Fonctionnaires, et alors ?
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Description


Ils sont assistant maternel, animateur sportif, médecin, archéologue, sage-femme, policier municipal, psychologue, bibliothécaire... Vous en côtoyez chaque jour et en avez même certainement dans vos proches.



Pourtant, il est de bon ton de critiquer nos fonctionnaires ! De la même façon que l'Auvergnat nous amuse par son avarice et la blonde par sa bêtise, le fonctionnaire incarne la paresse, le piston, la sottise.



Tout au long de l'ouvrage vos convictions sur la fonction publique seront ébranlées par des témoignages drôles, touchants et inattendus. Non, les fonctionnaires ne sont pas de paresseux imbéciles vissés derrière leur bureau ! Ils vous invitent à entrer dans leur quotidien et à partager leurs joies, leurs succès, leurs rêves et leurs craintes.



Et si vous changiez d'avis ?




  • Qui est le corbeau qui envoie les idées reçues ?


  • Tous en grève !


  • Commandement n° 1 : Ta vocation tu suivras


  • Commandement n° 2 : Le concours tu passeras


  • Commandement n° 3 : Du surmenage tu te préserveras


  • Commandement n° 4 : Tes devoirs tu accompliras


  • Commandement n° 5 : Les valeurs tu défendras


  • Commandement n° 6 : A la fortune tu renonceras


  • Commandement n° 7 : Efficace tu seras


  • Commandement n° 8 : Aux usagers tu t'adapteras


  • Commandement n° 9 : Combatif tu te montreras


  • Commandement n° 10 : Optimiste tu resteras


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 23 octobre 2014
Nombre de lectures 87
EAN13 9782212270426
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0075€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

R sum
Ils sont assistant maternel, animateur sportif, médecin, archéologue, sage-femme, policier municipal, psychologue, bibliothécaire… Vous en côtoyez chaque jour et en avez même certainement dans vos proches.
Pourtant, il est de bon ton de critiquer nos fonctionnaires ! De la même façon que l’Auvergnat nous amuse par son avarice et la blonde par sa bêtise, le fonctionnaire incarne la paresse, le piston, la sottise.
Tout au long de l’ouvrage vos convictions sur la fonction publique seront ébranlées par des témoignages drôles, touchants et inattendus. Non, les fonctionnaires ne sont pas de paresseux imbéciles vissés derrière leur bureau ! Ils vous invitent à entrer dans leur quotidien et à partager leurs joies, leurs succès, leurs rêves et leurs craintes.
Biographie auteur

Éducatrice, formatrice, cheffe d’entreprise, coach, fonctionnaire en protection de l’enfance puis directrice générale adjointe de Département, Carol KNOLL s’est forgé une solide expérience en organisation et management. Passionnée de pédagogie, experte en questions sociales, elle a travaillé auprès de publics différents, de 0 à plus de 100 ans.
www.editions-eyrolles.com
Carol Knoll
FONCTIONNAIRES, ET ALORS ?
Paresseux, grévistes, trop nombreux... en finir avec les clichés
Groupe Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05
www.editions-eyrolles.com
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans l’autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2014 ISBN : 978-2-212-55997-2
SOMMAIRE
REMERCIEMENTS
QUI EST LE CORBEAU QUI ENVOIE LES IDÉES REÇUES ?
Testez vos convictions
Fonctionnairophobe ou fonctionnairophile ?
Ne dites pas à ma mère que je suis fonctionnaire, elle me croit magicien
TOUS EN GRÈVE !
Et une, et deux, et trois fonctions publiques
Homo fonctionnarius
La plus géniale, c’est la territoriale
COMMANDEMENT N° 1
TA VOCATION, TU SUIVRAS
Quand je serai grand(e), je serai fonctionnaire
Marie quitte le privé pour le public
COMMANDEMENT N° 2
LE CONCOURS, TU PASSERAS
Réussir le concours ne suffit pas pour avoir un poste
Chloé découvre le stress des épreuves écrites
COMMANDEMENT N° 3
DU SURMENAGE, TU TE PRÉSERVERAS
La pensée shepardienne conforte les convaincus d’avance
Julie s’interroge sur sa vie sexuelle
COMMANDEMENT N° 4
TES DEVOIRS, TU ACCOMPLIRAS
La liberté de penser ne doit pas entraver le devoir de se taire
Denis défend son intégrité physique et morale
COMMANDEMENT N° 5
TES VALEURS, TU DÉFENDRAS
L’intérêt général n’est pas une conception désuète
Jean-Paul, maire d’une petite commune, ne s’est pas représenté
COMMANDEMENT N° 6
À LA FORTUNE, TU RENONCERAS
Les moyennes salariales masquent des disparités importantes
Florent dissimule comme il peut la précarité de sa situation
COMMANDEMENT N° 7
EFFICACE, TU SERAS
L’amputation sauvage n’est pas toujours la meilleure solution, même en cas d’urgence
Margaux applique avec bon sens les règles d’une gestion budgétaire saine
COMMANDEMENT N° 8
AUX USAGERS, TU T’ADAPTERAS
Patrick s’insurge contre le manque de civisme des habitants
Une typologie des usagers pour mieux répondre à leurs besoins
COMMANDEMENT N° 9
COMBATIF, TU TE MONTRERAS
L’auteure dénonce deux dysfonctionnements qu’elle aurait pu rencontrer
Les femmes n’en ont pas fini avec les plafonds de verre
Conduire une rénovation intelligente des services publics devient urgent
COMMANDEMENT N° 10
OPTIMISTE, TU RESTERAS
Catherine choisit de rebondir
Philippe veut croire à la vie, jusqu’au bout
CONCLUSION
REMERCIEMENTS
J e remercie les très nombreux fonctionnaires, dont les 1 811 079 fonctionnaires territoriaux qui travaillent dans les communes, les départements, les régions... et sans l’existence desquels ce livre n’aurait pas eu d’objet.
Et tout particulièrement le neuf cent onze mille et unième d’entre eux, qui, en m’offrant un objet publicitaire de sa collectivité territoriale (une lampe qui se branche sur le port USB d’un ordinateur), m’a permis d’écrire ce livre le soir dans mon lit.
Ainsi, je n’ai pas gêné mon conjoint chéri qui a pu dormir tranquillement et je n’ai pas non plus volé l’argent des contribuables en rédigeant ces quelques pages pendant mes heures de bureau. Pour être tout à fait honnête, même si j’avais voulu, je n’aurais pas pu. Depuis que je suis fonctionnaire territoriale moi-même, j’ai eu à peine le temps de satisfaire mes besoins physiologiques les plus élémentaires pendant mon travail. Alors, écrire autre chose qu’un projet de service, une note ou un compte rendu quand ces quelques dizaines de secondes manquent, c’est tout simplement impensable. Et je ne parle même pas des pauses déjeuner consacrées à la lecture d’e-mails, main droite sur les touches du clavier, main gauche garnie d’un sandwich.
Cela vous étonne ? Vous doutez, dès ces quelques premières lignes, de la véracité de mes propos ? Alors, vous n’êtes pas au bout de vos surprises.
Prêts pour le grand saut ? Vous allez enfin découvrir la vie de fonctionnaire, la vraie.
QUI EST LE CORBEAU QUI ENVOIE LES IDÉES REÇUES ?
Si des idées sont reçues sur les fonctionnaires, en toute logique d’acheminement et selon le bon sens de mon facteur, c’est bien que quelqu’un les envoie.
Autrefois, c’étaient les humoristes ; les plus talentueux se révélaient très drôles. Progressivement, insidieusement, de simples blagues ont pris la forme de rumeurs simplificatrices puis de certitudes simplistes, alimentées par les embryons d’idées communément répandus.
Aujourd’hui, la rumeur est partout : les fonctionnaires seraient beaucoup trop nombreux. Statisticiens, politiques, économistes, philosophes, mais aussi des fonctionnaires eux-mêmes (quand il est question du poste du collègue, pas du leur bien entendu) y vont de leur couplet ou de leur refrain pour dire qu’il est grand temps de mettre un peu d’ordre, de supprimer des avantages d’un autre âge et de contribuer à l’effort national en conduisant les réformes qui s’imposent. Toutes ces affirmations reposent le plus souvent sur des convictions aussi solidement ancrées dans l’imagination collective que la dent sur pivot de mon pitbull dans sa gencive.
Le site letudiant.fr dénombre onze idées reçues sur les fonctionnaires, censées être autant de représentations erronées qui pourraient polluer les têtes des jeunes en recherche de la meilleure orientation pour eux, et les conduire à passer à côté de leur vocation sans même s’en rendre compte. Pour exemple : « Un fonctionnaire reste derrière un bureau toute la journée. »
La réalité est bien différente : un fonctionnaire n’est pas un bureaucrate qui reste assis sur sa chaise huit heures durant. Une simple incursion de quelques instants dans son espace de travail suffira à faire la preuve qu’il est bien plus souvent à la machine à café, ou dehors, juste derrière le bâtiment, pour la pause cigarette. Lorsque son cœur de métier l’oblige à travailler à l’extérieur, il est même perpétuellement en mouvement : il déplace ses mains devant son buste, de gauche à droite lorsqu’il est droitier, pour ratisser, puis les pose sous son menton, l’une sur l’autre, pour s’appuyer sur son râteau entre deux tas de feuilles et vérifier ainsi, avec l’expertise attendue de la part du véritable professionnel qu’il est indubitablement, la beauté du travail bien accompli.
De la même façon que l’Auvergnat nous amuse par son avarice et la blonde par sa bêtise, le fonctionnaire incarne la paresse, le piston, la sottise. Alors qu’en fait, le seul et véritable problème avec les Auvergnats, les blondes et les fonctionnaires, c’est simplement quand il y en a trop.
Quel que soit le sujet, et celui-ci échappe encore moins que d’autres à la règle, les images les plus souvent tournées en dérision sont les plus dangereuses, car la répétition fait que nous finissons par les croire empreintes d’une part de vérité.
La réalité est tout autre. Avant de la découvrir, interrogeons ensemble vos propres représentations.
TESTEZ VOS CONVICTIONS
Chacun a son idée sur l’utilité ou pas des fonctionnaires. Bien plus souvent critiqués qu’admirés, parfois enviés ou jalousés pour leur statut, ils symbolisent bien malgré eux l’Administration dans ce qu’elle a de plus archaïque. Livres, articles, discours, interviews, blagues, leur sont spécifiquement consacrés, ce qui entretient une forme de célébrité dont ils se passeraient bien.
Et vous, quelle est votre intime conviction ?
Prenez deux minutes trente pour vous tester.
Pour chacune des questions, entourez la réponse qui vous correspond le mieux.
1. Que pensez-vous du nombre de fonctionnaires ?
a. Ils sont beaucoup trop nombreux, il y a forcément moyen de supprimer des postes sans modifier le niveau du service rendu.
b. Ils sont trop peu. Il manque du personnel pour accueillir les enfants dans les écoles primaires, pour traiter les dossiers des personnes âgées et des personnes handicapées, pour entretenir correctement les routes, pour développer le tourisme local, etc.
c. La question n’a pas de sens. Cela dépend des missions qui leur sont confiées.
d. Il faut supprimer tous les postes de fonctionnaires, et privatiser les services.
2. Que pensez-vous du traitement (salaire) des fonctionnaires ?
a. Ils devraient tous percevoir le même montant, égal au salaire moyen des Français. La fonction publique doit être exemplaire. Surtout la territoriale, qui est au plus près des citoyens.
b. Ils ne sont pas assez payés au regard de leur utilité sociale.
c. Ils sont bien trop payés. C’est limite honteux vis-à-vis des salariés du privé.
d. Leur niveau de rémunération doit être en lien étroit avec la mission qu’ils accomplissent.
3. Que pensez-vous de la conscience professionnelle des fonctionnaires ?
a. Pour quelques moutons noirs, c’est parfois toute l’image des fonctionnaires territoriaux qui est touchée, alors qu’ils sont en grande majorité très impliqués et responsables.
b. Ils en ont une ?
c. Ils s’épuisent parfois à la tâche car ils ont toujours de plus en plus de missions à accomplir. Ils sont exposés aux risques psychosociaux.
d. Ils font simplement leur job, et ne connaissent pas les heures supplémentaires.
4. Que pensez-vous de l’efficacité des fonctionnaires ?
a. Ils ne sont pas là pour être efficaces, mais pour permettre aux élus de promouvoir leur politique, et pour acheter la paix sociale.
b. On ne peut pas parler d’efficacité en général, mais plutôt d’efficience du service rendu, qui est d’aussi bon niveau que dans le privé.
c. Ils sont très efficaces, malgré le peu de moyens qu’ils ont à leur disposition pour bien faire leur travail.
d. L’Administration est lente et bureaucratisée, et les fonctionnaires pas assez efficaces.
5. Que pensez-vous de la perception que les fonctionnaires ont d’eux-mêmes ?
a. C’est difficile pour eux, avec toutes les critiques infondées dont ils sont l’objet.
b. J’espère qu’ils ont encore suffisamment d’esprit critique pour se rendre compte qu’ils ne servent pas à grand-chose.
c. Je n’en ai pas la moindre idée, et cela ne m’intéresse pas de le savoir.
d. Je manque d’étude récente sur la question pour me prononcer.
6. Avez-vous déjà pensé à devenir fonctionnaire ?
a. Oui, mais j’ai raté le concours.
b. Parfois, mais j’ai peur de m’ennuyer.
c. Je le suis déjà.
d. Certainement pas !
7. Selon vous, il devient urgent de :
a. Trouver enfin le courage politique de mettre tous les fonctionnaires au travail.
b. Redonner du sens à leur travail, pour qu’ils se sentent reconnus à la hauteur de leur utilité sociale et sociétale.
c. Lancer une grande campagne de communication pour mieux faire connaître la fonction publique, et tout particulièrement la territoriale.
d. Changer radicalement le système.
FONCTIONNAIROPHOBE OU FONCTIONNAIROPHILE ?
Codage des réponses et interprétation

Vous avez une majorité de . Vous êtes très critique vis-à-vis des fonctionnaires : trop nombreux, trop chers, paresseux, inefficaces... Votre conviction est si profondément ancrée qu’il est à craindre que ce livre ne suffise pas à ébrécher vos certitudes. Êtes-vous bien certain que sous cet apparent rejet ne se cache pas une envie refoulée d’être vous-même un fonctionnaire ?
Vous avez une majorité de . Vous êtes plutôt bienveillant et compréhensif à l’égard des fonctionnaires. De deux choses l’une : soit vous êtes comme cela avec tout le monde, empreint d’une forme de bonté naturelle, soit vous êtes vous-même fonctionnaire.
Vous avez une majorité de . Vous êtes la parole même de la raison. Cela ne veut pas dire que vous avez forcément raison, mais juste que vous raisonnez sans cesse. La nuance est de taille. Logique, sensé, mesuré, impliqué, vous feriez un excellent fonctionnaire.
Vous avez une majorité de . Vous êtes partisan de mesures radicales, et la fonction publique vous est plutôt étrangère. Elle ne fait pas partie de vos centres d’intérêt. Dommage, mais il n’est pas trop tard pour vous éveiller.
Selon votre profil, critique, bienveillant, raisonné ou radical, la suite vous sera utile, superflue, éclairante ou agaçante. L’auteur vous demande juste, en plus, de vous ouvrir aux environnements et aux personnes que vous allez découvrir, et qui vont vous livrer une partie de leur intimité.
NE DITES PAS À MA MÈRE QUE JE SUIS FONCTIONNAIRE, ELLE ME CROIT MAGICIEN
En fait, la première chose à savoir est qu’un fonctionnaire est un magicien qui s’ignore. Il n’est en effet pas imaginable d’occuper un poste dans la fonction publique sans posséder une certaine forme de don : celui d’avoir l’air d’effectuer facilement et avec une incroyable aisance des tâches qui requièrent en fait une parfaite maîtrise de la technique, ainsi qu’un peu d’ingéniosité et beaucoup de dextérité.
Il n’est pas rare que la vocation lui soit apparue enfant. C’est en général au contact de ce monde artistique, par exemple parce que ses parents lui ont permis de rencontrer des professionnels aguerris, qu’il a ressenti cet irrésistible appel pour le service public, et l’irrépressible envie de répondre le mieux possible aux besoins de ses concitoyens. Exactement comme un bambin qui s’émerveille devant une envolée de blanches colombes depuis un haut-de-forme noir et qui a envie, lui aussi, d’apprendre à réaliser de tels prodiges.
Pour exercer ce magnifique métier, il a passé des jours entiers à assimiler codes, réglementations, corrigés d’annales, représentant au moins l’équivalent de tout Houdini, Copperfield et Majax, afin de mettre un maximum de chances de son côté et réussir le concours d’entrée. Un peu comme The Voice ou comme La France a un incroyable talent , mais en moins sexy.
Après avoir franchi cette première et difficile étape, qui sélectionne durement les plus habiles, les plus érudits, les plus doués, et empreint d’une foi inébranlable et d’une virtuosité magistrale qui le différencient des enchanteurs et des bonimenteurs, il est prêt à se produire sur la scène du théâtre de la vie. Il lui faut encore se faire recruter dans un cabaret, si possible prestigieux et près de chez lui. Le public ne tarde pas à arriver. Il grossit d’ailleurs de jour en jour, alors même que le nombre de places est limité. Aujourd’hui, il est inenvisageable de construire de nouveaux théâtres ou d’ajouter des séances. Crise oblige, il a été décidé de diminuer le nombre de magiciens. Les plus âgés ne sont plus remplacés sans même qu’ils aient eu l’occasion de transmettre leur art, et ceux qui restent sont dans l’obligation de mutualiser leurs outils de travail. Nous n’en sommes pas encore à une baguette pour trois magiciens, mais ils doivent se partager tantôt la scène, tantôt le costume, ce qui n’est pas chose aisée quand l’un enfile du 36 et l’autre du 52. Les foulards de polyester élimés ont remplacé depuis longtemps les écharpes de soie.
Il a plus d’un tour dans son sac. Tous les jours, il répète inlassablement, avec sourire et conviction, les mêmes formules magiques qui transforment un pigeon en colombe ; à chaque représentation, il ne peut s’empêcher d’introduire un nouveau tour, plus périlleux. Il sait d’avance qu’il ne suscitera l’admiration que des seuls initiés, alors que passer du numéro de la femme coupée en deux à celle qui disparaît puis réapparaît dans une autre tenue demande une dextérité incroyable. Sa prestation semble si facile, presque naturelle, que l’on en oublie ses heures de répétition et sa maîtrise parfaite de la technique. Il est aussi devenu maître dans l’art de l’improvisation, face à un public toujours plus exigeant. Tel un trapéziste de haute volée, il s’expose sans filet.
Malheureusement, les critiques artistiques, blasés, ont la dent dure : les tours de magie manquent de rationalité : ils n’entrent pas facilement dans un tableau de bord statistique, pas plus qu’ils ne s’inscrivent sur des graphiques de mesure et de suivi de l’efficience. Ne pourrait-on définitivement remplacer le théâtre par une salle de cinéma où serait visionné le même film par tous ? À quoi bon inventer chaque jour, alors que des images projetées produiraient le même effet à moindre coût ? Un automate ne ferait-il pas mieux et pour bien moins cher ?
Le magicien est bien triste et démuni : il n’y a plus que sa chère maman pour s’émerveiller. Elle seule, admirative et bienveillante, perçoit en lui l’artiste qu’il n’a jamais cessé d’être.
Les magiciens n’ont plus la cote. On ne voit plus en eux que des illusionnistes. Tel est le ressenti de nombre de fonctionnaires quant à leurs conditions de travail aujourd’hui. Après avoir fait mieux avec autant, ils apprennent à faire plus avec moins.
Mais l’amour du travail bien fait et de la mission ac complie au service des autres est resté. La question en suspens est de savoir jusqu’à quand.
TOUS EN GRÈVE !
Vous avez été confronté un jour à l’opération escargot des agriculteurs aux portes de Paris ? Vous avez subi la grève reconductible des chauffeurs de taxi ? Vous avez enduré les effets d’un mouvement syndical des cheminots ? Vous êtes resté bloqué dans le hall d’un aéroport ? Cela n’est en rien comparable avec ce que vous seriez amené à vivre si les fonctionnaires utilisaient massivement, et de façon coordonnée, leur droit de grève. Le pays tout entier serait paralysé pour de bon, pas tant du fait de leur nombre, mais parce qu’ils exercent des métiers au cœur de la vie de tous les jours. Surtout les fonctionnaires territoriaux. Démonstration.
ET UNE, ET DEUX, ET TROIS FONCTIONS PUBLIQUES
La fonction publique rémunère directement environ 5,4 millions de personnes, représentant tout de même ainsi environ 20 % de l’emploi total en France, réparties entre : la fonction publique d’État (45 %) , dont plus d’un million relevant des ministères de l’Enseignement ; la fonction publique hospitalière (21 %) , dont plus de 1 million dans les hôpitaux et 79 000 dans des établissements d’hébergement pour personnes âgées (infirmiers, agents de services, agents administratifs...) ; la fonction publique territoriale (34 %) , composée des agents des communes, des communautés urbaines, d’agglomération, des départements, des régions... des métropoles, d’établissements publics... et de la Ville de Paris, tout à la fois commune et département, qui emploie à elle seule plus de 50 000 personnes.
Je tiens à préciser tout de suite que les salariés de la RATP (Régie autonome des transports parisiens), de La Poste, de la SNCF (Société nationale des chemins de fer français), de France télévision... exercent des missions de service public, en étant employés par des entreprises publiques, ce qui est très différent. Pour les puristes, il faudrait d’ailleurs distinguer les Établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC), les établissements autonomes de droit public, les sociétés publiques... un vrai casse-tête. Tout ce qu’il faut retenir de cela, c’est que lorsque vous êtes coincé des heures durant dans un hall de gare parce que les employés de la SNCF sont en grève, il est vain de vous plaindre des fonctionnaires, qui n’y sont pour rien.
Je profite de cette première mise au point pour prier mes collègues fonctionnaires de bien vouloir excuser l’imperfection du style, qui risque d’écorner quelque peu notre image de rédacteurs de notes de service et rapports administratifs en tout genre, ainsi que pour les quelques simplifications que j’ai introduites dans ce qui précède et dans ce qui suivra ; car si en plus je devais relater avec fidélité et précision le niveau de complexité dans lequel nous évoluons, plusieurs tomes seraient nécessaires. Je reconnais bien volontiers que cela n’exonère en rien ma responsabilité et je m’engage à faire plus et mieux pour le prochain volume, pour peu que le premier ait suscité un minimum d’intérêt au-delà de mon cercle familial et amical.
Je tiens aussi à assurer mes collègues de l’État et de l’hospitalière de ma plus profonde sympathie et de mon plus grand respect pour les missions qu’ils accomplissent chaque jour, mais je ne m’attarderai pas sur leur situation. Je ne parlerai que des territoriaux. Pour trois raisons : la première est qu’ils sont trop souvent méconnus du grand public, alors que chacun sait bien qu’un professeur de collège et qu’un infirmier hospitalier sont des fonctionnaires ; la deuxième est que leur image a été écornée encore récemment par quelques livres à visée « pamphlétique », thérapeutique, « dénonciatique » ou médiatique ; la troisième est que c’est là où j’exerce moi-même, et que je peux donc apporter un éclairage sinon véridique, car tout ce qui va être relaté plus loin est bien entendu le fruit de ma créativité, du moins sincère puisque écrit sur la base de mes convictions.
Les fonctionnaires territoriaux ont fait l’objet ces derniers temps de plusieurs livres, écrits d’ailleurs parfois par l’une ou l’un d’entre eux. Citons juste Absolument dé-bor-dée de Zoé Shepard, ou Abruti de fonctionnaire d’Henri Rouant-Pleuret, ou encore Collectivité territoriale ou comment devenir un escroc d’Isabelle Chaumard. Ils y sont décrits comme étant tantôt sots, tantôt paresseux, parfois corrompus, souvent trop payés, toujours trop nombreux. Ils travaillent au service d’élus tout aussi stupides et vénaux. Occasionnellement, ils sont efficaces, travailleurs, honnêtes. Très exceptionnellement, ils ont le sens du service public. À en croire le succès remporté par le premier livre cité, vendu à plus de quatre cent mille exemplaires, il est très nettement plus rémunérateur de critiquer ce service public que de travailler à le défendre.
Ces clabaudages de comptoir et autres potins cancaniers du même acabit nous font oublier un peu vite que l’on trouve, même sans chercher bien loin, des fonctionnaires qui nous soignent, déneigent nos routes, enseignent à nos ados, évacuent nos déchets, gardent nos enfants, inventent, aident, créent, secourent, gèrent, renseignent, veillent, sauvent... À la fois à la moisson, au four et au moulin, ils maîtrisent parfaitement leur art et transforment notre réalité, en se plaçant chaque jour au service des citoyens que nous sommes.
HOMO FONCTIONNARIUS
Un préalable obligé dans tout ouvrage de portée encyclopédique comme celui-ci : la définition du concept. D’autant que nous allons en profiter pour voir comment, en quelques lignes seulement, supprimer d’un trait de plume quelque 1,6 million de fonctionnaires.
Un fonctionnaire, c’est, selon le site vie-publique.fr : « une personne employée et nommée par une personne publique dans un emploi permanent et titularisée à son poste dans un grade de la hiérarchie administrative ». Du pur jargon bureaucratique. Et pourtant, la définition est exacte, puisqu’elle vient d’un site sérieux.
Le site fonction-publique.gouv.fr en donne une définition nettement plus détaillée : « Personne recrutée par concours (sauf cas dérogatoires, notamment pour le recrutement en catégorie C), pour occuper un emploi permanent de l’administration, d’un établissement public à caractère administratif ou, cas dérogatoire, de certains établissements publics à caractère industriel ou commer cial. Parmi l’ensemble des fonctionnaires, ceux des assemblées parlementaires (Sénat et Assemblée nationale), les magistrats de l’ordre judiciaire et les militaires constituent des catégories de fonctionnaires régis par des textes statutaires spécifiques. Les autres relèvent du statut général. La catégorie des fonctionnaires comprend les fonctionnaires stagiaires (avant titularisation) et les titulaires. Cependant, dans la pratique, les termes de fonctionnaire et de titulaire sont utilisés comme équivalents. »
Conclusion : fonctionnaire = titulaire de la fonction publique ; n’importe laquelle des trois fonctions publiques. Et pour être titulaire, il faut avoir passé... et avoir réussi, un concours (sauf exception). Cette définition fait tomber d’un seul coup le nombre de fonctionnaires à moins de 3,8 millions. En effet, sur les 5,4 millions de personnes travaillant dans la fonction publique que nous avons mentionnées préalablement, seules 70 % sont fonctionnaires ! En résumé, cela signifie que 1,6 million ne le sont pas...
Le fonctionnaire moyen est en fait une fonctionnaire (61 % de femmes) de 41,7 ans. Elle appartient à la catégorie statutaire C (45 %). Il me faut ouvrir une parenthèse pour les non-spécialistes des fameuses catégories, au nombre de trois, qui correspondent à trois niveaux hiérarchiques différents : les agents de catégorie A conçoivent et dirigent ; les B encadrent, mais pas tous, comme quoi ce n’est pas simple ; ils font partie de l’encadrement intermédiaire ou ont une compétence particulière liée à leur métier ; les C occupent des fonctions aussi essentielles que variées : secrétaire, plombier, agent de maîtrise, jardinier, agent d’entretien de la voirie...
Dans la fonction publique territoriale, les agents de catégorie C constituent plus de 75 % des effectifs : trois quarts des postes. Difficile de prétendre d’emblée que les cadres y sont surreprésentés. La territoriale n’est pas cette armée mexicaine parfois décrite. Les catégories A ne comptent que pour 9 % des effectifs, alors même que certaines de ces personnes sont sur des missions d’expertise. Certes, les organisations sont parfois lourdes, et les organigrammes, tantôt en pyramide, en tuyaux d’orgues, en râteau, en silos... Mais à effectifs comparables, les entreprises privées n’ont rien inventé de différent.
LA PLUS GÉNIALE, C’EST LA TERRITORIALE
Plus de deux cent cinquante métiers y sont exercés : chef de centre d’incendie et de secours, animateur éducateur sportif, conservateur de cimetière, cuisinier, animateur de relais assistant maternel, assistant de service social, ouvrier d’entretien réseaux d’eau potable et assainissement, hydrogéologue, coordonnateur de déchetterie, agent de nettoiement, chauffagiste, technicien voirie, architecte, animalier, chargé de travaux espaces verts, agents de port, ingénieur en infrastructures, chauffeur, conducteur d’engins, opérateur en maintenance des véhicules, gardien d’immeuble, chargé de formation professionnelle et de l’apprentissage, responsable des transports et déplacements, responsable de la gestion des espaces naturels, chef de projet développement territorial, photographe vidéaste, responsable sécurité du système d’information, conseiller en prévention des risques professionnels, chargé de la gestion administrative du personnel, monteur d’opérations immobilières, chargé d’accueil, assistant de direction, conseiller méthodes et organisation, contrôleur de gestion, archiviste, archéologue, bibliothécaire, policier municipal, officier d’état civil, aide de laboratoire, ergothérapeute, pharmacien, éducateur de jeunes enfants, psychologue, référent en insertion professionnelle, élagueur, peintre carrossier, développeur économique, administrateur système et bases de données, secrétaire de mairie... Métiers à décliner bien entendu au féminin comme au masculin.
Pour avoir la liste complète, histoire de vérifier que je n’écris pas de sottises, consultez le site cnfpt.fr dans la rubrique du répertoire des métiers territoriaux.
Rien que pour cela, la territoriale est formidable ! Un véritable brassage de compétences, de diversités, de complémentarités.
Alors, lorsque des chroniqueurs ou des romanciers disent ou écrivent, tels des comportementalistes animaliers, que les fonctionnaires ont l’intelligence d’un poulpe, l’énergie d’une marmotte, la modestie d’un paon, la capacité d’anticipation de Scrat à la recherche de son gland à l’âge de glace et la qualité d’analyse du renard dans Dora l’exploratrice , ils feraient mieux d’étudier les qualités de Saturnin, de Flipper ou de Skippy, respectivement canard, dauphin et kangourou. Pour la jeune génération, nous mentionnerons plutôt Uggie, le chien du film The Artist , ou plus simplement Babe le cochon, du film Babe le cochon devenu berger .
Propager de telles inepties, alors que la plupart du temps les fonctionnaires sont tout simplement à leur poste de travail, ne peut que générer la colère, l’incompréhension et le découragement des agents qui croient en leur mission d’utilité publique, qui sont parfois confrontés à des situations dramatiques dans le cadre de leur travail, et qui se plaignent si peu. Peut-être n’ont-ils pas motif à le faire. Mais ayons au moins collectivement la décence de reconnaître qu’ils ne font pas de bruit et qu’ils agissent avec une conscience professionnelle remarquable et une efficacité qui n’a rien à envier au secteur privé.
Vous les imaginez tous en grève ne serait-ce qu’une demi-journée, pour défendre leur intégrité bafouée ? Pour ma part, en tant que citoyenne et utilisatrice de leurs services, je préfère les savoir à leur poste. Peut-être un jour pourtant en auront-ils assez des lieux communs infondés qui les dénigrent.

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