Pouvoirs locaux et gestion foncière dans les villes d Afrique de l Ouest
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Description

L'aménagement urbain met en jeu de nombreux acteurs. Cet ouvrage analyse leurs pouvoirs, les formes de légitimation et leur impact sur le devenir des villes alors que les conflits autour des ressources s'exacerbent. Allant de Conakry à Cotonou, en passant par Lagos ou Lomé, la diversité des cas met en lumière les mécanismes communs et les spécificités, liées à l'histoire socio-politique locale.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2006
Nombre de lectures 240
EAN13 9782336272382
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1 @wanadoo.ft
© L’Harmattan, 2006
9782296010413
EAN : 9782296010413
Sommaire
Page de Copyright Page de titre Introduction BÈ, du vieux village au bastion de l’opposition démocratique : les formes de pouvoir et leur mode de légitimation dans le cadre de la gestion et l’aménagement urbains à Lomé (Togo) Formes et légitimations de pouvoir à Cadjèhoun (Cotonou) et impact sur l’aménagement urbain (XIX e -XX e siècles) Chefs administratifs, loi coloniale et aménagement urbain. De l’appropriation collective à l’appropriation privée à Conakry (fin XIX e s-années 1950) L’évolution du pouvoir et son impact sur l’aménagement des quartiers périphériques de Conakry. Le quartier de Tombolia (commune de Matoto). Power relations in ward level governance in an urban setting : Ajegunle-Lagos (Nigeria) since the 1950’s
Pouvoirs locaux et gestion foncière dans les villes d'Afrique de l'Ouest

Odile Goerg
Introduction
La spécificité de la réflexion proposée ici sur Pouvoirs locaux et gestion foncière dans les villes d’Afrique de l’Ouest tient à l’approche historique, située sur la longue durée. Cette perspective diachronique se veut également comparatiste, entre des villes de colonisation française (Cotonou, Conakry) mais aussi britannique (Lagos) et mandataire (Lomé). Histoire et espace se trouvent ainsi diversement mêlés. Cette recherche s’intéresse en effet à des villes au passé plus ou moins ancien et porte sur des échelles spatiales différentes.
Le cœur de ce travail sur l’aménagement urbain réside aussi dans l’étude des « légitimités et légitimations des pouvoirs ». Par « légitimité », on entend, ici, ce qui fonde le pouvoir conféré à un individu ou à un groupe, par une instance extérieure qui peut être la communauté, l’État, par un processus de nomination ou d’élection.;. La légitimité d’aucun peut bien sûr être contestée par autrui. D’où l’intérêt d’un autre concept, celui de légitimation. Par « légitimation », on fait référence aux arguments utilisés pour asseoir le pouvoir, à l’idéologie mise en avant pour justifier la détention d’un pouvoir. Les deux aspects peuvent coïncider ou non et évoluer au fil du temps. Ainsi les chefs de quartier, nommés dans le cadre du système colonial français, tirent leur légitimité d’un acte administratif de nomination, attesté par l’arrêté publié au Journal officiel et, à partir des années 1930, le procès-verbal d’élection. Leur légitimation varie par contre selon les individus et les points de vue (les administrés, les colonisateurs, les chefs eux-mêmes), selon les périodes et les circonstances (contexte, auditoire auquel on s’adresse...) 1
L’interrogation centrale concerne donc les acteurs, leurs changements au fil des décennies et les éléments qui leur permettent d’asseoir leur pouvoir et de justifier leur intervention lors des prises de décision. Quelle est l’autorité qui leur permet de s’exprimer et éventuellement d’agir ? Dans quel domaine leurs compétences sont-elles reconnues et/ou sollicitées ? Dans quelle mesure l’ancrage des pouvoirs affecte leur efficacité ? On peut imaginer d’emblée la diversité des cas, selon la profondeur historique ou les modalités d’expression du politique à l’échelon local. Dans cette perspective, l’aménagement urbain et la question foncière ne sont pas, et de loin, les seuls domaines de compétence des acteurs identifiés à l’échelle locale. Ils ne sont qu’un élément, parmi bien d’autres, des marques de pouvoir et des domaines d’action. Il faut, bien sûr, élargir la notion d’aménagement urbain et considérer le rôle que peuvent jouer d’autres acteurs (religieux, associatifs...) dans la demande, la mise en place ou l’entretien de certains équipements. Il s’agit là, bien souvent, de suppléer les carences des organismes légalement et théoriquement responsables de ces questions.
Ainsi, ce sont, plus globalement, les modalités de la gestion urbaine qui sont interrogées : le projet vise notamment à « rechercher à travers le jeu des acteurs, sur la longue durée, comment le quotidien se construit et se gère dans le cadre du passage de la vie traditionnelle villageoise aux situations de cités difficiles » (Michel Goeh-Akue).
Cette formulation, opposant le village à la ville selon un modèle dichotomique, suppose la présentation des espaces étudiés. Analyser sur la longue durée un même espace urbain implique, en effet, de mettre à jour les changements de statut de celui-ci au fil des ans. Les études portent sur des portions des capitales actuelles, politiques ou économiques, au Bénin, Togo, Nigéria et en Guinée. Deux cas de figure principaux ressortent des exemples étudiés : soit le quartier actuel fait partie, depuis la fondation ou en tout cas anciennement, de la ville (Ajegunle à Lagos, le centre de Conakry), soit il est resté longtemps autonome, hors de la ville. Dans ce cas, il eut longtemps le statut administratif de village, situé à la périphérie de l’agglomération, dans laquelle il n’a été intégré que récemment (Tombolia à Conakry, Cadjèhoun à Cotonou, Bè à Lomé). On peut déceler deux grandes phases d’intégration : la période postérieure à 1945, période de changements allant de pair avec une redéfinition globale du fonctionnement municipal (le local government des Britanniques), et celle des réformes contemporaines dans le cadre des nouvelles politiques de décentralisation et de municipalisation.
La problématique des pouvoirs ne se pose donc pas de la même manière selon les lieux considérés et les évolutions ne suivent pas les mêmes rythmes, et ceci pour des raisons variées : les enjeux pour le pouvoir central ne sont pas les mêmes, les mouvements de peuplement et donc d’allégeance sont différents, l’urgence de l’aménagement varie. La question des domaines de compétence et de l’impact sur l’aménagement urbain, notamment foncier, ne peut donc être envisagée de manière uniforme.
Cette introduction s’efforce de montrer la variété interne des problèmes existants et des solutions adoptées, tout en soulignant certaines orientations et évolutions communes tant les facteurs de variation sont nombreux 2 .
Les divers chercheurs, tous historiens, ont mobilisé des sources variées, en fonction des périodes concernées et des thèmes envisagés. Classiquement, ils ont eu recours à des archives, de la littérature grise (statistiques, textes de lois, rapports divers, enquêtes sociologiques) et ont puisé dans les travaux antérieurs. Les recherches sur les villes, et spécifiquement sur la gestion urbaine, se sont multipliées récemment car l’heure est à la démocratisation des structures municipales ou, en tout cas, à des formes de délégation des pouvoirs qui iraient du centre (quelle qu’en soit la formule politique) aux quartiers. Il faut souligner ici la part importante prise par les enquêtes de terrain et les témoignages oraux. Ceux-ci visent à mettre en évidence certains fonctionnements des pouvoirs que le discours officiel ou les arrêtés légaux gomment, car ils cherchent souvent à se calquer sur des modèles extérieurs alors que la culture politique locale ainsi que les pouvoirs en place diffèrent. Les politiques de déconcentration des pouvoirs urbains sont en effet mises en place sous l’impulsion d’organismes internationaux, généralement dans le cadre d’une coopération bilatérale 3 .
L’analyse sur la longue durée a été privilégiée de façon à souligner les mutations des formes de pouvoir en ville, mais elle pose d’emblée des problèmes méthodologiques car on ne peut présupposer ni la permanence des pouvoirs, ni la continuité spatiale. Ces points varient en fonction de la profondeur historique de l’installation (noyaux anciens/quartiers urbains récents), de la localisation par rapport à l’ensemble urbain (centre/banlieue/lointaine périphérie urbaine), politique urbaine (rouages administratifs et techniques mis en place, structures municipales mais aussi plan d’urbanisme ou actions au coup par coup), de la surface et du poids démographique ainsi que de la diversité des pouvoirs locaux.
Dans ce cadre, le comparatisme n’est pas toujours chose aisée à mener, oscillant entre l’éclatement, le morcellement des analyses du fait de la diversité des cas et l’écrasement des spécificités, par souci de mettre en évidence les points communs. Au-delà de ces généralités, les diverses questions méthodologiques sont abordées au cours du texte, à commencer par celle de l’échelle.

Entre ancien village, quartier et ward : des échelles spatiales variées
L’échelle privilégiée pour cette étude est celle de la proximité, le village ou le quartier, qui permet de mieux appréhender le fonctionnement des pouvoirs. Toutefois, selon les cas, ces espaces varient largement en termes de poids démographique et de surface. Entre le petit village intégré progressivement à la ville, l’ancien quartier de ville et l’énorme portion urbaine, le fonctionnement des pouvoirs ne peut être le même.
Ainsi Lagos, grande métropole, constitue un État inclus dans la fédération du Nigéria qui comprend 57 administrations locales, elles-mêmes sous-divisées en wards dont Ajeromi-Ifelodun LGA (Local Government Area), appelé aussi Ajegunle ward, étudié ici. Quoi de commun entre cette zone, à l’histoire séculaire et très densément peuplée (Ajegunle ward abrite plus de 2 millions d’habitants) et le village de Cadjèhoun, fondé à la fin du XIX e siècle ? Celui-ci serait passé de 78 habitants en 1906, à 567 en 1939 pour compter maintenant environ 26 000 habitants. Pour sa part, l’ancien village de Bè (Lomé, Togo) et ses dépendances totaliseraient actuellement 100 000 personnes. L’ancien village de Tombolia, en pleine croissance, est, quant à lui, devenu un quartier au sens administratif du terme à la faveur de la politique de décentralisation entrée en vigueur en 1991 : il est le quartier le plus peuplé et le plus étendu des 30 quartiers de la commune de Matoto (sur un total de 98 pour tout Conakry).
Du simple fait de l’importance quantitative, la diversité des pouvoirs ainsi que les modes de relations entre les autorités et les habitants ne peuvent être les mêmes. Par ailleurs, la notion de quartier ou de ward (Lagos) n’a pas le même contenu administratif, selon les villes et les époques. De même, le rapport affectif à l’espace, sa territorialisation par une population donnée, varie fondamentalement en fonction de son histoire et de la capacité de contrôle du pouvoir central.
Ainsi le ward a, au départ, une définition strictement électorale dans le système colonial britannique. Cette division urbaine a été conservée après l’indépendance, en tant qu’unité politique. Avec le temps, elle a revêtu un autre sens pour ses habitants qui se sont identifiés à cet espace : il renvoie désormais à la notion de communauté, aussi bien pour les autochtones (Yoruba), qui font allégeance envers les lignages dirigeants, que pour les migrants (Hausa ou originaires du Sud Nigéria) qui les ont rejoints : « Chaque arrondissement constitue une communauté par l’attachement qui lui est marqué, de manière lâche par les éléments étrangers et émotionnellement, par les habitants ayant des liens historiques » (Ayodeji Olukoju) 4 Dans ce sentiment d’appartenance à un groupe, la propriété foncière joue un rôle de ciment pour les natifs : « Le fait que les anciennes familles maîtresses de la terre exercent la propriété foncière, particulièrement à AJIF [Ajeromi-Ifelodun LGA dit arrondissement d’Ajegunle] est un facteur puissant de cohésion dans l’évolution et le maintien de la communauté et de son identité » 5 .
Ailleurs, c’est un ensemble de traits culturels qui soude la population à son espace. Dans le cas de Bè, il s’agit par exemple du partage de croyances, de modes de vie et d’activités économiques, ce qui se traduit également par un certain rapport au pouvoir central, qui serait caractérisé par la capacité de contestation.
Les fluctuations dans la définition même (trait d’union ?)du quartier (au niveau spatial ou administratif) ont un impact sur les jeux de pouvoir, ainsi que sur les enjeux. Mais l’échelle, la taille, ne sont pas tout. Il faut envisager aussi l’identité et la diversité des acteurs ainsi que la situation foncière.

Une multiplicité d’acteurs, une diversité de pouvoirs
La recherche a permis de repérer la variété interne des acteurs, certains se caractérisant par leur permanence, d’autres émergeant plus récemment, notamment dans le sillage du processus démocratique, aussi superficiel ou manipulé soit-il. Dans chaque quartier, on constate donc une cascade de pouvoirs mais aussi, le plus souvent, une superposition et juxtaposition de pouvoirs. Il faut donc s’interroger sur les interactions entre les divers niveaux ou les différentes formes de pouvoir et leurs variations au fil du temps. L’enchevêtrement fréquent des pouvoirs implique des notions telles que hiérarchie, compétition, non-transparence, sphères de compétence, conflits (liés à des compétences parallèles, contestées, ou à des mécanismes d’influences occultes).
Toute une gamme de sources d’autorité existe, s’exerçant sur la totalité ou une partie des habitants et présentant des compétences spécifiques, larges ou limitées. Dans tous les quartiers ou zones étudiées existent des pouvoirs que l’on peut qualifier d’anciens, dits aussi « traditionnels » ou « coutumiers » dont la légitimité précède, et de loin, l’organisation administrative de la ville, selon des déclinaisons variées. Il peut s’agir des premiers occupants, des familles dirigeantes antérieures à l’essor urbain, des chefs de terre. Il faut, bien sûr, mesurer la validité des légitimations avancées, tant les discours d’auto-légitimation ou les exemples de subversion historique sont fréquents. À ces pouvoirs anciens s’en superposent ou s’en juxtaposent d’autres : représentants de l’administration, élites nouvelles, dirigeants religieux, associations...
La typologie des acteurs évoqués n’est certes ni spécifique, ni même originale : ancien/nouveau, officiel/non-officiel, religieux/temporel, administratif/associatif... Cette présentation dichotomique est bien sûr schématique : elle n’est évoquée que pour ouvrir des pistes critiques.
Ainsi, les modèles d’organisation urbaine reposaient, dans la foulée des indépendances, sur le schéma du remplacement progressif des autorités anciennes, perçues comme rétrogrades ou même « tribales », par des rouages administratifs, nommés ou élus selon le contexte politique dans lequel on se plaçait. C’était faire peu de cas de l’ancrage profond des modes de commandement et de soumission mais aussi de leur efficacité dans la gestion. La permanence, parfois souterraine, ou la résurgence actuelle de formes anciennes d’autorité montre la force des liens entre d’anciens dirigeants et les populations 6 . Cette affirmation ne doit pas nous entraîner vers des raisonnements passéistes ou fixistes, allant dans le sens d’une Afrique éternelle. Plusieurs facteurs ont fondamentalement modifié les rapports des populations à des pouvoirs présents de longue date, rapports d’abord généralement niés autant dans le contexte colonial que dans le cadre de certaines politiques nationales 7 . Ont joué notamment l’afflux de nouveaux habitants ne se reconnaissant pas dans les rapports politiques autochtones, le cosmopolitisme des urbains, les référents modernistes, la suprématie des formes d’autorité émanant du gouvernement. Ce sont en effet les autorités politiques qui confèrent, en dernier ressort, une autorité reconnue et définissent des sphères de compétence.
Ainsi, le paradigme pouvoir officiel/non officiel doit-il être réexaminé afin de comprendre des mécanismes complexes de prises de décision ou d’influence. De fait, les autorités anciennes détiennent rarement un pouvoir officiel mais on fait appel à elles car leur prestige moral en fait les garantes de la paix sociale. Le jeu est alors subtil entre la méconnaissance de leur autorité et le recours en cas de besoin, comme le montre la situation à Ajegunle ward. Deux familles (Oluwa et Ojora) contrôlent l’essentiel des terres qu’elles gèrent par l’intermédiaire de représentants, dotés parfois d’une reconnaissance officielle (statut de chef de village, salaire versé par le gouvernement local). Alors que ces familles n’ont pas de statut légal dans le gouvernement local de Lagos, elles restent à la tête d’une chaîne de pouvoir dans le quartier et conservent une influence fondamentale sur les habitants, essentiellement les natifs du lieu, mais aussi les migrants plus récents qui se reconnaissent dans le quartier. Dans la pratique toutefois, ces familles ne sont pas consultées pour les questions d’aménagement urbain : on attend d’elles qu’elles répercutent les décisions prises par les autorités. En cas de crise toutefois, leur compétence en matière de règlement des conflits est requise du fait de leur prestige : les chefs connaissent les habitants et sont respectés d’eux, ce qui renforce leur rôle d’intermédiation. Ce fut le cas lors des crises interethniques entre Yoruba et Hausa (1999) puis Yoruba et Ijaw (2000). Cependant, pour que leur autorité morale se maintienne, il faut bien qu’une forme de pouvoir et de dignité leur soit reconnue : ainsi, « Le gouvernement honore généralement les lettres de recommandation ou les certificats d’origine donnés par les membres de ces familles à leurs administrés (sujets) à la recherche d’un visa ou d’un emploi de fonctionnaire. » 8
D’autres exemples confirment que l’opposition moderne/traditionnel ne fonctionne pas. Les rouages modernes du pouvoir (administratifs, électifs) ont besoin des référents traditionnels 9 tandis que les pouvoirs anciens trouvent les voies de la modernité, en particulier en présentant des candidats aux postes électifs ou en étant partie prenante de nouvelles formes d’organisation.

Entre CDA, CDB et autres formes d’organisation communautaire : la prise en charge par le bas
La diversité des besoins de la gestion urbaine génère de nouvelles formes d’organisation créées sur des bases bénévoles. Elles peuvent naître à l’échelle d’un quartier : au Nigeria, les Community Development Associations (CDA) se développent dans les années 1970 et acquièrent progressivement une reconnaissance officielle. À l’aide des cotisations des membres, ils prennent en charge divers aménagements du quartier (ouverture de rues, canalisations, maternité, centre communautaire). À Lomé, le Comité de Développement de Bè (CDB) a vu le jour en 1985 mais il ne prend réellement de l’importance qu’après les troubles socio-politiques du 5 octobre 1990 : il s’agit pour le quartier de se donner les moyens de réagir contre la situation de paupérisation et de marginalisation. Diverses associations membres mènent des programmes de salubrité (curage d’égouts, traitement de la lagune envahie par les nénuphars, aménagement des berges, ramassage d’ordures ménagères) mais le meilleur exemple de coopération est la construction et la gestion du Centre culturel de Bè. Ces deux exemples montrent bien que les besoins ne se limitent pas à l’aménagement urbain, au sens matériel du terme, mais renvoient à la notion de « communauté » dans un contexte de croissance urbaine qui tend à noyer les particularités.
Parallèlement à ces associations englobantes, en existent d’autres qui regroupent une partie de la communauté : les jeunes (comme l’AjeromiIfelodun Youth Council), les étrangers... D’autres ont une fonction plus précise, à l’instar des associations de marchés, fondamentales au sud-Nigéria et qui émergent désormais ailleurs. À Cotonou, des commerçantes, constituées en Association des femmes vendeuses du marché de Cadjèhoun (AFVMC), ont créé en 1978 le marché de Cadjèhoun 1, baptisé Nugbodékon, le « marché de la vérité » dont elles assurent seules la gestion. Le marché a été réhabilité entre 1995 et 1998 avec la coopération internationale. Une association dérivée de l’AFVMC permet aux femmes de déposer leur épargne et d’accéder au crédit : il s’agit de l’association d’entraide des femmes (ASSEF). Une organisation similaire des femmes du marché existe à Lomé.
Les regroupements de fidèles au nom d’une religion rentrent également, peu à peu, dans cette logique de gestion urbaine et de l’élargissement de l’offre d’équipements.

Religion, politique et autorité
Dire que le facteur religieux est fondamental dans la configuration des pouvoirs en Afrique est une banalité. Affirmer que se mêlent actuellement des héritages anciens (notamment la perception de la non séparation du religieux et du temporel), des croyances et organisations religieuses récentes, l’est aussi. Se situer à l’échelle locale et avoir une vision sur la longue durée permet toutefois d’illustrer ceci précisément.
Le poids du religieux s’exprime ainsi dans les cultures du golfe de Guinée, aussi bien à Lomé qu’à Cotonou ou, plus au nord, à Conakry. La cohésion de la communauté de départ, celle de Bè ou de Cadjéhoun, est assurée en particulier par des pratiques religieuses communes, autour d’un chef spirituel reconnu par tous. À Bè, la fonction de chef de la forêt sacrée, l’aveto, en fait un être retiré du monde qui ne peut assurer un pouvoir temporel. Ce serait la raison de la nomination par les Allemands d’un chef de canton, assisté de notables (les chefs des anciens hameaux). Actuellement, la fonction d’aveto n’est pas occupée mais l’institution jouit toujours du respect des populations aussi bien autochtones qu’étrangères. L’intronisation du nouveau pontife est toutefois gravement compromise par l’expansion urbaine car la petite forêt, où il doit faire sa retraite, est envahie par des ordures ménagères et de la ferraille. Le fait que l’aménagement urbain n’ait pas tenu compte des contraintes des anciens pouvoirs, notamment dans leur dimension spirituelle, montre bien les limites de leur influence. La situation des anciennes familles baga, détentrices d’un pouvoir religieux à Tombolia, est similaire.
Le religieux peut aussi prendre des formes contemporaines, comme le montre, dans une zone de Lagos, l’incursion récente d’Églises chrétiennes sur le terrain politique : la volonté de neutralité est dépassée dans une optique d’éducation civique des adeptes et de formation des candidats afin que soit moralisée cette sphère. Cet objectif, poursuivi par la Christian Association of Nigeria (CAN), se heurte toutefois à des dissensions internes et ne peut faire l’unanimité.

Sphères de compétence et autorités locales : l’aménagement urbain et le foncier au cœur des enjeux
Les domaines de compétence des acteurs identifiés à l’échelle locale varient en fonction du quartier et de son histoire. Cependant toutes les questions liées à la vie urbaine au quotidien, du détail le plus trivial aux grands projets, les concernent. La spécificité du lieu fait le reste. Ainsi, à Lagos, la gestion des marchés et le thème de la sécurité sont particulièrement importants. De manière générale, les formes de régulation sociale et l’identité des pouvoirs compétents pour gérer les conflits sont au cœur de la problématique. Ainsi, comment peut-on évaluer l’impact des mutations des pouvoirs sur l’aménagement urbain et les problèmes fonciers, allant du litige entre voisins à l’ouverture de nouveaux lotissements ou au plan d’urbanisme ?
La maîtrise de l’espace constitue une des marques habituelles du pouvoir. Il n’est donc pas étonnant que le foncier apparaisse en filigrane dans des études qui portent sur la hiérarchie des pouvoirs urbains, leurs formes de légitimation et leur impact sur l’aménagement urbain.
Les recherches contemporaines montrent que le foncier fait l’objet de tractations complexes entre de multiples acteurs, organismes publics ou para-publics, privés, propriétaires de type usufruitier ou privatif. Ainsi que l’observe Alain Durand-Lasserve :

« Deux problèmes se surimposent l’un à l’autre : celui du monopole foncier de l’État d’une part, celui de la persistance des formes coutumières de gestion foncière à la périphérie des villes » 10 .
L’approche historique met en évidence l’ancienneté et les racines de ce processus. Elle montre également le mélange ambigu de discours s’appuyant à la fois sur une phraséologie de la coutume et sur la loi foncière d’inspiration occidentale, revue et corrigée par la colonisation. Le fait d’envisager la question foncière sur la longue durée permet de porter un regard rétrospectif sur les modalités de l’aménagement des espaces périurbains et le rôle des divers acteurs 11 .
Le bilan global n’est donc pas surprenant au regard des réalités actuelles même si, comme le montrent certains auteurs avec pertinence, le poids des facteurs locaux reste vif, au-delà d’une volonté d‘homogénéisation des politiques 12 . On assiste à une marginalisation progressive de ceux qui contrôlent l’accès à la terre au nom d’une présence ancienne, cautionnée par la « coutume », quelle qu’en soit la profondeur. Le terme de « coutumiers » a d’ailleurs opéré un intéressant glissement de sens. Alors qu’il désignait auparavant des codes récapitulant les usages antérieurs à la loi coloniale, il renvoie actuellement aux acteurs garants de ces dites traditions. La marge de manœuvre des coutumiers nouvelle manière se réduit comme peau de chagrin dans le contexte de la marchandisation et de l’individualisation de la terre. En termes de légitimation, cette évolution suppose le passage du mythe des « maîtres de la terre », reposant sur le primat d’une autochtonie, érigée en autorité inamovible, à une approche bureaucratique et patrimonialisée. On note cependant, dans le même temps, des phénomènes d’instrumentalisation, de collusion d’intérêts et de partage des tâches entre anciens et nouveaux pouvoirs, notamment dans le contexte renouvelé de la démocratisation, souvent de façade, des années 1990. Les acteurs coutumiers s’avèrent en effet parfois indispensables dans la mise en œuvre de projets d’aménagement urbain. De ce fait, ils affirment leur place dans le nouvel organigramme des autorités. Le processus observé n’est pas forcément linéaire, mais il va globalement du collectif au privé par le biais d’un rapport légal à la terre introduit par la colonisation. Dans le contexte colonial, on constate toutefois des écarts notables par rapport à la pratique métropolitaine française et donc des innovations qui ont pour nom : Titre Foncier collectif, permis d’habiter ou permis d’occuper, étapes antérieures à l’appropriation privée.

Les acteurs à ras de terre: gestion foncière et légitimation, entre « coutumiers », État et administrations locales
Localement, les paramètres qui déterminent les stratégies urbaines sont variés et entremêlés. L’enjeu foncier dépend en particulier de l’ancienneté de l’urbanisation, de la localisation du quartier dans l’espace urbain et des rapports politiques. L’emplacement et l’histoire du quartier induisent des degrés divers de privatisation de la terre.
La situation au centre ou en périphérie, notions fluctuantes s’il en est, est un facteur fondamental. Dans le cas d’un vieux quartier urbain, la terre est généralement appropriée par l’autorité centrale de manière ancienne et l’aménagement planifié par le haut, même si les équipements peuvent être déficients actuellement. À l’inverse, tant que le village ou le quartier n’est pas au cœur des stratégies du pouvoir, la marge de manœuvre des pouvoirs locaux reste importante. Il en va ainsi de l’attribution des terres qui ne sont pas l’objet d’une forte demande mais constituent une réserve foncière potentielle. Cadjehoun et Bè, mais aussi Matoto dans la grande banlieue de Conakry, rentraient dans ce cas de figure. Mais la vive croissance qui caractérise les métropoles a eu pour conséquence le rattrapage des villages par la ville, phénomène observable partout. Ceci modifie totalement le rapport à la terre car on assiste à une marchandisation généralisée du foncier, dans le contexte de la prise de conscience de la valeur d’échange de la terre par les communautés villageoises ou leurs représentants 13 . Les expropriations, spoliations foncières ou tout simplement la compétition pour la terre sont partout des bases de conflits, conflits souvent ouverts entre les anciennes autorités locales et les pouvoirs centraux.
Ainsi, entre le quartier de Cadjèhoun et les quartiers centraux de Lagos, sans réserve foncière, il n’y a guère de point commun. L’emplacement urbain module la pression foncière et fait jouer des notions telles que centre/périphérie, lieux stratégiques, plan d’aménagement. Ces notions sont fluctuantes car leur contenu varie avec le temps. Ainsi, l’ouverture de nouvelles voies de communications, l’implantation d’infrastructures nouvelles (autoroutes, aéroport) ou la délocalisation du centre administratif peuvent déplacer les enjeux fonciers. Des terrains, autrefois peu convoités, se retrouvent au cœur des conflits. À l’inverse, une désaffection, momentanée ou non du noyau central primitif, peut y amoindrir les conflits fonciers. Les autorités en ont, bien sûr, conscience et exploitent ceci dans leur stratégie d’aménagement et de clientélisme par anticipation ou par report des projets de délocalisation 14 . De fait, l’existence de conflits ou de tensions entre les divers agents est inversement proportionnelle à l’enjeu que représente la terre : ce jeu entre le politique et l’économique s’accentue du fait de la conscience de la valeur des terres comme forme privilégiée d’investissement. En découlent des démarches spéculatives, touchant particulièrement les réserves foncières de la périphérie.
À propos de Bè, quartier de Lomé à la personnalité affirmée, l’expression forte d’« agression urbaine » est employée pour témoigner des perturbations liées à cette avancée de la ville et à ces manifestations dites modernes :

« La pire manifestation de cette urbanité est l’expropriation sans dédommagement dont ils [les habitants] ont été l’objet dans le cadre des nombreux aménagements socio-écoijomiques attachés à l’essor urbain : la construction de l’aéroport à partir de 1946-1947, celle du port et du domaine portuaire entre 1962-1967, la création de l’université dans les années 1970 ainsi que la zone d’habitat planifié de la Caisse de sécurité sociale et de Lomé Il » (Michel Goeh-Akue).
Dans ce cas, la notion d’intérêt public est mise en avant et les terres confisquées pour des usages publics. Il n’en est pas toujours ainsi et les spoliations peuvent profiter à des individus sous la forme d’achat spéculatif ou de détournement par des responsables locaux. Ainsi à Matoto (Conakry), un chef de quartier se serait accaparé des terrains collectifs à des fins personnelles. Dans ce cas, le caractère théoriquement électif de la fonction n’a pas été respecté, le pouvoir central utilisant cet échelon de pouvoir administratif pour placer des hommes liges.

Diverses strates d’autochtonie . entre « maîtres de la terre » et « coutumiers »
La reconnaissance implicite, par le biais de titres fonciers collectifs, de droits fonciers ne relevant pas de l’appropriation privée, pose la question de l’identité des titulaires des droits antérieurs. Qui gère la terre ? Comment ce pouvoir est-il transmis ? Quelle en est la légitimité ? Comment évolue la pratique du droit d’usage conféré sur la terre aux nouveaux venus ? Ces questions renvoient à la notion d’autochtonie et aux conflits éventuels autour d’elle. Dans les cas les plus fréquents (quartiers centraux de Lagos, Cadjèhoun à Cotonou et Bè à Lomé), les habitants anciennement installés sont dépositaires du pouvoir de distribution des terres. À Cadjèhoun, il s’agit de vingt-six collectivités fondatrices, originellement propriétaires de terres de cultures ; à Bè, de la communauté éponyme.
Mais on peut aussi constater l’existence de diverses strates d’autochtonie et donc, des légitimités diverses. Un groupe migrant, ayant bénéficié de terres, peut se trouver en position de répartir des terres à son tour. C’est le cas dans la banlieue de Conakry. L’exemple de la famille d’El Hadj Alpha Diallo, arrivée au tournant du XX e siècle, illustre ce processus. D’abord logée à Tumbo, elle s’installe ensuite en banlieue où elle peut garder son bétail : elle se fixe à Cameroun puis à Dixinn où elle « demande une autre terre aux vieux Bagas ». Ceux-ci lui confient des terrains, en conservant toutefois pour eux le bord de mer. À partir de là, cette famille joue le rôle de « maîtres de la terre », accueillant à son tour les nouveaux venus, dans un village peuplé principalement de Peul et dirigé par eux. Les chefs de Dixinn-Foulah sont en effet choisis parmi les migrants peul. Ceci ne pose pas de problème tant que la demande foncière est limitée et que la loi coloniale n’est pas appliquée à la lettre : on en reste à une conception usufruitière de la terre sans passage à une appropriation privée, individuelle, cautionnée par un titre de propriété. Les données changent après 1945 quand les autorités coloniales prévoient la planification des premiers villages de la banlieue, dont Dixinn-Foulah. Sont confrontées alors diverses pratiques foncières tandis que plusieurs légitimations sont mises en avant au nom de la « coutume » ou de la loi coloniale. Le chef de Dixinn-Foulah s’exprime ainsi en 1948 :

« Ces agglomérations ont été créées depuis 50 ans environ et il ne vient actuellement à personne l’idée de contester à leurs habitants, leurs droits d’occupation coutumière. C’est donc en ma qualité de représentant traditionnel de cette collectivité que j’ai cru devoir vous écrire. » 15 .
Les droits coutumiers invoqués ici ne découlent pas du droit habituel du « premier occupant » mais bien d’une installation plus récente, soit un demi-siècle, cautionnée par l’administration coloniale. L’identité des dépositaires coutumiers varie : seule la reconnaissance officielle vaut.

La loi, l’État et la coutume
L’énonciation des « coutumiers », de l’État et des administrations locales comme agents de l’aménagement foncier 16 évoque d’emblée des combinaisons nombreuses. Leur existence même et leur rôle muent au cours de décennies, ce qui permet d’envisager la question foncière sous l’angle des continuités et ruptures.
La question foncière dépend fondamentalement des rapports entre l’État et ses avatars, dans le cadre de la décentralisation contemporaine, et les anciens occupants. La colonisation constitue la rupture primitive par l’introduction du droit romain et la transformation du statut de la terre. Ceci est d’autant plus vrai de la pratique française, mettant l’État au centre du jeu foncier 17 . Les répercussions de ces changements peuvent toutefois être repoussées dans le temps, si la localisation des terrains ne les situe pas d’emblée au coeur des stratégies d’aménagement urbain. C’est le cas des quartiers de la périphérie, englobés récemment dans la ville. Par ailleurs, les colonisateurs innovent en cherchant à s’adapter aux situations locales tant que ceci ne s’oppose pas à leurs intérêts fondamentaux. Après l’indépendance, les pouvoirs étatiques agissent de même.
Avant la colonisation, le rôle des autorités centrales était limité dans le domaine foncier. Certaines familles, dépositaires d’un droit d’usage sur la terre, le conféraient aux nouveaux venus. La loi foncière coloniale, instaurant la prééminence de l’État, se fonde sur une spoliation fondamentale au nom du droit de conquête ou d’autres manipulations, variant selon le contexte historique et les rapports de force. L’introduction des procédures légales occidentales se fit cependant à des rythmes différents, même si la loi était potentiellement applicable partout. Anciens habitants tout comme migrants ne cherchèrent pas forcément à légaliser la situation en se conformant à la procédure lourde de la loi coloniale. Un certain flou planait ainsi sur le statut des terres, hors du centre de la ville coloniale. Seule une minorité accédait à la propriété d’une concession définitive, munie d’un titre foncier. Ailleurs régnaient les permis précaires d’habiter et les occupations coutumières, sans sanction officielle. Cet état de fait est bouleversé par la pression foncière liée à l’accélération de la croissance démographique des villes. Les années 1950 constituent un laboratoire pour le passage de modes collectifs d’accès à la terre à des formes d’appropriation privée.
L’analyse de l’extension de Conakry, débordant le centre à partir des années 1950 pour englober peu à peu les villages de la périphérie, permet d’explorer les modalités d’application du droit foncier colonial à des espaces dominés par l’appropriation collective, sous la caution de l’administration coloniale. Alors que sur la presqu’île de Tumbo, noyau de Conakry, (actuelle commune du Kaloum), les colonisateurs s’arrogent le monopole foncier par droit de conquête, ils ont besoin d’intermédiaires pour lotir progressivement la banlieue. Ils doivent inventer le passage de la répartition de Titres Fonciers, donnés à des collectivités, à des concessions privées, par une combinaison contradictoire de différents régimes fonciers et légitimités. Ceci laisse la porte ouverte à des distorsions et abus variés, augurant de nouvelles situations contemporaines.
Le primat de l’État dans les affaires foncières, en tant que propriétaire éminent et régulateur, est réaffirmé à l’indépendance ainsi que deux mécanismes de gestion foncière : la pratique du lotissement et la notion de Domaine, tel que défini dans la loi française. Le devenir du Domaine est lié à la nature et à la forme de l’État post-colonial. L’on assiste ainsi à un processus de patrimonialisation et d’instrumentalisation par le pouvoir central, qui joue sur la définition du Domaine public. L’État s’arroge, directement en la personne de son chef ou via sa large famille et ses clients, un droit d’appropriation privative sur certaines terres domaniales (les terrains jouxtant les routes ou des infrastructures importantes, le rivage...), comme c’est le cas notamment à Conakry.
Le lotissement est maintenu après les indépendances comme mode majeur de gestion foncière et de rapport à la terre. Il devient un des éléments de définition de la ville : « la ville c’est là où on ne construit pas au hasard, on lotit et on distribue les terrains » est-il souvent affirmé. Lotir est considéré par certains comme un devoir de l’État. Ce n’est pas toujours l’avis des responsables coutumiers qui défendent leurs prérogatives et y voient des formes de spoliation. Ils proclament, à l’inverse, « le lotissement est l’œuvre du blanc, sinon, nous, les autorités traditionnelles, nous n’avons pas besoin de lotissements... Les lotissements ont détruit nos champs ». On peut appliquer cette analyse aux divers quartiers étudiés dans cet ouvrage, que ce soit Cadjèhoun (Cotonou), Bè (Lomé) ou Tombolia.
L’ancien village de Tombolia, occupé par des Baga, s’est trouvé progressivement inclus dans l’agglomération de Conakry. Son développement date des années 1970. Il donne actuellement son nom à un quartier 18 qui le dépasse largement. Comme ailleurs en Guinée, trois régimes fonciers se sont succédés : la loi coloniale, peu appliquée car le village est éloigné de la ville coloniale, est suivie par une longue période de refus de la propriété individuelle sous le régime de Sékou Touré (1958-1984). L’État y affirme d’autant plus ses prérogatives. Il faut attendre 1992 pour voir l’adoption d’un nouveau Code Foncier et Domanial, basé sur la logique du marché 19 . On observe alors un partage des tâches et des formes de collusion entre les anciennes familles baga – un des leurs est choisi comme président du Conseil de Quartier par le pouvoir central en 1991 (en poste jusqu’en 2002) - et les services de l’État, notamment le ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat, qui cherche à imposer des normes « modernes » de lotissement. Dans ce contexte, un compromis est trouvé et des concessions sont faites aux coutumiers qu’il faut ménager : octroi de parcelles à ceux qui avaient été déguerpis, maintien intact des lieux de culte et des terrains de culture situés en bordure de la mangrove. Globalement cependant, l’essentiel des opérations de viabilisation des zones à lotir est fait par la SOLO PRIMO (Société de Logement à Prix Modéré), établissement public créé en 1988. Les coutumiers sont bel et bien marginalisés, même si leur autorité est toujours reconnue par leur communauté, désormais minoritaire dans la population du quartier.
Il en va de même à Cadjèhoun. Les collectivités fondatrices ont cédé des terres à titre gracieux à l’État colonial puis postcolonial pour l’implantation d’infrastructures d’utilité publique. Ceci a entraîné une réduction notable de leur patrimoine foncier. Parallèlement, elles ont vendu des parcelles à bâtir depuis les années 1960. Le lotissement, imposé en 1976, constitue une rupture ; il attaque les fondements religieux du pouvoir local en détruisant des arbres et lieux sacrés (cimetières) et en traçant dans le vif de larges voies à la place des sentiers. Les coutumiers ne surent ou ne purent y défendre leurs droits fonciers mais ils gardent une autorité morale.

Décentralisation et administrations locales : où l’on retrouve les acteurs coutumiers
Dans la majorité des cas, le règlement des questions foncières et les mesures d’urbanisme ne font pas légalement partie des attributions déléguées aux acteurs locaux, mais certains mécanismes, antérieurs à la constitution des pouvoirs urbains, restent en place et peuvent jouer un rôle dépassant la stricte attribution foncière. L’analyse la plus intéressante porte sur les zones récemment intégrées à la ville, là où existe encore une réserve foncière. Un jeu complexe s’effectue entre les familles locales influentes et le pouvoir central : on retrouve ainsi d’anciens chefs comme représentants élus ou nommés. Mais la position ou les individus peuvent être instrumentalisés et c’est un pouvoir tout au plus délibératif qui leur est concédé. Cette situation entraîne souvent un sentiment d’impuissance et de frustration de la part des occupants de longue date de terrains désormais convoités par l’État, ses représentants ou des spéculateurs privés, anticipant la croissance urbaine. Les règlements fonciers mettent alors en jeu aussi bien les rapports intra-communautaires (entre familles dirigeantes, entre anciens dirigeants et occupants, entre occupants anciens et nouveaux venus) que les rapports entre les divers représentants du quartier (coutumiers, officiels, associatifs) et les gouvernants.
De manière générale, même s’ils sont titulaires d’un pouvoir officiel, la marge de manœuvre des acteurs coutumiers est limitée ; elle l’est d’autant plus que la réserve foncière s’épuise. Selon le rapport de forces et la situation politique, on passe d’une spoliation ouverte (des terres communautaires sont appropriées par le pouvoir central sans discussion ou consentement) à des formes de concertation ou de reconnaissance minimales, comme à Tombolia. Dans ce cas, avec l’héritage d’un contrôle étatique fort, on observe un mélange entre l’action de membres des anciennes familles baga - en l’occurrence le président du Conseil de Quartier, Mohamed Baga Bangoura, choisi par le pouvoir central en 1991 (en poste jusqu’en 2002) - et les services de l’État, notamment le ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat. On peut certainement évoquer là des formes de collusion dans la mise en œuvre des opérations de lotissement.
Selon le contexte politique et l’histoire du quartier, les coutumiers peuvent parfois être un maillon important dans la chaîne des pouvoirs, sur un autre plan que la question foncière. Ainsi, la communauté de Bè n’a pu protéger les forêts sacrées ou résister à certaines spoliations 20 mais les populations de Bè continuent d’adhérer aux règles coutumières d’ordre malgré les contraintes urbaines. Le chef propriétaire spirituel des lieux et le chef de canton ou de village conservent un rôle dans les tractations foncières ; ceci se marque notamment par un paiement et la remise d’une bouteille de gin pour les libations en l’honneur des ancêtres. Le lien à la terre, qui ne peut être réduite à son statut de marchandise, est ainsi affirmé. L’objectif de telles pratiques est aussi d’intégrer le nouveau venu, dans la chaîne de solidarité des habitants, ce que l’administration municipale ne peut faire. Le pouvoir du chef de canton, et sa légitimité traditionnelle reconnue par les Bè, est ainsi étendu aux autres urbains, étrangers au milieu mais adoptés par la pratique foncière. Cette légitimité est renforcée par la reconnaissance officielle de l’administration, à travers la confiance donnée aux actes signés par le chef de canton. Dans ce cas, la prégnance de la notion de chef de terre et du droit coutumier ainsi que l’autorité morale des autorités anciennes en font des rouages indispensables, au moins symboliquement.

Conclusion
L’effort ou la volonté de modernisation des structures urbaines n’a nulle part balayé les organisations anciennes, parfois effacées temporairement du fait d’une réglementation contraignante. Les structures anciennes s’adaptent, résistent dans le paysage urbain au gré de la conjoncture politique mais la pression démographique et l’afflux de ruraux (non liés à ces pouvoirs et qui ne s’y reconnaissent pas) remettent en cause cet état de fait. Sollicitées en cas de conflit, parfois reconnues honorifiquement, leur marginalisation est souvent fréquente. Divers exemples ont pourtant montré le caractère intégrateur des pouvoirs anciens qui assurent la cohésion des populations par une communauté historique, culturelle et religieuse. Ainsi les populations de Bè continuent d’adhérer aux règles coutumières d’ordre malgré les contraintes urbaines. Cette cohésion a facilité le développement d’une capacité d’intégration des migrants au point de faire de cette zone, le premier quartier d’accueil des jeunes poussés en ville par l’exode rural. La question récurrente, qui se pose maintenant avec acuité, est celle de la survie des institutions traditionnelles face à l’émergence de nouvelles formes d’organisation sociale avec de nouveaux leaders et donc d’autres sources de légitimité. C’est aussi la question de leur capacité à contenir la cohésion communautaire alors que se marquent de nouvelles ruptures socio-spatiales induites par l’accroissement de la pauvreté dans les quartiers.
L’étude du ward de Lagos débouche sur un constat similaire. Elle conclut, d’une part, à la légitimité incontestée des institutions traditionnelles et à la persistance des formes de contrôle social exercé par elles, mais d’autre part, à leur impuissance relative face aux différents représentants du pouvoir de l’État. Dans le cas de Conakry, la perte de pouvoir effectif des institutions baga, à titre collectif et non individuel, est encore plus poussée.
La période actuelle semble donc bien être une période de transition où se côtoient diverses formes de pouvoir, basées sur des légitimations d’essence différente (le poids des ancêtres, le sens de la communauté d’habitat, l’élection, la nomination par le haut... mais aussi les instances internationales). Ces pouvoirs collaborent, s’opposent ou s’allient selon des stratégies à chaque fois renouvelées, déterminées le plus souvent non par une perception d’ensemble de la gestion urbaine ou de l’aménagement, mais par des enjeux ponctuels ou localisés, sur lesquels on peut espérer mobiliser ceux dont ils tirent leur légitimité.
Odile GOERG

Annexes

Essai de typologie des formes de pouvoir urbain (exemple de modèle) :

Modèle appliqué au cas de Bè (Lomé)
BÈ, du vieux village au bastion de l’opposition démocratique : les formes de pouvoir et leur mode de légitimation dans le cadre de la gestion et l’aménagement urbains à Lomé (Togo)
Michel GOEH-AKUE 21

Un des objectifs majeurs de cette étude est de prendre à revers la gestion urbaine classique, en recherchant à travers le jeu des acteurs sur la longue durée, comment le quotidien se construit et se gère, dans le cadre du passage de la vie traditionnelle villageoise aux situations de cités difficiles. Il s’agit de mieux cerner les raisons des échecs des politiques de gestion urbaine en général. Le cas étudié ici, concerne la ville de Lomé, plus particulièrement Bè, un des quartiers populeux. Ce dernier est caractérisé par la pauvreté, mais aussi réputé comme difficile pour les autorités urbaines et politiques. Acteur de la crise socio-économique déclenchée au début de la décennie 1990, Bè est considéré comme le bastion de l’opposition au pouvoir établi. Faisant suite au décès du chef de l’État du Togo, le général Gnassingbé Eyadéma, les événements consécutifs aux dernières élections présidentielles d’avril 2005 n’ont fait que confirmer cette image. Bè fut la principale zone de la capitale togolaise dans laquelle se déroulèrent les plus violents affrontements opposant les jeunes aux forces de l’ordre. C’est également le quartier qui fut le plus victime d’expéditions punitives de l’armée. De toute évidence, ce quartier, au sein duquel se côtoient structures urbaines et formes d’organisation traditionnelles, est devenu le symbole des laissés-pour-compte de tous ordres. Au regard des aménagements urbains, les capacités locales d’adaptation et les formes de légitimation des acteurs émergeants face aux acteurs traditionnels, constituent sans nul doute des processus singuliers. Celles-ci méritent d’être mieux connues et pourquoi pas, proposées comme une alternative de gestion urbaine pragmatique. Leur spécificité réside dans le fait qu’elles. tiennent compte du jeu des acteurs traditionnels et des dynamiques endogènes des communautés, souvent négligés par les développeurs : Etat et autres partenaires en développement.

Bè, du vieux village au quartier de la ville de Lomé
Jusqu’en 1960, voire en 1970, Bè était un village situé à la périphérie de la ville de Lomé si l’on considère que le vrai noyau urbain correspondait au quartier commercial d’Adawlato et à ceux qui lui sont immédiatement voisins (Anagokomé, Agbadahonou, Kokotimé), ainsi qu’au quartier administratif, créé de toutes pièces à l’ouest du premier îlot, sur 150 ha à partir de 1897 (Sebald 1998). Son intégration à la ville ne fut réellement effective qu’à partir du moment où les espaces vides, sis entre le noyau commercial et le village, jadis couverts de buissons ou de cocotiers, se remplirent progressivement. À partir des années 1950, l’élan fut donné par le lotissement de la cocoteraie du patriarche Augustino de Souza 22 , l’un des plus riches notables ayant marqué l’histoire de la ville.

Bè, un vieux village intégré par péri-urbanisation
Dans les documents écrits, ce toponyme apparaît pour la première fois en 1879, dans la correspondance du gouverneur britannique H. T. Ussher de Kéta (Gold Coast), adressée à la suite de l’accord conclu avec les chefs d’Aflawo 23 , intégrant leur territoire à la colonie de Gold Coast. Ce dernier, dans son enthousiasme, lança son dévolu sur le territoire des Bè (Marguerat 1993 : 54-55), en particulier sur Bey Beach, nouveau lieu de négoce privilégié par les commerçants anlo 24 de Kéta, afin d’échapper à la fiscalité britannique qui handicapait alors leurs activités. À l’époque, il ne s’agissait pas d’une agglomération importante, cependant la population y était déjà relativement dense. À la faveur de la sécurité retrouvée avec la fin des grandes razzias d’esclaves des siècles derniers, elle essaima sur le plateau de Tokoin 25 , à peu près à partir du milieu du XIX e siècle 26 . Ainsi furent créés les nombreux hameaux des Bè, lesquels, progressivement, s’intégrèrent à la ville de Lomé par péri-urbanisation. Le littoral était presque inhabité. Il y avait probablement quelques huttes de pêcheurs qui n’étaient sûrement pas occupées par des Bè, ces derniers n’ayant pas de tradition de pêche maritime 27 . Cependant, il est certain que comme aujourd’hui, la côte du Golfe de Guinée, où la houle est très forte, était sillonnée par des bateliers pêcheurs ou commerçants spécialisés dans le franchissement de la barre, quasi intraversable par les non-initiés. Les Krou, les Fanti, les Ada et bien sûr les Anlo 28 etc. sont des spécialistes réputés de cette activité maritime.

Le clan adjigo d’Aného, originaire de El-Mina en pays fanti, est issu de cette migration. Les membres de ce clan ont fini par s’installer définitivement à Petit Popo (Aného), où ils sont parvenus à se convertir en groupe de cabécères 29 (Gayibor 1990), intermédiaires entre le royaume de Glidji et les commerçants européens. Les migrants Anlo et Ada venaient également pêcher sur la plage de Bè, située plutôt dans les fourrés au bord de la lagune Djégbessi , à 2 km de la mer à peu près. Ils étaient certainement en contact avec les Bè, qui étaient leurs premiers clients. Ces dernières communautés ont continué d’assurer la pérennité de ces activités jusqu’à nos jours, soit à Ablogamé, un des sous-quartiers proche de l’océan ; ils exercent leur besogne au port de pêche de Lomé ainsi qu’à Kodjoviakopé à l’est de Lomé, pratiquement territoire aflao. Certains habitants du village de Bè s’aventuraient sans doute vers la plage, considérée jadis comme lieu de plaisance, duquel est vraisemblablement issu le toponyme Ablogamé qui signifie : grand jardin ou aire de délassement.

Il est donc clair que les Bè, dans leur grande majorité, n’avaient pas de relation avec la mer. Leur activité économique principale était l’agriculture et subsidiairement la pêche en eau douce de la lagune et dans les étangs multiples de la vallée du Zio (Aguigah 1989). Plus rarement, ils s’adonnaient à la chasse aux petits herbivores. Bè était, indiscutablement, un village caché dans les fourrés, comme son nom l’indique. Les descriptions qu’en ont faites ceux qui l’ont visité au XIX e siècle l’attestent encore (H. Zoller 1990 : 30-37). Incontestablement, l’organisation sociale et politique des habitants fut perturbée par la poussée de la ville commerciale et le pouvoir colonial qui se mettait alors en place.

Origine et organisation socio-politique traditionnelle
Aujourd’hui, être Bè signifie appartenir à une communauté dont l’espace géographique originel correspond à celui du vieux village de Bè. Selon E. Amédon, le signe distinctif permettant de se réclamer fils de Bè, est d’y avoir « un pied-à-terre 30 » (Marguerat et Peleï 1993 : 35). Par conséquent, les Bè ou plus largement ceux qui se réclament de la communauté Bè ou du quartier, ont diverses origines et habitent divers quartiers de la capitale en dehors du vieux village, devenu trop exigu pour la communauté, compte tenu de la dynamique urbaine et du peuplement.
Du recoupement des nombreuses traditions d’origine, il ressort que la base du peuplement de Bè est issue de deux provenances principales : - La première composante est celle des migrants ewe de Notsé. À leur arrivée sur le littoral au début du XVII e siècle, ceux-ci se seraient installés au lieu dit Alomé (au milieu des Alo) devenu, par déformation, Lomé. Ils se seraient ensuite dispersés, consécutivement à une forte mortalité des habitants, due à l’empoisonnement de l’unique puits, par une maman voulant se venger de la perte de son fils à la guerre. Cette dispersion aurait donné naissance à Adjrometi, premier quartier du village de Bè et lieu déjà connu des habitants d’Alomé qui venaient y chasser (d’où le premier nom dudit lieu Adélato 31 ). – La deuxième grande composante est celle des Aja, venus de Tado ou des abords du Mono, passés par Togo (Togoville) avant de s’installer à côté de la forêt de Bè. Ils sont les fondateurs du quartier Agodo et les desservants du dieu protecteur, Togbe Nyiglin, installé dans le bois sacré.
Incontestablement, à côté de ces deux composantes principales, se retrouvent plusieurs autres lignages de provenances diverses. À l’origine, ce sont soit des gens venus se faire guérir par le grand prêtre Agodo, sans doute le premier pontife de Togbé Nyigblin ; soit des personnes à la recherche d’un havre de sécurité, dans ce fourré que constituait alors le site de Bè, grâce à la force occulte du dieu protecteur. Au nombre de ceux-ci, il y a des familles guin d’Aného 32 . Pour la plupart, ils sont à l’origine du quartier Agodogan, apocope de Wo kpo Agodo gan, signifiant « qui ont recouvré la santé ou la sécurité grâce à Agodo ».

Un dernier groupe relativement moins important est celui des Xwla-Xweda, adorateur du Python sacré (Dangbui). Provenant également des abords du Mono, suite aux conquêtes de la zone côtière par les rois d’Abomey au XVIII e siècle 33 , ils sont soit originaires du royaume Xwla d’Agbanakin ou de celui de Savi (Ouidah), soit issus d’une dispersion ancienne de ces peuples dans la zone 34 . Leur culte est étroitement associé à celui de Togbé Nyigblin. Il faut dire que les Xwla se sont établis depuis bien longtemps sur tout le littoral, soit en résidence permanente (comme dans les hameaux Aflao), soit comme saisonniers ; ils demeurent les voisins les plus proches des Bè. Ce sont eux les autochtones des cantons de Kodjoviakopé et de Aflawo (Adidogomé, Djidjolé, Gakli, Agbalépédo, etc.).

Le peuplement de Bè était assez cosmopolite à son origine. Mais une cohésion socio-politique a pu s’établir autour des pratiques religieuses, avec un chef spirituel reconnu par tous, sans doute à cause de ses forces et des capacités de protection dont il était investi. Il s’agissait du chef de la forêt sacrée (Avéto ). La légitimité de ce pouvoir sur les différents groupes constituant alors le peuple bè était conférée par la reconnaissance de sa force magico-religieuse, garante de la sécurité collective dans l’îlot de Bè. Ce pouvoir était alors responsable des règles communautaires à respecter pour la survie du groupe, telles que : ne pas faire de bruit 35 afin de ne pas attirer des voisins belliqueux, ne pas pêcher dans la lagune sur des périodes de trois ans 36 . En contrepartie, des espaces et des prérogatives étaient réservés aux Avénou 37 . Ils étaient, à ce titre, responsables de la lagune, tout pêcheur devait donner une partie du produit de son activité. Les abords directs de la forêt sacrée, résidence officielle de l’ Avéto, ne devaient pas être éclairés la nuit. On ne devait pas non plus y faire passer des convois funèbres. Les nombreux interdits avaient pour objectif de protéger le groupe et l’environnement. Tout alla bien pendant longtemps grâce à l’isolation de Bè dans ses fourrés difficiles d’accès, (Cf. description de H. Zoller en 1884 et témoignages ultérieurs).
Cependant, le pouvoir magico-religieux fut éprouvé dès le début de la colonisation, le chef de la forêt sacrée demeurait reclus dans sa résidence donc inaccessible au grand public et à plus forte raison, aux étrangers, il fallait donc un chef temporel, intermédiaire entre l’administration et le peuple. Ainsi les Allemands reconnurent un chef de canton en 1910 38 . L’organisation politique reposait en définitive sur le chef de canton et ses notables, chefs des anciens hameaux devenus, eux aussi, des quartiers de Lomé 39 et les chefs des sous-quartiers de Bè. Ils tiraient tous leur légitimité de leur position dans la hiérarchie communautaire. Les litiges étaient réglés aux différents niveaux de celle-ci : par les chefs de lignages, les chefs des sous-quartiers puis par le chef de canton. Les crimes de sang et les vols qualifiés étaient renvoyés au niveau de la police urbaine. C’était dans la cour du chef de canton qu’avaient lieu les ordalies afin de rechercher les coupables de différents forfaits et les voleurs pris en flagrant délit mais refusant de faire des aveux. Au-dessus du pouvoir cantonal, le chef de la forêt sacrée demeurait un recours ultime et les jugements rendus étaient sans appel. Le rôle de la police restait marginal dans cette forme d’organisation. Bè constituait, en soi, une entité qui s’autogérait en marge de l’organisation municipale.
Cette structuration, encore efficace au cours de la décennie 1960-1970, va progressivement se détériorer et s’adapter jusqu’à ce jour, sans toutefois disparaître. C’est là, sans doute, la spécificité de Bè, où cohabitent des structures rurales et des modes de représentation et de leadership modernes : conseillers municipaux, députés et surtout des associations et ONG de développement. En effet, la densification progressive de la communauté et l’extension graduelle de l’espace occupé par la multiplication des hameaux ont sûrement conduit à une ouverture de « l’île de Bè ». La structure quasi-rurale en a fait le point de chute des nombreux jeunes poussés par l’exode rural vers la capitale. La rareté des logements et le coût du loyer dans la ville commerciale entraînent, logiquement, la plupart des migrants vers Bè. Ils y retrouvent le cadre qu’ils ont quitté et certainement plus de solidarité, tenant à l’unité des conditions de vie. Ce choix est surtout prisé par les migrants de la région maritime, de l’arrière-pays d’Aného et du pays ouatchi 40 .

Population de la Zone d’Amoutivé et de Bè de 1981 à 2001

Source : Direction générale des statistiques du Togo et nos calculs.
Les données statistiques sur l’état de la démographie sont embryonnaires et peu fiables pour une analyse comparative fine. La délimitation des quartiers et sous-quartiers varie d’une enquête à l’autre et les réalités sont donc tronquées. Parfois, on identifie l’îlot villageois sous la dénomination de Bè-centre. Selon les cas y sont rattachées les données des villages issus du noyau principal et les nouveaux lotissements réalisés sur le terroir proche des Bè ( Kpéhenou, Lom-Nava ). D’autres fois encore, c’est l’entité cantonale qui est considérée, englobant les zones plus lointaines telles que Bè-Klikamé, Dogbéavou, Atiégou, etc. Ce flou rend extrêmement difficile, voire impossible, une analyse statistique fine de la situation.
Dans le tableau ci-dessus, les données concernent, non pas l’îlot de Bè, mais des sous-quartiers, Bè-Apéyémé et Bassadji, ainsi que des quartiers urbains plus récents, qui ne sont autres que des excroissances de Bè et d’ Amoutivé, présentant, à peu près, les mêmes caractéristiques. On peut tirer de ses relevés deux données essentielles. La forte croissance entre 1970 et 1981 résulte, à la fois, des flux de migrants venus des zones rurales de la région maritime essentiellement, et du déguerpissement, en 1977, du quartier populeux de Zongo 41 (actuelle zone des banques). Cette décision visait à dégager le quartier Zongo du centre ville et le déporter à 15 km approximativement, au nord du noyau commercial ancien, dans un espace marécageux et insalubre. Ceci conduisit un grand nombre de ses habitants à trouver asile dans les quartiers directement voisins, comme Adoboukomé, Doulassamé, Kpéhénou, mais surtout dans Bè et Amoutivé, les vieux villages, dans lesquels les structures d’accueil et les conditions de vie présentaient les mêmes caractères de précarité que celles de Zongo.
Dans l’ensemble, la croissance est modérée. On remarque toutefois, au cours de la décennie suivante, la poursuite d’un fort accroissement pour Bè Apéyémé. Ce phénomène est quasi-général pour tout le vieux noyau Bè et les sous-quartiers proches, dans lesquels se retrouvent les caractéristiques de solidarité villageoise, comme à Bè-Ablogamé, Kpéhénou, etc. C’est justement en ces lieux que se sont formées les milices d’autodéfense, les fameux « ékpémog 42 » . Ces derniers ont eu pour mission de sécuriser lesdits quartiers, au moment des troubles socio-politiques des années 1990, s’opposant aux forces de l’ordre au moyen de barricades de pneus enflammés et de jets de pierres. Attirés par cette sécurité certes précaire en ces périodes troubles, les habitants, se sentant menacés, se replièrent sur Bè gonflant du même coup la population. Ce mouvement de repli fut, avant tout, celui des natifs ou des proches des Bè évolués, qui au préalable avaient quitté l’îlot, du fait de l’exiguïté du territoire ou par commodité. Ce fut en réalité un phénomène normal qui concernait non seulement Bè, mais également tous les vieux quartiers de la basse ville, lesquels se vidèrent progressivement au profit des lotissements de la haute ville. Les points névralgiques des affrontements consécutifs aux contestations des résultats des élections d’avril 2005 furent les deux voies pavées, de direction est/ouest, desservant le quartier.
Certes, compte tenu de l’identité culturelle, ces immigrants s’adaptèrent rapidement à leur milieu d’accueil, adorant les mêmes dieux que leurs hôtes et se soumettant aux règles coutumières, à quelques exceptions près. Par conséquent, malgré ces flux d’immigrants, les habitudes ne changèrent pas fondamentalement. En revanche, Bè doit désormais faire face aux aménagements multiformes qu’impose le phénomène urbain, à savoir : de nouvelles formes de pouvoir, de nouvelles pratiques religieuses, des équipements socio-collectifs, l’électricité, l’adduction d’eau, les centres de santé, etc.

De l’espace bè et de la communauté bè : vie sociale et vie matérielle
Déjà à la fin du XVIII e siècle, la petite communauté de Bè était constituée, confinée alors, dans un espace réduit correspondant au vieux village. Ceci découlait de l’insécurité ambiante, due aux guerres d’hégémonie qui avaient lieu dans le golfe de Guinée, du fait de la volonté des puissances de l’intérieur 43 d’obtenir un accès direct au commerce outre-atlantique. Jusqu’à cette période et durant les siècles passés, les peuples côtiers étaient demeurés des intermédiaires indispensables. À partir du milieu du XIX e siècle, le retour progressif à un état de sécurité relative, consécutive à la baisse de la demande en bois d’ébène et aux efforts des abolitionnistes 44 , permit un accroissement de la communauté. Cela se traduisit par la conquête des terres en friche du talus de Tokoin et la naissance de nombreux hameaux devenus, aujourd’hui, des quartiers de la ville de Lomé. Les généalogies recueillies, que ce soit à Bè Klikamé, à Bè Kpota, à Adakpamé, etc. remontent à cinq, et le plus souvent six, générations. Cela confirme la période d’extension de Bè qui se situe au plus tôt autour de 1850, phase de reconversion de la traite négrière à l’économie de traite.
À partir de ce moment, la multiplication des hameaux se doubla certainement d’une densification de la population du village de Bè, aussi bien par apports migratoires que par accroissement naturel. En général, la création des fermes fut le fait des aînés (Marguerat et Pélei 1993 : 11). Mais, ceux-ci finirent par revenir au foyer, pour prendre la place des patriarches à leur décès. La vie matérielle était organisée autour des activités champêtres. Selon E. Amédon (Marguerat et Pélei 1993 : 8-10) il y avait trois types de champs : le petit champ, proche de la maison familiale, le champ moyen, plus ou moins situé à trois ou quatre kilomètres et enfin le champ lointain sis à dix, voire douze kilomètres. Les trois domaines étaient exploités de façon simultanée, cependant les emblavures lointaines étaient utilisées selon l’ampleur de la saison des pluies et l’on s’y installait pour des durées plus ou moins longues, y établissant, à terme, une demeure.
La communauté bè demeure sujourd’hui une identité linguistique 45 , attachée à une maison-mère des vieux sous-quartiers de l’îlot villageois. Ce lien est consacré par le retour régulier « au pays » des fils installés hors du vieux village, à l’occasion de cérémonies traditionnelles, particulièrement à l’occasion de funérailles. L’organisation particulière des jours de la semaine est toujours de mise dans le calendrier des cérémonies. Selon les communautés, la semaine compte cinq, six ou huit jours. Ainsi, les activités sont bien réparties. Le jour du repos hebdomadaire, openogbe ou apetsigbe, ne correspond pas forcément au samedi et dimanche du calendrier officiel. Il en est de même pour le jour dédié aux cérémonies et à l’entretien des sanctuaires des ancêtres et autres divinités, le clingbé (Amouzou 1978). Se pose évidemment le problème de la gestion du temps et la conciliation entre le calendrier officiel et le calendrier traditionnel. Ces contraintes ne favorisent pas l’intégration des Bè, restés attachés aux rites coutumiers, aux rythmes des activités soeio-économiques du reste de la ville. L’organisation des funérailles donne lieu à des séances de tam-tam à des horaires incompatibles avec le respect des lois relatives à certaines formes de nuisances urbaines : bruits, encombrement de voies publiques, etc. Dans ces conditions, la forme d’habitat a peu évolué depuis des décennies. La voirie se réduit à des labyrinthes entre des cases, aujourd’hui couvertes de tôles et non plus de chaume comme jadis. Les habitations n’ont pas de formes régulières et ne sont pas alignés. Ils sont serrés les uns contre les autres ; néanmoins, il existe pour chaque sous-quartier des places publiques aménagées pour les rassemblements : ce sont les awome. De plus en plus, ces domaines publics, jadis ombragés, dans lesquels se tiennent également de petits marchés de quartier (agbonoussi ), se rétrécissent à cause de la progression des concessions voisines qui se sentent à l’étroit 46 .
Au regard des caractéristiques ci-dessus décrites, les Bè restent une communauté particulière dans la ville de Lomé. Le quartier constitué par le noyau originel demeure un village dans la ville avec ses structures traditionnelles. Les acteurs anciens conservent leurs prérogatives : il s’agit des chefs de lignages, de sous-quartiers, des chefs religieux et des desservants des cultes ancestraux, du chef de canton. Les vrais autochtones bè vivant encore sur l’îlot dans le noyau ancien, représentant 18 % selon un sondage réalisé en 1998, sont loin d’adopter la culture urbaine ambiante.
Les femmes sont les plus marginalisées dans cette organisation sociale. Jusqu’à récemment, leur scolarisation n’est pas de règle. Elles sont plus nombreuses à ne pas pouvoir échapper au carcan des traditions villageoises. La pratique de la polygamie reste ici très prégnante et la femme, dans le droit foncier coutumier bè, n’hérite pas de la terre familiale. Elle peut en avoir l’usufruit, mais jamais elle ne peut prendre l’initiative de la lotir ou la concéder. À partir des années 1990 et dans le cadre de la répartition du patrimoine foncier, certaines familles ont accepté d’accorder aux femmes une portion congrue mais jamais égale à celle des ayants droit mâles. Le plus souvent, un même lot est attribué à plusieurs sœurs, contraintes, dans la majorité des cas, de vendre le lopin pour s’en partager les ressources. Par conséquent, les femmes quittent plus rarement le vieux village, sauf si elles sont épousées par des migrants installés dans les quartiers environnants.
La tendance à l’endogamie reste encore très forte à Bè, malgré l’importance des flux d’immigrants. Beaucoup d’hommes de Bè préfèrent encore s’isoler dans les pratiques coutumières. Pour la plupart, les plus âgés n’ont pas eu la chance d’avoir un travail salarié et donc n’ont pas bénéficié de pension de vieillesse. Certains ont pu suivre les mutations en cours, se convertissant dans le domaine de l’artisanat (maçon, menuisier) et plus rarement, dans celui du fonctionnariat. Cependant, ils sont retournés à la vie traditionnelle très rapidement. Entre-temps toutefois, les terrains de culture ont été tous lotis et vendus. Les plus hardis, moins nombreux, ont eu accès à l’instruction et sont devenus salariés. En général, ils se sont installés dans les premiers lotissements modernes, autour du vieux noyau, ou plus loin, dans des habitats confortables. Tous cependant reviendront dans le village auquel ils restent attachés, à l’occasion de différentes cérémonies. C’est en cela que se situe l’esprit de la communauté bè. Celui-ci est fondé sur l’appartenance au groupe ethnique, mais plus encore, sur le fait que les Bè aient pris conscience de l’agression urbaine, venue perturber le cours de leur paisible vie rurale, au travers des diverses formes d’aménagement. La pire manifestation de cette urbanisation réside en l’expropriation, sans dédommagement, dont les Bè ont été l’objet, dans le cadre de divers aménagements socio-économiques, consécutifs à l’essor urbain ; il s’agit, par exemple, de la construction de l’aéroport à partir de 1946-1947, de celle du port et du domaine portuaire entre 1962-1967, de la création de l’université dans les années 1970 ainsi que de la zone d’habitat planifié de la Caisse de sécurité sociale et de Lomé II 47 .

L’intégration par péri-urbanisation de Bè à la ville de Lomé
Aujourd’hui, Bè est considéré comme un quartier, dans l’organisation territoriale de l’espace de la commune de Lomé. Il s’agit d’un quartier particulier qui comporte au moins six sous-quartiers et de nombreuses dépendances.
Les sous-quartiers principaux sont :
– Adjrometi, Hédzé, Agodo, Agodogan, Dangbuipé, Apeyemé.
Les dépendances sont de deux types :
– les proches dépendances : Bassadjigan, Bassadji, Souza Netimé, Gbégnedzi-kopé et Akodessewa.
– les dépendances lointaines, plus nombreuses, qui n’étaient autres, jadis, que les fermes cultivées sur le plateau argileux par les Bè, dont l’habitat principal est situé sur la bande littorale, au sud de la lagune ( Djégbéssi ). Il s’agit de : Bè Kpota, Adakpamé, Bè Klikamé, Bè Adidomé, Bè Kélégougan, Hédzranawoe, Agbalépédo, Agbélodogan, Kélégougan, Atiegou, Adamavo, Massouhoin etc.
Au final, presque deux tiers de Lomé font partie du territoire de Bè. En considérant les espaces dont se réclament propriétaires les Amoutivé, qui sont à l’origine une dépendance de Bè, reconnue très tôt, avant celle de Bè, comme une entité cantonale à part entière, la ville de Lomé relève pour 4/5 e de l’espace bè. L’extension par péri-urbanisation de la ville à cet espace, s’est faite en plusieurs étapes. On peut distinguer grosso modo quatre couronnes d’occupation correspondant à des étapes de la péri-urbanisation de Lomé, à commencer par le noyau commercial né autour des années 1880 (Marguerat 1993 : 25-103 ; Gayibor et alii 1998 : 59-77).
En 1891, Lomé n’avait alors qu’une décennie. Sa limite n’atteignait pas encore la rue du Chemin de fer. L’esquisse du boulevard circulaire (actuel Bd. du 13 janvier) qui enserre la vieille ville n’a d’ailleurs débuté qu’en 1905, donc bien après.

Premier Croquis de Lomé en 1891

Selon F. Goldberg (Archives Nationales du Togo ANT)
Sur ce premier croquis de Lomé, le village de Bè ne figure pas. Néanmoins, on voit bien le chemin indiquant la direction qui y mène. Il s’agit grosso modo de la rue dénommée aujourd’hui Amémaka Libla. Elle quitte Amoutivé et mène directement à Bè par Bassadji, elle passe aux abords de la forêt sacrée de Dangbuifé, avant de déboucher sur la rue Pa de Souza. En revanche, les concessions traditionnelles d’Amoutivé, deuxième vieux village issu de Bè, sont en bonne place. Le quartier administratif de 150 ha y est noté ainsi que les différents domaines acquis par les commerçants européens et les traitants africains, fondateurs de la ville commerciale (Anlo, Sierra-Léonais, Guin). Le reste est entouré de broussaille et de cocotiers. Plus curieuse est l’indication du domaine de Fionovi, figuré tout à fait à l’est et qui n’est autre que le domaine des Bè, inscrit au livre foncier, par le représentant du prêtre-roi de la forêt.
En fait, aux alentours de 1880, le village de Bè demeurait isolé, mais déjà, l’occupation de l’espace était bien déterminée. Les principaux hameaux furent alors mis en place. Amoutivé connaissait, dès lors, un développement hors de la sphère d’Adjrometi, sous-quartier de Bè, dont ses fondateurs sont originaires. Géographiquement plus proche du noyau commercial, Amoutivé se lança, très tôt, dans le processus urbain en cours. Le chef Dadzie 48 et les siens étendirent leur influence jusqu’à la côte et s’approprièrent les terrains de la plage, qu’ils louèrent ou vendirent aux commerçants étrangers. L’authenticité du contrat de donation, daté du 17 janvier 1877, conclu entre le chef Dadzie et James Bruce, paraît certes douteuse (Gayibor, Marguerat, Nyassogbo, 1998 : 75-76). Mais il est certain que dès l’origine de Lomé, les Amoutivé, en l’occurrence le clan Dadzie et quelques autres personnes influentes comme les Bokonon 49 Atandji Gbégnedji et Soga, prirent le pas sur les autres et devinrent propriétaires d’importants domaines. Les principaux acteurs du jeu foncier étaient donc les notables d’Amoutivé, les commerçants anlo, fuyant la fiscalité des Anglais et glissant donc progressivement de l’ouest vers l’est. Le vieux village de Bè restera plus ou moins en marge. Sa présence sur ce croquis se limite au tracé de la direction qui permettait alors de s’y rendre, ainsi qu’à un espace vague situé à l’Est de la ville, immatriculé sous le nom mythique de Fionovi 50 .
Le croquis de 1896 limité au quartier commercial indique quant à lui plus clairement le jeu foncier amorcé en cette fin du XIX e siècle.

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