Le nouveau malaise alsacien
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Le nouveau malaise alsacien , livre ebook

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Description

« Le terme « démocratie » n’apparaît à aucun moment dans toutes ces discussions sur la réforme territoriale. Cette loi, tel un rouleau compresseur, ne laisse aucune place à ce genre de subtilités. »


Le rejet par de très nombreux Alsaciens de la réforme territoriale qui unit l’Alsace, la Lorraine et la Champagne-Ardenne est souvent taxé de « repli identitaire ». Pierre Kretz nous invite ici à dépasser cette accusation facile : non seulement la loi mais également la manière dont elle a été imposée relèvent d’un rejet de la démocratie, piétinent les conventions internationales et ignorent les réalités historiques et culturelles.


L’expression « malaise alsacien » a été utilisée en 1919 par la presse pour évoquer l’imbrication inextricable de questions linguistiques, scolaires, sociales et religieuses qui compliquait la réintégration de l’Alsace dans la République française dont elle avait été coupée pendant 47 ans.


Cent ans plus tard, un « nouveau malaise alsacien » est né de la loi du 25 novembre 2014 créant une région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne, rejetée par 96% des élus départementaux et régionaux. Une région tellement absurde que même les parlementaires socialistes alsaciens n’ont pas voté cette loi, pourtant proposée par un gouvernement issu de leur parti.
Aux accusations douteuses de passéisme et de repli, la colère de Pierre Kretz oppose réflexion, explication et analyse.

Sujets

Informations

Publié par
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EAN13 9782845742277
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Pierre Kretz
Le nouveau malaise alsacien
essai sur une réforme absurde
LE VERGER ÉDITEUR
I NTRODUCTION


Il est paraît-il des livres qu’il faut lire de toute urgence. Mais l’écriture d’un livre, elle, devrait toujours se faire dans la lenteur, la prise de distance, la remise en question permanente.
Pourtant ce livre-ci a été écrit dans la précipitation, au fil de l’actualité de ces derniers mois. Le lecteur s’en rendra compte. Je le prie par avance de m’en excuser.
Entamée en automne 2014, sa rédaction s’est achevée en février 2015. Durant cette courte période, la France a vécu le cauchemar des premiers jours de l’année. À la lueur de ces événements tragiques, il peut paraître dérisoire de se préoccuper d’une réforme administrative et territoriale qui laisse indifférents une grande majorité de nos compatriotes.
Mais ce serait faire trop d’honneur à ces quelques criminels fanatiques que de les laisser prendre en permanence nos esprits en otage.
Car cette loi du 25/11/2014 portant sur la création de nouvelles régions, en tant qu’elle concerne l’Alsace, contient trop d’éléments toxiques pour ne pas générer un profond malaise dans la population. Si elle n’a pas fait de grandes vagues au plan national, elle a suscité et continue de susciter en Alsace de fortes tensions et un rejet massif d’une partie importante de la population. Le contraire serait étonnant. Car cette loi n’a eu, tous partis confondus, le soutien d’aucun parlementaire, d’aucun élu départemental ni régional, d’aucun maire de la région.
Ce nouveau découpage régional a fait naître une région sans queue ni tête, un OVNI absurde, ridicule, qu’aucun géographe fou ou auteur de fiction politico-administrative n’aurait eu l’idée d’inventer, dont le sigle, d’entrée, frappe par son épaisseur poétique : l’ALCA, pour Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne.
Depuis le 25 novembre 2014 nous sommes donc des Alcaniens.
Il y avait jusqu’à présent l’Albanie et les Albanais. Il y aura dorénavant l’Alcanie et les Alcaniens.
Inutile de se lancer dans de grandes explications pour faire ressortir l’incohérence de ce projet alcanien. Il suffit de jeter un coup d’œil sur une carte des nouvelles régions pour être frappé par l’absurdité géographique de cette entité. Cette région, grande comme deux fois la Belgique, n’a aucune cohérence historique, culturelle ou territoriale. Elle ne tient compte ni de l’épaisseur des siècles, ni des sentiments d’appartenance de ses habitants. Inutile de chercher des références culturelles communes entre ses différentes composantes, il n’y en a pas. Pas plus qu’entre un Breton et un Savoyard.
Jusque-là, la prise en compte du fait régional par une Région Alsace dans le cadre républicain ne posait pas de difficultés. Je n’ai jamais entendu personne se plaindre de ce que l’existence de cette collectivité serait synonyme de repli et qu’il conviendrait de la supprimer pour « ouvrir » notre région qui serait repliée sur elle-même.
À présent, comme de très nombreux Alsaciens, je me sens impuissant, floué par une loi qui scelle l’avenir politique symbolique et imaginaire de ma région.
Alors tant pis. Je laisse de côté la nécessaire prise de distance indispensable à tout travail d’écriture, et je fais la seule chose en mon pouvoir : écrire.
Écrire à partir de mon malaise personnel, qui n’est qu’une infime parcelle d’un malaise général que certains qualifient déjà, en référence au fameux malaise alsacien de l’entre-deux-guerres, de « nouveau malaise alsacien ».
Le rapprochement me semble judicieux, car depuis la promulgation de la nouvelle loi, comme aux périodes les plus tendues des années vingt, des fossés se creusent entre Alsaciens, entre l’Alsace et les régions voisines, entre l’Alsace et la République.

PK, le 23 février 2015
1
L ETTRE À B RASSENS
Cher Georges Brassens,
Je sais que tu n’aimes pas être dérangé. Je me souviens que dans le musée qui t’est consacré à Sète on a conservé une petite affichette que tu avais l’habitude de coller sur la porte de ta chambre : « Ne déranger sous aucun prétexte. Je travaille ». Et là où tu te trouves à présent, je pense que tu continues à batailler encore et toujours avec les mots de la langue française et les accords de ta guitare.
Mais je prends la liberté de t’écrire aujourd’hui, car je trouve qu’il y a un lien direct entre la création de l’Alcanie et l’une de tes chansons que je préfère, Quand on est con, on est con.
Je te le dis en toute amitié : ta classification des cons me cause de l’embarras. Car tu as, cher Georges, une approche foncièrement essentialiste du con. Quoi de plus définitif en effet dans l’approche du concept de « con » que le titre même de ta chanson : Quand on est con on est con ?
Est-ce donc à dire que le con est condamné à le rester, qu’il n’a aucune chance de salut, qu’il ne peut avoir sur lui-même aucun regard critique, que tu lui refuses définitivement la capacité, à un moment donné de son existence, de prendre conscience de sa connerie ? Avec tout le respect et toute l’admiration que j’ai pour ta personne et pour ton œuvre, cher Georges, je trouve cette approche du con quelque peu figée, voire injuste.
Ne penses-tu pas qu’il faudrait de cette notion faire une approche plus existentialiste qui du coup permettrait de l’aborder sur un plan plus subjectif ? Une telle approche permettrait par exemple à un individu, qui jusque-là ne se sentait pas con et ne l’était pas, de comprendre soudain qu’on le prend pour tel et qu’il est en train de le devenir effectivement. Ou encore qu’il l’était depuis longtemps sans le savoir.
Car, vois-tu, autant te le dire franchement, et peut-être l’as-tu déjà deviné, c’est un con qui t’écrit cette lettre.
Un con occasionnel, bien sûr, du moins je l’espère, mais quand je le suis, je le suis pleinement. Car je n’ai pas l’habitude de faire les choses à moitié vois-tu. Je suis un grand admirateur de Montaigne, qui a écrit dans ses Essais « Quand je danse je danse, quand je dîne je dîne ». Et moi, quand je suis con, je suis con. Je suis ainsi fait.
Et pour que tu en saches un peu plus sur moi, je puis préciser que je ne suis ni de la génération des petits cons de la dernière averse ni de celle des cons débutants . Non, à vrai dire, né en 1950, je suis plutôt sur le versant con caduc voire vieux con des neiges d’antan.
Mais venons-en au fait. Je sais que tu étais du genre anarchiste et il est possible que tu n’aies jamais voté de ta vie. Moi je pense – mais peut-être est-ce déjà une pensée de con – que la démocratie avec élections et partis politiques est le plus mauvais des systèmes, à l’exception de tous les autres (ce n’est pas de moi, c’est de Churchill, je sais). Je pense aussi que les partis politiques sont une nécessité incontournable. Un mal nécessaire diront les pessimistes. Je pense en tout cas que le « tous pourris » peut nous conduire au pire. Je ne suis membre d’aucun parti mais je n’en tire aucune gloire. J’ai beaucoup d’estime pour les gens qui s’engagent en politique. Les crises qui rongent les deux principaux partis de notre pays sont un vrai danger pour la démocratie. La plupart des militants ont de réelles convictions. J’en connais un certain nombre, en particulier des militants socialistes de base, dont l’engagement ne peut que forcer l’admiration par ces temps où l’individualisme est devenu la nouvelle religion de nos sociétés. J’admire leur courage et leur capacité à avaler bien des couleuvres.
Pourquoi je te raconte tout ça, cher Georges ? Parce que j’attends de toi ton impartial message sur les circonstances que je vais à présent te décrire et les conséquences qu’il y aurait lieu d’en tirer à différents niveaux, en particulier en ce qui concerne ta classification des cons qui pourtant, je le sais bien, fait autorité en la matière.
Tu sais ou tu ne sais pas que le Parti socialiste a organisé des primaires pour la présidentielle de 2012. Une première dans la vie démocratique du pays. Une bonne idée semble-t-il, puisque la droite projette de la reprendre à son compte. Mes amis socialistes de la contrée où j’habite me demandent de m’occuper pendant quelques heures du bureau de vote d’un petit village dans le cadre de ces primaires

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