Anesthésie générale
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Description

Langue. Identité. Souveraineté. Indépendance. Pays. 
Voilà des mots gommés du vocabulaire alors que les partis s’affrontent pour le pouvoir et l’avenir du Québec.
Pourquoi l’idée de l’indépendance du Québec a-t-elle été
progressivement rejetée de notre vie politique ?
Les Québécois se sont-ils réellement affranchis de la question nationale afin de s’attacher à d’autres thèmes de la vie en société pour devenir davantage des usagers que des citoyens, transformant au passage l’État en succursale rendant des services ? Le Québec ne rêve plus et ne prend plus de risques.
Le détachement face à la question nationale ne serait-il pas plutôt le symptôme de l’engourdissement/l’affaissement/l’endormissement global de la société québécoise ou de son anesthésie générale ? Désormais incapable d’imaginer son destin, l’État québécois est condamné à la gestion efficace de l’existence quotidienne. Est-ce le prélude à une triste dissolution tranquille ?
Voilà l’hypothèse que formule l’auteur David Leroux dans ANESTHÉSIE GÉNÉRALE, un premier essai aussi courageux que percutant, qui vient briser mille tabous, en nous proposant de réfléchir plus librement que jamais sur le Québec.
L’essayiste inscrit sa pensée sur la question nationale dans une exploration plus large des grands courants qui traversent la vie occidentale et qui partout suscitent un malaise démocratique croissant et un désir de révolte.
La mondialisation libérale-libertaire, qui agit comme un agent paralysant lorsqu’il est question de réfléchir autrement, est en crise. C’est en misant sur le pouvoir de désobéissance des peuples et des nations qu’il sera possible de donner un nouveau souffle à la démocratie.
À l’ère de l’ultramondialisme, l’expérience du Québec au sein des nations est inédite. Se pourrait-il que le combat des Québécois devienne le symbole de la capacité des peuples à résister à l’esprit du temps et à se dresser contre les forces qui les écrasent ?

Informations

Publié par
Date de parution 08 octobre 2018
Nombre de lectures 25
EAN13 9782924847091
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0082€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Leroux, David 1985 -
Anesthésie générale
ISBN 978-2-924847-09-1
Édition : Lison Lescarbeau
Assistant à l’édition : Simon d’Astous
Révision : Dominique Stengelin
Correction d’épreuves : Nathalie Savaria
Grille intérieure : Anne-Laure Jean
Mise en pages : Patricia Gaury
Couverture : Camille Lescarbeau
Photo de l’auteur : Lison Lescarbeau
Dépôt légal – 3 e trimestre 2018
© 2018 Éditions Château d’encre inc.
Tous droits réservés.
Les Éditions Château d’encre inc.
2019, rue Moreau, bureau 504
Montréal (Québec) H2M 2M1
chateaudencre.com



À ma famille, pour les racines. À Jenny Langevin, pour les ailes.





PRÉFACE





Dans le domaine des idées comme dans celui de l’explo- ration du monde, le plus long voyage commence toujours par un premier pas. Aussi n’y a-t-il rien de fortuit à voir l’auteur inscrire son entreprise sous le signe du parcours. Un parcours à peine esquissé, on en conviendra, pour ce « jeune trentenaire apatride » malgré lui , qui avoue sans détour le caractère initiatique de sa rencontre avec la pensée d’un polémiste de haut vol, Philippe Muray. L’auteur, empêtré dans un malaise qu’il a du mal à cir- conscrire, et qui est pourtant quasi emblématique de l’entrée dans la vie intellectuelle d’un Québécois, y a trouvé une voie de passage. Penser contre l’empire du bien libertaire qui marque le siècle est certes un choix ardu et périlleux, mais cela peut donner la prise man- quante sur le réel.
Comme bien d’autres avant lui, David Leroux recon- na î t qu’il est difficile de penser dans une culture dominée, marquée par une autocensure aussi sourde qu’omniprésente. Penser dans un Québec captif de son impuissance politique et tétanisé de culpabilité à l’idée même d’affirmer qu’il est pourtant légitime de persévé- rer dans son être, c’est indéniablement s’inscrire dans un espace polémique aux multiples dimensions. C’est à l’exploration de quelques-unes de ces dimensions que se livre ici un David Leroux, dont le travail est por- teur de plus d’une verte promesse. Il a une voix forte, mais posée, une écriture puissante et une ma î trise de la langue qui font de ce petit livre un matériau précieux.
Penser le Québec, le penser dans un contexte de désar- roi collectif travesti sous la rigolade, le penser contre un ordre canadien admirablement en phase avec ce qu’il y a de plus toxique dans le nihilisme marchand et la domination des idéologies de la nébuleuse du multicul- turalisme et du narcissisme diversitaire, voilà le propos de ce livre. Il tient à l’évidence du recueil de textes, mais



du recueil sublimé, pourrait-on dire. La métaphore thérapeutique qui sert à lier et organiser la matière est bien réussie. Ce qui donne à penser ici, c’est le besoin de lutter contre ce qu’il désigne comme une apathie, une anesthésie provoquée par les effets d’une écrasante domination idéologique.
Les forces d’atomisation et de destruction des liens sociaux, les menées contre l’État-nation, la tentation toujours présente de démissionner, de renoncer à poursuivre notre singulière aventure forment autant de thématiques que l’auteur aborde avec fougue et intelligence. Sa solide culture politique, le maniement maîtrisé des concepts, et surtout, l’effort constant d’aller au-delà de la facilité intellectuelle encouragée par les poncifs idéologiques de ce temps, confèrent à ce travail un certain caractère inaugural : par-delà les désaccords ou les nuances qu’il faudrait apporter ici et là, une pen- sée est en train de naître, de prendre forme.
David Leroux fait partie de cette cohorte de jeunes intel- lectuels qui œuvrent à redéfinir la question nationale. Encore ! Car rien ne sera jamais terminé tant que l’in- dépendance ne sera pas faite. La tentation d’abandonner, de renoncer est consubstantielle à la culture québécoise. C’est une angoisse au moins autant qu’une motivation pour qui choisit de s’assumer dans le monde tel qu’il est. Et notre monde à nous, Québécois, est mis au défi de se construire dans un ordre qui le lui interdit. Leroux veut penser hors la censure des vertueux autoproclamés. Il a l’audace d’affirmer que notre aventure pourrait être exemplaire. C’est une position intellectuelle stimulante. Si le Québec est une exception dans la mondialisation, ce n’est pas celle de l’anachronisme et du vestige, mais bien celle de l’inédit. Leroux laisse voir certains contours de cette exception. Il consacre encore un peu trop d’énergie à s’en justifier, mais il a ce qu’il faut pour


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cesser de le faire. Le propre d’une pensée forte est préci- sément de s’assumer comme une force. C’est seulement ainsi qu’elle pourra servir à s’arracher à la servitude. À nourrir la vie plutôt qu’à se justifier devant les fabri- cants de délires mortifères.
Robert Laplante
Août 2018






AVANT-PROPOS
[Loin du centre, près du cœur]





Je suis né loin du centre. J’ai grandi dans le Québec profond, à La Tuque, au milieu de la forêt, à plus de 100 kilomètres de l’urbanité la plus proche. Premier enfant d’une famille restée unie, élevé par des parents aimants et dévoués, j’ai goûté par la famille de ma mère à l’esprit du Québec traditionnel régional, celui où on récoltait la gomme d’ épinette pour arrondir ses fins de mois en la vendant au pharmacien et où l ’on soulageait les poules qui toussent avec des gouttes de gros gin.
Par la famille de mon père, c’est l’esprit de la bour- geoisie canadienne-française enracinée, francophile et cultivée qui m’a été transmis. Rien ne m’a dispos é à la révolte. Tout devait faire de moi un citoyen paisible et culturellement en accord avec la société dans laquelle j’allais évoluer.
Pourtant, un malaise s’est installé lentement. Difficile à nommer d’abord, il est devenu plus insistant, comme la colère sourde d’un orage qui grondait au loin et dont les échos me parvenaient de plus en plus puissamment. J’avais quitté La Tuque et j’ étais devenu Montréalais.
Le temps de mener mes études universitaires, j’ai habit é sur les terres ancestrales de la famille de mon père situées au bord du fleuve, sur les rives du lac Saint-Louis, à Pointe-Claire. L’endroit était tout aussi enchanteur que désarçonnant. Ce point d’ancrage de mes racines les plus profondes était devenu, par la pré- sence dominante de la communauté anglophone, un prolongement culturel de l’Ontario avec ses propres codes, un bastion résistant obstinément au Québec francophone et à ses aspirations politiques.
J’ai donc cherché à comprendre ce malaise qui gran- dissait en moi. J’ai cru – à tort – que d’aller m’installer à l’est du boulevard Saint-Laurent m’aiderait à me



rapprocher de mes semblables. Ce que j’y ai découvert n’a fait qu’amplifier ce sentiment qui gonflait en mon for intérieur.
Au lieu de me retrouver, j’ai pris conscience de la facilité avec laquelle il est possible de s’égarer dans l’universel. Il n’y a plus de temps, puisque tout est instantané.
Tout est disponible à l’individu. Il n’y a plus de dif- férence entre ici et ailleurs. Les causes n’ont plus de frontières. Je suis chez moi partout. Je ne suis chez moi nulle part.
Au temps de l’Empire romain, on parlait d’endormir les masses avec du pain, du vin et des jeux. N’est-ce pas un peu la même chose aujourd’hui ? Le monde s’égare. Les seuls dénominateurs communs sont devenus le bien et la f ête.
La montée des populismes, entre autres symptômes, indique que certains peuples ressentent aussi un malaise culturel et identitaire. Il ne faut surtout pas se mettre en colère ni encore moins réagir face à un monde qui s’atomise.
À plus petite échelle, toujours à l’ est du boulevard Saint-Laurent, je me suis aussi senti étouffé par l’ines- sentiel : tous ces festivals, ces mascarades anarchistes, ces « rassemblements citoyens et festifs » pour la libération du Tibet et autres causes plus ou moins exotiques. J’étais frappé par la violence inouïe d’un monde mené par l’impératif du bien et de la fête.
Puis, mon parcours a été bouleversé par un texte fulgu- rant qui est venu à moi telle une épiphanie.


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Le Bien va vite. Le Bien avance. Il galope. Il monte de toutes parts. Il se déploie, s’accroît, gagne du terrain, recrute à chaque minute de nouveaux missionnaires. Le Bien grandit rapidement, bouche peu à peu toutes les idées et interdit les échappées. C’est lui qui refait le jour et la nuit, le soleil et les étoiles, l’espace et le temps. Depuis [l’avènement de] l’Empire du Bien, le Bien a empiré. [Quelques] petites années lui ont suffi pour couler, se ruer, déferler irrésistiblement, emportant et charriant avec lui tout ce qu’il trouvait sur son passage, renversant ce qui demeurait encore de résistances, débordant de son lit, écorchant ses berges, bondissant à un train d’enfer, ou plutôt de paradis, se répandant partout, s’épanouissant, circulant, conquérant et subjuguant tout ce qui pouvait être encore tenté de s’opposer à lui 1 .
Ce sont ce bien et cette f ête que je nommerai et décrirai tout au long de cet essai. Je veux les prendre à la gorge. Leur règne affadit notre monde et le dilue dans un marécage sirupeux. Cet empire du bien et de la fête est partout. Il domine. J ’en présenterai donc ici la forme politique et, plus spécifiquement, la saveur québécoise.






UNE NATION SOUS OBSERVATION
[Des signes vitaux en baisse]





Au Québec, l’exemple du rapport au français au sein de la génération Y 1 , à laquelle j’appartiens, parfois appe- lée celle des millénariaux, est un puissant révélateur. Comment se fait-il qu’on puisse mettre sur un pied d’égalité, par exemple, la pertinence culturelle de la langue française de Miron avec celle, américanisée, des Dead Obies 2 , ce groupe de hip-hop qui enchante les foules adulescentes pâmées en scandant « fuck self-made, t’es bitch-made, so you better get ton shit straight 3 » ?
Si les Dead Obies peuvent se réclamer de l’art pour justifier leurs explorations langagières, il est toutefois étonnant qu’on les mette sans sourciller en tête d’affiche d’un festival qui célèbre la chanson d’expres- sion française. Bien entendu, les membres de ce groupe ont le droit de faire usage de la langue comme bon leur semble. Leur popularité et l’insistance de l’organisation des Francofolies et des médias montréalais à défendre leur présence au spectacle d’ouverture de cet événe- ment sont toutefois symptomatiques d’une tendance : on accepte comme « française » une langue de plus en plus triturée par l’anglais.
Le noter n’est pas une question d’être ou de ne pas être un puriste coincé du langage. À ce titre, même si je crois que tous devraient chercher à parler le meilleur fran- çais possible, j’accepte sans peine l’usage d’anglicismes dans le langage populaire québécois. Substituer de temps à autres un terme technique français par son équivalent anglais dans une phrase parfaitement française n’a rien d’alarmant à mes oreilles. Toutefois, lorsque la syntaxe des phrases devient anglaise et que le nombre de mots anglais augmente exponentiellement, la chose devient autrement plus préoccupante.



Le langage est l’expression de notre culture. On le dit depuis des décennies, mais le comprend-on vraiment ? Pourquoi accorder une telle importance au langage ? Simplement parce que ce dernier traduit notre pensée.
La forme et la qualité de la pensée se transposent com- plètement dans le langage. Si « ce qui se pense claire- ment s’énonce clairement », ce qui s’énonce mal est mal pensé. Autrement dit, la syntaxe est intimement liée à la qualité de la réflexion. La tendance à construire des phrases à l’anglaise signifie que la pensée anglaise et ses codes culturels l’emportent sur la pensée française et ses propres codes. C’est le cœur de notre identité qui s’anémie.
Ainsi, à l’automne de 2017 lors de l’ouverture de la nouvelle boutique Adidas, rue Sainte-Catherine, le pro- priétaire québécois et le designer de chaussures parisien ont choisi l’anglais pour s’adresser au public de l’une des plus grandes villes francophones au monde après Paris. Ils ont condescendu à dire péniblement quelques mots en français « pour accommoder la ville de Montréal 4 ». Même si cela est de plus en plus courant, il est toujours sidérant d’entendre deux individus parlant français choisir l’anglais pour s’exprimer.
Quelques personnalités sensibles à la question ont appelé au boycottage. Pourtant, la foule a fait fi de cette gifle linguistique : elle a fait la file pour visiter l’endroit le lendemain. Les consommateurs ont fait leur choix sans gêne : acquérir des souliers de course et s’identifier à une marque à trois bandes blanches.
« La nature a horreur du vide », disait Aristote. Notre vide culturel et identitaire n’échappe pas à cette vérité antique et il se remplit désormais par des produits et des marques.


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