Paris Ars Universalis
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Description

Paris Ars Universalis est un récit trépidant et à 360° dont l'hypothèse centrale est l'accueil d'une Exposition universelle dans la métropole en 2025. Par ce prisme sont décryptées les grandes transformations des sphères urbaine, économique, socioculturelle, spirituelle, cognitive et digitale. Ce scénario-fiction s'appuie sur les recherches menées par l'auteur au sein de l'Institut ACTE (Art, Création, Théorie, Esthétique) de l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, ainsi que sur ses nombreux travaux prospectifs concernant les mutations du monde contemporain.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 02 avril 2017
Nombre de lectures 7
EAN13 9782140034282
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0112€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Ouvrages publiés dans la collection


Ouvrages publiés dans la collection Avant-garde chez L’Harmattan :
Carine Dartiguepeyrou (dir.), La nouvelle avant-garde, vers un changement de culture
Danièle Darmouni, Le leadership du vivant, une pédagogie du devenir


Du même auteur :
Sémiospace , Raphaele Bidault-Waddington et Sylvain Menétrey, Éditions Clinamen, Genève, 2016.
Ouvrages collectifs :
« Paris Galaxies in Perspective, aesthetic audit critical report », in Annick Schramme, René Kooyman, Giep Hagoort (eds.), Beyond Frames, Dynamics between the creative industries, knowledge institutions and the urban context , Eburon Publishing, 2014.
« Se ré-inventer et se projeter dans l’avenir grâce à l’art », in Pierre Musso, Laurent Ponthou, et Eric Seulliet, Fabriquer le Futur 2 : l’Imaginaire au Service de l’Innovation , Éditions Village Mondial, 2007.
« Christiania in Perspective, an experimental aesthetic audit of a city within a city », in Javier Carrillo (ed), Knowledge Cities, Approaches, Experiences, and Perspectives , Butterworth-Heinemann, Elsevier, 2006.






© Raphaële Bidault-Waddington, Paris, 2016
Titre



PARIS ARS UNIVERSALIS

Scénario-fiction d’un futur Grand Paris




Raphaële Bidault-Waddington
Copyright



























© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
www.harmattan.com
EAN Epub : 9 7 8-2-336-78664-3
Sommaire
Couverture
4 e de couverture
Ouvrages publiés dans la collection
Titre
Copyright
Préface
Note de l’auteur
Chapitre 1 : Horizon Grand Paris (2008)
Tendances urbaines
Agenda du Grand Paris
Chapitre 2 : Jeux de mots (2010)
Une affaire d’étiquette
Question sensible et performance urbaine
Grand Paris Ready-made
Support/Surface
Théâtre de Boulevard
Chapitre 3 : Double JO + EU (2014)
Crise existentielle
A New Deal
The show must go on
Infrastructures symboliques
Constellation de villages
Projection
Statement
Chapitre 4 : Open Polygon (2016)
L’état de l’Art 1
L’état de l’Art 2
Stratégie compositionniste
Angles de vue
Topiques
Mash-up urbain
Organisations
Datasphère
Matière grise
Tactique élégante
Chapitre 5 : Nutopia Lab (2018)
Culture d’innovation, imagination, expérimentation
Stratégie oligoptique
Politique curatoriale
Creative Commons
Alternative vs Alternance
Mutation du capitalisme
Critical Design militant
Workshop workshop
Chapitre 6 : Paris Galaxies Action Shooting Lab (2022)
Scénario officiel
Branding
Stratégies
Spectacle gouvernemental
Afropolitisme et anthropophagie culturelle
Shooting de clichés
Constellation de fantasmagories
Caricature
Protocole collaboratif
Staging du narcissisme
Sapologie grand-parisienne
Post-production
Les Mille et une Nuits de la Ville voilée
Cosmogonie
Paris, Ville cosmique
Chapitre 7 : Purple Grand Paris (2024)
Purple industry
Extimacy et jeu de soi
Amour y es-tu ? / Sex is the new love
Purple Consortium
Escort business
Extension du domaine sexuel
Dirty economy
Société mutuelle
La Nuit de la pleine lune
Chapitre 8 : Mouvement RA (2027)
Rehab
Religious hype
Libéralisme religieux
Économie empathique
Global equity
Muslim mainstream
Diabolisation/Machination
Méditation et prière
Résistance Radio
Le mouvement de l’univers
RA les masques
Rayon Alpha
Résonnance Alpha
Chapitre 9 : LSDE/Life-Style Digital Existence (2030)
Les termes de la guidance
Les guides du Grand Paris
Californian spirit
Mutations psychiques
Digital Humanities
Expanded-Self
Kaléidoscope
Solution Book
Secret Garden
Astro-Galaxy
Chapitre 10 : Bulle spéculative (2035)
Bulle anglaise
Pavillon fantôme
Intelligence esthétique
Prospection
Géovision
Entreprise démocratique
La République des images
Bibliographie
L'uranisme aux éditions L'Harmattan
Adresse
Préface
J’ai choisi de publier ce livre, car la fiction prospective n’est pas développée en France. Nous avons bien sûr des romans de science-fiction, très souvent associés à une vision noire de l’avenir, des design fictions high tech, des scénarios technologiques, mais les récits prospectifs sont plus rares. Celui-ci ne manque pas de ton, caustique parfois, mais surtout marqué par un humour noir. Cette saga s’inscrit dans une forme de culture post-moderne, croustillante de détails qui ont leur importance. L’auteur joue de clins d’œil aux chercheurs renommés et aux travaux scientifiques de référence tout en prenant soin d’en donner quelques clés de compréhension.
On y trouve un aller et retour entre la prospective et la rétrospective, le futur et le passé, la réalité et la fiction, avec un point de bascule qui nous projette vers un horizon de temps ici défini à 2035. C’est au lecteur de trouver l’énigme, ce point de bascule qui lui permettra de se situer dans le temps.
On y découvre le récit du Grand Paris, autour de l’Exposition universelle de 2025, qui entremêle les événements politiques et économiques. La culture, les arts y sont omniprésents. Les détours nous permettent de mieux comprendre les soubresauts qui tapissent ce récit et le rendent très dynamique.
Le ton de ce livre est à l’image de son auteur, rapide, direct, provocateur, passionné. Il nous montre qu’à la base de toute vision d’avenir, l’imaginaire et la créativité sont indispensables.
Ce livre est aussi un parti pris qui édifie des choix stratégiques dans une certaine vision de l’avenir. Les robots n’y prennent pas la place que l’on annonce démesurée, les religions y sont prégnantes, mais la spiritualité arrive à se frayer un chemin, l’économique reprend sa place au service de l’intelligence et de la connaissance.
Pourtant, derrière le ton sarcastique de l’auteur se décèle le désir de voir émerger un Grand Paris, un Paris réinventé, riche en sens et en inspiration. Qui sait ? Cet ouvrage donnera-t-il des idées à nos politiques ? Après tout, c’est une trajectoire d’avenir possible.
Carine Dartiguepeyrou, créatrice et directrice de la Collection Avant-garde chez L’Harmattan
Note de l’auteur
“The Cosmetic is the New Cosmic.” Rem Koolhaas, Junkspace , 2002
Ce manuscrit, qui déborde de toutes les catégories académiques et littéraires, est en premier lieu une expérimentation de recherche prospective hors cadre. Il est le point d’orgue d’un projet de recherche sur le futur du Grand Paris que j’ai amorcé en 2008 en tant qu’artiste et chercheur, au moment de la création des dispositifs gouvernementaux de métropolisation. Depuis, plusieurs grandes étapes se sont enchaînées.
La première, « Paris Galaxie, scénario alternatif et non conventionnel » a été une sorte de boîte à idées stratégiques mise en ligne dès 2008 et accompagnée d’un diagramme méthodologique cartographiant les strates de transformation urbaine (urbanisme, gouvernance, programme, immatériel). Dans un article écrit ultérieurement 1 , je déconstruis le raisonnement transdisciplinaire qui a nourri sa conception et hybride les langages artistique, urbain, économique, géographique, politique, stratégique, etc. Cette approche est le propre de toutes mes recherches et du Laboratoire d’Ingénierie d’IDées, aujourd’hui LIID Future Lab, que j’ai créé en 2000 à cet escient. Celui-ci me permet de nourrir librement une recherche prospective à 360 ° sur les grandes transformations contemporaines, et de collaborer avec de nombreuses structures en France et ailleurs. L’une des spécialités du LIID est d’ausculter particulièrement l’écosystème des organisations (villes, entreprises, associations, collectifs, plateformes, etc.) et de valoriser leur patrimoine immatériel (connaissance, mémoire, imaginaire, digital, etc.) pour imaginer leur avenir. Ce trait se retrouve dans le projet Paris Galaxies qui met l’accent sur les strates intangibles, voire spéculatives, de la métropole.
Une fois ce socle méthodologique posé (et un temps de jachère), la deuxième grande phase du projet « Paris Galaxies, une vision pour le Grand Paris » prend en 2012 une dimension plus collaborative avec différents cycles de workshops étudiants, expositions-recherche et conférences, notamment au Paris College of Art, qui m’a accompagnée dans tout ce projet. Je remercie vivement Brigitte Borja de Mozotta, Vivian Sky Rehberg, Raina Lampkins-Fielder, Alice Peinado, Linda et Magda Jarvin de m’avoir offert la possibilité de ces expérimentations. La recherche se concentre dorénavant sur la « constellation artistique » du Grand Paris comme levier d’innovation et de métropolisation. En 2013, le projet entre au sein du Laboratoire Sémiotique des Arts et du Design de l’Institut ACTE (Art, Création, Théorie, Esthétique) dirigé par le professeur Bernard Darras, et est à deux reprises lauréat du programme de recherche Paris 2030 de la Ville de Paris (2013-2014 puis 2015-2016). Ce financement permet de réaliser un « audit esthétique » (méthodologie du LIID pour analyser les potentiels de réinvention créative et stratégique d’une organisation) de la métropole en zoomant sur 300 lieux artistiques au-delà du Périphérique, pour en discerner les « signaux faibles » (ceux qui deviendront « forts » à l’avenir) et contributions innovantes 2 .
La troisième phase de recherche (2014-2015) a consisté à explorer comment une cartographie on-line de ces lieux pourrait devenir une ou plusieurs plateformes collaboratives de nouvelle génération, et créer un impact résilient sur toutes les strates de la métropole (urbanisme, gouvernance, culture, développement économique, inclusion sociale, imaginaire, soft power , etc.).
Enfin dernière phase, que vous tenez entre vos mains, l’idée était d’expérimenter une méthode émergente de Design fiction, afin de traduire, mettre en scène et tester certaines de ces plateformes, ainsi que d’autres hypothèses issues de toutes les étapes du projet et susceptibles de contribuer à la fabrique du Grand Paris. Le principe du Design fiction (qui fait partie du Design critique et du Design spéculatif) consiste à scénariser des solutions innovantes ou des hypothèses futures pour voir comment elles se joueraient dans la société ou dans la ville. En les décrivant, en les laissant dériver dans la fiction (pour le meilleur et pour le pire), apparaissent des frictions et des situations imprévisibles où le contexte se complexifie. En simulant ainsi les conditions du réel, ce procédé permet d’explorer de nombreux points de vue expérientiels et critiques sur une même situation et de mettre à nu des chaînes d’impacts sociétaux, à la différence d’une recherche prospective plus théorique, systémique ou cadrée. Celle-ci reste néanmoins nécessaire pour comprendre les grands mouvements de transformation de la ville et de la société, et je me suis appuyée sur les nombreux travaux produits au sein du LIID ces quinze dernières années 3 pour inscrire le récit de Paris Ars Universalis dans une trajectoire historique et prospective qui tienne (ou, du moins, crée une illusion de rationalité). Ce récit peut donc aussi être lu comme une sorte de manuel d’initiation aux changements sociétaux et à l’émergence des concepts successifs qui les traduisent ou tentent de les éclairer sous différents angles. La conceptualisation inventive et la variation des points de vue, mais aussi le raisonnement diagrammatique, sont des procédés au cœur du Laboratoire d’Ingénierie d’Idées, comme l’évoque son nom. À ce sujet, langues française et anglaise donnent une certaine esthétique aux concepts, plus imagée, subtile et polysémique pour la première, plus phonique, « cool » et immédiate pour la seconde (et c’est l’une des raisons de son hégémonie dans les sphères académiques, artistiques ou technologiques). Les choix de titres, de mots clés et de formules donnent un rythme, une texture et ouvrent des biais propices à une multiplicité de regards. De même, en arrière-plan, et sans en dévoiler les nombreuses variantes, Paris Ars Universalis s’appuie sur les figures abstraites et métaphoriques de la galaxie (univers mouvant, sans bord et interconnecté) et de la constellation (schéma projectif et évolutif) qui sous-tendent les chapitres, le récit comme l’ensemble du projet Paris Galaxies. Je laisse au lecteur le plaisir d’en découvrir les multiples signes et significations.
Ce type d’architecture cognitive et de bigger picture permet une forme de discernement, de visualisation et d’agilité mentale, pertinente, me semble-t-il, face à l’hyper complexité urbaine et sociétale. Il est possible de reconnaître des schémas transformationnels dans le chaos contemporain, et c’était là l’un des paris du projet Paris Galaxies, non pas celui de prédire l’avenir, mais celui de résister à l’intimidation intellectuelle d’une complexité dont le pouvoir esthétique oscille entre fascination et anesthésie. De même, je n’ai pas voulu tomber dans le piège d’une dénonciation frontale du néo-libéralisme ou du capitalisme, pour mieux en révéler les ressorts et déplacer les regards trop obnubilés, voire obsessionnels, qui gèlent la production de visions réellement neuves. Aussi, ce n’est pas grave si certaines de mes spéculations s’avèrent erronées ou caduques (et on le souhaiterait pour certaines), tant qu’elles permettent une expérience de pensée vers le futur, ouvrent l’esprit et donnent au lecteur la possibilité de travailler à sa convenance avec cette « matière mentale ».
Concernant le format narratif spécifique de cet ouvrage, je me suis inspirée du modèle des Solution Books, une collection dirigée par Ingo Niermann aux éditions Sternberg Press, qui ne se revendique pas directement du Design fiction, mais invite depuis 2009 des auteurs à imaginer des séries de solutions spéculatives pour des pays. Paris Ars Universalis reprend ce principe en proposant neuf grandes solutions en neuf chapitres, au sein desquels fourmillent des centaines d’autres idées et projets plus ou moins plausibles. Mon parti pris a été cependant de ne jamais tomber dans la fiction explicitement irréelle, l’utopie trop naïve, la science-fiction hypertechnologique ou la dystopie radicale et soi-disant critique. De même, les échiquiers politiques et géopolitiques restent au second plan, afin de ne pas basculer dans la politique-fiction ou la dramaturgie des conspirations, mais surtout parce qu’une bonne part de la transformation contemporaine se joue dans l’arène des usages sociétaux, et souvent l’air de rien. Tels sont l’art ou la magie du soft power . Le but était de rester dans le domaine, non pas du souhaitable, mais du possible, celui-ci pouvant devenir dérangeant, car le futur ne se présente jamais comme on l’a imaginé, et le réel est souvent pire que la fiction, ou produit un effet différent, voire inverse, de ce qui était pressenti. L’exercice d’une recherche par Design fiction sur le futur proche, qui passe par la narration (et ce n’est peut-être pas sa forme idéale), s’avère d’ailleurs parfois une sorte de course contre la montre de l’actualité et rend compliquée sa publication. Chaque chapitre pourrait se dédoubler en multiples variations et digressions, et un prolongement collaboratif et polygonal pourrait être une belle aventure…
J’ai ainsi laissé parfois l’élan d’une écriture à brûle-pourpoint piloter le fil de la narration, pour voir, pour déployer des intuitions créatives pas toujours très convenables et qui touchent à toutes les dimensions de l’existence jusque dans ses replis les plus intimes et ésotériques. Certains passages méritent de grands fous rires, d’autres font froid dans le dos. Enfin, entre autres libertés artistiques, je me suis permis de fictionnaliser quelques personnalités et artistes dont j’estime particulièrement les travaux, notamment l’anthropologue des sciences Bruno Latour, le philosophe Bernard Stiegler, l’artiste Pierre Huyghe ou le collectif Future Brown, à qui je confie des rôles et des projets au futur. Bien d’autres personnages réels apparaissent ponctuellement. Ce livre a donc peut-être quelque chose à voir aussi avec la fanfiction , un genre de littérature basée sur l’appropriation de personnages publics. J’espère qu’ils me sauront gré de cette instrumentalisation expérimentale.
Et maintenant, place au Grand Paris, la véritable star de ce scénario !

RBW
1 R. Bidault-Waddington, Paris Galaxy Inc. : a conceptual model and holistic strategy toward envisioning urban development, Parsons Journal for Information Mapping, Volume IV Issue#1 , New York, 2012.
2 R. Bidault-Waddington, “Paris Galaxies in Perspective, aesthetic audit critical report”, in Annick Schramme, René Kooyman, Giep Hagoort (eds.), Beyond Frames, Dynamics Between the Creative Industries, Knowledge Institutions and the Urban Context , Antwerp University, Eburon Publishing, 2014.
3 Notamment le cahier Futur(s) réalisé chaque année depuis 2011 au sein de l’équipe de recherche prospective internationale de l’agence Peclers Future Trends dirigée par Emma Fric que je remercie de sa confiance. LIID intervient également dans de nombreux pôles de recherche et d’innovation tels que le Prospective Lab à Paris, Aalto University à Helsinki, ou l’Institute for the Future à Palo Alto, Californie.
CHAPITRE 1 Horizon Grand Paris (2008)
Au tournant du millénaire, bon an mal an, Paris maintenait son aura de Ville-monde, Ville de Lumière, Capitale culturelle, à l’image de sa tour Eiffel qu’aucun bâtiment n’avait réussi à détrôner des classements des édifices mondiaux les plus appréciés, visités ou photographiés. Néanmoins, la fatigue était réelle. L’émergence des grandes métropoles du sud et d’un monde multipolaire, du leadership des États-Unis, puis du Web , la globalisation et la désindustrialisation, autant que le sentiment de force tranquille un peu trop bien installé au sein de l’État français, avaient ouvert de sérieuses brèches et un peu endormi la belle.
Les émeutes dans les banlieues parisiennes en 2005 avaient fait l’effet d’une première douche écossaise dans les esprits français et les médias internationaux. Une sonnette d’alarme avait été tirée, sans que l’on sache exactement quoi faire. La mutation de la société française, comme celle de ses villes, l’accélération du libéralisme et du multiculturalisme avaient été, comme dans bien des villes d’Europe, clairement négligées.
À gauche comme à droite de l’échiquier politique, les enjeux de la ville étaient ainsi devenus une priorité, chaque bord utilisant ses méthodes pour refaçonner le cadre de vie. À droite, ceci s’était traduit par le renforcement des investissements via l’Agence nationale de la Rénovation urbaine 4 , et les aides dédiées à l’attractivité, au développement et à la performance économique (politique de clusters organisés en Pôles de Compétitivité). Si elle avait également rénové le bâti dans de nombreux quartiers, notamment dans Paris, la gauche plaçait plutôt le curseur sur l’aménagement de l’espace public et sur l’animation socioculturelle au service de l’inclusion sociale, de l’environnement et du bien-être individuel (développement des mobilités douces, tramway, Nuit blanche, etc.) que sur l’économie. Rien de tout ceci n’avait cependant estompé le contraste entre Paris, devenu temple « bobo » toujours plus attrayant pour les visiteurs du monde entier, et ses banlieues toujours aussi stigmatisées et repliées. Deuxième douche écossaise, les attentats terroristes qui subviendront dix ans plus tard rappelleront toute la profondeur culturelle et la complexité politique, voire géopolitique du problème, mais à cette époque, en 2007-2008, le problème était essentiellement analysé comme un problème urbain.
Tendances urbaines
Il est vrai qu’en ces temps, la globalisation et l’urbanisation vont bon train (au tournant des années 2000-2010, plus de la moitié de la population mondiale vit dorénavant « en ville ») ; toutes les grandes villes du monde aspirent à devenir des métropoles.
Dans les années 1970 dominait le paradigme des mégalopoles (dans lesquelles s’agglomèrent en système plusieurs villes ou polarités urbaines), puis, dans les années 1990, viendront les « Global Cities 5 » (carrefours hyper puissants de la mondialisation). Dans les années 2000, on passe aux métropoles, modèle de ville élargie à toute son aire urbaine permettant de réintégrer sa banlieue et de gérer son expansion en vue d’un développement durable, dans lequel s’entremêlent écologie, inclusion sociale et développement économique. Si l’énonciation fait son effet, la réalisation reste floue. Ainsi redoubleront à cette époque les expositions, conférences, programmes de recherche et publications débattant de la durabilité urbaine.
D’autre part, la ville devient de plus en plus le point d’ancrage référant des citoyens ; c’est à son échelle que la société et l’identité collective se forment et se transforment, tandis que toutes les autres grandes institutions s’étiolent : nation, famille, religion, entreprise sont de moins en moins des cadres valides d’inscription de l’identité individuelle (ce qui changera ultérieurement comme en témoigneront les attentats de 2015). Le sentiment d’appartenance s’attache plus volontiers à la ville, voire au quartier, comme une alternative à l’abstraction de la globalisation, à la virtualisation de l’existence via le Web , ou au sentiment de déracinement des migrants et des nomades. Les enjeux environnementaux incitent également à se ressaisir et à revoir son schéma spatial de vie quotidienne, à « re-marquer » son territoire et à repenser son mode de vie.
Il y a ainsi une tension qui se forme entre vision hyper locale de l’espace urbain, également sublimée par le 3D rendering des architectes et toute une iconographie verte faussement naïve et utopique, et la très grande échelle qui inquiète, manque de nouvelles formes de représentation et de modèles et semble dépasser l’entendement. Ainsi se multiplient les discours dystopiques ou elliptiques, et une conclusion récurrente de nombreuses discussions se résume à la notion de complexité urbaine, formule subtile permettant d’éluder le manque de visibilité ou de solution. Il est vrai que d’autres strates ne cessent de se superposer à la géographie et au plan et, de fait, la carte n’est plus suffisante pour représenter et penser la ville.
Les années 1990 et la montée en puissance des technologies marquent un moment important dans le monde occidental, qui délocalise ses industries et bascule vers le paradigme de l’« économie de l’immatériel ». La richesse de demain ne vient plus des ressources naturelles tangibles ni des capacités de transformation en produits (infrastructures de transport et usines), mais bien de la conception (ingénierie et design), de la promotion ( branding ), de l’organisation et du financement de produits, technologies, services et usages, convoquant la notion de capital intellectuel puisque toutes ces compétences résultent de l’intelligence humaine. Les lieux de connaissances, de créativité et de finance deviennent ainsi ses gisements naturels, tandis que sa fertilisation en innovation et en création de valeur requiert un effort de mise en relation. Ceci donne toute leur pertinence aux théories de « reliance » (Morin), de réseaux (Castells) et d’acteurs-réseaux (Latour), de clusters (Porter) qui émergent à l’époque, tandis que les autoroutes de l’information s’installent.
Résolument intangibles, impossibles à mesurer, le capital intellectuel et l’économie de l’immatériel défient toute la science économique qui ne parviendra jamais à les modéliser ni à en produire des éclairages solides (comme en témoigneront les nombreuses crises financières qui s’en suivront en 2001, 2008, 2018, etc.). L’économie de l’immatériel est à l’économie ce que la physique quantique est à la physique newtonienne, c’est-à-dire pleine d’incompris et d’incertitudes (quand bien même les experts cherchent à maintenir l’illusion d’une rationalité conventionnelle, mesurable et gérable).
De fait, le problème est le même pour les villes : comment appréhender, penser et planifier la dimension immatérielle et soft de la ville, celle qui justement n’est pas localisée ou se déplace sur le plan, celle qui n’est pas que quantitative, mais aussi qualitative, et dont la valeur est multiple et évolue ? Quid de la valeur du bien-être de l’individu ? Quid de l’équité sociale ? Tant d’autres questions restent en suspens sans qu’aucun modèle ne s’impose.
Les concepts et les approches se démultiplient. Après les Global Cities de Saskia Sassen des années 1990 viennent ainsi les Knowledge Cities , puis les Smart Cities , les Connected Cities , qui deviendront les Open Cities et les Data Cities la décennie suivante. Les architectes hollandais MVRDV développent une méthode de design urbain par datascaping (1999), concept précurseur de ce qui deviendra l’architecture paramétrique, dans les années 2000, tandis que Bruno Latour parle des « villes invisibles ».
Puis, nouvelle oscillation, la question environnementale qui rappelle le caractère limité et fini du monde remet l’accent sur la forme urbaine et l’espace tangible et restaure une vision matérialiste de l’économie. L’attention porte dorénavant sur l’économie, la sobriété et le renouvellement des ressources de la ville. Les théories de la Green Economy accompagnent celle des Green Cities et de l’écologie urbaine en vue d’un développement durable qui reportera son attention sur l’économie du renouvelable et le développement local avec des concepts tels que les circuits courts. Ces approches hyper locales se poursuivront la décennie suivante dans les modèles de la permaculture, de l’autonomie et, plus généralement, de la transition, qui se saisiront plus vigoureusement de l’équation économique du développement durable (économie circulaire, innovation jugaad , etc.).
En réalité, tout comme les autres modèles conceptuels économiques et urbains, le développement durable restera difficile à réaliser tant le nombre de paramètres à considérer est important, à l’image de la complexité des écosystèmes vivants dans lesquels les chaînes d’impacts sont si longues. De nouvelles questions complexes et systémiques se posent. Par exemple, comment penser et gérer le « temps long » de la ville dans un contexte de démocratie 6 ? D’autre part, comment penser l’intégration sociale et territoriale quand des valeurs communes ne sont plus partagées ? Dès 2002, dans son fameux article, Junk Space , Rem Koolhaas élargit l’écologie à la pollution esthétique et au manque de qualité architecturale. La durabilité intègre de plus en plus de critères sociaux, comme l’inclusion, l’équité et la gouvernance, et de critères culturels d’usage, de créativité et d’imaginaire. C’est à cette époque que les politiques et opérateurs urbains commencent à utiliser des éléments de langage tels que le fameux « vivre ensemble 7 » et la « mix (c) ité ». Par son caractère multidimensionnel et hybride, le concept d’écosophie urbaine inspiré des « trois écologies » (environnementale, sociale et mentale) de Félix Guattari (1989) redevient une source d’inspiration et s’ajoute à la cacophonie des modèles urbains.
Se développent en parallèle les modèles flous et fourre-tout des « villes, classe et économie créatives » (Landry, Florida) qui ont le mérite d’hybrider matérialité et immatérialité, d’être créateurs de lien social « friendly » , d’imaginaire et d’innovation, sans s’astreindre à la mesure exacte. Résistant bon an mal an à une critique souvent virulente, ce focus sur la créativité comme levier du renouvellement (économique, urbain, social et culturel) amènera dans les années 2010 la notion de « Creative Society » portée par l’Europe 8 comme modèle structurel de développement. Ces modèles resteront signifiants pour la génération suivante, inspirée du Web et ses communautés désireuses de s’exprimer, et tout à fait à l’aise avec le chaos provoqué par le « datadeluge 9 » (Andersen), plutôt vécu comme opportunité, si ce n’est comme une euphorie collective et créative.
Au tournant des années 2010, les réseaux sociaux, la culture numérique, les jeux vidéo, la réalité augmentée et virtuelle, et même l’art du coding montent en puissance, hybrident réel et virtuel, augmentent le territoire et introduisent de nouvelles visions urbaines tandis que les usages du « libre » et de l’ opensource , le cloud et l’économie collaborative secouent le capitalisme. Les strates immatérielles de l’économie et de la ville redeviennent des terrains de spéculation et d’expérimentation, tant créatives qu’économiques, reconvoquant les modèles des Smart Cities et de City Labs .
Dans cette nouvelle vague d’inspiration réapparaissent les concepts de « psychogéographie » (Debord, 1970), de « géocritique » (White) ou de « géoesthétique » qui rendent compte de la richesse mentale, cognitive ou imaginaire, de l’expérience du corps dans la ville. Subtil hybride porteur d’un « réalisme spéculatif » (Meillassoux et al .), ou simple figure de style, Bruno Latour tente d’explorer la ville devenue Plasma City par une approche « compositionniste et oligoptique » …
Cette nouvelle génération de modèles urbains s’accompagne de nombreuses expérimentations cartographiques et de datavisualisation qui tentent de produire de nouvelles représentations de la ville dans toutes ses dimensions sans que les solutions soient, là non plus, évidentes…
Tout ceci pour montrer que les choses ne s’arrangent pas dans le temps ; mais halte à l’envolée lyrique, retour en arrière… Que fallait-il donc faire en 2007 pour répondre à l’urgence parisienne ?
Agenda du Grand Paris
La chose urbaine était devenue un objet difficile à penser, un vrai casse-tête, et il était clair maintenant que l’époque des mouvements et des avant-gardes où s’imposait un modèle de pensée, une méthode, avait tout autant disparu pour l’urbanisme qu’il l’était pour l’art. D’ailleurs, il y avait bien des choses auxquelles on ne comprenait plus grand-chose, certes la ville et l’économie, mais aussi, en arrière-plan, la science, la connaissance, l’art, la psyché et la personne humaine, en voie de dilution dans le Web . Tant d’incertitude faisait régner à l’époque un sentiment de confusion, voire de chaos, et finalement, il était tentant d’en rester à des solutions convenues, de faire comme avant ou comme le voisin. Les solutions d’un nouveau bâtiment iconique devenant tête de pont d’un mouvement de transformation urbaine, tel que le musée Guggenheim de Frank Gehry à Bilbao, séduisaient les métropoles de tailles moyennes, mais ne convenaient par pour des métropoles millénaires telles que Paris, qui regorgeait déjà d’un bâti historique et contemporain d’exception. L’extravaganza de tours façon Dubaï était parfois évoquée comme possibilité de créer des pivots visibles aux portes de Paris et dans les vastes étendues de banlieue indifférenciées, mais ne faisait pas une politique urbaine en soi. Même si Londres s’était engagé dans cette voie, en France, un rejet des tours traversait tous les bords politiques et la réglementation plafonnait le bâti à une trentaine de mètres.
Alors sans plus d’originalité, c’est à cette époque que les politiques avaient ressorti de leur chapeau l’ambition de « faire le Grand Paris », une idée qui avait été mise sur la table à différentes époques, mais n’avait jamais été réalisée. L’idée avait souvent servi d’instrument politique au gré de l’agenda électoral et avait systématiquement fini en eau de boudin.
Dès le début du 19 e siècle, Napoléon voyait le Grand Paris comme allant de Paris jusqu’à Rouen et au Havre, car toute grande capitale se devait d’avoir un port maritime. Cinquante ans plus tard, Napoléon III imaginait Paris s’étalant jusqu’à Saint-Germain-en-Laye et Marne-la-Vallée. Mais, du fait de nombreuses résistances politiques, son ministre Haussmann n’avait pas réussi, en dix-sept ans, à déplacer les frontières au-delà de l’enceinte de Thiers, scellant ainsi en 1860 et pour plus de 150 ans, le périmètre officiel de la capitale.
La transformation de ce corridor en boulevard périphérique en 1970 avait maintenu la division nette et précise entre Paris et ses banlieues, qu’elles soient « rouges », populaires, ouvrières et multiculturelles, ou « bleues » plus traditionnelles, bourgeoises et conservatrices. Véritable bretelle autoroutière, ceinture de sécurité et de pots d’échappement, le Périph restait un rempart de verre, empêchait l’osmose. Tout un symbole.
Maintenu sous sa cloche, l’ Air de Paris 10 avait permis au filament de la Ville Lumière de briller de tous ses feux pendant de longues décennies, mais maintenant, le feu avait commencé à prendre à l’extérieur. Ça chauffait dans les banlieues, et la grande muraille de verre était devenue autant le symbole d’un risque d’étouffement intérieur que d’une menace d’explosion générale.
À l’intérieur de Paris, le sentiment d’insatisfaction et d’asphyxie était bien réel aussi. En 1984, le groupe Taxi-Girl, témoin de toute une génération, remplaçait déjà dans sa célèbre chanson « Paris », les cinq lettres par M.E.R.D.E. Après, c’était surtout l’angoisse de la « ville musée », qu’elle soit trop propre, touristique ou, à l’inverse, poussiéreuse, qui avait hanté les Parisiens.
À l’extérieur, l’accumulation et la dégradation des banlieues-dortoirs, l’immigration et la mixité mal gérée, les inégalités sociales exacerbées et la congestion des voies de transports avaient porté l’insatisfaction à son climax, comme le montrait si bien le film La Haine de Mattieu Kassovitz dès 1999.
Seuls les touristes, toujours plus nombreux (30 millions de visiteurs en 2008), n’y voyaient que du feu et continuaient à monter les marches de Montmartre, à s’embrasser devant la tour Eiffel scintillante et à accrocher un cadenas d’amour éternel sur le pont des Arts avant de s’enivrer dans les boutiques et galeries de Saint-Germain des Prés. Les files d’attente et les horaires d’ouverture des grands musées, Orsay, le Louvre, Beaubourg, ne cessaient de s’allonger… C’était impressionnant de voir ce charme continuer à opérer sur tout le monde sauf sur les Parisiens et les banlieusards, peut-être trop lucides, sur l’arrière du décor.
Très concrètement, Paris, avec ses 2,5 millions d’habitants, était entouré de plus de 500 petits hôtels de ville (représentant chacun entre 10 000 et 250 000 habitants) que la capitale n’avait jamais cessé de snober, et donc, le dialogue n’était pas simple. L’entente était au mieux cordiale. Réciproquement, les soi-disant aspirants étaient toujours restés faussement consentants, moqueurs, haineux ou méfiants de Paris, craignant surtout de perdre leurs prés carrés, leur style vernaculaire et leur étiquette locale.
Mais, comme Londres avait maintenant réalisé son Greater London , enfin doté de sa propre gouvernance depuis 2000, Paris se sentait à la traîne vis-à-vis de sa rivale de toujours et donc, voilà, ça avait été l’heure d’y aller, d’ouvrir sa ceinture et d’accoupler tant bien que mal la mariée à ses célibataires…
4 L’ANR dépensera plus de douze milliards d’euros pour la démolition-reconstruction dans les quartiers dits « sensibles » de 2003 à 2009.
5 Concept théorique développé par la sociologue Saskia Sassen, dont l’ouvrage référant, Global Cities , sera réédité à plusieurs reprises depuis 1991.

6 Cf . Dominique Bourg et Kerry Whiteside, Pour une démocratie écologique , laviedesidées.fr, 2009.
7 Citons l’architecte visionnaire Patrick Bouchain qui, dès les années 1980, s’est fait l’ambassadeur de ce nouveau rôle de l’architecte, qui non pas simplement bâtit, mais rassemble et « fait société ». Cf . Patrick Bouchain, Construire ensemble, le Grand Ensemble , Collection L’Impensé, Actes Sud, 2010.
8 Cornelia Bruell, Rapport Creative Europe 2014–2020 A new programme – a new cultural policy as well ?, IFA Édition Culture and Foreign Policy, 2013.
9 Terme développé en 2008 par Chris Andersen, fondateur de la revue américaine Wired , en réponse à la croissance exponentielle et incontrôlable de la sphère de l’information qui semblerait nous écraser plutôt que de nous éclairer (promesse originale de la connaissance et du Web ). S’il y voit la fin de la science, d’autres y voient un eldorado économique ou la voie royale pour la formation des smart cities . Cf . Chris Andersen, “The end of theory : The Data deluge makes the scientific method obsolete”, Wired Magazine , juin 2008.
10 Cf . Air de Paris , œuvre ready-made de Marcel Duchamp, 1919, reproduite en 1964.
CHAPITRE 2 Jeux de mots (2010)
À peine lancé, le plan « Grand Paris » avait, spontanément et de manière très prévisible, suscité de nombreuses levées de boucliers, et tout un théâtre des opérations s’était mis en place entre 2007 et 2012.
Une affaire d’étiquette
C’était sous la bannière de « Paris Métropole » que la gauche parisienne et municipale rassemblait ses réseaux (amorcés lors la conférence métropolitaine de 2001) tandis que la droite gouvernementale portait l’étendard du « Pari du Grand Paris », et c’est par ces éléments de langage que les acteurs pouvaient discrètement reconnaître l’appartenance politique des uns et des autres. Entre l’échelle municipale et gouvernementale, la région Île-de-France, qui avait, elle, justement, oublié de « faire le Grand Paris » en son heure, tournait en rond dans son administration, révisant pour la nième fois un schéma directeur que personne n’avait plus le courage de lire.
D’autre part, la discussion sur les périmètres et les modèles de gouvernance s’était vite catalysée, puis gelée dès 2008 autour de quelques points de vue. Le sénateur Dalier (à droite, mais pas réellement suivi par la droite) proposait de recréer le département de la Seine dissolu en 1968, en refusionnant la Ville de Paris (département 75) et la « petite couronne » de ses trois départements limitrophes : les Hauts-de-Seine (92) à l’ouest, la Seine-Saint-Denis (93) au nord et à l’est, et la Seine-et-Marne (94) au sud.
Refusant une telle absorption, la communauté d’agglomération Plaine commune (Saint-Denis, Aubervilliers, etc.) défendait la continuité et le schéma d’une « marguerite » de communautés d’agglomérations dessinées en pétales autour de Paris comme vision future de la métropole. Inutile de préciser le peu d’engouement qu’ont suscité ces plates et sommaires visions. Les citoyens et les médias ne se sont pas réellement saisis de ces discussions bien trop arides et technocratiques, peu innovantes ou inspirantes, le jargon servant de rempart naturel à la discussion démocratique.
Au-delà des jeux d’acteurs et de leurs propositions plus ou moins concrètes, la dimension sémantique était essentielle, mais formait une sorte de point aveugle du Grand Paris. Cette facette à la fois symbolique, méthodologique et imaginaire, était subtilement occultée des débats et l’absence de recherche prospective était criante. En réalité, les politiques, les experts et les médias restaient embarrassés par le sujet, ayant peur de trahir ou de défier ouvertement leur propre camp, de révéler une ambition secrète d’« acteur historique » s’accordant le droit de baptiser le Grand Paris, d’énoncer une vision ou une ambition, ou, bien pire, d’avoir l’air de faire du branding ou du marketing urbain, signe d’une ridicule superficialité de communicant et d’un misérable asservissement aux fictions du libéralisme. Non, pas ça, s’il vous plaît ! Le blocage psychologique empêchait de voir combien les éléments discursifs étaient structurants de la carte et du territoire, les solidarisait en un tout, formait un monde, identifiait un univers. Seul le langage donne la possibilité de se construire une histoire et de se projeter dans l’avenir. Ce sont les représentations mentales et imaginaires qui procurent le sentiment intime d’appartenance, créent une intériorité, font que nous nous sentons dedans ou dehors, enrichissent l’inconscient collectif et forment les symboles de la société.
À l’inverse, le paysage, l’architecture, la rue restent à l’extérieur de nos pensées, nous ne pouvons que les lire et les interpréter, c’est-à-dire les transformer en images mentales dont on sait combien le processus les distord, combien celles-ci sont variées, volatiles et malléables.
Question sensible et performance urbaine
Que ce soit à l’échelle de l’individu ou à celle de la métropole, tout se joue dans ce lien, dans ce va-et-vient entre expériences tangibles, usages et pratiques de tout type, et dimension cognitive ou immatérielle, que celle-ci relève de la connaissance, du concept, du discours, de l’impression, de l’imaginaire, de la fiction ou de la spéculation. C’est une question intrinsèquement esthétique (si l’on parle bien de la relation entre forme et contenu) élargie, étendue, qui rappelle la profondeur critique des questions culturelles dans et bien au-delà du champ culturel. La question du sensible dans toutes ses instances, de l’expérience corporelle de l’espace au théâtre politique comme aux interfaces numériques, est bien la question sensible. Que l’on parle de gouvernance, d’institution, d’infrastructure ou d’équité sociale, on ne peut se dispenser d’une réflexion sur ce qu’elles véhiculent de manière plus subtile, au-delà de toute fonctionnalité (où l’on comprend le flop de la « marguerite »).
Les usages culturels sont tout particulièrement capables de métamorphoser les représentations mentales ou d’en créer de nouvelles, comme le souligne si bien Jean-Jacques Wunenburger dans ses travaux sur l’imaginaire urbain 11 . Il montre combien les usages artistiques contemporains revisitent (et même, parfois, inventent ou réécrivent littéralement) les mythes dits « fondateurs » de la ville, dont les origines sont souvent incertaines. Ils créent des fictions et des futurs possibles dans lesquels il devient possible de se projeter 12 .
Or, faire le Grand Paris, marier Paris à ses banlieues, dont les héritages culturels et imaginaires autant que sociaux et économiques étaient si distincts, n’était pas une mince affaire. D’un côté, la mariée parisienne devait renoncer à son piédestal, déboutonner son costume d’apparat, prendre son courage à deux mains pour descendre nue l’escalier social et culturel, se décoincer et ouvrir sa ceinture de chasteté périphérique. Il était l’heure de s’encanailler, de s’éclater et d’expérimenter pour aller chercher une autre forme de grandeur avec ses nouveaux partenaires. C’était aussi l’occasion pour Paris de renouer avec sa part obscure, son histoire et ses brassages populaires, ses fantasmes aussi frivoles et underground (où les « gangs-bangs » de Catherine M. poursuivent les « Jours tranquilles à Clichy » d’Henry Miller, s’enchaînent sur les partouzes de DSK et préfigurent les tournantes de banlieue) qu’intellectuelles et universalistes, qui ont pourtant animé et dessiné tant de ses quartiers.
Du côté des célibataires, le challenge n’en était pas moins grand. La banlieue était elle aussi prisonnière de ses clichés et de ses visions fatiguées. Il était l’heure de se réveiller, de s’habiller, de puiser dans ses racines comme dans son imagination pour s’émanciper des caricatures trop faciles et s’inventer un nouveau rôle, prendre confiance et y aller. « À nous deux, Paris ! » dit Jérôme, le personnage principal du livre éponyme de Benoit Dutertre, fraîchement arrivé à Paris dans les années 1980, reprenant, rejouant la Comédie humaine et parisienne de Balzac 13 .
Banlieue pavillonnaire endormie, où est passée ta promesse de ville-jardin du bien-être ? Comment nous montres-tu la métropole verte de demain et son mode de vie autant slow et écologique qu’hyper connecté et fertile ? Banlieue-cité, banlieue métissée, comment te sors-tu de tes traumas, de tes conflits et de tes colonies ? Comment résous-tu le paradoxe de l’intégration métropolitaine et républicaine, sans « le Déni des Cultures » si justement pointé par Hugues Lagrange 14 ? Comment, depuis tes Grands Ensembles modernistes et déchus, inventes-tu une nouvelle cinématographie de la ville-monde composite et post-universelle ?
Grand Paris Ready-made
Ainsi, plutôt que de grands discours en langue de bois, qui avait pensé explorer, imaginer et enrichir les éléments de langage de la fabrique du Grand Paris ? Qui avait pensé écrire un poème sur la métropole ?! (lol 15 )
Plutôt qu’un étendard hégémonique (Grand Paris ou Paris Métropole), qui avait pensé qu’une solution très simple, dont on pouvait assez facilement deviner la vertu homéopathique, aurait été de tout simplement autoriser tous les habitants de l’aire métropolitaine à ajouter Paris à leur municipalité, signifiant de fait une double appartenance, une famille recomposée ? « J’habite Paris, Paris-Montreuil, Paris-Neuilly, Paris-Asnières, Paris-Bondy, etc. », comme existaient déjà les universités Paris-Saint-Denis, Paris-Nanterre et Paris-Créteil, le quartier d’affaire Paris-La Défense, et les aéroports Paris-Roissy, Paris-Le Bourget et Paris-Orly. C’était si simple. Coût de l’opération : 2 millions d’euros maximum ! Peanuts ! Fantastique !
Les municipalités devenaient ainsi des quartiers du Grand Paris, gardant leur esprit et rejoignant celui de Paris qui avait toujours grandi en englobant ses faubourgs, dont l’âme vivait toujours dans chacun de ses quartiers, Belleville, Montmartre, Montparnasse, Batignolles et tant d’autres, dans lesquels les Parisiens se reconnaissent très spontanément. La pluralité pouvait ainsi exister dans l’unité, sans renoncement ni perte d’identité, mais plutôt dans l’invention d’un nouvel état d’esprit partagé.
Pour reprendre les analyses de Judith Butler 16 , le jeu de mots prenait une force particulièrement performative, agissante, en se réalisant dans l’énonciation elle-même. Que tous les résidents du Grand Paris puissent dire de concert : « J’habite Paris xxx », n’était-ce pas l’accomplissement réellement citoyen et profond du Grand Paris ? Cette solution sémantique, bien qu’apparemment assez magique et enthousiasmante, avait été énoncée par quelques-uns à l’époque (2008), mais n’avait bizarrement pas été reprise par les politiques, les architectes et les experts, probablement fébriles d’obtenir un budget sur l’une ou l’autre des facettes du projet du Grand Paris. Le réaliser si simplement mettait à sac leur ambition voilée, leur retirait le pain de la bouche, leur « piquait leur job ».
Non, ce scénario avait été jugé anecdotique, vain, ridicule, superficiel et sans fond, voire cosmétique (dont on sait pourtant que les racines rejoignent celle du cosmos et l’art de produire des visions du monde) ; une solution de « gonzesse » à surtout ignorer. Non, les politiques et les médias voulaient du lourd, du dur, du bâti, de l’infrastructure, du méga budget, de l’extravaganza architecturale, des images « bandantes ». De l’audace créatrice, disait-on.
L’idée d’une opération « Grand Paris Ready-made » couplant, par le simple truchement de l’étiquette, la mariée à ses célibataires n’avait pas convaincu, n’avait pas fait basculer le regard des professionnels, comme Marcel Duchamp 17 n’avait d’ailleurs pas réussi en son temps. Disparu de la scène de l’art française, c’est aux États-Unis cinquante ans plus tard que son trait de génie lui avait été reconnu. Véritable innovation théorique, son concept de ready-made avait bien provoqué une révolution copernicienne en déplaçant l’art vers le regard du spectateur et le langage. Ceci ouvrira la voie, pour le meilleur et pour le pire, à l’art conceptuel, expérimental et performatif (années 1970), puis à l’art relationnel (années 1990), qui écloront tout au long du 20 e siècle, et non sans la formation d’une vaste sphère de spéculation. Signe que l’Art est toujours le reflet de son temps et même souvent signe avant-coureur, ce changement de paradigme, de la production matérielle vers l’immatériel et l’expérientiel, vient en miroir de l’évolution de l’économie et de l’urbanisme post-industriels évoqués en introduction.
Mais en France, pays dont l’élite a une formation d’ingénieur ou une culture intellectuelle nourrie de matérialisme marxiste, on n’aimait pas les artistes trop malins ou bavards, c’était suspect, cela sentait la supercherie, le manque de « vrai travail » ou de savoir-faire ; ce n’était pas sérieux, voyons ! Que ce soit pour l’art, la ville ou l’économie, l’immatériel posait problème et devait rester dans son domaine dédié, dans son parc à jeu, celui de la fiction. Halte à la spéculation ! Ce dit, la vie politique française avait sa part de théâtralité.
Support/Surface
La France hérite d’une longue tradition de planification qu’elle ne saurait remettre en question : colbertisme, plans quinquennaux, schémas directeurs, contrats-cadres, réformes institutionnelles, gestes de très grande ampleur affirmant la puissance centrale. En résultait ce que l’on appelait le millefeuille institutionnel, c’est-à-dire une méga technostructure, une usine à gaz administrative, conçue par des régiments d’ingénieurs et d’énarques qui cherchaient sans cesse à déconstruire et reconstruire ce qu’avaient fait les précédents, espérant y laisser leur patte. Le langage et le style de l’État français étaient restés très Support/Surface 18 , mettant spontanément en exergue la structure, que ce soit celle des schémas institutionnels ou des transports publics, qui tenaient lieu de fond. Malgré les déclarations de bonnes intentions des ingénieurs de la fonction publique, d’apparence pragmatique et fonctionnaliste, les performances de ces technoprouesses publiques n’étaient jamais évaluées. Venait ensuite le temps de l’image de surface faite de coups d’éclat médiatique dédiés aux citoyens toujours exclus ou déçus des grandes manœuvres dont le nombre de tiroirs et de jeux de couloir éteignait la curiosité des plus motivés. Le Grand Paris prend ainsi ce chemin. L’État crée la Société du Grand Paris (SGP) dont les polytechniciens dessinent en 2008-2009 les futurs systèmes d’infrastructures de transport (budget : 26 milliards d’euros). Le débat oscillera un temps entre deux tracés, deux formes de grandes boucles au large du Périphérique, Arc Express vs Grand 8, ultérieurement synthétisés en Grand Paris Express prévu pour 2024. L’idée centrale est de pouvoir contourner le centre de Paris pour réduire son engorgement, faciliter les échanges banlieue à banlieue, mieux desservir les aéroports de Roissy et Orly et désenclaver les quartiers sensibles ou le futur plateau de Saclay (vaste pôle scientifique manquant drastiquement de connexions aux systèmes de transports en commun).
La même année 2008, le ministère de la Culture crée l’Atelier international du Grand Paris (AIGP) et lance en grande pompe (sans grande coordination avec l’action de la SGP) une consultation internationale auprès de dix « starchitectes ». Parfaitement dans l’air du temps, le challenge lancé aux architectes, le « Pari du Grand Paris », est celui de la métropole post-Kyoto durable et résiliente.
Tous parlent de multipolarité, de densité/compacité/intensité/ clusters plus ou moins aérée. Puis ils mettent l’accent sur les grands systèmes de flux structurants du territoire, tels que les rivières et les fleuves ou les lignes de transport en commun et les autoroutes, qui doivent favoriser le lien, la connexion et le désenclavement. Aucun ne parle du Web , et assez peu des usages. La gouvernance semble urgente, mais hors de leur compétence. La dimension imaginaire, culturelle et symbolique est plus ou moins explicite ou appuyée.
Studio/Bernado Secchi & Paola Vigano prend le parti d’une « ville poreuse » et d’un tramage tout en vascularité fonctionnelle et poétique tandis que Christian de Portzamparc modélise une « ville rhizome » et son métro annulaire. LIN/Finn Geipel oxygène la densification d’une « ville légère » et pavillonnaire. Antoine Grumbach ouvre l’horizon de la Seine Métropole, façade ouest de l’Europe, amenant le Grand Paris jusqu’aux ports de Rouen et La Havre et réaffirmant l’ambition internationale de la capitale. Yves Lion/Groupe Descartes le voit comme une agglomération de vingt villes durables en faveur d’une échelle et d’une intensité locale métropolitaine. MVRDV modélise un City Calculator enrichi de très nombreuses données en vue d’une optimisation de la compacité urbaine ( Capa-City ), voire d’un rétrécissement urbain (Paris(s) Plus Petit). Pragmatique et plus attentif aux usages, Richard Rogers met l’accent sur la flexibilité et la mixité sociale, culturelle et économique par un New Deal urbain, la gouvernance stratégique et la genèse de projets bottom-up .
Castro cherche à briser l’apartheid urbain des cités et des grands ensembles par une action multiscalaire (d’espace et de temporalité), une organisation en huit territoires fédérés et un remodelage des représentations mentales par un réseau de lieux culturels et iconiques au-delà du Périphérique.
Prêchant également, mais d’une autre manière, pour une Renaissance urbaine et culturelle digne de l’héritage des Lumières parisiennes, Jean Nouvel propose un tissage, un métissage des activités et un maillage de la trame urbaine par les transports.
Enfin, plus conceptuelle, l’agence AUC propose un schéma de dix-huit territoires rythmés par des clusters , des lieux verts ou d’« afoulement », et stimulés par de grands thèmes donnant lieu à une « Matrice du Grand Paris » intégrant son « métaespace public métropolitain » et par la possibilité d’une « psychothérapie des substances urbaines ».
Mais ne resteront de leurs travaux non pas les visions d’ensemble, les intuitions d’un nouvel imaginaire commun, les éléments poétiques, politiques ou méthodologiques, mais leurs propositions d’aménagement tangible de part et d’autre de la métropole. La plupart des agences repartiront avec un contrat en poche pour remodeler une parcelle de la métropole, tandis que la SGP organise de son côté l’infrastructure de transport. Finalement, malgré l’effort gouvernemental de mise en scène (nombreuses expositions et publications), le spectacle ne s’avérera rien de plus qu’un nième programme de rénovation des banlieues par le bâti. On en reste à la philosophie support-surface de l’agencement de la forme et des infrastructures urbaines. Le soft, l’imaginaire, la narration, l’expression singulière, l’esthétique, la culture et les modes de vie, ou encore le capital immatériel, l’innovation et la création d’emplois, viendront plus tard. Les discussions sur le Grand Paris créatif et imaginaire 19 n’apparaissent qu’en 2013-2014 et, monopolisées par quelques universitaires inféodés à Paris Métropole, en restent au stade de la dénonciation du risque de gentrification ou d’instrumentalisation artistique et à la discussion entre acteurs publics et associatifs.
Théâtre de Boulevard
Après le schéma de transport et les grands programmes d’aménagement venait la question si délicate de la gouvernance, la fameuse technostructure dont le schéma institutionnel était resté en suspens depuis 2009. Avec lui s’annonçait la délicate problématique de l’équité et de la péréquation territoriale, de l’inclusion et de la distribution du logement social, tout aussi éludée que l’intégration culturelle, subtilement glissée sous le tapis. On aurait pu imaginer que les nouveaux modèles d’organisation issus du Web et les réflexions sur les structures de mutualisation ou les communs auraient pu être utiles à la discussion. Mais non, ces questions tout particulièrement sensibles étaient maintenues hors champ, dans le Shadow Cabinet du théâtre politico-médiatique, tel l’amant coincé dans un placard pendant toute la durée d’une pièce de Feydeau pleine de quiproquos. La vie politique ne manquait pas de dramaturgie et de comique de situation.
Ainsi, il s’est trouvé que le ministère de la Réforme de l’État, de la Décentralisation et de la Fonction publique, avait tout simplement décrété et fait voter, en janvier 2014, la création d’une nouvelle autorité appelée « Métropole du Grand Paris », et donc ça y était, coup de théâtre, tout était réglé, inutile de s’attarder sur le sujet ! Le périmètre de l’entité ne comprenait qu’une partie de l’aire métropolitaine et ne collait qu’à moitié avec le schéma des transports et des projets, mais on s’en moquait, dès lors que l’on avait enfin réussi à signer un papier devant le Sénat. Après quelques nuits d’intenses débats dans l’antichambre de la République, on avait éclipsé l’amant et les rivalités pour un temps et réussi à faire paraître les jeunes époux devant l’autorité d’État. La répartition des rôles et de la dot n’était pas encore claire, mais la promesse de mariage étant signée, tout allait bien, on respirait. Même si personne n’y comprenait réellement grand-chose, c’était un moment historique, une véritable petite révolution, non pas copernicienne, mais de velours, au cœur des arcanes institutionnels de la République française. Et maintenant que tout l’arsenal était en place, ne restait plus qu’à peaufiner la surface, habiller les mariés, trouver un bon discours, un bon pitch, un projet à raconter, un bel emballage pour enthousiasmer les citoyens. N’était-il pas l’heure de leur faire comprendre que ce Grand Paris des technocrates était aussi et surtout le leur !? Pour le reste, une mission de préfiguration était à l’œuvre dans les backstage ; elle avait deux ans pour trouver quelque chose à raconter. En 2016, la Métropole est enfin inaugurée sans qu’aucun programme clair ne se dessine, tandis que la région,

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