La Chine à l
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La Chine à l'aube du XXIe siècle

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Description

Aujourd'hui la Chine est au centre des préoccupations stratégiques et politiques internationales, tout particulièrement de celles des Etats-Unis, et la question majeure est celle de savoir si la Chine va devenir une puissance qu'il faudra craindre. Est-elle un pays sous-développé émergent ou une puissance qui sort de son sommeil ? Quelle Chine se profile sur la scène internationale du XXIème siècle ?

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Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 2005
Nombre de lectures 285
EAN13 9782336281339
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Points sur l’Asie
Collection dirigée par Philippe Delalande
La collection a pour objet de publier des ouvrages brefs, (200 à 500 pages), sur l’actualité politique, économique, sociale, culturelle en Asie. Ils traitent soit d’un pays d’Asie, soit d’un problème régional, soit des relations de ces pays avec le reste du monde. Ces ouvrages s’apparentent à des essais aisément accessibles, mais sur des bases documentaires précises et vérifiées. Ils s’efforcent, au-delà de l’analyse de l’actualité de prolonger la réflexion sur l’avenir. La collection voudrait, autant que faire se peut, pressentir les questions émergentes en Asie. Elle est ouverte à des témoignages, des expériences vécues, des études systématiques. Les auteurs ont tous une connaissance pratique de l’Asie.
Les lecteurs visés sont des personnes soucieuses de s’informer de l’actualité en Asie : investisseurs, négociants, journalistes, étudiants, universitaires, responsables d’ONG, cadres de la fonction publique en relation avec cette Asie en rapide mutation ; où vit la majeure partie de la population du monde.
Déjà parus
Nathalène REYNOLDS, L’enjeu du Cahemire dans le conflit indo - pakistanais , 2005.
N. SIMON-CORTES et A. TEISSONNIERE (Textes réunis par), Viet Nam, une coopération exemplaire , 2004.
Hua LIN, Tribulations d’un Chinois en Europe, 2004.
Sang-chun JUNG, Les relations commerciales franco-coréennes , 2004.
Maria Linda TINIO, Les droits de l’homme en Asie du sud-est, 2004. Hsiao-Feng LEE, Histoire de Taïwan , 2004.
Claire ROULLIERE, La mémoire de la seconde guerre mondiale au Japon , 2004.
Association d’Amitié Franco-vietnamienne, Ombres et lumières sur le Vietnam actuel , 2003.
Laurent METZGER, La minorité musulmane de Singapour , 2003.
ASIE 21-Futuribles internationale, L’Asie demain, 2003 Thierry COVILLE, L’économie de l’Iran islamique: entre ordre et désordres , 2002.
Kyong-Wook SHIM, La Russie D’Orient à la dérive , 2002.
A. WILMOTS, Gestion Politique et Centres du Pouvoir en République Populaire de Chine, 2001.
La Chine à l'aube du XXIe siècle
Le retour d'une puissance?

Stéphanie Bessiere
Du même auteur :
UNE NUIT SOUS LES ETOILES,
Editions Publibook, 2001
© L’Harmattan, 2005
9782747580243
EAN : 9782747580243
Sommaire
Points sur l’Asie Page de titre Du même auteur : Page de Copyright AVERTISSEMENT INTRODUCTION PREMIERE PARTIE : LE REVEIL DE LA CHINE
CHAPITRE I - LE MIRACLE ECONOMIQUE CHINOIS : 20 ANS DE REFORMES PROFONDES CHAPITRE II - LA DETERMINATION REFORMATRICE DES AUTORITES CHINOISES CHAPITRE III - LA STABILITE INTERIEURE DE LA CHINE : UN DEFI D’ENVERGURE
DEUXIEME PARTIE : LA CHINE ET LE MONDE
CHAPITRE I - ORIENT ET OCCIDENT : LE CHOC DES CIVILISATIONS CHAPITRE II - LES AMBITIONS REGIONALES DE PEKIN CHAPITRE III - L’INFLUENCE INTERNATIONALE CROISSANTE DE LA CHINE
TROISIEME PARTIE : LA CHINE EN DEVENIR
CHAPITRE I - LA VOIE CHINOISE EST-ELLE VIABLE ? CHAPITRE II - LE POTENTIEL D’UNE PUISSANCE
CONCLUSION FICHE SIGNALETIQUE INDEX DES SIGLES BIBLIOGRAPHIE
AVERTISSEMENT
Chers Lecteurs,
Chers Lectrices,
Mon ambition première, à travers ce livre, a été de susciter la réflexion afin que chacun se forge sa propre opinion sur la Chine qui se profile aujourd’hui sur la scène internationale.
Pour cela, les nombreux thèmes abordés ont été sélectionnés pour leur intérêt, leur importance, leur caractère significatif ou controversé.
Dans la mesure où la perfection n’existe pas, j’espère avoir réussi le pari d’atteindre un seuil élevé d’objectivité afin que vous puissiez mieux connaître et mieux comprendre la Chine contemporaine avant de porter un quelconque jugement.
Enfin, je tiens à préciser que les données chiffrées ne sont pas toutes fiables à 100% dans la mesure où les autorités chinoises ne révèlent que ce qu’elles veulent bien révéler.
Toutefois, bien que la « version officielle » du Parti Communiste Chinois qui n’est pas synonyme de « vérité » soit une réalité, il est peut-être exagéré d’affirmer comme le fait François Godement, directeur du Centre Asie de l’Institut des Relations Internationales, que la Chine est « l’empire du mensonge officiel » 1 .
« Quand la Chine s’éveillera le monde tremblera »
Napoléon 1 er
« Ce qui est sûr, c’est qu’un jour, peut-être plus proche qu’on ne croit, la Chine sera une grande réalité politique, économique et même militaire. La Chine est le plus grand pays du monde. Un jour, elle pourrait bien devenir le premier 2 . »
Charles de Gaulle
« Au-delà de ces soubresauts dramatiques, l’essor de la Chine a pris une allure irrésistible. »
Alain Peyrefitte
« La Chine est comme une pièce aux murs invisibles contre lesquels on peut se cogner la tête. Le vainqueur est l’homme qui est disposé à lutter contre ses murs et à s’y cogner la tête sans se soucier de la douleur. »
Lin Yutang
INTRODUCTION
Qui à l’aube du XXI ème siècle peut prétendre ne pas avoir entendu parler de la Chine, cet imprévisible et mystérieux pays d’Asie, organisateur des Jeux Olympiques de 2008 et récemment admis comme membre de l’Organisation Mondiale du Commerce ?
La Chine, appelée aussi Empire du Milieu, a su discrètement faire une entrée surprenante et efficace sur la scène mondiale. Son évolution rapide vers l’économie de marché accompagnée d’importants changements et bouleversements n’ont pas laissé indifférents les acteurs et observateurs internationaux. Ceux-ci s’interrogent et éprouvent incertitudes et inquiétudes, optimisme et pessimisme.
Qui aurait imaginé qu’en l’espace de quelques décennies, la Chine aurait réussi à se sortir aussi vite de la situation plutôt mauvaise dans laquelle Mao Zedong l’avait laissée à sa mort ?
La Chine reste un mystère pour l’homme occidental fasciné car c’est le pays de tous les possibles, de tous les paradoxes, un pays de contradictions, de ruptures, de forces et de faiblesses qui n’altèrent en rien sa formidable volonté de s’ouvrir et de s’enrichir, sans porter préjudice aux fondements de sa civilisation.
Si les Etats-Unis demeurent la puissance dominante dans le Pacifique, devenu américain dès 1945 avec l’installation de plus de 300 facilités militaires, ils doivent aujourd’hui composer avec une Chine à l’influence régionale et internationale grandissante.
Dès les années 1980, certains auteurs parlaient de la zone Pacifique, nouveau pôle de croissance économique dont le fret maritime et aérien avec les Etats-Unis dépasse de 50% celui qui traverse l’Atlantique, comme du centre de gravité du monde du XXI ème siècle, la qualifiant de « méditerranée du futur». Le Pacifique est ainsi devenu un enjeu géostratégique majeur réveillant les intérêts des grandes puissances et de la Chine aspirant à ce statut.
La puissance, atout essentiel des Etats, est au cœur des relations internationales, ce qui explique la volonté de chacun d’eux d’en acquérir la réalité et la reconnaissance. Elle permet à qui la détient d’influer sur la vie internationale, parfois même d’imposer dans une certaine mesure sa volonté aux autres acteurs.
Toutefois, celle-ci est non seulement relative mais également évolutive et fluctuante. Relative dans la mesure où elle n’a de signification que par rapport à celle des autres Etats ; évolutive et fluctuante comme en atteste l’histoire millénaire de la Chine qui a perdu son statut de puissance et cherche aujourd’hui à le retrouver. De nombreux critères cumulatifs (militaire, économique, politique, niveau d’éducation, rayonnement culturel...), individuellement inopérants, interviennent. Leur combinaison harmonieuse et équilibrée permet de mesurer l’existence d’une puissance.
Aujourd’hui, la Chine est au centre des préoccupations stratégiques et politiques internationales, tout particulièrement de celles des Etats-Unis, et la question majeure, objet de nombreux débats et études divergentes, est celle de savoir si la Chine va devenir au cours du 3 ème millénaire une puissance qu’il faudra craindre. Les arguments en faveur et en défaveur de cette thèse sont légions et méritent une attention toute particulière. La Chine saura-t-elle surmonter certaines de ses faiblesses et transformer les autres en atouts ?
La Chine est-elle un pays sous-développé émergent dont on ne doit rien craindre ou une puissance qui sort de son sommeil justifiant craintes et inquiétudes ? Quelle Chine se profile sur la scène internationale du XXI ème siècle ?
Tenter d’apporter une réponse cohérente, la moins erronée possible, impose de s’attarder préalablement sur la situation politique et économique intérieure de la Chine aujourd’hui en pleine mutation ( Le réveil de la Chine ) avant de l’envisager dans ses relations avec le monde ( La Chine et le Monde ). A la lumière de ces développements, une étude de ses forces et faiblesses permettra de proposer une thèse sur la réalité ou la fiction de la puissance chinoise au XXI ème siècle ( La Chine en devenir ).
PREMIERE PARTIE : LE REVEIL DE LA CHINE
« Il n’existe qu’une seule liberté : la vérité. Il n’existe qu’un seul esclavage : le mensonge. » 3
Comme Alain Peyrefitte 4 l’a si bien écrit, la Chine s’est éveillée. La réussite économique spectaculaire constatée n’est pas étrangère à la clairvoyance des hommes à sa tête depuis la fin des années 1980.
La Chine est le pays qui a connu le développement économique le plus important et le plus soutenu depuis plus de 15 ans malgré un rythme un peu ralenti ces dernières années.
Au 6 ème rang mondial de par son PIB national depuis 2002 (en 2001, la Chine était au 7 ème rang), elle n’est en revanche qu’au 101 ème rang de par son PIB par habitant 5 . La Chine a enregistré une croissance de +10,6% entre 1990 et 1999, de +8% en 2000 et de +7,5% en 2001. Entre 1980 et 2002, ses exportations sont passées de 6 à 26% et ses importations de 7 à 23%.
Avec un taux de croissance de +8% au lieu des +7,3% de prévision annoncés en début d’année par le directeur du Bureau d’Etat des statistiques, Zhu Zhixin, 2002 a été une année d’affirmation de la Chine sur la scène mondiale.
Affirmation confirmée par un taux de croissance de +9,1% pour l’année 2003 au lieu des +7,5% de prévision annoncés en début d’année. Il s’agit là du meilleur résultat depuis 1996.
La prévision de croissance prévue pour 2004 est proche des +10% tandis que celle prévue pour 2005 est d’environ +8% 6 .
ANNEES TAUX DE CROISSANCE DU PIB 1978 11,7% 1979 7,6 % 1980 7,8 % 1981 5,2 % 1982 9,1 % 1983 10,9 % 1984 15,2 % 1985 13,5 % 1986 8,8 % 1987 11,6 % 1988 11,3% 1989 4,1 % 1990 3,8 % 1991 9,2 % 1992 14,2 % 1993 13,5 % 1994 12,6 % 1995 10,5 % 1996 9,6 % 1997 8,8 % 1998 7,8 % 1999 7,1 % 2000 8 % 2001 7,5 % 2002 8 % 2003 9,1 % 2004 Proche de 10 % * 2005 Proche de 8 % * * estimations Source : Mission économique de Pékin

Source : Mission économique de Pékin
CHAPITRE I
LE MIRACLE ECONOMIQUE CHINOIS : 20 ANS DE REFORMES PROFONDES

SECTION 1. Les acteurs des réformes, des hommes éclairés
« Sagesse ne signifie pas connaissance mais compréhension issue de l’expérience. » 7

A l’origine des réformes : Deng Xiaoping
« Le marché s’est imposé très progressivement, par étapes à travers des « tests » mesurés et contrôlés. Deng faisait entrer son pays dans l’inconnu et la prudence dans l’exécution, autant que l’audace des orientations, étaient de mise . » 8
Après une période de flottement politique, Deng Xiaoping succède à Mao Zedong 9 , représentant de la 1 ère génération de dirigeants de la RPC à qui la Chine doit d’être devenue une puissance industrielle et nucléaire, et entame une libéralisation relative du régime tout en exerçant un pouvoir dictatorial. Révolutionnaire de la première heure, l’histoire de la vie de Deng Xiaoping (1904-1997) se confond avec l’histoire de la Chine, plus encore que celle de Mao Zedong. Tombé en disgrâce durant la Révolution Culturelle à 65 ans, il doit se soumettre à la rééducation par le travail à laquelle il survit. A la mort de Mao Zedong en 1976, il revient au pouvoir et lance la Chine sur la voie des « Quatre Modernisations ». Nommé secrétaire général du Comité Central en 1956, il en est écarté en 1968 et le réintègre en 1973 à la requête de Zhou Enlai 10 , Premier ministre depuis 1949. Il est destitué en 1976 pour revenir sur le devant de la scène politique en 1977, en qualité de vice-président du PCC et de vice-Premier ministre, et devenir en 1978 le représentant de la 2 ème génération de dirigeants de la RPC.
Les erreurs de Mao Zedong sont alors rejetées sur la « bande des Quatre », sobriquet donné par ses adversaires à un groupe comprenant Chiang Ching 11 , la veuve de Mao, dont l’influence est soupçonnée d’avoir été particulièrement nocive. Durant toutes les années qui suivent son mariage, Chiang Ching vit mal d’être tenue à l’écart du pouvoir, et dotée d’une obstination remarquable, exécute le plan machiavélique qu’elle a mis au point. Elle va tout faire pour isoler Mao Zedong dans le but de régner seule sur lui. Elle va intriguer dans l’ombre pour éliminer tous les proches, amis ou parents de Mao, qui pourraient menacer sa sécurité personnelle ou freiner ses ambitions. C’est à partir de 1961 que son influence commencera à se faire sentir. Elle obtiendra non sans difficulté la direction de la censure cinématographique, ce qui lui permettra de régler ses comptes avec ses ennemis du temps où elle était actrice à Shanghai et de faire disparaître les films contraire à la politique du Parti dans lesquels elle avait tourné alors. Les années passent et son influence ne cesse d’augmenter. Après 1972, Mao abandonne peu à peu la direction du pays au Premier ministre Zhou Enlai. Atteint par la maladie de Parkinson et par une artériosclérose cérébrale, Mao perd progressivement l’usage de la parole. Chiang Ching va profiter de la maladie de son époux pour en tirer avantage et enfin réaliser son ambition de toujours : être au pouvoir. Elle mettra auprès de lui deux interprètes, fidèles serviteurs de ses objectifs, pour donner un sens conforme à ses desseins politiques aux balbutiements de Mao et prendre sa place au sein du Parti. Chiang Ching réussit brillamment mais le pouvoir lui montera à la tête au point de lui faire commettre de nombreuses erreurs qui lui seront fatales lors de la mort de Mao le 9 septembre 1976, la même année que Zhou Enlai. Elle dira même un jour : « Et même l’ère communiste pourrait avoir une impératrice [...] ». Enivrée, elle s’entoure de luxe, s’adonne au poker, se procure des films occidentaux allant à l’encontre de l’esprit communiste. Elle ira même jusqu’à faire preuve d’individualisme lors d’une interview par une journaliste américaine au cours de laquelle elle racontera sa vie. Elle évoquera aussi des secrets du Parti et de la Présidence sur le mode « Je », violant par là même la loi du silence du Parti et ne respectant pas la précieuse version officielle. A la mort de Mao, Chiang Ching est expulsée du pouvoir et arrêtée avec trois autres personnes, la « Bande des Quatre 12 », dont le procès sera retentissant en Chine et marquera l’avènement d’une nouvelle ère politique. Ce procès permet de juger les excès du Maoïsme. Lors de celui de Chiang Ching, fin 1981, cette dernière fixe ses juges, méprisante, orgueilleuse, n’exprimant aucun signe de repentir. Condamnée à mort, la sentence ne sera pas exécutée pour ne pas faire d’elle une martyre. Libérée pour des raisons de santé, elle se suicide en 1991.
Deng Xiaoping engage, à partir de 1978, un processus de « démaoïsation », soit une sorte de désacralisation qui réintègre Mao Zedong, avec ses mérites et ses erreurs, dans l’Histoire de la Chine. Cette démarche était attendue dans tous les milieux universitaires, scientifiques et littéraires où les outrances du culte rendu au Président divinisé avaient eu de fâcheuses conséquences. Nommé à la tête de la RPC en 1979, Deng Xiaoping décide de « corriger » les erreurs de la Révolution Culturelle, responsable en grande partie de tous les échecs du régime. Il proclame alors que Mao a eu raison à 70% et tort à 30%. Sans discréditer le Grand Timonier, fondateur de la RPC, il engage le pays dans un vaste mouvement de réformes instituant l’Economie Socialiste de Marché et décide d’ouvrir celle-ci aux capitaux étrangers. Les Quatre Modernisations vont alors s’effectuer dans quatre directions : politique, sociale, culturelle et économique. L’objectif principal est d’augmenter la productivité de l’agriculture en luttant contre le recul des terres arables, malmenées par une utilisation intensive et désordonnée, en spécialisant les régions et en modernisant les équipements ; de responsabiliser les individus en liant la rémunération et la production tout en leur permettant de profiter des gains ; de moderniser l’appareil industriel. Un retour à la propriété privée est amorcé avec la décollectivisation de l’agriculture.
Depuis plus de 20 ans, une vingtaine de provinces chinoises affiche les taux de croissance les plus élevés au monde. A ce rythme, l’OCDE prévoit que, d’ici à 2020, 300 millions de Chinois auront un niveau de vie équivalent à celui de l’Américain moyen d’aujourd’hui, estimation qu’un essoufflement de la croissance ne remettrait pas en cause. En 2003, on constate déjà dans les villes une augmentation manifeste des salaires et de la consommation. L’ambition de Deng Xiaoping est de rétablir la situation économique compromise par la Révolution Culturelle tout en s’assurant que les changements opérés seraient irréversibles et d’empêcher le retour de dérives idéologiques. Les résultats ont été spectaculaires mais inégaux selon les secteurs. Si un boom dans l’industrie légère et dans la production des biens de consommation semi-durables (ex : ordinateur) est notable grâce aux importants investissements étrangers, en revanche, l’industrie lourde n’enregistre que des progrès lents car elle constitue un goulet d’étranglement structurel.
Son objectif étant de s’assurer le maintien de l’autorité du Parti ainsi que la poursuite tenace de la modernisation de l’économie chinoise, Deng Xiaoping a su préparer sur des années, de 1978 à 1997, et de façon clairvoyante, l’équipe qui lui succéderait immédiatement ainsi que la suivante.

Les successeurs de Deng Xiaoping : Zhu Rongji et Jiang Zemin
« Leurs conceptions et leurs décisions sont en train de faire la Chine telle qu’elle sera dans les dix premières années du XXIème siècle. » 13
Son héritier, Jiang Zemin 14 , représentant de la 3 ème génération de dirigeants de la RPC, assisté de Zhu Rongji 15 , va poursuivre la même politique pour donner à l’économie de la Chine son visage actuel. Les deux hommes, profondément fiers de leur pays, sont depuis longtemps animés de la même volonté de faire de la Chine l’une des grandes puissances du XXI ème siècle. L’un et l’autre appartiennent à la génération des années 1930 et ont reçu le même genre d’éducation et de formation technique dans le contexte de l’agression japonaise.
Jiang Zemin , né en 1926, suit ses études supérieures au département technologie et électricité industrielle de l’Université de Shanghai tandis que Zhu Rongji , né en 1928, effectue les siennes au département ingénierie électrique de l’Université de Pékin. Tous deux souhaitent acquérir des compétences qui serviront à la reconstruction de la Chine. Tous deux ont également été maire de Shanghai et ont contribué à son développement économique exceptionnel : Jiang Zemin de 1985 à 1988 et Zhu Rongji de 1987 à 1990. Pendant une année, ils ont travaillé de concert. Bien que de caractère fort différent, les deux hommes se complètent de par leurs qualités respectives et forment un binôme efficace. Jiang Zemin, de nature sociable et communicative, se distingue par son aptitude à diriger, à rassembler les masses et à pondérer les tendances extrêmes au sein du Parti. Zhu Rongji, « cerveau de l’économie chinoise » 16 est un réformateur indifférent aux questions de popularité, très doué pour défendre de nouvelles idées et pour les mettre en œuvre. Dès 1992, Deng Xiaoping, conscient de ses compétences, l’a soutenu et imposé pour superviser la modernisation de l’économie. Le fait que Zhu Rongji n’ait pas à se soucier d’élections lui a permis d’agir avec efficacité sans rechercher l’assentiment populaire.
Les dirigeants chinois, dans la réalisation de leurs objectifs pour la Chine, expérimentent des mesures de façon limitée et n’hésitent pas à revenir en arrière en cas de résultats insatisfaisants. Cette politique de pragmatisme et de gradualisme consistant en des réformes lentes, prudentes et ordonnées de la base au sommet a produit un résultat plus que satisfaisant, comme en atteste le miracle économique chinois.

A l’aube du XVIème Congrès du PCC
« La légitimité du PCC est sa réussite économique. » 17
Année 2002  : plus de la moitié des dirigeants arrivent au terme de leur mandat dont le Président de la République et le Premier ministre. Cet événement donne lieu à de nombreuses et discrètes luttes d’influence pour se faire une place de choix près du pouvoir, le relais entre l’équipe actuelle et la nouvelle devant avoir lieu en novembre lors du XVIème Congrès du PCC.
Arrivé en 1998 au poste de Premier ministre et âgé en cette année de 73 ans, Zhu Rongji fait l’objet de critiques de fin de mandat concernant le résultat de son action, eu égard aux attentes et espoirs mis en lui lors de sa nomination. Le peuple a en effet beaucoup cru en lui, en son pragmatisme afin qu’il fasse évoluer la Chine. Aujourd’hui, à la veille du XVIème Congrès du PCC, le bilan est mitigé.
D’un côté, on ne peut nier que les réformes politiques n’ont pas eu de traductions concrètes, que les problèmes les plus délicats n’ont pas été traités en profondeur (comme les inégalités sociales), que la Chine n’est pas l’Etat de droit auquel il est fait mention dans la Constitution (par exemple l’absence de transparence de l’administration), et que le système bancaire est au bord du gouffre (car il est tenu d’octroyer des prêts à des entreprises publiques déficitaires).
En revanche, on ne peut occulter les améliorations survenues sous l’autorité de celui-ci. Une réforme fiscale a été engagée, des établissements financiers ayant pour vocation d’aider les banques à fonctionner sur des bases commerciales ont été créés, les négociations sur l’adhésion de la Chine à l’OMC ont abouti.
Si le choix n’est pas encore arrêté pour la succession de Zhu Rongji, le président de la République, Jiang Zemin , quant à lui, devrait selon toute vraisemblance être remplacé par l’actuel vice-président, Hu Jintao . Jiang Zemin, conservant pour l’heure la présidence de la Commission Militaire Centrale, envisagerait de se retirer progressivement de la scène politique afin, d’une part, de permettre à son successeur de s’affirmer à son rythme et, d’autre part, de ne pas provoquer de rupture dans la politique actuelle. A l’instar de Deng Xiaoping, il aurait en plus déjà repéré celui qui serait susceptible, en raison de ses qualités, de succéder à son tour à Hu Jintao afin de commencer dans l’ombre sa préparation. Toutefois, nombreuses sont les incertitudes qui planent sur l’organisation de la succession et l’apparition d’une nouvelle équipe de dirigeants dont on ne sait pas si elle peut conduire une politique de continuité ou de rupture. Le processus de réformes économiques ayant engendré des divisions au sein du Parti entre les Réformistes et les Conservateurs, beaucoup de rumeurs circulent à propos de cette transition. Les deux clans s’accordent toutefois sur leur volonté de préserver la prédominance du Parti et d’éviter toute réforme politique.
Pour les Réformistes dont Deng Xiaoping, décédé en 1997, fut l’initiateur, il faut une transition rapide vers une économie socialiste de marché pour sauver le Parti.
Pour les Conservateurs, au contraire, la survie du Parti dépend d’une évolution progressive et planifiée par le Parti lui-même. Quant aux défenseurs de la démocratie, ils espèrent que celle-ci sera le fer de lance de cette nouvelle équipe et tentent déjà, par divers moyens, de se faire entendre. Ainsi, en janvier 2001, un officiel du PCC a publié les archives secrètes concernant la répression du mouvement étudiant du printemps 1989, sous le pseudonyme de Zhang Liang, avec pour ambition d’accélérer le processus de démocratisation qui est pour l’heure au point mort. Zhang Liang explique que le PCC, bien que corrompu, a été renforcé par la croissance économique et l’amélioration des conditions de vie. Il a, en parallèle, intensifié sa pénétration dans presque tous les secteurs de la société. De fait, l’évolution politique de la Chine ne peut venir de l’extérieur mais uniquement de l’intérieur, c’est-à-dire de ses propres membres. Toutefois, l’action des Chinois à l’étranger en faveur de la démocratie a été nécessaire pour initier une prise de conscience de la part des autorités de Pékin en ce qui concerne les aspirations d’une partie importante du peuple. Zhan Liang est optimiste et croit que le XXIème siècle sera celui de l’avènement de la démocratie en Chine.
Les dirigeants communistes chinois, très ambitieux pour leur pays, ont su jusqu’alors maintenir le régime du Parti unique en adaptant son idéologie originelle sans la renier, comme en atteste non seulement l’évolution politique et économique de la Chine mais également la lecture du programme général des statuts du PCC.

L’actuel président de la RPC : Hu Jintao
Avant la transmission de la présidence de la Commission Militaire Centrale à Hu Jintao par Jiang Zemin en septembre 2004, Hu était le dirigeant suprême, sur le papier, mais Jiang avait, dans les faits, encore la haute main sur nombre de décisions politiques.
Le XVIème Congrès du PCC s’est tenu les 14 et 15 novembre 2002. Hu Jintao est élu secrétaire général du Parti à 60 ans en lieu et place de Jiang Zemin, 76 ans, qui est demeuré Président de la République de Chine jusqu’à la première session de la Xème Assemblée Nationale Populaire. Cette dernière a eu lieu au mois de mars 2003 et sans surprise a élu Hu Jintao président de la RPC. Jiang Zemin conserve, à ce moment là, une main sur le pouvoir en s’assurant la présidence de la Commission militaire et en ayant installé une nouvelle direction contrôlée par ses proches, ce qui limite la liberté d’action de Hu Jintao dans l’hypothèse où il se voudrait réformateur de la politique en cours. Hu Jintao est assisté du Premier ministre Wen Jiabao qui était vice-Premier ministre de la génération précédente et participa à la mise en place des réformes des années 1980.
Les orientations du XVIème Congrès mettent de toute évidence l’accent sur la continuité, mot d’ordre de la politique économique de la Chine, du moins pour les 5 années à venir. Les déclarations des différentes dirigeants sont ponctuées de verbes tels que « poursuivre », « persister », « améliorer », laissant entendre qu’aucun bouleversement ou renversement d’orientation n’est prévu ni souhaité. Poursuivre dans la voie engagée par l’initiateur Deng Xiaoping et par ses dignes successeurs, Jiang Zemin et Zhu Rongji, est la conclusion de ce congrès.
Hu Jintao , ingénieur hydraulicien de profession, est, aux dires de tous, un homme brillant mais énigmatique qui a exercé diverses fonctions au sein du Parti avant d’en prendre la tête ; d’abord dans la province du Guizhou en 1985, puis au Tibet en 1988 où il a agi avec une main de fer. Partout où il exerçait ses fonctions au nom du Parti, il s’est rendu à la base de la société et dans les régions éloignées pour prendre contact avec les habitants de diverses ethnies et s’informer de la situation locale, malgré les conditions naturelles souvent rigoureuses. Il a, de concert avec les dirigeants locaux, établi des programmes de développement socio-économique à long terme. Grâce à cette expérience acquise dans l’Ouest de la Chine, Hu Jintao s’est fait remarquer des autorités centrales. Connaissant les conditions réelles de la Chine, il a donné plus de force à sa détermination d’accélérer le développement économique du pays, d’approfondir la réforme et d’élargir l’ouverture de la Chine sur l’extérieur. En 1992, il se retrouve propulsé dans le club très fermé des sept membres permanents du Bureau politique, sur simple décision de Deng Xiaoping, choisi et désigné par lui comme leader de la 4 ème génération de dirigeants de la RPC. Depuis 1993, Hu Jintao est également directeur de l’Ecole centrale du Parti, lieu de passage obligé de tous les hauts cadres de l’appareil étatique et aujourd’hui économique. La mort de Deng Xiaoping ne freine pas son ascension. En 1998, il devient vice-président du pays, puis en 1999, vice-président de la Commission militaire. Hu Jintao se soucie fortement des conditions de vie du peuple. Au cours de ses inspections à travers le pays, il ne manque jamais de visiter des foyers où la vie est dure afin de se rendre compte des conditions de vie de ses administrés. Et aujourd’hui, le voilà secrétaire général du Parti et représentant de la 4 ème génération.
Depuis son accession à ce poste élevé, Hu Jintao a mis en application de façon approfondie l’esprit du XVIème Congrès en insistant sur la pensée importante de la Triple Représentativité dont l’auteur est Jiang Zemin et dont la teneur sera explicitée dans la 3 ème partie de cet ouvrage. D’après des informations ayant filtrées sur les querelles intestines du PCC, il semblerait que Hu Jintao souhaitait profiter de son premier grand discours devant la population chinoise, le 1 er juillet 2003, à l’occasion du 82 ème anniversaire du Parti, pour annoncer des réformes politiques à connotation démocratique. Il en aurait été empêché par Jiang Zemin estimant de telles réformes trop précoces. Le président de la Commission militaire centrale, en l’occurrence Jiang Zemin, était encore à ce moment là le vrai détenteur du pouvoir suprême. En outre, Jiang Zemin, « empereur de l’ombre », s’était assuré le contrôle effectif de la politique chinoise en plaçant ses « hommes » aux postes stratégiques. Depuis le mois de septembre 2004, Hu Jintao est désormais également président de la Commission Militaire Centrale en lieu et place de Jiang Zemin. Il dispose donc, a priori, d’une marge de manœuvre plus large. Seulement « a priori » car on ne peut occulter les problèmes internes du Parti que sont notamment les rivalités entre ses membres pour le pouvoir.

SECTION 2. Une réussite économique spectaculaire
« Peu importe que le chat soit noir ou blanc, l’important c’est qu’il attrape les souris. » 18

La réussite urbaine
« Toutes les fleurs de l’avenir sont dans les semences d’aujourd’hui. » 19
La réussite urbaine est un des aspects de la réussite économique spectaculaire de la Chine. Shanghai, Hongkong et Pékin en sont des illustrations révélatrices.
Centre économique de la Chine accueillant l’une des trois bourses de Chine 20 avec Hongkong et Shenzhen, Shanghai : - est le 2 ème port du pays après Hongkong, 4 ème au niveau mondial, - représente 0,05% du territoire, - représente 1% de la population, - dispose d’environ 5% du PIB et de 10% des IDE.
La croissance annuelle du PIB de Shanghai a été supérieure à 12% entre 1992 et 1997, et supérieure à 10% de 1998 à 2001, en dépit de l’impact de la crise asiatique. En 2002, Shanghai accède au 8 ème rang des provinces chinoises.
Shanghai est non seulement la première ville industrielle et commerciale mais également celle qui compte la main d’oeuvre la plus instruite et la plus qualifiée. Symbole de la modernisation chinoise, Shanghai est une fenêtre sur l’extérieur et comme Hongkong et Shenzhen, un immense comptoir d’échanges par où transite une large part du commerce entre la Chine intérieure et le reste du monde. Dans le cadre de sa politique de réforme et de modernisation, Deng Xiaoping désigne, en 1992, Shanghai « vitrine du nouveau socialisme de marché » lui permettant de retrouver sa grandeur perdue sous le régime de Mao Zedong. Ce dernier, voyant en elle le repaire de la corruption capitaliste, des nationalistes et des bourgeois, s’est quelque peu acharné contre elle lors de la Révolution Culturelle de 1966 à 1976. La ville fut notamment ponctionnée de ses richesses et ses citoyens envoyés en camps de rééducation.
Aujourd’hui, grâce à la politique de modernisation économique, Shanghai est revenue sur le devant de la scène.
Ces performances s’appuient sur : - la vitalité de la production industrielle en hausse de 12,7% en 2002 - une forte consommation : +9,3% en 2002 contre +8,1% en 2001 - une augmentation des investissements : +8,3% en 2002 contre +6,7% en 2001
En 2002, on constate la présence importante d’IDE en provenance des paradis fiscaux* ainsi que la position de tête de la France parmi les investisseurs européens en terme de flux : - Iles Vierges* : 24,1% - Iles Caïmans* : 12,1% - Hongkong : 16% - Japon : 10% - Etats-Unis : 7,9% - Singapour : 5% - France : 4,6% contre 0,5% en 2001
Shanghai concentre les savoirs et les services « post-industriels », les pôles de technologie, les ressources humaines « hyper-qualifiées » et le capital requis pour s’ériger en centre du « capitalisme » à la chinoise. Selon des sources émanant du Bureau de l’Administration de l’Industrie et du Commerce de Shanghai, la ville se classe, avec quelques 140 000 entreprises privées (28 000 joint-ventures), dans les premières du pays dans ce domaine. Bon nombre de multinationales (près de 330 sont présentes) y ont installé leurs centres de recherche et de développement tandis que de nombreux groupes y ont fixé leurs sièges « Chine » ou « Asie-Pacifique » comme par exemple Coca-cola, Alcaltel, Auchan, Carrefour ...
Dans le processus actuel, Shanghai est la ville la plus ouverte sur l’Occident et la plus prospère de Chine, ce qui, selon certains observateurs, aurait favorisé la renaissance des Triades que l’on croyait disparues. Ces mafias à la chinoise sont de retour après près de 40 ans d’absence malgré la négation officielle de leur existence. Elles prospèrent aujourd’hui dans une Chine en transition sociale, économique et politique. Les sociétés secrètes sont un phénomène qui jalonne l’histoire chinoise depuis des centaines d’années. Leur forme moderne, les Triades, remonte au milieu du XVIIème siècle lorsqu’elles se constituèrent contre l’envahisseur mandchou. Patriotiques au départ 21 , elles ne tardèrent pas à se transformer en entreprises mafieuses. Dans la première moitié du XXème siècle, elles s’affilièrent au parti du Guomindang, parti nationaliste en faveur de la démocratie, qu’elles suivirent à Taiwan en 1949. Les communistes les avaient chassées du continent dès leur prise de pouvoir et avaient exécuté des dizaines de milliers de leurs hommes. Auparavant, ces sociétés secrètes agissaient de façon indépendante. Aujourd’hui, la tendance est à l’organisation, à la structuration et à la coordination entre elles. En outre, le recours aux armes est beaucoup plus fréquent. Durant la décennie 1990, les meurtres ont presque doublé, les vols quintuplés. Aucune ville n’est épargnée. A ce jour, l’économie parallèle c’est-à-dire blanchiment d’argent sale, contrebande et commerce de la drogue, est en train de gangrener peu à peu la société chinoise.
Shanghai n’en symbolise pas moins le retour du prestige de la Chine et les observateurs annoncent pour le XXI ème siècle une rivalité importante entre Hongkong et Shanghai. Tandis que cette rivalité est soutenue par Pékin qui désire recentrer le pouvoir financier au cœur du pays, Shanghai avance méthodiquement dans la réalisation de son ambition de devenir un centre économique et financier d’envergure internationale. Son projet de port en eaux profondes lui en donnera les moyens puisque d’ici 20 ans elle pourra égaler Hongkong dans sa capacité d’accueil.
Hongkong , rattachée à la RPC le 30 juin 1997 en qualité de Région Administrative Spéciale, est devenue, sous l’administration britannique, un des pivots de l’économie mondiale capitaliste. Elle a connu une croissance économique fulgurante et s’est progressivement imposée comme un pôle industriel, commercial et financier mondial. Accolée à la zone économique spéciale de Shenzhen et passage obligé d’un grand nombre d’importations et d’investissements en Chine Populaire, Hongkong a progressivement augmenté ses investissements sur le continent chinois alors que l’économie de ce dernier était en pleine expansion et que la date de la rétrocession approchait. Les droits de douane y étant très faibles, Hongkong voit passer quotidiennement un trafic de marchandises considérable et sert de relais à une grande partie du commerce international de la Chine. Sa bourse est une des plus importantes du monde, malgré la fragilisation résultant de la crise asiatique de 1997, tout comme son port est l’un des plus puissants. Hongkong est l’une des régions les plus riches de la planète, son PIB l’un des plus élevés grâce à une économie très dynamique, largement ouverte sur la zone Pacifique, désormais première zone économique mondiale. Malgré son retour dans le giron de Pékin, Hongkong demeure encore sous régime capitaliste. Près de 5 ans après la rétrocession, et bien que le principe « un pays, deux systèmes 22 » soit toujours là, Hongkong semble s’être définitivement sinisée dans de nombreux domaines. Ce rapprochement a été largement favorisé par la crise asiatique. La Chine, peu touchée, fut une sorte d’amortisseur en tempérant les effets du ralentissement économique et son adhésion à l’OMC risque, à plus ou moins long terme, de porter préjudice à Hongkong qui ne sera plus son intermédiaire exclusif avec l’étranger.
Capitale et centre politique de la Chine, Pékin se distingue par ses richesses culturelles qui en font la première destination touristique du pays : la Cité interdite, la Place Tienanmen, le Temple du Ciel (un des lieux les plus sacrés du pays) le Palais d’été, la Grande Muraille de Chine ...
Sur le plan économique, Pékin contribue à la création de la richesse nationale et se situe au 2 ème rang en terme de PIB. A l’instar de Shanghai, Pékin se modernise, n’hésitant pas hélas pour cela à détruire des quartiers historiques entiers, sous la pression des investisseurs, tendance que la perspective de l’organisation des JO de 2008 accentue : 80% de la superficie de la ville devraient être détruits et reconstruits. D’importants investissements sont prévus pour doter la capitale d’infrastructures modernes et adaptées. A ce propos, Yu Xiaosong, président du Conseil chinois pour le développement du commerce international, a dit, lors du 9 ème colloque économique franco-chinois qui se tenait dans la capitale en avril 2003, que les entreprises transnationales françaises joueraient un rôle important dans la construction des Jeux Olympiques verts de Beijing grâce à leur expérience dans le domaine de la protection de l’environnement. Ce colloque, auquel quelques centaines d’industriels français ont assisté, avait pour thème la « Contribution des Jeux Olympiques de Beijing au développement durable de la Chine ».

Le succès des Zones Economiques Spéciales 23
« Considère le passé, tu connaîtras l’avenir. » 24
L’histoire des ZES a débuté juste après le début des grandes réformes de 1978. Les premières se sont installées autour de Canton mais surtout dans un périmètre très proche de Hongkong afin de permettre l’exportation des produits destinés aux marchés internationaux. En 1985, parallèlement, apparaissent les zones économiques ouvertes puis d’autres zones qui, bien que de dénominations et de statuts différents, offrent à peu près le même régime et poursuivent le même objectif : constituer des pôles d’attraction et de développement à capitaux étrangers, orientés vers l’exportation. En effet, afin de mener à bien ce développement de l’économie chinoise, Pékin avait besoin d’acquérir des devises et des technologies étrangères censées renforcer sa position dans les échanges mondiaux. Dès 1980, les joint-ventures ou sociétés à capitaux mixtes fleurissent. La réussite spectaculaire des premières ZES amena le gouvernement chinois à étendre l’ouverture du pays à plusieurs villes côtières.
Outre des avantages fiscaux, plus généreux encore pour les entreprises de hautes technologies, les investisseurs ont obtenu le droit d’investir dans les ZES. L’objectif est de les attirer en échange de la création de joint-ventures permettant aux Chinois d’accéder à leurs technologies 25 . Les ZES offrent aux investisseurs étrangers 2 ans d’exonération d’impôts sur les bénéfices à compter de la première année puis un abattement de 50% pendant 3 ans. En outre, afin d’inciter le réinvestissement des bénéfices en Chine, les autorités chinoises accordent un remboursement de 40% de l’impôt payé sur le montant investi. Pékin a besoin des investissements étrangers pour féconder la modernisation du pays.
Toutefois, les entreprises chinoises, avec l’entrée de la Chine dans l’OMC, commencent à remettre sérieusement en cause les avantages exorbitants de ces zones, ce qui à terme pourrait conduire à leur disparition. En outre, l’obligation d’une application territorialement uniforme des règles de l’OMC peut avoir des conséquences sur l’existence des ZES.
Considérons le cas de la ZES de Shenzhen.
A l’origine, Shenzhen est une petite cité de pêcheurs. La politique d’ouverture économique initiée par Deng Xiaoping va la transformer en 20 ans en une des villes les plus riches de Chine. Longtemps snobée par les habitants de Hongkong qui la considéraient comme un simple réservoir de main d’oeuvre, Shenzhen est devenue pour eux autre chose qu’un lieu de délocalisation. Elle est désormais un lieu de villégiature prisé par ceux-ci. Shenzhen offre non seulement un environnement naturel accueillant mais également d’importantes perspectives économiques dans un contexte moderne.
En mars 2002, elle a un PIB par habitant qui la place au premier rang du pays (5 500 dollars) devant Canton (4 586 dollars) et Shanghai (4 180 dollars). Sur l’année 2002, Shenzhen a enregistré une croissance exceptionnelle de son PIB avec +15%, le plus élevé de Chine, attirant ainsi au début de l’année 2003 toutes les attentions de Pékin.
En 2003, le taux de croissance de son PIB est tout aussi impressionnant : +17,3%. Shenzhen se place au 1 er rang national en terme de taux croissance et au 4 ème en terme de PIB.
Les deux moteurs des performances économiques de Shenzhen sont : - sa production industrielle (70% de la production mondiale de jouets ; 70% de sa production concerne la haute technologie) - sa force consumériste.
Les nombreux travaux d’infrastructures et de modernisation ont également contribué à ces performances.
Shenzhen appartient à la province du Guangdong dont le taux de croissance du PIB 2003 (+13,6%) la place largement au-dessus de la moyenne nationale. Cette province représente plus de 11% du PIB national et attire un peu moins de 30% des IDE captés par la Chine.
Outre le fait que la Chine soit le dernier grand marché à conquérir, présentant de grands débouchés potentiels et une masse consumériste importante, les ZES lui ont permis de devenir la terre d’élection des investissements étrangers soit des IDE .
Longtemps fermée au monde, la Chine est devenue, en moins d’une décennie, le 2 ème pays d’élection des IDE, juste derrière les Etats-Unis. Toutefois, en 2002, elle a réussi à les détrôner le temps d’une année, revenant à la deuxième place en 2003. Elle attire plus de 10% du flux total de ces investissements, soit 40% de ceux destinés aux pays émergents.
L’essentiel des flux vient d’Asie et de la diaspora chinoise qui joue un rôle considérable dans l’économie d’un certain nombre de ces pays. Cette diaspora, profondément soudée et totalement impénétrable, est une des plus grandes puissances financières mondiales dont le contrôle sur les économies de tous les pays du Sud-Est Asiatique est devenu tellement important que les réactions anti-chinoises se généralisent. Les capitaux ont tout d’abord servi à installer les ateliers et les usines fabriquant les textiles, chaussures et autres. Puis ce fut au profit des produits à plus haute valeur ajoutée comme l’électronique, les composants informatiques, l’électroménager et les automobiles. Cette évolution traduit la montée en puissance du pays comme sous-traitant et futur concurrent des pays développés.
Les Japonais ont été parmi les premiers investisseurs en Chine et leur présence est importante puisqu’elle égale l’ensemble des investissements de l’Union européenne. En Allemagne, elle apparaît comme l’investisseur européen le plus dynamique dans des secteurs bien particuliers comme l’automobile. Enfin, les investissements américains se sont répartis dans tous les secteurs et les grandes compagnies multinationales se sont implantées dès le début de l’ouverture.

La présence économique française
« En s’associant avec un acteur régional, on obtient plus rapidement les autorisations d’ouverture. » 26
2002 : Bien qu’en hausse de 11% par rapport à 1998, les investissements directs français en Chine, au 11 ème rang, ne sont pas à la hauteur de la position de 3 ème investisseur que la France occupe au niveau mondial, derrière les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Bien que la Chine ne représente encore que 0,2% des IDE sortant de France, ceux réalisés en 2002 ont progressé de +8%.
Les investissements français réalisés en 2001, par Alcatel et Michelin notamment, devraient permettre à la France de remédier à cet état de fait à plus ou moins court terme. Il n’en reste pas moins que les entreprises françaises ont, depuis 1995, comblé une partie du retard qu’elles avaient accumulé vis-à-vis de leurs concurrents étrangers, retard dû en grande partie aux incidents diplomatiques survenus entre les deux pays et ayant assombri leurs relations bilatérales. Ainsi la France a-t-elle mesuré à cette occasion ce qu’il en coûtait commercialement de vendre des armes à Taiwan en dépit des interdits de Pékin. Cet incident qui date de 1991 avait valu entre autres à la France la fermeture de son consulat à Canton.
2003  : Au cours de cette année les exportations françaises ont progressé de +32% tandis que les importations ont augmenté de +16%. La France est désormais le 10 ème client de la Chine (14 ème en 2002), son 8 ème fournisseur mondial (même rang en 2002) et son 2 ème fournisseur européen derrière l’Allemagne. L’augmentation du volume des échanges sur l’année a été de +20%. La part de marché française est de 1,49% contre 1,44% en 2002. Bien que loin des 17,98% du Japon, la France enregistre des progrès.
L’année 2003 marque le début d’une nouvelle phase de coopération économique entre la Chine et la France avec de nouvelles mesures en perspective, selon les propres termes de l’ambassadeur français en Chine, Jean-Pierre Lafon. La France est devenue en cette année le 3 ème partenaire commercial de la Chine mais est passé au 4 ème rang des investisseurs européens. Elle a réalisé d’importantes coopérations dans les domaines tels que le nucléaire, l’aérospatiale, la protection de l’environnement et le traitement des eaux. La nouvelle coopération porte essentiellement sur l’enseignement supérieur, les sciences et les technologies tout en renforçant celle déjà engagée dans d’autres domaines. Les bonnes perspectives de relations entre les deux pays encouragent les entreprises chinoises à investir en France.
Dans les domaines où la France est présente, on constate qu’elle occupe une place privilégiée. Elle est ainsi l’un des partenaires principaux de la Chine dans l’introduction des technologies avec, à la fin de l’année 2000, 265 projets techniques. A côté de cela, des partenariats économiques voient le jour. Si les investissements français sont faibles, ils ont cependant l’avantage d’être concentrés dans les secteurs où la France excelle technologiquement : secteur automobile (Peugeot-Citroën), secteur de l’énergie (EDF-Framatome 27 ), secteur des télécommunications (France télécom et Alcatel).
Alcatel a signé en 2001, après deux longues années de négociations avec le régime chinois, un accord de principe lui permettant de contrôler la majorité du capital de la société Alcatel Shanghai Bell. Alcatel, première multinationale dans son domaine à être parvenue à ce résultat, en a le contrôle effectif depuis 2002. De même, en avril 2001, Michelin a réussi à prendre le contrôle de 70% du numéro un chinois du pneumatique après vingt mois de transactions. Citroën est devenu en 2002 le deuxième constructeur sur le marché national avec 9% de part de marché derrière l’Allemand Volkswagen.
La Chine et la France ont décidé, le 15 novembre 2001, par l’intermédiaire de leurs sociétés automobiles respectives qui collaborent depuis 1992, Dongfeng et PSA Peugeot Citroën , de conjuguer leurs efforts pour fabriquer de nouveaux modèles Peugeot et Citroën et accentuer la croissance des ventes.
De même, le groupe hôtelier Accor poursuit son développement en Chine avec, outre ses huit établissements, la prochaine ouverture d’un second à Pékin, d’un second Novotel à Shanghai, le projet de s’implanter à Hongkong et près des autres zones touristiques.

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