AmericanDream.ca : L intégrale
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Description

La famille Cardinal est confrontée au spectre d’un grand-père disparu dans les années quarante, dont le destin aurait peut-être été lié à l’assassinat du 22 novembre 1963, à Dallas. La découverte d’une page occultée de leur histoire commune aura un effet très différent sur chacun. En brossant le portrait d’une famille qui a connu l’Amérique de John F. Kennedy, les attentats du 11 septembre et la guerre en Afghanistan, Claude Guilmain propose un commentaire impitoyable sur le pouvoir des mythes et des illusions, et pose un regard d’une grande acuité sur des rêves brisés dont on s’obstine à recoller les morceaux.
Il y a un X sur la rue Elm à Dallas, là où la balle a frappé Kennedy [...] Partout sur Facebook, des gens like voir les pieds de leurs amis sur le X à l'endroit même où un homme a été abattu, il y a cinquante ans.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 13 novembre 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782896996766
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0027€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

AmericanDream.ca

Du même auteur 
 
 
Chez le même éditeur 
AmericanDream.ca , théâtre, Ottawa, 2016, 272 p. Lauréat, Prix littéraire Christine-Dumitriu-van-Saanen 2017 et Prix professionnel Jeanne Sabourin 2018 ; finaliste, Prix littéraire Marcel-Dubé 2017 
Comment on dit ça, « t’es mort », en anglais ? , récit poétique, Ottawa, 2012, 104 p. Lauréat, Prix littéraire Émile-Ollivier 2013 ; finaliste, Prix littéraire Trillium 2013 
Requiem pour un trompettiste , théâtre, 2010, 160 p. 
 
 
Chez un autre éditeur 
La Passagère , théâtre, Sudbury, Prise de parole, 2012 (2002), 106 p.  
L’Égoïste , théâtre, Sudbury, Prise de parole, 2012 (1999), 88 p. Finaliste, Prix littéraire Trillium 2002

Claude Guilmain 
 
 
 
AmericanDream.ca 
 
L’intégrale 
 
Théâtre 
 
 
 
 
 
 
 
Collection Fugues 
L’Interligne

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada 
 
Titre: AmericanDream.ca : L’intégrale : théâtre / Claude Guilmain. 
 
Noms: Guilmain, Claude, 1958- auteur. 
 
Description: Mention de collection: Collection Fugues 
 
Identifiants: Canadiana (livre imprimé) 20190171448 | Canadiana (livre numérique) 20190171499 |  
 
ISBN 9782896996742 (couverture souple) | ISBN 9782896996759 (PDF) | ISBN 9782896996766 (EPUB) 
 
Classification: LCC PS8563.U547 A68 2019 | CDD C842/.54—dc23 
 
 
 
 
 
 
 
L’Interligne 
435, rue Donald, bureau 337 
Ottawa (Ontario) K1K 4X5 
613 748-0850 
communication@interligne.ca  
interligne.ca  
 
Distribution : Diffusion Prologue  
 
ISBN 978-2-89699-676-6 
© Claude Guilmain 2019  
© Les Éditions L’Interligne 2019 pour la publication 
Dépôt légal : 4 e trimestre de 2019 
Bibliothèque et Archives Canada 
Tous droits réservés pour tous pays



« En novembre 1963, je regardais les funérailles du président Kennedy à la télé. Je ne comprenais pas ce qui s’était passé, mais j’avais le pressentiment que c’était important. » 
- Claude Guilmain 
 
 
 
 
Illustration de Claude Guilmain

Préface 
 
 
 
 
Les gens de ma génération se souvien nent bien de ce qu’ils faisaient le 11 septembre 2001. Il arrive, surtout lors des moments de commémoration, que cela bâtisse des conversations. Et toi, alors? Moi j’étais à un séminaire de maîtrise en relations internationales. Le professeur, déconnecté, a refusé de lever le cours pour nous permettre d’aller assister en direct au vacillement de notre discipline. Nous savions bien que cet événement allait changer pas mal de considérations géopolitiques. J’ai quitté la classe contre son avis, rejoint des collègues chercheurs, regardé l’histoire se (dé)faire. Le lendemain ou le surlendemain, je changeais de sujet de maîtrise. J’étudierais finalement l’image de l’Islam dans les médias new-yorkais dans les mois suivant l’événement. 
 
C’est la première scène d’ AmericanDream.ca   : une jeune étudiante dont le parcours bascule en début de session 2001, devant son écran de télévision. Je ne connaissais pas assez Claude Guilmain pour que ma propre histoire ait pu lui inspirer quoi que ce soit du personnage de Brigitte Cardinal. Mais lors de la première mouture de la pièce à laquelle j’ai assisté au Festival Zones Théâtrales en 2015, c’est ce qui m’a frappée : Brigitte, c’est un peu moi. Et dans la salle, je me savais entour ée de Maude, d’Alain, de Pat… 
 
Chacun des personnages de la famille Cardinal voit sa vie bouger sur son socle dans la première partie de la pièce. La maladie, le couple, le fonctionnariat, la fratrie, l’engagement sont parmi les thèmes abordés. Chacun des personnages nous dit quelque chose  : dans le texte très riche, mais aussi par leur familiarité, comme s’ils étaient de vagues connaissances dont nous aurions perdu la trace. Chacun de leurs récits s’inscrit d’abord dans une fresque familiale avant de rejoindre la plus grande histoire. 
 
AmericanDream.ca réussit particulièrement bien ce pari : tisser ensemble les destins individuels et l’histoire collective. Par empathie, nous adhérons aux destins individuels qui nous sont présentés et, devant le destin collectif que nous partageons tous, nous sommes forcés de reconnaître la force des liens qui nous tiennent ensemble comme famille, comme société. 
 
• 
 
Bien sûr, le 11 septembre n’est pas le seul événement qui a marqué ainsi les mémoires. L’un des fils conducteurs de la pièce est l’assassinat de John F. Kennedy. Le texte de Claude Guilmain évoque aussi le premier pas sur la Lune dont nous fêtions le 50 e anniversaire en 2019. Ces événements , ayant marqué les mémoires individuelles et collectives, ont tous eu lieu dans l’ombre de l’aigle américain. AmericanDream.ca nous rappelle aussi que le chemin de notre francophonie est américain et que l’impact de notre géant voisin se fait continuellement sentir dans nos imaginaires. 
 
L’insertion, tout au long de la pièce, d’extraits de discours célèbres, de scènes d’archives, de reconstitutions historiques contribue à renforcer ce lien entre les petites fins du monde individuelles et le destin collectif. Déjà à l’époque de mes études , on répétait que l’hégémonie américaine était en perte de vitesse, oubliant que depuis déjà deux bonnes décennies, cette hypothèse faisait son chemin. Bien sûr, sur le plan économique l’hégémonie américaine n’est plus ce qu’elle était, mais personne ne semble même près de pouvoir la détrôner dans le domaine culturel et du point de vue symbolique. La culture de masse mais aussi les imaginaires politiques américains ont encore plus de poids que ceux de tout autre pays. 
 
• 
 
Quand j’ai vu AmericanDream.ca la première fois, le spectacle n’était pas terminé. Les années s’étant écoulées, j’en gardais une impression générale de grande acuité : le regard posé sur le monde, mais aussi sur les détails du quotidien, s’avère extrêmement juste. La scène de repas familial entrera sans doute dans les annales du théâtre franco-ontarien. Et bien sûr, comme je l’ai déjà évoqué, je gardais un souvenir très vif du personnage de Brigitte Cardinal. Je revoyais en elle des traces de la jeune fille ambitieuse que j’ai été, y compris sa façon de mêler vie universitaire et vie sexuelle, sans même se priver de quelques flirts avec ses étudiants, flirts qui s’apparentent davantage à des power trips qu’à des espaces de séduction. Tout ça me semblait si familier, si commun. 
 
Nous étions en 2015. C’était après l’émergence des mots-clics #BeenRapedNeverReported et #AgressionsNonDénoncées, mais avant le phénomène #MeToo et #MoiAussi. Une importante vague de prises de parole commençait à émerger, vague qui serait soutenue entre 2015 et 2019 par l’éclosion d’une série de scandales, y compris des révélations troublantes quant à l’occurrence de la violence sexuelle sur les campus universitaires. En 2015, l’audace de Brigitte Cardinal m’a fait sourire et il me semblait encore à peu près dans l’ordre des choses qu’entre adultes consentants, dans le cadre universitaire, il se passe toute sorte de choses plus ou moins répréhensibles. Je fais encore partie d’une génération o ù les noms de professeurs dont on devait se méfier circulaient à voix basse, quelque part entre les secrets non avouables et les rumeurs malintentionnées. C’était ainsi, ça arrivait, peu de gens pensaient même à porter plainte . Et Brigitte a quelque chose de libéré, de puissant dans sa façon d’installer le lien entre intelligence et sexualité, une approche délurée qui rappelle certaines scènes du Déclin de l’empire américain de Denys Arcand . 
 
Assise devant l’intégrale d’ AmericanDream.ca présentée au Centre national des Arts d’Ottawa en 2019, je ne m’identifiais plus à Brigitte. Quel malaise quand elle raconte ce défi lancé à son étudiant ! Cette façon détachée dont elle parle de la relation sexuelle qui a suivi ! Certains diront qu’il est «   rafraîchissant  » de voir une femme dans le rôle de pouvoir … Assise dans le noir, je ne trouvais soudain rien de rafraîchissant à cette idée : on aimerait que les progrès de l’égalité entre les hommes et les femmes ne consistent pas à reprendre à notre compte les bêtises historiquement associées à l’autre sexe! Dans ma tête, une bande passante clignotait  : abus de pouvoir, abus de pouvoir, abus de pouvoir. J’ai traîné mon malaise jusqu’à l’entracte, murmuré mes doutes dans l’oreille d’un collègue enseignant. Il me semblait que la scène ne se digérait plus aujourd’hui. Pourtant, ça nous faisait rigoler il y a quelques années encore… 
J’avais sous-estimé Claude Guilmain. Sous-estimé surtout l’immense privilège que le dramaturge et son équipe se sont accordé en se permettant de travailler sur un même projet pendant plus de sept ans. Cette richesse du temps qui passe se trouve maintenant imprimée dans le texte lui-même, témoin des changements que nous avons subis. 
 
Sur le plan politique, ça saute aux yeux : le Canada était dirigé par un gouvernement conservateur et plusieurs jetaient des regards d’envie vers le Sud, où un charismatique premier président noir donnait envie de croire à tout. Tandis qu’aujourd’hui ils sont des milliers à brûler leur rêve américain contre des murs et nous hésitons entre regarder ailleurs ou signer une pétition ou reconnaître notre complète impuissance. Dire que personne ne semblait vraiment croire que Donald Trump pouvait être élu… 
 
La troisième partie de la pièce se termine sur cette soirée d’élection de 2016. Cette soirée n’a pas l’importance historique bien sûr de l’assassinat de Kennedy ou des chutes des tours du World Trade Center ; je me rappelle pourtant très bien o ù j’étais et l’état d’esprit qui m’a saisi quand le lendemain matin, étirant la main vers la tablette électronique, j’ai eu le sentiment de me réveiller d’un rêve pour rencontrer un cauchemar. Non, le rêve américain ne résonne plus de la même façon et il est bon de croiser sur sa route une œuvre qui par sa construction même témoigne de ce glissement. 
 
Mais revenons à Brigitte, dont les mésaventures qui faisaient sourire en 2015 font grincer des dents en 2019. La suite de la pièce témoigne de ce glissement et met l’accent sur tout ce qu’il y a de discutable quant à la lég è reté avec laquelle, dans la première partie, elle donne des leçons à ses étudiants en les traînant sur le fauteuil en cuir de son bureau. En ayant l’habileté d’intégrer ce changement de ton au sein même de la progression de la pièce, Claude Guilmain témoigne d’une époque o ù les mentalités ont changé, comme le ton des débats d’ailleurs. Non, les incartades de Brigitte ne passent plus  : e lles perturbent plus qu’elles font sourire et la pièce rend bien compte de cette ambivalence. 
 
• 
 
Finalement, il est impossible de jeter un regard sur AmericanDream.ca sans parler de la guerre. Si j’ai pu autant m’identifier à Brigitte, c’est aussi dans son antimilitarisme rigide, position de principe finalement mise à mal par les arguments et l’engagement de sa propre sœur, Émilie. Le face-à-face qui oppose les deux sœurs quant à cette question de la guerre devient une intéressante métaphore de débats historiques au Canada quant à nos engagements militaires. 
Claude Guilmain a réalisé trois documentaires produits par l’Office national du film du Canada autour de ces questions : Le 22 e Régiment en Afghanistan (2011), Je me souviens, 100 ans du Royal 22 e Régiment (2014) et Sur la corde raide (2019). La construction du personnage d’Émilie est profondément teintée par l’expérience afghane du dramaturge et les rencontres qu’il a faites avec les militaires sur le terrain. 
 
Émilie, comme tous les autres protagonistes, est portée par des motivations ambivalentes. D’une part, elle aborde la présence des troupes canadiennes en sol afghan comme une forme d’aide, ce qui ne l’empêche pas d’être critique par rapport à l’intervention. D’autre part, l’appel de l’aventure rend pour elle incontournable l’expérience sur le terrain. Elle a choisi l’armée pour aider, mais pour s’aider aussi. Sa mère, ses oncles, sa s œ ur vivent tous ce type d’ambivalence qui les déchire, entre l’envie d’agir pour le bien du groupe et leurs motivations individualistes. Or le texte de Guilmain ne contourne pas ces dernières.  
 
• 
 
Un autre préfacier aurait pu insister sur les tensions familiales qui caractérisent la fresque que nous propose Claude Guilmain : il s’agit après tout d’une quête de la vérité, de la reconstruction d’un arbre généalogique. Il y aurait matière à fouiller la notion de rêve, y compris dans une approche plus inspirée de la psychanalyse. La figure du père absent est un des fils d’Ariane de la pièce. Une autre préfacière aurait pu se pencher sur l’utilisation décomplexée du bilinguisme dans le texte. Les angles d’approche sont nombreux. 
 
Dans l’espace restreint qu’est le mien, j’ai voulu lancer quelques idées qui m’apparaissent intéressantes. Je ne souhaite surtout pas dresser un cadre rigide de lecture, simplement semer le nécessaire pour une lecture active de ce texte riche dont on parlera encore longtemps. 
 
Catherine Voyer-Léger
Production  
 
 
 
 
Malaises a été présentée en juin 2013 comme création évolutive par le Théâtre la Tangente (Toronto) au Théâtre Glendon à Toronto, dans une mise en scène conjointe de Louise Naubert et de l’auteur. Scénographie : Claude Guilmain ; éclairages : Guillaume Houët ; musique originale et environnement sonore : Claude Naubert; composition d’images vidéo : Duncan Appleton ; et collaboration au mouvement : Sylvie Bouchard ; régie : Aurélien Muller.  
 
La distribution :  
BRIGITTE CARDINAL : Anne-Sophie Quemener  
ALAIN CARDINAL : Pier Paquette  
MAUDE CARDINAL : Louise Naubert  
CLAUDE CARDINAL : Bernard Meney  
PAT/MARGUERITE : Gisèle Rousseau  
ÉMILIE CARDINAL : Geneviève Dufour  
 
 
La première de Malaises a eu lieu au Théâtre Glendon à Toronto en juin 2014, une production du Théâtre la Tangente (Toronto), dans une mise en scène conjointe de Louise Naubert et de l’auteur. Scénographie : Claude Guilmain ; éclairages : Guillaume Houët ; musique originale et environnement sonore : Claude Naubert ; composition d’images vidéo : Duncan Appleton ; et collaboration au mouvement : Sylvie Bouchard ; régie : Aurélien Muller.  
 
La distribution :  
BRIGITTE CARDINAL : Magali Lemèle  
ALAIN CARDINAL : Pier Paquette  
MAUDE CARDINAL : Louise Naubert  
CLAUDE CARDINAL : Bernard Meney  
PAT/MARGUERITE : Gisèle Rousseau  
ÉMILIE CARDINAL : Geneviève Dufour  
 
Participation audio : 
INTERVIEWEUSE : Anne-Sophie Quemener 
 
 
Malaises a été présentée par le Théâtre la Tangente (Toronto) au Centre des arts Shenkman (Orléans, Ontario), dans le cadre de la Scène Ontario, 7 e édition du festival des Scènes du Centre national des Arts, les 30 avril et 1 er mai 2015, avec la distribution suivante :  
 
BRIGITTE CARDINAL : Magali Lemèle  
ALAIN CARDINAL : Pier Paquette  
MAUDE CARDINAL : Louise Naubert  
CLAUDE CARDINAL : Bernard Meney  
PAT/MARGUERITE : Gisèle Rousseau  
ÉMILIE CARDINAL : Anie Richer  
 
Participation audio : 
INTERVIEWEUSE : Anne-Sophie Quemener 
 
 
 
Malaises et Pax Americana ont été présentées par le Théâtre la Tangente (Toronto) au Studio du Centre national des Arts à Ottawa dans le cadre du Festival Zones Théâtrales les 14 et 15 septembre 2015 et dans le cadre de la saison 2017-2018 du Théâtre français de Toronto du 16 au 19 novembre 2017 avec la distribution suivante :  
 
BRIGITTE CARDINAL : Magali Lemèle  
ALAIN CARDINAL : Pier Paquette  
MAUDE CARDINAL : Louise Naubert  
CLAUDE CARDINAL : Bernard Meney  
PAT/MARGUERITE : Sasha Dominique  
ÉMILIE CARDINAL : Anie Richer  
 
 
Participation audio : 
INTERVIEWEUSE : Anne-Sophie Quemener 
 
Participation vidéo : 
JOSEPH CARDINAL : Stephan Dubeau 
MAURICE CARDINAL : Rick Miller 
 
 
 
La Trilogie AMERICANDREAM.CA a été présentée dans le cadre de la saison 2018-2019 du Théâtre français du Centre national des Arts à Ottawa du 24 au 27 avril 2019. 
 
Composition vidéo : 
Duncan Appleton, Aurélien Muller et Grégory Palanque  
Régie : Laura Bergeron 
Assistance à la régie : Sarah Delignies 
Interprétation de Gershwin au piano : Philippe Noireaut 
 
 
La distribution :  
BRIGITTE CARDINAL : Magali Lemèle  
ALAIN CARDINAL / BUD PARKS : Pier Paquette  
MAUDE CARDINAL : Louise Naubert  
CLAUDE CARDINAL : Bernard Meney  
PAT/MARGUERITE : Sasha Dominique  
ÉMILIE CARDINAL / ESTELLE CARDINAL : Anie Richer  
Participation audio : 
INTERVIEWEUSE : Anne-Sophie Quemener 
 
Participation vidéo : 
JOSEPH CARDINAL : Stephan Dubeau 
MAURICE CARDINAL : Rick Miller
Première partie : Malaises
 
 
 


Joseph Cardinal était bootlegger ... 
 
 
 
Illustration de Claude Guilmain inspirée d’une photographie originale de la Penn Station à New York : New York Architecture Images-Manhattan Institute
Prologue 
 
 
 
 
Un extrait du roman graphique de Brigitte Cardinal, AmericanDream.ca , apparaît à l’écran.  
 
« Il ne devait pas être à Dallas ce matin-là, mais Joseph Cardinal ne pouvait pas se permettre de refuser un contrat. Il n’avait qu’à garer son camion derrière le Texas School Book Depository en face de Dealey Plaza et attendre un type qui avait besoin d’un lift vers La Nouvelle-Orléans. Aucun risque que ça tourne mal. De plus, il aurait peut-être la chance d’entrevoir le cortège du président Kennedy qui devait passer par là [...] » 
 
INTERVIEWEUSE, voix hors champ  
C’est un nouveau genre pour vous, le roman graphique historique ?  
 
BRIGITTE, voix hors champ 
Oui, j’ai publié plusieurs romans qui étaient, je dirais, plus underground . Mais cette fois j’avais le goût d’explorer l’histoire contemporaine. Vous savez, il y a des drames partout dans le monde, tous les jours. Des drames mondiaux, mais c’est nos drames personnels qui prennent le dessus, peu importe ce qui se passe ailleurs.  
 
INTERVIEWEUSE, voix hors champ  
Dans AmericanDream.ca , vous racontez l’histoire de Joseph Cardinal, qui aurait été impliqué dans l’assassinat de John F. Kennedy. Vous établissez également un lien direct entre cet événement et la tragédie du 11 septembre. Qu’est-ce qui vous a inspiré ce récit ?  
 
JOHN F. KENNEDY, vidéo  
We choose to go to the Moon. We choose to go to the Moon in this decade and do the other things, not because they are easy, but because they are hard, because that goal will serve to organize and measure the best of our energies and skills, because that challenge is one that we are willing to accept, one we are unwilling to postpone, and one which we intend to win [...]  1  
 
BRIGITTE  
Le matin de mon premier cours à l’université, je restais encore chez mes parents. Ma mère était au téléphone avec son frère. J’étais en pyjama. Je venais de me verser ma première tasse de café. Je buvais pas de café, d’habitude, mais j’avais veillé tard pis j’avais de la difficulté à me réveiller. C’était ma première tasse de café. Je m’en rappelle. Mon premier cours était en après-midi. 
 
J’étais inscrite en géographie. J’entends ma mère dire à mon oncle : « Quoi ! T’es pas sérieux ? » 
 
J’étais devant la télévision. J’étais à moitié réveillée. Y se passait quelque chose à New York à la télé. J’ai demandé à ma mère quessé qui se passait, pis elle m’a dit que la sœur de ma tante venait de mourir.  
 
J’ai dit : « Quoi ! – La sœur de ta tante vient de mourir. – Oh my God  ! De quoi est morte ? » 
 
À la télévision, un gratte-ciel était en feu. « Un anévrisme », qu’a dit. Il y avait de la fumée qui sortait du gratte-ciel à la télé. «  Oh my God !  » que j’dis. « Était à l’épicerie, pis est tombée morte à la caisse », qu’a me répond.  
 
Pis là, à la télé, un hélicoptère montrait des images de l’édifice en feu, pis tout d’un coup, un avion, un gros, un avion commercial, là devant mes yeux, un avion a foncé sur l’autre gratte-ciel pis une boule de feu s’est lancée vers l’hélicoptère.  
 
«   Oh my God ! Oh my God ! Maman, maman, maman ! Un avion vient de rentrer dans un building à New York ! » 
Ma mère était encore au téléphone avec mon oncle. Ma tante était inconsolable, mais à la télévision, le monde entier venait de virer à l’envers.  
 
Je suis restée collée sur la télé toute la journée. Je suis pas allée à mon premier cours à l’université. Vers la fin de la journée, on nous disait qu’il s’agissait d’un acte de terrorisme. Du moins, c’est comme ça que les médias américains nous l’expliquaient. Mais plus les nouvelles confirmaient qu’il s’agissait de terrorisme, plus je me demandais comment une chose pareille pouvait se produire. On nous disait que les États-Unis étaient victimes d’une attaque terroriste sans la moindre provocation.  
 
Quand j’ai vu les deux tours s’effondrer, je me suis dit qu’il se passait quelque chose que je ne comprenais pas. Ça sort pas de nulle part, une affaire de même. Tu détournes pas trois, quatre avions de ligne pleins de monde pour aller t’écraser contre des buildings en plein cœur de New York sans provocation. Le lendemain, j’ai changé de concentration à l’université. J’ai décidé d’étudier en histoire. Plus précisément, l’histoire américaine. 
 
Je voulais savoir comment on s’était rendu là.  
 
Ç’a pas pris de temps que j’ai compris que l’attaque sur le World Trade Center avait donné carte blanche aux Américains en politique étrangère pour les prochains vingt ans.  
 
Ma tante, elle, quand y est question du 11 septembre, c’est pas aux tours de New York qu’a pense. A pense à sa sœur.
Acte 1 - Solos  
 
Scène 1  
 
 
 
 
ALAIN  
J’ai cinquante ans depuis ce matin.  
Depuis ce matin, je suis quinquagénaire.  
 
J’ai une femme et deux filles.  
 
Mes deux filles ne me parlent pas. 
Elles me textent.  
Elles me textent !  
Ma femme aussi me texte.  
On ne se parle plus. 
On ne se parle plus personne.  
 
Je suis heureux.  
Je suis aux oiseaux.  
Je suis quinquagénaire. 
Bonne fête, Alain ! 
Je prépare le p’tit-déjeuner pour ma femme et mes deux filles.  
Mes deux adolescentes.  
Je prépare le café. 
Je fais des œufs brouillés pour tout le monde. 
Des toasts.  
 
Ma plus vieille traverse la cuisine comme sur une planche à roulettes. Elle prend son sac à dos, son chandail, une pomme, et sort par la porte d’en arrière.  
 
Je compte jusqu’à dix... 7, 8, 9, 10.  
 
«  Bye !  » 
 
Elle me texte : «  Bye.  » 
Elle nous texte, à sa mère et à moi, simultanément :  
«  Bye !  »  
 
J’entends la porte d’en avant se refermer derrière ma plus jeune…  
 
Un temps.  
 
Je me prends un café. 
J’en verse un pour ma femme.  
Ma femme descend. Elle manque de se péter la gueule en mettant ses souliers en descendant l’escalier tout en parlant au téléphone.  
«  I’m late  » , me lâche-t-elle, en ouvrant la porte.  
«  Don’t forget, we’re at Claude’s at six for your birthday.  
Bye !  
– Bye.  » 
 
Pause.  
 
Je suis haut fonctionnaire.  
Je suis au ministère depuis longtemps.  
J’ai le bureau du coin.  
Je suis bien placé.  
 
Il n’y a pas de partitions entre les bureaux des fonctionnaires dans mon département.  
Tous les bureaux sont en rang comme à l’école.  
Tous les petits fonctionnaires ont exactement les mêmes objets sur leur bureau : un BlackBerry, un iPad, un clavier d’ordinateur, un écran.  
Je vois tout ce qui se passe à l’étage.  
 
Je suis superviseur de ma section depuis quinze ans.  
Il y a dix rangées de quinze pupitres.  
Il y a cent cinquante bureaux dans une immense pièce encadrée d’énormes fenêtres de douze pieds de hauteur.  
On est au vingtième étage.  
 
Cent cinquante paires d’yeux me regardent. 
Trois cents yeux me fixent.  
Je me retourne.  
Trois cents yeux s’abaissent sur leur clavier. 
En même temps. 
Je me tourne vers les rangées de bureaux. 
Personne n’ose plus me regarder.  
 
J’ouvre ma porte. 
Mes effets personnels sont dans des boîtes. 
Il n’y a plus un cadre sur les murs. 
Les tiroirs des classeurs sont ouverts.  
Les tiroirs des classeurs sont vides.  
Sur le bureau il y a un iPad, un clavier d’ordinateur et un écran.  
Je suis dans l’encadrement de la porte de mon bureau. 
Je scrute les rangées de petits fonctionnaires. 
Mille cinq cents doigts tapent furieusement sur cent cinquante claviers d’ordinateur.  
Trois cents yeux sont rivés sur cent cinquante écrans. 
Personne ne lève les yeux. 
Personne ne lève la tête.  
Personne n’ose me regarder. 
Je ferme la porte. 
J’la rouvre aussitôt.  
Du coin de l’œil, je vois deux gardiens de sécurité près des ascenseurs.  
 
Ils ont repéré ma piste.  
Pas moyen de les semer.  
Je referme la porte.  
Je m’assois à mon bureau.  
Je tourne ma chaise vers les fenêtres.  
Je regarde les nuages.  
 
On frappe à ma porte :  
 
«  Mister Cardinal ?  »  
 
On frappe encore une fois :  
 
«  Mister Cardinal ?  »  
 
Un temps.  
 
«  We know you’re in there.  
– FUCK YOU !!  
– Come on, Mister Cardinal. Don’t make this harder than it has to be.  
– You don’t understand !  
- I’m afraid we do, sir. This isn’t easy for anyone. Now, please open the door.  
– No, I mean. You don’t understand. It’s my birthday !  
– Happy birthday. Now open the goddamn door !  
– Go fuck yourself ! Pis parle-moi en français, mon écœurant !  
– We have the key.  
– Then use it, asshole !  »  
 
Un temps.  
Vingt-cinq ans de service.  
La moitié de ma vie.  
Je sais que ça vaut pas la peine de contester.  
Inutile de me battre.  
La décision a été prise.  
Là, il faut qu’ils me sortent d’ici avant que j’aie le temps de m’emparer de documents sensibles.  
 
Je suis pas le premier. Baker, la semaine dernière : vingt-deux ans de service, une femme avec le Parkinson, un fils à l’université.  
Perreault, la semaine d’avant : vingt-huit ans de service, une deuxième femme, une pension alimentaire pour la première, deux jeunes à l’université avec la première, deux p’tits à la maison avec la deuxième.  
 
«  Mister Cardinal. Please.  » 
 
Un temps.  
 
La porte s’ouvre.  
Les deux gardiens sont dans l’encadrement de la porte.  
Je pivote sur ma chaise.  
Les deux gardiens s’approchent avec précaution. 
Je me donne une swing et je fonce entre les deux. 
Je sors du bureau, les deux «  twits  » aux talons. 
Je me précipite vers les ascenseurs. 
Les portes d’ascenseur sont ouvertes. 
Les portes d’ascenseur se referment. 
Les deux goons sont presque sur mon dos. 
Je pique vers la gauche. 
Je saute sur le premier bureau. 
J’écrase l’iPad du fonctionnaire.  
J’écrapoutille son BlackBerry. 
Il me regarde avec étonnement. 
Les deux gardes foncent sur moi. 
Je saute jusqu’au prochain bureau. 
La fille me regarde comme si j’étais fou.  
Je saute jusqu’au prochain bureau. 
Les deux gardiens essayent de m’attraper au vol. 
Je saute d’un bureau à l’autre comme si j’étais transporté au ralenti.  
Je m’arrête un instant.  
Je me retourne vers les immenses fenêtres.  
 
J’allume.  
 
Trois cents yeux s’allument presque en même temps. 
Cent cinquante bouches bées en même temps. 
Le souffle coupé en même temps.  
 
Ohhhh !  
 
J’enjambe le prochain bureau. 
L’écran de l’ordinateur s’écrase au sol.  
Je saute. Je vole. Je plane. 
Il ne me reste que trois bureaux avant la fenêtre. 
La salle retient son souffle.  
 
Haaaannn !  
 
Deux bureaux. Tout le monde crie.  
 
Iiiiiiiiiiiiiii !  
 
Je touche à peine au dernier pupitre. 
Tout se passe au ralenti. 
Mon corps s’approche de la fenêtre. 
Les nuages s’ouvrent et je vois la ville. 
Je pense à mes filles.  
Je pense à ma femme. 
Je ne me souviens plus de leurs noms. 
Je ne me souviens plus de leurs visages. 
Je vole. Je suis ivre de joie. Je suis libre.  
 
YOU CAN ALL GO FUC K YOURSELVES !  
 
AAAAAAAAHHHH !  
 
Je me fracasse la gueule contre la fenêtre.  
La vitre ne cède pas. La fenêtre résiste.  
Je m’écrase comme une crêpe et je glisse jusqu’au tapis, aux pieds d’un petit fonctionnaire, la bouche ouverte.
Scène 2 
 
 
 
Maude est dans une salle d’attente à l’hôpital. 
 
MAUDE  
Mon médecin a pris sa retraite. On pense jamais que notre médecin va prendre sa retraite. On pense que notre médecin va toujours être là. Surtout que mon médecin était toujours là quand j’avais besoin de lui. 
 
C’est pas comme au Québec. Ici, on peut voir notre médecin le jour même. Du moins, lui, je pouvais le voir le jour même. Pas pour n’importe quoi. Je le dérangeais pas pour un rhume, ou pour une petite douleur. J’allais le voir seulement quand il y avait quelque chose de sérieux. J’aime ça me renseigner par rapport à ma santé. 
Je pose toujours beaucoup de questions au médecin. 
J’aime ça savoir ce qui se passe dans mon corps.  
 
Tout ça pour dire finalement que mon médecin a pris sa retraite. C’est un francophone. C’est pas évident, avoir un bon médecin francophone ici. Il y a rien de pire que d’être malade en anglais. Je veux dire, d’avoir à être traité en anglais quand on est malade. Alors, quand mon médecin m’a annoncé qu’il prenait sa retraite, j’ai... ben... Ça me tentait pas de me faire traiter par un Anglais.  
 
Mon médecin m’a dit qu’y avait un médecin francophone dans le quartier, un jeune, qui venait d’ouvrir son cabinet et qui serait prêt à prendre ses patients.  
 
C’est pas que je suis souvent malade. Ma santé est bonne. Ma santé est bonne, j’imagine, parce que je fais attention. Je mange bio. Je fais de l’exercice. J’ai même accepté de faire partie d’une étude de dépistage du cancer du sein. Chaque année, je me fais faire une mammographie, puis il y a un suivi avec mon médecin.  
 
Cette année c’était un peu plus compliqué parce que mon médecin avait pris sa retraite pis j’étais entre les deux médecins au moment de la mammographie.  
 
J’ai les seins très denses. J’ai toujours eu plein de petites bosses dans les deux seins. C’est quelque chose qui m’inquiète beaucoup. À chaque fois que je me fais faire une mammographie, je suis certaine qu’ils vont trouver quelque chose.  
 
La dernière fois, la fois où j’étais entre les deux médecins, y a fallu que je me fasse faire une biopsie. Dans le sein droit. Mon sein droit c’est mon sein préféré. J’ai toujours pensé que s’ils trouvaient quelque chose, ça serait dans le sein gauche.  
 
Il fallait que j’apporte mon dossier médical au nouveau médecin pour qu’il m’accepte comme patiente. Le jour où je suis allée, y était trop occupé pour me rencontrer.  
 
La réceptionniste m’a dit que je devais prendre rendez-vous pour le rencontrer. C’était pas un rendez-vous médical. C’était juste pour le rencontrer, pour le rencontrer. Un meet-and-greet , comme y disent.  
 
Je voyais pas pourquoi je ne pouvais pas le rencontrer pour un rendez-vous médical en même temps, mais non, la réceptionniste m’a dit qu’il ne donnait pas de rendez-vous à de nouveaux patients avant de les avoir rencontrés.  
 
C’était un mal pour un bien parce que, quand je l’ai enfin rencontré – parce que ç’a pris une éternité avant de le rencontrer –, ben quand je l’ai rencontré, j’me suis dit que j’aurais mieux aimé pas l’avoir rencontré pantoute.  
 
Un imbécile de la pire espèce.  
 
Il commence le rendez-vous en me disant qu’il n’acceptait plus de nouveaux patients. Ç’a pris une éternité avant de pouvoir avoir un rendez-vous avec ce type-là qui me dit que, de toute façon, il ne prend pus de nouveaux patients, y en a déjà trois mille ! Sa réceptionniste aurait pu me le dire, ça.  
 
Mais là, mon dossier était un peu nulle part. J’avais remis mon dossier à la réceptionniste de l’imbécile. Alors, il était officiellement mon médecin parce que j’avais signé le formulaire du gouvernement, mais pas vraiment parce qu’il acceptait pus de nouveaux patients…  
 
Mais là, j’avais une biopsie à faire faire, pis la seule place où l’hôpital pouvait envoyer les résultats, c’est au cabinet de l’imbécile.  
 
La semaine après la biopsie, j’ai appelé la réceptionniste pour voir si elle avait reçu mes résultats. Elle m’a dit poliment que si elle n’avait pas appelé, c’est que tout était beau.  
«  No news is good news.  » Si on vous appelle pas, c’est qu’y a rien à signaler.  
 
J’ai appelé trois fois pis je me suis fait dire la même chose. J’appelais pas parce que j’avais un bouton sur le nez, là. On m’avait fait une biopsie, j’voulais en avoir le cœur net.  
 
Finalement j’ai demandé à la réceptionniste de vérifier les résultats de la biopsie. Elle a fouillé pendant dix minutes puis elle m’a avoué qu’elle trouvait pas les résultats.  
 
On entend à l’intercom « Maouwdi Caadinul ». 
 
Ça faisait un mois et demi qu’a me disait «  No news is good news  », pis elle avait jamais reçu les résultats de la biopsie. Elle m’a dit qu’ils avaient eu des problèmes avec certains résultats de laboratoire parce qu’ils avaient changé leur numéro de fax. Elle m’a dit que je pouvais toujours retourner à l’hôpital pis demander une copie du résultat en personne. Ça me coûterait trente dollars, par contre.  
 
Je suis allée à l’hôpital.  
 
J’ai obtenu mon résultat. 
 
On entend à nouveau « Maouwdi Caadinul ». 
Maude en déduit que c’est elle qu’on appelle. 
 
Aujourd’hui je rencontre la chirurgienne qui va m’enlever les deux seins.
Scène 3  
 
 
 
 
CLAUDE  
Quand je prépare un repas, j’aime bien avoir tous les ingrédients sous la main. Quand je reçois à souper, je décide de ce que je vais préparer et je fais mon épicerie en conséquence. Je me fais une liste, et pour être certain de ne rien oublier, je m’en fais une copie. J’en mets une dans ma poche de pantalon, et l’autre dans ma poche de manteau. On sait jamais. Ça arrive que je change de pantalon à la dernière minute ou que je change de manteau, mais c’est rare que je change de pantalon et de manteau en même temps. Je porte pas mal toujours le même manteau, ça fait que je me sers la plupart du temps de la liste d’épicerie que je mets dans ma poche de manteau. Celle que je mets dans ma poche de pantalon se retrouve la plupart du temps dans la laveuse, parce que j’oublie de la sortir de mes poches.  
 
La semaine dernière, je préparais à souper pour des amis. Rien de compliqué, un navarin d’agneau avec des haricots blancs. Et pour dessert, une crème brûlée. C’est là que tout a chaviré. J’avais préparé ma liste d’épicerie. J’en avais fait une copie. Je n’avais changé ni de pantalon, ni de manteau. J’ai fait mon épicerie. 
 
Je suis revenu à la maison, j’ai commencé à faire à souper et quand je suis arrivé au dessert, j’me suis rendu compte que j’avais pus de cassonade. J’ai fouillé dans ma poche de manteau et dans mes pantalons et, sur les deux listes, c’était bel et bien écrit « cassonade ».  
 
Épais !  
 
Normalement, ça aurait pas été un problème. De la cassonade, y en a partout. Dans tous les dépanneurs. Sauf que, normalement, je refuse d’aller au dépanneur près de chez moi. Je déteste le dépanneur d’à côté. C’est pas parce que c’est malpropre, c’est parce que le pauvre Chinois du dépanneur se fait voler une fois par semaine. J’habite un condo flambant neuf qui m’a coûté une fortune, mais l’arrière de l’immeuble donne sur une ruelle où se tiennent les pires dopeux de la ville. Le dépanneur est juste au coin de la ruelle.  
 
Là, je pouvais pas retourner à l’épicerie. J’avais pas le temps. Mon navarin était au four et mes invités devaient arriver d’une minute à l’autre. Ça fait que j’avais pas le choix. Ça me prenait de la cassonade ; sans ça, mon dessert serait raté.  
En arrivant au dépanneur, je suis tombé sur un gros gars, un « YO » avec les culottes en dessous des fesses. Un gros « YO ». Il avait une canne de soupe aux tomates vide pour quêter de l’argent. J’haïs ça quand ils se plantent devant un magasin de même. Ils savent que t’as de l’argent. En tout cas, il me braque sa canne devant moi. Il me barrait le passage. J’avais rien qu’un vingt piastres. Je lui ai dit que je lui donnerais quelque chose en sortant. Ça lui a pris un bout de temps avant de me croire. Finalement, il me laisse passer. J’entre dans le dépanneur. Je trouve la cassonade et, comme par hasard, j’avais exactement le montant en petit change dans ma poche de pantalon pour payer. Je paye sans penser à mon quêteux, je me retourne pour sortir pis le v’là, dans le magasin, avec sa canne, qui m’attend. Là, il me restait vraiment rien que le vingt piastres. J’étais pas pour lui donner vingt piastres ! Ça fait que j’ai acheté un billet de loterie à trois piastres pis je lui ai donné deux piastres en sortant.  
 
Ça, c’était la semaine dernière. À matin, je faisais mon lavage. J’ai vidé mes poches de pantalon. Comme de raison, il y avait deux ou trois listes d’épicerie dans mes poches. Et dans le fond d’une des poches, il y avait le billet de loterie. Pour rire, j’ai vérifié le numéro dans le journal.  
 
Quarante-trois millions. J’ai gagné quarante-trois millions à la loterie.
Scène 4  
 
 
 
 
Pat est en train de se faire masser les pieds dans un spa. 
 
PAT  
I’m sitting in my car.  
I’m sitting in my car waiting to go to see my analyst. 
I’ve been seeing her for twelve years. 
Jesus, I sound like a Woody Allen movie. 
« I’ll give her just one more year ! » 
 
I always get there early. I suppose it’s to figure out what I’m going to talk about. I don’t know why I say that, we always talk about the same thing. So I’m sitting in my car and this beautiful black Labrador dog walks right past the front of my car and crosses the street. He just walks out between my car and the car parked in front of mine and crosses the street without looking. He just walks straight out. I can see the car coming up beside me in the rearview mirror and I scream. I’m all alone in my car and I scream like a little girl. The car stops. The dog just keeps on walking as if nothing has happened. Now there is a car coming from the other direction, so I scream again. And that car stops just in time. The dog keeps on going. He makes it to the other side, thank God, and stops at a lamppost and starts to pee. As if he had spotted the lamppost from my side of the street and he’d decided that that was the only place he could relieve himself. So he does. Then, just as nonchalantly, he heads back across the street almost getting hit two more times. I thought this is a miracle dog. There is nothing that can kill this dog.  
 
So I tell my analyst the story about the dog. She goes on about how my reaction to the dog nearly being killed was a way for me to let go of feelings I have about my two daughters. After twelve years, I still don’t know where she gets this stuff. I mean, I’m still trying to figure out the one about the onion. She says I have a personality like an onion. There are many layers and I’m at the core and only a few people have access to it. I don’t let many people in I guess is what she means. I suppose there is a bit of truth to that. I don’t easily open up like most people. Like some people. I’m not comfortable letting people know the true me, she says. Then she says to me, « Would you have reacted the same way if it had been one of your daughters crossing the street like that dog ? » I can’t believe she even asked me that. How could someone ask something like that ?  
 
I suppose I was a little stunned. I walked out of the building and walked straight past my car. My car was parked on the street in front of the building. I walked right between my car and the car parked in front of mine and crossed the road. I had seen a small park there right next to where the dog had peed. I had seen the swings there and for some reason, I just had to go sit on the swings. I didn’t even see the van that nearly hit me.  
 
I don’t think there is an emptier feeling in the world than to sit on a teeter-totter by yourself. It makes such an empty thud when the seat hits the ground and you look up at the other seat and there is no one there. There is no weight on the other side to help you get back up. So you sit there with your knees up to your chest with no one on the other side to balance you out.  
 
I don’t love my children. I have never been able to, it seems. A mother is not supposed to say this, but I can’t stand them. I had a great deal of trouble feeling close to them when they were babies, but now that they are teenagers, I can’t stand them. I really can’t. I can’t stand the sound of them. I can’t understand what they are saying to me half the time and the rest of the time, I just don’t care. I have no empathy for them or what they are going through. Every single little thing that happens to them is an earth-shattering experience and I should be sympathetic. I should understand that they are going through the toughest part of their lives. Well I don’t understand. Why does it all have to be about them ? Why has my life completely turned into one long baby-sitting session ? They tell me that kids these days stay longer with their parents than when I was young. Some kids stay at home well into their thirties.  
 
Jesus.
Scène 5  
 
 
 
 
BRIGITTE  
Je suis devenue l’assistante de mon prof d’histoire américaine avant même de finir mon bac. Je couchais avec lui, mais ç’a pas rapport.  
 
J’ai trente et un ans, ça fait pas huit ans que j’enseigne, pis je me sens déjà trop vieille. J’arrive pas à connecter avec mes étudiants. Je sais pas comment effacer le regard condescendant de mes étudiants qui savent qu’ils peuvent et qu’ils vont obtenir leur diplôme sans avoir appris quoi que ce soit. Je dirais même que le but de certains d’entre eux, c’est d’obtenir leur bac avec le moins de connaissances possible. Ils se pensent pas obligés d’apprendre. Y ont juste à régurgiter ce qu’ils vont trouver sur le Web.  
 
Quand je suis devant la classe et que je leur explique le comment et le pourquoi de la guerre de Sécession aux États-Unis, par exemple, c’est comme si j’étais flambant nue devant eux, pis qu’ils me disaient : « Ouin, pis ? » 
J’ai fait une gageure avec un de mes étudiants.  
J’ai choisi le plus arrogant de ma classe.  
Le pire des pires.  
Le plus intelligent, mais le plus paresseux.  
Celui qui est capable de tout, mais qui ne fout rien et qui sait pertinemment que le système lui permet d’avancer sans faire d’efforts.  
Il est brillant.  
Il sait comment contourner tout ce qui pourrait le forcer à apprendre.  
 
Alors, je lui ai gagé qu’il était incapable d’apprendre la Déclaration d’indépendance américaine par cœur avant le prochain cours.  
 
« Et si vous avez raison, qu’il dit. Qu’est-ce que je dois faire ?  
– Tu dois venir au cours dorénavant sans ordinateur portable, sans téléphone intelligent et tous les travaux que tu auras à faire, tu les feras en classe sans aide électronique. Tu pourras faire ta recherche avant comme tu voudras, mais le travail comme tel, tu le feras devant moi. 
– Pis si je réussis à apprendre par cœur la Déclaration d’indépendance américaine avant demain, quessé vous m’donnez ?  
– Je te baise sur le divan en cuir dans mon bureau. » 
 
J’ai connu un vrai moment de satisfaction en voyant le trouble dans ses yeux. Pour une fraction de seconde, je l’avais. Il était complètement à moi. J’aurais pu en faire ce que je voulais. Le temps d’un clin d’œil, il était redevenu un petit garçon qui ne comprend pas pourquoi sa mère le chicane. Une vulnérabilité tellement pure que j’ai failli craquer et lui dire que c’était une blague.  
 
Mais non. J’ai tenu le coup. J’ai soutenu son regard jusqu’à ce qu’il dise, après avoir retrouvé son cool  :  
 
« Vous êtes sérieuse, là ?  
– Est-ce que j’ai l’air de plaisanter ? » 
 
Il ne s’était jamais imaginé que je pouvais avoir à lui offrir quelque chose qu’il voudrait. Je voyais que ça tournait vite dans sa petite tête vide. Il faut dire que je prenais un énorme risque. Il aurait pu tout simplement m’envoyer promener, ou me dénoncer au chef de département ou pire, rire de moi. Je ne sais pas ce que j’aurais fait s’il m’avait rejetée. Mais à le regarder, je voyais qu’il était prenant.  
 
Le reste a été facile. Il a appris la leçon par cœur, bien entendu, et je l’ai baisé sur le divan en cuir dans mon bureau. Mais c’est lui qui était nu et j’ai savouré le moment. J’avais même baissé le chauffage dans mon bureau pour lui rendre la tâche un peu plus difficile.  
Je les laisse jamais me voir nue. Je leur dis de se déshabiller. Je laisse tomber ma petite culotte, je remonte ma jupe, je les guide, je leur laisse croire qu’ils sont bons et je les mets à la porte après qu’ils ont eu leur petit orgasme.
Scène 6  
 
 
 
 
ÉMILIE  
Malgré tout c’qu’on nous avait dit, pis toute la formation, j’m’attendais pas à KAF. Kandahar Airfield .  
 
«  Welcome to Kandahar Airfield  » . C’est ça qui est écrit en grosses lettres sur un des buildings . C’est la première affaire qu’on voit en débarquant de l’avion.  
 
Pas que j’m’attendais à une p’tite base broche à foin au milieu du désert... Mais là ! C’est gros comme l’aéroport de Dorval et je gage qu’y a plus d’avions qui atterrissent là, dans une journée, qu’à Montréal. Y a au-dessus de quarante mille personnes qui travaillent là. Méchante gang à nourrir, quand on y pense.  
 
L’arrivée est pas mal énervante. Dans l’avion, y a pas de hublots. Ben y en a deux, un de chaque bord en avant. Mais quand on arrive au-dessus de l’Afghanistan, y a un type qui grimpe sur une boîte, pis y « plogue » les trous pour pas qu’y ait de lumière qui sorte de l’avion pendant qu’on s’approche de Kandahar Airfield .  
 
Une fois débarqués, on est tous assemblés dans un enclos à attendre que l’arrière du cargo géant s’ouvre pour décharger les palettes de bagages. À 2 heures du matin sur la piste d’atterrissage de Kandahar, ça me tente-tu de me mettre à chercher mon crisse de sac ?

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