Relations internationales
148 pages
Français

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Relations internationales

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Description

Ces mélanges en hommage à Philippe BIYOYA, exprime à la fois la reconnaissance et l'attachement de ses maîtres, collègues, disciples et amis, au professeur de relations internationales, chantre d'une science autonome au service de la puissance des États. Réaliste, il n'a cessé de fustiger les États africains d'avoir renoncé sans combat à la quête de puissance, variable structurelle de l'émergence.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 31 mai 2018
Nombre de lectures 8
EAN13 9782336843025
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Collection « Géopolitique mondiale »
Dirigée par Mwayila TSHIYEMBE

L’objet de la collection « Géopolitique mondiale » est de susciter les publications dont la vocation est double : d’une part, donner un sens aux mutations provoquées par la mondialisation, étant donné la perte des repères du monde ancien et la nécessité d’inventer des repères du monde nouveau ; d’autre part, analyser la complexité des enjeux territoriaux, des rivalités d’intérêt et de stratégies qui pousse les acteurs à user de la force ou de la diplomatie, pour modifier ou tenter de modifier le rapport de force (ressources naturelles, humaines, culturelles), selon des idéologies qui les animent. A cette fin, la prospective et la pluridisciplinarité sont des approches privilégiées.

Déjà parus

Dyna Albert POMBO NGUNZA, Communication des entreprises commerciales en République Démocratique du Congo , 2016.
Jules MAIDIKA ASANA KALINGA, Le drame migratoire à l’aune du droit cosmopolitique , Relecture de la sagesse Kantienne, 2016.
Glombert LOKO MANTUONO, Couverture sociale des maladies à caractère professionnel , Plaidoyer pour la réforme technique de la sécurité sociale en République Démocratique du Congo, 2016.
Mwayila TSHIYEMBE, Question africaines post-guerre froide , 2016.
Evelyne GARNIER-ZARLI (Sous la direction de), Réflexions autour de l’enseignement scientifique. Un enjeu majeur de l’espace francophone, 2015.
Titre
Sous la direction
Mwayila Tshiyembe






Relations internationales

Une science appliquée au service du pouvoir



Mélanges en hommage au professeur Philippe BIYOYA
Copyright

Avec le soutien du président du sénat
de la République démocratique du Congo, KENGO WA DONDO





© L’Harmattan, 2018
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

www.editions-harmattan.fr

EAN Epub : 978-2-336-84302-5
Comité d’honneur
Le Recteur de l’Université de Lubumbashi
Le Doyen de la Faculté des Sciences sociales politiques et administratives, Université de Lubumbashi

Comité scientifique
Ngoie TSHIBAMBE, Professeur, Université de Lubumbashi
Matala TSHIMPANGA, Professeur, Université de Lubumbashi
Georges MULUMBENI, Université de Lubumbashi
S. SANGMPAM, Université Syracuse, New York
Bob KABAMBA, Université de Liège
Elikia MBOKOLO, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris
Louis-Michel ILUNGA, Professeur, Université de Lubumbashi
Kä MANA, Professeur, Pole Institute, Goma
Mwayila TSHIYEMBE, Université de Kisangani
BIOGRAPHIE SOMMAIRE DE PHILIPPE BIYOYA
1. IDENTITE
• Professeur Baudouin Philippe BIYOYA MAKUTU KAHANDJA,
• Né à YENGA YENGA, le 28 septembre 1953 et décédé e 30 octobre 2015
• Marié à Brigitte KASHIBA WA BUKASA et père de 7 enfants
2. CARRIERE POLITIQUE
• Présidence de la République
- Conseiller politique du chef de l’Etat au collège politique et administratif décembre 2002-2004
- Collège administratif et juridique janvier 2004-mars 2005
• Primature et cabinets ministériels
- Consultant près du premier ministre
- Conseiller politique privé du Premier ministre Adolphe Muzito
- Consultant près du ministre des Affaires intérieures, sécurité, décentralisation et affaires coutumières
- Consultant près le Ministère des Relations avec le Parlement
- Directeur de cabinet au Ministère de la Coopération internationale
- Conseiller politique du ministère des Affaires étrangères
- Conseiller principal du ministre des Affaires étrangères 1998
- Conseiller au Ministère de la Coopération technique internationale au Ministère de Transports et communications
3. CARRIERE ACADEMIQUE
- Docteur en Sciences politiques et Relations de l’Université de Lubumbashi,
- Professeur des universités (Professeur ordinaire)
- Fondateur de l’Institut Panafricain des Relations internationales et Stratégiques Kinshasa
- Directeur du Centre de Recherche interdisciplinaire à l’Université libre de Kinshasa
- Enseignements des Théories des relations internationales, géopolitiques et géostratégies, institutions publiques
4. Analyste politique et consultant des médias nationaux et internationaux
5. Invité du gouvernement français aux festivités du Bicentenaire de la Révolution française du 14 juillet 1989
6. Consultant national au PNUD, à la Banque mondiale et à l’Union européenne
7. Expert du gouvernement congolais à plusieurs sessions de l’Assemblée générale des Nations unies, SADC, CEPAC et CRID
8. Conseiller et consultant des plusieurs ministères dont les affaires étrangères
9. Conseiller au collège politique et diplomatique au Cabinet du Président de la RDC
10. Conseiller au Cabinet du Président du Sénat (dernier poste occupé jusqu’à sa mort)
4. PUBLICATIONS SELECTIONNEES
- Pour un autre avenir congolais de paix. Le choix d’un modèle institutionnel, Kinshasa, Editions CEDI, 2002
- « Pour une nouvelle géopolitique régionale du développement de la RDC », in Kazadi, Frontières et gouvernance sécuritaire. Pour le développement économique de la RDC, Paris, L’Harmattan, 2013
- La théorie des relations internationales. Science politique de l’international, IPRIS, Kinshasa, 2009-2010
- Quête africaine de l’ordre mondial portée et limites des voies d’insertion au système international du monde bipolaire, Paris, L’Harmattan, 2014
- Diplomatie congolaise régionale nouveaux fondements et défis, Paris, L’Harmattan, 2011
- Comprendre les relations internationales. Les anciens et les nouveaux paradigmes, Kinshasa, Médiaspaul, 2015
- Géopolitique de l’instabilité dans la région des Grands lacs, Paris, L’Harmattan, 2009
Liste des contributeurs
1. MWAYILA TSHIYEMBE, juriste, politologue et internationaliste, professeur ordinaire et Doyen de la Faculté de droit, Université de KISANGANI.
2. ELIKIA MBOKOLO, historien, professeur et directeur de recherche, École de Hautes Études en Sciences Sociales, Paris
3. BOB KABAMBA, politologue, professeur à l’université de Liège.
4. S.N. SANGMPAM, politologue, professeur à Indiana University, New York.
5. LA MANA, philosophe et théologien, professeur et directeur de recherche à Pôle Institute, Goma.
6. NGOIE TSHIBAMBE, internationaliste, professeur ordinaire, Université de Lubumbashi.
7. TSHIMPANGA K. MATALA, internationaliste, professeur à l’université de Lubumbashi
8. LÉON-MICHEL ILUNGA, linguiste, professeur associé, Université de Lubumbashi
9. YARIBU MULIWAVYO, politologue, Chef des Travaux, Université de Goma
10. MUKENDI TSHIMANGA ROSSY, internationaliste, Assistant, Université pédagogique nationale, Kinshasa
11. SANDRA MAKUTU BIYOYA, internationaliste, Assistante, Université de Lubumbashi
12. ÉRIC ABANATI, internationaliste, Assistant, Université de KISANGANI
13. FRANÇOIS LISALU BOFANDO, internationaliste, Assistant, Université de KISANGANI
14. ANATOLE MATUSILA NE KONGO, Député national et ministre honoraire
15. BRUNO KWETE, internationaliste, chercheur indépendant, Université de Lubumbashi
16. DJESKAIN HABDJELA MAKUTU KABOBI, licencié en sciences et techniques de développent, Facultés catholiques, Kinshasa
Introduction
Cet ouvrage est un Mélanges, au sens académique du terme. Il s’agit d’une tradition universitaire d’offrir à un maître, un volume d’articles rédigés en son honneur ou en son hommage, par ses collègues, ses élèves et ses amis. La démarche du Comité d’honneur 1 ainsi que du Comité scientifique 2 des Mélanges Philippe BIYOYA s’inscrit dans ce champ d’action.

Quant au plan de l’ouvrage, il est articulé autour des témoignages (1) et des réflexions sur la pensée de professeur Philippe BIYOYA (2).
1 Le Comité d’honneur est composé des personnalités suivantes : le Recteur de l’Université de Lubumbashi et le Doyen de la Faculté des Sciences sociales, Politiques et administratives
2 Le Comité scientifique est composé des personnalités suivantes : Professeurs Ngoie TSHIBAMBE (Université de Lubumbashi), TSHIMPANGA Matala (Université de Lubumbashi), Georges MULUMBENI (Université de Lubumbashi), ELIKIA MBOKOLO (Ecole de Hautes Etudes en Sciences sociales (Paris), S SANGAMPAM (Université Syracuse, New York), Bob KABAMBA (Université de Liège), Mwayila TSHIYEMBE (Université de Kisangani)
Préface Le savant et le politique
C’est ici qu’il sied de dire deux petites choses qui me tiennent à cœur : d’abord rappeler les circonstances qui ont permis à nos destins de se croiser ; ensuite, scruter et décanter la controverse wébérienne « le savant et le politique » à travers laquelle prend corps et signification les métiers de conseiller du Prince et d’enseignant exercés par l’illustre disparu.
• Les circonstances ayant permis le croisement de nos destins
Nos destins se sont croisés à l’UNAZA (Université nationale du Zaïre), fraichement mise sur les fonts baptismaux par celui qui, quelques années plus tard, s’appellera le Maréchal Mobutu Sese Seko, Kuku Ngbendu wa Zabanga, Président fondateur du MPR (Mouvement Populaire de la Révolution) et Président de la République du Zaïre.
En effet, pensée comme l’université du futur, bien avant le processus de Bologne dans l’Union européenne, par sa massification (dépassement du seuil critique de mobilisation des forces sur trois campus de Kinshasa, Lubumbashi et Kisangani) et sa progressivité sur 5 ans (premier cycle professionnel sur 3 ans de graduat et deuxième cycle général sur deux ans de licence) ; l’UNAZA est dirigée de mains de maître par Monseigneur Tharcisse Tshibangu Tshishiku, « le Recteur magnifique », selon les médias de l’époque.
A l’ombre de ce global dessein, se profile sans nul doute, la quête mobutienne d’une diplomatie de puissance, pilotée par les cadres de haut niveau, formés dorénavant à l’Université nationale du Zaïre. Pour ce faire, le Département de Relations internationales est créé de toutes pièces au sein de la Faculté des Sciences sociales, Politiques et Administratives. Et ce, à la suite des recommandations d’un colloque international réuni à Lubumbashi à cet effet, sur les décombres encore fumants du département des Sciences politiques et diplomatiques jadis rattaché à l’ENDA (Ecole nationale de droit et d’administration) de Kinshasa.
Abordé sous cet angle, le pari académique mobutien débouche sur un nouveau programme d’enseignements, taillé sur mesure de la pluridisciplinarité voire la transdisciplinarité des enjeux géopolitiques et géostratégiques du monde. Il est articulé autour de trois pôles :

• Politique internationale,
• Economique internationale,
• Droit international ;
• Sécurité internationale (stratégie, polémologie, recherche de la paix).
Premiers lauréats cette nouvelle vague, nous n’avons pas vu passer le temps jusqu’au jour où, la fin justifiant les moyens, l’horizon d’une nouvelle carrière d’enseignement et de recherche s’ouvre à nous, en qualité d’Assistant dans ladite Faculté.
Chance ou hasard, rien n’est moins sûr ! Rappelons tout simplement qu’il a plu au Conseil de Faculté des Sciences sociales, politiques et administratives, à l’issue de notre deuxième mandat, sur demande expresse de notre maître, le Professeur Diur Katond et sous sa direction, de nous confier la charge d’un enseignement intitulé « Séminaire des relations internationales ».
Iconoclaste, cet enseignement pédant est conçu comme une « boîte à idées et à débats » sur la théorie et la pratique des relations internationales. Deux objectifs lui sont assignés par le Conseil de Faculté :
- Primo, faire cet enseignement, le baromètre à partir duquel, il sera possible de jauger la fine crème de la discipline nouvelle. A cette fin, les thèmes mis en débat doivent être renouvelés sans répit, en tenant compte de l’actualité ;
- Secundo, stimuler la libre expression des séminaristes, dans un esprit d’ouverture et de tolérance. Il s’agit de réaffirmer l’absence de restriction au droit de discussion et de critique des étudiants.
Fort de ce bréviaire, nous allons à la rencontre des étudiants séminaristes, parmi lesquels nous découvrons un étudiant tenace, studieux, débateur hors pair, et brillant, appelé Philippe BIYOYA « BIPHIS pour les intimes ». Impressionnés par le bagage intellectuel de ce nouveau venu, nous l’adoptons d’office et le couvons du mieux que nous pouvions, jusqu’à l’éclosion de sa thèse de doctorat en relations internationales, à l’Université de Lubumbashi.
De disciple exigeant, Philippe est devenu au fil des ans, un ami, un confident, un collègue distingué, avec lequel nous n’avons cessé d’arpenter les studios des radios et des télévisions, des colloques et des conférences de par le monde, en vue de livrer l’expertise sur les questions internationales.
Cruel destin, nous nous voyons avec Philippe pour la dernière fois en septembre 2015, à l’hôtel du Fleuve de Kinshasa, à l’occasion d’un « FORUM INTERNATIONAL SUR L’INNOVATION », organisé par le Gouvernement de la République Démocratique du Congo et auquel il n’est pas invité. Comme de coutume, Philippe braille contre les organisateurs, qu’il accuse d’avoir eu peur des quatre vérités qu’il s’apprêtait à asséner aux invités.
Passé cet orage, la faim et la soif nous obligent à aller prendre un petit déjeuner au restaurant fétiche de Philippe « ORANGERAIE », situé sur le boulevard du 30 juin, à quelques encablures de Télé 7 et du quotidien le Potentiel, jadis chapeautés par un ami, le politologue Freddy Mulumba Kabuayi, où nous officions sans crier gare, voici belle lurette déjà. Philippe refait le colloque, selon le réalisme, son dada de toujours, pendant que nous mangions et buvions.
A peine rentré à Paris, un coup de fil nocturne de mon Assistant Fabien KAZUMBA m’arrache du sommeil. Effondré et d’une voix tremblante, il me dit laconiquement : « le professeur Philippe BIYOYA n’est plus ». Des larmes et des larmes et des larmes…
• Conseiller du Prince 3
Pour tenter de lever le voile sur le sens des métiers exercés par Philippe Biyoya, à savoir enseignant et conseiller du Prince, force est de puiser les ingrédients dans l’œuvre monumentale de Machiavel et de Weber, au confluent de laquelle celui-ci prendrait racine.
Nicolas Machiavel n’est pas un théoricien, à l’instar de Philippe Biyoya. Il est un haut fonctionnaire qu’une crise politique vient de réduire à l’inaction, et qui, illuminé par la défaite, s’efforce, en prenant la plume, de reprendre et d’amplifier l’action qu’il a, avec un zèle inlassable, menée au service de la République de Florence 4 . Philippe Biyoya est un professeur des universités, spécialiste des relations internationales, théoricien du réalisme, et adepte de l’autonomie de la science des relations internationales de la science politique. Il mène une vie semblable à celle des professeurs des universités d’Afrique noire, grandeur et décadence obligent.
Cependant, aussi différente que soit leur personnalité, ils ont en commun les circonstances historiques qui ont impulsé et conditionné leur vie publique.
Nicolas Machiavel est révolté par le chaos politique qui règne en Italie et des intrigues qui en résultent. Il constate que l’Italie est ouverte à tous les vents alors que les Italiens ne se rendent pas compte que les fondements de l’ancien jeu d’équilibre entre puissances italiennes n’a plus de sens. Il critique le fait que pour lutter les uns contre les autres, ils s’allient qui à la France, qui à l’Espagne, qui à la Suisse, qui à l’Empereur, sans succès.
Tant et si bien qu’à la suite de la révolte d’Arezzo et de quelques autres villes, l’impuissance du système politique est si manifeste que la réforme s’impose, inspirée de la constitution vénitienne. Le pouvoir est confié à Pierre Soderini, placé au-dessus des institutions traditionnelles. Machiavel s’aperçoit qu’il est seul et que si un conseiller discutait ses choix, contrôlait ses actes, il pourrait agir avec détermination et serait un rempart contre la calomnie. Il propose ses services à Soderini qui répond positivement.
En dépit des conseils prodigués par Nicolas Machiavel, Soderine est chassé du pouvoir plus tard, par la troupe espagnole qui s’empare de Florence au profit de Jean de Médicis, légat du pape et chef de la famille. Le nouveau pouvoir se débarrasse par décret de Nicolas Machiavel.
Pauvre et vivant de son traitement de fonctionnaire, Machiavel ne sait à quel saint se vouer. Il décide, après quelques années d’errance, d’écrire un petit livre « LE PRINCE », dans lequel, tirant les leçons de l’histoire de la République romaine, il expose les vertus d’un modèle d’institutions qui ont fait la force de ce régime, notamment les mécanismes par lesquels celles-ci ont procuré la durée et la grandeur à Rome. Il esquisse la trame ce que pourrait être un enseignement de politique à l’usage de futurs dirigeants républicains, dont l’impératif est l’unification de l’Italie par un système politique monarchique.
Son rêve ultime est que le Prince nouveau soit Julien de Médicis, exerçant l’autorité à Florence au nom du pape, son frère. Mais Julien meurt et il est remplacé par son neveu Laurent, capitaine général des Florentins. C’est lui qui sera le dédicataire définitif du Prince.
Quant à Philippe Biyoya, il assiste comme enseignant à l’université de Lubumbashi, à l’effondrement du régime de parti unique concocté par le président Mobutu, depuis la réforme constitutionnelle de 1974. Il contemple avec agacement les dégâts causés par ce chaos et cherche une explication à la mobilisation sociale amplifiée par la bourrasque venue des vents d’Est, à la crète des années 1990.
Il analyse finement les coups de boutoir du mobutisme finissant et la cascade des tripatouillages et des reculades mettant à rude épreuve l’efficience de la CNS (conférence nationale souveraine) et l’intégrité de son leadership. Le duel au sommet de l’Etat entre Mobutu et Tshisekedi et le dédoublement institutionnel qui en résulte, consacre la cassure qui ne le surprend pas. Il constate que la violence politique prend à la gorge la société civile tandis que les pillages achèvent l’économie fragilisée depuis 1973, par les mesures économiques aventureuses dites de « zaïrianisation » (1974), dont le but consistait à spolier des entreprises expatriées au profit des politiciens zaïrois.
A la surprise générale, l’échec de la mobilisation sociale interne, suscite une mobilisation militaire externe, conduite par les armées étrangères notamment ougandaise, rwandaise, angolaise et zimbabwéenne, portant à bout de bras une rébellion appelée AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo), avec la bénédiction des USA. La prise de pouvoir par l’AFDL à Kinshasa, le 17 mai 1997, sonne le glas de 32 ans de règne de Mobutu, en fuite vers le Maroc où il meurt en septembre 1997.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Philippe Biyoya est navré de voir que les Zaïrois ne se posent pas des questions sur la capacité à gouverner du nouveau pouvoir, l’important étant, pour nombre d’entre eux, d’avoir débarrassé le pays de la dictature de Mobutu.
Philippe Biyoya est aux premières loges à Lubumbashi, la capitale du cuivre où sa présence ne passe pas inaperçue dans l’intelligentsia locale. Et qui plus est, Lubumbashi est devenu la capitale politique où la rébellion, après avoir posé ses valises sur la route de Kinshasa, recrute à tour de bras, les cadres venus aussi bien de la diaspora que du pays réel.
Lucide, Philippe Biyoya constate, après quelques échanges, que la rébellion AFDL n’a pas un projet de société démocratique susceptible de sortir le pays du chaos politique, économique, social, géopolitique et géostratégique. Il déplore également l’incompétence et l’amateurisme battant le plein à tous les étages du leadership rebelle.
Cette critique acerbe, ne l’empêche pas de postuler que le pire n’est jamais sûr et le souhaiter n’est pas patriotique. Pressé, il décide d’enfiler le costume de « l’intellectuel engagé » au sens de Sartre : « On ne peut pas ne pas être engagé. L’engagement est également une obligation morale pour celui qui, refusant le confort de l’attitude contemplative ou de la foi, tire les conséquences éthiques et politiques de son être en situation. C’est particulièrement le cas de l’intellectuel et de l’écrivain, qui parce qu’ils ont le pouvoir de dévoiler le monde, se doivent de s’engager 5 ».
Afin d’éviter le pire, conclut-il, j’ai le devoir sacré de prodiguer des conseils au gouvernement AFDL, en vue d’orienter les choix stratégiques de sa diplomatie vers la quête de puissance régionale. Telle est, pense-t-il sur la foi des indiscrétions, l’ambition portée par Laurent-Désiré Kabila, Président de la République, tombeur du Maréchal Mobutu.
En 1997, il est nommé conseiller politique au ministère des Affaires étrangères, du premier gouvernement AFDL.
Néanmoins, à peine éteints les lampions de la libération contre la dictature de Mobutu le 17 mai 1997, le gouvernement AFDL affronte deux crises majeures : l’une externe et l’autre interne.
Sur le plan externe, l’ONU souhaite mener l’enquête sur la disparition des réfugiés hutus en territoire de la RDC. Philippe Biyoya est partisan d’une diplomatie classique fondée sur la négociation, afin de mobiliser au profit de la RDC, la solidarité des organisations régionales et des puissances émergentes. Aussi longtemps que l’on n’est pas puissant, murmure-t-il, le réalisme commande de faire profil bas, de compter ses forces, avant de redresser le front. L’enjeu, selon lui, consiste à faire reculer l’ONU, en obtenant le soutien de la Chine ou de la Russie au Conseil de sécurité.
Ce schéma est saboté, selon Philippe Biyoya, par les alliés de l’AFDL. Et ce, pour deux raisons au moins. D’un côté, ils redoutent la mise en cause probable de leurs armées en campagne en RDC ; d’autre part, ils croient mordicus en leur stratégie de satellisation de la RDC devenue leur chasse-gardée. Si bien qu’au grand dam de Philipe Biyoya, les puissances tutélaires de l’AFDL, imposent au gouvernement, la ligne d’une « guérilla diplomatique » contre l’ONU au motif qu’elle est, comme par le passé, l’objet de manipulation de l’impérialisme américain contre la RDC.
Sur le plan interne, les alliés de l’ADFL s’opposent aux velléités d’indépendance et de puissance régionale exprimées par Laurent-Désiré Kabila. Par ailleurs, ils l’accusent d’ingratitude à l’égard des armées qui l’ont porté au pouvoir. Aussitôt dit aussitôt fait, le mois d’août 1998 est celui de tous les dangers : une rébellion armée, soutenue par le Rwanda et l’Ouganda, tente de prendre le pouvoir à Kinshasa. Le régime de Laurent-Désiré Kabila doit sa survie à l’intervention militaire de l’Angola et du Zimbabwe.
Ce retournement d’alliances démontre les limites de la théorie de l’équilibre des puissances chère au réalisme, étant donné que le protecteur est devenu une menace contre le protégé. En effet, au mois de janvier 2001, Laurent-Désiré Kabila est assassiné dans son bureau de travail, au palais de Marbre surplombant les villas cossues de Binza. Sa disparition tragique ruine les espoirs du changement des Congolais et de Philippe Biyoya.
A la différence de Machiavel qui écrit un chef-d’œuvre politique, la traversée du désert de Philippe Biyoya ne le pousse pas à rédiger un bréviaire politique pour les leaders congolais. Bien au contraire, la mort tragique de Laurent-Désiré Kabila libère son imaginaire intellectuel de toute entrave. Prolixe, il sème à tout vent, sur moult sujets 6 , prenant à témoin les générations futures, tant de la RDC, de l’Afrique que du Monde.
• Pèlerin entre le Savant et le Politique 7
Selon Raymond Aron 8 , le préfacier du fameux livre « Le savant et le politique », Max Weber a été un homme de science, il n’a été ni un homme politique ni un homme d’Etat, occasionnellement journaliste politique. Mais il a été, toute sa vie, passionnément soucieux de la chose publique, il n’a cessé d’éprouver une sorte de nostalgie de la politique, comme si la fin ultime de sa pensée aurait dû être la participation à l’action.
Des motifs plus personnels expliquent aussi son attitude. Il n’a cessé de souligner que la politique n’avait rien à faire dans les salles de cours, il a répété que les vertus du politique étaient incompatibles avec celles du savant. « On ne peut pas être en même temps homme d’action et homme d’études, énonce-t-il, sans porter atteinte à la dignité de l’un et de l’autre métier, sans manquer à la vocation et de l’un et de l’autre ».
Agir raisonnablement, c’est, après réflexion, prendre la décision qui donne la meilleure chance d’atteindre le but que l’on vise, précise Weber. Une théorie de l’action est une théorie du risque en même temps qu’une théorie de causalité.
Le lien entre la science et la politique de Max Weber apparaît tout aussi étroit si l’on considère l’autre aspect, non plus la relation causale, mais les valeurs, rapport aux valeurs dans le cas de la science, affirmation de valeurs dans celui de l’action.
En d’autres termes, la science historique ou la science de culture telle que la concevait Max Weber, était la compréhension de la manière dont les hommes avaient vécu, du sens qu’ils avaient donné à leur existence, de la hiérarchie qu’ils avaient établie entre les valeurs, cependant que l’action politique est l’effort, dans des circonstances que nous n’avons pas choisies, pour promouvoir ces valeurs, constitutives de notre communauté et de notre être même, souligne R. Aron.
Max Weber avait à cœur de démontrer que la science, bien qu’elle aboutît à dépouiller le monde de ses charmes, bien qu’elle fût par essence inachevée, avait un sens et méritait qu’on s’y consacrât. Telle est la signification de ce qu’il a appelé « le désenchantement du monde », car la « science sans conscience n’est que la ruine de l’âme », disait Rabelais dans Pantagruel.
Par-delà les moyens de détruire le monde mis par le progrès de la science à la disposition des chefs civils ou militaires (bombe atomique notamment), la menace que font peser sur les universités et sur la science certains régimes politiques n’est pas négligeable, surtout à l’ère d’Internet, de nouvelles technologies d’information et de communication et des réseaux sociaux.
Autrement dit, qu’il s’agisse de science ou de politique, Max Weber visait le même but : dégager l’éthique propre à une activité qu’il voulait conforme à sa finalité. Le savant doit refouler les sentiments qui le lient à l’objet, les jugements de valeur qui surgissent spontanément en lui et commandent son attitude à l’égard de la société, celle d’hier qu’il explore et celle d’aujourd’hui qu’il désire, quoi qu’il en ait, sauvegarder, détruire ou changer. Pour Weber, le pathétique de l’action est lié à l’antithèse de deux morales : la morale de responsabilité et la morale de conviction.
Quant à la vocation scientifique, elle dépend des indicateurs tels que l’inspiration, la spécialisation, l’intuition et la personnalité, selon Max Weber. Face à sa vocation, l’homme de science ne peut recourir qu’à la technique ou à la prévision.
• Que conclure ?
Passé l’effroi du deuil de Laurent-Désiré Kabila, Philippe Biyoya reprend avec enthousiasme, le macaron de conseiller politique dans plusieurs ministères, y compris, sacré privilège, à la présidence de la République et du Sénat.
Si bien que fort de sa vocation scientifique, téléguidée par l’inspiration, la spécialisation, l’intuition et la personnalité, Philippe espère, faire changer le destin de la RDC, par ses conseils éclairés, réalisme oblige.
Cependant, son ambition de faire arrimer la RDC à la Chine et à la Russie, afin de damer le pion à l’Ouganda et le Rwanda d’une part ; les USA et la Belgique d’autre, est un pari perdu. Parallèlement, une décennie après l’Accord global et inclusif de Sun city, la capacité militaire de la RDC est encore en dents de scie ; le renforcement des capacités institutionnelles par la démocratie est démenti par les craquellements du vide électoral et de fin des mandats institutionnels, exception faite de la justice.
Tant et si bien que, handicapé par sa rigueur scientifique et son franc-parler, Philippe est un marginal, voire un franc-tireur du microcosme politique congolais. Il en a si souffert et en a été si désenchanté qu’il avoue que dans l’état actuel de nos connaissances, l’incompétence et l’irresponsabilité sont les marques déposées de la classe politique congolaise, toutes tendances confondues. De ce fait, conclut-il, le savoir est jugé incompatible avec la gouvernance.
In fine, la carrière de Philippe Biyoya confirme, s’il en est besoin, la thèse wébérienne de l’incompatibilité des métiers du savant et du politique.

Fait à Paris, le 29 août 2017
MWAYILA TSHIYEMBE, Docteur d’Etat en droit,
Docteur en science politique, Professeur ordinaire, UNIKIS
Doyen de la Faculté de droit, Université de Kisangani
3 Machiavel, Le Prince , Paris, éditions Flammarion, 1992
4 Yves Lévy, « Introduction », in Machiavel le Prince, op. cit., pp.5-63
5 Patrick Wagner, « La notion d’intellectuel engagé chez Sartre », in Le portique Revue de philosophie et de sciences humaines , Cahier 1, Travaux de DEA, 2003.
6 Philippe Biyoya, Quête africaine de l’ordre mondial. Portée et limites des voies d’insertion au système international du monde bipolaire, Paris, l’Harmattan, 2014 ; Comprendre les relations internationales. Les anciens et les nouveaux paradigmes, Kinshasa, Médias Saint-Paul, 2015 ; « la RD Congo de demain : quelle politique pour quel Etat », in Congo-Afrique, n°445, 2010 ; La spirale des guerres de l’Est de la RDC, les moyens d’y mettre fin et de transformer le contexte, Kinshasa, IPRIS,2014 ; « Une politicologie du futur de la RDC : Refondation de l’Etat », in Le Potentiel, 30/10/2016 ; Diplomatie congolaise régionale : nouveaux fondements, défis et enjeux, l’Harmattan, 2011
7 Max Weber, Le savant et le politique , Paris, Paris, Librairie Plon, 1959
8 Raymond Aron, Introduction, in Max Weber, Le savant et le politique, op.cit.., pp.7-52
Première partie Témoignages sur Philippe Biyoya
Philippe Biyoya : Cette muse qui s’éteint
Docteur Pierre Anatole MATUSILA MALUNGENI NE KONGO

Enseignant, Analyste politique et débatteur de télévision, conférencier chauve qui ferme tout le temps les yeux laissant échapper un fin sourire… c’est l’image qui restera longtemps gravé dans l’esprit de ceux qui ont connu Philippe Biyoya, cette Muse qui s’est éteinte. Homme des grandes qualités, d’un sens élevé de jugement et de justesse qui illuminait la compréhension de ceux qui l’ont approché, fréquenté et sollicité son opinion ou son avis sur des questions aussi délicates que sensibles de la société congolaise et des relations internationales de notre temps. Biyoya était tout, sauf un homme ordinaire. Rationnel et clairvoyant, Philippe disait des choses complexes avec des phrases aussi simples et d’une étonnante profondeur qui ne laissait insensible aucun de ses milliers d’auditeurs et lecteurs. Je suis tenté de dire que si les autres réfléchissaient, Biyoya rationalisait. Ses idées forces ont servi de baromètres et de boussole sous divers aspects.
Personnellement, j’ai perdu un meilleur ami ; un ami sincère, toujours disponible, courtois et serviable, entreprenant, travailleur acharné, généreux, taquin, jovial et compréhensif. Ce type d’ami qu’on ne choisit pas, mais qu’on découvre tel un trésor et qu’on désire finalement garder toute sa vie. Mais hélas ! La vie n’est qu’une histoire, un temps comptabilisé qui ne résiste pas à l’appel de l’éternité.
Le plus difficile pour moi, quand il s’agit de parler de Philippe Biyoya aujourd’hui, c’est de définir le tableau de référence dans tout ce que j’ai vécu et crois connaître de ce personnage mystérieux sans courir le risque de m’enfermer dans du caricatural. Mais il n’en demeure pas moins que c’est dans sa plus belle robe d’analyste politique que Biphis, comme on aimait bien l’appeler, a pu se forger une notoriété. Une dimension publique qui pourrait nous faire bénéficier du préalable de l’objectivité et qui nous mettrait tout aussi à l’aise dans notre témoignage.
En effet, je reste convaincu que le seing du professeur Philippe Biyoya s’est largement fait sentir durant tout le processus des négociations politiques congolaises, communément appelées dialogue intercongolais à Sun city en passant par Cotonou, Nairobi, Addis-Abeba ou Pretoria. Cette séquence aura été la plus délicate de l’histoire politique de notre pays. La classe politique et la société civile réunies en terre sud-africaine avaient la lourde tâche de sauver la nation en péril : réunifier le territoire, ramener la paix, restaurer l’ordre institutionnel et lancer le chantier de la reconstruction post conflit.
A l’époque j’étais désigné successivement membre de la composante société civile au comité préparatoire et puis en qualité de porte-parole et chef de délégation au Dialogue Intercongolais (DIC). C’est en ce moment que j’ai véritablement découvert le génie et l’assiduité de Philippe Biyoya et c’est aussi, je le crois bien, en ce moment qu’on est devenu vraiment amis. Biyoya nous a considérablement aidé à aiguiser des outils indispensables aux négociations et à la compréhension du droit international, surtout la portée des instruments juridiques internationaux comme l’accord de Lusaka. Je me souviens qu’à la veille des différents rendez-vous du comité de suivi des travaux du DIC, Philippe ne cessait d’éclairer certaines de nos ombres, il nous permettait, tel un coach, d’avoir une compréhension plus nette et pratique des situations que nous rencontrions souvent dans divers rounds de ces négociations éprouvantes. Et les canaux régulièrement utilisés furent les colloques, les séminaires ainsi que les journées de réflexion organisées dans le cadre de la société civile avec les partenaires dont Law Group, IFES, NDI, 11.11.11, CORDAID et autres.
Ce qui impressionnait les participants à ces rencontres et même les organisateurs c’étaient la maîtrise des sujets, la subtilité de la transmission et tutti quanti de cet éminent orateur. On avait par moment l’impression que le temps s’arrêtait quand cet érudit pédagogue disséquait le thème du jour dans un esprit de synthèse établissant des ponts entre des domaines tout aussi proches qu’éloignés. Je revois encore ces membres de ma composante recroquevillés sur leurs calepins comme des étudiants, prenant religieusement note alors que Biyoya maniait avec tact son art de formateur entrecoupant son discours par des anecdotes et des citations dans un air ludique qui fermait la porte à l’ennui. On n’en avait donc jamais assez de Biyoya quand bien même dans ce genre des circonstances, le temps n’est pas toujours un fidèle allié. Je pouvais à peine m’imaginer le bénéfice académique de ce savoir et savoir-faire de Philippe, l’intelligence qu’il transmettait aux jeunes apprenants dans les auditoires où il professait ainsi que le privilège dont ont joui ces jeunes scientifiques, assistants et chefs de travaux, qu’il a encadrés durant sa carrière. Je prie sincèrement pour que tous ces jeunes gens qui se sont abreuvés de cette intelligence ne s’en détournent jamais et en fassent bon usage pour le bonheur de notre pays.
L’autre canal d’accès à Philipe Biyoya pendant les travaux du DIC, c’était des consultations personnelles que nous sollicitions régulièrement. Je dois l’avouer qu’en ma qualité de porte-parole et chef de délégation de ma composante, j’ai dû le rencontrer personnellement à plusieurs reprises pour discuter et faire le point sur certains dossiers. C’est clair que nous lui devons, en grande partie, la performance dont la composante société civile à fait montre durant ces négociations. Cela s’est traduit dans le concret par la prise en compte de notre composante dans la redistribution des cartes lors de la mise en œuvre de la transition politique décidée à l’issue des travaux.
Depuis ces moments, Je ne me suis plus jamais séparé de Philippe parce que ces contacts au départ conjoncturels se sont transformés en une véritable amitié. J’ai découvert en effet, les délices de vivre avec un ami extraordinairement intelligent. Et quand je me suis décidé, après le dialogue Intercongolais, de me lancer complètement dans la vie politique obtenant, par le suffrage, le mandat de ma base de Madimba dans la province du bas Congo, actuelle Kongo Central, je ressentais davantage le besoin de le consulter de temps en temps sur certains dossiers et il se faisait toujours disponible. Biyoya était entièrement convaincu que le contrat d’intelligence entre l’espace scientifique et l’espace politique pouvait contribuer à changer les choses dans ce pays. Dieu seul sait combien dans l’opposition, la majorité et la société civile ont sollicité et obtenu des services intellectuels de cette Muse.
Biyoya est demeuré scientifique malgré tout. Son souci premier était d’encadrer les jeunes chercheurs dans des universités voire en dehors de celles-ci et de vulgariser la culture internationaliste et stratégique en Afrique et en RDC. C’est ce qui l’a conduit à créer son propre centre de recherche, l’Institut Panafricain des Relations internationales et stratégiques (IPRIS) dont il était le Directeur. Il pensait doter le pays d’un laboratoire performant des sciences humaines et sociales qui devrait penser les voies possibles de l’insertion de l’Afrique et du Congo dans le système mondial à la lumière des « think tank » américains qui dopent les politiques publiques du pays de l’Oncle Sam. Nous n’avons pas hésité de répondre à son appel pour apporter notre pierre à l’édification de l’IPRIS, comme pour dire que notre amitié a été mutuellement enrichissante et une amitié authentique et franche ne meurt jamais. Plusieurs publications de portée scientifique universellement reconnue sont aujourd’hui à mettre à l’actif de ce centre. Et de son vivant, j’ai croisé dans le sillage de Philippe Biyoya des jeunes gens loyaux, intelligents et passionnés de la recherche sur qui il espérait bâtir son architecture d’intelligence qui reste inachevée à cause des caprices du destin.
Je voudrais profiter de l’occasion que m’offre ces mélanges à l’hommage de Philippe Biyoya, pour lancer un vibrant et pathétique appel à l’endroit de ceux qui ont connu et profité d’une quelconque manière des bonnes grâces de Philippe : Journalistes, hommes politiques, hommes d’affaires, diplomates, acteurs de la société civile, étudiants et disciples du Maître, sa famille biologique ainsi que tout citoyen lambda, de nous investir dans la sauvegarde de son patrimoine. De tout mettre en œuvre pour que sa mémoire ne sombre jamais dans l’oubli, de conjuguer nos énergies pour immortaliser ce sphinx. Poursuivre et achever l’œuvre de l’IPRIS, peut-être pas entièrement tel qu’il l’aurait voulu, mais toujours dans l’esprit de la promotion de la culture de l’intelligence internationaliste et stratégique. Ces Mélanges en constituent déjà un bon
Makutu : je te fais confiance
Djeskain HANDJILA MAKUTU-Kabobi

Il faut pleurer les hommes à leur naissance, et non pas à leur mort, disait le sage Montesquieu 9 .
Il est vrai que l’éminent professeur Baudouin-Philippe Biyoya Makutu Kahandja, d’heureuses mémoires, dès sa naissance à Yenga-Yenga le 28 septembre 1953 de l’union de Biyoya Norbert et Ongongo Marie-Thérèse, était largué dans l’inconnu, dans un vide que seules la sueur de son front ou son expérience de vie devraient combler.
C’est dans la quête permanente de combler substantiellement ce vide que le professeur Biyoya a marqué de son empreinte le monde des internationalistes, des politologues et des débatteurs, des conseillers des princes ou des souffleurs des rois ; et qu’il a appris à pleurer avec, par et pour les autres.
Sa mort justement, comme celle de beaucoup d’autres humains, a fait trembler la terre pour ceux et/ou celles qui lui étaient cher(e)s. En réalité, la mort ne demeure qu’une légitime attente inutilement surprenante, car son heure était venue, diraient encore les sages.
Dans les lignes qui suivent, je le désignerais sous le prénom intime de « ya Philippe » (grand-frère) ou du pseudonyme de « biphis » (Biyoya Philippe et les Suivants), cher aux lushois (habitants de la ville cuprifère congolaise de Lubumbashi). Ville dans laquelle il a laissé l’immense souvenir d’un rigoureux et perspicace professeur d’université.
En effet, dans sa rhétorique habituelle et généralement lors de nos heures perdues, « ya Philippe » ne cessait d’exalter notre grand-père Makutu M’Imboyo ; ce planton des colons blancs qui disposait des « esclaves », des vastes étendues des terres dans le Basongo où était cultivé le café, à quelques pas de Port-Franqui (actuel Ilebo) et était doté d’un impressionnant harem (6 femmes au total).
Le leadership qui singularisait Makutu M’Imboyo, ce nègre qui n’était jamais allé à l’école -dans sa conception Charlemagnesque- n’avait jamais cessé d’impressionner BIPHIS. En effet, Makutu M’Imboyo savait s’adonner à la lecture et jouer, non sans dégâts collatéraux, à l’interprète entre les colons et les nègres (diplomate ?).
Pratiquement élevé dès son bas âge à côté de ce géant de Makutu M’Imboyo (car la maman Ongongo ayant quitté la terre des hommes assez tôt), BIPHIS a passé une bonne partie de son enfance dans cette « cour royale », comme il aimait à la désigner, avec le recours régulier au langage proverbial, au sens du devoir et à celui de responsabilité. Il insistait beaucoup, dans nos entretiens, sur cette expérience qui l’a marquée tout au long de son existence !
Makutu M’Imboyo apprenait donc à son petit-fils Makutu Philippe à comprendre le sens de la famille, à percevoir les contradictions d’une vie en société et surtout le pourquoi de l’existence.
Makutu M’Imboyo était autant surtout fier de sa progéniture que de son harem prolifique dont l’illustre Hubert Makanda Kabobi. Et pour Biphis, Hubert Makanda était le relais de Makutu M’Imboyo à Kinshasa avec qui il était habitué à se référer d’autant plus qu’il fut son autre source d’inspiration. En effet, aimait-il à le répéter, lors des sorties dominicales avec son cher oncle (et ce qualificatif avait une signification très symbolique), il apprenait à cerner comment Hubert Makanda « prêtait main-forte à l’africaine » à ses frères et sœurs sans discrimination, c’est-à-dire sans distinction d’origine biologique. Biphis a donc beaucoup appris du sens de la famille ; et cela pourrait expliquer peut-être son attachement envers ma modeste personne et la raison pour laquelle il a donné à sa fille aînée Rita le nom de ma génitrice Kahapitshi Makutu. Donc, tant pour Hubert Makanda que pour Philippe Biyoya Makutu, la famille avait une portée sans commune mesure.
C’était souvent le moment pour lui, ce jeune homme qu’il fut, de poser autant des questions vitales à « cet oncle très pondéré et réfléchi ».
Parmi les anecdotes concernant Makanda Kabobi, ya Philippe citait souvent son souhait d’aller visiter le Palais de la Nation (le Palais présidentiel RD congolais) et la réplique de son cher oncle était sans appel : « jeune homme, si tu suis mes conseils et tu assumes pleinement ta vie, tu pourrais y aller sans moi ». Le jour où il y a mis pied pour exercer des fonctions officielles aux côtés du Président Joseph Kabila, il s’en est souvenu. Ce qui lui a permis de s’y consacrer avec une ferme volonté de servir le Congo, un Congo qu’il voulait grand et ambitieux, de par sa situation géostratégique et ses potentialités tant matérielles qu’humaines incommensurables. Ainsi, il était en mesure de « conseiller les princes ou de souffler aux rois » ; expression qui lui était chère.
Loin de toute absurdité, je peux me permettre d’affirmer le rapprochement qui me caractérisait avec ya’ Philippe : le nom du grand-père Makutu M’Imboyo. Car, tant pour lui que pour moi, Makutu est l’illustre nom de famille ; depuis la petite enfance comme beaucoup d’autres de mes frères, chacun de nous est désigné sous ce nom. Et nos parents respectifs en étaient très fiers !
Et déjà jeune étudiant à l’Université de Lubumbashi, dans une lettre adressée à Maman Augustine Kahapitshi Makutu, Biphis a tenu pour qu’elle veille particulièrement sur moi, jeune enfant d’à peine 11 ans, dans le Kongo Central. Nous nous sommes rencontrés brièvement en 1994 après le décès de mon père Jean Chrysostome Makadi.
Et c’’est donc depuis 1997, lorsqu’il est revenu à Kinshasa avec l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) conduite par M’zee Kabila, qu’il me chercha d’abord pour s’assurer que je me faisais toujours appelé « Makutu », alors que je mettais déjà en exergue le sobriquet de Djeskain qu’affectionnait mon défunt Papa. Ensuite, on ne se sépara plus jusqu’à sa mort !
Une année après, et fier d’avoir un véritable professionnel du savoir comme grand-frère, alors que j’assurais le rôle de Directeur de Cabinet du Président du Conseil des étudiants, je n’hésitais pas à le solliciter pour communiquer à la communauté estudiantine des Facultés Catholiques de Kinshasa, actuelle Université Catholique du Congo, la nouvelle politique étrangère de la RDC ; et ce dans le cadre du Cercle de réflexion des étudiants en Sciences et Techniques de Développement. Au-delà des considérations scientifiques, cela traduisait naturellement l’’affirmation de notre référence familiale, comme cela se constate dans beaucoup des milieux.
Par ailleurs, au regard de ses multiples pèlerinages scientifiques et/ou professionnels à travers le monde, BIPHIS m’a confié, non sans restriction et à trois reprises, la gestion de son appartement au Centre d’accueil Mgr Shaumba dans la commune de la Gombe ou de celui de la commune de Bandalungwa. Et après chaque voyage, il ne manquait pas de me donner les leçons magistrales de la vie que j’écoutais religieusement.
Dans tous les cas, lorsqu’il nous arrivait d’aborder les questions familiales, il prenait majestueusement soin de fermer les yeux, de sourire avant de trancher sèchement qu’il ne faisait nullement de diplomatie en famille. Ce qui signifiait la fin de l’entretien.

La veille de son voyage des Etats-Unis d’Amérique dans le cadre des Visiteurs internationaux, vers l’année 2002, il me confia, sous pli fermé, et sans dire mot une carte postale sur laquelle étaient inscrits les noms de tous ses enfants par ordre d’aînesse (un transfert des pouvoirs ?) : Kahapitshi Makutu Rita, Biongo Makutu Nella, Mbambidi Makutu Sandra, Domai Makutu Jean Michel, Kinda Makutu Edith Cresson, Imboyo Makutu Daniella, Biyoya Makutu Aaron Junior. Les nièces et neveux que sa charmante Brigitte KASHIKA me présentera quelque temps plus tard, car vivants tous jadis à Lubumbashi.
Et quand, la même année, je lui parlai de la concrétisation de mon projet de mariage avec ma fiancée Bernardine Mishondo que j’épouserai d’ailleurs une année plus tard, il voulut tout simplement s’assurer que j’étais près d’embrasser cette nouvelle vie si contraignante, mais exaltante. Ses questions pertinentes m’agaçaient et ses réserves sur le dossier me donnèrent d’abord la nette impression, avec effroi, qu’il ne voulait pas mon bonheur. Mais je comprendrais plus tard, grâce à ses conseils et orientations, qu’il ne souhaitait seulement que mon bien ! Et il fréquenta mon foyer autant qu’il le pouvait !
C’est ainsi que, durant son séjour kinois, il se comporta en père, grand-frère et ami. C’est donc depuis mon mariage que nous avions pris l’habitude d’aborder sans tabou toutes les questions de la vie. Et je me souviendrais longtemps de cette sortie dominicale vers la ferme agricole de son ami Pierre Anatole Matusila, qu’il considérait avec beaucoup de sympathie et appelait familièrement « Anatole » : sur le chemin de retour et en compagnie de ma tendre épouse, il ne cessa de me taquiner, de parler de son souci de me promouvoir quand il aura des grands moyens, de me voir toujours à ses côtés. Il n’a d’ailleurs jamais cessé de revendiquer l’exclusivité du nom de MAKUTU ; ce que je lui concédais volontiers !
Et la surprise est vite arrivée, lorsqu’elle devra confier sa 2 ème fille Biongo Makutu Nella à Monsieur Arsène MUMONA. Il se décida, sans évidemment me consulter, de m’honorer avec l’élégant Costume apporté par la belle-famille pour le compte de Papa. Tout comme je me suis volontiers mis à l’œuvre lorsqu’il m’associa à la rédaction de l’acte constitutif de l’Institut Panafricain des Relations Internationales et Stratégiques (IPRIS) qu’il voulait régenter sa pensée et ses initiatives d’intégration régionale.
Enfin, privé de la capacité de prédire l’avenir ni d’interpréter les facteurs eschatologiques ; Biphis me parla avec insistance, dès début septembre 2016 de fêter ensemble nos anniversaires respectifs de naissance (le 19 pour moi et le 28 pour lui), car il se pourrait que l’année suivante il ne soit pas avec moi (je pensais qu’il s’attendait peut-être à une nomination d’Ambassadeur !) ! Par la suite, vers fin octobre, il chercha à comprendre si j’étais capable d’organiser une manifestation en son honneur, tenant compte de son aura. Il me préviendra que cela ne serait pas un morceau facile à croquer et que ça ne le générait pas si je recourais aux services du Cabinet (il parlait du Sénat où il était Conseiller du Président Kengo). Un discours qu’il m’a tenu donc une semaine avant sa mort ! Cela fut fait, mais dans la douleur et non dans la joie comme je le pensais, car c’était lorsque j’organisai ses funérailles quelques jours après ! Le destin ?
C’est donc, aux environs de 4 heures du matin du 30 octobre 2015, que mon téléphone sonna. L’appel pathétique venait de ma belle-sœur Brigitte, avec des paroles à peine compréhensibles : « Makutu wangu ! Philippe wangu ! Djeskain wangu ! », pour m’annoncer l’irréparable : la mort de mon frère. Je me rappelais alors de sa dernière parole lors de notre entretien la nuit du 29 au 30 octobre 2016 : MAKUTU, JE TE FAIS CONFIANCE.
9 Charles-Louis Montesquieu , Lettres persanes, éd. Pléiade, 1721, p.188.
Professeur Philipe Biyoya Makutu : un modèle de patriotisme scientifique
Fidèle ETOYI ESELA
Prologue
C’est avec un empressement que je réponds à l’appel à contribution de ce livre mélange à l’honneur du feu professeur BIYOYA MAKUTU, non par un article résumant tout ce que représente BIYOYA de façon holistique, mais par une modeste contribution sur ses cogitations basées sur des lancinantes questions politico-économiques de la RDC.
Chercheur passionné, penseur libre, le Professeur Ordinaire Philippe BIYOYA a durablement marqué ses étudiants dont moi personnellement. Il a su par son esprit lumineux et sa personnalité chaleureuse nous guider et nous encourager dans le chemin de la recherche.
En effet, pour Philippe BIYOYA, dans le milieu académique et scientifique, vivre c’est toujours déjà se mettre au service des autres, rencontrer les autres dans leurs qualités comme dans leurs faiblesses, sans se diluer dans ce qui leur fait oublier la tâche d’un scientifique : jouer le rôle social en tant qu’interface entre le savoir académique et les débats politiques et sociaux. Le progrès des sociétés a toujours été l’œuvre des personnes qui pensent, qui entreprennent, qui osent et qui prennent des risques. Philippe BIYOYA appartenait à cette race des braves. Il était un homme multidimensionnel (Homme politique, consultant, Homme des médias, Homme scientifique, etc.).
Par ailleurs, mon admiration pour le Professeur Ordinaire Philippe BIYOYA remonte à l’époque où je fus son étudiant et je me délectais à la lecture de ses fascicules sur les théories et doctrines des relations internationales et ses réflexions sur l’émergence économique de la RDC. Raison majeure qui m’incita à rejoindre la dynastie biyoyienne de ce qui allait devenir mon alma mater d’adoption. Je me rappelle durant ses enseignements, de sa conscience scrupuleuse et de la clarté de ses exposés. Aussi, sans qu’il eût à exercer la moindre contrainte, l’auditoire où se donnaient ses enseignements connut toujours la plus grande affluence. Il n’est pas donc étonnant que ses anciens étudiants aient conservé de lui le meilleur souvenir.
Par ailleurs, notre modeste contribution voudrait témoigner la vitalité des cogitations biyoyistes dans le domaine des relations internationales et faire remarquer son patriotisme scientifique démontré plus d’une fois dans ses fulgurantes analyses et réflexions portant sur les lancinantes questions politico-économiques de la RDC via des ouvrages, revues et interventions médiatiques.
Soulignons de ce fait que le curriculum vitae du Professeur Ordinaire BIYOYA au chapitre de la recherche et du rayonnement ne manque pas d’impressionner. On notera particulièrement son éclectisme, rare dans notre milieu, puisqu’il a œuvre pro activement dans le domaine de l’intégration régionale dans les Grands Lacs africains, des questions de stratégies et sécurité internationale, l’émergence économique de la RDC, la diplomatie congolaise et autres.
En effet, je ne pense pas me tromper en affirmant que pour le professeur BIYOYA, le premier effort de tout homme de science, de tout intellectuel digne de ce nom doit porter avant tout sur la situation de l’humanité dans son ensemble, et sur le problème capital de la paix et de la guerre entre les nations et l’intérieur des nations. Il s’agit de réfléchir sur la façon de résoudre ou de conjurer les crises et les conflits dans un pays pour que ce dernier survive dans la paix et le développement. Et Philippe BIYOYA n’a pas tari d’initiatives sur cette lancée. Il suffit de lire ses multitudes publications sur les brûlantes questions de la RDC, pour découvrir son dévouement pour son pays, la seule manière pour lui de contribuer à l’édification de la RDC. BIYOYA n’a pas cessé de croire au réveil et à l’émergence politique et économique de la RDC au niveau régional qu’international. Pour reprendre les mots d’Elikia M’bokolo qui préfaçait l’un des ouvrages dont la notoriété a été largement reconnue tant dans le pays qu’à l’extérieur : « Si dans le contexte du Congo, il n’existe pas de Philippe BIYOYA, il faudrait à coup sûr en inventer un » 10 . Ce professionnel du savoir reconnu le patriotisme scientifique de Philippe BIYOYA. C’est au fond ce qui explique notre choix sur ce thème, question de lui rendre hommage.
1. Que pense Philippe BIYOYA sur « Les Enjeux et conditions politiques de l’émergence économique de la République Démocratique du Congo »
Dans cette réflexion, BIYOYA comme oiseau de Minerve présente de prime à bord sa thèse consistant en une mise en garde contre une triple illusion :
- Illusion de souveraineté nationale, faute de géopolitique interne et régionale conséquente,
- Illusion démocratique, à cause de la faiblesse de nos appareils d’Etat et de notre consensus national, et du relâchement de la cohésion nationale ; et,
- Illusion économique, faute d’identité économique, de doctrine de patriotisme économique de notre politique de mondialisation et de notre libéralisme généreux.
La consolidation de l’Etat, de la Démocratie et l’Emergence économique en République Démocratique du Congo seraient ainsi des impératifs ou des exigences liés au contexte de la mondialisation - globalisation. Dans sa version RD congolaise, la problématique de leur réalisation souffrirait du défaut d’adéquation et de pertinence. L’intérêt d’en débattre scientifiquement, c’est de mettre en garde contre la triple illusion de souveraineté politique, économique et démocratique. La Tunisie est passée par là, voilà pourquoi, la RDC a le devoir d’ouvrir grands les yeux.
Bien plus, dans cette réflexion, le professeur BIYOYA trace une voie Red congolaise de l’émergence économique. Il insiste sur le fait que l’émergence économique pour booster la révolution de la modernité, appliquée en République Démocratique du Congo ou ailleurs en Afrique, exige :
 Un projet national de désenclavement territorial du pays par une stratégie d’intégration régionale et d’insertion mondiale destinée à faire de la RDC du fait de ses neuf frontières, une plaque tournante régionale. Soit, le développement d’une dimension économique spéciale de la politique étrangère. La révolution de la modernité doit avant tout être une révolution de la politique étrangère, la RDC devant revendiquer d’être une nation indispensable, pas nécessairement locomotive. Cela exigerait une gestion stratégique intelligente de sa vocation africaine, mieux de sa multiple appartenance régionale. Une composition stratégique dans le Bassin Congo – Océan (le Bassin Conventionnel du Congo) s’impose autour de l’exploitation par exemple des ressources de pétrole, d’hydroélectricité et halieutiques ;
 Un engagement industriel en soutien d’une économie d’exportation en vue de la construction d’une identité économique nationale. Cela passe par la construction des pôles de croissance et de puissance nationales par l’urbanisation et les Zones spéciales de développement ;
 Le développement du capital humain facteur d’avantages compétitifs au service d’une ambition internationale ;
 Un leadership performant et un followship approprié (la capacité de conduire ou d’influencer les comportements) et aussi un owernship (capacité d’appropriation).
A cet égard, Philippe BIYOYA considère que consolider l’Etat et la Démocratie, c’est remédier à l’effondrement et à la fragilité de l’Etat et construire le post-conflit, en réagissant, par exemple, aux conséquences de la stratégie de somalisation (pillages des ressources naturelles et autres richesses) de l’Est de la République ; de l’insertion de la RDC dans l’axe de crises régionales de la région des Grands Lacs. C’est-à-dire, de nous approprier l’agenda de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba qui ne devrait pas se superposer à ceux des processus de Lusaka et de Nairobi. Il faudrait aussi enraciner institutionnellement la démocratie et sortir notre vivre ensemble de l’immobilisme. Il nous faut rêver et faire rêver – le rêve valant mieux que l’illusion et en cela, nous mettrons l’avenir national à l’abri des convulsions. Ce qui aura perdu la Tunisie, c’est la recherche de l’amélioration du climat d’affaires déséquilibrant au profit du capital étranger dans l’oubli total du patriotisme économique. Nos faiblesses actuelles dans la gestion de nos entreprises, notre culture économique ou des entreprises déficitaire ou insignifiante d’aujourd’hui, ne doit pas justifier une production législative d’abdication à notre indépendance économique. L’économie mixte demeure aujourd’hui encore le chemin du progrès. C’est cela le Socialisme de marché chinois ; et n’ayons pas honte de l’appeler chez nous, le nationalisme authentique. Car, c’est notre identité culturelle, portée par nos institutions et notre pratique du pouvoir et de la cohésion nationale qui nous feront sortir de l’eau, de notre immersion. Organisons un régime de concurrence au profit de la compétitivité de nos entreprises nationales. C’est le prix à payer de la mondialisation. 11
Dans son arsenal de publications, Philippe n’a pas manqué de réserver une pensée sur la politicologie du futur de la RDC.
2. Une politicologie du futur de la RDC-la refondation de l’Etat 12
Pour mieux échafauder cette réflexion, le professeur BIYOYA commence par mettre en évidence le concept « géométrie de l’utopie congolaise ». Ici, le professeur Ordinaire BIYOYA pense que pour imaginer la République Démocratique du Congo de demain, l’on pourrait partir des tendances observées de l’évolution générale de l’Afrique et du monde ou de la dynamique particulière des institutions nationales. Pour Philipe BIYOYA qui tente une esquisse de géopolitique congolaise, se sert de l’avis de Dominique David de la Revue Études, janvier 2005 s’entendrait comme la manière dont un pays voit le monde et se voit dans le monde. Cette géopolitique congolaise se construit dans esprit du Philippe BIYOYA à partir de l’expérience récente du montage démocratique russe et du leadership de Vladimir Poutine.
Pour sortir la Russie du degré zéro, Poutine aura mis en place un pouvoir d’apparence démocratique sur fond de tradition autoritaire ; opter pour un libéralisme économique fait du retour de grands groupes d’Etat ; et s’est aligné sur l’Occident sans perdre la perspective de la puissance russe.
Poutine se voulait un leader normalisateur tandis que la Russie ambitionnait de revenir une nation normale et normalisée. Le président russe était perçu comme un gestionnaire d’un portefeuille de garanties de type économique et de type politique, garantie d’une économie ouverte avec, cependant, des réformes juridiques sous le regard d’un Etat stabilisateur et acteur via le système fiscal (impôt) qui permettait à l’Etat d’exister ; garantie politique d’un Etat rassuré se faisant prévisible, le pouvoir central stable et l’image nationale reprenant les couleurs, facteur psychologique capital pour un peuple si profondément humilié après l’effondrement des années 80 ; il fallait, par exemple, à travers la guerre de Tchétchénie, éviter la désintégration du pays.
La République Démocratique du Congo aura connu ce destin russe du degré zéro qui aurait dû justifier des efforts de sortir des logiques anciennes du pouvoir d’Etat et d’opérer de meilleurs choix de politique extérieure, les guerres de l’Est déstabilisatrices du pays, l’admission au programme PPTE ainsi que le régime de tutelle de la transition 1+ 4 ayant été ces facteurs d’humiliation stimulatrice du devoir d’un sursaut d’orgueil national. C’est cette toile de fond qui a aidé Philipe BIYOYA à étoffer la présente réflexion qui tente une synthèse des lectures optimistes et pessimistes du temps et de l’espace congolais.
En effet sa thèse principale, c’est la quasi-absence de perspective de reconstruction de l’Etat, pari difficile, parce que, au-delà des institutions, la politique congolaise manque de relais politiques et sociaux. La société démocratique congolaise ne serait pas comme toute société de ce type dotée d’institutions relativement transparentes demandant un réseau d’organisations qui interprètent politiquement, de manière relativement stable, les attentes collectives à destination du pouvoir.
Les partis politiques congolais ne fonctionnent pas réellement comme de segments de la puissance publique, mais plutôt comme des écuries présidentielles ou des appareils de négociations de l’allégeance au pouvoir en place. La Société civile et les partis politiques en République Démocratique du Congo fonctionneraient de manière quelque peu atypique.
Le chemin de l’espoir de la République Démocratique du Congo serait dans une sorte de dilemme entre le devoir de réformes et l’impératif de la renaissance, sujet d’une de ses multiples contributions intitulées : « La question congolaise (2005). Mais le plus inquiétant demeure la tendance prononcée à la banalisation de la question de l’armée nationale ou de la politique de la défense nationale et de la sécurité régionale dans un contexte régional et mondial pourtant incertain. La négligence par des élites dirigeantes d’origine militaire de ces questions spéciales de souveraineté nationale, pendant et après une longue période de transition imposée par le contexte des guerres civiles et régionales, serait un mauvais déclencheur de la volonté de puissance ne fut-ce que nationale et surtout de croissance politique.
La République Démocratique du Congo de demain sera-t-elle un Etat ou un Espace économique sans souveraineté un marché régional de l’économie mondiale ? Sinon, alors, une République Démocratique du Congo différente de la République du Zaïre et aussi de la RDC post-Mobutu serait-elle un horizon imaginable ? Cette interrogation qui hante plus d’un esprit constitue désormais un champ de réflexions fertiles. Philémon Mukendi invite à réinventer l’espoir là où Kä Mana estime qu’il nous faut inventer la République Démocratique du Congo. Une République Démocratique du Congo affranchie du formatage néocolonial et néo-libéral faute de moyens de s’en approprier à l’instar du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire d’Houphouët Boigny. Arnaud Zacharie et Bob Kabamba établissent l’équation de la reconstruction : reconstruire un Etat au bord de la faillite dans un nouveau monde multipolaire. Choisir entre le destin d’un espace minier contrôlé par le capital étranger et le destin d’une puissance régionale limitée constituerait le nouveau dilemme congolais qui structure aujourd’hui les voies d’un avenir incertain.
Cette question de savoir quelle politique pour quel Etat avait déjà été soulevée en son temps par Patrice-Emery Lumumba en termes de menaces qui pesaient à l’orée de l’accession à l’indépendance nationale sur l’avenir politique du Congo. En la reprenant ce jour, à l’occasion de la conférence sur le futur du Congo RD post-électorale, il ne s’agira non pas de scruter l’horizon d’un ciel chargé de nuages de pluie et de menaces d’orages, mais d’affronter l’incertitude d’un destin national devenu aléatoire au regard de tendances générales de l’évolution globale et systémique du monde. Que devient la RDC dans un monde global de nouvelles puissances mondiales émergentes et envieuses de ses ressources naturelles ? Le Congo RD peut-il s’inscrire dans le courant actuel de nations émergentes comme l’Inde et la Chine qui capitalisent leur passé dans les conquêtes de leur futur ? L’utopie congolaise serait-elle un château de cartes ou de feuilles ?
Pour emprunter l’expression à Gabi Hesselbein dans son récit analytique de la construction de l’Etat, essor et déclin de l’Etat congolais, la question sous examen pourrait s’énoncer autrement selon Philippe BIYOYA en termes de « que faire pour inverser les tendances inexorables au déclin de l’Etat congolais, hier effondré et aujourd’hui en refondation ? » Il s’agirait, dans ce cas, de procéder à l’examen des conditions et des capacités du Congo et des Congolais d’assumer la vocation géopolitique de l’Etat congolais léopoldien, nation pivot de l’équilibre régional en Afrique centrale (1) ou encore celle Frantz Fanon d’une politique géostratégique régionale de l’Afrique combattante et militante.
Rien ne permet aujourd’hui de croire qu’il soit possible de refonder un Etat et surtout un Etat développeur ; mais il serait possible que les puissances intéressées aux ressources consentent à l’existence d’un Etat gardien des conventions internationales. La pertinence de l’approche de la refondation de l’Etat tiendrait à la question stratégique de celui à qui revient le droit d’initiative : est-ce le Congo ou la Communauté internationale ? Et comment apprécier l’influence de la coopération dans cette affaire ?
C’est en ce sens que l’avenir congolais post-cinquantenaire donnerait lieu à plusieurs regards croisés entre ceux qui, comme Jean-Claude Willame, Marie-France Cross et François Misser partisans d’une République Démocratique du Congo Etat sous tutelle, craignent le pire et ceux qui, comme Colette Braeckman et Philémon Mukendi, espèrent une nouvelle version de l’indépendance du pays en mal endémique du nationalisme et aussi en mal d’ouverture désordonnée au monde global, double mal dû à la carence ou aux faiblesses de l’Etat.
Le caractère souverain de l’Etat est souvent occulté dans ce débat alors qu’à notre avis, le principal mal structurel de la République Démocratique du Congo est ce déficit de souveraineté à la fois économique et géopolitique. Lequel aurait dû infirmer la thèse du nationalisme des Congolais, nationalisme dépourvu de doctrine et de politique et surtout absent dans l’ouverture au monde en termes de politiques.
Le pays du majestueux et puissant fleuve, pays rimant avec chaos, pays de paradoxes et de scandales, mais dont les violences contre son intégrité physique n’aboutissent jamais à la remise en question de l’unité nationale, serait le type achevé d’un Etat hydrographique, délibérément construit en référence au bassin de son fleuve éponyme et sans la moindre considération envers le substrat humain, un territoire immense sans aucune unité humaine avait-on dit, comme pour montrer l’absurdité des théories politiciennes sur le Congo qui, faute d’Etat rationnel, ne peut développer que de faux réflexes d’exigence de justice et de dignité.
Ce pays au destin national incertain et qui serait, d’après d’autres observateurs toujours en quête de nation, un pays résistant. La question aujourd’hui serait de savoir comment opérer la mutation et convertir l’économie de résistance au complot de balkanisation et de partition en économie d’action de conquête des libertés et de rang sur l’échiquier de politiques nationales et mondiales désormais. Quelle instance en prendrait la décision d’envisager autrement que par de simples réformes la problématique de la refondation de l’Etat congolais. A l’époque de la Convocation de la nation congolaise au Dialogue national en terre sud-africaine, nous estimions qu’il était possible d’inventer un autre avenir congolais de paix par et/ou grâce au choix d’un modèle institutionnel approprié. Nous pensions suggérer le modèle institutionnel allemand post-conflit. Mais, face aux enjeux électoraux de l’après transition Sun City du modèle atypique du partage des responsabilités d’Etat [1+4], nous avions commencé à redouter la perspective d’une évolution institutionnelle hors schéma institutionnel modelé sur l’Etat devant la persistance de la tendance au déclin de celui-ci, à l’intérieur d’un espace que l’on aménageait pour accueillir les grandes affaires d’argent et de commerce. La République Démocratique du Congo nous paraissait désormais destinée à la colonisation/cession de son avenir géopolitique.
Pour y échapper, il y avait urgence d’inventer une nouvelle géopolitique régionale du développement de la souveraineté, obstacle à son développement institutionnel, la République Démocratique du Congo de demain paraissant en tout point de vue différente du Congo de nos rêves et de celui du combat de ses héros nationaux.
Le Congo du monde global et du Pacte de Nairobi de l’après les guerres de la Région des Grands Lacs en République Démocratique du Congo, de la Première Guerre mondiale africaine, des guerres du Kivu et des guerres régionales des opérations conjointes du démantèlement des forces négatives ougandaises et rwandaises est un nouveau et autre Congo dont il nous faut apprendre les caractéristiques géopolitiques. Et aussi choisir un avenir national autonome et différent de celui résultant autrefois des rapports de forces mondiales du contexte de la guerre froide ou de celui récent du choc des civilisations pourrait être la politique d’un Etat panafricaniste mondialisé et globalisé.
Une vision panafricaniste du destin géopolitique de la République Démocratique du Congo aurait besoin d’une politique congolaise d’intégration régionale, aujourd’hui absente. Concrètement, il pourrait s’agir pour les Congolais de refaire le chemin de la décolonisation pour identifier les étapes de l’appropriation du destin qui n’auraient pas bénéficié des investissements historiques réels ou encore qui auraient échappé à notre attention nationale comme, par exemple, le devoir de construction idéologique et économique du nationalisme ; pour réinterroger l’économie du choc de notre indépendance nationale avec l’apprêté de la guerre froide dans une Afrique divisée idéologiquement pour une politique stratégique de coopération internationale et surtout ; pour évaluer l’impact des guerres d’agression des années de l’indépendance à nos jours et aussi de toutes les autres guerres et rebellions armées sur la capacité de notre Etat à assumer nos volontés d’indépendance et surtout à s’élever en stature de puissance nationale, régionale et mondiale ; et pour découvrir les liens du système colonial avec les nouveaux systèmes de pouvoirs post-coloniaux, à savoir le régime Mobutu, les régimes Kabila, le régime de transition 1 + 4 et enfin le régime des coalitions majoritaires issu des élections démocratiques. Qu’ont-ils en commun et qu’est-ce qui les sépare en vue de politique de libération nationale ? Ce triple exercice pourrait nous renseigner sur les difficiles et dramatiques conditions de notre naissance au monde comme Etat, lesquelles auraient jusqu’ici rendu vaines nos velléités d’indépendance. La nature coloniale de nos modes de gestion de l’Etat et de la société pressentie en son temps par Young Crawford serait certes explicative des difficultés de gouvernance à la base de l’immobilisme institutionnel.
Pour une colonie non préparée à la gestion des responsabilités politiques et au gouvernement de la nation, n’avait-il pas fallu s’accorder un temps d’apprentissage des exigences d’une gestion responsable de l’avenir, un temps de transition qui aurait permis de nous approprier l’Etat colonial dans son efficacité administrative et territoriale, dans l’efficacité de son système de production de biens et de création des richesses ?
La République Démocratique du Congo au même titre que la République de Guinée Conakry constitue des exceptions dans la marche vers l’indépendance de nouveaux Etats africains pour n’avoir pas bénéficié de l’assistance ou de l’accompagnement des anciennes puissances métropolitaines sur la scène internationale. La passation des pouvoirs n’aura pas été un rite d’initiation à la puissance ou au leadership international. Le mode de fonctionnement du régime Mobutu ainsi que ses logiques de pouvoir ont-ils reçu un traitement redresseur ? Sinon comment conditionnent-ils aujourd’hui l’avenir national ?
La satellisation du destin national et international de la République Démocratique du Congo consisterait dans le renoncement à la vocation géopolitique africaine ainsi qu’aux rôles géostratégiques dans la politique mondiale du pays de Lumumba, faute de stratégie nationale d’influence et de conquête du monde, la préférence à l’immobilisme institutionnel condamnant notre destin national à subir l’autorité des lois et aléas de l’histoire mondiale.
Dans la perspective d’une nouvelle problématique politico logique sur le Congo en mouvance démocratique, et tirant prétexte de l’inconsistance et de l’impuissance des coalitions politiques au sein des institutions nationales et provinciales, la politique de l’espoir et d’un autre avenir de paix, de progrès, de dignité et d’humanité devrait être celle à même de stopper et d’inverser la tendance générale au déclin de la nation dans un monde en croissance, et aussi d’opérer définitivement une rupture avec l’immobilisme et l’impuissance institutionnels observés par la mise en place des nouveaux supports institutionnels au devoir du leadership national, régional et mondial qu’impose le nouveau contexte du monde global.
Il faut procéder au choix d’un avenir voulu, grâce à un projet national ambitieux d’insertion volontaire et responsable de la République Démocratique du Congo dans le monde global, preuve d’engagement et de détermination à marquer l’histoire nationale et aussi celle de la région de l’Afrique centrale… Et devant l’évidence des mutations géopolitiques qui s’annoncent dans cette partie du monde où la géostratégie du pétrole pourrait aboutir à la reconfiguration des rapports de forces et à la redistribution des cartes politiques, la République Démocratique du Congo devrait guérir avant tout de son mal atavique du déficit de l’autorité publique en vue d’un leadership d’Etat relationnel de type wébérien.
Une réflexion stratégique visant la redéfinition de l’intérêt national congolais pourrait être suscitée et porterait sur l’examen de forces et faiblesses de secteurs nationaux par lesquels la République Démocratique du Congo est connectée au système mondial global : Diplomatie et Défense nationale ; Economie-monnaie et Finances ; Science et Technologie ; Culture et Société.
L’issue de cette réflexion pourrait donner lieu à la mise en place des structures de réformes institutionnelles à vocation de transformer les modes d’actions de l’Etat et des mœurs des populations ; structures économiques et technologiques d’analyse de conjonctures économiques mondiales et du développement régional devant faire mieux que le COPIREP et l’ANAPI aujourd’hui impuissants à susciter un développement institutionnel et à mettre la nation congolaise et son économie sur orbite mondial. Le pays devrait aussi se doter d’une structure nationale de coordination stratégique des forces sociales de changements chargée d’œuvrer au quotidien à la consolidation de l’unité et de la solidarité nationales, vecteur de la nouvelle puissance nationale.
Et grâce à l’appui d’un Institut ou Centre national des relations internationales et de planification stratégique, capacité congolaise d’interactions globales et mondiales, comprendre les limites de l’action gouvernementale limitée à la routine administrative et déconnectée du mouvement ou de la dynamique sociale. L’évolution des institutions politiques doit être compatible et refléter la dynamique générale de la société et s’inspirer quotidiennement de l’évolution des rapports des forces mondiaux. L’on a dit quelque part qu’il était possible que l’Etat devienne compétent, savant ou stratège en tant que manageur. Un Etat orchestre en lieu et place d’un Etat piano.
La République Démocratique du Congo, notre pays, n’a pas été capable de se donner une politique de décolonisation autre que l’africanisation des cadres non préparés à la besogne, des cadres incapables de gérer l’avenir de la nation et de lui donner des ambitions. Et il n’est pas de tradition de formation permanente ou de recyclage du personnel dirigeant en dépit de nombreux programmes de renforcement des capacités. La débrouille demeure la règle.
Une telle politique d’autonomie en charge devrait se préoccuper de la gestion des effets, par exemple, des guerres d’agression qui auront eu des impacts nuisibles sur notre capacité à assurer notre croissance politique et institutionnelle. Commet à l’avenir contenir le déferlement des forces étrangères sur le territoire congolais et condamner la tendance à l’instrumentalisation de notre volonté d’indépendance nationale ? Inventer, par exemple, une politique de décolonisation interne par la constitution d’une union politique des provinces donnerait de gages d’unité nationale renforcée et d’un nouvel Etat congolais souverain.
Nous avions autrefois soutenu que la réponse à la question de savoir quelle nature d’Etat pour la République Démocratique du Congo demain et aussi pour sa paix passait par l’établissement d’une Union politique des provinces, gouvernement transnational pour cause de refondation de l’Etat et de la République.
Une politique de réforme, de modernisation et de progrès économique serait le principal horizon du futur pour autant qu’elle ait mission de gérer en les canalisant les convoitises extérieures avec leurs corollaires de rivalités commerciales préjudiciables à l’indépendance, et aussi d’endiguer les ingérences étrangères multiformes à la base de l’inféodation de notre destin national.
Une politique d’intégration sociale à vocation générale de construire l’identité nationale autrement que par la question de la nationalité congolaise devrait voir le jour et concerner la philosophie générale de la politique de l’éducation nationale. La République Démocratique du Congo a tout autant besoin d’un nouvel Etat souverain que d’une société fraternelle réconciliée et solidaire.
Le plus grand défi congolais dans pareilles perspectives, c’est d’être d’abord une société humaine à l’image de celle des autres. Et sa vocation géopolitique, pour être assumée au niveau régional, devrait sortir de la logique des communautés régionales à essence bureaucratique pour développer une politique nationale de régionalisation de l’économie congolaise. Au lieu de se complaire dans les présidences administratives de la CEEAC et de la SADC, l’avenir d’un rôle régional et international de la République Démocratique du Congo serait dans sa capacité à structurer son espace économique interne dans le sens d’un marché interne destiné à servir la cohésion et la cohérence stratégique nationale et aussi de se constituer en économie à vocation régionale produisant pour un marché élargi aux marchés des pays voisins. Ce qui impose de se donner des entreprises nationales à grande ambition et à vocation à transformer les communautés régionales transnationales des structures en entreprises compétitives plutôt que des administratives routinières.
Développer des capacités d’insertion au système mondial global serait une stratégie volontariste d’Etat rationnel se mêlant des jeux géopolitiques des nations du monde, contrairement, à l’illusion d’une nation souveraine par l’amélioration du climat des affaires, indicateur ou déclencheur du processus soumission. A moins de compter aussi avec la main invisible d’Adam Smith.
Notons par ailleurs que la question d’intégration des pays des Grands Lacs africains et celle de la spirale des guerres de l’est de la RDC sont les thèmes de prédilection du professeur Philippe BIYOYA. Nous ne manquerons pas de faire mention ci-dessous une de ses réflexions.
3. La spirale des Guerres de l’Est de la RDC, les moyens d’y mettre fin et de transformer le contexte
En scrutant cet opus hyper important, nous avons déniché que la spirale des guerres de l’Est est avant tout une étude des facteurs à la base des crises et des conflits récurrents dans les provinces du Kivu, et, un exercice de transformation des conflits et technique spéciale de gestion des conflits.
Nous indiquons en effet que ce livre se veut avant tout un instrument de plaidoyer visant l’amélioration de la compréhension de la situation de guerre et de non-paix à l’Est de la RDC et dans la région des Grands Lacs africains. Cette question qui titille les méninges de plus d’un Congolais dont particulièrement le professeur Philippe BIYOYA trouve des pistes des solutions au travers de cet opus.
Que faire pour mettre fin à la guerre de l’est de la RDC ? telle est la question que l’on entend de plus en plus et à la quelle tente de répondre depuis fort longtemps les contributions réunies dans cet ouvrage du professeur Philippe BIYOYA.
En effet, comme on peut bien le constater indique Philippe BIYOYA, l’opinion nationale congolaise plus que jamais mobilisée contre les enjeux apparents de cette spirale de guerre et des rébellions interminables à l’est de la république et principalement le rattachement des provinces du Kivu à la république du Rwanda à défaut de la création du Congo Orientale sous la double tutelle du Rwanda et de l’Ouganda, oublie que cette situation chaotique dure depuis bientôt une quinzaine d’années et que l’est de la RDC devenu est bel et bien une double sphère d’influence politique (pour le RWANDA) et commercial (pour l’UNGANDA).
Des nombreuses études sur la guerre actuelle en RDC ne semblent pas être parvenues à élucider l’objet réel de la conflictualité récurrente dans la région des Grands Lacs constate Philippe BIYOYA. Pour la plupart d’entre elles, si pas toutes, la guerre au Congo est avant toute l’histoire de la faillite d’une longue dictature sanguinaire africaine et aussi de l’incapacité d’un vieux maquisard marxisme communisant très peu au fait du changement drastique du système mondial depuis la chute du mur de Berlin. Même si personne ne peut établir comment l’implosion de ce vaste pays de l’Afrique centrale contre les menaces desquelles l’on avait voulu se protéger à donner lieu à une guerre économique, bien des gens se montrent compréhensifs des convoitises que suscitent les immenses ressources de ce pays désormais sans maître. La présente note de recherche sur les enjeux régionaux et les perspectives de paix de cette guerre régionale se proposait de démontrer que hormis les enjeux des pouvoirs qui justifient les alliances de conservation ou d’acquisition de pouvoir à portée régionale dans cette contrée, la guerre des Grands Lacs ne servait pas un grand dessein. Elle servirait à cristalliser les turbulences d’une impossible transition dans cette Afrique centrale ou l’évolution politique ou institutionnelle se ferait en termes d’implosion des cadres territoriaux légitimes et traditionnels et/ou les volontés d’émancipation et d’indépendance butent à l’atavisme de la préservation des intérêts des puissances mondiales.
La paix au Congo suppose de ce fait une conjugaison des démarches internes et externes. Logiquement un règlement négocié de cette crise régionale appelle un rôle politique croissant de la communauté du développement de l’Afrique Australe, que la rivalité du Zimbabwe et de l’Afrique sudafricaine n’a pas rendu possible. Un rapprochement Ugando-Angolais faciliterait aussi la définition d’une initiative africaine de paix régionale autour du Congo. La République démocratique du Congo elle-même devrait sortir de la léthargie actuelle pour se donner une vision africaine ou régionale de son avenir. La plus grosse difficulté à résoudre dans la question des Grands Lacs en RDC réside dans l’incapacité grossière des politiques congolais à proposer un plan de sortie congolais de la crise. Les Congolais font du devoir de solidarité des autres nations africaines et de la communauté internationale un droit d’assistance sociale.
La stabilité régionale sera obtenue et avec elle la fin de la guerre mondiale africaine si l’on comprend que jusqu’ici les interventions militaires africaines n’auront contribué qu’à l’affaiblissement de leurs auteurs. Et que par voie de conséquence l’essoufflement des puissances africaines donnant lieu à des grandes crises, l’Afrique et le monde auraient intérêt à éviter que la fin de la guerre au Congo Zaïre ne coince avec le début d’une autre guerre d’Afrique australe ou de toute l’Afrique. Si cette modeste contribution parvient à susciter cette conscience, cela pourra constituer son unique mérite. 13
Avant sa mort, le professeur n’a pas manqué laisser sa contribution sur le processus électoral à venir.
4. Réflexion sur les processus électoraux en Afrique e leçons pour la RDC
Perspectives électorales de 2016 à la lumière des récentes expériences africaines.
Comme toujours, le professeur Philippe Biyoya, ne manquait jamais aux rendez-vous des débats brûlants qui divisent la classe politique congolaise. Quant à la question du processus électoral de 2016, une situation qui se dresse comme une épée de Damoclès dans la société congolaise, le professeur Philippe Biyoya comme un prophète a tenu à éclairer en proposant des pistes des solutions quant à ce. Au regard du contexte politique actuel au Congo Kinshasa et des fâcheux antécédents existant sur le plan continental que nous avons d’ailleurs sus évoquer, il nous semble impérieux de proposer des mesures préventives pour des élections apaisées dans notre pays. Ces préventions requièrent deux niveaux de profondeurs, l’un interne et l’autre international.
Sur le plan national, les efforts sur le plan local devront consister à :

- Rechercher le minimum de consensus
A dé faut de consensus absolu, ce qui d’ailleurs pas le cas dans les vieilles démocraties, le politique congolais devra constamment rechercher un minimum de consensus surtout en ce qui concerne les questions substantielles, sensibles. Ce qui nécessite un renoncement au forcing ; des moments de concertation entre les deux cas n’en déplaise aux spéculateurs ; et une flexibilité de part et d’autre pour des compromis qui devront éviter à ce pays les effervescences qui caractérisent les suffrages en Afrique. La transparence et fluidité des informations sur les différentes opérations avant, pendant et après le vote seraient des atouts majeurs pour lutter contre des supputations à la base des crises.

- Eviter les mesures discriminatoires
Il est tout autant vrai que le gouvernement en place est en compagne permanente, mais ce fait ne soustrait pas de l’obligation de protéger les droits et libertés de ses adversaires politiques. Il faudrait que le pouvoir puisse dans la mesure du possible prendre des mesures qui garantissent l’égalité des chances entre les candidats nomment en ce qui concerne l’accès aux médias public et l’égalité des temps d’antenne. Cela paraît paradoxal lorsque les hommes au pouvoir sont eux même aussi candidats à l’élection et surtout lorsqu’on sait qu’en Afrique les dirigeants ne placent aucune césure entre leurs moyens et ceux de la république. C’est cependant le prix à payer pour la construction d’une démocratie inclusive et durable.

- Responsabiliser la société civile
Même si le pouvoir et l’opposition ne semble pas lui accorder beaucoup de crédit l’ont d’ailleurs marginalisé lors de la constitution du bureau de la CENI, la société civile doit trouver dans ce processus le moment de réaffirmer son caractère implacable, indispensable dans la gestion de la cité. Elle doit dans cet environnement contraignant revendiquer sa place au centre et non à la périphérie comme le voudraient les politiciens. La société civile devra avant, pendant et après les élections agir efficacement en faveur de la paix et non de la violence, la solidarité et l’amour mutuel.

- Obtenir la neutralité de la police et de l’armée
L’armée et la police devront être neutres durant tout le processus parce que déjà la constitution a consacré leur caractère apolitique et établi la responsabilité individuelle des hommes en uniforme en leur reconnaissant la latitude de ne pas exécuter un ordre formellement mal donné.

- Appeler le peuple à l’engagement et à la vigilance
Le peuple devra à la fois participer et défendre les élections parce qu’il en est le propriétaire et le destinataire. Propriétaire dans la mesure où c’est lui le souverain primaire, c’est avec l’argent de l’impôt et autres richesses nationales que ces élections seront organisées et les résultats seront fonction des calculs mathématiques du vote de chaque citoyen.
Sur le plan international, la communauté internationale doit aider la RD Congo à réussir son processus électoral. Son accompagnement pourrait aider notre pays à faire face à certaines difficultés évidentes. Elle peut l’aider à couvrir les charges financières liées à l’organisation du processus, demander à la MONUSCO, comme ce fut le cas avec la MONUC, d’apporter l’appui logistique nécessaire à la CENI et d’accréditer des observateurs et des journalistes crédibles qui veuillent avec les nationaux au bon déroulement des élections.
Conclusion
Outre ses écrits stimulants auxquels nous n’avons pas fait référence et son enseignement passionnant, tel est l’héritage de Philippe BIYOYA. Nous ne cesserons de nous nourrir de ses écrits.
Une remarque s’impose à la lecture de ses remarquables publications. La première, cet engagement de plus d’une décennie force l’admiration quand on connaît sa passion pour la vie universitaire et pour l’avenir de sa nation. Ce fut un authentique don de soi au bénéfice d’une cause à laquelle il croyait immensément, comme en témoign

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