopolitiques est l’histoire d’un cheminement vécu. L’accent est mis sur le rôle des acteurs.
Pour mieux illustrer les résultats (Chapitres IV, V et VI), nous avons créé un site internet spécifique : www.construire-europe-sociale.eu .
Le lecteur y découvrira les contenus dont l’ouvrage est l’expression.
En fin d’ouvrage, avant la table des matières, un glossaire conduit le lecteur vers les références juridiques de l’Europe politique et de l’Europe sociale.
Les termes du chapitre XI repris dans le glossaire, sont indiqués d’un astérisque.
PREAMBULE
Pour nous, travailleurs sociaux et responsables d’organisations non gouvernementales, construire l’Europe sociale est une détermination profonde.
Pour la génération qui vécut la guerre dans sa petite enfance, la construction progressive de l’Europe participe d’un idéal personnel et collectif.
Nous avons vécu l’élaboration de l’Europe au jour le jour, comme citoyens et comme acteurs sociaux.
Regardant en arrière, nous réalisons que nous avons été à la fois partie de la vague qui précède et de celle qui génère la suivante.
Nous avons été imprégnés d’un esprit qui ne pouvait être qu’européen, voire d’une vocation de citoyen du monde.
La paix était liée à la construction de l’Europe. C’était un objectif social et un gage de devenir comme, pour les parents, l’idéal était de reconstruire la maison détruite et de bâtir une famille qui, elle-même, devait générer des idées de paix.
Issu d’une famille ouvrière, militante et politiquement engagée depuis des générations, les faits politiques faisaient partie de mon quotidien. Certes, à chaque déjeuner nous prenions nos tartines, à midi la soupe, et le soir un repas frugal. Mais nous partagions tout autant avec le père, la mère et les autres convives autour de la table, les événements du village, du quartier, de l’entreprise, du pays. La guerre proche avec ses souvenirs, la guerre en cours avec ses faits acceptés ou inacceptables et la dimension internationale de la vie économique, faisaient aussi partie des repas.
Entre enfants, nous rejouions avec nos camarades de classe d’école, de quartier, ces faits dont les parents parlaient avant, pendant et après les repas. Nous avions l’impression qu’en les rejouant, nous devenions les acteurs de l’histoire en cours, d’une autre histoire certes, mais de notre histoire dans l’Histoire. Nous étions la vague mais aussi les particules qui la constituaient.
Enfants, adolescents, adultes, à tous les moments de notre vie, notre trajectoire connut le même décor. Lorsque nous devînmes travailleurs, pères ou mères de famille, maris ou épouses, la tradition s’est ainsi prolongée. Nous étions citoyens à tout moment de la journée. Nous étions impliqués dans la construction de la maison, de la famille, du pays, de l’Europe, du monde.
Nous pensions être des acteurs et, dans notre comportement, à force de penser que nous l’étions, nous ne pouvions que le devenir.
« Construire l’Europe sociale » procède de ce schéma de pensée, de changement, de transformation, de mutation, de marche vers la différenciation et vers le mieux qui a porté un nombre considérable d’adolescents et d’adolescentes, d’hommes et de femmes, durant ces cinquante dernières années.
Dans tout cela, vous constaterez qu’il n’est question que d’hommes et de femmes, c’est-à-dire de citoyens qui se sentent tous, les uns et les autres, concernés, chacun partie intégrante de la vague qui constitue la masse.
« Construire l’Europe sociale », c’est donc construire l’Europe des individus, de chaque peuple, dans leur différence avec tout ce qui la compose : la culture, la croyance, les valeurs, la psychologie, les rapports à la métaphysique, l’enracinement dans le territoire.
Est-ce différent de construire l’Europe politique ?
Certes non.
L’Europe politique, c’est la vague. Dans la vague, il y a les personnes qui, chacune, constituent par leur famille, par leur individualité, un monde très complexe. Construire l’Europe en tenant compte de toute cette diversité constitue une démarche exaltante mais complexe pour qui croit à la démocratie. Elle seule semble capable de créer les rapports entre l’individu et la masse collective. Elle forme le peuple, le citoyen qui y participe.
L’Europe sociale est l’Europe des personnes. C’est l’angle de vue, la priorité.
Sous cet angle, le rôle du citoyen est un engagement. Il en sera ainsi dans tous les Etats européens. Des attitudes personnelles, sociales et politiques s’imposent pour déterminer des courants de nouvelles mentalités.
Parmi les mouvements de jeunesse et les ONG internationales, la foi en une révolution sociale mobilise et forme des acteurs militants. Engagement, mobilisation, élaboration sociale et politique nous unissent, toutes confessions confondues, pour construire et reconstruire par l’intelligence, le coeur et les mains.
En 1955, adolescent encore, je m’investis dans le Service Civil International 1 , prônant le volontariat. Je participe à des chantiers de travail dont la finalité est de restaurer des bâtiments détruits, d’aménager des services ou des institutions d’utilité publique, destinés à des classes défavorisées, des enfants, des personnes âgées, des personnes handicapées et ce dans le monde. J’y ai occupé toutes les fonctions, y compris le rôle de président international. Je traverse ainsi quarante ans de l’histoire européenne en tant que témoin privilégié et acteur responsable au carrefour de toutes les problématiques abordées dans les villes et les campagnes.
Avec les camarades, nous avons conscience des dimensions des problèmes politiques posés par la paix en Europe et dans le monde.
Sensibles à la dimension politique collective, le contact direct avec les citoyens en souffrance et leur vécu nous confronte à la réalité humaine, aux déficits sociaux et aux concepts abstraits de pauvreté et de discrimination.
Dans ce bain, j’acquière la connaissance de la vie, du vécu des personnes dites handicapées, défavorisées, déplacées pour des raisons politiques, pour des raisons d’immigration, la situation des réfugiés, des exilés, des déserteurs, migrants en Europe et dont le Service civil constituait souvent le lieu d’accueil et, par conséquent, le lieu de travail.
Notre rapport aux peuples dans chacun des pays nous a donné la compréhension et a tracé les voies d’une coopération européenne plus large, plus construite. L’Europe politique en place, dès 1960, je prends la voie d’un engagement européen comme stagiaire du Conseil de l’Europe en Suède et dans des services psychiatriques en France.
Il apparaît que chaque pays a développé, pour toutes les problématiques sociales et politiques, des démarches d’intégration, d’insertion, d’aide, de soins, originales toujours spécifiques par rapport à la culture locale.
La diversification des institutions est étroitement liée à la culture.
L’Europe sociale ne peut être calquée sur le schéma de la construction politique. Elle doit intégrer toutes les particularités de la sociologie, des mentalités et de l’histoire des peuples.
Ainsi pouvons-nous découvrir des réponses sociales et identitaires en même temps que la similarité des besoins.
Dès 1964, quand nous créons l’AIGS, nous inscrivons son action sociale dans le cadre de ce que nous offre la Communauté européenne, à l’époque, le Fonds social européen.
Depuis 1985, l’AIGS est engagée dans des programmes d’échanges ouverts par la Commission européenne. Les vingt-cinq ans de coopération entre ONG européennes forment les éléments du projet « Construire l’Europe sociale ».
Nous abordons la dimension sociale européenne après avoir bien compris qu’il ne fallait pas confondre « le social » et « l’état ».
Les intérêts et la qualité de vie sociale ne sont pas directement superposables aux intérêts politiques des Etats.
PARTIE I
LES ORIGINES
1. PREALABLE A L’EUROPE SOCIALE
Après la deuxième guerre mondiale, la construction de l’Europe politique est une affaire entre des Etats membres. Il est assez clair que le Marché commun s’est constitué à ce niveau-là, d’abord sur les termes de conventions juridiques, pour les raisons que nous définirons plus loin.
Dans le même mouvement, le Conseil de l’Europe fédère tous les Etats européens, y compris les pays de l’Est.
La raison d’Etat dominante à l’époque est qu’il faut dégager les nations européennes de la dynamique historique de la confrontation armée et éviter la répétition des guerres vécues depuis Napoléon. Les peuples ont suivi.
En 1954, à la signature du Traité de Rome, il fallait mettre les ressources des Etats au service d’un projet commun de reconstruction de l’Europe avec des objectifs généreux : fournir du travail, améliorer les conditions de vie. Les objectifs du Traité de Rome sont d’abord ceux-là. La motivation politique essentielle est étatique. C’est l’Europe des Etats.
Dans le Traité, les citoyens ne sont pas oubliés mais l’urgence n’est pas là. C’est en 1957 seulement que fut créé le Fonds social européen.
Dans les différentes sociétés qui constituent l’Etat, les peuples, les cultures, les patrimoines, les traditions ne sont pas considérées. Or ces composantes forment la société civile européenne.
Sans vouloir faire l’exégèse du concept « société », nous dirons qu’il recouvre globalement l’ensemble des interactions entre les divers groupes qui la forment dans ses fonctions politiques, économiques, sociales, culturelles, urbanistiques. Dans ce concept, nous identifions l’empreinte des mentalités des groupes, des valeurs de référence, des schémas de pensées, des traditions inscrites et portées. Au sein de chaque société, les individus sont embarqués au hasard de la naissance par un déterminisme social irrésistible.
Chacun réinterprète ce déterminisme sur un plan personnel à travers son histoire, le sens propre de sa vie, son libre arbitre, ses croyances. Les pressions sociétales se placent aux divers niveaux des fonctions tenues. On ne peut donc dégager de la globalité le citoyen porteur de sa nationalité du citoyen inclus dans l’entreprise, appartenant à un syndicat ou n’y appartenant pas, croyant ou athée, sportif ou non, artiste ou non.
L’individualisme philosophique est le produit des « Lumières ».
La citoyenneté est issue de la Révolution française et des nouvelles constitutions.
L’« individualisme social » – homme, femme, enfant – en 2010 a été façonné par des déterminants sociaux et écologiques qui lui sont propres.
Les débats de 1789 entre les « Constituants » 2 confrontés à la confusion inévitable entre les droits individuels et leur impact collectif, restent présents. Ils durent reconnaître, indépendamment des obligations collectives pour assurer le fonctionnement de l’Etat, le droit individuel à la liberté de pensée, de conscience, d’association, d’expression…. Les droits et devoirs sociaux des citoyens sont longtemps restés timides, inexploités. La charte des droits et devoirs sociaux du citoyen, en tenant compte de la « nécessaire cohésion sociale » est née avec le troisième millénaire.
En 2010, en Europe avec son histoire et sa culture, trois éléments guident la construction politique européenne : les Etats, les sociétés et les citoyens, objets de droit.
Par contre, la construction de l’Europe sociale, tenant compte de peuples avec leurs cultures et leurs comportements sociaux adaptés aux fonctions économiques, sociétales et nationales, appelle une nouvelle dimension, celle de « citoyen social », sujet de droit par rapport à lui-même et aux autres.
Elle concerne la scolarité, la famille, la position des enfants à l’école, des adultes – hommes et femmes – au travail, des seniors en inactivité.
Elle concerne le logement, la qualité de vie, le bien-être, l’expression des bonheurs, la reconnaissance des minorités à exprimer leur différence dans le respect.
Elle forme la conscience sociale collective et le vécu de la citoyenneté, l’organisation de la solidarité et de la coopération, la répartition équitable des ressources dans une perspective de progrès et de justice sociale.
Entre partenaires sociaux, le débat social dans ses rapports de réciprocité est toujours présent dans les échanges européens : où est l’humain dans l’Europe politique ?
Les longs échanges ont finalement abouti à un « nouveau concept » collectif. En 2000, le Conseil européen de Lisbonne 3 invente la « cohésion sociale ». Elle constitue le ciment par lequel une cohérence peut s’établir entre tous les niveaux que nous venons de citer : l’Etat avec ses fonctions politiques internationales, législatives, exécutives et judiciaires, la société constituée de ses différentes fonctions sociales, culturelles, etc, et l’individu pris comme citoyen avec ses valeurs, sa culture, ses spécificités originelles et ses obligations propres.
Quand nous parlons de la construction de l’Europe sociale, c’est bien de cela qu’il s’agit.

1.1. Genèse de notre position
Au départ d’une organisation non gouvernementale internationale et en tant que Secrétaire général de l’Association Interrégionale de Guidance et de Santé 4 , nous avons construit notre position de coordinateur de programmes européens durant une vingtaine d’années.
L’ambition d’un programme a toujours consisté à fédérer les réflexions, les approches, les conceptions en considérant l’originalité de la diversité des cultures, de toutes les particularités qui font la richesse des peuples et des groupes européens.
En approchant la diversité de la dynamique citoyenne et sociale, nous avons mesuré la singularité des conceptions intellectuelles ou culturelles. Il en est de même quand il s’agit d’apporter des remèdes ou de prévenir certains risques.
L’Europe sociale ne peut se faire, à notre point de vue, que dans la prise en compte de toutes ces singularités.
Pourquoi ?
Sur un plan théorique comme sur un plan pratique, nous savons que chaque individu est différent.
La vocation des organisations sociales et des systèmes d’aide, d’assistance et de thérapeutique est d’apporter des remèdes à la personne.
Chaque organisation sociale, dans sa fonction pratique, l’individualisation. Apporter remédiation à un sujet ne peut se faire qu’en tenant compte de son originalité. Et nous connaissons sa complexité.
Pour nous, construire l’Europe sociale a consisté dans la création d’un ensemble de plates-formes de réflexion et d’analyse, ouvertes à des responsables d’organisations et à des professionnels de différentes disciplines sociales Et ce, dans le but de réfléchir aux dynamiques fondamentales qui activent l’approche thérapeutique, l’aide, l’assistance et la formation dans la culture des pays.
Nous sommes tous, dans ces forums, convaincus et animés par ce même constat. Issus d’associations slovènes, portugaises, belges, danoises, grecques, allemandes, autrichiennes, italiennes, espagnoles, françaises, polonaises, roumaines et britanniques, la pratique nous a tous amenés à constater qu’il est impossible de ne pas tenir compte de la singularité et de ces groupes d’appartenance.
Ainsi, il faut envisager l’Europe sociale dans sa complexité individuelle, culturelle, groupale et sociétale.

1.2. Les bases communes
Le rêve du « paradis perdu » est en tout humain, sur décor de fond neigeux, le rêve d’un paradis où tout est vert et plein de soleil.
La végétation y est luxuriante, la température agréable, les fruits et les fleurs abondants.
Les animaux de toutes espèces et les hommes circulent en bonne entente.
Ce rêve du paradis perdu est en tout homme.
Il est dans son patrimoine mental dès que l’homme s’éveille à l’expression par le verbe et le corps.
D’aucuns diront que la recherche du beau, l’aspiration vers le meilleur, la marche vers l’harmonie font partie de « la pensée humaine ».
D’où vient ce mythe du paradis perdu dans nos civilisations ?
Soixante-cinq millions d’années avant notre ère, au paléocène, le climat change radicalement. Une période glaciaire s’installe rapidement. L’hémisphère nord se fige. La mer du Nord disparaît. Cette dernière glaciation s’achèvera dix mille ans avant notre ère par une période interglaciaire chaude que nous connaissons toujours.
L’Europe est la masse continentale la plus importante que porte la terre en son hémisphère nord. Elle a été la plus affectée par les modifications climatiques.
Il y a trente mille ans, le climat se réchauffe progressivement et devient soutenable pour une faune et une flore adaptées. La vie est plus facile. Aurochs, chevaux, rhinocéros laineux, mammouths, bisons… et humains néandertaliens vivent ensemble.
Ils se sont tous acclimatés au froid, tous dotés d’instinct grégaire qui assure à chaque groupe sa survie.
Parmi les hominidés de la société « néandertalienne », l’homme est un mammifère parmi les autres mammifères.
Il vit des mêmes ressources naturelles.
Il est imprégné par les mêmes circonstances de l’environnement.
Il vit en bonne entente avec les ours, les mammouths, les rhinocéros, les aurochs, les loups… Les rivières sont poissonneuses, les fruitiers sauvages nombreux.
La cohabitation entre les animaux est un consensus qui a pour contour des territoires assurant la nourriture nécessaire à la pérennité, les conditions d’abri et de protection qu’exige la fragilité des progénitures.
Tous les mammifères sont pratiquement soumis à ces mêmes conditions environnementales.
Dans la grande communauté de mammifères, nul ne traduit des signes de « paradis perdu » à retrouver. Ce sentiment est seulement perceptible sur les parois des abris et sur les pierres.
Le rêve du « paradis perdu » appartiendrait-il à « l’inconscient collectif » provenant du pliocène où tout était luxuriant ?
Il y a vingt mille ans, dans la toundra quasi stérile et sur ces glaciers, pouvait-on aussi parler d’Europe sociale alors que les populations se rassemblaient en espèces, vivaient en clans sur leur territoire déterminé, leur assurant protection, renouvellement, pérennité ?
Nous n’allons pas écrire la genèse de la « culture », sur le territoire qui deviendra l’Europe, mais seulement nous interroger et confronter nos lectures de la préhistoire et de la géologie.
Et si la grégarité des loups générait elle aussi une culture sociale, acquise et transmise de génération en génération, ajoutant aux comportements anciens des comportements nouveaux destinés à répondre à la modification de l’environnement ?

1.2.1. Quand la culture s’ajoute à la grégarité
Peut-on dire que la culture est d’abord une accumulation de comportements de plus en plus diversifiés, de plus en plus complexes, transmis par imitation, par tradition, par la mémoire entre les membres d’une espèce ?
Certes, la grégarité est à la base de la culture. C’est au départ de cette pulsion naturelle à se rassembler que nous voyons apparaître la culture, l’expressivité des attitudes et des comportements.
A la grégarité s’ajoute la culture dès que l’homme, la femme, la tribu, la société ont inventé des comportements psychomoteurs capables de reproduire en représentations graphiques ce que la mémoire permettait déjà de reproduire en des sons et en des gestes, de plus en plus différenciés.
L’abstraction et sa représentation font la différence par rapport à l’imitation, la répétition.
Nous pouvons spéculer sur ces traits fondamentaux qui font l’humanité dans sa dimension affective, relationnelle, sociale.
Les témoignages vivants de cette spéculation se voient à travers les peintures rupestres préservées dans les grottes où des humains, de génération en génération, se rendirent afin d’y projeter des intentions en peinture et signe alliant pensée, mouvement, imaginaire et désir, en associations simples ou enchevêtrées.
Dans la vallée de l’homme traversée par la Vézère, des grottes de Lascaux au Font-de-Gaume, se trouvent leurs témoignages dans les profondeurs encore actuellement visibles.
Au Font-de-Gaume, une grotte 5 est accrochée à mi-hauteur dans la vallée de la Vézère, comme un abri sous roche, une paroi ouverte. A plus de cent cinquante mètres de profondeur, il y a des peintures, des gravures, des sculptures témoignant du passage de l’humain sur une période de plus de vingt mille ans. Dans la profondeur du sol restent encore cachées des peintures et des gravures.

1.2.2. Expression sociale des « vécus »
Le décryptage de ces différentes expressions graphiques, tantôt mouvementées, tantôt figées et tantôt entrelacées, témoigne d’emblée, pour un artiste averti, d’une activité « collective » de centaines de personnes qui, à travers ces périodes, y ont déposé leurs empreintes.
Aucune expression n’est pure.
Elles sont toutes maculées, en surimpression d’autres formes d’expression collective mais néanmoins respectueuses de l’œuvre de base. Une partie de graphie a été réutilisée par un autre artiste, pour une autre expression. Le tout s’entremêle et donne à ce complexe une dimension collective de fresque que nous retrouverons beaucoup plus tard dans les peintures murales.
Sur les parois de pierre, je ne vois que du collectif où s’entremêlent des dominantes évidentes : la force brutale d’animaux qui s’affrontent et la tendresse amoureuse de gazelles qui se caressent.
Il y a dans ce décor autant d’œuvres masculines que féminines.
Il y a des œuvres d’enfants.
Interprétation de tout cela ?
L’interprétation est dans le regard de celui qui lit et projette sur la paroi ce qu’il croit ou veut y voir.
Nous n’avons voulu y voir jusque-là que l’œuvre masculine car seule l’œuvre des hommes interpellait les esprits cultivés du XIX e siècle et du début du XX e siècle.
La femme comme auteur n’était pas considérée dans le décryptage des œuvres archéologiques. Quant à l’enfant, on ne pouvait imaginer qu’il soit associé au monde des adultes. Cependant, nous pouvons y voir des traits féminins et des traits d’enfants.
Partout la grégarité. Partout l’humain est présent par son individualité et sa conscience de la collectivité.
Il est total.
Il est collectif et personnel.
L’œuvre de l’un s’emboîte dans l’œuvre de l’autre sur un temps plus long que celui de l’écriture qui permit à l’humanité de témoigner de son histoire.
La culture de Néandertal, de Cro-Magnon, c’est cela.
C’est déjà la grégarité, déjà la société, déjà la « pensée sociale » 6 .
C’est déjà la représentation de ce qui nous environne en y adjoignant le ressenti, le vécu, l’expression, le désir, peut-être l’envoûtement que nous voudrions y mettre en plus. Ils croyaient par là qu’en adjoignant ces signes, ils mettaient une forme de politesse pour être mieux acceptés !
Cro-Magnon pensait comme l’Européen moyen.
Cro-Magnon était l’Européen moyen.

1.2.3. La femme dans la préhistoire
La culture du groupe, de la tribu, marquée par des originalités, traduite par des pratiques, confère l’identité spécifique de chacun.
Au bord de la Vézère, dans certaines tribus, à des époques distantes l’une de l’autre de deux mille ans, les attributs sociaux comme l’habillement, les tenues d’apparat, les rites ont pu être identifiés grâce aux signes sur les objets courants et aux témoignages laissés.
Porté par mes gènes d’archéologue amateur, je ne pouvais me refuser la découverte des Eyzies.
Visitant la grotte de La Madeleine 7 , j’en vins spontanément à fouiller dans les dégagements antérieurs. Apercevant une dent percée, l’étincelle crépita : « Voilà Madeleine » pensais-je.
« Madeleine avait laissé ses empreintes dans cette grotte.
Sur sa poitrine opulente, elle avait un collier de dents percées en ivoire noir étincelant.
Sur ses bras, un enfant. »
Au bord la rivière, le sol de l’abri occupé depuis plus de dix siècles, a quasi atteint le plafond de l’excavation géologique.
Les Magdaléniens ont occupé cet endroit jusqu’à l’avoir comblé totalement de leurs détritus de cuisine, de restes, de débris d’alimentation, de traces de leur existence dans un univers glacé où, par la mise au point d’habillements adéquats, ils ont survécu à travers les glaciations.
L’art des Magdaléniens, dans lequel ils étaient devenus maître, était de sculpter des harpons.
Qui leur avait appris ?
Au bord de la Vézère, la température était plus chaude, les nuits étaient moins froides.
Alors que les animaux avaient fui le froid, les poissons, dans la Vézère, trouvaient un milieu propice à la vie. Les hommes du bord de l’eau devinrent des pêcheurs, aussi extraordinaires que leurs harpons.
Quand le pêcheur est amoureux, il fabrique des bijoux et devient créateur d’ornements personnels et sociétaux, rituels du désir, de la fécondité, de la protection et de l’amour.
Sur le bois comme support, le message surgit. Il est dédié.
La figuration devint ainsi un vecteur de communication personnelle ou collective.
Quand l’intention a un support matériel, celui-ci devient symbole du sentiment, du désir.
Il devient signifiant. Il est aussi représentant de l’autre.
Ainsi la culture a-t-elle franchi un étage ?
Elle se donne l’abstraction en plus.
De là au langage, progressivement...
De là aux signes que nous interprétons. La culture du groupe est forcément la culture de la société.

1.2.4. Des cultures…
L’Europe sociale est un éventail de micro-cultures, toutes identitaires à travers les âges. La culture des groupes relie ses membres par des supports symboliques. C’est le point commun.
Le groupe ne secrète pas sa culture, pas plus que l’individu ne prend la culture du groupe. La culture est l’interaction permanente, une forme de construction « psychologique » grandissante, s’enrichissant par la différenciation et la division.
C’est ce que nous disent les graveurs et les sculpteurs de la grotte de la Mouthe et que nous rappellent beaucoup plus tard « nos ancêtres les Gaulois ».

1.2.5. Le climat fait les différences
Nous ne dirons rien des civilisations à l’orient du bassin méditerranéen où, dès le cinquième millénaire avant notre ère, l’expression graphique et la figuration étaient communications, permettant ainsi avec une plus grande facilité la transmission des événements, des produits de la mémoire et des découvertes singulières.
Alors que l’Epopée de Gilgamesh 8 était une histoire contée aux enfants d’Assyrie dans le bassin de l’Euphrate, le nord de l’Europe était sous les glaces. En Norvège, au Danemark, des hommes et des animaux vivaient dans les conditions qu’avait connues Néandertal cent cinquante mille ans auparavant sur les bords de la Vézère et de la Dordogne.
L’Europe sociale est l’Europe des humains vivant en sociétés.
Il n’y a guère de différences dans les schémas de comportements de Néandertal, Cro-Magnon et nos ancêtres les Gaulois.
L’Europe change de comportements et de sémantique dès l’arrivée des envahisseurs romains et de leurs légions, amenant la culture méditerranéenne, balayant pour une part essentielle la culture de l’Europe ancienne occidentale deux millénaires auparavant.
La vie des sociétés, en Europe et ailleurs, est fondamentalement déterminée par l’environnement climatique.
Nous connaissons l’histoire écrite jusqu’à dix mille ans avant notre ère et nous savons à quel point le climat a pu changer la représentation de la réalité.
Imaginer les réactions des humains, il y a huit mille ans, quand la mer Noire se constitua, l’eau de la mer de Marmara envahissant les plaines du Bosphore et le lac Pontique.
Vers la même époque, tout près de nous, les îles britanniques furent séparées du continent européen par la montée du niveau de la mer.
Quel impact sur les représentations du monde !
Voilà que l’Europe géographique se rétrécit et que l’Europe sociale se voit privée d’une partie de ses populations.

1.2.6. Représentation sociale et réalité
Pouvez-vous imaginer comment les populations ont vécu cette montée progressive des océans de plus de cent mètres et le recul des côtes, la mer envahissant progressivement les terres, les fleuves dont le cours doublait en largeur et se ralentissait dans leur écoulement vers les mers et les océans ?
Pouvons-nous imaginer ce qu’était, pour ces humains, la représentation sociale des cités installées non loin des rivières, qu’il fallut, comme cela se passe maintenant quand on érige un barrage, dégager vite pour s’installer sur les parties plus élevées ?
En 2009, pour l’humain, l’Europe sociale est la représentation qu’il en a avec sa conscience des mutations de l’Histoire.
Il y a en plus le rêve du modèle européen.

1.2.7. La profondeur de la mémoire collective
Après cette introduction, vous pouvez concevoir comment nous voyons l’Europe sociale.
Vous pouvez aussi rapidement imaginer comment l’Europe sociale peut devenir l’Europe des citoyens.
Il faudra du temps à l’Europe des ethnies, des tribus, des villages, des régions pour devenir l’Europe sociale des citoyens.
Nous pensons, en 2009, être beaucoup plus loin que les humains ne l’étaient quand, il y a huit mille ans, la fosse entre le continent européen et les îles britanniques se remplit d’eau pour devenir ce que nous appelons maintenant
« La Manche » ou « The Channel ».
De jour en jour, l’angoisse collective augmente quand il est question de réchauffement climatique. Nous appréhendons les modifications géographiques entraînant des mouvements de population.
L’histoire de la terre se répète.
Il faut seulement connaître un peu l’histoire de la terre au delà de l’histoire écrite.
Nous distinguons trop facilement la géologie, la géographie, l’anthropologie alors qu’elles sont, dans la réalité, étroitement liées.
C’est ce que nous révèle le regard transversal de vingt mille ans que nous portons sur l’Europe.
Nous ne pourrons nous en départir en faisant le bond historique qui nous amène à notre époque. La mémoire collective a tant de souvenirs anciens qu’elle nous déconcerte parfois.
Rien d’étonnant ! Elle est plus profonde que l’histoire écrite. Seul le vécu et l’émotion, la révèle.
2. L’IDEE EUROPEENNE

2.1. La jeunesse en 1955

2.1.1. Une nouvelle jeunesse, un autre monde, des espérances
Les adolescents de 1955 sont les bâtisseurs de l’Europe sociale, celle qui va compléter l’Europe politique.
Ils ne savent pas encore comment elle sera !
Ils veulent que ce soit un autre monde, plus juste, plus égalitaire, où la jeunesse ne soit pas saignée à 50% sur les champs de bataille ou sous les bombes, tous les cinquante ans.
En 1955, la science a avancé à grands pas mais, dans les universités, la remise à niveau des connaissances n’en est pas encore là.
Beaucoup d’adolescents se posent des questions de conscience : faut-il marcher sur les pas des générations antérieures, recommencer ce que les parents et les générations passées ont complètement raté ?
Pour certains, il faut faire une halte maintenant.
Albert Camus souligne l’évidente absurdité à laquelle ont conduit la déflagration de violence et la guerre.
Jean-Paul Sartre invente l’existentialisme comme la prévalence de l’existence sur les sens. L’existence est humaine et dépend de celui qui la porte. « L’individu est responsable, totalement responsable. » dit-il. Il restitue donc à l’homme sa force personnelle.
Certains objecteurs de conscience 9 diront « non » à tout renouvellement des conduites guerrières qu’annoncent la reconstitution des blocs OTAN et Pacte de Varsovie.
Il faut d’abord dire non à l’enrôlement militaire, non à l’incorporation, non à l’apprentissage de la guerre pour enfin pouvoir construire autre chose.
Il faut savoir tourner la page.

2.1.2. Refus de suivre la voie des aînés
Certains courageux, idéalistes sans doute, trop peut-être, refusent de suivre le chemin des aînés. Pour le moment, déserteurs par rapport à des engagements moralement et politiquement inacceptables au vu de l’Histoire immédiate, ils sont pleinement engagés pour la construction d’une Europe sur d’autres bases : la paix et la cohésion entre les peuples d’Europe.
Le Service Civil International a de tous temps été la voie royale des objecteurs de conscience. Cette association internationale préconise le civisme, la solidarité, et l’entraide aux populations au lieu de l’apprentissage de la guerre. S’il en est qui voient le patriotisme dans la marche au pas et l’apprentissage des armes, il faut reconnaître à d’autres la liberté de donner au pays leur bonne volonté et leur engagement au service des citoyens. Ainsi allons-nous voir, dans certains pays européens, des parlements reconnaître et établir le statut d’objecteur de conscience : en Allemagne, en Belgique, au Royaume-Uni, en Italie, aux Pays-Bas et, ultérieurement, en France.

2.1.3. Construire la paix, c’est aussi construire l’Europe sociale
Certes, en 1955, il n’est pas question d’Europe sociale comme nous l’entendons en 2009 mais tout est en germe. Ce que disent les objecteurs de conscience de l’époque n’est rien d’autre que l’Europe sociale que nous voyons pour le moment.

2.1.4. Réparer ce que la guerre a détruit
Les adolescents de 1955, conscients, engagés, quelque peu culpabilisés par la conduite des aînés, éprouvent le besoin de réparer ce que les générations passées ont détruit. Ils veulent construire leur vie, sans encore savoir ce qu’elle sera.
Construire est une avidité collective.
Ecrire est un parti pris sur l’avenir. C’est ce que font les Camus, Malraux, Cesbron.

2.1.5. Un monde meilleur pour les plus défavorisés
Le rêve de l’Europe sociale est porteur de plus d’égalité et de solidarité pour ceux dont la naissance n’amène pas la fortune, dont les conditions socio-économiques ne permettent pas d’accéder aux études supérieures, à l’université. Tous ces Petits-Poucets ne seront pas les parlementaires de l’avenir. Peut-être seront-ils des délégués syndicaux, des militants communistes, socialistes ?

2.1.6. Refus du déterminisme social
Apporter plus d’égalité aux défavorisés : cette idéologie sociopolitique prendra son envol dans les années 1950.
Il faut investir dans toute la jeunesse, même celle qui n’a pas accès à la voie royale des études. D’ailleurs, les appels de la Gauche revendiquent la démocratisation des études pour les fils de travailleurs.
A cet égard, l’initiative de Charles Chareille, artisan, militant, ancien commandant estimé de la Résistance dans le maquis de la Creuse, est démonstrative. Pour ce chef historique, la priorité est de créer, en Creuse, des centres de vacances pour les apprentis de France, pour ceux qui ont une rémunération insuffisante ou un statut précaire. Il crée avec des volontaires une association qui deviendra « Le Moulin des Apprentis » pour relever les moulins désaffectés le long de la Creuse. Il en fera des centres de vacances.
Les apprentis ont échappé à la voie royale des études supérieures ou universitaires. Cependant, ils ont la volonté de prendre place dans l’artisanat : devenir charpentier, ferronnier, forgeron, maçon… Ils deviendront les bras spécialisés et les esprits pragmatiques de la société. Ils feront les « Arts et Métiers ».
Dans la hiérarchie de l’époque, le travailleur ouvrier est déconsidéré. Il y a les « cols blancs » et les « mains sales ».
Il y a peu d’intérêt pour les « mains sales ».
Charles Chareille, dit « Le Tonton », consacrera sa vie à faire estimer et reconnaître « les petits » des Arts et Métiers en France.
Des initiatives comme celle-là, il y en eut beaucoup.
Certes, vous allez citer l’abbé Pierre !
Il en est d’autres plus modestes qui, dans leur région, se sentiront mobilisés pour aider les plus défavorisés et les amener à prendre place dans la société.
L’idée sociale dégagée à l’époque n’est plus la charité.
Il s’agit au contraire socialement d’une première tentative démocratique d’égalité des chances. Elle vise à intégrer les plus défavorisés dans la vie sociale. Elle appelle à l’engagement politique et professionnel. Elle incite les jeunes à devenir des citoyens à part entière, dans la confiance et la reconnaissance.
Les revendications des droits civiques et sociaux pour les femmes et l’égalité des chances et des salaires sont de la même époque.
Ces droits sont loin d’être acquis à l’époque. Ce sont seulement des affirmations mais les adolescents de 1955 seront près de leurs camarades féminines. Ils seront aussi des combattants pour l’égalité des sexes.
Les adolescents de 1955 ont porté à bout de bras et avec courage les modifications sociales colossales. Elles s’opéreront vingt années plus tard. Ils se sont dégagés des modèles d’avant-guerre. Ils font le lit à la révolution culturelle de mai 1968.

2.2. Les générations élaborent l’idée européenne

2.2.1. Les aînés qui ont construit l’Europe politique
L’Europe politique a été construite par les Résistants qui ont transité par les camps de concentration et ont vécu le nazisme de près.
Tous les pays européens connurent les différentes formes de nationalisme et le fascisme.
L’idée européenne s’est construite entre les années 1930 et 1945.
Dans chacun des pays belligérants proches du nazisme, certains politiciens opportunistes sont convaincus du national socialisme d’Hitler. Ils accrochent à ce mouvement « prometteur ».
Le nazisme, avec sa souche élitiste, raciale, nationaliste et sociale, a traversé tous les Etats européens avant de devenir l’idéologie mobilisatrice et conquérante dont Hitler s’est fait le leader.
L’Europe fasciste a failli exister !
L’Histoire résiste !
Les idéologies fascistes étaient présentes dans toute l’Europe « national-socialiste » et populiste : en Allemagne et en Autriche certes, mais également en Belgique, en Hollande, en France, en Italie, en Espagne, au Portugal, dans les pays baltes et dans les pays balkaniques.
Nous avons, comme un sursaut, vu réapparaître ce courant international du « national-socialisme » lorsque les pays de l’Est se dégagèrent de la dépendance de l’URSS 10 . En effet, dans tous ces pays, le premier ennemi du « national-socialisme » était le communisme et le premier ennemi du communisme était le « national-socialisme ». Nous ne pouvons oublier cette composante sociologique européenne pour comprendre la création de l’idée européenne parmi la génération des adultes qui vécurent la guerre comme soldats, prisonniers, réfugiés ou exilés.
Le dessein européen est puissant dans les mouvements de résistance.

2.2.2. L’idée européenne est bien présente dans la Résistance
L’idée générale d’un fédéralisme européen 11 constituait un courant déjà bien affirmé entre les deux guerres. Ce courant avait surtout pour but de prévenir une deuxième guerre mondiale à l’image de celle qui venait de se terminer. Il était porté par des intellectuels et des hommes politiques encore peu affirmés dans les partis traditionnels : Ernesto Rossi et Altiero Spinelli.
Du Manifeste de Ventotene 12 en août 1944 est issue la fondation du mouvement fédéraliste européen italien qui, plus tard, proclama « La Déclaration de la Résistance européenne sur le Fédéralisme ».
En France, Henri Fresnay crée dès 1941 un rassemblement parmi les jeunes générations, qui deviendra l’Union des Fédéralistes européens. Il a été l’une des principales figures du Fédéralisme de la Résistance française et il passe ensuite au Mouvement socialiste pour les Etats-Unis d’Europe.
Robert Schuman est un des fondateurs de la construction européenne. Au lendemain de la guerre, il a su convaincre son courant politique majoritaire de la nécessité vitale de s’unir dans la prospérité, la paix et la démocratie. Sur le plan politique démocrate chrétien, il incarne les aspirations collectives européennes. Plus pragmatique que les rédacteurs du Manifeste de Ventotene, son objectif est de créer un processus allant vers la concrétisation d’une communauté supranationale administrée par une autorité suprême unique dont la légitimité découlerait de la capacité à garantir la paix, de la recherche de prospérité commune à travers la croissance et un développement harmonieux.

2.2.3. Europe politique ou Europe sociale
L’idée de l’Europe sociale est peu présente chez ces fondateurs de l’idée européenne issue de la Résistance. Il s’agit davantage d’une pensée politique dont le but est de garantir le maintien de la paix. Toutefois, on peut souligner le rôle différent de Louise Weiss qui, en dehors de la voie politique, jette les bases d’un mouvement : « La Femme nouvelle ». A travers ce mouvement, elle mène une campagne en faveur du droit de vote des femmes et milite pour l’accès au suffrage universel. Pendant la seconde guerre mondiale, elle participe au réseau de résistance « Patriam Recuperare ». En 1945, elle crée avec Gaston Bouthoul 13 l’Institut de Polémologie. Cette nouvelle discipline étudie les corrélations entre les explosions de violence, les phénomènes économiques, culturels, sociaux, l’aspect psychologique et surtout les aspects démographiques récurrents.
Une science nouvelle est issue de la deuxième guerre mondiale. On peut considérer la polémologie comme l’émergence d’une approche scientifique nouvelle où sont pris en compte les phénomènes psychosociaux comme facteurs participants à des phénomènes de tensions allant jusqu’à des déflagrations collectives.
Avec cette analyse, Gaston Bouthoul met la pratique des sciences sociologiques au service des caractéristiques intrinsèques de la conscience collective. Il prend les phénomènes de culture, de mentalité comme facteurs constitutifs des courants qui, minoritaires au départ, peuvent créer des majorités plus tard. Il met en évidence le rôle des nationalismes utilisant les liens identitaires et culturels à des fins d’antagonisme collectif.
On peut considérer que Gaston Bouthoul est un des pères scientifiques de l’Europe sociale par l’identification d’outils d’analyse permettant de décomposer les cultures locales, régionales, les processus d’identité culturelle, nationale, le rôle des éléments religieux dans la natalité, le rôle des crises économiques dans les mouvements souterrains qui stabilisent ou déstabilisent les sociétés au sein des nations européennes.

2.2.4. Création du Conseil de l’Europe
Créé le 5 mai 1949 par le Traité de Londres, le Conseil de l’Europe est la première institution européenne dont la vocation est d’unir tous les Etats de l’Europe et particulièrement tous ceux qui ont été entraînés dans la guerre contre le nazisme y compris les pays de la sphère communiste, l’URSS et toutes les républiques démocratiques et socialistes.

2.2.5. Rôle des générations nées de la guerre
C’est avec ces générations-là que l’Europe économique se dota d’une dimension sociale. Les jeunes générations vont moderniser, actualiser, agrandir le dessein pacificateur et unificateur des pères de l’Europe.
Elles ont apporté le ciment qu’il fallait. Ce ciment, c’est la culture européenne. Elle s’est pétrie dans les rencontres de jeunes à tous les niveaux.

2.2.6. Rôle dynamisant des ONG entre les deux guerres
Au lendemain de la première guerre mondiale, animées par le désir d’éviter toute forme de conflit, les organisations internationales non gouvernementales (ONG) se sont fortifiées sous la Société des Nations, le Bureau international du Travail.
Sur le plan privé, des associations de jeunes d’opinions démocrates ont pris elles aussi la dimension internationale dans le mouvement catholique, le mouvement international de la Jeunesse ouvrière chrétienne, les mouvements de travailleurs, les Compagnons bâtisseurs, la Cimade 14 , l’Internationale socialiste,
l’Internationale libérale, l’Internationale des libres penseurs, les anarcho-syndicalistes…
Il en est de même du droit international privé et public.
Cet élan pragmatique unifie les bonnes volontés privées et la volonté des Etats.
Les mouvements de jeunes se considéraient, quelle que fût leur orientation politique ou religieuse, porteurs de valeurs transversales, internationales : l’amitié, les échanges humanitaires, l’entraide en cas de catastrophe.
Les Organisations internationales de la Jeunesse étaient ainsi devenues, malgré les divisions étatiques, un vecteur de communications internationales pour des valeurs transversales et ont pu se forger un avenir.

2.2.7. Les jeunes nés de la guerre
Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, tous ces canaux ont été réhabilités. Il ne fallut pas réinventer les ONG de jeunesse ni les ONG humanitaires. Elles étaient là et certaines d’entre elles avaient joué un rôle souterrain dans la résistance au nazisme.
Le nazisme avait aussi ses organisations internationales de jeunesse qui ressurgirent plus tardivement.
Au-delà de la seconde guerre mondiale, les réseaux d’organisations non gouvernementales de jeunes ont repris force et vigueur en s’impliquant activement dans la reconstruction.
Le Service Civil International est un exemple. Créé à la faveur de la première guerre mondiale, il organisa son tout premier chantier international sur le champ de bataille de Verdun, lieu bien symbolique.
L’idée générale du Service Civil International était de mobiliser et de fédérer les jeunes de toutes les nationalités pour « reconstruire la paix ». Il s’agissait d’abord de relever les ruines, mais en même temps de développer l’idée d’une paix continue sur la base de deux principes figurant dans le slogan : « Paix, Pelle et Pioche », la paix par la coopération.
Le premier principe est de faire travailler ensemble les jeunes de tous les pays, de les faire se frotter les uns aux autres avec leurs différences religieuses, raciales, politiques.
Le deuxième principe est de créer une communauté d’amitiés, d’échanges d’idées, de confrontations, en tous cas de partage affectif entre des jeunes issus de patries différentes qui, quelques années auparavant, étaient belligérantes.
Lorsque sur des chantiers de Service Civil International, en 1960, l’organisation réunissait des jeunes de dix-huit à vingt-cinq ans, étudiants, jeunes travailleurs, italiens, espagnols, allemands, autrichiens, américains, français, belges, hollandais, suisses, anglais, nous reconstituions en une période de trois semaines une rencontre artificielle de jeunes dont les parents, quelques années auparavant, s’étaient retrouvés dans des armées opposées.
Cette simple opération de travailler ensemble, de chanter, de discuter de projets de travail en commun à travers l’Europe, a permis de renforcer l’esprit international de coopération, d’amitié entre les peuples européens.
Le SCI a aussi tenu, en 1980, les mêmes chantiers dans le désert de Gaza où étaient regroupés les réfugiés palestiniens sous la diligence des Nations-Unies (Universal Human Rights Organization – UHRO). La même dynamique était attendue.
Les trente années qui suivirent ont montré la limite du modèle lorsque les impérialismes politiques ont supplanté la volonté des peuples.
En 1960, malgré le Marché commun, les frontières nationales existent toujours. L’existence de formalités indispensables pour passer d’un pays à l’autre sera un frein important.
Par contre, pour les jeunes, ce problème ne va pas faire obstacle.
Les échanges s’intensifient, le travail en commun se poursuit, des coopérations s’établissent, des mariages se font, des amitiés se créent, des associations s’établissent entre jeunes pour bâtir leur avenir ensemble. Ils deviendront des partenaires en tant que chefs d’entreprise, des membres de clubs sportifs qui se rencontreront à la faveur de challenges internationaux, des musiciens qui feront connaissance à travers des échanges, des étudiants qui voyageront à travers des universités d’été et des chantiers de jeunes.
La formule des chantiers de jeunes prend un essor considérable au-delà des années cinquante. Le Service Civil International fait voyager dans l’ensemble des pays européens et au-delà, plus de vingt mille jeunes chaque année. Des chantiers sont organisés dans tous les pays par des organisations de volontaires.
Il faut savoir que chaque organisation internationale de jeunes comme la JOC 15 , les Compagnons bâtisseurs, la Cimade… pourraient donner les mêmes statistiques. Nous évaluerons, bon an mal an, à une centaine de milliers le nombre de jeunes qui voyagent en Europe chaque année.
Les organisations internationales privées, avec leurs secrétariats souvent bénévoles, constituent une base logistique essentielle pour réaliser ces échanges internationaux.
Chaque organisation internationale de jeunes est constituée de branches nationales tenues par des volontaires. Elles sont fédérées par des secrétariats régionaux, européens, asiatiques, nord-africains et internationaux.
Ces organisations, fédérées à un niveau international, réunissent chaque année une assemblée et des comités internationaux pour mettre en commun l’ensemble des résultats et planifier leurs activités et leur programme pour les années à venir.
En 1968, il est révélateur de lire :
« Le Service Civil International est à la veille de son cinquantenaire et son travail dans le domaine du service volontaire, surtout parmi les jeunes, a augmenté considérablement. Cette année, des volontaires SCI sont venus de cinquante pays de tous les coins du monde, et le travail du SCI soulève actuellement un intérêt grandissant en Afrique. Le fait que le SCI se fasse progressivement reconnaitre par les gouvernements, sans compromettre son indépendance politique, est de plus un résultat d’importance. »
L’idée de l’Europe sociale s’est donc élaborée aussi à travers ces organisations de jeunes.
Par social, il faut entendre tout ce qui touche l’humain dans sa dimension scolaire, culturelle, éducative, sociétale et économique, la solidarité et la création d’un nouveau modèle plus juste, plus égalitaire.
La représentation que chaque jeune a pu se faire des jeunes des autres pays s’est forgée à travers les forums internationaux.
Ces jeunes sont devenus des responsables d’organisations, d’entreprises ou des responsables politiques à tous les échelons.
Nous retrouverons cette culture plus tard dans l’Union européenne de Villes et de Communes unies. La culture de la rencontre, de l’union, de l’échange s’établit.
C’est cela l’idée de « l’Europe sociale ».
C’est l’Europe des peuples qui se rencontrent, se voient, se connaissent, s’affirment et échangent. L’émergence d’un courant de tolérance et de coopération alimente une opinion publique sociale différente des intérêts politiques toujours dominés par la guerre froide et l’anticommunisme.

2.2.8. Les Auberges de Jeunesse
Il faut mettre en évidence le mouvement international des Auberges de Jeunesse.
Matériellement, l’idée est extraordinaire. Elle permet aux jeunes qui en éprouvent le besoin d’aller ailleurs, de voyager.
Chemin faisant, ils rencontrent d’autres camarades, étudiants, jeunes ouvriers qui, comme eux, sont poussés par l’idée de la rencontre et de la découverte des autres pays.
Le mouvement européen des Auberges de Jeunesse a la même vocation de faire se rencontrer les cultures et les sociétés. C’est une organisation non gouvernementale privée, parfois relayée par des villes et communes qui ont développé cette initiative en mettant à disposition des locaux et des personnels.
Notons que toutes ces organisations sont issues de démarches volontaires.
On ne soulignera jamais assez le rôle du volontariat dans la dynamique de changement.
Le changement est toujours une démarche volontaire liée à la libre initiative.
Je me souviens : juillet 1956, Auberge de Blois, la tablée du jeudi soir est bien fournie. Certains sont venus en auto-stop, la majorité à bicyclette. Le vélo est, à l’époque, le moyen le plus accessible et le moins onéreux pour voyager, réaliser des projets en dehors de la sphère familiale. Il faut oser.
Ceux qui se retrouvent à l’Auberge de Jeunesse ont osé franchir l’inconnu. Forcément, ils se rendent en des lieux qu’ils ne connaissent pas, par des routes qu’ils découvrent.
Ils vont à l’aventure.
Ce soir-là, à l’Auberge de Jeunesse, tous ces « aventuriers » se retrouvent.
L’un est étudiant en philosophie à la Faculté de Paris, un autre est étudiant en sociologie, un troisième est musicien et vient de Liège.
Une jeune fille hollandaise a pris le chemin de France, traversé Paris et se retrouve à Blois ; elle est étudiante en médecine.
Un jeune travailleur de Lille est arrivé là en auto-stop. C’est sa première échappée familiale. Il a dix-huit ans. En fait, c’est un apprenti. Il rejoint un chantier international qui est organisé par la Chambre des Apprentis de Creuse à Guéret et dont Charles Chareille est la cheville ouvrière.
A l’heure du dîner, la communauté se retrouve à la cuisine. Chacun y fait sa « bouffe » : l’un son cassoulet, l’autre son omelette, le troisième ses nouilles, le quatrième son pain au saucisson.
Dès que le ventre est repu, les échanges s’animent.
D’où viens-tu ?
Que fais-tu ?
Que penses-tu ?
Chacun y met sa passion, son vécu, ses raisons.
Aucun « ajiste » n’est indifférent.
Etre là, c’est déjà un acte fort.
Dans les têtes, il y a la lutte des classes, la reconstruction d’une société plus juste, la lutte contre la guerre. Certains prônent la lutte non-violente, d’autres la lutte armée contre l’exploitation colonialiste. Tous sont d’avis qu’il faut se regrouper pour faire valoir des valeurs nouvelles d’égalité et de solidarité.
On ne peut, à ce moment, échapper à la discussion.
D’ailleurs, ils sont là pour cela.
Ce courant traverse la totalité de la jeunesse. Certains intellectuels l’abordent sur un mode théorique, d’autres travailleurs sont engagés dans des organisations politiques communistes ou syndicales.
Quant à notre jeune étudiante en médecine, elle va vers un stage organisé par la Croix-Rouge de Limoges, centré sur l’intervention d’urgence en cas de catastrophe naturelle ou de conflit.
Le petit Belge, en réaction aux Parisiens verbeux, fait état de son internationalisme qui permit à nos pays de quitter le front de la belligérance.
A l’internationalisme, un étudiant en histoire, ayant fait sa thèse sur Montesquieu, réplique que Napoléon est sans doute le précurseur de la construction de l’Europe avec les idées de la Révolution française.
S’agit-il d’un coup de sang patriotique, s’interrogent certains ?
Non, au contraire, les camarades étudiants parisiens mettent en doute la sincérité de Napoléon en tant que diffuseur des idées de la Révolution. Ils y voient surtout l’ambition du général, de l’homme de guerre, un empereur qui, à l’image des rois féodaux, Charlemagne, Charles-Quint, bien avant lui, ont voulu construire un empire sur la totalité du continent européen et asiatique.
Nous convenons tous que Napoléon s’est servi de l’idée de la Révolution française pour réaliser son empire.
Méfions-nous de nous prendre les pieds dans les grandes idées. Il faudra tenir les promesses sincères et généreuses jusqu’au bout. Surtout, il faudra que la liberté soit la liberté du peuple : que l’égalité soit l’égalité pour toutes les petites gens. Ce sont eux qui souffrent le plus des inégalités.
La discussion va s’épuiser jusqu’aux petites heures mais pas trop tard car, en Auberge de Jeunesse, à dix heures et demie ou onze heures, les lumières s’éteignent. Jusque-là, le monde a été reconstruit. Chacun y a apporté son regard, s’est impliqué corps et âme dans la discussion, a défendu son point de vue jusqu’au bout.
Chacun se trouve là volontairement. Cependant, le séjour à l’Auberge de Jeunesse n’est qu’un passage permettant une autre démarche plus large que nous retrouvons chez chacun de nos camarades autour de la table.
Que d’échanges, de confrontations non-violentes, d’affrontements ! Ils resserrent les amitiés et font de ces rencontres de Blois un moment extraordinaire dans la vie de chacun. Ceux qui vous en parlent se sont retrouvés plus tard à la faveur de certains événements, par hasard dans des rencontres internationales ou au gré d’un forum social européen.
Cette année-là fut le carrefour de leur existence.

2.2.9. L’école de la jeunesse à travers l’amitié
L’organisation de la jeunesse européenne s’est de plus en plus affirmée comme une voie de mutualisation et de fédération des intérêts, des rencontres. Cela devint une nouvelle forme d’organisation du système d’échanges et de rencontres. Au fur et à mesure, la jeunesse prit une importance politique plus grande dans la vie sociale. Elle deviendra la « Vague de Mai 1968 ».
L’enseignement obligatoire jusqu’à quatorze ans, jusqu’à seize ans, jusqu’à dix-huit ans, les allocations familiales jusqu’au bout des études, tout cela prolonge la jeunesse. Les nouvelles générations impriment une nouvelle culture des relations entre les citoyens et dans les familles.
Dans tous ces échanges entre jeunes, dans tous ces forums, chacun approche la réalité avec son vécu local, sa culture mais aussi la représentation qu’il a de l’autre. Les échanges forment un patchwork où les idées se marquent en termes de rencontres de travail en commun, de recherche de dénominateurs où chacun peut se retrouver.

2.2.10. La culture du dialogue
C’est dans cette « culture de la rencontre » que nous trouvons le levain au sein duquel « l’Idée sociale de l’Europe » a pris racine. Elle fait émerger la citoyenneté européenne sur fond de citoyenneté du monde existant comme une espérance en chacun.
En chaque jeune, des représentations nouvelles se sont stratifiées au niveau local, régional, international, mondial. En ces strates successives nous pouvons progressivement envisager l’Europe des citoyens, l’Europe des peuples, l’Europe des régions, l’Europe des cultures, vécue non pas sur un mode concurrent, menaçant, mais sur le mode de la complémentarité et de la diversité des voies.
La représentation vécue de l’autre apporte une nouvelle dimension.
« Si je connais l’autre, il prend image et valeur humaine. »
L’autre n’est plus « l’Allemand », le « communiste », le « catho ».
Il est lui-même…
3. LES RUINES SOCIALES LAISSEES PAR LA GUERRE

3.1. Des acteurs, des inventeurs sociaux
A cette époque de la reconstruction, il faut traduire l’intention dans l’invention. Les réseaux antérieurs se prolongent. Les nouvelles générations en créent d’autres.
L’Europe politique, le Marché commun, le Conseil de l’Europe propulsent des idées et des suggestions que les ONG peuvent saisir rapidement.
Les nouvelles mentalités sociales, philosophiques et politiques des années 1960
– 1970 jettent des éléments épars qui vont bientôt se constituer en des visions et des actions communes.
Comme à la Renaissance, les gens circulent.
La Communauté stimule les échanges et la coopération européenne. Nous la saisissons au vol. Elle relaie nos visions.
Nous traçons dans ce chapitre les passages de l’itinéraire géographique où partout nous rencontrons des hommes et des femmes pris du même élan de construction de l’Europe sociale.

3.2. En pays de Liège
Les vallées du Geer et de la Meuse nous mènent au bout de la Belgique, là où trois nations se rencontrent : l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique. En enfonçant la bêche à cinquante centimètres, nous retrouvons des traces de tous les conquérants qui y sont passés.
Le célèbre d’Artagnan, mousquetaire du roi Louis XIV, est mort sur les rives de la Meuse lors du siège de Maastricht qui n’a duré que quatorze jours (13 au 26 juin 1673).
Tous les belligérants européens des guerres des XVII e , XVIII e , XIX e et XX e siècles ont séjourné dans ces vallées fertiles, ces souterrains dans la craie.
Les petits peuples de ces trois régions ont dans leur sang les chromosomes de tous ces belligérants courtisés durant les sièges ou les périodes d’occupation. L’Histoire ne s’invente pas. Elle s’écrit seulement.
C’est à Maastricht que le fameux traité scellant les destinées de l’Union européenne fut signé le 7 février 1992.
L’Histoire parfois se rebiffe à grands cris de colère par l’affirmation d’un franc-tireur. En plein centre de ce champ de bataille vieux de plusieurs siècles, un pacifiste y érige une Tour de la Paix.
La Tour d’Eben-Ezer 16 donne la réponse au Fort militaire « imprenable » d’Eben-Emael.
L’Europe sociale est l’histoire des petits peuples avec leurs blessures, leurs réactions. Il en est comme cela sous toutes les latitudes.
Dans ce décor de la Basse-Meuse et de la Vallée du Geer, théâtre réel des événements, Marc Garcet, le garçon « chevauchant » les ruines de son village détruit, avec son ami Jean Blaffart, aura l’idée de créer une organisation dont le but est d’apporter une aide psychosociale aux populations sinistrées.
Sans doute alimenté des réactions à cette longue histoire connue, l’auteur va fédérer des organisations non gouvernementales des nombreux pays européens pour réaliser son objectif.
En 1945, aux confins des trois pays voisins reliés par des routes, des fleuves et des canaux, l’industrie charbonnière, la fabrication d’armes et la métallurgie n’ont pas cessé le travail pendant la période d’occupation allemande. Elles ont seulement changé de propriétaire ou plus simplement les patrons se sont mis au service de « l’ennemi ».
Le commerce des armes n’a pas d’odeur ni de morale. Les zones de la Basse et de la Haute-Meuse sont sorties de la guerre avec toutes leurs capacités industrielles. Elles ont poursuivi leur production sans trop se poser de questions. Alors que le tissu industriel sidérurgique allemand, la production d’armement et l’aéronautique avaient subi les bombardements alliés marquant la fin de la guerre, nos vieilles usines tiraient au plus loin leurs vieilles machines.
Le plan Marshall rétablit l’industrie allemande. Modernisée et performante, elle prit rapidement l’ascendant industriel par sa productivité, ses performances techniques et la qualité de ses produits.
Il en fut de même au Japon où toute l’industrie fut « mise à terre » ainsi que l’empire du Soleil Levant.
Avec l’aide américaine, une nouvelle industrie moderne, débarrassée des anciennes chaînes de production, s’est progressivement affirmée, a mis en échec nos anciennes et traditionnelles productions et s’est approprié nos marchés.
La Basse-Meuse, avec Herstal championne d’Europe de la motorisation jusqu’en 1950, a perdu progressivement ses trois usines de motos : FN, Saroléa et Gillet, chassées du marché par les motos japonaises, italiennes et allemandes. Il en fut de même de toutes les branches de l’industrie.
En 1960, les charbonnages se ferment, la sidérurgie est vétuste, dépassée et en perte d’argent. Les petites entreprises de transformation s’effacent peu à peu, frappées par le même mal.
C’est la crise totale, la dépression économique, le chômage dans un pays qui connut l’opulence durant des siècles.
La perte de confiance s’installe rapidement car le pouvoir d’initiative est tenu par le Capital. Celui-ci, perdant sa productivité par son imprévoyance, est frileux.
La population s’aigrit, se révolte. La force syndicale mobilise les insatisfactions mais sans rien y changer.

3.2.1. Trois générations abîmées
Il faut quarante ans à cette région pour se donner une nouvelle vocation et relever trois générations abîmées.
Des enfants sans ambition se suffisent de la protection sociale.
Le chômage frappe 20 à 30% de la population apte au travail. Pour les exclus de la sécurité sociale, l’aide publique prévoit un « secours » : « le minimex ». A l’insuffisance financière s’ajoutent l’indigence morale, sanitaire et morale.
Dans ce sinistre, la santé mentale des familles est au plus bas.
Sur ce vaste champ de ruine industrielle et sociale, quatre citoyens marqués par l’Histoire prirent l’initiative d’apporter une « aide psychosociale d’un nouveau
genre aux enfants et aux familles » 17 . Leur volonté est de rencontrer la souffrance sociale, morale, de ces populations.

3.2.2. Création de l’AIGS
Les créateurs finaux de l’Association Interrégionale de Guidance et de Santé (AIGS) sont issus de ces lieux doublement sinistrés :
- Willy Duchamps, prisonnier de guerre en Allemagne de 1940 à 1945. Lors d’une tentative d’évasion, pris dans un bombardement, il est enseveli dans le cratère d’une bombe dont il sort miraculeusement. Après la libération, il devient secrétaire d’une Commission d’Assistance Publique.
- Henri Malchair, Président de la Commission d’Assistance Publique, commerçant, engagé dans les mouvements de jeunesse socialiste, a vécu la misère d’avant, pendant et d’après guerre. Son cœur est généreux, son bon sens social et public lui ont conféré une lucidité et une vision d’avenir étonnantes.
- François Noppens, instituteur, bourgmestre socialiste de Vottem.
- Marc Garcet, objecteur de conscience, assistant social en psychiatrie.
Tous militants, nous jetons sur les fonts baptismaux une association sans but lucratif qui, de décennie en décennie, deviendra l’AIGS dont l’action médico-psychosociale et d’économie sociale couvre la Province de Liège.
C’est du vécu des « petits peuples » d’Europe que germent les idées qui feront l’Europe sociale. Il en est ainsi dans tous les pays d’Europe.
L’AIGS prendra le leadership d’un Institut européen de Formation continue 18 destiné aux travailleurs du secteur tertiaire social.

3.3. En Europe

3.3.1. Au Portugal
Le Portugal est situé à l’extrême sud-ouest du continent européen.
Il connut ses heures de gloire à l’époque des grandes conquêtes du XVI e siècle : Brésil, Mozambique, Timor, Angola, qui devinrent ses colonies.
Quoique éloigné des Etats du centre de l’Europe, le Portugal s’engage dans la première guerre mondiale.
En 1933, Antonio de Oliveira Salazar prend le pouvoir. Sous ce régime dictatorial, le peuple portugais ne connaît aucun progrès. Les grands propriétaires terriens se partagent les zones rurales. Affilié à la droite européenne, Salazar, naturellement, soutient les franquistes pendant la guerre civile espagnole de 1936.
Durant la guerre 1940-1945, le Portugal reste neutre. La gauche y est matée, les mouvements sociaux réprimés. Le peuple portugais est sous le joug d’un dictateur directement lié aux grands propriétaires ruraux et à la finance internationale. Le Portugal devient le refuge des collaborateurs nazis de tous les pays européens.
Il faudra attendre 1974 pour connaître la Révolution des Œillets qui mit fin à la dictature militaire et au début de la décolonisation.
Le Portugal est constitué en grande partie de zones rurales et côtières ouvertes sur le commerce avec l’Afrique, l’Amérique latine, dont le Brésil.
Lisbonne est un port de mer tout autant qu’un port fluvial. Le Tage et l’océan se marient au large de Cascaïs.
Alors que l’Europe du Centre a déjà fédéré les courants libéraux les plus progressistes et les courants socialistes les plus fédérateurs pour porter l’Europe politique sur les fonts baptismaux, au Portugal, il faudra encore attendre vingt années pour que nos camarades progressistes, exilés, immigrés, étudiants, travailleurs, puissent enfin retrouver un pays à la dimension de la politique européenne.
La Révolution des Œillets provoque l’accélération de l’histoire.
Parmi les nombreux héros de la révolution, il y a les peuples de Lisbonne, de l’Algarve, de l’Alentejo, de la province du Nord et, parmi ceux-là, Antonio Rico Calado.
Antonio est né à Elvas, dans une ville fortifiée au bord de la frontière hispano-portugaise non loin de la ville de Mérida.
Elvas, la dernière ville frontière de l’Alentejo est une ancienne garnison militaire. Les maisons sont accrochées à la colline, surmontées par la garnison qu’entourent de hauts murs protecteurs. En fait, une ville comme on en bâtissait au XVIII e siècle.
Antonio appartient au petit peuple travailleur de la terre et de l’artisanat de l’Alentejo. Il participe à la culture des célèbres fruitiers et oliviers qui font la réputation de la région. Le petit Antonio fréquente l’école, accrochée à la colline.
Quand on a fait sa jeunesse aux bords des champs d’oliviers, de l’immensité des espaces de l’Alentejo livrés à l’élevage des bovidés et des chevaux, quand tout le décor est fait de pruniers, quand la campagne nourrit la famille de génération en génération, la vocation de l’adolescent est de prolonger cet élan généreux dont il profite. Antonio s’inscrit ainsi à l’école d’ingénieur agricole. Il deviendra, en suivant la voie royale, ingénieur agricole responsable de tout un territoire. Il deviendra agent de l’Etat de Salazar.
C’est là que naît la révolte d’Antonio à l’égard du mauvais statut des ouvriers des « Fermes-Etats », de la féodalité du monde rural de l’époque.
Sa révolte le rapproche du communisme mais son cœur bat au rythme du socialisme. Il s’engage dans le combat contre le pouvoir dictatorial de Salazar. Il crée un syndicat agricole qui réunit tous les travailleurs du monde agricole et dont il devient président. Il laissa à d’autres camarades la poursuite de l’action syndicale mobilisatrice des travailleurs ruraux de l’Alentejo.
La résistance contre Salazar est à quelques nuances près la résistance que menaient les « résistants à l’égard de l’occupant » de 1942 à 1945.
L’administration tout entière est dictatoriale, inégale, sans pitié.
Les réformes sociales sont tenues sous la botte. L’armée a le pouvoir. Reste la résistance. Pour qui résiste à l’intérieur il y a la prison, le passage par les armes.
On ne peut être trop résistant !
Pour ceux qui le seraient trop, le régime connaît les remèdes directs.
Plus tard, Antonio émigre en France comme beaucoup de camarades, dont Mario Soares qui deviendra le président élu du Portugal libéré. Ils assistent de loin à la libération des Européens du nord de leurs occupants nazis. Pourraient-ils faire la même chose ?
Les Grecs, les Italiens se sont libérés. Et pourquoi pas les Portugais ?
Tout cela n’est pas simple. Le pouvoir est tenu par une poignée d’hommes qui maîtrisent l’économie, la diplomatie, les relations intérieures et extérieures. Le clergé joue le jeu de la dictature.
Tout régime individuel est éphémère.
Le régime Salazar va progressivement perdre de sa vigueur dès que le conducteur aura perdu la santé.
C’est à ce moment que la vraie révolution commence et qu’Antonio prend sa place par la voie militante au sein du parti socialiste.
Avec ses nombreux camarades il agira dans les organisations du parti au niveau communal, régional. Il sera parmi les artisans de la Révolution des Œillets.
Il est normal qu’une fois le nouveau régime établi, Antonio se lance dans la voie politique. Il est élu au premier parlement après la Révolution des Œillets.
Comme parlementaire, il est le spécialiste de la ruralité et naturellement préoccupé par la réforme rurale.
Aux élections communales, il est désigné maire d’une municipalité importante de Lisbonne. Il peut s’intéresser de près à la vie sociale, à tous les problèmes liés à l’organisation urbaine et plus particulièrement au sort des plus défavorisés, des personnes handicapées, des malades, ceux qui souffrent par leur rang social, leur fragilité physique ou mentale.
Après la vague rouge vient la vague bleue.
Antonio perd sa fonction parlementaire et redevient ingénieur rural agent de l’Etat.
Avec une très large connaissance des questions politiques, juridiques, sociales de la jeune démocratie, il prend place au Ministère de l’Emploi. Il lui est confié la direction d’un centre de formation professionnelle 19 destiné à des jeunes personnes handicapées âgées de plus de seize ans.
Dans cette institution, il retrouvera des jeunes adolescents en difficulté scolaire, professionnelle, des chômeurs, ceux rejetés par la sous-qualification.
Dès ce moment, une nouvelle vocation va naître.
Il se fait le « champion » de l’insertion sociale et de l’intégration professionnelle des personnes avec handicap, difficultés psychiques et problématiques sociales.
Il est le premier choisi pour conduire le programme européen HELIOS.
Il parcourt l’Europe, nouant des partenariats avec des organisations privées et publiques inscrites dans le champ social, de la réadaptation, de l’emploi et du travail.
Pendant vingt années, Antonio fait école à Lisbonne. Il développe des approches scientifiques, industrielles, professionnelles, invente des dispositifs permettant l’intégration socioprofessionnelle et professionnelle de personnes avec difficultés.
Il crée des entreprises sociales. Il invente des formules économiques et sociales avec des partenaires industriels.
Avec des partenaires européens, il met au point des méthodes d’intégration des personnes handicapées dans l’organisation ordinaire du travail.
Il participe à la création d’ateliers protégés. Il est un des leaders du courant européen de réadaptation psychosociale. Il est de tous les programmes HORIZON, LEONARDO, DAPHNE, mis en place par la Commission européenne.
Nous connaissons Antonio à travers ce cheminement commun.
Avec lui et d’autres partenaires, nous mettrons en place l’Europe sociale durant vingt années.
Le Portugal est entré dans l’Union européenne, ainsi que l’Espagne, en 1986. Dès son entrée dans l’Union européenne, l’AIGS devient partenaire du Ministère de l’Emploi portugais où Antonio occupe une fonction de direction. Nous réalisons ensemble le transfert de méthodologies, de l’orientation professionnelle et la grille de l’évaluation de la compétence sociale (GECS). Nous fondons l’Institut européen de Formation continue (IEFC).
En vingt ans, le Portugal a connu toutes les situations qu’un pays sortant de la dictature peut connaître : mutations sociales rapides, sauvages, plus ou moins contrôlées, des transformations socio-économiques, sociologiques dont le bouleversement de la ruralité. Des fermes sont fermées. Des milliers de travailleurs des campagnes ont été voués à l’inoccupation.
La pêche traditionnelle subit les normes de vente et de production.
Comment ces mutations éclairs purent-elles se réaliser ?
Par l’intervention d’acteurs éclairés, intelligents et volontaires tels qu’Antonio qui participe aux mutations par le transfert de connaissances, des nouvelles habiletés sociales, professionnelles, l’adjonction d’une nouvelle ingénierie sociale permettant l’intégration dans le respect des citoyens les plus faibles.
Ainsi s’opèrent les mutations des classes sociales, le transfert des conduites économiques de l’état de la ruralité à l’état industriel.
Ces mutations, avec le moindre dégât individuel et collectif, sont l’oeuvre des entrepreneurs sociaux.

3.3.2. En Autriche
Le professeur Hoffman est un de ces personnages mythiques qui n’a cessé, pendant la phase de guerre et au-delà, d’unir, de concilier, d’apporter une aide aux plus démunis, aux malades mentaux, personnes handicapées et défavorisées victimes de l’Histoire. Il est un des Présidents de Pro Mente Ober Österreich 20 .
Cette organisation a été créée en 1965 par des hommes politiques et des associations de techniciens du monde social. Elle s’appelait « Gesellschaft zum Schutz geistig Geschädigter »
Pro Mente occupe maintenant plus de 1.200 travailleurs.
Son rayonnement social dans les pays du Danube l’amène à être une jonction avec les pays de l’ouest de l’Europe.
Là encore, l’histoire antérieure des peuples va nous faciliter la compréhension des liens sociologiques actuels.
L’Autriche, au centre de l’Europe, est une zone historique stratégique qui détient les pouvoirs politiques dominants aux XVII e , XVIII e et XIX e siècles.
Au-delà, les mauvais choix politiques des dirigeants amenèrent le pays à sa perte. Le 28 juin 1914, l’héritier du trône, l’archiduc François-Ferdinand et sa femme sont assassinés à Sarajevo. L’Autriche et l’Allemagne s’allient pour déclarer la guerre à la Serbie, ce qui déclenchera la première guerre mondiale. Après l’armistice, l’empire austro-hongrois est dissous.
En 1938, autre mauvais choix : l’Anschluss intègre l’Autriche au 3 e Reich. Dans la Déclaration de Moscou en 1943, les Alliés déclarent que l’Anschluss est nul et non avenu.
En 1945, peu avant la capitulation de l’Allemagne, Karl Renner forme un gouvernement provisoire qui proclame la séparation de l’Autriche du 3 e Reich hitlérien défunt.
Le « Traité d’Etat » autrichien du 15 mai 1945 entre les quatre puissances alliées et l’Autriche est un traité de paix par lequel l’Autriche proclame sa neutralité permanente. En échange, les alliés quittent l’Autriche.
L’Autriche reste divisée en quatre zones d’occupation jusqu’en 1955. Sa situation s’améliorera grâce au Plan Marshall. Elle entame sa modernisation au-delà des années 1970.
Nous ne devons pas oublier les tribulations physiques, morales et les tortures mentales affligées aux populations emportées par les vagues des extrémistes nazis.
Les Etats décident, les populations font le « gros dos ». Les plus démunis sont encore plus fragilisés, frappés de désordres psychiques de plus en plus inextricables.
La guerre, ce sont les tanks, canons, avions, du nationalisme expansionniste mais tous, instruments de destruction et de mort, sont conduits par des « soldats humains ».
Fi d’humanisme, de patrimoine culturel, de valeurs, de sens !
Fi des villes, des villages, des usines !

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents