Ecoquartier - Mode d
289 pages

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Ecoquartier - Mode d'emploi

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
289 pages

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Le constat de la responsabilité humaine sur le changement climatique


Le constat de la responsabilité humaine sur le changement climatique est largement partagé.



La création d'écoquartiers est une des conclusions du Grenelle de l'Environnement. Le constat de la responsabilité humaine sur le changement climatique est largement partagé, et un besoin de plus en plus urgent se fait sentir quant à la mise en place de stratégies d'aménagement du territoire et d'intégration de tous les enjeux du développement durable dans chacun des projets urbains - notamment à l'échelle du quartier. En l'absence de définition et de cadre méthodologique ou de référentiel proposés par les pouvoirs publics, les auteurs, qui travaillent sur l'intégration du développement durable à l'échelle du quartier et les quartiers durables depuis 1997, souhaitent contribuer efficacement à la conception et à la mise en oeuvre de ces écoquartiers.



Après avoir proposé un cadre méthodologique pour mettre en oeuvre des démarches de développement durable aux différentes échelles de territoire (du bâtiment jusqu'à celle de la ville) et dressé un panorama thématique des bonnes pratiques (gestion du sol, aménagement des espaces publics, gestion de l'eau et des déchets, énergie, déplacements, etc.), qui sont essentielles à la conception d'un écoquartier, les auteurs abordent dans cet ouvrage l'échelle du quartier de manière opérationnelle et concrète.



Après un bref état de l'art sur les différentes démarches existantes en France, ce livre donne des outils à la fois conceptuels, méthodologiques et opérationnels aux élus et aux professionnels de l'aménagement urbain pour la conception et la mise en oeuvre de projets de quartier durable ou d'écoquartier :




  • des définitions ou éléments méthodologiques indispensables à la culture commune qui favorisera la transversalité,


  • des éléments concrets facilitant la rédaction des cahiers des charges performanciels indispensables à (l'amélioration de) la qualité de vie dans ces quartiers,


  • une charte de développement durable qui peut servir de base à la charte de tout nouveau projet d'écoquartier,


  • des méthodes et des outils d'évaluation des projets et des quartiers et notamment des indicateurs, comme préconisé lors du Grenelle de l'Environnement.



Cette approche pragmatique a pour objectif d'aider tous ceux qui ont la volonté de mettre en oeuvre une démarche de développement durable dans un projet d'écoquartier à passer des bonnes pratiques thématiques (notamment environnementales) à de véritables stratégies territoriales et patrimoniales et à contribuer ainsi à la durabilité de la ville.




  • Définitions, objectifs et principes


    • Qu'est-ce qu'un écoquartier ?


    • Une réponse cohérente aux enjeux locaux


    • Une contribution à la durabilité de la ville


    • Principes pour concevoir des écoquartiers




  • Etat de l'art en France sur les approches méthodologiques


    • La démarche Q3vie


    • La démarche Hqe2r


    • Le Puca et son programme villa urbaine durable


    • Le projet de référentiel écoquartier du MEEDDAT


    • L'@ménagement durable selon la DRE Ile-de-France


    • Les nouveaux quartiers urbains de la région Ile-de-France


    • L'AEU de l'ADEME pour un diagnostic


    • Les axes et critères de l'ANRU


    • Démarches de collectivités, agences d'urbanisme, Sem et associations


    • Exemples de démarches dans des projets d'écoquartiers en cours


    • Synthèse et recommandations




  • Mode d'emploi et outils


    • Les étapes de l'élaboration d'un écoquartier


    • Proposition de charte de développement durable


    • L'évaluation des projets


    • Evaluation économique et sociale d'un projet de construction


    • Les indicateurs d'évaluation


    • L'intégration d'éléments de développement durable dans les règlements des PLU




  • Synthèse et recommandations


    • Questions et éléments essentielles


    • Les points essentiels à améliorer



Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 juillet 2011
Nombre de lectures 196
EAN13 9782212413847
Poids de l'ouvrage 16 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0210€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Groupe Eyrolles
61, Bd Saint-Germain
75240 Paris Cedex 05
www.editions-eyrolles.com
Crédits photographiques :
Catherine Charlot-Valdieu pour la photographie de couverture Fotolia.com et :
p. 14 : pf30
p. 108 : harmonie57
p. 146 : Gautier Willaume
p. 230 : Martine Wagner
© Groupe Eyrolles, 2009, ISBN : 978-2-212-12601-3



Dédicace

Nous remercions vivement Chrystelle Lagrange pour ses conseils éclairés et sa patience dans la finalisation de cet ouvrage ainsi que tous les membres de son équipe qui ont contribué à la qualité de ce livre.






Les auteurs

Philippe Outrequin , docteur en économie de l’université Paris 1, a travaillé au Ceren et au CNRS. Expert en énergie et sur le développement urbain durable, il a quitté le CNRS pour travailler pour la Commission européenne. Il a créé la société de conseil en développement durable La Calade en 1998.
Catherine Charlot-Valdieu , économiste. Chercheur au CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment) pendant plus de vingt ans, elle y a été en charge du développement urbain durable et a notamment coordonné le projet européen HQE 2 R sur la transformation durable des quartiers. Elle est aujourd’hui responsable de l’association Suden pour la promotion du développement urbain durable.
Ces deux chercheurs sont impliqués dans des projets européens depuis de nombreuses années et ils sont à l’origine de la création de l’association (loi 1901) Suden pour la promotion du développement urbain durable (www.suden.org).
Ils sont impliqués dans de nombreux projets en tant qu’assistant à maîtrise l’ouvrage (ou à maîtrise d’œuvre) développement durable (AMO DD) et participent ou animent de nombreuses formations sur le développement urbain durable : CNFPT par exemple ou pour des agences d’urbanisme, des collectivités territoriales, des bailleurs sociaux et diverses universités (et notamment pour le Master en urbanisme durable de l’université de Lausanne).
Association européenne pour la promotion du développement urbain durable (Suden)
L’association à but non lucratif (loi 1901) a été créée en mars 2004 par les partenaires du projet européen HQE 2 R sur la transformation durable des quartiers (programme « Ville de demain » du 5 e programme cadre de recherche et développement) 1 afin de promouvoir le développement urbain durable, notamment grâce au rapprochement des chercheurs et des acteurs opérationnels (collectivités locales ou territoriales, aménageurs, bailleurs sociaux, etc.). Les objectifs de l’association sont de : Rassembler les acteurs du management urbain et du développement urbain en vue d’une meilleure qualité de vie pour tous. Ces acteurs sont les collectivités locales et territoriales (et leurs associations), les aménageurs, les agences d’urbanisme et urbanistes (et leurs fédérations professionnelles), les bailleurs sociaux, les architectes et écoles d’architecture, les centres de recherche, les bureaux d’études spécialisés ou consultants, les universités et centres de formation, les associations d’habitants, les services de l’État, les banques, les établissements publics fonciers, etc. La spécificité de Suden est de comporter des membres de toutes les familles d’acteurs et non pas uniquement des villes par exemple. Capitaliser les savoirs (démarches et outils), les compétences et les expériences et proposer des démarches, outils, thèmes de réflexion, recherches, etc. : l’association a pour vocation de devenir une force de proposition aux différentes échelles (territoriales, thématiques, sectorielles ou professionnelles) des projets urbains. Diffuser les démarches, outils et résultats des expériences et projets, informer et sensibiliser l’ensemble des acteurs. Former les professionnels et les experts de demain (Master urbanisme durable à l’université de Lausanne).
353, chemin de Peyniblou - 06560 Valbonne Sophia-Antipolis Tél. : 33 (0)4 93 40 29 30 et 33 (0)6 27 20 34 96 ccv@wanadoo.fr et www.suden.org

1. La démarche HQE 2 R de transformation durable des quartiers comprend de nombreux outils tels que la méthode HQDIL de diagnostic partagé d’un territoire ou le système d’indicateurs ISDIS et le modèle INDI pour l’évaluation des quartiers ou des projets de quartier. Ceux-ci sont décrits dans le Volume HQE 2 R n° 2 (cf. www.suden.org ) et dans Intégration du développement durable dans les projets d’aménagement et de renouvellement urbain avec des présentations des 13 villes partenaires du projet, Édition La Calade (04 93 40 29 30).



Avant-propos

Comme cela a été souligné lors du Grenelle de l’Environnement, « la mise en œuvre des engagements du Grenelle de l’Environnement est abordée à travers (…) le développement d’éco-quartiers durables (…) ». De plus un des Comités opérationnels préparatoires de la loi a proposé « l’élaboration d’un référentiel partagé afin de ne pas laisser le concept général d’éco-quartiers sans démarche de référence » (…) « un référentiel d’éco-quartier permettant aux collectivités, maîtres d’ouvrages, concepteurs, réalisateurs, en choisissant parmi différentes cibles, de définir des niveaux d’éco-performance en ayant libre choix de développer préférentiellement telle cible ou telle autre suivant le projet et son contexte. 1 ».
Cet ouvrage se veut un guide pratique, un mode d’emploi avec des outils opérationnels pour la conception et la mise en œuvre de projets de quartier durable ou d’écoquartier – conformément aux objectifs du Grenelle de l’Environnement. Il se veut aussi une contribution à l’élaboration d’un référentiel partagé pour les collectivités locales et les concepteurs de projets de quartier durable ou d’« écoquartier durable ».
Rappels fondamentaux
Ayant défini le développement, le développement durable, le développement urbain durable et l’urbanisme durable ainsi que le quartier dans de précédents ouvrages 2 , nous aborderons directement la définition du quartier durable.
Cependant, de très nombreux élus (et donc de médias) réduisant les projets d’écoquartiers à la limitation des impacts environnementaux, nous rappelons que le développement durable est un mode de développement et donc qu’il va bien au-delà de la simple réduction des impacts (notamment environnementaux) des projets.
Enfin, rappelons que, si nous traitons des différents types d’écoquartiers (quartier existant, extension urbaine ou quartier neuf et projet mixte), il est évident qu’en France, la priorité est, comme pour les bâtiments, au renouvellement de la ville sur elle-même et donc aux quartiers existants, à la transformation durable des quartiers.
Première partie – Définitions, objectifs et principes. Nous revenons sur les définitions essentielles de l’écoquartier ou du quartier durable. Étant donné qu’il n’existe pas encore de définition officielle, nous donnons la nôtre, celle-ci permettant de structurer cet ouvrage et la démarche que nous proposons pour concevoir un projet de quartier durable.
Deuxième partie 2 – État de l’art en France sur les approches méthodologiques. Nous dressons un rapide état de l’art en France en rappelant les principales démarches ou définitions proposées par des acteurs institutionnels, publics ou privés, des chercheurs ou des collectivités. Une synthèse caractérise ces différentes démarches et souligne les carences et les besoins.
Troisième partie 3 – Mode d’emploi et outils. Nous proposons un mode d’emploi et des outils opérationnels pour concevoir un projet de quartier durable, élaborer les prescriptions (cahiers des charges) du projet et de ses opérations constitutives, évaluer les projets, etc.
Cette boîte à outils se compose : d’un récapitulatif sur les étapes essentielles de l’élaboration d’un écoquartier (chapitre 1), d’une charte de développement durable (chapitre 2), de méthodes et d’outils d’évaluation des quartiers et des projets (chapitre 3) avec comme exemple l’évaluation économique et sociale de projets innovants (chapitre 4). En chapitre 5, nous présentons des indicateurs pour la conception d’un projet de quartier durable et l’évaluation des scenarii potentiels (marché de définition par exemple), comme cela a été préconisé lors du Grenelle de l’Environnement 3 ; des recommandations pour intégrer les préoccupations environnementales dans le règlement du Plan local d’urbanisme (PLU) afin d’aider les collectivités locales et les bureaux d’études spécialisés dans la rédaction de cet outil indispensable à la mise en œuvre de projet de quartier durable. Ces recommandations sont illustrées d’exemples concrets issus de l’analyse de différents PLU en France et ailleurs (chapitre 6).
Quatrième partie 4 – Synthèse et recommandations. Nous formulons des réponses aux questions qui sont les plus fréquemment posées lors des formations auxquelles nous participons, et ce afin de rappeler les éléments essentiels ou à privilégier pour concevoir et mettre en œuvre un projet de quartier durable ou d’écoquartier.

1. Voir Comop (Comité opérationnel) n° 9, p. 2, 22, 80.
2. Se référer notamment à :
– Développement durable et Renouvellement urbain : des outils opérationnels pour améliorer la qualité de vie dans nos quartiers, L’Harmattan, 2006
– L’Urbanisme durable : concevoir un écoquartier, Éditions Le Moniteur, 2009
Rappelons qu’il n’y a pas à ce jour de définition officielle de l’urbanisme durable, même si cette expression est le titre de l’appel à projets « Rénovation urbaine et urbanisme durableS ») de l’Anru et de la Caisse des dépôts et consignations de 2008 (cf. la brochure de mars 2008 intitulée « Urbanisme durable. Mobilisation des équipes »).

3. Voir Comop (Comité opérationnel) n° 9 « Urbanisme », chapitre 5 sur les écoquartiers.







L’aménagement du territoire, de la ville et des espaces est un moment fort de l’organisation de la vie des hommes ; c’est un processus engageant le long terme, souvent irréversible, perturbant les écosystèmes et l’environnement, mais qui structure le fonctionnement des relations entre les hommes et entre les hommes et la nature.
Un écoquartier est d’abord, comme le présente le Meeddat (ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire, ex-Medd) 1 , une forme d’occupation de l’espace où l’on considère le sol comme un bien rare et non renouvelable, au lieu de le considérer comme un actif à valoriser à court terme, en fonction d’opportunités foncières ou économiques. Un écoquartier, c’est aussi une vision à long terme, où ce que l’on construit aujourd’hui va conditionner la vie des générations futures : il constitue aussi le patrimoine de demain. Un écoquartier, c’est un lieu de vie qui s’appuie sur des ressources locales et prend en compte, à son niveau, les enjeux de la planète. Il contribue de ce fait à la durabilité de la ville. Enfin, un écoquartier n’est pas un ghetto pour quelques centaines de familles (plus pauvres ou plus riches) : il contribue à la vie collective de la ville ou du village dans lequel il s’intègre.
« Nombre de Français s’accordent désormais sur la nécessité de lutter contre les excès de l’étalement urbain, ils souhaitent un habitat moins consommateur en énergie, ils reconnaissent la nécessité de trier et recycler les déchets et ils appellent de leurs vœux des transports collectifs et des modes représentant une véritable alternative à la dépendance automobile.
Ma conviction est qu’il faut désormais concevoir les projets d’aménagements en prenant concrètement en compte au plan local les volets économiques, sociaux et environnementaux, et proposer aux Français d’habiter demain dans des villes et des quartiers durables.
La multiplication d’écoquartiers est possible si toute la chaîne qui relie dans notre pays l’État aux élus locaux, aux professionnels et aux habitants, est mobilisée dans un nouveau projet pour les territoires, si tous les sujets et tous les modes opératoires sont décloisonnés, si tout le monde décide de passer à l’action. » Jean-Louis Borloo, ministre d’État, ministre de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire (site du Meeddat).
Il n’y a pas de modèle unique, idéal et universel d’écoquartier. Il existe en revanche dans la pratique un certain nombre de constantes qui peuvent être rassemblées pour constituer un « modèle », des questions qui doivent être posées et traitées lors du lancement d’un projet d’écoquartier (voir l’exemple de la ville de Cadiz ci-après).
Écoquartier et quartier durable
Le terme « écoquartier » a parfois été distingué du « quartier durable ». Le premier relève davantage de l’écologie alors que le second comprend aussi les dimensions économiques, sociales et participatives (en supposant la mise en œuvre d’une démarche de développement durable).
La confusion est relativement importante et fréquente, mais, à la suite des orientations données par Jean-Louis Borloo, ministre d’État, le terme « écoquartier » l’a emporté et il est utilisé aujourd’hui en France indifféremment pour les deux types de projets.
Le compte rendu de la réunion thématique « écoquartier » du Comité opérationnel urbanisme du Grenelle de l’environnement stipule que « l’écoquartier est un quartier durable englobant des notions environnementales, sociales et économiques » !
De ce fait, des projets ne comportant que des objectifs environnementaux (consommation d’énergie, consommation d’eau, gestion des déchets, etc.) se positionnent au même niveau que des projets associant des dimensions économiques, sociales et environnementales dans le cadre de démarches de développement durable 3 . De nombreux quartiers chinois sont ainsi considérés comme des écoquartiers exemplaires, tel « l’écoquartier Wuhan » (présenté notamment dans la revue Écocollectivités , nº 6 de février 2009). Ce quartier de la lointaine périphérie de Wuhan (6 e ville de Chine de plus de 8 millions d’habitants) comporte deux espaces distincts : les habitations et un espace paysager réservé au traitement des pollutions de l’eau, de l’air et des sols par phytorestauration. Seuls des thèmes environnementaux y sont abordés : gestion de l’énergie (quartier autonome à 85 %) et de l’eau, traitement de l’air (grâce aux espaces verts), traitement des sols, boues et vases.
Dans la mesure où, d’une part, l’État n’a défini ni l’écoquartier ni des objectifs pour les projets d’écoquartiers et où, d’autre part, la dimension environnementale suffit à justifier l’appellation d’écoquartier, le risque est que tout nouveau projet d’aménagement soit baptisé écoquartier – et en particulier les projets localisés dans des terrains difficiles à mettre en valeur (sols pollués, proximité d’infrastructures bruyantes, etc.) – y compris les projets de quelques dizaines de logements.
Il s’agit donc de veiller, comme le souligne le document d’accompagnement de la charte des écoquartiers de Lille Métropole, à ne pas déqualifier l’appellation d’écoquartier par des choix d’une ambition insuffisante pour certains thèmes ou par une localisation incohérente avec les objectifs du Plan Local d’Urbanisme (PLU), et notamment de son Projet d’Aménagement et de Développement Durable (PADD), ou incompatible avec une gestion durable du sol ou encore en limitant le projet d’écoquartier à une vitrine déconnectée de la stratégie de développement pour l’ensemble de la ville.

Le quartier durable pour la ville de Cadiz (Espagne)
Pour la ville de Cadiz, un projet de quartier durable 2 repose sur les cinq points d’un « nouveau modèle de développement urbain » : une multifonctionnalité de l’espace urbain : le quartier méditerranéen est autosuffisant ; des moyens et des équipements « dès le début » du projet : planification et concertation interadministrative ; une mobilité « durable » : transports publics, transports non motorisés, efficience énergétique ; le « retour » à la ville méditerranéenne compacte : intégration, meilleures relations sociales, plus de convivialité et plus de sécurité ; des logements à prix abordables.

Définition d’un projet de quartier durable ou d’écoquartier
Un projet de quartier durable ou d’écoquartier se caractérise par la mise en œuvre d’une démarche projet visant à répondre – à son échelle – aux enjeux globaux de la planète, aux enjeux locaux afin d’améliorer la qualité de vie de ses habitants et usagers, et de contribuer à la durabilité de la ville.
Définition d’un projet de quartier durable
Les thèmes définissant un projet de quartier durable (ou d’écoquartier) peuvent être présentés de différentes façons 4 . Mais il nous semble important de créer une typologie qui parle aux aménageurs et aux décideurs politiques. Lorsqu’ils s’engagent dans la création d’un écoquartier, ces derniers doivent s’attacher à définir une démarche projet d’aménagement d’un morceau de ville. Trois obligations structurent cette démarche projet : répondre aux enjeux majeurs de la planète : effet de serre, épuisement des ressources naturelles, préservation de la biodiversité ; répondre aux enjeux locaux de la commune ou de l’agglomération : en termes d’emploi et d’activités, de mixité, d’équité sociale ; en participant au besoin d’attractivité des villes : mobilité, culture, etc. répondre aux attentes des habitants et des usagers et améliorer leur qualité de vie : réduction des nuisances, qualité globale (environnementale mais aussi architecturale, d’usage, etc.) des bâtiments et des espaces publics, synergie territoriale, synergie thématique (eau par exemple), etc. ; contribuer à la durabilité de la commune ou de l’agglomération : stratégie d’amélioration continue, reproductibilité ou transférabilité, etc.
Nous proposons donc la définition suivante : un projet de quartier durable ou d’écoquartier se caractérise par la mise en œuvre d’une démarche – projet visant à répondre, à son échelle, aux enjeux globaux de la planète, aux enjeux locaux afin d’améliorer la qualité de vie de ses habitants et usagers et à contribuer la durabilité de la ville.
Nous présentons dans ce livre la démarche de conception et de mise en œuvre d’un projet de quartier durable, à partir des dimensions ou enjeux de cette définition synthétique, en suivant ce plan, du global au local et du quartier à la ville.
Notre démarche vise à être opérationnelle et à respecter le principe de subsidiarité, autrement dit nous présentons des actions, des méthodes et des outils adaptés à l’échelle du quartier – laquelle se distingue de celles du bâtiment, de la ville ou d’une région. Cette démarche projet doit être l’expression d’une volonté politique et doit se caractériser par une nouvelle façon de penser et d’agir 5 qui se manifeste par 6 : une approche « systémique » : raisonnant en cycles : cycle de l’eau, cycle de l’énergie et cycle des matériaux 7 ; raisonnant en écosystème : gestion des déchets, gestion des flux ; et centrée sur la cohérence économique, ce qui a aussi à voir avec la faisabilité économique des projets. une démarche qui associe le sensible (architecture) et l’ingénierie technique et économique (performance et évaluation) ; la prise en compte du long terme : économie de ressources naturelles, investissements évités (réseaux), prévention et lutte contre le changement climatique ; une nouvelle gouvernance : la participation des différents acteurs et particulièrement des habitants-citoyens ; des partenariats multiples (public-privé, entreprises-clients, etc.) et de nouvelles règles de marché (partenariat public-privé, dialogue compétitif, etc.) ; une nouvelle culture urbaine, pluridisciplinaire et transversale.
On remarquera que les piliers du développement durable ne structurent pas cette définition (contrairement aux définitions et référentiels traditionnels), mais ils sont utilisés pour l’analyse de chacun des thèmes 8 .
Prendre en compte localement les grands enjeux globaux 9
Le changement climatique et la lutte contre l’effet de serre
Rappelons tout d’abord la nature des enjeux 10 . Selon la quasi-totalité des scientifiques, l’activité humaine contribue, avec une probabilité de plus de 90 %, au réchauffement climatique de la planète. Ce réchauffement est dû aux émissions de gaz à effet de serre (GES) dont six d’entre eux ont fait l’objet d’un protocole visant à en réduire les émissions 11 . Les gaz à effet de serre retenus dans ce protocole sont le dioxyde de carbone ou gaz carbonique (CO 2 ) issu principalement de la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel), le méthane (CH 4 ) issu de l’agriculture et des décharges d’ordures ménagères, le protoxyde d’azote (N 2 O) issu des engrais agricoles, ainsi que trois gaz fluorés issus de l’industrie et notamment de l’industrie du froid.
En France, les émissions de CO 2 représentent environ 55 % de la contribution au réchauffement climatique, et une part importante provient des bâtiments (22 %) et des transports (34 %).
L’enjeu est évidemment planétaire, et il est éminemment inquiétant : en deux ans, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté à l’échelle de la planète de 7 %. À ce rythme, selon les experts du Groupement intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la consommation mondiale de pétrole augmenterait de 70 % d’ici 2050 et les émissions de CO 2 augmenteraient de 130 %, pouvant entraîner une augmentation de la température mondiale moyenne de 6 °C, ce qui aurait pour conséquence de modifier considérablement tous les aspects de la vie humaine, ainsi qu’un changement irréversible de notre environnement. Selon ces mêmes experts, il est indispensable de maintenir l’augmentation de la température dans une fourchette de 2 à 2,4 °C d’ici 2100, ce qui nécessite une réduction par deux des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle planétaire (– 1,7 % par an en moyenne). Une étude de l’AIE 12 montre qu’un tel objectif requerrait chaque année une dépense de 1,1 % du PIB (produit intérieur brut) mondial uniquement dédiée à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le rapport Stern 13 montrait par ailleurs que le coût des dommages lié à une absence d’actions mondiales en vue de la réduction des gaz à effet de serre serait à terme équivalent à 5 à 20 % du PIB mondial chaque année.
L’Union européenne et la France se sont engagées à réduire par quatre leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 14 , soit une diminution de 3,4 % par an, contrebalançant les augmentations attendues, notamment des pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine). Cet engagement demande la mise en œuvre d’une politique de transformation durable du secteur de l’énergie, touchant à la fois les modes de production et les modes de consommation. Dans une première étape, la France a adopté l’engagement européen dit des « 3 fois 20 » : réduire de 20 % la consommation d’énergie primaire 15 à l’horizon 2020 ; réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020 (– 2,4 % par an) ; faire passer la part des énergies renouvelables à 20 % de la consommation d’énergie primaire d’ici à 2020.
Le Grenelle de l’Environnement a décliné ces objectifs en les précisant : Améliorer l’efficacité énergétique des constructions neuves en faisant passer la réglementation thermique pour le chauffage, l’eau chaude sanitaire et les auxiliaires de l’ordre de 100 à 130 kWh/m 2 .an aujourd’hui (conformément à la réglementation thermique de 2005) à 50 kWh/m 2 .an à partir de 2012 16 et… à 0 kWh/m 2 .an en 2020. [Les points de suspension expriment notre scepticisme quant à la pertinence de ce dernier objectif 17 .] Améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments existants de 38 % en moyenne d’ici 2020 sur l’ensemble du parc (– 4 % par an), avec la réhabilitation énergétique lourde d’environ 400 000 logements par an, comprenant la réhabilitation énergétique lourde de 800 000 logements sociaux sur la période 2009-2020. (Une réhabilitation énergétique lourde vise, en moyenne, à passer d’une consommation (chauffage et eau chaude sanitaire) de 240 kWh/m 2 .an à 120 kWh/m 2 .an et coûte environ, avec les travaux annexes, de 10 à 20 000 €/logement 18 .) Améliorer l’efficacité énergétique des déplacements en réduisant la consommation d’énergie des transports de 20 %. Une partie importante du gain est liée à l’amélioration technique des véhicules mais on s’attend à une croissance continue de la mobilité (+ 0,8 % par an) et par conséquent du nombre de déplacements. L’objectif ne peut donc être atteint qu’au moyen d’une politique en faveur des transports en commun, des modes de déplacements doux (marche à pied, vélo), du covoiturage et d’une réduction des besoins de déplacements (commerces de proximité, télétravail, etc.).
Ces trois orientations ont évidemment un lien très fort avec les projets d’écoquartier.
Il faut également avoir en tête que chauffer son logement à l’électricité revient à produire l’équivalent d’un verre à moutarde de déchets nucléaires à conserver 300 000 ans. Aussi doit-on éviter autant que possible le recours aux convecteurs électriques comme alternative aux combustibles fossiles (lesquels d’ailleurs sont proscrits avec les performances voisines de BBC 19 ).
Concernant les bâtiments, les concepteurs d’un projet d’écoquartier doivent donc se poser un certain nombre de questions sur la performance énergétique à atteindre, sur la place des énergies renouvelables, sur la dimension sociale de l’énergie et sur le choix des systèmes constructifs.
Pour la lutte contre le changement climatique et l’effet de serre et pour la préservation des ressources énergétiques épuisables et polluantes, nous proposons de retenir les objectifs et types d’actions suivants.

Les exigences de performance fixées par l’arrêté du 3 mai 2007 s’appliquent aux éléments suivants Les éléments constitutifs de l’enveloppe du bâtiment (voir photo de l’isolation renforcée à Hanovre) : murs en contact avec l’extérieur et rampants de toitures de pente supérieure à 60 o : R > 2,3 m 2 .K/W (2 selon certaines conditions ou en zone H3) ; murs en contact avec un volume non chauffé : R > 2 m 2 .K/W ; toitures-terrasses : R > 2,5 m 2 .K/W (sauf conditions particulières) ; planchers de combles perdus : R > 4,5 m 2 .K/W ; rampants de toitures de pente inférieure à 60 ° : R > 4 m 2 .K/W (3 si la surface perdue de locaux habitables est supérieure à 5 % en raison de l’épaisseur de l’isolant) ; planchers bas donnant sur l’extérieur ou sur un parking collectif : R > 2,3 m 2 .K/W (2 selon certaines conditions ou en zone H3) ; planchers bas donnant sur un vide sanitaire ou sur un volume non chauffé : R > 2 m 2 .K/W ; ouvrants à menuiserie coulissante : Uw < 2,6 ; autres types d’ouvrants : Uw < 2,3. Les systèmes de chauffage : chaudière de puissance nominale (Pn) de 20 à 400 kW : rendement minimal PCI (pouvoir calorifique inférieur) à pleine charge, pour une température moyenne de l’eau dans la chaudière de 70 o C ou à 30 % de charge, pour une température moyenne de 40 o C : 87 + 1,5.logPn en % ; chaudière de puissance nominale supérieure à 400 kW : 90,9 % ; Les systèmes de production d’eau chaude sanitaire. Les systèmes de refroidissement. Les équipements de production d’énergie utilisant une source d’énergie renouvelable. Les systèmes de ventilation. Les systèmes d’éclairage des locaux.


Exemples de bâtiments passifs à Karlsruhe en Allemagne
Catherine Charlot-Valdieu

Exemple d’un bâtiment passif utilisant le système dit du puits canadien


Une isolation renforcée : l’exemple des bâtiments dans le quartier Kronsberg à Hanovre dès 2000
Ville d’Hanovre
Anticiper les évolutions à venir
Les réglementations thermiques vont faire évoluer les bâtiments neufs vers de très faibles consommations d’énergie à un rythme soutenu, auquel les professionnels vont devoir s’adapter. Cela amène à se poser plusieurs questions. Faut-il aller plus vite que la réglementation ? Pour certains acteurs (bailleurs sociaux, constructeurs), il y a un avantage comparatif à se préparer avec une certaine avance à l’évolution des contraintes réglementaires : apprentissage des nouvelles techniques, retour sur leur utilisation et leurs corrections éventuelles, partenariat accru avec les installateurs, etc. Faut-il que l’écoquartier vise le « zéro CO 2 » comme le projet BedZed ( Beddington Zero Energy Development ) à Sutton en Angleterre ? Certains pensent que cela est un objectif incontournable du développement durable 20 . Rappelons tout d’abord que BedZed 21 est une opération de 82 logements qui concerne 244 habitants sur 1,7 hectare (ha) et n’est donc qu’un petit morceau de quartier sur lequel l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables ont été des objectifs prioritaires. Peut-on avoir les mêmes objectifs pour un écoquartier de 1 000 logements ? L’objectif « zéro CO 2 » a, semble-t-il, des limites en termes d’efficacité collective.
En revanche, on peut améliorer considérablement le bilan carbone d’un projet et calculer, à partir des investissements réalisés, la quantité de carbone émis et le coût de la tonne de CO 2 évitée.
Les pouvoirs publics ont récemment calculé, à l’aide d’un modèle d’analyse coût/efficacité, le prix de la tonne de carbone qui permet de stimuler les acteurs économiques et d’atteindre ainsi le facteur 4 d’ici 2050. Ils ont obtenu 22 une valeur pivot de 100 €/tonne (t) de CO 2 en 2030 qui serait le prix qu’il faudrait imputer au carbone dans tous les projets recevant des fonds publics, avec un prix en 2009 de 32 €/t et un prix en 2050 compris entre 150 et 350 €/t de CO 2 23 . Que signifient ces valeurs ? En les intégrant dans le calcul de rentabilité d’un projet, elles augmentent le prix de l’énergie fossile du fait de son contenu en carbone et favorisent les solutions sans carbone : efficacité énergétique, énergies renouvelables. Mais ces valeurs limitent aussi certains projets : si un projet a un coût de la tonne de CO 2 évitée supérieur à ces valeurs de référence (toutes choses égales par ailleurs), on peut considérer que c’est un coût excessif par rapport à la lutte contre le changement climatique. Il y a, par conséquent, un équilibre à trouver entre ce qui peut être fait de façon expérimentale pour des raisons d’apprentissage, de communication, de démonstration, etc., et des actions plus massives du fait d’opportunités locales, telles que le recours à des énergies renouvelables.
Cette valeur affectée au carbone est évidemment à relier avec les propositions actuelles d’une taxe sur les émissions de carbone (ou contribution climat-énergie) dont l’objectif premier est d’infléchir les comportements des consommateurs qu’il s’agisse des ménages ou des entreprises 24 . Il s’agit donc d’être vigilant et d’intégrer cette approche prospective dans les critères de décision.

Un exemple de réhabilitation de logements vacants en centre-ville 34
La stratégie de CMH
Le groupe CMH (entreprise sociale pour l’habitat gérant un parc de 49 000 logements, principalement dans le Nord-Pas-de-Calais, avec deux bailleurs : Logicil et SLE) réhabilite son patrimoine en mettant l’accent sur l’amélioration thermique des logements afin d’éviter la désolvabilisation des clients ainsi que sur la qualité sanitaire des installations (formaldéhydes, légionelloses) avec un souci de gestion du couple loyer + charges. Dans les quartiers Anru, l’objectif est avant tout de pérenniser les groupes réhabilités en accompagnant la requalification des quartiers concernés. Les prestations doivent répondre aux problèmes de sécurité, de confort, de mise aux normes et à la politique thermique de CMH. Les opérations hors Anru sont classées en seconde priorité. La politique déclarée du groupe CMH est de réduire les consommations énergétiques lors des travaux de réhabilitation des bâtiments avec l’objectif général d’atteindre une consommation inférieure ou égale à 110 kWh/m 2 .an en énergie primaire pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire pour l’ensemble des réhabilitations du groupe CMH (Logicil et SLE). Afin d’atteindre cet objectif, un premier travail a consisté à mieux connaître les consommations d’énergie. Pour cela, un recoupement a été opéré entre les consommations théoriques et les charges réelles qui sont connues en installations collectives (un conseil en orientation énergétique a été réalisé). La question qui reste posée concerne le niveau d’investissement qui sera nécessaire pour atteindre cette « valeur objectif 35 ». CMH compte sur sa politique interne qui a validé l’idée d’un système de « fonds propres thermiques » complémentaires et, dans une moindre mesure, sur les possibilités de revente des certificats d’économie d’énergie. Toujours dans l’optique de la maîtrise des charges, une réflexion et un travail sont en cours avec EDF sur les consommations d’électricité des parties communes et sur le meilleur calibrage des abonnements. Les options retenues dans les programmes de réhabilitation de CMH sont : VMC hygro B ; double vitrage 4-16-4 basse émissivité à lame d’argon ; chaudière à condensation ; thermostat programmable ; meilleure isolation des parois opaques ; création d’un local de tri sélectif ; individualisation des compteurs d’eau froide.
Un exemple de la transformation de 7 maisons individuelles vacantes à Lomme (59) en maisons basse consommation d’énergie par le groupe CMH
Ces maisons construites avant-guerre ont entre 64 et 88 m 2 et sont inoccupées depuis plusieurs années mais correspondent à un type d’habitat fortement demandé. Ce projet vise à atteindre l’objectif d’une consommation de chauffage de l’ordre de 50 kWh/m 2 à partir d’un ensemble de solutions techniques ambitieuses : mise en œuvre d’une isolation par l’extérieur en plaques de polystyrène expansé (15 cm) ; mise en œuvre de doublage thermique sur l’ensemble des murs (hors parois concernées par l’isolation thermique extérieure) : complexe composé d’une plaque de plâtre (placoplâtre ou similaire) et d’un isolant en panneaux de laine minérale semi-rigide, d’une épaisseur de 150 mm. La mise en place de l’isolation devra permettre d’atteindre a minima une résistance thermique additionnelle R de 4,3 m 2 .°C/W ; fourniture et pose de laine minérale sur chevronnage en deux couches, d’une épaisseur totale de 30 cm, comprenant une couche de 200 mm de laine de roche et une couche croisée de 100 mm, y compris un pare-vapeur du côté chauffé. La mise en place de l’isolation devra permettre d’atteindre a minima une résistance thermique additionnelle R de 7,5 m 2 .°C/W ; mise en œuvre d’une isolation thermique par collage et fixation mécanique en sous-face de la dalle haute de la cave de type fibrastyrène 100 + 125 mm de chez Fibralith ou équivalent. La mise en place de l’isolation devra permettre d’atteindre a minima une résistance thermique additionnelle R de 4,3 m 2 .°C/W ; nouvelles menuiseries intérieures et extérieures : menuiseries PVC triple vitrage avec lame d’argon ; les menuiseries mises en place devront respecter un Uw de 0,98 W/m 2 .°C minimum. Par ailleurs, le facteur solaire du vitrage devra respecter une valeur G supérieure à 0,58 ; la production d’eau chaude sanitaire et de chauffage se fera par chaudière à condensation de puissance modulante entre 3,2 et 14,8 kW couplée à un ballon d’accumulation de 80 l sans veilleuse ; installation d’une VMC (ventilation mécanique contrôlée) double flux avec récupération d’énergie (rendement minimum de 85 %). Les ventilateurs seront à débit variable et l’asservissement se fera à différentiel de pression constant.
Le projet consiste en fait à ne conserver que les murs, planchers et couverture des logements, et de basculer la cuisine côté rue. Il est prévu de créer une extension de 15 m 2 environ à l’arrière du logement pour un agrandissement du séjour et d’aménager une salle de bains dans une chambre.
Enfin, le coût du projet est de 910 000 € HT soit 1 400 €/m 2 de surface habitable après travaux et agrandissement.


Transformation de 7 maisons individuelles vacantes d’avant-guerre à Lomme (59) en maisons basse consommation d’énergie (BBC) par Logicil du groupe CMH
© CMH

Prêt à taux zéro
L’arrêté du 30 mars 2009 précise la performance énergétique minimale à atteindre afin de bénéficier du prêt à taux zéro.
Pour un logement situé en région parisienne, si le bâtiment a une consommation conventionnelle d’énergie primaire avant travaux supérieure ou égale à 234 kWh/m 2 .an, la consommation après travaux devra être inférieure à 195 kWh/m 2 .an ; si la consommation initiale était inférieure à 234 kWh/m 2 .an, la consommation après travaux devra être inférieure à 104 kWh/m 2 .an.
Les seuils varient en fonction de la zone climatique et de l’altitude.
Améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments existants
Un projet d’écoquartier peut concerner un quartier existant en favorisant son renouvellement et sa restructuration. Dans ce cas, l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments présents sur le territoire est une priorité. De façon générale, les bâtiments existants représenteront encore en 2050 les deux tiers du parc de logements en France.
Par ailleurs, une nouvelle réglementation thermique (RT), spécifique à la réhabilitation, est entrée en vigueur 25 et s’applique « élément par élément » depuis le 1 er novembre 2007 à l’ensemble des bâtiments résidentiels (et tertiaires) existants, à l’occasion de travaux de rénovation prévus par le maître d’ouvrage. Ceux-ci doivent respecter des exigences de performance fixées par l’arrêté du 3 mai 2007 (voir page suivante).
Plus récemment, en conformité avec l’arrêté du 13 juin 2008, une RT « globale » sur l’existant s’applique aux bâtiments résidentiels (et tertiaires) existants lorsque leur surface hors œuvre nette (SHON) est supérieure à 1 000 m 2 que la date d’achèvement du bâtiment est postérieure au 11/01/1948 et que le coût de rénovation « thermique » décidé par le maître d’ouvrage est supérieur à 25 % de la valeur hors foncier du bâtiment (ce qui correspond à 322 € HT/m 2 pour les logements) 26 . La consommation d’énergie du bâtiment rénové pour le chauffage, le refroidissement et l’eau chaude sanitaire doit être alors inférieure à une valeur limite qui dépend du type de chauffage et du climat. Cette consommation maximale est située entre 80 et 195 kWh/m 2 .an de SHON selon les cas, à comparer à la valeur actuelle du parc qui est de 273 kWh/m 2 .an de surface habitable (environ 230 kWh/m 2 .an de SHON). La réglementation est renforcée pour 2010 avec une consommation maximale qui s’échelonnera entre 80 et 165 kWh/m 2 .an de SHON.
Élément phare du Grenelle de l’Environnement, le décret du 30 mars 2009 (nº 2009-346) définit l’écoprêt à taux zéro visant à favoriser les travaux d’économie d’énergie par les particuliers. Ce prêt à taux zéro consenti pour dix ans (pouvant être étendu à quinze ans par la banque) permet de financer jusqu’à 30 000 € de travaux d’efficacité énergétique du logement.
Pour le logement social, un écoprêt spécifique a été mis en place pour un montant de 9 000 à 16 000 € par logement, accessible aux organismes d’habitations à loyer modéré, aux sociétés d’économie mixte ou encore aux communes possédant des logements sociaux. L’État et la Caisse des dépôts et consignations (CDC) proposent un taux fixe bonifié de 1,90 % sur une durée de quinze ans.
Suite au Grenelle de l’Environnement, 800 000 « logements énergivores » ont été identifiés au sein du parc de logements locatifs sociaux et doivent faire l’objet, dans les prochaines années, d’une rénovation thermique. Une première enveloppe de prêts de 1,2 Md€ a été déterminée afin de traiter, sur la période 2009-2010, 100 000 logements (40 000 en 2009 et 60 000 en 2010).
Les logements prioritaires sont ceux qui sont classés F et G aujourd’hui (soit une consommation en énergie primaire pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire supérieure à 330 kWh/m 2 .an) et ils devraient atteindre la classe C (soit une consommation inférieure à 150 kWh/m 2 .an). La consommation conventionnelle en énergie primaire du bâtiment, avant les travaux, doit être supérieure ou égale à 230 kWh/m 2 .an pour que celui-ci puisse bénéficier du prêt. Les travaux doivent permettre d’atteindre une consommation conventionnelle en énergie primaire inférieure ou égale à 150 kWh/m 2 .an (modulée selon les zones climatiques et l’altitude).
Si les travaux permettent également de justifier d’un label réglementaire de performance énergétique, un montant supplémentaire de prêt de 2 000 € par logement sera accordé.
Il est aussi mentionné dans le Grenelle de l’Environnement (projet de loi I) que doivent être rénovés en priorité, à l’horizon 2012, les immeubles pour lesquels le niveau de charges payées par les locataires se situe dans le quartile le plus élevé, puis ceux dont la consommation annuelle d’énergie est supérieure à 330 kWh d’énergie primaire par mètre carré. 27 Jusqu’où est-il possible d’aller dans les économies d’énergie 28 lors de la réhabilitation énergétique des bâtiments existants ?
Il y a plusieurs limites à la réhabilitation d’un bâtiment : la limite technique visant à recourir à l’ensemble des techniques possibles en fonction des contraintes architecturales, d’accès, de préservation du patrimoine, etc. L’utilisation de l’ensemble des techniques possibles peut faire l’objet d’un programme de réalisation échelonné dans le temps et aboutir in fine à des consommations d’énergie très faibles (étiquette B par exemple 29 ) ; la limite financière des maîtres d’ouvrage, et notamment celle des ménages à faibles revenus.
Il y a aussi plusieurs enjeux qu’il est nécessaire de considérer simultanément, dans un contexte où l’énergie est de plus en plus chère, mais surtout où les capacités de financement (des particuliers comme des pouvoirs publics) sont limitées. Cinq enjeux majeurs ont été identifiés, ils sont développés ci-après. Ils concernent l’ensemble des logements et bâtiments existants sur un territoire (que ce soit un écoquartier ou une ville entière 30 ) et ils doivent intégrer les stratégies de réhabilitation énergétique 31 .
Enjeu n° 1 : Réduire la dépense énergétique des ménages
L’énergie est une des principales charges du logement en dehors du loyer ou des remboursements d’emprunts. Elle représente 64 % des charges du logement hors loyer (celui-ci représentant 75 % de la dépense pour le logement 32 ), soit 16 % du coût total du logement. De la même façon, la part du budget total que les ménages français ont consacré à leurs dépenses d’énergie (chauffage, électricité, carburants) était de 7,3 % en 2006, en diminution 33 par rapport à 1985 (10,2 %). Ces dépenses (72,3 milliards €, soit 2 800 € par ménage et par an) sont quasiment pour moitié liées au logement et pour moitié liées aux déplacements. La dépense énergétique pour le logement s’élève à 600 € par an et par habitant (soit 180 € par mois en moyenne pour une famille de quatre personnes) et la dépense énergétique pour les déplacements est de 550 € par an et par habitant (soit 140 € par mois en moyenne pour une famille de quatre personnes).
Dans le logement, l’électricité représente 48 % de la dépense, loin devant le gaz (22,6 %) et les produits pétroliers (23,1 %). Les dépenses de chauffage représentent en moyenne 334 € par an et par habitant, soit 29 % de la dépense totale. Dans ce dernier poste, le chauffage électrique représente 25 % de la dépense, soit 84 € par an et par habitant, contre 33 % (soit 110 €) pour le gaz naturel. Enfin, concernant les carburants, le gazole représente plus de la moitié de la dépense en carburants.
Les dépenses énergétiques sont une charge importante pour les ménages et il s’agit de les réduire. Cependant, elles ont des impacts très différents selon le niveau de revenu des ménages. Ces derniers doivent donc être pris en compte lors de l’élaboration des stratégies patrimoniales ou territoriales.

Enjeu n° 2 : Lutter contre la précarité énergétique
C’est un sujet particulièrement important dès lors que l’on veut transformer durablement des quartiers en écoquartiers. L’énergie joue en effet un rôle très important dans les inégalités écologiques : selon une étude de l’Anah (Agence nationale de l’habitat), 3 millions de Français ont froid l’hiver. Par ailleurs, 500 000 ménages bénéficient du tarif de première nécessité et 300 000 ménages bénéficient du Fonds de solidarité pour le logement au titre des charges d’énergie. La précarité énergétique touche une bonne partie de la population vivant dans des logements anciens privés et elle tendra à s’aggraver si les prix de l’énergie augmentent.
Un indicateur de précarité énergétique a été défini pour comptabiliser tous les ménages qui dépensent plus de 10 % de leurs revenus pour se chauffer dans des conditions normales (19 °C). On peut estimer que 8 à 10 % des ménages se trouvent dans cette situation : l’énergie dans les logements représente plus de 7 % des dépenses pour les 20 % de ménages les plus pauvres et plus de 14 % de leur revenu net fiscal (lequel ne prend pas en compte certaines allocations ou aides publiques). De plus, les enquêtes sociales montrent que les plus pauvres se chauffent rarement à 19 °C, etc. On peut rapprocher cet indicateur de la population qui se situe en dessous du seuil de pauvreté (60 % du revenu médian), soit 12 millions de personnes en France 36 . De même, 6,4 % des ménages éprouvent des difficultés à payer leurs factures énergétiques ou ont des retards dans leurs paiements, d’après la base de données européenne EU-SILC 2005 sur les conditions de vie et le logement (indicateur HS020). Ainsi, la réduction des consommations d’énergie est un problème social largement réparti sur tous les types de logements et de statuts d’occupation, comme le montre le tableau ci-après.
Un projet de quartier durable ou d’écoquartier qui intègre des logements existants ou qui concerne un quartier existant doit prendre en compte les situations de précarité énergétique et viser à les éradiquer totalement. De la même manière, il reste difficilement concevable qu’un écoquartier soit conçu dans une ville qui compte encore des logements indignes ou insalubres ! Ce thème doit donc être abordé au sein de la stratégie de réhabilitation énergétique durable 37 .






Un réseau de chaleur bois dans un quartier de logements sociaux de Karlsruhe (bailleur social Volkswohnung) : la salle des machines et le silo pour les granulats de bois (ou pellets)

© Catherine Charlot-Valdieu
Enjeux n° 3 et 4 : Réduire les émissions de gaz à effet de serre et prendre en compte l’urgence écologique
Chaque Français a émis en moyenne 7,3 t de CO 2 en 2007 selon le bilan carbone établi par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). La moyenne mondiale acceptable (pour éviter une concentration en CO 2 telle que la hausse de la température serait supérieure à 2 °C d’ici à 2100) est de 1,8 t de CO 2 , ce qui rejoint l’idée du facteur 4.
Certains organismes comme la Dreif (Direction régionale de l’équipement en Île-de-France) souhaitent que ce niveau acceptable devienne la norme des écoquartiers, ce qui équivaut à 0,5 t de carbone par an et par habitant 38 . On peut considérer ce niveau comme un horizon dans la mesure où les modes de vie actuels, l’organisation de l’espace rendent cet objectif quasiment impossible à atteindre pour la plupart des Français.
Toutefois, l’urgence écologique mérite que cet indicateur soit envisagé comme une référence à atteindre.
Le CO 2 a une durée de vie dans l’atmosphère qui varie entre 100 et 200 ans. Autrement dit, une tonne de CO 2 agit pendant une période de temps importante et contribue durant toute cette période à accroître la concentration en CO 2 de l’atmosphère. Une tonne de CO 2 émise l’année 0 (avec une capacité radiative de 1) a encore une capacité radiative de 0,6 au bout de 20 ans, de 0,4 au bout de 70 ans et de 0,35 au bout de 150 ans.
Il est important d’agir le plus vite possible sur les émissions de CO 2 afin de limiter les émissions globales, tendre vers la limite de 1,8 t de CO 2 par an et par habitant et freiner l’augmentation de la concentration en CO 2 dans l’atmosphère 39 . Pour cela, dans un contexte de moyens de financement limités, il est nécessaire de privilégier les investissements réduisant au maximum les émissions de CO 2 .


L’écoquartier de Saint-Jean-des-Jardins à Chalon-sur-Saône 41
Maîtres d’ouvrage : SCIC Habitat Bourgogne-Champagne et BFCA Promotion
Architectes : atelier Dauber et agence Senechal-Chevallier
Cet écoquartier est intéressant dans la façon dont le projet a amélioré l’usage du réseau de chaleur de la ville. Le réseau de la ville a une longueur de 30 km et a une puissance de 198 MW ; il dessert 13 240 logements. Le projet d’écoquartier compte 200 logements sur 5 ha et a été raccordé au réseau, lequel a été complété par une chaufferie bois de 4,2 MW. Cette chaufferie est utilisée en base et consomme environ 6 500 t de bois (écorces, plaquettes) par an. La montée en puissance progressive de l’écoquartier, qui aura une superficie totale de 20 ha, ne pénalise pas le réseau de chaleur dans la mesure où la chaufferie bois tend à se substituer à des chaufferies anciennes fonctionnant au fioul ou au charbon.
La première tranche de ce quartier, baptisé au démarrage quartier HQE (haute qualité environnementale) – car il s’agissait de minimiser l’impact environnemental et la démarche HQE® était utilisée pour les bâtiments – et aujourd’hui écoquartier, comprend 200 logements sur 5 ha à la périphérie de la ville (sur 20 ha à urbaniser).
L’objectif était de faire revenir les habitants dans la ville qui souffrait d’un fort étalement urbain.
Voici les thèmes prioritaires du projet : une densité de 40 logements à l’hectare compensée par des espaces verts de qualité et le maintien des jardins familiaux préexistants ; les transports en commun (tous les logements sont à moins de 300 m d’un arrêt de transport en commun) et la mise en avant des déplacements doux ; la réduction de la place de la voiture ; une forme d’habitat dense et un bâti préservant l’environnement (brique monomur et RT 2000 – 10 %) ; la gestion de l’énergie (réduction des consommations en sensibilisant les habitants et pose de capteurs solaires) ; et la gestion de l’eau (récupération des eaux pluviales et toitures végétalisées).
Ce projet comprend 35 % de logements sociaux et est composé de plusieurs lots dont l’un a fait l’objet du soutien du Puca dans le cadre du programme VUD2.



Quartier Saint-Jean-des-Jardins de Chalon-sur-Saône
SCIC Habitat Bourgogne
Enjeu n° 5 : Contribuer aux enjeux économiques afin de réduire le déficit structurel de la balance commerciale française
Les importations de gaz et de pétrole alourdissent de façon non négligeable le déficit de la balance commerciale française qui tend à devenir structurel. En 2007, le solde de la balance commerciale était en déficit de 38,4 Mds€ et les importations d’énergie (nettes des exportations) se sont élevées à 44,8 Mds€. Hors énergie, la balance commerciale serait restée légèrement excédentaire de 6 Mds€. En 2008, la balance commerciale française a atteint un déficit record de 57,5 Mds€, l’énergie représentant à elle seule un déficit de 42 Mds€.
Le contenu en devises des énergies fossiles varie en fonction du prix d’achat. On peut retenir toutefois que les importations de gaz représentent 55 % du prix du gaz et que le pétrole brut importé représente 48 % du prix du fioul domestique avec un baril à 75 $. À ces données brutes (statistiques), nous pourrions ajouter les problèmes de la dépendance vis-à-vis de quelques producteurs d’énergie avec lesquels les rapports d’interdépendance et de coopération ne sont pas aisés, comme l’ont montré début 2009 les problèmes rencontrés par plusieurs pays de l’Union européenne pour leur approvisionnement en gaz depuis la Russie, du fait du conflit qui opposait l’Ukraine à la Russie.
Nous pouvons donc conclure que, pour l’écoquartier, il est important de : développer les énergies locales (généralement renouvelables) et d’économiser les énergies importées ; se préoccuper aussi de l’origine des équipements préconisés ou utilisés.
Développer les énergies locales et renouvelables
Tout projet de quartier durable ou d’écoquartier doit comporter, dans les études préalables, une étude sur l’approvisionnement énergétique, lequel peut être assuré par les énergies de réseau (gaz, électricité, réseau de chaleur préexistant) ou par des énergies renouvelables (solaire, bois-énergie, géothermie, éolien). Une étude sur les ressources disponibles et sur les modalités de fourniture des quartiers est indispensable.
La thermographie aérienne se développe en France. Elle vise le plus souvent à identifier les toitures mal isolées (comme à Dunkerque, Nice, etc.). Mais on peut aussi utiliser cette technique pour repérer les toitures-terrasses, les délaissés, les friches, etc., qui pourraient être utilisés pour installer des panneaux photovoltaïques. Ainsi, l’agglomération de Montpellier a repéré 150 ha disponibles, la ville de Reims 95 000 m 2 de toitures et de délaissés. La thermographie s’accompagne alors d’un travail plus fin pour distinguer : les structures selon qu’elles peuvent supporter ou non des panneaux photovoltaïques ; les ombres portées éventuellement ; ainsi que les délaissés (sauf s’il s’agit de terrains agricoles) et les terrasses.
Le photovoltaïque est sans doute appelé à se développer en France de façon importante avec les préconisations issues du Grenelle de l’Environnement. Ce développement peut aussi se faire dans les écoquartiers avec des associations d’habitants qui créeraient une Scic (société coopérative d’intérêt collectif) revendant l’électricité produite au réseau.
Les réseaux de chaleur : les pays allemands et du nord de l’Europe 40 les privilégient dans leurs projets car ils présentent de nombreux avantages en termes d’efficacité énergétique, de flexibilité (changement de source d’énergie) et de coûts (les investissements sont supportés par un exploitant), etc., à condition que : la courbe de charge soit optimisée ; la densité de construction élevée ; le contrat de gestion bien étudié ; les délais de construction ne pénalisent pas les premières installations.
Ces quatre conditions sont souvent mal remplies en France, rendant le réseau de chaleur peu attractif. Les deux premières conditions dépendent du projet d’aménagement, de la densité d’habitation et de la présence d’équipements publics pouvant moduler la demande. La troisième condition relève du partenariat entre les différents acteurs (aménageur, gestionnaire de réseau, ville, promoteurs et constructeurs) et du partage des risques et des gains. La quatrième condition est un réel obstacle au développement ex nihilo de réseau dès lors qu’il n’y a pas une demande d’énergie importante dès le début de l’aménagement (à travers un équipement public par exemple).


Étude d’approvisionnement et d’optimisation du programme énergétique d’un écoquartier
Cette étude doit comporter les phases suivantes. Analyse de la demande d’énergie potentielle en respectant les réglementations en vigueur et détermination de la puissance appelée et de la courbe de charge. Analyse opérationnelle des ressources disponibles : énergies locales et renouvelables : bois énergie, biomasse, solaire, éolien, géothermie, énergie issue de la valorisation des déchets (ordures ménagères, boues des stations d’épuration, etc.), microhydraulique, etc. : évaluation du gisement disponible et des filières existantes ou pouvant être développées ; analyse des opportunités de demande ; estimation des besoins en investissement (montage des filières et approvisionnement) ; estimation des coûts d’exploitation future : détermination d’un coût en €/MWh livré selon les différentes filières retenues, à partir de scénarios d’offres. Analyse des énergies de réseau : gaz, électricité, réseau de chaleur : analyse de la capacité des réseaux et des besoins d’extension et de renouvellement ; estimation des besoins en investissement ; estimation du coût du MWh livré selon les différentes sources. Analyse des constructions neuves : évaluation du surcoût d’investissement relatif à la mise en œuvre d’objectifs de performance énergétique ambitieux (labels Bâtiment basse consommation, Maison passive, Bâtiment à énergie positive 47 , etc.) ; évaluation du coût du MWh évité selon les différents scénarios. Analyse des bâtiments existants sur l’écoquartier : évaluation du surcoût d’investissement relatif à la mise en œuvre de différents objectifs de performance énergétique : réhabilitation énergétique minimale, objectif < 150 kWh/m 2 (Grenelle), objectif 80 kWh/m 2 (Plan climat Paris) ou 110 kWh/m 2 , optimisation énergétique 48 , etc.) ; évaluation du coût du MWh évité selon les différents scénarios. Intégration du coût de la tonne de carbone évitée dans les différents scénarios des phases 2 à 5. Comparaison des coûts des MWh livrés – énergie de réseau/énergies locales et renouvelables afin de définir des répartitions optimales. Comparaison des coûts MWh livrés – MWh évités afin de définir un optimum de consommation. Celui-ci peut s’illustrer avec le schéma ci-après.

Analyse en coût global et comparaison du coût du MWh livré ou évité en fonction de la consommation de référence du logement Sur le graphique : dans ce cas, l’optimum est à 40 kWh/m 2 .an avec le recours à une énergie renouvelable moins chère que la solution gaz. La comparaison de différents scénarios de prix, de modalités de financements et de solutions techniques doit permettre de trouver un optimum économique. La solution proposée peut ensuite être confrontée avec les autres contraintes du projet : financement, objectifs politiques particuliers, etc.
Les écoquartiers doivent-ils être autonomes d’un point de vue énergétique ?
Avec le débat sur les bâtiments à énergie positive, nous sommes effectivement en droit de nous poser la question. Plusieurs agglomérations s’interrogent elles aussi et envisagent la création de futurs écoquartiers autonomes : un projet de 400 logements à Alès, actuellement en réflexion et lauréat du concours Europan, le projet du quartier du lycée Camille Claudel de l’agglomération du plateau de Saclay, le projet d’écoquartier de l’Île-Saint-Denis, qui envisage que 30 % des constructions nouvelles auront une consommation zéro énergie et 20 % seront à énergie positive, etc.
À l’étranger, des écoquartiers produisent de l’énergie à partir d’énergie solaire, d’éoliennes, etc., complétées généralement par des unités de cogénération gaz. Le besoin en énergie achetée à l’extérieur est aussi limité par l’importance des investissements d’efficacité énergétique (isolation performante).
Mais la question de l’autonomie énergétique ne s’envisage qu’une fois posée la question des ressources énergétiques locales, voire régionales, disponibles. Il faut en effet envisager l’autonomie dans un sens large d’approvisionnement sécurisé et local et non au sens étroit d’une production au moins égale à la consommation locale, qui s’apparente davantage à l’autarcie. Ainsi, Alès envisage d’utiliser le bois des forêts cévenoles, l’Établissement public d’aménagement (EPA) Plaine de France souhaite utiliser dans le projet d’écoquartier de Louvres-Puiseux la biomasse provenant des déchets agricoles voisins, etc.
Toutes ces réflexions montrent qu’il est indispensable de lancer des études d’approvisionnement et d’optimisation énergétique avant de réaliser un écoquartier, et ce afin de valoriser au mieux les ressources locales, énergétiques ou financières 42 .

Un exemple de contrat d’intéressement incitant aux économies d’énergie
Le contrat de performance des installations thermiques des bâtiments municipaux de la ville de Dijon concerne trois cent soixante-dix installations et 950 000 m 2 de bâtiments.
Le contrat stipule une consommation annuelle forfaitaire fixée par bâtiment. L’exploitant assume les dépassements. Quant aux économies, elles sont partagées entre la ville pour deux tiers et l’exploitant pour un tiers. Ces économies sont réinjectées dans la rénovation ou le remplacement des installations 49 .
Comment traiter l’énergie dans un écoquartier ?
Une étude d’approvisionnement énergétique permet de déterminer comment traiter l’énergie dans un projet de quartier durable. Celle-ci doit contribuer à rationaliser les choix en essayant d’anticiper les évolutions des techniques et des prix. C’est pourquoi nous proposons une démarche qui vise d’abord à réduire les besoins énergétiques des bâtiments pour l’ensemble des usages : chauffage et auxiliaires, eau chaude sanitaire, ventilation, électricité (éclairage et appareils spécifiques) et éventuellement cuisson. En effet, réduire les besoins énergétiques met les consommateurs à l’abri de toute hausse du prix de l’énergie, voire de problèmes d’approvisionnement.
La réduction des besoins se fera notamment en recourant à des systèmes constructifs bien adaptés et en utilisant au mieux les apports solaires (rappelons que nous recevons chaque année 1 000 kWh/m 2 d’énergie solaire !). La satisfaction des besoins énergétiques pourra se faire ensuite en comparant le coût des énergies locales et renouvelables (bois, géothermie, solaire, etc.) avec celui des énergies fossiles (gaz, fioul, GPL) et de l’électricité (voir l’exemple page suivante).
Il s’agit ensuite de se poser les deux questions suivantes. Quelle énergie retenir pour le chauffage des bâtiments et l’eau chaude sanitaire ?
Les énergies fossiles émettent des gaz à effet de serre et l’intérêt général devrait pousser les décideurs à donner une valeur à la tonne de carbone émis 43 et à en tenir compte dans le choix des techniques énergétiques.
Ces mêmes énergies fossiles sont importées et contribuent largement aux problèmes de la balance commerciale française. Dans les années 1980, les pouvoirs publics préconisaient de donner un coût spécifique à la devise qui représentait 15 à 20 % de la valeur de la devise. On pourrait aussi intégrer ce coût d’intérêt général dans le calcul des choix énergétiques.
Quant à l’électricité, elle est produite en grande partie par l’énergie nucléaire, peu émettrice de gaz à effet de serre. Les associations écologistes insistent sur les problèmes de sécurité des centrales et de gestion des déchets. Pour le chauffage, l’électricité est aussi source d’émissions de gaz à effet de serre avec une moyenne de 180 g CO 2 /kWh, soit à peine moins que le gaz (234 g CO 2 /kWh).
L’énergie la plus propre est celle que l’on ne consomme pas 44 , c’est aussi la plus durable, en réduisant les risques aussi bien pour la planète que pour les consommateurs (évolution de la facture). Cet objectif demande cependant des technologies et des compétences techniques qui sont encore aujourd’hui trop chères et parfois trop incertaines, d’où le compromis qui est proposé dans cette analyse. Quelle modalité pour le marché d’exploitation ?
La façon dont les chaufferies sont gérées est très importante dès lors que le projet d’écoquartier a pour objectif de réduire les consommations et les dépenses d’énergie. Les marchés d’exploitations d’installations énergétiques (chaufferie, réseau) sont de cinq types : la prestation forfait : pas de prestation approvisionnement en énergie ; le marché forfait : prix forfaitaire ; le marché température : prix forfaitaire ajusté selon la température extérieure ; le marché comptage : prix unitaire, à l’unité d’énergie utile consommée par le client ; le marché combustible prestation : prix unitaire, à l’unité d’énergie finale consommée pour le fonctionnement de l’installation.
Le marché comptage est celui qui est le plus favorable à l’efficacité énergétique globale des contrats 45 . Ces marchés peuvent inclure des clauses d’intéressement qui visent à partager les économies d’énergie réalisées entre le client et le prestataire. Un des outils en cours de développement et devant favoriser l’efficacité énergétique est le contrat de performance énergétique (CPE) qui est basé sur un mécanisme de valorisation des économies d’énergie générées 46 .
En cas de contractualisation avec un gestionnaire de chaufferie ou en cas de délégation de service public, le contrat passé doit inciter le client (propriétaire ou occupant des bâtiments) et le gestionnaire de la chaufferie à améliorer l’efficacité énergétique globale.

Analyse du bilan énergétique de la résidence Victor Ruffy à Lausanne
Analyse du bilan énergétique de la construction de 64 logements à Lausanne, résidence Victor Ruffy intégrant le contenu énergétique des matériaux de construction (énergies grises), la consommation d’énergie des logements pour le chauffage, l’eau chaude sanitaire et l’électricité.
Le bâtiment, construit avec le label Minergie-Éco®, réduit le besoin énergétique de 52 %. Le choix des matériaux réduit de 26 % le besoin en énergies grises (bois et laine minérale au lieu de béton et polyuréthane).

Victor Ruffy, 64 logements Minergie-Éco® Consommation d’énergie primaire en MJ/m 2 .an 56
© Ville de Lausanne, Smeo


Panneau signalétique et rue du quartier Rieselfeld à Fribourg (Allemagne)
© Philippe Outrequin


Parking en silo à l’entrée du quartier Vauban à Fribourg sur le toit duquel sont posés des panneaux photovoltaïques
© Catherine Charlot-Valdieu





Privilégier les places de stationnement en sous-sol : l’exemple du quartier Rieselfeld à Fribourg

© Catherine Charlot-Valdieu

La place des transports en commun dans quelques villes européennes
Selon une étude 62 de 2003, les agglomérations françaises disposent en moyenne d’un service de transports publics qui représente 18 % des déplacements mécanisés. Cette part est inférieure à la moyenne d’Europe occidentale, où la mobilité est assurée à 25 % par les transports collectifs. La voiture particulière n’y représente en moyenne que 68 % contre 80 % en France. Des situations très contrastées coexistent évidemment. Des villes comme Madrid, Vienne, Barcelone, Munich sont plus orientées sur les transports collectifs que les autres. Les villes françaises font partie du groupe où l’automobile reste le mode largement dominant. La place des modes mécanisés mais non motorisés est elle aussi très contrastée et n’est pas la conséquence directe du résultat de l’arbitrage transports collectifs/automobile.

Tramway de Fribourg desservant le quartier Rieselfeld
© Ville de Rennes

Val de Rennes
© Ville de Rennes
Évaluer l’impact des choix constructifs sur l’énergie
Trois éléments importants liés à la programmation d’un écoquartier contribuent à réduire les besoins en énergie des bâtiments et participent de la même façon à la programmation d’un écoquartier : l’orientation, la compacité des bâtiments et la contiguïté des constructions.
L’orientation
L’orientation peut amener des différences de
consommation d’énergie de 15 à 20 % et une bonne orientation permet la construction de bâtiments bioclimatiques ou passifs 50 .
À l’orientation, s’ajoute l’analyse des conditions microclimatiques telles que le vent, les courants d’air, les prospects d’ombres. La végétation (haies, arbres) peut être une protection contre le vent ou la pluie et être aussi une protection contre le soleil (des arbres à feuilles caduques peuvent protéger du soleil l’été et laisser passer les rayons du soleil l’hiver).
Ces méthodes de simulation permettent d’analyser les conditions d’ensoleillement et les potentiels d’apports solaires.
La compacité des bâtiments
Un rapport surface des parois/volume habitable élevé tend à augmenter les déperditions thermiques du bâtiment et la consommation d’énergie. Miser sur la compacité des bâtiments et l’efficacité énergétique fait courir le risque, selon certains architectes, de construire uniquement des cubes peu inventifs ou attractifs. Certes, de nombreux bâtiments d’écoquartiers du nord de l’Europe sont des cubes. Mais ces cubes s’intègrent les uns aux autres avec des formes finalement assez différentes et innovantes. C’est en fait l’architecture envisagée comme une œuvre isolée et indépendante de son contexte qui est en cause : l’architecture doit être dorénavant envisagée dans le cadre d’une vision d’ensemble ; ce n’est plus la performance individuelle mais la performance d’ensemble qui doit être recherchée. Les exemples d’écoquartiers présentés dans cet ouvrage (Bo01 à Malmö, par exemple) nous paraissent extrêmement intéressants du point de vue des concepts architecturaux mis en œuvre globalement, même si les formes de chacun des bâtiments évoquent un ensemble compact (voir photos au chapitre Une architecture cohérente et adaptée au contexte, p. 97).
La compacité peut avoir des effets pervers que l’architecte doit prendre en compte 51 : un ensoleillement et des vues offertes aléatoires ; un éclairement mal réparti ; une aération imparfaite ;
et cela demande un compromis entre le choix d’une géométrie minimale et/ou d’une satisfaction optimale des besoins intérieurs.




Impact de la compacité sur les déperditions thermiques par les façades
Les constructions contiguës
Le troisième élément vise à favoriser les constructions contiguës et à éviter le « concept » de la maison ou de l’immeuble entouré de son jardin. Il s’agit d’aller à contre-courant de la demande de nombreux Français, en accroissant la densité et en réduisant l’espace privé ; il est souvent plus judicieux de construire des maisons en bande, ce qui ne veut pas dire qu’elles doivent être toutes pareilles. En réduisant l’espace privé, l’espace public augmente en volume comme en qualité et devient un lieu de convivialité pour les habitants du quartier.
Faut-il prendre en compte les énergies grises ? Les choix constructifs vont aussi avoir un impact indirect sur les consommations d’énergie à travers les énergies grises 52 . Les énergies grises représentent un enjeu important uniquement dès lors que les logements ne consomment que 50 kWh/m 2 , comme cela est le cas aujourd’hui dans la construction neuve en Suisse, au Danemark, en Autriche ou en Allemagne par exemple (les énergies grises représentent 30 % des consommations d’énergie directes 53 d’un bâtiment basse consommation et 100 % des consommations d’énergie directes d’une maison passive). Il est alors logique de prendre en compte les énergies grises ; comme cela est fait dans la méthode Smeo (sol, matériaux, énergie, eau) d’évaluation des projets de bâtiments mise au point par la ville de Lausanne 54 .
Cependant en France, les logements neufs consomment en moyenne pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire 100 à 130 kWh/m 2 .an et les logements existants en moyenne entre 240 et 320 kWh/m 2 .an, soit (cumulé sur une durée de vie de soixante ans), 6 à 7,8 MWh/m 2 pour les logements neufs et 14,4 à 19,2 MWh/m 2 pour les logements existants.
Selon différentes études 55 , une HLM des années 1960 a nécessité pour sa construction l’équivalent de 860 kWh/m 2 , et demande 10,1 kWh/m 2 .an pour son entretien et ses réparations. Cela représente sur soixante ans 1,5 MWh/m 2 , soit 10 % de l’énergie consommée par le bâtiment sur la période. De même, une construction neuve réclame aujourd’hui entre 800 et 1 100 kWh/m 2 SHAB (surface habitable), ce qui représente environ 15 % de l’énergie annuelle consommée si le logement respecte la RT 2005 (autrement dit environ dix ans de consommation).
Cela dit, avec l’évolution des normes de consommation dans le logement neuf, il est de plus en plus pertinent de s’interroger sur l’impact énergétique du choix entre les différents matériaux, la consommation d’énergie pour leur élaboration variant énormément comme le montre le tableau ci-après (page 34).

Ces informations varient sensiblement selon les conditions et modes de transport, le lieu de la construction, les différents modes de productions possibles et doivent donc être considérées avec précaution. Ce type d’analyse énergétique concerne les bâtiments ainsi que les travaux publics. Pour un écoquartier, on pourra s’interroger sur l’origine de certains matériaux de construction, sur l’optimisation des itinéraires des véhicules de chantier, sur le choix de certaines techniques pour les voiries notamment 57 .
Améliorer l’efficacité énergétique des déplacements
Les déplacements représentent un enjeu global pour l’énergie et l’effet de serre, à travers les consommations de carburants. Ils représentent aussi un enjeu local important du fait de la consommation d’énergie pour la voirie et le stationnement, les pollutions locales, le coût des déplacements pour les usagers et aussi le temps passé (et souvent perdu) dans les transports. L’objectif général des écoquartiers sera de réduire la place de la voiture. Pour cela, il y a de nombreuses options qui peuvent être étudiées et développées.
La gestion de l’espace
Les voiries dédiées à la circulation occupent en général 70 % de l’espace public au détriment des autres usages : marche à pied, vélo ainsi que lieux de promenade, de loisir, de repos, etc.
L’écoquartier devra réduire autant que possible la surface dédiée à la voirie et au stationnement, pour lequel les projets d’écoquartiers chercheront à sortir de l’espace visible en favorisant les parkings souterrains et les parkings en silo et, à défaut, en créant des parkings paysagés en surface (par exemple un arbre par voiture, lequel arbre peut avoir des capacités d’absorption de la pollution émise : outre l’absorption et le rejet d’oxygène, certains arbres captent sur leurs feuilles une partie des poussières et des fines particules en suspension, tels le chêne à gros fruits, le noyer cendré, l’ostryer de Virginie et le sumac vinaigrier 58 ). Faut-il limiter les places de stationnement par logement ou par activité 59 ?
La règle est, dans l’habitat, de 1 parking/logement pouvant aller de 0,8 à 2 places par logement et, pour les bâtiments d’activité, d’au minimum 1 place de stationnement pour 100 m 2 de SHON 60 . Il s’agit de normes planchers qui conduisent à définir un nombre minimal de places de stationnement à prévoir dans le cas de nouvelles constructions (règles initialement mises en place pour éviter le stationnement des automobiles sur la voie publique). Les villes tendent à relâcher cette contrainte vis-à-vis des promoteurs : on établit alors un nouveau plancher, par exemple une place pour 150 m 2 de SHON. Mais en pratique, la concurrence entre les promoteurs (et les villes) les amène à construire davantage de parkings que la réglementation ne l’exige, par exemple une place pour 45 m 2 de SHON. Le stationnement comme facteur d’accessibilité est devenu un critère de choix pour la localisation d’entreprises.
Le passage à une norme plafond (1 place au maximum pour 100 m 2 de SHON 61 ) est évidemment beaucoup plus contraignant et peut être un outil efficace pour diminuer le nombre de déplacements pendulaires. La ville de Grenoble en est venue à définir une telle norme. Mais cela oblige à fournir des services de transports collectifs efficaces et nombreux, adaptés à la demande, afin de ne pas pénaliser le développement économique de la ville, en concurrence avec ses voisines. Inversement, si les habitants n’utilisent plus leur voiture pour aller travailler, il faut aussi qu’elle soit garée dans des endroits sécurisés et peu consommateurs d’espace tels que les parkings souterrains et les silos.
La ville des courtes distances
L’écoquartier doit favoriser les alternatives à la voiture, par les transports en commun et par les modes de déplacements de proximité dans les quartiers : itinéraires continus pour les circulations douces (réseaux cyclables et cheminements piétons) nécessaires pour assurer la perméabilité des quartiers. Une urbanisation « en poches étanches » des quartiers doit être évitée car elle s’oppose à la continuité des circulations douces mais également à la desserte par les transports collectifs, à la livraison des marchandises et au passage des services de sécurité. Cette trame de circulation douce se construit à partir des voiries mais aussi par des traversées au cœur des îlots urbains ou en s’appuyant sur des éléments naturels à valoriser (espace boisé, berges, coupures et coulées vertes).
L’écoquartier doit avoir un accès aisé aux équipements, aux services et aux zones d’emplois, grâce aux transports en commun, et donc se situer à une distance limitée des arrêts d’une ligne majeure ou structurante de transports en commun (tramway, métro ou ligne de bus structurante) (voir exemple page suivante). La distance de tous les logements d’un écoquartier à un arrêt d’une ligne majeure de transports en commun doit être inférieure à 500 m pour toutes les nouvelles ZAC de Rennes et de 700 m pour les nouveaux écoquartiers de Lille. En règle générale, le temps d’accès à ces lignes de transport est inférieur à dix minutes.
L’espace peut même s’organiser autour de ces arrêts de transports en commun majeurs. Ceux-ci peuvent constituer des pôles d’échanges entre différents modes de transport et devenir aussi des cœurs de quartier (transformation des gares par exemple).
Le projet de quartier peut aussi être l’occasion de créer de nouvelles offres alternatives de transport (taxi, bus, navettes, vélos en libre-service, services de transports en commun individualisés pour les personnes âgées, covoiturage, autopartage, etc.). La véritable alternative visant à réduire les besoins de déplacements est la proximité de commerces, d’équipements (écoles, gymnase, etc.) et de services à la personne (guichet de poste, distributeur CB, médecins, etc.) vers lesquels les habitants peuvent se rendre à pied ou à vélo, sur des cheminements sécurisés. La mixité fonctionnelle est une obligation forte des écoquartiers. Il ne s’agit pas pour autant de mettre des commerces et des équipements dans tous les écoquartiers mais bien de s’interroger sur la proximité d’un certain nombre d’équipements et sur la capacité des habitants de s’y rendre ou non à pied.
Un autre aspect est la réduction des besoins de déplacements pendulaires domicile/travail avec des voitures individuelles, le taux de remplissage étant de l’ordre de 0,33 passager par voiture. Un projet d’écoquartier peut-il contribuer à augmenter ce pourcentage ? Par exemple, en organisant localement le transport des enfants vers le collège (sachant que l’objectif est de pouvoir se rendre prioritairement dans les écoles à pied), en favorisant le covoiturage pour les personnes travaillant dans la même entreprise ou dans la même zone d’activité (à condition que les personnes aient des horaires relativement stables, etc.).
Une autre possibilité est le télétravail, non pas le travail à la maison mais le travail effectué dans un centre de télétravail de proximité qui permet de mutualiser matériel et économies d’énergie (pour les déplacements) et surtout de conserver une socialisation, voire des relations d’entraide 63 . Le vélo est-il un moyen de déplacement d’avenir 64 ?
Depuis 2007, quelques dizaines de villes ont mis en œuvre des systèmes de vélos en libre-service (VLS). Ces systèmes visent à renforcer le poids du vélo dans les déplacements quotidiens, poids actuellement très faible en France (de l’ordre de 1 à 2 %). Les habitants seront d’autant plus enclins à utiliser le vélo comme moyen de transport s’il y en a beaucoup sur les voiries et si la sécurité y est élevée. Le développement du vélo par la seule initiative des habitants ne s’avère pas suffisant et un parc important de VLS est indispensable pour lancer l’utilisation du vélo. Les systèmes VLS exigent simultanément un effet de masse et un effet de structure.
L’effet de masse se caractérise par des densités de stations importantes (de 10 à 20 par km 2 ), un nombre suffisant de vélos permettant une présence importante sur les voiries (au moins 2 000 pour une ville comme Lille) et des implantations dans les zones multifonctionnelles favorisant la rotation des vélos.
L’effet de structure ou d’organisation exige une qualité des systèmes d’exploitation et de maintenance, une complémentarité avec les transports publics en termes d’implantation (exemple de la gare de Savigny-le-Temple) et de tarif. Il est aussi nécessaire d’intégrer les VLS dans une politique cyclable ambitieuse et dans une politique de déplacements globale et cohérente (plan de circulations douces ou schéma directeur des aménagements cyclables sur l’ensemble de la ville, qui permet de relier dans de bonnes conditions de sécurité les principaux équipements : collèges, lycées, gares, équipements culturel, sportif ou social).
Le développement du vélo exige aussi des actions en faveur des vélos particuliers, et notamment de fournir des places de stationnement et des arceaux en nombre suffisant, un effet induit étant aussi le développement de petites entreprises de réparation de cycles.
Le Certu (Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques) préconise des programmes de construction avec 1 m 2 d’espace dédié au vélo par logement ou pour 50 m 2 de bureaux, 30 à 60 m 2 de places réservées pour 100 élèves en collèges ou lycées, 1 place de stationnement vélo pour 3 visiteurs en période de pointe pour les piscines, 1 place pour 5 places assises de cinéma, 2 places pour 100 m 2 de surface commerciale, 5 à 10 places tous les 50 m à 100 m en zone piétonne, 1 place pour 20 à 30 personnes accueillies en équipements sportif, culturel ou social.
Certaines villes préconisent 1,5 m 2 de stationnement vélo sécurisé par logement dans les immeubles (1,4 m 2 à Bedzed). À Lorient, l’espace vélo doit représenter 2 % de la SHON des logements et des bureaux et 4 % de la SHON des établissements scolaires 65 .
Les écoquartiers doivent s’intégrer dans la politique vélo de la commune et, faute d’une telle politique, anticiper cette évolution qui, rappelons-le, est une alternative non polluante et non bruyante à une part importante des déplacements effectués aujourd’hui en voiture (en Île-de-France, par exemple, 57 % des déplacements en voiture font moins de 15 minutes). ils doivent aussi s’insérer dans les plans de circulations douces en évitant les ruptures de charge et en essayant de contourner ou de faire modifier les points particulièrement dangereux. Cependant, comme la voiture, le système est coûteux (maintenance du système, réparation des vélos, aménagements, remplacements, vol, vandalisme). Le VLS coûte en moyenne 700 € par an et par vélo (et plus de 2 000 € à Paris et Lyon), soit de 0,25 à 0,50 € le déplacement, ce qui est cependant très compétitif par rapport à la voiture ou aux transports en commun. Seuls 20 à 25 % de cette somme sont payés par l’usager et le reste est souvent couvert par la publicité (voir les indications proposées ci-contre).







Vélos en libre-service (Rennes)

© ville de Rennes

Exemples d’indicateurs proposés pour un écoquartier Tous les logements doivent se situer à moins de 500 m (Rennes) ou 700 m (Lille) d’un arrêt majeur de transports en commun. Présence d’une école maternelle et primaire à proximité des logements (à moins de 500 m). Présence d’au moins trois commerces de proximité à moins de 500 m. Voirie dédiée aux deux-roues (pistes ou bandes cyclables) (exemples : 1,6 m/habitant à Strasbourg en 2005, 60 cm à Rennes, 50 cm à Orléans en 2008, 12 cm comme à Lyon en 2000). Espaces à vélos dans les immeubles collectifs : 1 m 2 par logement (= un vélo par logement) comme dans la charte des écoquartiers de Lille ou 1,42 m 2 comme à Bedzed. Présence d’arceaux et d’aires de stationnement pour les deux-roues (620 emplacements pour vélos à Orléans en 2008). Sur des zones plus vastes (de la ZAC de quelques hectares au territoire de la commune) le taux d’emploi (emplois/actifs résidants) doit se rapprocher de 1.
Traiter l’éclairage public et le mobilier urbain
L’éclairage public
L’éclairage public constitue un enjeu important pour les collectivités combinant des objectifs d’efficacité énergétique, de sécurité, de qualité visuelle (illumination), de réduction des coûts et de réduction de la pollution lumineuse. Ainsi la consommation d’électricité pour l’éclairage public est de l’ordre de 5,5 TWh (milliards de kWh) par an, soit 91 kWh par an et par habitant (elle n’était que de 70 kWh/an et par habitant en 1990).
Le niveau d’éclairement des voiries et des espaces publics est un élément important. Il varie en fonction des objectifs de la ville et prend en compte la présence ou non de personnes : on observe des niveaux d’éclairement très différents selon les villes. Ainsi, à Hanovre, il est en moyenne de 15 lux, et à Berlin 30 % des voies ont un niveau d’éclairement inférieur à 10 lux. En France, ces niveaux sont plus élevés ; ainsi à Rueil-Malmaison, toutes les voies ont un éclairement compris entre 20 et 80 lux. Dans les lotissements, l’AFE (Association française de l’éclairage) 66 recommande un éclairement moyen maximum de 15 lux sur la ou les voie(s) principale(s), et de 10 lux sur les voies secondaires et les impasses. L’ANPCEN (Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes) préconise un éclairement moyen à maintenir de 10 lux, sachant que l’on peut lire sans difficulté sous un éclairage de ce niveau. À noter qu’en Allemagne, le syndicat allemand de l’éclairage 67 recommande, pour des quartiers résidentiels ou à trafic réduit, des niveaux d’éclairement ne dépassant jamais 10 lux (exemples : voie uniquement utilisée par les résidants : 3 lux ; voie traversant un lotissement : 7 lux ; zone pédestre : 5 lux). De fait, pour l’écoquartier, on pourrait s’inspirer des pratiques allemandes (consommation de 43 kWh par an et par habitant) et diviser les valeurs proposées par l’AFE par deux. Indicateurs d’éclairement proposés : voies principales : 10 lux et voies secondaires : 5 lux.
L’extinction nocturne est également à envisager au-delà de minuit (tout en n’oubliant pas les aspects liés à la sécurité), en particulier l’illumination des bâtiments publics ou historiques. Par exemple, la commune de Bouray-sur-Juine dans l’Essonne a divisé par deux sa facture d’électricité pour l’éclairage public grâce à l’extinction des lumières à partir de minuit (source : ANPCEN, association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes). La nature des lampes est à optimiser, en privilégiant les lampes basse consommation (lampes à sodium, lampes à décharge, LED 68 ). Cependant, le coût actuel d’une LED de 45 W remplaçant une ampoule à vapeur de mercure de 500 W est de l’ordre de 220 € (voir encadré page suivante).
La gestion de l’éclairage public repose également sur l’installation d’appareils de régulation et de réduction de tension (jusqu’à 40 % d’économies). Ces appareils garantissent que la tension arrivant aux lampes sera toujours dans la fourchette nominale prévue, ce qui permet d’obtenir des niveaux d’éclairages optimaux. L’horloge astronomique est un système qui permet de programmer les temps d’allumage, et ce système est préférable à celui des interrupteurs crépusculaires qui mesurent la quantité de lumière naturelle environnante et déclenchent l’éclairage à partir d’un seuil assigné. Ce dernier système pose des problèmes de fiabilité : en effet, en cas d’intempéries entraînant une baisse de luminosité ou en fonction de l’environnement immédiat des installations (surface sombre par exemple), les capteurs déclenchent parfois l’éclairage en pleine journée. Enfin, les ballasts électroniques permettent une bonne régulation des variations du réseau, une bonne maîtrise des surtensions et une meilleure efficacité énergétique, de l’ordre de 10 %.
Par ailleurs, afin d’éviter la pollution lumineuse, les luminaires doivent être munis de réflecteurs full cut-off , n’émettant pas de lumière au-dessus de l’horizontale (dans les lampadaires boule, par exemple, 35 % de la lumière produite est perdue, absorbée dans la sphère opale et 50 % de la lumière émise éclaire les étoiles 69 ).
Le mobilier urbain et la signalétique
Le mobilier urbain et la signalétique sont de plus en plus pourvus de lampes basse consommation. Par exemple, l’abribus Cirrus à Aix-en-Provence intègre un système d’éclairage à base de LED (12 W) en lieu et place des tubes fluorescents (36 W).
Les énergies renouvelables ont aussi un rôle à jouer. Les panneaux photovoltaïques sont de plus en plus utilisés et des systèmes fonctionnant à l’énergie éolienne apparaissent aussi : un prototype de lampadaire éolien 100 % énergie renouvelable a été installé à Issy-les-Moulineaux 70 . À Rennes, un objectif de 100 % en énergies renouvelables pour la signalétique et 66 % pour le mobilier urbain des nouvelles ZAC a été défini, une part de cette fourniture étant cependant assurée par un contrat d’électricité verte passé entre la ville et le distributeur 71 .
Ces différents éléments montrent que l’éclairage public est un enjeu important de développement durable de l’écoquartier et que les choix opérés doivent être reproductibles à l’échelle de la ville à plus ou moins court terme.

Les LED
D’ores et déjà, les LED sont en expérimentation à Darmstadt, en Allemagne sur un quartier résidentiel et cette technique pourrait se développer massivement d’ici cinq à dix ans 73 . À Issy-les-Moulineaux, les panneaux de signalisation clignotants sont déjà équipés de LED et fonctionnent à l’énergie solaire. Les ronds-points de la ville et le cimetière utilisent aussi un éclairage LED 74 . Plusieurs fabricants proposent des LED pour l’éclairage public. Une ampoule LED de 30 W remplace une ampoule haute pression sodium de 90 W, remplaçant elle-même l’ampoule à vapeur de mercure de 250 W.
La neutralité carbone et les bilans carbone L’objectif « zéro énergie fossile » est-il une nécessité ou une mode ?
Plusieurs projets d’écoquartier se donnent comme objectif le « zéro énergie fossile ». Mais est-ce un effet de mode ou une réelle réponse à donner à l’urgence écologique (laquelle n’est pas contestée) (voir encadré sur Bedzed page suivante) ? La neutralité carbone
La neutralité carbone est un concept un peu différent de celui du zéro carbone dans la mesure où il est demandé une compensation aux émissions de carbone liées à un projet – compensation qui vise à absorber le carbone à travers la plantation d’arbres (puits de carbone), des mesures de réduction d’émissions existantes ou des mesures de stockage du carbone (utilisation du bois d’œuvre notamment). Les Plans climats territoriaux inscrits dans le Grenelle de l’Environnement adoptent le principe de neutralité carbone qui avait déjà été évoqué par le gouvernement lors des contrats de plan État/Région de 2006. Même si cette neutralité carbone ne peut être considérée comme un but en soi, poser cette problématique permet de réfléchir très concrètement à la réduction des gaspillages énergétiques 72 et des émissions de gaz à effet de serre. Quel type de bilan carbone faut-il effectuer ?
Pour un écoquartier, réaliser un bilan carbone peut se révéler utile s’il sert à évaluer les impacts sur les émissions de gaz à effet de serre du projet. L’intérêt de ce bilan est pédagogique et cela permet de relativiser le poids des différents éléments qui contribuent à l’effet de serre. Un bilan carbone recense le contenu en carbone de l’ensemble des activités d’un territoire avec plusieurs niveaux d’analyse possible : évaluation des consommations d’énergie de l’écoquartier et des émissions qui y sont directement associées : consommation d’énergie des bâtiments, de l’éclairage public et du mobilier urbain ; consommation d’énergie des déplacements des habitants, voire des usagers permanents de l’écoquartier ; consommations d’énergie relatives aux livraisons de marchandises ; consommations d’énergie liées aux activités industrielles ou agricoles. Ce sont les consommations d’énergie directes ; évaluation des consommations d’énergie qui sont nécessaires pour la construction des bâtiments et des espaces publics du quartier, incluant les quantités d’énergie qu’il a fallu dépenser pour la fabrication des matériaux de construction et les équipements. Ce sont les consommations d’énergie indirectes, qui renvoient à l’analyse du cycle de vie des matériaux et à la proximité des ressources nécessaires (consommation d’énergie des transports) ; évaluation des quantités d’énergie qu’il a fallu consommer pour produire, transporter et distribuer les produits (consommables ou équipements) des habitants et usagers du quartier (alimentation, habillement, etc.) : ce sont les consommations d’énergie induites par le mode de vie des personnes.
Le niveau d’incertitude sur les données croît selon que l’on s’intéresse aux consommations d’énergie directes, indirectes ou induites. Les consommations directes doivent être analysées et représentent un indicateur indiscutable de l’écoquartier. Les consommations d’énergie indirectes nous interrogent sur les modes de production des équipements et des matériaux, et de leur proximité. Les consommations induites nous interrogent, elles, sur les modes de vie et surtout sur les modes de consommation et de production – sujet important qu’il est difficile d’appréhender à l’échelle d’un petit territoire, tels un quartier ou une commune. L’analyse des consommations d’énergie indirectes doit aussi conduire à une réflexion sur l’origine des équipements utilisés : on critique plus facilement le yoghourt dont les composants ont fait 5 000 km avant d’arriver sur notre table que le triple vitrage danois ou la lampe basse consommation chinoise. Si le choix doit se porter sur des briques à isolation répartie ou sur des isolants thermiques performants, il est aussi important qu’ils soient fabriqués à moins de 100 ou 200 km, ce qui pose de vraies questions de choix de filières, bien adaptées à l’échelle de la commune ou de l’écoquartier. Vivre dans une société de libre circulation des marchandises est le credo des politiques européennes mais a des limites que les projets d’écoquartiers doivent mettre en exergue. Quels sont les choix de consommation qui favorisent des modes de production durables ?
Cette question, qui relève de la responsabilité sociale, est posée à chacun d’entre nous à chaque moment de notre vie et deux attitudes sont possibles : celle qui tend à rendre le consommateur unique responsable de toutes les dérives et à préconiser des changements de comportement ; celle qui tend à penser que le marché a été et est trop peu régulé, souffre d’une insuffisance de gouvernance et est largement responsable des modes de consommation ou de production dispendieux en ressources et fortement émetteurs de gaz à effet de serre.
Nous soutenons plutôt cette deuxième attitude et pensons par conséquent qu’à l’échelle des projets (comme un écoquartier), les préoccupations des maîtres d’ouvrage doivent être étendues à l’origine des produits et des composants et à leurs impacts en termes environnementaux et de gaz à effet de serre (même si ces actions sont limitées par le code des marchés publics actuel).


Bedzed, une opération « zéro énergie fossile »
L’opération anglaise de Bedzed se définit comme une opération « zéro énergie fossile » (BEDdington Zero [fossil] Energy Development) avec quatre-vingt-deux logements situés sur 1,7 ha, soit environ 250 habitants. Pour cela, l’opération comporte une chaufferie bois à cogénération qui alimente le quartier en chaleur et en électricité, 777 m 2 de panneaux photovoltaïques en toiture ou intégrés aux vitres qui participent à la recharge des voitures électriques (équivalent de quarante véhicules 75 ). Concernant les bâtiments, les murs, toitures et planchers bas bénéficient d’une isolation thermique renforcée, les fenêtres disposent de double ou triple vitrage thermochrome afin de réduire les besoins en lumière artificielle et en chaleur. Les cheminées sont équipées d’échangeurs de chaleur pour récupérer les calories sur l’air extrait. Le projet vise à réduire de 60 % les consommations d’énergie et de 90 % les consommations de chauffage par rapport à un logement traditionnel. Concernant les matériaux, le projet privilégie le bois local et les briques cuites fabriquées dans un rayon de 50 km ; 52 % des matériaux sont produits dans un rayon de 60 km, ce qui a permis d’éviter une émission de 120 t de CO 2 uniquement sur les transports des matériaux de construction.
Le projet comprend aussi 2 500 m 2 de bureaux et de commerces ainsi qu’un espace communautaire, une salle de spectacles, des espaces verts publics et privés, un centre médicosocial, un complexe sportif, une crèche, un café et un restaurant. Du fait de cette mixité fonctionnelle, mais aussi de la proximité de transports en commun (proximité de deux gares et de lignes de bus, arrêt sur la nouvelle ligne de tramway entre Wimbledon et Craydon), d’un service Internet pour les livraisons à domicile réalisé avec un supermarché local et d’un club de location de voitures (car sharing), l’objectif est de réduire de 50 % les consommations d’énergie pour les déplacements de ses habitants.
Contrôler les performances, suivre les consommations et les comportements
Nous avons identifié quatre objectifs : faire respecter les cahiers des charges, contrôler les performances, suivre les consommations et contrôler la chaîne des acteurs.
Faire respecter les cahiers des charges
Il s’agit tout d’abord de s’assurer que le projet qui va être mis en œuvre sera en mesure de respecter le ou les cahier(s) des charges, en termes de dimensionnement, de calorifugeage, de qualité des équipements, de mise en œuvre (respectant l’état de l’art), etc., puis, pendant la mise en œuvre, de s’assurer que les cahiers des charges sont effectivement respectés. Ceci est une des tâches de l’assistant à maîtrise d’ouvrage (AMO).
Contrôler les performances
Différents outils peuvent être utilisés en amont (dans les cahiers des charges ou lors de la signature des marchés), pendant la mise en œuvre ou lors de la réception des chantiers, pour contrôler les performances, tels que : des tests d’étanchéité (test de la porte notamment) ; la thermographie infrarouge ; les contrôles en matière d’éclairage naturel ou d’affaiblissement acoustique ; l’intégration dans le marché de pénalités en cas de non-respect des cahiers des charges (et a fortiori en cas de non-respect de la réglementation). Quel est l’intérêt des labels et certifications ?
Rappelons tout d’abord que les labels et certifications sont des marques à vocation commerciale. Par ailleurs, les mots « normes », « certifications » et « labels » sont souvent utilisés à tort et à travers tant par les élus que par les médias, ce qui génère une confusion persistante 76 . Les certifications font souvent référence à des référentiels, lesquels portent le plus souvent en France sur le management environnemental (et non pas sur les résultats ou performances ni sur la qualité intrinsèque du bâtiment). Les labels portent, eux, sur des produits ou sur des caractéristiques ou performances techniques (énergie notamment). Ils ont plusieurs niveaux de performances, et on peut se demander quel est l’intérêt d’avoir des labels et certifications à plusieurs niveaux de performances. Dans d’autres pays comme aux Pays-Bas, on considère que la réglementation (qui est évolutive) doit être appliquée et que les certifications ne sont qu’une dépense inutile.
La réglementation 77 exprime l’intérêt général à un moment donné. Les labels et certifications n’ont par conséquent de sens que si une politique publique veut être orientée dans une direction particulière, du fait d’une spécificité locale ou régionale ou pour un certain type de bâtiments. Ainsi, la ville de Lausanne, consciente des difficultés à atteindre des performances élevées, notamment énergétiques, a élaboré une méthode d’évaluation pour les bâtiments résidentiels neufs 78 et exige le label Minergie pour ces bâtiments. Elle contrôle par ailleurs les projets de bâtiments avec la méthode Smeo avant d’accorder le permis de construire. Mais cette réflexion est-elle souvent menée en France ?
Enfin, en France, on a tendance à utiliser les labels et certifications comme critères d’écoconditionnalité 79 au lieu d’élaborer une stratégie reposant sur la connaissance du parc (diagnostic préalable) et la définition d’objectifs partagés (voir ci-après).
Suivre les consommations
Il s’agit de permettre aux occupants de mieux gérer leurs équipements (vérandas, VMC, etc.) et de les inciter à suivre leurs consommations de chauffage, d’électricité, d’eau, afin qu’ils s’approprient leur logement sous cet angle technique. Différents moyens/outils sont à envisager : d’abord informer les habitants : des livrets ou manuels d’utilisation (comme celui réalisé par l’Opac [Office public d’aménagement et de construction] de l’Oise pour l’opération de Saint-Just-en-Chaussée) ; ensuite inciter à suivre les consommations : on distingue trois niveaux : le suivi proprement dit : on peut utiliser des manuels ou carnets de consommation ou un suivi électronique comme cela a été fait par Moulins Habitat dans le cadre du projet européen works@home ; le mode participatif avec des groupes de travail réunissant les habitants et différents acteurs concernés.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents