La crise casamançaise
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Description

Depuis vingt-six ans, le Sénégal assiste impuissant à un déferlement inédit de haine et de violence dans la région de la Casamance. Les massacres des populations civiles et la mainmise sur les richesses naturelles par des groupes armés constituent des situations préoccupantes. L'auteur souhaite parvenir à un accord de paix fondé sur la nécessité d'une réconciliation des cœurs et des esprits, afin de s'engager dans les tâches essentielles au développement et à la survie de la nation dans sa diversité culturelle et ethnique.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2009
Nombre de lectures 203
EAN13 9782336254692

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sociétés Africaines et Diaspora
Collection dirigée par Babacar SALL
Sociétés Africaines et Diaspora est une collection universitaire à vocation pluridisciplinaire orientée principalement sur l’Afrique et sa diaspora. Elle accueille également des essais et témoignages pouvant servir de matière à la recherche. Elle complète la revue du même nom et cherche à contribuer à une meilleure connaissance des réalités historiques et actuelles du continent. Elle entend également œuvrer pour une bonne visibilité de la recherche africaine tout en restant ouverte et s’appuie, de ce fait, sur des travaux individuels ou collectifs, des actes de colloque ou des thèmes qu’elle initie.
Déjà parus
Seidik ABBA, La presse au Niger. Etat des lieux et perspectives, 2009.
Momar Sokhna DIOP, Quelles alternatives pour l’Afrique ?, 2008.
Kodou WADE, Sexualité et fécondité dans la grande ville africaine, la cas de Ouakam, 2008.
Thierno DIOP, Marxisme et critique de la modernité en Afrique, 2007.
Jean Joseph PALMIER, La femme noire dans le cinéma contemporain, 2006.
Issa Laye THIAW, La femme Seereer (Sénégal), 2005.
Modibo DIAGOURAGA, Modibo Keïta un destin, 2005.
Mamadou DIA, Radioscopie d’une alternance avortée, 2005.
Mamadou DIA, Echec de l’alternance au Sénégal et crise du
monde libéral, 2005.
Mody NIANG, Me Wade et l’alternance, 2005.
Titinga Frédéric PACERE, Pensées africaines. Proverbes, dictons et sagesse des Anciens, 2004
Danielle PÉTRISSANS-CAVAILLÈS, Sur les traces de la traite des Noirs à Bordeaux, 2004.
La crise casamançaise

Boucounta Diallo
© L’Harmattan, 2009
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.fr
9782296098848
EAN : 9782296098848
Dédicace

— à ma mère Adja Mame Ndiaye
— à mon père Doudou Diallo
qui m’ont inculqué les valeurs d’humanisme, de tolérance et le goût du travail au point que j’en déduis un hymne: le repos n’est qu’un rêve et la fatigue n’est qu’illusion,
— à mon épouse et mes enfants pour toutes ces frayeurs que suscitent chez eux mes différents combats à travers le Continent.
— aux victimes de la crise casamançaise qui ont payé de leur liberté ou de leur vie,
— aux membres de la Commission Nationale de Gestion de la Paix disparus qui ont tenté d’œuvrer au retour à la paix : le Colonel Georges Boissy, le Docteur Alexandre Diadhiou pharmacien, le Docteur Mamadou Bâ Boiro, le Professeur Marcel Bassène, M. Amadou Cissé et à tous ceux qui sont encore en vie,
— au Comité clérical
Présentation de l’auteur
Inscrit au Barreau du Sénégal depuis 1982, Me Boukounta Diallo est né le 17 octobre 1955 à Djilakh sur la Petite Côte, au Sénégal, où il poursuivit ses études à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Son expérience et sa réputation internationale dans la défense des droits de la personne lui ont valu d’être souvent présent dans les grandes causes qui secouent le continent africain. C’est ainsi qu’il présida les collectifs de défense ci-après:
— la défense de l’opposant guinéen Alpha Condé,
— la défense des victimes tchadiennes contre le Président Hissène Habré
— la défense du Premier ministre Idrissa Seck, au Sénégal
— la défense du journaliste Madiambal Diagne du journal Le Quotidien.
Me Boucounta Diallo fut également :
— le défenseur du Président Mouhamed Khouna Ould Aidallah en Mauritanie et de ses quatorze (14) compagnons arrêtés en novembre 2003.
Plus tard, il est encore constitué au procès de Wad Naga pour assurer la défense des présumés auteurs du coup d’État de la nuit du 08 au 09 juin 2003 et de celui intervenu ultérieurement en Mauritanie.
Le ministre du Pétrole Zeïdan Ould Méda du pouvoir déchu de Mauritanie sollicite son assistance pour assurer sa défense dans l’affaire WOODSIDE qui aboutit à son arrestation.
Autres activités
— Ancien Président de l’ONDH (Organisation Nationale des Droits de l’Homme du Sénégal)
— Président d’Honneur de l’ONG Solidarité Médicale Bourbonnais Sénégal (section sénégalaise)
— Administrateur de la Fondation Léopold Sédar Senghor
— Administrateur de SOS Sahel International Sénégal
— Ancien membre du HCA (Haut Conseil de l’Audiovisuel : organe de régulation des Médias au Sénégal)
— Ancien Président de l’Association Internationale « Mémoire du Sud » basée à Paris
— Secrétaire Général de l’ancienne Commission Nationale de Gestion de la paix en Casamance
— Président de la Commission « Communication & Presse » du Comité national pour le 90 e anniversaire du Président Léopold Sédar SENGHOR

Médiations
— Crise politique et institutionnelle au Togo
— Dossier des Séparatistes casamançais au Sénégal
— Les relations conflictuelles entre le Président Léopold Sédar Senghor et le Professeur Cheikh Anta Diop.

Publications
— « Etudes sur les crimes rituels au Sénégal », publié dans la revue EDJA et dans le LEX
— Préfacier de l’ouvrage intitulé : Côte d’Ivoire, Violences d’une transition manquée, éd. L’Harmattan, Paris 2007.
Distinctions
- Chevalier de l’Ordre National du Mérite ;
- Chevalier de l’Ordre National du Lion ;
Sommaire
Sociétés Africaines et Diaspora Déjà parus Page de titre Page de Copyright Dedicace Présentation de l’auteur Liste des abréviations Avant-propos Aperçu historique et géographique de la Casamance Chapitre I - Problématique de la crise casamançaise Chapitre 2 - Voies de solutions Conclusion Gestion de la Paix en Casamance par la Commission Nationale installée le 1 er septembre 1995 Biographie - de l’Abbé Augustin Diamacoune Senghor
Liste des abréviations
MFDC : Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance
PAIGC: Parti Africain de l’Indépendance de la Guinée et des Iles du Cap Vert.
ATIKA : Le combattant en diola
AOF : Afrique Occidentale Française
PIT : Parti de l’Indépendance et du Travail
UEMOA: Union Economique et Monétaire des Etats Ouest-Africains
IGV : Impôt Général sur les Ventes
TVA : Taxe sur la Valeur Ajoutée
CARITAS : Association humanitaire caritative (secours catholique)
MINT : Ministère de l’Intérieur du Sénégal
HCR : Haut Commissariat pour les Réfugiés
PRAESC : Programme de Relance des Activités Economiques et Sociales en Casamance
PEPAM : Programme d’Education à la Prévention des Accidents parles Mines
DIRPA : Direction de l’Information et des Relations Publiques des Armées
CICR : Comité International de la Croix Rouge
RTS : Radio Télévision Sénégalaise
PDS : Parti Démocratique Sénégalais
PS : Parti Socialiste
CNGPC : Commission Nationale de Gestion de la Paix en Casamance
RFI : Radio France Internationale
Arrdt : Arrondissement
ONG : Organisme Non Gouvernemental
UXO : Engins non explosés
Avant-propos
Depuis vingt-six ans, le Sénégal assiste presque impuissant à un déferlement de haine et de violences qui n’a jamais eu son égal dans ce pays, mais dont les origines trouvent leur fondement dans l’histoire, la politique, la culture de cette belle et verte région de la Casamance, qui se situe géographiquement au sud-ouest du Sénégal, séparée du Nord du pays par la Gambie et couvrant une superficie de 28.350 km 2 , soit 14,4% du pays.

Selon une première version, le nom Casamance vient du jamat de l’ethnie joola kasamu aku, ce qui signifie le « pays des rivières ». Selon la seconde version qui semble être la plus acceptée dans le royaume de Kasa, le mot roi en mandingue se dit mansa. C’est ainsi que pour désigner le roi de Kasa, les Mandingues disaient Kasa mansa qui deviendra CASAMANCE. Son environnement soudano-guinéen en français différencie sensiblement la régiondu reste du pays qui baigne, par contre, dans un milieu soudano-sahélien.

Une hystérie meurtrière s’est, en effet, emparée de certains segments de la société sénégalaise auxquels les artisans de la paix n’ont cessé d’adresser durant cette crise le langage de la raison et de la fraternité.

C’est au nom de ces considérations que s’inscrit dans ce livre ma démarche qui se voudrait être une source d’informations, de connaissances et de gestions du conflit casamançais dont les conséquences socio-économiques et militaires entravent dangereusement le développement de cette partie du Sénégal qui n’a pas encore tiré profit de ses richesses de manière satisfaisante.

En effet, de simple rébellion au départ, il faut éviter que le conflit ne dégénère pour déboucher sur une véritable guerre et maladroitement ou accidentellement sur une guerre ethnique ou de religion. Car les tentatives et les risques demeurent aujourd’hui présents.

Les massacres de populations civiles, les viols organisés, les rapts, les bastonnades des chefs de famille et la mainmise sur les richesses naturelles de la Casamance par des groupes armés aux intentions inavouées constituent des situations préoccupantes qui ne trouvent leur explication que dans ce conflit où l’armée sénégalaise et la rébellion mènent des combats sans merci depuis la date du 26 décembre 1983, qui coïncide avec le déclenchement de la lutte armée en Casamance.

Loin de vouloir tresser des lauriers à un camp par rapport à l’autre, cet ouvrage se propose d’apporter un éclairage sur les causes et sur la gestion du conflit sous les angles théorique et pratique ainsi que historique et culturel.

L’ouvrage a l’ambition de poser les véritables problèmes qu’il n’est pas souhaitable d’occulter, mais qu’il s’agit de discuter et d’analyser très sérieusement, afin de donner des réponses adéquates au règlement de la crise casamançaise.

En extirpant tout esprit jacobin et partisan qui veut que l’on réduise les problèmes à la seule question de l’unité et du principe de l’intangibilité des frontières issues de la colonisation, il veut être le fruit d’une réflexion et d’une démarche basées sur une connaissance approfondie du problème casamançais.

Cet ouvrage est, par ailleurs, un livre de chevet pour tous les médiateurs, bonnes volontés, chercheurs, experts qui inlassablement œuvrent pour le retour de la paix en Casamance. Car il est maintenant temps de parvenir à un accord de paix fondé sur la nécessité, reconnue par toutes les parties, d’une réconciliation des cœurs et des esprits afin de s’engager ensemble dans les tâches urgentes et essentielles de développement, indispensables à la survie de la nation dans toute sa diversité culturelle et ethnique.

Mise à part la responsabilité des autorités sénégalaises, l’héritage que nous ont légué les colons n’est pas pour simplifier le règlement de la crise surtout avec la politique des quatre communes de plein exercice qui avait provoqué le délaissement de la périphérie au profit de Dakar, Gorée, Saint-louis et Rufisque. Le nid de l’irrédentisme casamançais venait d’être conçu.

La question casamançaise restera toujours un mystère et sa résolution difficile, si l’on ne tient pas compte de sa spécificité, produit d’une histoire quasi unique au Sénégal.

Grand centre commercial, c’est tout naturellement que Ziguinchor a attiré en plus des Baïnouks autochtones, des Diolas, des Mandingues, des Balantes, des Maudjaks, des Ouolofs, des Peuls, des Sérères, des Soninkés, etc.

La prolifération des mines et armements de toutes sortes dans la région et provenant pour une grande partie des stocks du mouvement de libération de la Guinée-Bissau et des îles du Cap-Vert (PAIGC), la gestion de la question de la frontière avec la Guinée-Bissau et la Gambie au relent économique et militaire, servant même parfois de base arrière au Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC) et de camps de réfugiés aux Casamançais sont autant d’obstacles sérieux à surmonter pour aboutir à l’avènement d’une paix effective dans cette partie du Sénégal.

Dès lors, l’on comprend aisément que la crise casamançaise dépasse aujourd’hui largement les limites de la Casamance naturelle pour entraîner une implication militaire, géographique et diplomatique des voisins comme la Guinée-Bissau et la Gambie, pays qui abritent de surcroît le même peuplement que celui de la Casamance, produit de l’héritage de l’empire du Gabou.

Cependant, il n’est jamais trop tard pour semer la graine de la paix, lorsque le sang des héros devient une semence de résistance et celui des innocents le terreau fertile de l’intolérance et de la haine.
Aperçu historique et géographique de la Casamance
Découverte et occupée successivement par les Portugais, les Anglais et les Français, la Casamance, initialement constituée d’une seule entité depuis l’indépendance du Sénégal en 1960, a été, à partir de 1984, divisée en deux régions : celle de Kolda d’une superficie de 21 011 km 2 estimée à 932 014 habitants et celle de Ziguinchor d’une superficie de 7 300 km 2 avec une population de 517 141 habitants.

Cette réforme administrative qui en suivit d’autres datant de l’époque coloniale a été expliquée différemment. L’autorité, pour la justifier, a évoqué un souci rationnel d’efficacité tendant à rapprocher davantage le citoyen de son administration tandis que le mouvement irrédentiste y percevait un moyen juridico-politique de le diviser et de l’affaiblir.

En 2008, Kolda se voit elle-même scindée en deux autres régions administratives : Kolda et Sédhiou.

La région naturelle de la Casamance est verdoyante et entourée d’eau. Son charme et ses paysages pittoresques et luxuriants sont bercés par la douceur du climat tout au long de l’année avec une bonne pluviométrie.

La personnalité régionale de la Casamance dans sa totalité temporelle et spatiale se fonde en effet sur des données permanentes et sur une longue histoire que les contingences politiques et administratives récentes ou anciennes n’ont pas réussi à faire disparaître.

Carte du Sénégal
Chapitre I
Problématique de la crise casamançaise
La date du 26 décembre 1983 marque un tournant historique décisif, ponctué de manifestations décisives dans la gestion de la crise casamançaise qui, d’une simple crise identitaire au départ, devient, à partir de cette date, un conflit armé avec la création d’une nouvelle branche armée du MFDC dénommée ATIKA.

Même si la Casamance nous avait habitués à la résistance, contre d’abord les autorités coloniales portugaise, anglaise puis française, rien ne laissait entrevoir l’imminence du déclenchement de la rébellion qui couvait.

Certes, cette rébellion a toutefois été précédée par l’événement annonciateur d’une tension sociale de plus en plus forte.

En effet, vers la fin des années 1970, des affectations de lots de terrains à bâtir par le Gouverneur créèrent des mouvements d’humeur parmi les populations de Ziguinchor, notamment du quartier de Tiléne, estimant qu’elles avaient été injustement « déguerpies » au profit d’originaires du Nord, favorisés par de hauts fonctionnaires de leurs ethnies. Une marche de protestation se dirigea vers le commissariat de Police où les agents dispersèrent la manifestation, en retenant, cependant, les « meneurs » pendant plusieurs heures.

Le 11 janvier 1980, c’est une grève des lycéens de Ziguinchor qui tourna au drame : un policier encerclé par des lanceurs de pierres tira sur le jeune élève Idrissa Sagna qui succomba sur le coup.

Cet accident créa la première manifestation de femmes, associant le culturel à la protestation moderne: plusieurs milliers de femmes en tenue traditionnelle, chantant des complaintes de l’ethnie Diola, se rassemblèrent au niveau du lycée, puis se dirigèrent vers la Gouvernance où elles campèrent, pour réclamer le départ immédiat du proviseur, accusé d’avoir provoqué la grève et d’être anti-casamançais. Cette leçon fut retenue par les tendances politiques en compétition à Ziguinchor qui essayèrent de canaliser ces femmes vers leur camp.

Le 26 décembre 1982, lorsque la rébellion entreprit une marche vers la Gouvernance pour y remplacer le drapeau du Sénégal par le sien, les femmes y participèrent en tête de cortège. La marche fut dispersée mais cette date n’en fut pas moins considérée par les assaillants comme marquant le début officiel de leur révolte.

Déjà à 72 heures de cette marche, le 23 décembre 1982, à 12 heures, l’Abbé Diamacoune Senghor qui s’était fait remarquer par ses prises de position sur la nécessité de l’indépendance de la Casamance, dénonçant pêle-mêle « l’exploitation anarchique de la forêt casamançaise et la loi sur le Domaine National », fut arrêté au presbytère de la cathédrale de Ziguinchor et incarcéré le 25 décembre 1982 à la prison centrale de Dakar.

Son procès s’ouvrit le 05 décembre 1983 devant la Cour de Sûreté de l’Etat et le 13 décembre de la même année, l’Abbé écopa de cinq années de prison ferme.

De crainte d’être arrêtés et jetés en prison comme l’Abbé, les meneurs de la marche du 26 décembre 1982 se résolurent à rester dans la forêt où ils s’étaient cachés.

C’est ainsi que, le 26 décembre, ils décidèrent de commémorer le premier anniversaire de cet événement. Une réunion préparatoire fut convoquée à Diabir près de l’aéroport de Ziguinchor. Des gendarmes venus la disperser furent attaqués et trois d’entre eux y perdirent la vie. Cet acte sanglant fut accompagné de la première saisie d’armes modernes par les assaillants qui regagnèrent aussitôt la forêt. Ce fut le début du maquis.

Le Parti Socialiste sénégalais au pouvoir organisa des marches et meetings massifs, à partir de 1983, pour essayer d’enrayer la dérive avant qu’elle ne soit incontrôlable.

Dans le reste du Sénégal, notamment à Dakar, des Casamançais toutes tendances confondues se mobilisèrent dans des associations de villages dans le but d’agir auprès des parents et amis restés en Casamance, en vue de mettre fin à la crise par des moyens pacifiques.

S’il est vrai que la problématique de la crise casamançaise trouve ses racines dans le séparatisme prôné par les dirigeants du MFDC, celui-ci par contre justifie son action par la situation sociale et politique (mécontentement et frustration) créée par les pouvoirs politiques.

Les enjeux à tout point de vue étaient énormes. L’expérience tirée de la résistance coloniale galvanisait les dirigeants du mouvement et la géographie du terrain était très propice pour abriter une rébellion. Le tout augurait donc des difficultés que l’armée sénégalaise et les médiateurs allaient rencontrer dans la résolution du conflit.

La dimension historique et politique du conflit
Les autorités coloniales portugaises, anglaises et françaises qui se sont succédé en Casamance ont reconnu que leur présence dans cette région s’est toujours heurtée à une résistance multiforme (révoltes, refus de paiement des impôts, etc.) des populations.

La longue résistance de la Casamance a commencé dès 1645 avec l’installation des Portugais, soit 14 ans avant même l’arrivée des Français à Saint-Louis du Sénégal. A ce propos, beaucoup de noms de villages sont empruntés aux colons portugais. Par exemple, au confluent de la Casamance et du Soungrougrou qui est une déformation par les natifs de San Gregorio, un certain Portugais du nom d’Adriano créa une grande ferme qui prit le nom de Ponta Di Adriano, devenu aujourd’hui, par altération, Adéane.

Les Portugais donnaient souvent à des points qu’ils découvraient dans le monde le nom du mystère ou du saint que l’Eglise catholique célébrait et fêtait ce jour-là. Ainsi, Natal rappelle le 25 décembre, fête de Noël, Natal en portugais.

Le vendredi 13 avril 1888, les Portugais quittèrent officiellement et définitivement la Casamance. Après la signature de la convention franco-portugaise de Paris du 12 Mai 1886.

A la suite de la signature de plusieurs traités de protectorat avec les chefs indigènes, les Français s’installèrent à leur tour en Casamance avec autant de difficultés que celles rencontrées par leurs prédécesseurs portugais dans les mouvements de résistance des populations.

Pour la Basse-Casamance, il faut ajouter qu’en 1857, pendant le congé, en France, du titulaire, Emmanuel Bertrand Bocandé, le résident intérimaire à Carabane, M. Boudens, annexa de sa propre initiative et définitivement d’ailleurs le comptoir britannique d’Elankine, au nord-ouest d’Oussouye.

Il fut désavoué par son supérieur hiérarchique, d’Alteyrac, Commandant Particulier de Gorée : « Ne connaissant pas la Casamance, je ne puis apprécier la gravité de l’acte que vous avez accompli, mais en principe, vous avez eu tort de votre seule autorité de vous permettre d’agir de la sorte. Ni vous, ni moi, n’avons qualité pour augmenter les possessions françaises, et supposer que votre acte soit approuvé par Monsieur le Commandant Supérieur, il n’admettra pas plus que je le fais moi-même qu’un résident puisse pour la première fois et sans ordre, arborer le pavillon national sur un territoire, car si une fois, il peut agir dans l’intérêt du pays, une seconde, il pourra lier sa politique et la mettre dans l’embarras. » (Archives du Sénégal 4 B. 34 lettre du Commandant Particulier de Gorée aux résidents de Carabane).

Boudens fut blâmé et relevé de ses fonctions, mais les Français ne restituèrent pas le comptoir d’Elankine aux Anglais.

En 1897, l’Administrateur Supérieur de la Casamance fit remarquer ce qui suit : « La situation est bien loin d’être satisfaisante ; il est certain que de nombreux villages ne reconnaissent pas notre autorité. Cette indépendance, ils la crient dans des propos offensants et fâcheux pour nous ». Quelques années plus tard, plus précisément en 1906, l’Administrateur Supérieur de la Casamance, Richard Bruno, qualifie les Diolas « d’habitants au tempérament impulsif avec une répulsion à tout principe d’autorité.»

Le successeur de l’Administrateur Richard Bruno, à savoir le capitaine Benquey, agacé, s’exprime par rapport à la même situation en ces termes : « Quoi qu’il en soit, les Diolas viennent de nous prouver que leur obstination incoercible est tout aussi difficile à vaincre qu’une rébellion active, et qu’en définitive, les résultats sont les mêmes. » Et Richard Bruno d’ajouter: « On n’admettrait pas en effet l’emploi d’armes contre une population butée qui ne répond à aucune de nos mises en demeure d’obéir, mais qui se garde bien de faire le moindre geste ou de se livrer à une démonstration menaçante...Ce n’est pas la peur des Blancs qui les fait agir de la sorte, comme ils le disent, mais la volonté bien arrêtée de ne pas nous obéir et cela dure ainsi depuis que nous occupons le pays, c’est-à-dire depuis 50 à 60 ans environ » (Archives du Sénégal 13 G 384 Rapport de l’Administrateur Supérieur Benquey sur la situation politique de la Casamance en décembre 1917).

En 1916, les missionnaires de Ziguinchor répètent à Monseigneur Jean Jalabber que la Casamance, surtout à l’ouest, n’est pas encore pacifiée. Devant une telle situation, le gouverneur général Clauzelle donne des instructions ayant pour objet la pacification totale et systématique de la Basse-Casamance et du Balantakounda.

Pendant cette même période, on entend les complaintes des fils de la Casamance, comme le nationaliste Ousmane Assouan Gueye.

Le 05 mars 1918, le député franco-sénégalais Blaise Diagne se rend à Ziguinchor pour la campagne de recrutement de soldats pour le front. Il est vivement critiqué par le Père Jean-Marie Esvan, Curé de la Mission Catholique de Ziguinchor, et ce, compte tenu des traitements inhumains qu’on faisait subir aux jeunes recrues.

En effet, le Blanc venait et « bouclait » les villages avec la troupe. On se livrait à une véritable chasse à l’homme. Tous ceux que l’on jugeait aptes étaient immédiatement internés. Quand on avait atteint le quota exigé, on arrêtait les visites. On alignait les recrues. On leur passait des cordes aux chevilles, à la ceinture et au cou. On prenait bien soin de relier ces futurs soldats les uns aux autres pour les empêcher de fuir. Ensuite, cravache à la main, on les forçait à marcher ainsi, en file indienne, parfois sur une distance de plus de vingt kilomètres. Les parents accompagnaient ces captifs d’un nouveau genre, en criant et en pleurant, jusqu’au point de séparation. Là se déroulaient des adieux déchirants, car l’expérience a montré que la plupart de ces recrues ne revenaient pas de la guerre. Ce fut le cas de la 17ème compagnie de Bignona, commandée par le capitaine Javelier et le lieutenant Lemoine, entièrement décimée par les Allemands à Arras, dans le Nord de la France, en Novembre 1914.

Toujours durant la visite officielle de Blaise Diagne à Ziguinchor le 6 mars 1918, une jeune fille diola révoltée traita le député franco-sénégalais de colonialiste et de collaborateur. Arrêtée et exilée, elle vivait encore en septembre 1983 loin de sa Casamance natale, âgée de 80 ans.

C’était deux ans avant la naissance de son émule Aline Sitoé Diatta, reine de Kabrousse, qui subit le même sort de par la volonté du colonisateur.

Au même moment, à Etama, dans l’Ouest du département de Ziguinchor, la reine Aloendisso Bassène, baptisée Marie Tendeng dans le royaume Afilayo, est arrêtée.

A l’image du rôle joué par les femmes casamançaises dans le combat que mène la branche armée du MFDC, ATIKA (participation aux combats, transport des mines et des armes etc.), la femme diola a toujours été parmi les avant-gardistes de toutes les luttes de résistance coloniales. En cas de bataille, tout en ayant le droit de « supporter » leurs hommes, les femmes sont chargées de s’occuper, sans discrimination aucune, des morts et des blessés des deux camps. Il est interdit de s’en prendre à eux. C’est la Croix-Rouge avant la lettre. Il arrivait parfois lors de graves conflits meurtriers que les femmes se jetassent parfois toutes nues, en s’interposant entre les belligérants, pour leur rappeler que c’étaient elles qui les avaient mis au monde, et qu’elles leur demandent de cesser les combats qui décimaient leur progéniture.

En octobre 1942, la reine Aline Sitoé, née en 1920 dans le quartier de Nialou, soulève la population casamançaise contre l’Administrateur Colonial Français, ce qui débouche sur une véritable révolte provoquée par la réquisition du riz non payé de la Casamance pour nourrir les forces françaises du point d’appui de Dakar et la population de la presqu’île du Cap-Vert. Le Kassa gagne le maquis et y reste de 1942 à 1962. La Casamance vient d’avoir sa Jeanne d’Arc.

En refusant le paiement de l’impôt du riz et l’implantation de la monoculture de l’arachide, cette jeune fille illettrée à peine âgée de 25 ans étonne ses interlocuteurs, grâce à son message à la fois religieux, culturel, social, économique et politique.

Le 29 janvier 1943, la reine Aline Sitoé Diatta est enlevée de Kabrousse par le lieutenant colonel Sajousse, Gouverneur de la Casamance, pour un exil sans retour. Sa coépouse enceinte est froidement abattue par les soldats français. Son seul tort est d’avoir passé la tête par la fenêtre pour voir ce qui se passe hors de la case.

Après l’arrestation de la reine Aline Sitoé Diatta, voilà que la même année à Yotou en 1943, sa grande émule, la reine Niakohufosso échappe aux forces françaises du Lieutenant Colonel Sajousse, Gouverneur de la Casamance. Elle passe la frontière et se réfugie en Guinée portugaise. Ses fils participent à la guerre de libération de la Guinée Portugaise. Elle meurt à Yotou en 1972. Croyant avoir maté la résistance casamançaise avec l’exil sans retour de la reine Aline Sitoé Diatta en 1943, la reine Aloendisso Bassène, baptisée Marie Tendeng en octobre 1954 par le père Louis Hunsec, déclare devant une population médusée :

« Aline Sitoe est partie, mais la lutte continue ! La Casamance aux Casamançais ! Les étrangers (les colonialistes) dehors ! A commencer par les Blancs (colonialistes) ! »

Arrêtée, elle est incarcérée une seconde fois par les Français, après une première condamnation à perpétuité en 1918. Comme elle prenait de l’âge, elle fut libérée et mise en résidence surveillée à Djibeloravec interdiction de séjour à Etama. Elle y mourut en mi-juin de l’an 1955. Le père Paul Groel l’enterra dans l’actuel cimetière de Brin, où sa tombe figure parmi les trois premières de ce deuxième cimetière catholique. Mère féconde et généreuse, la Casamançaise en général, et la femme diola en particulier, donne et sacrifie ses enfants pour la défense des nobles et justes causes. En 1984, une Casamançaise est allée à Dakar chercher son propre fils pour l’enrôler dans le maquis en Casamance.

Même si les femmes casamançaises ont opposé une résistance héroïque à l’occupant, les hommes n’étaient pas en reste comme le démontre le récit des évènements ci-après :
— Janvier 1859: 1ère bataille de Hillal, livrée par l’Amiral Protet, ex Gouverneur du Sénégal.

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