Notre vision de la République Démocratique du Congo
382 pages
Français

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Notre vision de la République Démocratique du Congo

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Description

L'auteur estime de son devoir de rendre compte des actions durant les dernières années en RDC, après des décennies de dictature et seize longues et tragiques années de "transition politique". L'objectif de ce livre est d'entraîner le débat politique congolais sur les sentiers - souvent désertés - des idées. L'auteur essaie de décliner sa vision de la Troisième République.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2006
Nombre de lectures 222
EAN13 9782336271224
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Points de vue
Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà paras
Philémon NGUELE AMOUGOU, Afrique, lève-toi et marche !, 2006.
Yitzhak KOULA, Pétrole et violences au Congo - Brazzaville , 2006.
Jean-Louis TSHIMBALANGA, L’impératif d’une culture démocratique en République Démocratique du Congo, 2006.
Maligui SOUMAH, Guinée : la démocratie sans le peule, 2006.
Fodjo Kadjo ABO, Pour un véritable réflexe patriotique en Afrique , 2005.
Anicet-Maxime DJEHOURY, Marcvussis : les raisons d’un échec. Recommandations pour une médiation, 2005.
FODZO Léon, L’exclusion sociale au Cameroun, 2004.
J.C. DJEREKE, Fallait-il prendre les armes en Côte d’Ivoire ?, 2003.
STALON Jean-Luc, Construire une démocratie consensuelle au Rwanda, 2002.
EMONGO Lomomba, Le devoir de libération. Esclave, libère-toi toi-même.
ÉBOUA Samuel, D ’ Ahidjo à Biya — Le changement au Cameroun.
KUOH Manga, Cameroun un nouveau départ.
KISSANGOU Ignace, Une Aurique, un espoir.
BEMBET Christian Gilbert, Congo : impostures “souveraines” et crimes “démocratiques ».
EMONGO Lomomba, L’esclavage moderne. Le droit de lutter.
BABU-ZALE, Le Congo de Lissouba.
NKAINFON PEFURA Samuel, Le Cameroun du multipartisme au multrpartisme.
OKALA Jean-Tobie, La décennie Biya au Cameroun — De la grâce à la disgrâce.
NSAFOU Gaspard, Congo de la démocratie à la démocrature.
ASSIÉ-LCTMTJMBA N’DRI Thérèse, Les Africaines dans la Politique -Femmes Baoulé de Côte-d’Ivoire.
MOUELLE KOMBI Narcisse, La politique étrangère du Cameroun.
Notre vision de la République Démocratique du Congo

Azarias Ruberwa Manywa
Saisies informatiques : Jacques Mahé
Conception et réalisation graphiques : Claude Darmon
Editions L’Harmattan 5-7, rue de l’Ecole Polytechnique 75 005 Paris, France
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
© L’Harmattan, 2006
9782296011953
EAN : 9782296011953
Dédicace
Ces pages sont dédiées aux centaines de milliers de Congolais, de toutes les origines, de toutes les provinces du pays, morts pour la paix, pour notre liberté.
A ma mère, décédée en 1982, A mon père, décédé en 2004, En souvenir de l’éducation reçue de vous, qui a grandement contribué à ma vie, d’homme et de responsable...
Remerciements
Toute ma gratitude et mon affection à ma famille : à mon épouse Chantal et à nos enfants Christian, Ruth et Wilson, auprès de qui je trouve les encouragements nécessaires...
Je voudrais saisir cette occasion pour dire, du fond du cœur, « merci » à toutes celles, à tous ceux qui m’ont accompagné tout le long de cette Transition difficile. Ils sont malheureusement trop nombreux pour être tous cités, ici. Il me faut néanmoins redire ma gratitude aux camarades du parti, à toutes celles, à tous ceux qui nous soutiennent, aux membres de l’espace présidentiel avec qui nous avons géré cette Transition difficile.
A Jésus-Christ, mon Seigneur et Sauveur, ma lumière et mon salut, qui donne le sens à ma vie.
Sommaire
Points de vue - Collection dirigée par Denis Pryen Page de titre Page de Copyright Dedicace Remerciements Introduction : - Enfin des élections en RDC ! Des Plateaux de Minembwe au Barreau de Lubumbashi
1 - Les Plateaux de Minembwe 2 - La mort précoce de ma mère et la mort récente de mon père. 3 - Avocat à Lubumbashi 4 - Etrange cas de conscience
De l’AFDL au RCD
5 - Le calvaire des Banyamulenge 6 - Quand la politique jette son dévolu sur moi 7 - La diplomatie comme porte d’entrée 8 - Repli sur Goma 9 - Dans la gestion de la rébellion
Dieu, la Bible et la politique
10 - La place de la foi dans ma vie 11 - La pratique politique selon la Bible 12 - Le chrétien et les élections
La Transition en RDC : quel bilan ?
13 - La Transition en RDC : quel bilan ? 14 - Le rôle catalyseur du RCD
Notre vision pour le pays
15 - Un parti, un projet... 16 - Notre credo : la bonne gouvernance 17 - Pour une économie de solidarité 18 - La jeunesse, la formation et l’emploi 19 - L’enjeu social 20 - La place de la femme congolaise 21 - Promouvoir les droits de l’homme 22 - La Justice, épine dorsale d’une nation 23 - Défense nationale et sécurité publique 24 - Pour un Etat fédéral, à régime parlementaire 25 - Quelle diplomatie, quelle géopolitique ? 26 - Quelle géopolitique pour les Grands Lacs ? 27 - Pour une rapproche dynamique de la nationalité
Conclusion : - Dieu cherche des hommes...
Introduction :
Enfin des élections en RDC !
Au moment où notre pays se prépare à aller - enfin - aux élections, après des décennies de dictature, après seize longues et tragiques années de « Transition politique », il est de notre devoir de rendre compte de notre bilan. Nous devons rendre compte à notre peuple en notre qualité de gestionnaires de la (dernière) tranche de la transition politique (30 juin 2003 - 30 juin 2006) qui a conduit aux élections.
L’exercice est indispensable. Je pense même que c’est un devoir, une obligation pour chacun des responsables politiques. De nos jours, c’est une règle morale et démocratique que de rendre compte de sa gestion à la communauté, d’autant plus que nous nous préparons à demander à ce même peuple sa confiance à l’occasion de prochaines échéances électorales.
Pour moi, l’obligation de rendre compte s’avère impérieuse dans la mesure où, en tant que Vice-Président de la République en charge de la « Commission Politique, Défense et Sécurité », j’ai eu à gérer la quasi-totalité des objectifs de la « Transition » tels que posés par l’Accord Global et Inclusif de Sun City. Pour mémoire, celui-ci avait permis la mise en place (dès juin 2003) des « Institutions de la Transition » avec des objectifs suivants : la réunification, la pacification et la reconstruction du pays ; la restauration de l’intégrité territoriale et le rétablissement de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national ; la formation d’une Armée nationale, restructurée et intégrée ; la tenue des élections ainsi que la réconciliation nationale.
La « Commission Politique, Défense et Sécurité » a, en quelque sorte, porté sur ses épaules l’essentiel de ces matières, au travers de neuf ministères : l’Intérieur ; la Défense nationale ; la Justice; les Affaires étrangères ; la Coopération régionale ; les Droits humains ; la Condition féminine et famille ; la Presse et Information ; la Solidarité et les Affaires humanitaires.
Durant ces trois dernières années, notre credo a été la bonne gouvernance. Et la bonne gouvernance signifie aussi la responsabilisation des gouvernants avec l’obligation de rendre compte de la gestion. Mais après le bilan, quel projet pour demain ?
Je me demande, en effet, souvent, si nous avons bien analysé les causes et les racines des conflits qui rongent notre pays. Par exemple, avons-nous des réponses à la question de savoir comment éviter que l’histoire ne se répète pour la RDC ? Une autre question est de savoir si nous allons concevoir la Transition uniquement en termes d’une compétition électorale, ou si nous allons aussi considérer cette période comme une véritable transition vers une nouvelle société aux plans politique, économique et d’organisation sociétale. En d’autres termes, comment allons-nous consolider cette paix fragile pour favoriser le développement durable ?
Ma foi en Dieu m’incline naturellement à l’optimisme. Je crois en mon pays. Je m’évertue à penser que l’après-guerre offrira à chacun de nous des meilleures opportunités. Nous devons, pour ce faire, remettre les choses à plat, repenser la société et son fonctionnement. Je rêve, moi, d’une société nouvelle, d’une société régénérée, d’une société fondée sur le mérite et la compétence. Notre pays a besoin de la contribution de toutes ses filles, de tous ses fils, sans discrimination, pour réaliser ce rêve : bâtir un pays plus beau qu’avant, réellement démocratique, prospère et digne de ses grandes potentialités, une nation digne de respect grâce au rôle catalyseur du développement qu’elle pourra imprimer à l’ensemble du continent africain.
Dans ce livre, avec humilité, j’essaie de décliner ma vision de la Troisième République. Le passé récent de la RDC est ensanglanté. Il n’est point besoin de rappeler ici la situation chaotique dans laquelle se trouve notre peuple. Peut-on imaginer les dimensions d’une honte qui couvre les citoyens d’un pays comme le nôtre parce qu’ils vivent dans une pauvreté infra-humaine, uniquement parce que les richesses nationales sont mal gérées depuis des décennies, que les gestionnaires ne veulent ni changer de méthodes ni accepter leur tort ni encore accepter le moindre contrôle ?
Quelque soit la longueur de la nuit, le jour finit par apparaître. La population congolaise attend, avec détermination et espoir, le jour de la tenue effective des élections. Ce sera comme un jour de délivrance. La Nation aspire à voir le jour où, du lever au coucher du Soleil, nous serons dirigés par des personnes que nous aurons élues nous-mêmes. Des personnes pleines de légitimité et conscientes de leurs actes. Nous pouvons considérer avec lucidité que ce jour-là approche... Que le temps est arrivé...
S’il est vrai que nous attendons ce moment avec espoir et impatience, nous croyons en même temps que les élections en RDC doivent être tenues dans des conditions de crédibilité. Il faut que ces élections soient les plus libres possibles, démocratiques et transparentes. Nous devons éviter les fraudes, les manigances et des opérations d’achat de conscience. C’est dans ces conditions seulement que le fruit des élections ne sera pas amer. Et parce que les dirigeants auront un profil souhaité, alors nous allons vivre dans un Etat véritablement sécurisé, démocratique et prospère au centre de l’Afrique.
Des Plateaux de Minembwe au Barreau de Lubumbashi
« Fais de l’Eternel tes délaces, et il te donnera ce que ton cœur désire »
(Psaumes 37 :4)
1
Les Plateaux de Minembwe
La province congolaise du Sud-Kivu a toujours fasciné par la beauté de son paysage, de sa faune, de sa flore, par son relief fort riche. Décrivant le Sud-Kivu, James TRAUB, un écrivain américain, notait ces phrases pleines de poésie : « Le Sud-Kivu est l’une des régions les plus belles [de la RDC], c’est par surprise un point agréable, plus Hemingway que Conrad : collines vertes se perdant dans des lointaines et sombres vallées ; exceptionnellement des vaches bien nourries broutant sur des versants supérieurs ; des champs où sont plantés maïs, haricots, manioc et bananes. Le Sud-Kivu a abondamment de l’eau et du bois, l’or et les diamants, cuivre et coltan (...)» 1
Je suis merveilleusement attaché au Sud-Kivu pour en être originaire. Je suis en effet né à Minembwe, un certain 20 août 1964. Dans une petite localité qui s’appelle Rugezi. Minembwe se situe au milieu des montagnes surplombant à la fois Fizi et Uvira et proche de la forêt d’Itombwe (forêt équatoriale). La localité relève administrativement du territoire de Mwenga, l’un de huit territoires du Sud-Kivu. Le territoire de Mwenga, avec sa forme bien compacte, finit pourtant dans sa partie sud par une pointe avancée dans le territoire de Fizi. Le village de Minembwe dont ma famille est originaire est situé dans cette pointe. La contrée est également habitée par les Babembe, les Bashi, les Bavira, les Bafulero, tribus qui sont géographiquement plus proches du Rwanda que les Banyamulenge du Sud-Kivu qui sont, eux, à près de 200 kilomètres de la frontière avec l’étranger. La communauté Banyamulenge — à laquelle j’appartiens — est majoritaire sur les hauts plateaux de Minembwe dits aussi hauts plateaux d’Itombwe.
Lorsque notre pays est passé sous le joug de Léopold II — en prenant le nom Congo - mes ancêtres habitaient déjà le territoire. Ils étaient sans doute venus d’ailleurs, du fait des mouvements migratoires en Afrique en territoire qui deviendra le « Rwanda », à la suite de la colonisation belge. Culturellement, linguistiquement, nous sommes donc apparentés aux « Tutsi ». Nous sommes Congolais et Tutsi ; une situation qui n’est d’ailleurs pas un cas exceptionnel dans notre pays. En effet, nous avons également des Babemba en Zambie et en RDC, nous avons des Tshokwé en Angola et chez nous, nous avons plusieurs tribus des Bakongo dans divers pays de l’Afrique centrale...
Mais je dois noter, pour l’Histoire, que mes ancêtres — qui habitaient au Congo bien avant l’arrivée de la colonisation - ne sont pas à confondre avec les vagues successives d’immigration connues dans l’histoire récente de notre pays. Comme le renseignent, avec pertinence, les sciences ethnologiques et sociologiques les plus sérieuses 2 , les rapports et études de nombreuses organisations de droits de l’homme, les Banyamulenge sont présents sur le territoire congolais avant l’arrivée de bien d’autres tribus de notre pays, et bien avant l’avènement de la colonisation (1885) comme les populations dites rwandophones (Hutu et tutsi) de Rutshuru au Nord-Kivu. Il y a eu aussi des banyaruanda amenés par le pouvoir colonial, dès les années 1930, pour des raisons de main-d’œuvre : c’est la fameuse « transplantation » ou les immigrés dits de la « MIB » (Mission d’implantation Banyrwanda...) à Masisi, au Nord-Kivu.
Evidemment, à cause de la porosité de nos frontières, de la faiblesse et des incohérences de notre propre Etat, mais aussi des conflits meurtriers dans les pays voisins, de l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud de notre pays, il y a eu, au fil des décennies, des étrangers qui ont traversé les frontières et vécu abusivement en RDC comme des congolais sans l’être sur le plan du droit.
Si je donne toutes ces précisions, dès les premières lignes de ce livre, c’est pour dire à quel point je demeure lucide devant la question, fort complexe, de la nationalité dans notre pays. Je pose le décor de ce débat car je suis conscient que, à l’approche des élections, beaucoup de politiciens qui manquent d’arguments pour nous attaquer du point de vue des valeurs liées au profil d’homme d’Etat, iront plutôt fouiner dans les poubelles de la médiocrité pour brandir, en désespoir de cause, des arguments fallacieux sur nos prétendues « origines ».


Pourtant, ma vie est d’une étonnante simplicité. Je suis tout simplement Congolais, né au Congo, des parents Congolais et de lignées congolaises. Voici mon arbre généalogique : du côté paternel, je suis Ruberwa fils de Ruhubazi, fils de Manywa, fils de Mushudunzi, fils de Nyamugwera, fils de Macumu du clan Abasita. Du côté de ma mère, je suis fils de Nyiramahoro Catherine, fille de Ruteyi, fils de Nyirikibwari, fils de Kadandari, fils de Sebihimba, fils de Sunzu du clan Abasinzira. J’ai fait toutes mes études, du primaire à l’Université, dans notre pays. Je n’ai jamais travaillé autre part que dans notre pays. Je suis né Congolais, et j’aime mon pays du plus profond de moi-même.
Je suis né d’une famille modeste sur les hauts plateaux de Minembwe. J’ai commencé l’école primaire entre l’année 1971 et 1972. Mes parents ont eu six enfants. Trois garçons, trois filles. Ma famille était catholique au départ. Puis, nous sommes devenus protestants méthodistes. Toute notre éducation s’est effectuée à la lumière des principes chrétiens. Le modèle chrétien a influencé ma vie jusqu’à ce jour...
2
La mort précoce de ma mère et la mort récente de mon père.
Je crois que chacun de nous porte en lui une blessure. Une déchirure intérieure, intime, liée à un événement, à une tragédie. Un fait inoubliable que l’on garde en soi, pour soi. Un événement qui construit sa personnalité. Ou qui la déconstruit... Selon le cas...
A l’ordinaire, mon caractère réservé m’incline à la confidentialité. Ce n’est pas tant par méfiance, c’est plutôt une question d’éducation et de pudeur naturelle. Mais, aujourd’hui, je pense de plus en plus que, en tant que dirigeant d’un pays, mon parcours peut servir d’exemple à d’autres enfants plongés dans la détresse qui fut la mienne, pendant longtemps.
La mort précoce de ma mère fut, en effet, pour moi une vraie tragédie. C’était en juin 1982. J’étais loin d’elle, pour raisons d’études. La distance rend toujours la douleur plus intense. Parfois, la distance vous culpabilise, en vous rappelant sans cesse que vous n’étiez pas là. Tous ceux qui ont perdu des êtres chers, en étant loin, connaissent ce sentiment terrible. Parfois, par vanité humaine, vous imaginez que si vous étiez là, au moment du drame, celui-ci ne serait pas survenu... Et le fait d’être très jeune - j’étais en pleine adolescence - me plongeait dans un désarroi indicible. Aucun enfant ne devrait être séparé de ses deux parents, pour quelque raison que ce soit. Si je n’étais pas croyant, j’aurais trouvé son destin injuste : si mon père, décédé récemment (2004), a suivi mon évolution, ma mère n’aura pas vu ma carrière. J’aurais tant aimé qu’elle jouisse du bonheur à côté de moi. J’aurais tant voulu lui offrir une vie plus facile pour lui permettre d’oublier ses souffrances, elle qui m’enfanta en pleine rébellion muleliste en 1964, elle qui a passé toute son existence dans les rudesses des plateaux de Minembwe.


Quand je pense à ma mère, ce sont souvent ses pleurs qui reviennent à la mémoire. Oui, des pleurs d’une forte intensité...
Nous sommes en 1980. Je viens de terminer la troisième année des humanités pédagogiques. Je me retrouve du coup devant une impasse : dans mon village, l’école s’arrêtait en effet à la troisième année des Humanités ! Tout élève qui veut aller au delà de ce niveau scolaire doit par conséquent quitter le village. Or, étant suffisamment appliqué, ma famille souhaite me voir continuer mes études. Je devais par conséquent quitter les miens pour poursuivre ma scolarité. Après réflexions, mes parents vont fixer leur choix sur des cousins vivant entre les villes de Kalemie et Moba, dans la province voisine du Katanga. Ils étaient en mesure matériellement de supporter mes études. La décision est donc prise : je devais poursuivre mes études à Kalemie.
La séparation avec ma famille est à la fois triste et affreuse. A cause des pleurs de maman. Des pleurs que je trouvais, sur le champ, disproportionnés. C’était presque traumatisant : savait-elle, par intuition maternelle, que nous ne nous reverrions plus ? Ses pleurs vont m’accompagner le long de ce triste voyage pour Kalemie. J’y suis inscrit en quatrième des Humanités, à l’Institut de La Lukuga situé au camp militaire des marines. C’est dans cette école que j’obtiens, en 1984, mon diplôme d’Etat (baccalauréat).
Quand, depuis le Nord-Katanga, j’apprends la mort de maman, c’est tout mon univers qui s’écroule. J’ai vraiment eu difficile à le croire. Il fallait que je me rende au village (Sud-Kivu) pour constater qu’elle n’était plus là. Elle est morte suite à une maladie bénigne, dans un dispensaire à Bijombo, un des groupements qui surplombent Uvira.


Dans mes moments les plus personnels, mes pensées vont souvent vers ma mère. Je garde, dans ma mémoire, les traits de son visage fin. Et le souvenir d’une brave ménagère. Grande de taille. Toujours préoccupée par le sort de ses enfants. J’ai toujours pensé que j’étais son fils le plus chéri. De tous mes frères et sœurs, je crois que je reste le plus respectueux des principes que nous enseignait maman. Servante chrétienne, elle a beaucoup participé à ma vie d’enfant et d’adolescent. Je lui dois mes convictions religieuses. Je les ai cultivées, intensément, en voyant comment ma mère tenait à la vie chrétienne. Elle m’a tout légué. Elle a posé, de manière certaine, les fondements de mon avenir. Son œuvre est indissociable à celle de mon père, mort en 2004, une année après la prise de mes fonctions comme Vice-président de la République. Lui aussi est mort d’une maladie bénigne, dans un dispensaire d’Ilundu, non loin de notre village natal.
Mon père et ma mère avaient des caractères différents. Lui était du type colérique, alors que maman était plutôt flegmatique. Tous deux étaient ancrés dans le christianisme après leur conversion. Et ils sont morts chrétiens avec l’espérance de la résurrection. Mon père a eu l’avantage de suivre mon étonnante ascension. Il a été mon conseiller tant il connaissait les hommes. Mon père est mort, en me laissant un profond regret : si nous étions dans un pays développé, avec des moyens de communication et des soins de santé adéquats, il serait encore en vie. Hélas, malgré mes fonctions, je n’ai pas pu arrêter sa mort. Dieu avait décidé autrement. Ce que je retiens de mes parents, c’est qu’ils m’ont légué quelque chose de plus cher que de l’argent, que de l’or, que les vaches (nous sommes un peuple pasteur) : il s’agit des valeurs de la vie, des vraies valeurs.


Aujourd’hui, j’essaie de transmettre les mêmes valeurs à ma propre famille. Pour n’avoir jamais connu une vie mouvementée, mon mariage revêt une importance capitale. Chantal et moi nous sommes mariés à Lubumbashi dans la commune portant le même nom, devant le Bourgmestre, le Professeur Kanyinda. C’était le 18 Juillet 1992. La cérémonie religieuse a eu lieu à l’Eglise méthodiste de Lubumbashi sous la bénédiction de l’aumônier universitaire Pasteur Kalombo de l’Université de Lubumbashi où j’ai été consacré diacre. Si je me sens Lushois, je peux dire que mon épouse est plutôt Kinoise. Elle a grandi au quartier communément nommé « Plateau des professeurs » de l’Université de Kinshasa, puis à Lemba, quartier Salongo-Nord. A l’époque, elle habitait chez une de ses soeuxs, dont le mari, monsieur Mutambo, était Secrétaire général académique à l’Institut Supérieur Technique Médical (ISTM en sigle), avant d’évoluer dans les affaires et comme leader de notre communauté.
Nous nous sommes rencontrés en 1990, après mes études universitaires. Je séjournais pour quelques jours à Kinshasa aux fins d’obtenir le « Certificat de Nationalité ». Pour mémoire, dans notre pays, toute personne désirant exercer comme avocat doit se prémunir du « Certificat de Nationalité ». Après enquêtes minutieuses, le service du Ministère de la Justice délivrait ce document sans lequel vous ne pouvez exercer comme avocat. J’ai obtenu mon certificat en 1990. C’est durant ce séjour kinois que j’ai rencontré Chantal, elle-même orpheline de père. Elle a grandi dans les valeurs chrétiennes. Elle fréquentait aussi l’Aumônerie Protestante de l’Université de Kinshasa, ce qui a toujours facilité notre harmonie malgré les épreuves endurées par notre couple.
De notre union, trois enfants sont nés. L’aîné a treize ans - il s’appelle Christian Ruberwa. Ensuite, il y a une fille de dix ans : Ruth Ruberwa. Wilson Ruberwa, qui a cinq ans, est notre dernier fils, à ce jour.
Les parents de Chantai sont également originaires du Haut Plateau de Minembwe, mais du village de Tulambo. Nos deux villages sont voisins. Mon épouse est aussi une fervente chrétienne. Dès notre rencontre, nous avions confié nos vies dans les mains de Dieu. Nous estimons que le temps qui nous reste à vivre est aussi le temps qui nous reste à continuer à faire du bien.
3
Avocat à Lubumbashi
Pour avoir passé une bonne partie de ma vie - de 1980 à 1996 - dans la province du Katanga, et de 1984-1990 à Lubumbashi., je me considère, également, comme un Lushois. Le Katanga est une province que je connais bien, que j’aime beaucoup. Sentimentalement, je suis très lié à cette province qui m’a vu me réaliser en tant qu’homme et en tant qu’Avocat. J’ai fréquenté la faculté de Droit de l’Université de Lubumbashi. Pendant cinq années. J’avais de bonnes notes. J’ai fini mes études en 1989, une année avant 1990, année où commençait la « transition politique » qui a ouvert la période trouble que nous tentons de clore. Si notre pays n’était pas entré dans le cycle de violence qui a perturbé notre vie depuis une décennie, je serais probablement encore à Lubumbashi, comme Avocat.
Après mes études universitaires, j’ai séjourné à Kinshasa afin d’obtenir le « Certificat de Nationalité Zaïroise ». C’était et c’est toujours la règle pour tout candidat ou toute personne qui veut devenir avocat dans notre pays car la loi sur le barreau l’exige. La démarche pour obtenir cette pièce était particulièrement difficile. Il fallait obligatoirement être à Kinshasa en vue de passer des interviews fort serrées au Ministère de la Justice. A l’issue d’une série d’interrogatoires, le Ministre de la Justice délivrait le précieux certificat. Le mien fut signé, sans peine, par Madame Muyabu N’Kulu, alors ministre de la Justice et Garde des sceaux, en Avril 1990.
Au demeurant, je dois préciser que j’ai été parmi les premiers juristes de ma promotion ou de ma génération qui furent admis au barreau. J’ai prêté serment un certain 07 août 1990 devant la Cour d’appel de Lubumbashi. La séance était présidée par le 1 er Président Bojambwa, actuellement magistrat à la Cour suprême de justice (CSJ), sous la direction du Bâtonnier Ntoto Aley Angu, actuellement avocat près la Cour Suprême de Justice.
Me Florent Kabongo Masakay qui venait de l’UNIKIN me précéda de quelques mois, alors que les autres finalistes de l’UNILU, mes collègues, prêtèrent serment après moi. Il s’agit notamment de maîtres Guyindula (Van), Mutumbe, R. Ngoy Kakudji, B. Musale, J. Kalala Mupasa, etc.
Mais pendant que mon dossier avançait au barreau et de retour à Lubumbashi, différentes professions juridiques s’offraient à moi. Mais, comme tout le monde, j’ai eu ma petite période de tâtonnements. A l’instar de tout universitaire de la province minière, j’ai rêvé un moment d’une carrière de cadre à la Gécamines. La grande et mythique Gécamines était encore l’entreprise de référence du pays.

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