Ma vérité sur le maréchal Mobutu et sur la transition démocratique au Zaïre (1990-1997)
164 pages
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Description

La "transition démocratique" en République démocratique du Congo aura été l'une des plus troubles, complexes et longues de tout le continent africain (1990-2006). Acteur et témoin privilégié de l'histoire politique de ces dernières décennies, l'auteur pose un regard critique sur ces années de tumulte, en interpellant la responsabilité de l'acteur politique congolais. En évoquant ses rapports privilégiés avec le maréchal Mobutu, qui lui confiera la direction de son parti, l'auteur pose aussi son jugement global sur le déroulement de la transition.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 2015
Nombre de lectures 62
EAN13 9782336370972
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Titre

Banza Mukalay Nsungu








Ma vérité sur le Maréchal Mobutu et sur la transition démocratique au Zaïre (1990-1997)

Préface de Camille SESEP N’Sial















Comptes rendus
L’Harmattan
Copyright

Ce texte a été publié pour la première fois par
Les « Editions Africa Text » (RD Congo).
La présente édition n’a donc été possible
que grâce à l’aimable autorisation de cet éditeur.




















© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
EAN Epub : 978-2-336-72108-8
Sommaire
Couverture
4e de couverture
Titre
Copyright
Sommaire
Préface De Camille SESEP N’Sial
Avant-propos de l’auteur
I. Dans la cour du pouvoir
II. La guerre de l’Afdl
III. L’exil
IV. Rôle et responsabilité de la communauté internationale en Afrique
V. Conclusion
Adresse
Préface De Camille SESEP N’Sial 1
Le processus de restructuration politique en République Démocratique du Congo démarre en 1990. Le pays s’appelait alors « Zaïre ». Le régime mis en place, vingt-cinq ans auparavant, le 24 novembre 1965, par le Président Mobutu, exhibe au grand jour les marques de l’usure du temps. A l’intérieur du pays, des hommes et des femmes décidés d’accélérer le changement organisent la lutte pour un ordre politique nouveau. De l’extérieur, le vent de la perestroïka qui souffle sur le monde ne l’épargne pas.
Après un quart de siècle de pouvoir, le Maréchal Mobutu comprend que seule une ouverture politique contrôlée peut lui accorder un sursis à la tête de l’immense Zaïre. Les conclusions des consultations populaires qu’il initie en janvier 1990 sont claires : le pays profond aspire au changement. Le 24 avril 1990, le décor est planté pour un nouveau départ. A partir de N’Sele, la cité du parti, située dans la banlieue Est de Kinshasa, le Président Mobutu prononce un discours que l’opinion qualifie d’historique. Ce discours sonne officiellement le glas du monopartisme et marque l’ouverture vers une société de démocratie pluraliste. Mais le chemin pour y parvenir se révèle rapidement tortueux et plein d’embûches. A la volonté populaire de changement s’oppose la détermination des partisans du statu quo. La lutte se radicalise. Les forces politiques qui réclament le changement accusent le régime de tous les maux. Le Maréchal Mobutu et ses partisans sont au centre d’une diabolisation à outrance. Mobutu est présenté devant l’opinion nationale et internationale comme l’incarnation du mal zaïrois. De 1990 à 1992, près de trois mille délégués du peuple se réunissent en Conférence pour faire le diagnostic de ce mal et proposer les remèdes. La Conférence nationale souveraine se livre à une véritable « logo-thérapie ». Le caractère osé des messages et des interventions de la plupart des délégués par rapport au système en place fait miroiter au peuple l’espoir d’un changement radical imminent. Deux forces antagonistes s’affrontent : la mouvance présidentielle regroupée autour de Mobutu et l’opposition radicale réunie autour d’Etienne Tshisekedi. Entre les deux, l’Eglise catholique représentée par Monseigneur Laurent Monsengwo Pasinya se donne le rôle délicat d’arbitre.
Deux ans après, la Conférence nationale, la plus longue que l’Afrique ait connue, est en panne. Dans la redistribution des rôles, les anciens partisans de Mobutu se positionnent, entre-temps, certains dans la mouvance présidentielle, d’autres dans l’opposition radicale. Au sein même de l’opposition, tous les acteurs ne poursuivent pas les mêmes objectifs. Les tergiversations, les contradictions de la classe politique exacerbent les tensions. La crise perdure et ne cesse de s’aggraver.
Dans ce contexte, l’instauration d’un ordre politique nouveau exige la mise sur pied d’une nouvelle alliance entre les acteurs politiques et le peuple. Une alliance fondée sur des valeurs, des règles éthiques, républicaines et démocratiques qui s’imposent à tous ainsi que sur la quête du bonheur pour tous, grâce au partage, dans la solidarité responsable, des richesses nationales, et sur la volonté de reconstruire, par le travail, un Etat fort et prospère. L’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) se donne cette mission en 1996. Son projet est double : la démocratisation du pays ainsi que le développement et la reconstruction nationale.
Parties de Lemera à l’extrême Est de la République, les forces politiques et combattantes regroupées au sein du mouvement font, le 17 mai 1997, après six mois de guerre éclair, leur entrée triomphale à Kinshasa. Le Congo profond respire. Le nouvel ordre politique semble répondre à son désir de changement. Mais très rapidement, l’AFDL étale ses dysfonctionnements et ses contradictions. C’est le désenchantement. En août 1998, éclate une nouvelle guerre. La scène politique dominée par l’AFDL est occupée aussi par des mouvements rebelles (dont des anciens de l’AFDL) appuyés par des armées étrangères en opposition au pouvoir de Laurent-Désiré Kabila, lui-même soutenu par des forces armées gouvernementales des pays amis.
En juin 2003, après six ans de guerre, de nouvelles institutions politiques sont mises en place sous la direction du Président Joseph Kabila assisté de quatre vice-présidents issus de principaux groupes belligérants. L’ambition déclarée de nouvelles institutions est de conduire le Congo à des élections libres, démocratiques et transparentes en juin 2005. Mais ces élections n’auront lieu qu’en 2006. Quelle est la responsabilité des acteurs politiques dans les échecs successifs de cette longue transition ? Quel type de dirigeants faut-il au Congo ? Quel rôle la communauté internationale peut-elle jouer dans la renaissance du pays ?
Chronique des jeux et des enjeux politiques que développe Banza Mukalay Nsungu avec une parfaite maîtrise, l’ouvrage est, au-delà, de l’évocation historique de différents événements politiques, le témoignage courageux d’une fidélité à un homme, Mobutu, qui a marqué l’histoire du pays. Il est, ensuite, un appel à la classe politique, au peuple congolais et à la communauté internationale pour que soit rétablie la vérité sur cet homme et sur les causes réelles de l’échec de la transition.
Il est, enfin, une interpellation de la même communauté internationale pour qu’elle contribue à « libérer l’Afrique en général et la République Démocratique du Congo en particulier de tous les pseudo-libérateurs ou révolutionnaires ». Car « l’Afrique a plutôt besoin des dirigeants à la dimension humaine, sensibles aux questions de développement économique et social de leurs concitoyens, sensibles aux valeurs républicaines de tolérance, de liberté et de respect des droits de l’homme et du droit à la propriété privée ».
Banza Mukalay Nsungu a ainsi le mérite de dévoiler son credo et livrer à la critique de l’histoire sa lecture des événements ayant marqué la transition congolaise. Ce témoignage invite le lecteur à un devoir de mémoire. Il le plonge au cœur de la politique congolaise que l’auteur vit du dedans, depuis 1982, en tant que l’un des acteurs majeurs, et dont il dévoile les dessous. Il bouscule ainsi les stéréotypes négatifs véhiculés par une certaine opinion et qui altèrent profondément l’image de Mobutu et propose des pistes pour une gestion apaisée du Congo. Le livre s’adresse à un large public. Il sera, sans doute, au centre des débats animés dans les cercles politiques et autres. Puisse-t-il contribuer à la recherche des solutions à la crise dans laquelle le pays est englué.
1 Camille SESEP N’Sial est professeur ordinaire à l’Université de Kinshasa. Le texte de cette préface a été légèrement modifié pour les besoins de la nouvelle édition.
Avant-propos de l’auteur
Lorsque le 30 juin I960, la République démocratique du Congo accède à l’indépendance, le pays aspire à un avenir radieux. Ses immenses potentialités – du sol et du sous-sol – n’ont besoin que des hommes et des femmes décidés à les transformer en richesses véritables pour le bonheur de tous. Le rêve est permis. Pourtant, les années post-indépendance vont brisé ce rêve légitime.
L’intervalle historique (1960-1965) a été marqué par toutes les formes d’instabilité qu’un Etat puisse connaître : crises gouvernementales répétitives, mutinerie au sein de l’armée, assassinat du Premier ministre, sécessions de certaines provinces, mouvements de rébellions dans une bonne partie du pays, etc.
Si le régime Mobutu, qui s’installe en 1965 à la suite d’un coup d’Etat militaire, a pu dans un premier moment redonner la grandeur au pays, le système de monopartisme imposé montrera à partir des années 1980 ses limites. Nos populations exigeront des changements pour des lendemains meilleurs. Mais comme l’explique mon préfacier, la transition politique démarrée dès 1990 allait s’avérer tout aussi désastreuse. Cette transition aurait pu permettre au pays de rebondir, mais non, elle s’est muée en un piège sans fin. La nuit aura été trop longue. Ce livre est un témoignage sur cette transition qui demeure une période importante de notre histoire. Un témoignage aussi sur la figure la plus marquante de cette période : Mobutu Sese Seko. Un témoignage, enfin, qui a l’ambition de restituer les évènements aussi objectivement que possible, de réajuster les points de vue, de corriger les erreurs dans l’appréciation de ces événements et des acteurs qui en sont à la base. D’autres erreurs, nombreuses et fatales sans doute, ont été commises par ces acteurs (dont Mobutu) qui ont influé de manière décisive sur la marche du Congo qui en paie le prix. Il importe d’en tirer les leçons qui s’imposent. Mais il ne faut pas aussi faire table rase des actions positives qui nous ont fait rêver. Les générations futures ont besoin de la vérité. A leur conscience critique je propose la mienne. Particulièrement sur Mobutu Sese Seko et sur la période de la transition.
I. Dans la cour du pouvoir
Ma rencontre avec le Maréchal Mobutu
J’estime nécessaire, avant toute chose, de situer, à la fois les contours et les circonstances de ma rencontre avec le Maréchal Mobutu, personnage historique qui a dirigé le pays trente-deux ans durant. Nous sommes en 1990. Je siège au parlement pour un second mandat successif, ayant été réélu en 1987, dans la circonscription électorale de Lubumbashi, capitale de la riche province du Shaba. A l’Assemblée nationale, je suis compté parmi les commissaires du peuple (députés) qui n’ont pas la langue dans la poche. Mes interventions ne ménagent pas le système monopartiste dans lequel nous évoluons. Plusieurs pariaient sur la nécessité de créer un gouvernement responsable devant le parlement, sujet jusque-là tabou.
Depuis la chute du Mur de Berlin, les régimes forts du type communiste de l’Europe de l’Est s’effondrent l’un après l’autre. Au Zaïre, Mobutu prend le devant. Tirant les leçons qui s’imposent à la suite de la perestroïka de Gorbatchev, il organise, dès janvier 1990, des consultations populaires. Celles-ci consistent à recueillir les avis de la population sur le fonctionnement des institutions de l’Etat. Il invite ainsi les diverses catégories socioprofessionnelles à lui adresser leurs doléances et leurs mémorandums directement ou par l’entremise du coordonnateur nommé à cet effet, Monsieur Edouard Mokolo wa Mpombo. Ces consultations se déroulent du 29 janvier au 29 mars 1990. Le Maréchal Mobutu fait personnellement le tour de tous les chefs-lieux des provinces. D’une manière générale, la majorité des mémorandums dénoncent la position du parti-Etat et le comportement des acteurs qui l’animent. Mais, d’autres, comme celui des fonctionnaires du ministère des affaires étrangères ou ceux de l’Union des travailleurs du Zaïre et des associations estudiantines, mettent directement en cause la personne et le rôle de Mobutu et réclament notamment l’instauration du multipartisme.
Le 24 avril 1990, le Président Mobutu prononce l’historique discours libéralisant la vie politique et sociale. Il précise qu’il a tenu compte de tous les mémorandums que les différentes couches de la population lui ont adressés. Le MPR (Mouvement Populaire de la Révolution), alors parti-Etat, est dépouillé de son rôle dirigeant. Le Président propose, pour ce faire, un multipartisme limité à trois partis et une période de transition d’un an. Dans la foulée, le port de la cravate, l’usage des prénoms chrétiens, les libertés de la presse et d’association sont réinstaurés. C’est le lancement du processus démocratique. Alors en résidence surveillée, Monsieur Etienne Tshisekedi retrouve sa liberté. Kinshasa explose de joie. Mais une joie qui ne dure que l’espace d’un après-midi. Car, le soir même, le Maréchal Mobutu, devant les journalistes de la presse étrangère, donne l’impression d’hésiter sur sa volonté de démocratiser réellement le pays.
Le 3 mai, devant le parlement, il reprécise sa pensée en mettant un peu plus de restrictions au processus qu’il avait lancé plus tôt. Ce qui ne fait qu’accroître le doute et la perplexité dans l’opinion. Le lendemain, un groupe d’étudiants de l’Université de Kinshasa s’attaque, sur la route du Mont Amba (la cité universitaire), à un bus des parlementaires qu’ils accusent d’avoir applaudi le discours révisionniste du Maréchal Mobutu. Bilan : quelques blessés du côté des étudiants, la plupart des parlementaires dénudés sur la place publique, des bus incendiés. A l’époque, les bus du parlement sur lesquels était écrit, en grands caractères, « PARLEMENT » sillonnaient les rues de Kinshasa pour assurer le transport des députés. Le pouvoir réagit énergiquement en fermant l’Université de Kinshasa, tandis que l’opposition applaudit l’action des étudiants. C’est le début d’une situation de haine désabusée entre les étudiants et le pouvoir.
Parallèlement, le Maréchal Mobutu multiplie des audiences aux différentes personnalités politiques. Monsieur Justin Mananga, alors ministre du Budget, ancien président de la Commission économico-financière du parlement, connaisseur du milieu parlementaire, est de ceux qui sont reçus. Il est accompagné de Monsieur Moleka Nzulama, alors Gouverneur de la ville de Kinshasa et ancien député, lui aussi. C’est au cours de leur entretien que mon nom est évoqué auprès du Maréchal Mobutu qui exprime la volonté de me rencontrer. Sans doute, avait-il été intéressé par mon passé. En effet, encore très jeune, sans moyens financiers ni matériels adéquats, j’avais battu, deux fois de suite, en 1982 et 1987, les dinosaures aux élections législatives dans la circonscription électorale de Lubumbashi. J’avais mené toutes ces campagnes à pied. Mon discours non conformiste, rénovateur, proche du peuple, ne pouvait laisser insensible le Maréchal Mobutu qui voulait apparaître, cette fois, comme l’homme du changement. C’est un « meneur d’hommes », lâche-t-il à mon sujet.
Justin Mananga me conduit auprès de lui le lendemain, à bord de sa Mercedes blanche. Sitôt arrivés, sitôt reçus. Debout, dans le coin droit de la cabine présidentielle du yacht Kamanyola, sans sa toque de léopard habituelle ni sa canne traditionnelle, le Maréchal Mobutu, après nous avoir salués, demande au protocole de nous conduire dans son salon. Là, nous avons quelques échanges autour de la démocratie, des élections, des partis politiques, plus précisément du MPR qu’il faut rénover. Le Maréchal Mobutu me demande de le revoir le lendemain soir. Je reviens seul. Il me propose de réfléchir sur la restructuration du MPR, parti dont il vient de quitter solennellement la direction le 24 avril 1990, non sans avoir versé des larmes, créant du coup une grande débandade parmi les cadres.
Ce soir-là, j’ai encore le privilège de partager son repas. Certes, j’avais, par le passé, déjà eu l’occasion de serrer la main du Président et celle de son épouse lors des manifestations publiques (présentation des vœux au couple présidentiel, journée parlementaire). Mais, c’était, pour moi, la toute première fois de m’asseoir en face de lui, de discuter avec lui sur certaines questions relatives à la politique du pays et d’être invité à sa table. C’est non sans anxiété que j’avais accepté de prendre le repas sur le bateau Kamanyola. Selon les rumeurs, c’est souvent à pareille occasion que l’on empoisonnait certains hôtes. Ma peur était d’autant plus grande que j’étais, au parlement, fort connu pour des interventions incendiaires contre le système. Heureusement, c’était le self-service. Avec le temps et l’habitude, cette crainte s’était dissipée. Manger à la table du Président était encore plus rassurant qu’à celle de ses collaborateurs avec qui on n’était pas toujours en bons termes.
J’ai accepté la proposition du Président de participer à la reconstruction de son parti parce que, pour moi, c’était un défi à relever : celui du renouveau démocratique. Cela me donnait une occasion d’apporter directement ma modeste contribution à l’avancement du processus démocratique ainsi amorcé. Pour moi, le combat n’était guère contre l’individu Mobutu, mais bien contre le système monopartiste et autocratique alors en vigueur au pays. Mes premières réflexions sur le MPR ont été remises à Monsieur Nsinga Udjuu désigné officiellement Président provisoire du parti.
Le gouvernement Lunda Bululu
Une semaine plus tard, c’est-à-dire vers le 5 mai 1990, je suis nommé au premier gouvernement de transition dirigé par le professeur Lunda Bululu. Celui-ci est encore peu connu sur la scène politique zaïroise. Il vient de la Communauté économique de l’Afrique Centrale où il assumait les fonctions de Secrétaire général.
En nommant un homme véritablement nouveau sur la scène politique zaïroise pour conduire ou, mieux, pour démarrer la transition démocratique, le Maréchal Mobutu veut frapper un coup sûr. Si cette nomination rencontre l’adhésion d’une grande partie de l’opinion, en tant qu’elle suggère le changement espéré, elle radicalise, par contre, les positions des politiciens traditionnels qui, déjà, accusaient Mobutu, leur ancien patron, de chercher à manipuler le processus démocratique à peine amorcé. Ainsi, une grande mobilisation s’organise contre la proposition du Président de limiter à trois le nombre des partis politiques, de constituer, pour l’élaboration de la constitution de la troisième République, une commission constitutionnelle.
Les événements du campus universitaire de Lubumbashi n’arrangent pas les choses. A cela s’ajoutent l’effondrement de la mine de Kamoto à la Gécamines Kolwezi, l’arrêt de la vieille usine pyro-métallurgique de Lubumbashi, l’inondation de la mine de zinc et de cuivre de Kipushi, les grèves et les pillages successifs, les difficultés d’acheminement des minerais vers Matadi ou vers le port de Durban en Afrique du Sud. Le marasme de ce secteur prive l’Etat de sa première source de revenus.
Ce qui, au fil de toute la période de transition, se fait sentir par le paiement sporadique des fonctionnaires, la détérioration fort avancée des infrastructures tant scolaires que sanitaires. Si le gouvernement Lunda avait réussi à augmenter les salaires des fonctionnaires et à réparer quelques infrastructures, une bonne partie de la population était abandonnée à son triste sort.
Les événements du campus de Lubumbashi
II convient de souligner que les tristes événements du campus universitaire de Lubumbashi mobilisent l’opinion tant nationale qu’internationale. Que s’est-il passé réellement ? Loin de moi la prétention de faire des révélations. Je voudrais, sur cette question, reprendre les informations telles que je les avais apprises et, au besoin, émettre quelques commentaires.
Les événements que tout le monde a déplorés se sont déroulés dans la nuit du 11 au 12 mai 1990, sur la cité universitaire du campus de Lubumbashi. Auparavant, il y a eu la chasse aux étudiants originaires de la province de l’Equateur. Certains parmi eux étaient accusés de mouchards. Ceux qui étaient attrapés étaient battus, d’autres étaient jetés dans une fosse avec la tentation d’y être brûlés vifs. Cette chasse aux sorcières avait fait fuir du campus tous les étudiants ressortissants de la province de l’Equateur. En dehors de la cité universitaire, ces derniers s’étaient organisés pour se venger des actes barbares et humiliants dont ils avaient été victimes. Ils avaient tenu des réunions chez leurs aînés qui occupaient de hautes fonctions en ville. Selon certaines sources, ceux-ci les en avaient dissuadés. Selon d’autres, par contre, ils les y avaient encouragés en leur achetant même des cagoules. D’autres encore avaient dit que c’était plutôt un commando venu nuitamment de Kinshasa qui avait exécuté la besogne.
Dans tous les cas de figures, c’est l’opération de vengeance aveugle, connue sous le code (en lingala) de « LITITI MBOKA » (littéralement « la feuille du village »), qui s’est déroulée dans la nuit du 11 au 12 mai 1990 et qui a été appelée, depuis lors, « massacres de Lubumbashi ». On parle de plusieurs morts selon l’opposition et d’un mort selon le gouvernement. Tous les médias du monde relayent et commentent les événements. Les différents gouvernements occidentaux rivalisent des condamnations contre le gouvernement de Kinshasa. Au pays, toute personne qui se réclame de l’opposition en fait son cheval de bataille. Les déclarations se bousculent, les unes aussi mensongères que les autres, sans aucun souci de la recherche des preuves. C’est la course au sensationnel. Chacun avance des chiffres des morts qui lui passent par la tête. Si certains parlent vaguement de plusieurs morts et des blessés graves, d’autres vont jusqu’à parler de centaines des morts, des charniers.
Ces rumeurs sont amplifiées par le fait que le gouvernement veut, par mégarde, ou délibérément, taire l’incident. Il a fallu que la presse internationale le dénonce pour que le gouvernement donne alors sa version des faits. Des enquêtes vont être diligentées : celle de l’Assemblée provinciale, celle du Ministre de l’intérieur Engulu Banga Pongo et celle de la commission parlementaire dirigée par l’honorable Mwamba Maleba. Toutes ces enquêtes concluent à un seul mort : l’étudiant Yelumba, originaire du Kasaï Occidental.
Elu de Lubumbashi et, depuis dix jours, Ministre dans le premier gouvernement de transition, je me rends à Lubumbashi pour tâter le terrain. J’essaie de m’informer sur la situation à travers différentes zones ou communes. L’atmosphère est lourde. Le pouvoir est, selon l’opinion locale, pointé du doigt accusateur. Mais je ne trouve pas un seul endroit où le deuil d’un étudiant est organisé. Les rumeurs de plusieurs morts, elles, courent toujours. A la Conférence nationale souveraine, on attend des révélations fracassantes. En tout cas, rien de très particulier n’y est dit. Le Président de la Commission des assassinats et crimes politiques, Monsieur Kasusula, avait dit, plus tard, qu’il n’avait, pendant toute la durée de la CNS, reçu aucune plainte au sujet des étudiants prétendument morts lors de ces événements.
Lorsqu’on sait le degré de liberté d’expression atteint à la Conférence nationale, on peut se demander pourquoi les parents des présumées victimes s’étaient tus ? Je ne suis pas loin de dire avec Henry de Montherlant dans le Maître de Santiago : « Notre époque est celle de l’imposture éhontée. Il s’agit toujours d’affirmer que le blanc est noir. Les gens distraits, abêtis, ignorantissimes, finissent par le croire. Cela dans tous les ordres politique, social, artistique, littéraire ».
L’université a, évidemment, été fermée. Le gouvernement Lunda a ordonné sa réfection qui a été faite par le génie militaire. Cependant, les étudiants désespéraient de le voir rouvrir ses portes. Tout le monde avait peur d’envisager la réouverture. Lors d’un de mes séjours à Lubumbashi, je reçois une délégation des étudiants. Ils me remettent un mémorandum destiné au Président Mobutu. Ils réclament la réouverture de l’université et y promettent de ne s’occuper que de leurs études. Ils m’informent, en même temps, qu’ils avaient, avant moi, transmis à travers plusieurs personnalités politiques, le même mémorandum mais sans suite. La délégation demande d’être reçue par le Maréchal Mobutu.
C’est ainsi qu’à mon retour à Kinshasa, j’en parle au Maréchal. Je lui remets le mémorandum en question. Surpris par ces nouvelles dispositions d’esprit des étudiants, il me charge d’organiser cette audience. Je prends, à mon tour, contact à la fois avec le Secrétaire général académique, le professeur Kilanga Musinde, et avec la délégation des étudiants que j’avais reçue à Lubumbashi. J’organise leur voyage de Lubumbashi à Kinshasa. Ils sont logés à N’Sele, là même où était ancré le yacht du Maréchal Mobutu. Le Président reçoit la délégation le lendemain. Puis, il fait venir le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Kambay Bwatsha, et le Premier ministre Lunda Bululu. Ceux-ci sont réticents quant à l’ouverture immédiate de l’université. Ils demandent que tous les travaux de finissage soient exécutés. Impatients, les étudiants et le Secrétaire général académique disent que l’essentiel était fait. Ainsi, le Président ordonne la réouverture.
Comme j’étais membre du gouvernement et que je m’occupais d’un autre secteur, il a fallu jouer très habilement pour ne pas froisser mon collègue de l’enseignement supérieur. C’est ainsi que je n’avais assisté à aucune réunion publique entre le Président et les étudiants. A son retour à Lubumbashi, la délégation fait naturellement rapport aux autres étudiants. Ce qui n’a pas manqué de les réjouir. Voici comment le campus a été rouvert après les massacres présumés.
Il faut, cependant, noter que les événements de Lubumbashi avaient constitué un fonds de commerce pour nombre d’acteurs politiques zaïrois. Pour se faire valoir comme opposants, beaucoup de politiciens se lancent dans des déclarations enflammées sur le nombre des victimes et sur les bourreaux. Tout cela sans se soucier, le moins du monde, d’apporter le début des preuves à leurs allégations. Toutes ces histoires pèsent lourdement sur le premier gouvernement de transition et sur le processus démocratique. La méfiance entre le pouvoir et l’opposition s’accroît considérablement. Sous la pression des puissances occidentales, le pouvoir de Mobutu s’affaiblit progressivement.
A la suite de ces événements, le gouvernement Lunda permute le gouverneur Khonde du Nord-Kivu pour le Shaba, et Koyagialo du Shaba pour le Nord-Kivu. Ce dernier ne joindra jamais son nouveau poste suite à l’hostilité grandissante de la population qui le considère comme l’un des exécutants de ces massacres présumés. Cet homme humble, qui n’est même pas capable de tuer une mouche, sera traduit en justice, puis condamné en compagnie de quelques uns de ses collaborateurs civils et militaires. C’est cela le pouvoir qui sacrifie même ses propres enfants. Dans l’entre-temps, le Maréchal Mobutu préside à Lubumbashi des grandioses manifestations du trentième anniversaire de l’indépendance nationale.

Le choix de la ville de Lubumbashi n’est pas fortuit. C’est le lieu des massacres présumés. C’est aussi le cœur de la contestation contre le pouvoir en place. En y présidant, sur le Boulevard Mobutu, une grande parade militaire, le Maréchal Président a certainement voulu lancer un message fort à la population locale acquise, en grande partie, aux idées d’un parti régional, la FENADEC, qui prône le fédéralisme si pas la sécession. La plupart de ses cadres se réclament ouvertement de l’héritage de Moïse Tshombe. Malgré cette démonstration de force, Mobutu évite l’affrontement direct. En catimini, dans une villa préparée spécialement à cet effet, il reçoit une délégation de ce parti avec laquelle il tente vainement de négocier le rapprochement. Celle-ci est conduite par le Dr Muteta, alors Président du parti. Le Dr Muteta sera encore reçu plus tard à Goma par le Président Mobutu, cette fois en compagnie de quelques membres de sa famille. Avant même qu’il ne revienne rendre compte à la base de ce dont il avait discuté avec le Maréchal Mobutu, il est accusé de corruption et se fait évincer de la tête du parti par Gabriel Kyungu wa Kumwanza, co-fondateur du parti et l’un des treize parlementaires, auteurs de la fameuse « lettre ouverte » au Président Mobutu.
La corruption n’était qu’un prétexte. Car le Dr Muteta à qui il avait été proposé un poste ministériel l’avait repoussé en attendant la concertation avec la base. Je pense plutôt à une lutte d’influence au sein du parti, lutte entre les partisans du dialogue avec le pouvoir et les opposants. Le Dr Muteta se trouvait du côté de ceux qui, en ce moment déjà, voulaient engager le dialogue. Il a peut-être eu raison très tôt. Car, après la fusion entre la FENADEC et le PRI (Parti des républicains indépendants) de Nguz a Karl i Bond, ce qui donnera l’UFERI (Union des fédéralistes et des républicains indépendants), celle-ci évoluera dans le sens de plus de rapprochement avec Mobutu, permettant ainsi à ses membres d’occuper plusieurs postes au gouvernement, dans les entreprises et au sein de différents gouvernorats. L’UFERI fera aussi partie de « Forces politiques du conclave » (FPC) qui soutenaient le Maréchal Mobutu. Parmi ces « forces », outre l’UFERI, il y a le MPR (le parti de Mobutu), la DCF (Démocratie chrétienne fédéraliste), le parti de feu Nyamwisi Muvingi, le FCN de Mandungu… Ces forces vont créer par la suite une plateforme appelée ADELI (Alliance pour la démocratie et les élections libres). Nguz en sera le premier Président !
Réformes démocratiques et libéralisation de la presse
Quant à moi, je suis, dans le premier gouvernement de transition du professeur Lunda Bululu, d’abord en charge des relations avec le parlement. Je dois, pour mieux le gérer, effectuer quelques voyages d’apprentissage au Sénégal et en France, pour m’inspirer des modalités de fonctionnement de ce ministère.
Au pays, je contribue, aux côtés de la ministre de la Justice, Madame Nkulu Muyabo, à l’adoption par le Parlement des projets de loi consacrant les réformes démocratiques : révision de la constitution de 1967 en y incluant, désormais, le multipartisme politique et syndical, la loi sur l’organisation et le fonctionnement des partis politiques. Parmi d’autres modifications notables, il convient de noter que le gouvernement devient responsable à la fois devant le Président de la République et devant le parlement. C’est le régime semi-présidentiel. Le Premier ministre devient chef du gouvernement.
J’ai, par la suite, été appelé au ministère de l’Information et de la Presse. En ce moment, il n’existe pas de télévision comme de radio autres qu’officielles. L’existence des journaux se limite à un titre pour le Shaba (Mjumbe), à six pour Kinshasa (Salongo, Umoja, Elima, Analyste, Le Phare, Le Potentiel), à un pour le Kivu (Jua), à un également pour les deux Kasaï (Le Kasaï) et pour le Haut-Zaïre (Boyoma).

La majorité de ces journaux recevait de l’Etat quelques subsides. Je facilite, en les accélérant, les modalités d’agrément de plusieurs autres journaux privés. J’accorde également l’agrément à quelques télévisions et radios privées. S’agissant de la télévision et de la radio officielle, j’y applique la politique consistant à éviter l’inutile rétention des informations. J’ai également mis à profit mon mandat au 18 ème étage de la tour administrative de la Voix du Zaïre pour libéraliser les débats politiques à la télévision et à la radio nationales. C’est sous mon mandat au Ministère de l’information qu’Etienne Tshisekedi est, en tant qu’opposant, passé pour la première fois sur les antennes nationales fustiger le régime Mobutu. Autant cela m’a fait apprécier par une certaine opinion acquise au changement, autant cela m’a valu des critiques des « faucons » qui considéraient mon attitude comme une « licence ». Ma réponse a toujours été que la télévision nationale devait servir tout le monde indistinctement. Le port de la cravate, jusque là interdit aux journalistes de la télévision nationale, est libéralisé. Il fallait une dose de courage pour prendre pareille décision. Car la cravate apparaissait, au début du processus, comme signe distinctif de l’opposition.
En ce qui concerne les programmes et dans le souci d’équité, j’ai réussi à élaborer – et ce, après avoir consulté, dans mon cabinet de travail, les délégations de différents partis politiques – une grille des critères auxquels tous les partis étaient désormais soumis : un timing équivalent pour le reportage, pour les interviews et même pour la participation aux débats. J’ai appliqué rigoureusement ces critères même à mon propre parti le MPR. Pour moi, c’était la seule façon de crédibiliser le travail d’équité et d’ouverture que nous avons lancé. En arrivant au Ministère de l’Information en 1991, j’y succède à Monsieur Ngongo Kamanda, époux de la jeune sœur de la défunte Marie Antoinette, première épouse du Maréchal Mobutu. Ngongo Kamanda me montre sur le bureau plusieurs numéros d’appel téléphonique : « Celui-ci, me dit-il, c’est pour faire venir le huissier ; cet autre, le chef de cabinet ; ceux-là, le PDG de l’OZRT, les Directeurs des informations Radio et TV, les Directeurs des programmes de la télévision et de la radio ».
Naïf, je m’étonne de pouvoir téléphoner jusqu’au chef des programmes de l’OZRT, comme une châtelaine de jadis à ses femmes de chambre. « C’est ainsi. Tous les jours vous les appellerez pour arrêter les grandes lignes du journal du soir », me confie mon prédécesseur.
Sans l’appui, le concours de mon adjoint, le Vice-ministre Vincent Mulamba Nzuji, et celui du personnel de mon cabinet dont Monsieur Dema P’Fambon, Kasongo Mwema Yamba Yamba, Kasonga Mbunga wa Kalala Kafumba, pour ne citer que les principaux, la tâche m’aurait encore été plus difficile. Qu’ils trouvent ici mes sentiments de profonde admiration pour leur courage, leur esprit d’abnégation, leur professionnalisme et leur intégrité morale et intellectuelle. Le cas de Monsieur Tshimpumpu wa Tshimpumpu qui, tout en étant dans l’opposition, venait, chaque soir, discuter avec moi de la meilleure façon d’améliorer les services de la radio et de la télévision, ne peut être oublié.
Avant la diffusion de chaque journal ou d’un grand programme, le conducteur est transmis à mon cabinet pour approbation. C’est ce que, malgré la libération de la vie politique, le ministre de l’Information devait, entre autres, accomplir comme tâche. Il jouait au chien de garde au niveau des médias publics. J’ai, moi aussi, joué ce rôle mais avec beaucoup de tacts, d’humilité, de courtoisie et de simplicité. C’est au ministère de l’Information que j’ai, pour la première fois, affronté la grève des travailleurs. Ici, il s’est agi des journalistes et du personnel administratif et technique de l’OZRT (Office Zaïrois de Radio et de Télévision) qui réclamaient l’amélioration de leurs conditions de travail et de salaire, devenues, il est vrai, chaque jour un peu plus critiques. On venait du Parti-Etat où les grèves étaient rares, pour ne pas dire rarissimes. Je me trouvais en mission officielle à Lubumbashi quand cette grève a éclaté à la station nationale. J’ai dû rentrer précipitamment à Kinshasa pour reprendre les choses en main. Deux hypothèses étaient alors avancées pour expliquer le mouvement de grève : la manipulation du syndicat de l’Office par l’opposition radicale ou une simple revendication sociale.
J’ai, pour ma part, privilégié la deuxième hypothèse et opté pour un dialogue immédiat et direct avec tout le personnel au studio Maman Angebi. De cet entretien, j’avais appris qu’à la fin de chaque année, le Maréchal Mobutu accordait, de sa poche, à tout le personnel de l’OZRT, des étrennes qui correspondaient pratiquement au treizième mois. Comme celles-ci avaient traîné à venir et comme des promesses relatives au relèvement des salaires n’étaient pas tenues, le personnel s’est, sous la houlette de son syndicat, mis brusquement en grève,
Sitôt après la réunion, j’en tiens informé le Chef de l’Etat qui, sans hésiter, me demande de passer à sa résidence du Camp Tshatshi retirer de quoi payer les fameuses étrennes. De son côté, le Premier Ministre Mulumba Lukoji fait un geste en ce qui concerne les salaires. Fort de tout cela, j’obtiens la reprise immédiate du travail. Cela s’est fait en deux jours. Je me fais assister par Monsieur Kasongo Mbunga, conseiller chargé de l’audiovisuel, qui, plus tard, sera nommé Administrateur délégué général-adjoint à l’OZRT.

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