ONE MESSAGE
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La Banque Mondiale a estimé en 2018 à quatre-vingt-six millions les « migrants climatiques » potentiels en Afrique subsaharienne qui seront contraints de quitter leur terre d’ici à 2050. L’Organisation des Nations Unies chiffre quant à elle plus haut le flux des migrations forcées.
Pour une question de géographie, une partie de cette poussée transitera par le Sahara ce qui créera vraisemblablement des frictions importantes aux frontières sud des pays du Maghreb. En Méditerranée, l’émigration Maghrébine s’additionnera à celle d’Afrique subsaharienne en direction d’une Europe qui ne se veut ni africaine ni musulmane. Comment éviter un tel chaos ? Comment s’y prendre pour relever un tel défi ?
Et si, prenant conscience du péril, les peuples du Nord et du Sud décidaient de s’allier pour exercer une pression conjointe sur les décideurs publics et privés afin d’initier un projet fédérateur Nord-Sud dont l’objet serait de permettre aux populations de demeurer chez elles, en rendant ce choix non seulement réalisable, mais aussi attractif pour elles.
Et si, au lieu de se rejeter, ces mêmes peuples réunis portaient d’une seule voix un message unique de refus de l’inhumain qui s’étend jour après jour telle une brume sombre et inquiétante. Ce « ONE MESSAGE » ouvrirait la voie à un meilleur avenir pour toutes et pour tous.
Les projections internationales prévoient de très importants flux migratoires en Afrique  subsaharienne d’ici à 2050. En 2018, la Banque Mondiale a estimé à  quatre-vingt-six  millions les « migrants  climatiques » potentiels en Afrique subsaharienne qui seront contraints de quitter leur terre à l’horizon de 2050.  L’Organisation des Nations Unies chiffre quant à elle plus haut le flux des migrations forcées sur la même période.  À l’origine du phénomène, l’effet combiné d’une forte démographie et d’un changement  climatique dévastateur. En raison de la géographie, une partie de ces déplacés avancera vers le nord, ce qui créera de sérieuses  tensions aux frontières sud des nations du  Maghreb. Aucune nation de la région du Maghreb n’est préparée à une telle évolution. En  Méditerranée, émigrations maghrébine et  subsaharienne se cumuleront dans une même poussée migratoire à destination d’une  Europe qui ne se souhaite ni africaine ni musulmane, une Europe où  l’extrême droite progresse rapidement.  Si rien n’est pensé ni organisé à l’avance, ces projections mèneront à une situation de chaos. Pour éviter que les migrants ne traversent la Méditerranée pour venir se réfugier en Europe, l’Union Européenne envisage de créer des centres logistiques ou « hot spot » sur le sol africain.  En clair, cela veut dire la création de camps dans des pays d’Afrique pour « sous-traiter » la détention de gens qui seront triés par des policiers et militaires européens, sans pour autant avoir fait de mal, si ce n’est d’essayer de survivre ailleurs, parce que les conditions climatiques ne leur permettront plus de vivre décemment chez eux. Ce qui risque de se passer en réponse aux centres de détention, c’est une montée des colères locales à l’encontre des autorités européennes, une colère qui se traduira par une explosion de violence.L’histoire récente montre que les accords passés entre l’Union Européenne et les forces libyennes ont réussi à faire baisser les flux de passages vers l'Europe, mais à quel prix !Les images faisant état du traitement inhumain réservé aux migrants originaires d’Afrique subsaharienne en  Libye  fournissent un aperçu des développements tragiques à  venir : A quoi faut-il s’attendre quand le nombre de migrants va beaucoup croître ? Le drame des naufragés La violence silencieuse qui laisse mourir les migrants dans une Méditerranée en passe de devenir « le plus grand cimetière du monde » relève de la même barbarie. En concentrant ses efforts à défendre sa souveraineté et son identité, l’Europe perdra de vue l’unité et la sécurité qu’elle avait cru défendre, parce que celles-ci ne  peuvent résulter que d’une politique régionale et d’une négociation élargie et généreuse.Il semble difficile de limiter les flux migratoires africains sans un ambitieux programme de  développement inclusif à l’échelle de la région qui  permette une  réduction des inégalités et de leurs causes. Les liens étroits qui existent entre changement climatique et énergie, développement économique inclusif, migrations et sécurité exigent un projet fédérateur régional regroupant  l’Europe, les nations du Maghreb et celles  d’Afrique  subsaharienne. Ce programme aura pour objet de permettre aux populations du Sud de demeurer chez elles, en rendant ce choix non seulement réalisable, mais  aussi  préférable pour elles, parce que les conditions d’un véritable  développement  économique pour tous auront été posées. Or, aucune politique, internationale ou régionale n’a été pensée à ce jour pour traiter sur le fond  l’interconnexion des sujets dans une perspective globale. Pour éviter des tensions importantes dans les prochaines années, qui feront des peuples du Nord et du Sud les grands perdants, une coordination forte entre nations s’avère indispensable.  Cependant, les décideurs ne  montrent, pour le moins à ce jour, que peu d’intérêt pour les politiques communes de long terme, qui sont de  surcroît compliquées à mettre en œuvre.Les analyses menées sur le climat à l’échelle internationale convergent pour dire que les conséquences du  changement climatique en  Afrique occasionneront probablement l’une des pires tragédies humanitaires du vingt et unième  siècle. Le GIEC, Groupement  d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat, alerte depuis des années sur la  nécessité de la transition énergétique et de ses  conséquences, notamment en matière de migration de population. Le  bassin méditerranéen est un « hotspot » du changement climatique, une région où le changement climatique  accentuera sensiblement le stress hydrique. Il semblerait donc que nous vivons au sein de l’illusion d’un monde  disparu que nous ne  voulons pas reconnaître comme tel. Dans le « monde d’avant », les énergies fossiles ont  permis un développement économique sans précédent dans  l’histoire de l’humanité. Cependant, ce modèle n’est pas reproductible parce que tout simplement  l’atmosphère de notre globe ne le supporterait pas. Ceci mène à une impasse. Pour sortir de l’impasse, il est  nécessaire que les  populations du Sud aient la  possibilité d’atteindre un jour le niveau de vie  moyen de celles du Nord. Ce qui est cause, c’est non  seulement le modèle de  développement du monde moderne qui a perdu son universalité dans la mesure où il n’est pas pérenne, mais aussi son cadre  institutionnel et ses règles du jeu qui vont progressivement perdre de leur légitimité au fil des années (ONU, OMC, mais  aussi Tribunal Pénal International etc.) Des millions de destins risquent fort d’être ravagés par l’opiniâtreté de stratagèmes destinés à prolonger, voire à rendre impérissable, un modèle de  développement qui n’a en réalité plus d’avenir.Les constats présentés n’ont pas pour objet d’offrir un  spectacle désolant de l’avenir à des spectateurs passifs, mais plutôt un champ d’actions et de défis à des  acteurs du changement. Les statistiques énoncées livrent uniquement des tendances de fond et ce qui se produira dépend en grande partie de nos actions et des choix que l’on fera. Nous savons seulement qu’il ne serait pas sage d’attendre le chaos pour réagir.L’origine du problème, c’est la méthode utilisée pour fixer les populations sur leur terre d’origine.  Cette méthode utilise des moyens répressifs (centres de détention, fermeture des frontières).  Les décideurs sont en train d’opter pour une solution qui ne traite que les symptômes, en mettant un garrot pour empêcher le flux de s’écouler, au lieu de trouver une solution de fond et de traiter le problème à la racine en arrêtant l’hémorragie. L’histoire montre qu’il ne sert à rien d’ériger des citadelles parce qu’elles ne sont jamais imprenables. Il ne faut pas se voiler la face, le problème des migrations et de la sécurité est lié à la question du développement économique.  Dans l’écrasante majorité des cas, quand un migrant quitte son pays, ce n’est pas pour faire du tourisme , ce n’est pas pour gagner des millions ailleurs, dans l’écrasante majorité des cas, quand il choisit de traverser la méditerranée sur une embarcation de fortune avec une faible probabilité d’arriver à bon port, c’est parce qu’il n’a plus rien à perdre. .. Demain, avec l’urgence climatique les conditions de survie en Afrique seront encore pires, le désarroi des populations sera bien plus fort et par conséquent les populations seront contraintes à quitter leur terre parce qu’elles ne pourront même pas reproduire le mode de vie de leurs ancêtres.Cependant, il existe une alternative à l’utilisation de la force pour sédentariser les populations sur le continent africain : mettre en place les conditions favorables pour un développement économique rapide et pour tous.  Cette option repose sur un projet fédérateur Nord-Sud pensé autour de la question de l’énergie.  Le continent africain, berceau de l’humanité,  déborde de ressources et de potentiels, notamment en  matière d’énergie renouvelable. Une analyse montre  qu’exploiter seulement un pour cent de la surface du Sahara  africain en  panneaux solaires permettrait de fournir  l’énergie suffisante à  l’ensemble de la planète. »Cette idée n’est pas tout à fait nouvelle, le projet allemand DESERTEC l’a déjà envisagé il y a déjà presque vingt ans.  Selon l’Agence Internationale de l’Energie, le coût du kwh d’énergie solaire égalera celui de l’énergie fossile à compter de 2020, et deviendra moins cher au-delà.  Bien sûr, il y a encore des problèmes de stockage d’énergie, et d’autres encore, mais l’urgence est là ! L’énergie ne permet pas le développement économique, mais elle constitue l’une de ses conditions.  Un très grand nombre de pays africains souffrent au quotidien de problèmes d’approvisionnement en énergie ce qui entrave leur développement économique. Chacun comprend que les personnes « laissées sur le carreau » par des économies en panne sont des candidats naturels à l’émigration : pire encore, certains sont même déjà morts de l’intérieur, mort chez eux avant même d’avoir entamé la traversée du désert ou de la Méditerranée. Le développement d’une solution énergétique solaire à grande échelle en Afrique ferait donc d’une pierre deux coups : elle permettrait de limiter les migrations africaines en pensant un programme de développement inclusif en marge du projet énergétique, elle permettrait l’accélération de la transition énergétique de l’Europe en fournissant une énergie propre au continent européen.  Une solution WIN-WIN peut être pensée pour servir les intérêts de l’Afrique que ceux de l’Europe. En définitive, l’alternative se résume en un projet solaire dans le Sahara à laquelle sera associé un projet économique fédérateur dont la finalité sera d’aider à sédentariser les populations sur leur terre.Bien évidemment, la question du financement de départ se pose.  Mais, si « huit milliardaires possèdent autant de richesse que la moitié la plus pauvre du monde », cela prouve que l’argent existe bien quelque part et qu’il doit être possible de l’allouer autrement pour éviter la catastrophe attendue. Et puis, étant donné la baisse prévu du kwh d’énergie renouvelables dans un très proche avenir, un tel projet devient viable. Malheureusement, pour des raisons difficiles à comprendre,  aucune initiative d’envergure n’a été lancée pour éviter une situation de chaos dans les prochaines décennies.  Au Nord comme au Sud, la  politique semble être en panne.  En dépit de l’importance de  l’enjeu et des défis, largement connus et débattus au Nord mais  malheureusement encore trop peu au Sud, les  dirigeants du monde s’évertuent à diffuser une  violence calme, presque rassurante, mais mortelle. Aujourd’hui, à un niveau collectif, il y a quelque chose de perdu qu’il convient de retrouver. Il est plus que nécessaire de redonner de l’attrait au monde par de l’enthousiasme, de la ferveur et de la beauté. Il est plus que temps de viser une espérance qui fasse rêver et qui ravive la flamme éteinte des tristes solitudes qui se côtoient sans se regarder. Cela ne peut reposer que sur une promesse et une confiance.  Mais, si rien n’est prévu, en laissant faire et en laissant aller, les  peuples seront vraisemblablement les  victimes de tristes scénarios qui auront toutes les chances de se réaliser parce que des politiques  publiques à la hauteur des enjeux n’auront pas été pensées et mises en œuvre. Il est de ce fait primordial de lancer une initiative populaire regroupant un ensemble de personnes et de groupes de  personnes, libres et responsables, d’Afrique subsaharienne, du Maghreb et d’Europe, qui se  constitueraient en réseau  d’influence auprès des pouvoirs publics en vue d’une solution à long terme qui tienne compte des intérêts des  générations futures.La politique que nous préconisons se fonde sur un altruisme rationnel : aider l’autre pour s’aider soi-même dans une perspective à moyen et long terme. Si le citoyen européen soutient les populations du  Maghreb et  d’Afrique  subsaharienne dans leur lutte pour un développement économique inclusif, alors les flux migratoires pourront être à l’avenir limités. Mieux encore, la transition  énergétique pourra être accélérée au profit de l’ensemble de l’humanité dans un continent plein de ressources.Si le citoyen maghrébin milite en faveur d’une véritable politique africaine pour son pays et sa région, alors il pourra non seulement rendre possible la réduction des tensions avec ses voisins du sud, mais il ouvrira, pour lui-même et ses enfants, l’accès à un marché en passe de devenir très important au cours de ce siècle. Si le citoyen d’Afrique subsaharienne défend une  vision  ambitieuse pour son pays et sa région et se lie dans un plan de  développement concerté à ses voisins du  Maghreb et à l’Europe, il aura alors créé les  conditions d’un meilleur  avenir. Cette vision se projette dans le temps et défend la liberté, la sécurité et le droit au  développement des  générations à venir. Une telle  initiative émanant des  peuples réunis créera un précédent dans l’histoire en faveur d’un monde plus juste et plus transparent. La vision proposée est bien plus favorable à l’intérêt des  peuples que les traitements à court terme et les débats étroits de souveraineté nationale, qui partout, occupent les devants de la scène.  Car à défaut d’une  vision  d’ensemble, chaque nation sera conduite à vivre un dangereux  paradoxe : plus la sécurité sera recherchée, plus le niveau  d’insécurité  s’accroîtra, plus les libertés individuelles seront menacées, et plus l’incontrôlable surgira sans crier gare.  Rendons-nous à une évidence : Pour pouvoir  fixer les  populations dans leur région d’origine et éviter à l’avenir des frictions importantes, probablement des guerres, il est impératif de penser dès aujourd’hui un modèle de développement viable et équitable dans le contexte de la transition  énergétique.  2050 représente une date proche, à peine une  génération. Il en résulte un dilemme : soit l’Europe s’érige en forteresse et se coupe du continent africain au  moyen de  boucliers divers, soit elle s’applique à inventer en concertation étroite avec ses partenaires du Sud, un meilleur avenir pour elle-même et les nations du continent africain. À l’échelle de l’individu, le dilemme se décline ainsi : soit les  individus se  préparent à tolérer l’inhumain et à  devenir  extrémistes ou bien ils jugent insupportable un monde s’enlisant  progressivement dans la barbarie et décident de se  constituer en réseau de résistance. De nouveau, l’heure est au choix et l’indifférence féroce ; un vieux démon longtemps enchaîné et maintenu loin des regards semble avoir été lâché.Un plan de sauvetage est possible, un new deal entre les deux rives de la Méditerranée, entre  l’Europe, les Etats du Maghreb et ceux du Sahel pourrait être pensé et mis en oeuvre. C’est un projet économique fédérateur pensé autour de l’énergie et dont l’objet sera de rendre le choix de la sédentarisation préférable à celui de la migration. Faisons un rêve : et si les peuples européens et africains, du Nord comme du Sud, s’alliaient autour d’une initiative commune visant à rendre une telle option possible et, pour ce faire, se constituaient en réseau d’influence auprès des décideurs publics du Nord et du Sud.  Et si un tel ensemble  établissait le lien entre le climat, la crise migratoire, la sécurité et la lutte de l’ensemble des mouvements progressistes du monde qui revendiquent davantage de droits civiques pour les  citoyens et une meilleure répartition des richesses à l’échelle des  nations et de la planète, alors la Méditerranée et plus généralement le continent africain, deviendra le lieu de rendez-vous d’un moment d’effervescence sans précédent où toutes les énergies exprimeront d’une même et seule voix leur refus de l’inhumain.De nombreux autres appels ont été lancés dans le monde pour tenter de répondre à l’urgence climatique et ses terribles conséquences, et cela est vraiment extraordinaire. Quand on voit la mobilisation que suscite l’appel de la jeune Greta Thunberg par exemple ou encore l’appel d’Aurelien Barrau, on ne peut que se réjouir de ces appels de vie.Ce qui manque à mon avis aujourd’hui, c’est une mobilisation Nord-Sud d’individus libres et responsables qui ont pris conscience des vrais enjeux, qui ont pris conscience de la gravité et de l’urgence de la situation et qui s’organisent pour agir ensemble en vue d’influencer leurs dirigeants et porter d’une seule voix un seul et même message de paix.Yann Arthus-Bertrand  a dit « La révolution écologique sera spirituelle ». Le monde est « prisonnier d’une sorte de religion de la croissance » qui ne met pas de freins à l’accumulation des richesses au profit d’une minorité. Ce système entré en guerre contre la planète donne peu de cas à la personne humaine.  L’écologie conduit à repenser son rapport à la terre et aux autres.  De ce point de vue, la révolution écologique est aussi une révolution spirituelle : quel regard est-ce que je porte à l’autre : un regard de domination ou bien un regard de coopération ? Le rapport de domination est un rapport de violence, il se traduit par la surexploitation et la prédation et aboutit au désastre que nous vivons de la biodiversité et du changement climatique.  La Terre est ce qui relie les êtres humains, en ce sens s’ouvre la voie d’une « terre devenue spirituelle »  Cependant, pour réunir le plus grand nombre et permettre un nouveau rapport au monde, cette spiritualité doit sortir des communautarismes et tendre vers l’universel. Il faut se rendre à l’évidence, la logique  économique pure est  insuffisante à elle seule pour susciter  l’enthousiasme et lever les freins à une telle  mobilisation populaire. Car, en dépit du bon sens et de la nécessité de  l’action, comment dépasser le cloisonnement érigé par les cultures, les croyances et les préjugés ? Comment rapprocher les peuples du Nord majoritairement catholiques et laïcs avec les peuples du Sud à majorité musulmane? Pour dépasser la difficulté, il faudra faire preuve d’une audace encore plus grande, une audace à la hauteur des  enjeux. Le véritable changement vient du passage d’un niveau logique à un niveau immédiatement supérieur par une sorte de saut, de discontinuité ou de transformation.  L’ampleur de la menace qui pèse requiert un sursaut en faveur d’une raison pure augmentée, une raison supérieure faite certes de rationalité, mais aussi de sensibilité et d’amour.Nous proposons l’établissement d’un socle commun de valeurs pour rendre possible la mobilisation, dans une même lutte, d’individus partageant des cultures, des histoires, des croyances et des traditions différentes. Que l’on soit ou non croyant, épris de valeurs  humanistes, philosophe, adepte de spiritualités orientales ou de  techniques de développement personnelles, peu  importe, aucune des « sacralités » ne tolère la barbarie. ONE  MESSAGE constitue le point d’ancrage  focalisant sur ce qui lie, au lieu et place de ce qui sépare. Ce  message  unificateur fondera  l’alliance sur la base de laquelle asseoir l’action. Parce qu’il paraît bien vain d’essayer de corriger les  distorsions du monde par des politiques, sans se référer de manière franche et directe, à la racine du ratage, à savoir le  communautarisme et l’inhumanité qui s’en suit : « Il n’est pas des nôtres donc peu importe s’il meurt assoiffé dans le Sahara ou noyé en Méditerranée.»Un tel édifice renforcerait la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de l’ONU d’une  diversité  convergente de sons et de couleurs. Les droits de l’homme cesseront d’être uniquement le fruit d’une pensée. À la pensée pure et à l’arrogance de la  raison, s’adjoindra une part de cœur qui poussera à se  reconnecter à l’humain qui est en nous.Cet essai comprend deux livres.  Le premier livre traite du projet. Dans les chapitres qui suivent, nous  exposerons un état des lieux puis préciserons  pourquoi il est  nécessaire d’agir maintenant et comment  parvenir à trouver en soi l’audace nécessaire à l’action. Nous énoncerons ensuite  notre vision et expliquerons les conditions de sa mise en œuvre.  Le second livre traite de la spiritualité universelle exprimée dans l’Islam. Son objet est de pointer l’universel à partir du texte du Coran.ONE MESSAGE ambitionne d’unir croyants et non croyants au sein d’un même édifice. Aucune croyance, aucune spiritualité, aucune culture ne devra avoir de prédominance sur une autre.Néanmoins, parler d’Islam s’avère inévitable dès lors que l’on envisage la création d’un socle spirituel  commun portant l’ambition d’unir croyants et non-croyants d’Europe et d’Afrique. Car du point de vue des populations européennes, il n’est pas possible d’envisager un avenir commun avec celles et ceux que l’on soupçonne de cultiver de  mauvais sentiments à leur encontre, du fait de leurs croyances ou de leurs valeurs. Et du point de vue des populations musulmanes du Sud, l’Islam crée un fondement culturel tellement  puissant que même les personnes athées ou  agnostiques s’y réfèrent dans leur vie de tous les jours, parfois même sans s’en rendre compte véritablement. Par conséquent, sans aucune forme de prosélytisme, l’ambition de ce second livre sera de montrer que des passerelles existent entre les différentes spiritualités, des passerelles qui unissent. Dans le langage du Coran, il tentera d’exposer un ensemble de vérités universelles communes à l’ensemble des religions monothéistes. Et si les ultimes transcendances, les plus pures et les plus sacrées de chaque religion étaient très  proches, sinon les mêmes, peut-on encore garder sous silence cette vérité aujourd’hui que l’humanité se trouve menacée par le retour des guerres de religion ? Et si, forts de cette perspective, les croyants des trois religions monothéistes s’unissaient autour d’un socle  commun de valeurs universelles et rejoignaient dans un même élan les grandes spiritualités orientales ainsi que les humanismes autour de la place de l’humain,  alors ce  message, ce « ONE MESSAGE » ouvrirait la voie à un meilleur avenir pour toutes et pour tous.

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Informations

Publié par
Date de parution 28 mai 2019
Nombre de lectures 16
EAN13 9782379790331
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0174€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sadok Ben Ammar
ONe message


ISBN 9782379790331
© 2019 Sadok Ben Ammar




C’est la loi de l’amour qui gouverne l’humanité. Si la violence, c’est-à-dire la haine, l’avait gouvernée, elle aurait depuis longtemps disparu. »
Mohandâs Gândhî, 13 avril 1940






Préface de l’auteur
Les projections internationales prévoient de très importants flux migratoires en Afrique subsaharienne d’ici à 2050. En 2018, la Banque Mondiale a estimé à quatre-vingt-six millions les « migrants climatiques » potentiels en Afrique subsaharienne qui seront contraints de quitter leur terre à l’horizon de 2050. L’Organisation des Nations Unies chiffre quant à elle plus haut le flux des migrations forcées sur la même période. À l’origine du phénomène, l’effet combiné d’une forte démographie et d’un changement climatique dévastateur.
En raison de la géographie, une partie de ces déplacés avancera vers le nord, ce qui créera de sérieuses tensions aux frontières sud des nations du Maghreb. En Méditerranée, émigrations maghrébine et subsaharienne se cumuleront dans une même poussée migratoire à destination d’une Europe qui ne se souhaite ni africaine ni musulmane, une Europe où l’extrême droite progresse rapidement. Si rien n’est pensé ni organisé à l’avance, ces projections mèneront à une situation de chaos.
Les images faisant état du traitement inhumain réservé aux migrants originaires d’Afrique subsaharienne en Libye fournissent un aperçu des développements tragiques à venir, si rien n’est préparé en amont. Le drame des naufragés dans une Méditerranée en passe de devenir « le plus grand cimetière du monde » relève de la même barbarie.
En concentrant ses efforts à défendre sa souveraineté et son identité, l’Europe perdra de vue l’unité et la sécurité qu’elle avait cru défendre, parce que celles-ci ne peuvent résulter que d’une politique régionale et d’une négociation élargie et généreuse. Il semble difficile de limiter les flux migratoires africains sans un ambitieux programme de développement inclusif à l’échelle de la région qui permette une réduction des inégalités et de leurs causes. Les liens étroits qui existent entre changement climatique et énergie, développement économique inclusif, migrations et sécurité exigent un projet fédérateur régional regroupant l’Europe, les nations du Maghreb et celles d’Afrique subsaharienne. Ce programme aura pour objet de permettre aux populations du Sud de demeurer chez elles, en rendant ce choix non seulement réalisable, mais aussi préférable pour elles, parce que les conditions d’un véritable développement économique pour tous auront été posées.
Or, aucune politique, internationale ou régionale n’a été pensée à ce jour pour traiter sur le fond l’interconnexion des sujets dans une perspective globale. Pour éviter des tensions importantes dans les prochaines années, qui feront des peuples du Nord et du Sud les grands perdants, une coordination forte entre nations s’avère indispensable. Cependant, les décideurs ne montrent, pour le moins à ce jour, que peu d’intérêt pour les politiques communes de long terme, qui sont de surcroît compliquées à mettre en œuvre.
Les analyses menées sur le climat à l’échelle internationale convergent pour dire que les conséquences du changement climatique en Afrique occasionneront probablement l’une des pires tragédies humanitaires du vingt et unième siècle. Le GIEC, Groupement d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat, alerte depuis des années sur la nécessité de la transition énergétique et de ses conséquences, notamment en matière de migration de population. Le bassin méditerranéen est un « hotspot » du changement climatique [8], une région où le changement climatique accentuera sensiblement le stress hydrique. Il semblerait donc que nous vivons au sein de l’illusion d’un monde disparu que nous ne voulons pas reconnaître comme tel. Dans le « monde d’avant », les énergies fossiles ont permis un développement économique sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Cependant, ce modèle n’est pas reproductible parce que tout simplement l’atmosphère de notre globe ne le supporterait pas. Ceci mène à une impasse. Pour sortir de l’impasse, il est nécessaire que les populations du Sud aient la possibilité d’atteindre un jour le niveau de vie moyen de celles du Nord. Ce qui est cause, c’est non seulement le modèle de développement du monde moderne qui a perdu son universalité dans la mesure où il n’est pas pérenne, mais aussi son cadre institutionnel et ses règles du jeu qui vont progressivement perdre de leur légitimité au fil des années (ONU, OMC, mais aussi Tribunal Pénal International etc.) Des millions de destins risquent fort d’être ravagés par l’opiniâtreté de stratagèmes destinés à prolonger, voire à rendre impérissable, un modèle de développement qui n’a en réalité plus d’avenir.
Les constats présentés n’ont pas pour objet d’offrir un spectacle désolant de l’avenir à des spectateurs passifs, mais plutôt un champ d’actions et de défis à des acteurs du changement. Les statistiques énoncées livrent uniquement des tendances de fond et ce qui se produira dépend en grande partie de nos actions et des choix que l’on fera. Nous savons seulement qu’il ne serait pas sage d’attendre le chaos pour réagir.
Le continent africain, berceau de l’humanité, déborde de ressources et de potentiels, notamment en matière d’énergie renouvelable. Une analyse montre qu’exploiter seulement un pour cent de la surface du Sahara africain en panneaux solaires permettrait de fournir l’énergie suffisante à l’ensemble de la planète. »[5] La zone tropicale dispose d’importantes réserves d’eau alors que d’autres vont en manquer dramatiquement. Des aménagements sont par conséquent envisageables.
Cependant, au Nord comme au Sud, la politique semble être en panne. En dépit de l’importance de l’enjeu et des défis, largement connus et débattus au Nord mais malheureusement encore trop peu au Sud, les dirigeants du monde s’évertuent à diffuser une violence calme, presque rassurante, mais mortelle.
Aujourd’hui, à un niveau collectif, il y a quelque chose de perdu qu’il convient de retrouver. Il est plus que nécessaire de redonner de l’attrait au monde par de l’enthousiasme, de la ferveur et de la beauté. Il est plus que temps de viser une espérance qui fasse rêver et qui ravive la flamme éteinte des tristes solitudes qui se côtoient sans se regarder. Cela ne peut reposer que sur une promesse et une confiance. Mais, si rien n’est prévu, en laissant faire et en laissant aller, les peuples seront vraisemblablement les victimes de tristes scénarios qui auront toutes les chances de se réaliser parce que des politiques publiques à la hauteur des enjeux n’auront pas été pensées et mises en œuvre.
Il est de ce fait primordial de lancer une initiative populaire regroupant un ensemble de personnes et de groupes de personnes, libres et responsables, d’Afrique subsaharienne, du Maghreb et d’Europe, qui se constitueraient en réseau d’influence auprès des pouvoirs publics en vue d’une solution à long terme qui tienne compte des intérêts des générations futures.
La politique que nous préconisons se fonde sur un altruisme rationnel : aider l’autre pour s’aider soi-même dans une perspective à moyen et long terme. Si le citoyen européen soutient les populations du Maghreb et d’Afrique subsaharienne dans leur lutte pour un développement économique inclusif, alors les flux migratoires pourront être à l’avenir limités. Mieux encore, la transition énergétique pourra être pensée et mise en œuvre au profit de l’ensemble de l’humanité dans un continent plein de ressources.
Si le citoyen maghrébin milite en faveur d’une véritable politique africaine pour son pays et sa région, alors il pourra non seulement rendre possible la réduction des tensions avec ses voisins du sud, mais il ouvrira, pour lui-même et ses enfants, l’accès à un marché en passe de devenir très important au cours de ce siècle.
Si le citoyen d’Afrique subsaharienne défend une vision ambitieuse pour son pays et sa région et se lie dans un plan de développement concerté à ses voisins du Maghreb et à l’Europe, il aura alors créé les conditions d’un meilleur avenir. Cette vision se projette dans le temps et défend la liberté, la sécurité et le droit au développement des générations à venir. Une telle initiative émanant des peuples réunis créera un précédent dans l’histoire en faveur d’un monde plus juste et plus transparent.
La vision proposée est bien plus favorable à l’intérêt des peuples que les traitements à court terme et les débats étroits de souveraineté nationale, qui partout, occupent les devants de la scène. Car à défaut d’une vision d’ensemble, chaque nation sera conduite à vivre un dangereux paradoxe : plus la sécurité sera recherchée , plus le niveau d’insécurité s’accroîtra, plus les libertés individuelles seront menacées, et plus l’incontrôlable surgira sans crier gare.
Rendons-nous à une évidence : Pour pouvoir fixer les populations dans leur région d’origine et éviter à l’avenir des frictions importantes, probablement des guerres, il est impératif de penser dès aujourd’hui un modèle de développement viable et équitable dans le contexte de la transition énergétique. 2050 représente une date proche, à peine une génération.
Il en résulte un dilemme : soit l’Europe s’érige en forteresse et se coupe du continent africain au moyen de boucliers divers, soit elle s’applique à inventer en concertation étroite avec ses partenaires du Sud, un meilleur avenir pour elle-même et les nations du continent africain. À l’échelle de l’individu, le dilemme se décline ainsi : soit les individus se préparent à tolérer l’inhumain et à devenir extrémistes ou bien ils jugent insupportable un monde s’enlisant progressivement dans la barbarie et décident de se constituer en réseau de résistance.
De nouveau, l’heure est au choix et l’indifférence féroce ; un vieux démon longtemps enchaîné et maintenu loin des regards semble avoir été lâché.
Faisons un rêve : et si les peuples européens et africains, du Nord comme du Sud, s’alliaient autour d’une initiative commune visant à rendre le choix de la sédentarisation à la fois réalisable et désirable, afin que chacun ait la possibilité, mais aussi l’envie de rester chez lui parce qu’il y fera bon vivre.
Et si un tel ensemble se constituait en réseau et établissait le lien entre le climat, la crise migratoire, la sécurité et la lutte de l’ensemble des mouvements progressistes du monde qui revendiquent davantage de droits civiques pour les citoyens et une meilleure répartition des richesses à l’échelle des nations et de la planète, alors la Méditerranée et plus généralement le continent africain, deviendra le lieu de rendez-vous d’un moment d’effervescence sans précédent où toutes les énergies exprimeront d’une même et seule voix leur refus de l’inhumain.
Cependant, la logique économique pure est insuffisante à elle seule pour susciter l’enthousiasme et lever les freins à une telle mobilisation.
Car, en dépit du bon sens et de la nécessité de l’action, comment dépasser le cloisonnement érigé par les cultures, les croyances et les préjugés ? Comment rapprocher les peuples du Nord majoritairement catholiques et laïcs avec les peuples du Sud à majorité musulmane, tant que la désastreuse image de l’Islam demeure ?
Pour dépasser la difficulté, il faudra faire preuve d’une audace encore plus grande, une audace à la hauteur des enjeux.
Nous proposons l’établissement d’un socle commun de valeurs pour rendre possible la mobilisation, dans une même lutte, d’individus partageant des cultures, des histoires, des croyances et des traditions différentes.
Que l’on soit ou non croyant, épris de valeurs humanistes, philosophe, adepte de spiritualités orientales ou de techniques de développement personnelles, peu importe, aucune des « sacralités » ne tolère la barbarie. ONE MESSAGE constitue le point d’ancrage focalisant sur ce qui lie, au lieu et place de ce qui sépare. Ce message unificateur fondera l’alliance sur la base de laquelle asseoir l’action. Parce qu’il paraît bien vain d’essayer de corriger les distorsions du monde par des politiques, sans se référer de manière franche et directe, à la racine du ratage, à savoir le communautarisme et l’inhumanité qui s’en suit : « Il n’est pas des nôtres donc peu importe s’il meurt assoiffé dans le Sahara ou noyé en Méditerranée.»
Un tel édifice renforcerait la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de l’ONU d’une diversité convergente de sons et de couleurs. Les droits de l’homme cesseront d’être uniquement le fruit d’une pensée. À la pensée pure et à l’arrogance de la raison, s’adjoindra une part de cœur qui poussera à se reconnecter à l’humain qui est en nous.
Cet essai comprend deux livres. Le premier livre traite du projet. Dans les chapitres qui suivent, nous exposerons un état des lieux puis préciserons pourquoi il est nécessaire d’agir maintenant et comment parvenir à trouver en soi l’audace nécessaire à l’action. Nous énoncerons ensuite notre vision et expliquerons les conditions de sa mise en œuvre.
Le second livre traite de la spiritualité universelle exprimée dans l’Islam.
ONE MESSAGE ambitionne d’unir croyants et non-
croyants au sein d’un même édifice. Aucune croyance, aucune spiritualité, aucune culture ne devra avoir de prédominance sur une autre.
Néanmoins, parler d’Islam s’avère inévitable dès lors
que l’on envisage la création d’un socle spirituel commun portant l’ambition d’unir croyants et non-croyants d’Europe et d’Afrique.
Car du point de vue des populations européennes, il n’est pas possible d’envisager un avenir commun avec celles et ceux que l’on soupçonne de cultiver de mauvais sentiments à leur encontre, du fait de leurs croyances ou de leurs valeurs
Et du point de vue des populations musulmanes du Sud, l’Islam crée un fondement culturel tellement puissant que même les personnes athées ou agnostiques s’y réfèrent dans leur vie de tous les jours, parfois même sans s’en rendre compte véritablement.
Par conséquent, sans aucune forme de prosélytisme, l’ambition de ce second livre sera de montrer que des passerelles existent entre les différentes spiritualités, des passerelles qui unissent. Dans le langage du Coran, il tentera d’exposer un ensemble de vérités universelles communes à l’ensemble des religions monothéistes.
Et si les ultimes transcendances, les plus pures et les plus sacrées de chaque religion étaient très proches, sinon les mêmes, peut-on encore garder sous silence cette vérité aujourd’hui que l’humanité se trouve menacée par le retour des guerres de religion ?
Et si, forts de cette perspective, les croyants des trois religions monothéistes s’unissaient autour d’un socle commun de valeurs universelles et rejoignaient dans un même élan les grandes spiritualités orientales ainsi que les humanismes autour de la place de l’humain, alors ce message, ce « ONE MESSAGE » ouvrirait la voie à un meilleur avenir pour toutes et pour tous.


Livre premier : Le projet


I. Contexte, enjeux et défis
Ce livre est principalement destiné aux lecteurs des deux rives de la Méditerranée et plus généralement, à ceux des continents africains et européens intéressés par la problématique de l’émigration vers l’Europe. En partant d’un certain nombre de constats reconnus, il tente d’établir ce qui se joue en Méditerranée et de mettre les projecteurs sur les choix qui en découlent pour les nations de la région. Il ne s’agit ni de verser dans l’optimisme ni dans le pessimisme, mais d’essayer de comprendre ce qui risque de se passer dans les années à venir afin de déjouer les pièges et d’œuvrer pour que le meilleur se produise et non le pire.
Le contexte climatique.
Aujourd’hui plus personne ne peut dire : je ne savais pas.
Le lundi 13 novembre 2017, la revue BioScience publie une alerte lancée par quinze mille scientifiques sur l’état de la planète. La première du genre avait été formulée en 1992 à l’issue du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro et appuyée par 1700 chercheurs, dont une centaine de Prix Nobel [1]. Depuis, d’avis d’experts, des évolutions déjà préoccupantes se sont aggravées : de larges espaces de forêts ont fondu, des mammifères ont disparu, « les courbes des émissions de gaz à effet de serre s’envolent ».
Au mois d’octobre 2018, le GIEC, Groupement d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat, alerte les États des conséquences d’une augmentation des températures qui dépasserait le seuil des 1,5 ° degrés Celsius : vagues de chaleur, extinctions d’espèces, déstabilisation des calottes polaires, montée des océans sur le long terme…Pour ces experts, limiter la hausse à 1,5 °C passe par une réduction des émissions de CO2 de 45 % d’ici 2030.
La COP24, tenue les deux premières semaines de décembre 2018, a montré que la communauté internationale avait échoué à s’engager sur « une hausse des efforts collectifs dans la lutte contre les changements climatiques » [2]. L’alerte lancée par le GIEC n’a donc pas suffi et l’augmentation des températures sera par conséquent très vraisemblablement plus importante que la limite fixée.
Il y a pratiquement un consensus de la communauté scientifique mondiale pour dire qu’en laissant faire, l’humanité sera confrontée à un changement majeur, peut-être même brutal, de ses modes de production et de consommation au cours du siècle à venir. En cause, un modèle économique inefficace entré « en guerre contre la vie sur terre » [3]. Aux capacités finies de la planète, il oppose la quête sans relâche d’une croissance infinie devenue insoutenable, principalement en raison du niveau de pollution engendré par les énergies fossiles. Il y a un consensus pour dire que maintenir les modèles économiques et financiers actuels conduirait à une hausse insoutenable de l’ordre de 4 ou 5 °C à l’horizon 2100, évolution intolérable du point de vue de la vie sur la planète. Tout le monde s’accorde à dire qu’il existe un lien étroit entre l’augmentation de l’effet de serre et la proportion d’énergies fossiles dans le bouquet énergétique, c’est-à-dire parmi les sources d’énergie consommées. La solution qui s’impose dès lors est celle d’une transition énergétique rapide et massive.
Le 10 septembre 2018, dans un discours prononcé au siège des Nations Unies à New York, António Guterres, son Secrétaire général a lancé un cri d’alerte et, s’adressant aux dirigeants mondiaux, demande « à ne plus perdre de temps pour protéger la planète et sa population des conséquences désastreuses du changement climatique. »
Une bonne nouvelle : selon l’IRENA (International Renewable Energy Agency), le coût du kWh d’énergie renouvelable continuera sa chute et deviendra compétitif par rapport aux énergies fossiles à compter de l’an 2020. [4]
Un tournant est donc attendu dans les toutes prochaines années puisqu’il deviendra très bientôt moins coûteux de produire de l’électricité avec des sources d’énergie renouvelable qu’avec des sources fossiles.
Une analyse montre qu’exploiter seulement un pour cent de la surface du Sahara africain en panneaux solaires permettrait de fournir l’énergie suffisante à l’ensemble de la planète. » [5]
Il reste encore certes à inventer des solutions compétitives de stockage d’énergie à grande échelle, mais de telles analyses ont le mérite de montrer que l’humanité n’est pas dos au mur et que des technologies permettant la transition énergétique existent déjà et à des coûts de plus en plus faibles.
Des initiatives ont été lancées sur cette voie, la plus emblématique étant le projet Désertec, nom d’un concept énergétique de grande envergure prévoyant d’exploiter le potentiel énergétique des déserts d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient pour fournir une énergie verte aux régions avoisinantes ainsi qu’à l’Europe. Un tel programme créerait de l’activité économique et un grand nombre d’emplois dans la région. Néanmoins, de tels projets ne peuvent voir le jour sans l’accord des acteurs politiques ainsi que des populations des pays concernés. Ils impliquent des processus politiques complexes donnant lieu à des attentes qui peuvent être divergentes, à des cadres réglementaires et légaux, à des frontières géographiques …
Une question se pose néanmoins : est-ce que le cadre institutionnel, légal et réglementaire des pays du continent africain permet la réalisation de projets solaires par de l’investissement privé ou encore en partenariat public-privé ? Ainsi, s’il est clair que la transition énergétique n’est aujourd’hui plus une option, mais une nécessité absolue, la question de son financement et des conditions de son déploiement dans les pays reste posée.
À un niveau plus global et à l’échelle de la planète, les institutions internationales se mobilisent pour rendre la transition énergétique faisable et transformer ainsi le discours d’experts en réalité concrète et mesurable. La Banque Mondiale estime à quatre-vingt-dix mille milliards de dollars américains à l’horizon de 2030 [6] le montant des investissements en infrastructures nécessaires pour « la transition vers une économie globale résiliente à faible émission de CO2 ». La même institution assure que les montants d’investissements nécessaires se comptent en billions de dollars et non pas en milliards. Elle souligne aussi que la finance concessionnelle constituera une composante critique du financement de la transition énergétique.
Tout le monde s’accorde à dire que plus on attend, plus l’ardoise sera élevée. L’épisode des gilets jaunes en France a montré que les consommateurs n’étaient pas disposés à payer davantage de taxes écologiques. Par ailleurs, les États les plus riches de la planète sont pour la plupart surendettés et ne disposent par conséquent pas des ressources nécessaires. Il reste les investissements privés. Une question se pose : sommes-nous à la veille d’un nouveau type de gouvernance mondiale dont l’objet sera de sécuriser les investissements privés nécessaires au sauvetage de la planète, notamment en uniformisant les bonnes pratiques institutionnelles, réglementaires et légales au sein des nations ? Quel sera le pouvoir d’action des États ? Où en est le continent africain ?
Le contexte migratoire.
Dans un rapport publié lundi 19 mars 2018, la Banque mondiale a chiffré à 143 millions de « migrants climatiques » potentiels dans le monde d’ici à 2050 dont 86 millions en Afrique subsaharienne [7]. L’ONU de son côté chiffre plus haut et estime que le flux pourrait atteindre le milliard d’individus sur la même période.
Du fait de la géographie, une partie des flux poussera vers le Nord et transitera par le Sahara créant des tensions aux frontières Sud de plusieurs États du Maghreb. Ensuite vers la Méditerranée, dernière station vers une Europe où l’extrême droite progresse rapidement et qui ne se veut ni africaine ni musulmane.
À cette affluence provenant d’Afrique subsaharienne, s’ajoutera l’émigration maghrébine. Le 5e rapport du GIEC (AR5, 2014) a rappelé que le bassin méditerranéen est un « hotspot » du changement climatique [8], une région particulièrement vulnérable. Dans les prochaines décennies, une hausse des températures et une baisse des précipitations sont attendues. Les perturbations climatiques favoriseront donc aussi les vagues d’émigration provenant du Maghreb qui, cumulées aux flux d’Afrique subsaharienne, conduiront à des tensions sans précédent entre les deux rives à l’horizon de 2050.
Même si le quart ou encore le cinquième de ce flux décidait d’émigrer vers l’Europe, il créera des crispations considérables. Le changement climatique « moteur d’émigration » constitue par conséquent une véritable bombe à retardement dans un continent en passe de devenir l’un des plus peuplé de la planète au cours de ce siècle. D’ici à 2050[9], la population du continent africain devrait s’accroître de plus d’un milliard d’individus et, d’ici 2100, de plus de trois milliards, ce qui fera de l’Afrique le second continent le plus peuplé au monde après l’Asie.
Quelle sera la position des États du Maghreb par rapport au flux d’émigrés climatique en provenance de leurs frontières sud : deviendront-ils des geôliers ou bien des alliés actifs dans le cadre d’une politique régionale ayant pour objet de tisser des liens solides avec ce sous-continent qui deviendra l’un des plus importants marchés au monde ?
Force est de constater qu’il n’existe à l’heure actuelle aucune politique régionale à l’échelle des états du Maghreb pour traiter la question de manière globale, c’est-à-dire par une politique qui relie les questions du changement climatique, de l’énergie, du développement économique et de la sécurité.
Le contexte politique.
Un peu partout en Europe, l’avancée des extrêmes droites se confirme. Elles alimentent les sources d’inquiétudes identitaires, tandis que les gauches tendent à défendre une certaine idée de l’humanité et de l’hospitalité. En Italie, en Espagne, en France, en Allemagne, en Hongrie, en Autriche, en Finlande, en Bulgarie, à Chypre, dans chacun de ces pays souffle un vent sécuritaire anti immigration et un repli identitaire principalement axé autour de la lutte contre une invasion de l’Islam en Europe. Le Pacte signé à Marrakech le 10 décembre 2018 en faveur de « migrations sûres, ordonnées et régulières » a montré à quel point le sujet est sensible : avant même que le premier réfugié climatique africain n’ait songé à gagner le continent européen, cette initiative a provoqué une levée de boucliers dans toute l’Europe. Il est nécessaire de prendre acte du refus exprimé par un très grand nombre d’Européens de voir leur pays envahi par des migrants venant du Sud.
Il semble par ailleurs difficile de défendre l’hospitalité européenne quand il n’y a pas d’emplois à partager, lorsque l’arrivée de migrants sur le continent européen représentera une pression supplémentaire exercée sur un marché du travail à l’avenir déjà perturbé par l’arrivée en force de l’intelligence artificielle. Il y a dans ce contexte de fortes chances que les extrêmes droites progressent fortement , non seulement au Nord, mais également au Sud, en réaction presque immédiate. Cependant, si les levées de boucliers devaient se dresser de part et d’autre de la Méditerranée, la crise à venir, par effet de contagion, s’étendrait vraisemblablement bien au-delà de la région et créera une situation chaotique. En conséquence, la question de la crise migratoire en Méditerranée ne concerne pas uniquement les pays riverains. En l’état actuel des choses et sans changements majeurs, les questions climatiques et d’émigration risquent de mener à une crise majeure. Une alternative serait de permettre aux populations de demeurer chez elles, en rendant ce choix non seulement réalisable, mais aussi désirable. Cependant, elle ne semble pas figurer dans les agendas politiques.

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