Pour un urbanisme humaniste
104 pages
Français

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Pour un urbanisme humaniste

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Description

Bousculé par le numérique, les flux migratoires, la mondialisation et la financiarisation de l'économie, l'urbanisme statique du XXe siècle est devenu de nos jours un urbanisme de débats, dominé par des réponses d'ordre humanitaire. Sa démarche dynamique demeure sans cesse inachevée à l'image de la roue de la gouvernance. L'ouvrage plaide pour un urbanisme humaniste, fait de pédagogie, de concertation et de participations citoyennes.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 24 septembre 2018
Nombre de lectures 6
EAN13 9782336851471
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Questions contemporaines
Questions contemporaines
Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud, Bruno Péquignot et Denis Rolland
Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.
Dernières parutions
Thierry ALLAIN, Frank CLAUSTRAT, Françoise PELLICER et Jean-François THOMAS (dir.), Entre paysage et territoire . R eprésentations de l’espace et manifestations du pouvoir , 2018.
Gilbert PILOT et Réjean COTE, Pacte socio-économique entre le gouvernement du Canada, le gouvernement du Québec et le peuple innu, 2018.
Lukas STELLA, Intoxication mentale, Représentation, confusion, aliénation et servitude, 2018.
Jean-Luc TINLAND, Violence : non. Les démocraties à l’épreuve de la liberté, 2018.
Myriam DESLANDES, Démocratie locale 2.0 , 2018.
Nicolas MENSCH, La Rhodiacéta de Besançon. Paroles ouvrières, 2018.
Rodolphe SOLBIAC (dir.), Pensée, pratiques et poétiques postcoloniales contemporaines, Monde atlantique et océan Indien , 2018.
Jean-Paul GUICHARD, L’émergence de l’Empire russe. L’Europe byzantine jusqu’à Catherine II , 2018.
Evelyne SAINT-MARTIN, L’entreprise du genre humain. Repenser le travail pour tous et la solidarité , 2018.
Claude DURAND, Le vote blanc toujours censuré. Quatre millions d’électeurs ignorés, 2018.
Titre

Richard Trapitzine







Pour un urbanisme humaniste

Réalités d’hier, utopie d’aujourd’hui, réalité de demain ?


Préface de Philippe Langevin
Copyright



























© L’Harmattan, 2018 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
EAN Epub : 978-2-336-85147-1
REMERCIEMENTS
Je dédie cet ouvrage à ma famille, à mon épouse Chantal, à ma fille Sophie et à tous ceux et celles qui m’ont accompagné durant mes soixante années de vie professionnelle, avec une pensée particulière pour mes anciens maîtres, Jacques de Lanversin, Hubert Charles, Yves Prats, Georges Meyer Heine et André Maistre. Je ne remercierai jamais assez ce dernier de m’avoir donné l’envie à 38 ans, de parfaire mes connaissances en urbanisme et en aménagement du territoire.
Un grand merci également à mes compagnons de la Revue Foncière Joseph Comby et Vincent Renard, aux élus et aux opérateurs qui m’ont fait confiance, ainsi qu’aux membres de mon petit comité de lecture, ils se reconnaitront : Christian, Gilles, Guy, Jacques, Janine, Joël, Michel, Patrick, Philippe, Pierre-Louis, William.

« En matière d’urbanisme politique d’abord »
Sans oublier, ce proverbe africain cité par Antoine de Saint-Exupéry dans Terre des hommes
« Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants. »
PRINCIPALES ABRÉVIATIONS
ALUR (loi)
Accès au logement pour un urbanisme rénové
AMO
Assistance à maîtrise d’ouvrage
CDPENAF
Commission départementale de préservation des espaces naturels agricoles et forestiers
CEREMA
Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement
CFDU
Conseil français des urbanistes
CES
Coefficient d’emprise au sol
CGEDD
Conseil général de l’environnement et du développement durable
COS
Coefficient d’occupation des sols
DDT
Direction départementale des territoires
DDTM
Direction départementale des territoires et de la mer
DHD
Développement humain durable
DREAL
Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement
DTA
Directive territoriale d’aménagement
EPCI
Établissement public de coopération intercommunale
EPF
Établissement public foncier
ELAN
Projet de loi portant sur l’évolution du logement, de l’aménagement et du numérique
EY
Cabinet d’audit et de conseil, ex-Ernst and Young
IFOP
Institut français d’opinion publique
LAAAF
Loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt
LOF
Loi d’orientation foncière
NOTRe
Nouvelle organisation territoriale de la République
OIN
Opération d’intérêt national
OPQU
Office public de qualification des urbanistes
PACA
Provence-Alpes-Côte d’Azur
PADD
Projet d’aménagement et de développement durable
PAE
Programme d’aménagement d’ensemble
PAEE
Plan d’aménagement, d’embellissement et d’extension des villes
PCET
Plan climat énergie territorial
PDU
Plan de déplacement urbain
PIG
Projet d’intérêt général
PLD
Plafond légal de densité
PLH
Programme local de l’habitat
PLU
Plan local d’urbanisme
PLUi
Plan local d’urbanisme intercommunal
POS
Plan d’occupation des sols
PPA
Personnes publiques associées
PPRN
Plan de prévention des risques naturels (industriel, inondation, incendies de forêt, mouvement de terrain, sismique…)
PUD
Plan d’urbanisme directeur
PUP
Projet urbain partenarial
RNU
Règlement national d’urbanisme
SAFER
Société d’Aménagement Foncier et d’Établissement Rural
SAGE
Schéma d’aménagement et de gestion des eaux
SCoT
Schéma de cohérence territoriale
SD
Schéma directeur
SDAGE
Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux
SDAU
Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme
SFU
Société française des urbanistes
SRADDET
Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires
SRCE
Schéma régional de cohérence écologique
SRU (loi)
Solidarité et Renouvellement Urbains
TA
Taxe d’aménagement
TER
Train express régional
TGV
Train à grande vitesse
TLE
Taxe locale d’équipement
UTN
Unité touristique nouvelle
UTU
Unités Territoriales Urbaines
VRD
Voirie et Réseaux Divers
ZAC
Zone d’aménagement concerté
ZAD
Zone d’aménagement différé
ZIF
Zone d’intervention foncière
ZNIEFF
Zone naturelle d’intérêt écologique faunistique et floristique
ZPPAUP
Zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager
ZUP
Zone à urbaniser en priorité
SOMMAIRE
Couverture
4 e de couverture
Questions contemporaines
Titre
Copyright
REMERCIEMENTS
PRINCIPALES ABRÉVIATIONS
PREFACE
INTRODUCTION

PREMIÈRE PARTIE RÉTROSPECTIVE D’UN SIÈCLE « D’AMÉNAGISME »
CHAPITRE I La fabrique de l’impasse urbaine actuelle
1. Le courant progressiste et hygiéniste
2. Le courant fonctionnaliste des architectes modernes
3. Le courant planificateur sous la Ve République
4. Le courant environnementaliste
5. La période récente en ce début de XXIe siècle

DEUXIÈME PARTIE PROBLÉMATIQUES URBAINES ACTUELLES
CHAPITRE II Comment sortir de l’impasse urbaine ?
1. Les enseignements des quatre grands courants du siècle dernier à nos jours
2. Le foncier, pierre angulaire de l’urbanisme
3. Rôle des Institutions dans la planification urbaine et logique des acteurs publics
4. Les logiques des acteurs privés dans la transformation de l’espace
5. Le Droit, talon d’Achille de l’Urbanisme

TROISIÈME PARTIE POUR UN URBANISME DE L’HUMAIN PARTICIPATIF ET COLLABORATIF
CHAPITRE III Pour un urbanisme humaniste : une réforme des pratiques s’impose
CHAPITRE IV Le projet politique ou projet d’avenir fondement d’un urbanisme humaniste
1. Raisons et finalité du projet politique
2. La démarche pratique du projet politique
3. Construction du projet politique ou d’avenir d’un territoire
4. Le projet politique et la population
5. Le rôle du projet politique dans la transformation du territoire
6. Le projet politique et l’intercommunalité
7. Projet politique, société civile, milieux associatifs et conseils de développement
8. Le projet politique dans la planification
Projet Politique et PADD, des liens indissociables fondateurs de la gouvernance territoriale
CHAPITRE V Vers une évolution de la gouvernance territoriale pour un développement humanitaire et humaniste durable
ANNEXES Courants sociétaux, textes législatifs et évènements ayant influencé l’urbanisme et l’environnement depuis le début du XXe siècle
Références bibliographiques de l’auteur
TECHNIQUES ET SCIENCES APPLIQUÉES, ARCHITECTURE, URBANISME AUX ÉDITIONS L'HARMATTAN
Adresse
PREFACE
Quand un urbaniste se penche sur sa discipline, il y a fort à craindre un discours de technicien convaincu de sa connaissance incontestable des règles de droit et des modalités de l’aménagement du territoire qu’elles impliquent. Ce n’est pas la façon de voir de Richard Trapitzine qui interroge sans ménagement, dans une perspective historique, son métier et les pratiques.
Dans cet essai stimulant, l’auteur renouvelle l’approche classique de la « construction de la ville ». Il place l’humain au cœur de ses préoccupations dans la longue histoire des grands courants de l’urbanisme à un moment où de nouveaux défis s’imposent à tous les acteurs de la cité : inégalités sociales, sous-emploi, changement climatique, étalement du bâti, dégradation des centres-villes… et interpellent tous les responsables sur l’efficacité des lois et des mesures destinées à rendre la ville agréable pour tous.
La question posée est celle de la capacité de l’urbanisme à participer au vivre ensemble dans une société en profonde mutation. Tout équipement, toute infrastructure, toute construction génèrent un milieu économique et social qui peuvent être favorables ou pas à l’accomplissement de chacun et au respect du bien commun.
Un tour d’horizon des grands courants de l’urbanisme montre l’apport de chaque période à la construction du territoire. C’est pourtant vers une impasse que nos sociétés se dirigent malgré l’abondance des textes de loi, des réglementations, des autorisations et des interdictions qui encadrent la construction de la cité. Il est facile de constater que le territoire n’est pas uniquement le support de multiples activités mais traduit une conception du développement et de la solidarité. De lieu, il devient milieu.
La périurbanisation qui écarte de la ville ses fonctions premières, le déploiement des zones d’activités de plus en plus éloignées des centres, la relégation de l’habitat social dans des ghettos de pauvreté, le sacrifice de la nature au nom de l’efficacité ont rendu la plupart de nos villes peu vivables pour la majorité de leurs habitants. Les espaces agricoles se réduisent inexorablement et la bétonisation dégrade des paysages qui en perdent leur beauté.
Richard Trapitzine pose la question redoutable de « l’impasse urbaine » et plus largement de « l’impasse territoriale » auxquelles sont confrontés tous les acteurs de la cité : acteurs publics qui, au-delà du droit, voient leurs prérogatives diminuer, constructeurs en quête de rentabilité, aménageurs à la recherche de reconnaissance, maires bâtisseurs trop souvent destructeurs. Mais les habitants eux-mêmes ne participent pas à des débats de juristes et de techniciens qui habitent rarement dans les lieux qu’ils dessinent. Le pouvoir de la technostructure est redoutable, celui des élus plus politicien que conforme à l’intérêt général et celui des citoyens quasiment nul.
C’est pourquoi l’auteur accorde une grande importance à la démocratie participative et à la capacité de la société civile à pouvoir agir sur son propre destin. Si la tâche est si difficile, c’est sans doute parce qu’elle est étrangère à une culture de l’efficacité qui serait celle des « sachants » et à une démocratie de la représentation où la citoyenneté se résumerait à déposer tous les cinq ou six ans un bulletin dans une urne. Elle renvoie à la responsabilité citoyenne, dès l’école, dans la construction du cadre de vie, et à la capacité de tous à mieux se comprendre, s’accepter et se respecter.
L’auteur analyse les raisons d’une indispensable réforme des pratiques pour réintroduire le facteur le plus important et le plus oublié dans l’aménagement du territoire : le facteur humain, l’habitant, quels que soient sa condition, son revenu, son statut ou son emploi. En utilisant habilement les illustrations de la « roue de la gouvernance territoriale », Richard Trapitzine démontre que la ville harmonieuse n’est pas une utopie de l’esprit mais reste à imaginer dans le cadre d’un urbanisme participatif susceptible de faire évoluer toutes les pratiques de la transformation de l’espace.
Les réponses techniques ne suffiront pas dans une société de mobilité généralisée toujours en quête du bon territoire. Le territoire économique, toujours de plus en plus étendu et le territoire social dont la pertinence est tout au contraire au niveau du quartier si ce n’est de l’îlot ne rentrent plus dans les limites administratives des collectivités territoriales ou des intercommunalités. La réponse est dans le projet politique et le projet de territoire qui doivent précéder les documents d’urbanisme et être bâtis avec le concours de tous. Cet essai se conclut par une série de propositions pour mettre en place une gouvernance territoriale pour un développement durable et humain.
Cent ans après la première loi d’urbanisme, la loi Cornudet, à un moment où de nouveaux textes sont en préparation, cette réflexion vient à point nommé pour nous rappeler que l’espace n’est pas extensible, que la question foncière est primordiale et que le « droit à la ville » n’est pas celui de tous ses habitants. Réintroduire l’humain dans l’urbanisme n’est pas exclure ceux dont c’est le métier. C’est tout au contraire les inviter à associer à leurs travaux celles et ceux que l’on n’entend jamais, les habitants, notamment les plus précaires, en particulier dans les quartiers appelés prioritaires. C’est aussi replacer la classe politique devant ses responsabilités : défendre le bien commun par des projets politiques d’avenir, porteurs de l’intérêt général, en préalable au formalisme des documents d’urbanisme prescriptifs.
La fracture sociale s’élargit dans une relative indifférence. Les préoccupations environnementales s’affirment. Le numérique transforme totalement nos modes de vie et nos outils de production sans pour autant créer assez d’emplois pour la population active.
Plus que jamais nous avons besoin de sens et de solidarité.
Merci à Richard Trapitzine de nous inviter à changer de regard et nos pratiques, pour changer de vie.
Philippe Langevin
Économiste-maître de conférencs Aix-Marseille Université Président de l’association régionale pour le développement local Provence-Alpes-Côte d’Azur
INTRODUCTION
En mars 2019 sera célébré le centième anniversaire de la première loi d’urbanisme, la loi Cornudet.
Au cours du siècle écoulé, l’urbanisation s’est étalée sur le territoire, au détriment des campagnes et des espaces naturels. Le développement des moyens de communication, associé à la pression du marché de l’immobilier en sont les principales causes. Autour des villes et des noyaux villageois, l’urbanisation s’est diluée. Des espaces de vie, en perte de repères, sont devenus des « villes-territoires » en quête de racines.
Au lendemain des attentats de Charlie Hebdo en janvier 2015, arrivé au crépuscule de ma vie professionnelle, l’urbaniste de terrain que je suis s’est demandé comment nos cités de banlieue paisibles à leur origine avaient pu devenir, en une trentaine d’années, des lieux de conflits sociaux, ethniques ou religieux.
Les politiques successives d’urbanisme de logement, celles de l’éducation, n’en seraient-elles pas en partie responsables ?
Tous les experts s’accordent à reconnaître que les solutions aux problèmes de nos villes passent d’abord par l’éducation, la formation, l’emploi. L’urbanisme en constitue le support.
Le rapport remis le 26 avril 2018 au Premier ministre par Jean-Louis Borloo, concernant les quartiers prioritaires, vient encore de le confirmer.
Aujourd’hui, le monde sans frontières, concurrentiel et violent, dans lequel nous vivons, est plus que jamais dominé par la finance, la vitesse, l’immédiateté, l’appât du gain, les valeurs matérielles…
C’est-à-dire, par l’Avoir au détriment de l’Être.
La ville et l’ensemble de nos espaces de vie en portent les stigmates.
Comment alors, dans ce contexte de violences urbaines, serait-il possible de rapprocher le cœur des hommes au cœur de nos cités ?
Serait-ce une utopie 1 de penser qu’un changement de cap est encore possible ?
Personnellement, je ne puis me résoudre à en douter, ne serait-ce que pour transmettre un message d’espoir, et faire en sorte que demain :
– les villes de nos enfants puissent retrouver un climat empreint de sérénité,
– les Êtres ne soient plus guidés uniquement par l’Avoir pour le Pouvoir ou inversement,
– les Savoirs contribuent à façonner des Êtres fraternels,
– l’on puisse de nouveau sortir de chez soi sans refermer la porte à clef,
– les grandes manifestations populaires n’aient plus besoin de mobiliser des compagnies entières de CRS,
– les enfants puissent, comme ma génération l’a connu dans le courant des années 50, aller tranquillement à pied à l’école, ou adolescents partir en groupe le dimanche en chantant dans des trains de banlieue,
– la solidarité soit au cœur du développement de la cité, une cité où l’accès au savoir à l’éducation, à l’emploi, à la culture soit accessible à tous,
– chaque individu soit libre de se déplacer, de penser, de pratiquer en toute quiétude la religion de son choix sans offusquer son voisin,
– les citoyens, respectueux des principes démocratiques de notre République, ne s’abstiennent plus lors des élections et accordent de nouveau leur confiance à des représentants élus dignes et courageux,
– en définitive le développement durable 2 ne soit plus une quête mais une réalité, afin que le monde que nous léguerons à nos enfants soit humainement meilleur et naturellement mieux préservé que celui que nous aurons traversé.
Certes l’urbanisme ne pourra à lui seul, répondre à ces attentes. Puisse la manière de le concevoir, de le réaliser et y contribuer.
Nostalgies, utopies, direz-vous ?
Le challenge pour les urbanistes, n’est-il pas de rendre réaliste sur le long terme ce qui peut apparaître à court terme comme des utopies ? Alphonse de Lamartine écrivait « les utopies ne sont que des vérités différées ». Jules Verne nous permit de le prouver un siècle plus tard.
Les utopies ne finissent-elles pas avec le temps par devenir des réalités ? Même si quelque part elles restent sous l’influence de l’inconscient de ceux qui les imaginent.
J’ai au fond de moi l’intime conviction que les forces de la raison procureront à nos successeurs et à tous les hommes de bonne volonté les moyens de le relever, quand bien même, si à l’échelle d’une génération nous ne connaîtrions jamais l’aboutissement de ce challenge.
Alors, si l’homme ne refait malheureusement pas l’histoire, celle-ci nous enseigne que l’être humain, sur son territoire de vie, possède une faculté naturelle de résilience, la possibilité comme le Phénix, de renaître de ses cendres et par suite de ne jamais désespérer.
Un nouvel urbanisme humaniste reste encore possible, un urbanisme en recherche constante de mieux-être pour des individus, membres de groupes sociaux. Un urbanisme qui soit en même temps un urbanisme responsable, soucieux de préserver les conditions de vie des générations futures. Donc un urbanisme du présent pour l’avenir.
Pour cela, ouvrons les yeux sur notre passé récent, tirons-en les enseignements et réorientons nos politiques et nos pratiques urbaines en conséquence. Tel est l’objet de cet ouvrage.
C’est avec le prisme d’un professionnel de l’urbanisme, homme de terrain, laboureur d’espaces de vie depuis 60 ans, que nous allons tenter de percevoir les raisons qui nous ont conduits dans l’impasse urbaine actuelle, depuis les origines de notre urbanisme moderne, qui prit naissance à la fin du XIX e siècle.
Nous essaierons d’en tirer les enseignements.
Enfin avec modestie, beaucoup d’humilité et de manière certainement incomplète, nous revisiterons nos pratiques urbaines planificatrices et opérationnelles. Nous proposerons de les réorienter en conséquence vers un peu plus d’humanisme. C’est-à-dire vers un urbanisme qui rapproche au lieu d’isoler, un urbanisme de l’empathie, fait d’enrichissement mutuel, ouvert au dialogue entre les êtres. En un mot un urbanisme du vivre ensemble qui construise des passerelles entre des oppositions fertiles et fécondes.
À cet effet pour être durables, nos villes du futur devront être co-construites pour et avec les habitants, dans un processus partagé spatialement et socialement.
Car, même si depuis un demi-siècle les citoyens sont davantage écoutés, grâce à la montée en puissance du pouvoir associatif, des progrès restent à faire, pour une contribution effective des individus à leur cadre de vie.
Tel sera l’esprit de la démarche à but humaniste développée dans le présent ouvrage.
Nous espérons ainsi alimenter le débat interdisciplinaire qui s’impose, pour sortir de l’impasse urbaine actuelle et tenter de redonner à l’humain la place qui lui revient au cœur de nos villes/territoires.
Nouvelles donnes
Selon l’Organisation des Nations Unies la population mondiale, qui était de 7,55 milliards au 1 er juillet 2017, devrait passer à 9 milliards en 2050 3 .
L’accroissement démographique exponentiel, la mondialisation, les évolutions du numérique, le changement climatique, les économies d’énergie, les techniques de l’information et de la communication, les flux migratoires, la montée des radicalismes, etc. ont en quelques années fondamentalement bouleversé nos comportements, nos modes de vie, nos rapports aux autres.
Les violences urbaines, les replis nationalistes ou communautaristes, l’atomisation/individualisation des pratiques sociales sont les conséquences des ruptures de liens constatés dans nos espaces urbains.
L’auto-mobilité, le numérique, le culte pavillonnaire, ou encore le consumérisme, toutes ces pratiques isolent. L’équilibre planétaire est menacé par le changement climatique. Le développement de « l’homo urbanicus » depuis une centaine d’années nous contraint à des regroupements de populations de plus en plus denses.
En conséquence, nos villes se peuplent chaque jour davantage, deviennent de plus en plus compactes, elles se cherchent de nouveaux équilibres.
A l’échelle planétaire nos territoires de vie se restreignent sous les effets du changement climatique. Pourront-ils accueillir dans les trente prochaines années deux milliards de terriens supplémentaires ? Cette question interpelle de nos jours tous les « chercheurs » de l’urbain.
Erik Orsenna et Nicolas Gilsoul dans Désir de villes 4 , nous ouvrent des pistes pour y répondre, laissant aux responsables politiques le soin d’apporter des réponses concrètes.
L’urbanisme doit effectivement proposer, d’ériger des contre-feux inclusifs, qui permettent à nos cités d’intégrer les nouvelles donnes sociétales, leur permettant de redevenir ce qu’elles n’auraient jamais dû cesser d’être : des espaces de citoyenneté favorisant le bien vivre ensemble.
L’observation des pratiques urbaines nous enseigne que l’individu a besoin de s’approprier son cadre de vie pour s’y épanouir et y ancrer ses racines. Mais sans nécessairement s’en rendre propriétaire. Logement, travail, mobilité, économie, alimentation, loisir, détente, culture, méditation religieuse et spirituelle, etc. constituent des préoccupations quotidiennes. Chacune de ces fonctions fluctue avec la nature et les attractivités de nos bassins de vie, ainsi qu’avec leur mode de gouvernance politique.
Les réflexions actuelles sur le cadre de vie des populations s’inscrivent effectivement dans un contexte fortement marqué par des positions radicales de tous bords, qui se bousculent à une vitesse fulgurante. Ces rapides changements sociétaux remettent en question les fragiles équilibres antérieurs. Ils contribuent à la perte de nos principaux repères. Dans ce contexte nous avons tendance à nous isoler et à oublier le sens de l’intérêt commun.
En corollaire, nous assistons, à une montée des extrémismes et à une désaffection des principes laïques et démocratiques de notre République. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer les récents débats politiques en France bien sûr, mais aussi dans des pays occidentaux dits démocratiques notamment aux États-Unis et en Europe. Au plan géopolitique, l’espace démocratique qui a longtemps fait figure de modèle tend à se réduire. En une décennie, notre système de gouvernance a perdu son statut référent, au profit de pays gouvernés par des dictatures comme en Russie, en Asie et dans les pays arabes.
La France et plus largement l’Europe, subissent d’incessants flux migratoires. Ceux-ci sont liés aux conséquences du radicalisme, notamment islamiste, générateur de guerre et de chaos, ainsi qu’à celles du changement climatique et des pénuries alimentaires qui en découlent.
S’il n’existe pas de rapports directs entre le radicalisme religieux et l’urbanisme, des effets n’en demeurent pas moins indirects. Ils nous interpellent sur la manière de faire cohabiter dans notre pays de nouveaux groupes sociaux de cultures, de mœurs et de croyances différentes sur les mêmes territoires urbains. Ces évolutions ne nous commandent-elles pas de refonder avec clairvoyance notre politique de mixité sociale et notre façon de concevoir nos espaces de vie ?
Les évènements violents et dramatiques, vécus depuis 2015, ne sont, à l’évidence, pas étrangers à ces évolutions. Comme souvent dans l’histoire, ils trouvent leur origine dans des courants de pensée qui se servent de la religion en la dévoyant, pour assouvir des soifs de pouvoir et nous imposer des modes de vie. Ces évènements nous amènent à nous interroger sur les évolutions de nos pratiques sociétales, l’organisation de nos territoires, et leurs modes de gouvernance.
Les bouleversements sociétaux que nous subissons ont des impacts directs sur la façon de vivre au cœur de nos cités. Les modes de vie qui sont les nôtres sont étrangers aux nouveaux migrants. Notre ville n’est pas celle qu’ils ont pu connaître auparavant dans leur pays d’origine. Nos codes relationnels, les obligations et les devoirs que nous véhiculons, leur sont inconnus. Autant de facteurs qui ne facilitent pas leur intégration, pire, les conduisent à la refuser.
L’urbanisme et l’aménagement du territoire, directement concernés par ces constats, n’en ont pas pour autant pris la mesure. Depuis plus de cent ans, le curatif a trop souvent prévalu sur le préventif, faute de volonté politique, de visions prospectives, de stratégies et d’actions anticipatrices.
Mes soixante années de vie professionnelle débutée en 1957 au service de l’Urbanisme de la Préfecture de la Seine et des Grands travaux de la ville de Paris, puis poursuivie en qualité d’urbaniste libéral, m’incitent à croire qu’en ces domaines d’autres chemins sont possibles. À la condition, toutefois, de replacer l’Homme au centre des préoccupations fondatrices, de ce que l’on pourrait convenir de nommer, non plus seulement développement durable, mais DHU « Développement humain durable » . Cela présenterait l’avantage de redonner du sens à ces deux termes « valise » quelque peu galvaudés.
À l’époque de mes débuts professionnels, les ingénieurs en herbe dont j’étais, effectuaient encore leurs opérations à la règle à calcul et la table de logarithmes. L’ordinateur n’existait pas encore et d’encombrantes machines à calculer commençaient à apparaître. Le photocopieur n’existait pas davantage. Les cartes de l’IGN se dessinaient à la main. La radiotélévision, qui vivait ses premières heures, allait se doter d’une maison. Le périphérique parisien et l’autoroute du sud commençaient juste à être construits. Charles Trenet chantait « Nationale sept ». La France connaissait le plein-emploi et l’espérance du « mieux vivre » habitait tous les esprits.
La fin des « Trente Glorieuses » allait brutalement mettre un terme à l’insouciance de la génération d’après-guerre, dont je faisais partie. Aurions-nous fait un rêve ?
Les récentes années de barbarie que nous venons de vivre en France, en Europe et dans le monde, et ce n’est probablement pas terminé, nous renforcent plus que jamais dans l’idée qu’une simple politique sécuritaire, certes nécessaire, ne suffira pas.
Arrêtons de coller des rustines sur nos villes et leurs banlieues. Nous avons besoin de repenser la politique urbaine de fond en comble, comme la V e République l’avait fait à son origine en 1958 sur les décombres de la IV e . Sachant pertinemment que, quelles que soient les réformes mises en œuvre, elles seront toujours incomplètes.
Depuis la fin de la guerre 1939-1945, nos modes de vie matériels ont été bouleversés, alors que nos fondements spirituels et religieux ont peu évolué. Internet et l’ensemble des moyens de communication sont venus révolutionner notre quotidien, réduisant à epsilon la distance-temps et transformant le monde en un village global.
Durant cette période, la ville n’a cessé de tenter de s’adapter à ces évolutions technologiques, mais toujours avec un temps de retard.
Faute de vouloir ou de pouvoir anticiper, notamment en raison des blocages juridiques de notre état de droit, la planification urbaine qui en a découlé, n’a pas favorisé la responsabilisation des citoyens et leur implication dans le devenir de leur cadre de vie.
Le résultat de cette planification s’est traduit par une ville éparse, atomisée, étalée, dévoreuse d’espaces naturels et agricoles. En d’autres termes une ville qui n’a pu qu’inciter au repli sur soi des populations. La ville que nous avons laissée se développer, a eu tendance à séparer les fonctions et les individus. Le moi a dominé le nous , l’individuel a pris le pas sur l’intérêt collectif.
Tout espoir n’est cependant pas perdu.
Un récent ouvrage intitulé Faire société en ville 5 , nous laisse percevoir qu’en se dotant d’une vision prospective, en agissant sur le métabolisme de la ville, un urbanisme de l’humain reste encore possible. Un urbanisme dans lequel une prise de conscience du jeu collectif s’imposera, pour nous sauver des effets néfastes de la somme des jeux individuels qui ont façonné les développements urbains au cours des cent dernières années.
Tel que nous les avons conçues ou laissées concevoir, nos cités et nos extensions urbaines n’étaient évidemment pas prêtes à répondre aux besoins actuels.
Comment alors, dans ces conditions, accueillir les flux migratoires que nous subissons ?
Comment surtout loger les habitants à faible pouvoir d’achat ? Les politiques locales en matière de logement social font souvent penser au jeu de « mistigri », dans lequel on tente de se débarrasser du problème en le passant à son voisin.
Les cœurs traditionnels de nos villes attirent, par les richesses de leur patrimoine ancien, les ambiances de vie à l’échelle humaine, qu’ils procurent, mais à la condition toutefois de proposer un minimum de services, d’accessibilité, de confort et de commodités. Faute de quoi les familles préfèrent aller chercher la ville à la campagne et faire leurs courses dans les centres commerciaux en périphérie des agglomérations.
Conséquence des laisser-faire, les centres anciens deviennent moins attractifs, tendent à se paupériser, avec en corollaire une extraordinaire croissance des mobilités.
Les lois SRU, Grenelle, ALUR tentent de nous démontrer que le bonheur des urbains pouvait trouver un meilleur épanouissement dans la « ville sur la ville », que dans cette ville éparse présentée comme un miroir aux alouettes, au cours des années 1970 à 2000. Cela est vrai, à la condition toutefois que l’on se préoccupe de son accessibilité, de ses dessertes, de ses services et que l’on y favorise des lieux de rencontres, d’échanges, d’enrichissement culturel, de loisirs, ainsi que l’intégration de nouvelles activités, via l’informatique et les techniques de l’information et de la communication. En un mot, que l’on y organise de nouveaux lieux favorisant la rencontre, l’échange et l’harmonie sociale entre les habitants.
Le bonheur des urbains ne serait-il pas alors à rechercher plus globalement, dans la réorganisation de la ville historique et dans l’organisation de la ville éparse, que Martin Vanier 6 dénomme le « tiers espace » ?
De nouvelles voies sont-elles possibles ?
Comment éviter que nos villes du XXI e siècle ne deviennent de nouvelles Babylone ?
Comment lutter contre la montée des obscurantismes, des populismes et du radicalisme religieux ?
Peut-on espérer répondre à ces questionnements uniquement en misant sur un rebond économique, une réforme du marché du travail, une politique sécuritaire et par des prescriptions juridiques ?
Des réponses complémentaires, ne seraient-elles pas aussi à rechercher dans l’éducation et l’urbanisme ? Dans un apprentissage du relationnel urbain et un traitement de nos espaces de vie qui favorise ce relationnel ?
Telles sont des questions de fond auxquelles les responsables politiques et avec eux, les urbanistes, les philosophes, les sociologues, les anthropologues, les économistes, les environnementalistes, doivent d’urgence s’attaquer, non pas séparément les uns des autres, mais en synergie.
Face aux fractures territoriales, politiques et institutionnelles, comment retisser aujourd’hui des liens sociaux entre les individus, au cœur de nos cités, pour leur redonner une parcelle d’espérance en un avenir meilleur, quel que soit leur courant de pensée philosophique ou religieux ?
Les flux migratoires ont un impact direct sur le vivre ensemble, les conditions d’accueil et l’insertion des nouveaux migrants d’origines ethniques et religieuses diverses.

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