Au nom de la terre
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Description

C'est au nom de la terre que des hommes, en Afrique, soulèvent des armées, créent des rébellions, mènent des guerres. La terre est un enjeu de vie et de survie. Un prétexte pour déchirer des peuples, diviser des familles, embraser des territoires. Réduite à la scène d'un petit village, la terre est le cœur de cette pièce de théâtre si poignante.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 13 août 2014
Nombre de lectures 70
EAN13 9791029001024
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Exrait

Au nom de la terre
(2 e édition)
1 re édition : Puci, 2000.
Maurice BANDAMAN
Au nom de la terre
Théâtre
(2 e édition)









Les Éditions Chapitre.com
123, boulevard de Grenelle 75015 Paris
© Les Éditions Chapitre.com, 2014
ISBN : 979-10-290-0102-4
Pièce inspirée de faits réels s’étant déroulés dans une région de la Côte d’Ivoire.




Personnages
Le tribun
Le candidat
Woblé
Wo-oklè
Blatè
≥ Des frères jumeaux
N’Dakpa
N’Datè
N’Dahou : fille de Wo-oklè et belle-fille de N’datè
Moussoublè
La foule
S CÈNE 1
Un jour. Place publique. Une foule assemblée autour d’un tribun.
Le tribun (Voix forte.)
Frères et sœurs, l’heure a sonné ! (Murmures dans la foule.)
Oui, je dis que l’heure a sonné ! Notre heure ! Pour retrouver notre honneur, notre dignité, notre liberté, c’est-à-dire nos droits !
Applaudissements
Longtemps, longtemps, oui ! Il y a longtemps que nous attendons cette heure, ce jour, ce moment ! ( Pause .) Comment, dites donc ! Des années durant, nous avons été asservis, méprisés, commandés ! Et cela, sur notre propre terre !
La foule (murmure)
Humhum ! Sur notre propre terre !
Le tribun
Notre terre est devenue un lupanar, la propriété des voleurs, des étrangers, des brigands qui y règnent en maîtres absolus ! Ils y sont maires, députés, conseillers municipaux et régionaux, médecins, professeurs, commerçants et que ne sais-je encore ? Et nous, des chômeurs, des gueux, des sdf. Et nous avons attendu.
Pause. Il promène un regard grave sur la foule.
Oui ! Nous avons attendu. Mais aujourd’hui, un des nôtres, un de nos fils, un vrai cadre du pays qui fait notre fierté, un pur sang de la terre, de notre pays, de notre ethnie, de notre région, de notre village a décidé de briguer tous les postes électifs, de se porter candidat à toutes les élections : municipale, législative, régionale et même présidentielle !
La foule hurle de joie.
Oui, lui seul mérite d’être président du Conseil régional, maire, député et président de la République !
La foule exulte.
Ce fils-là, notre frère, votre frère, votre fis, que dis-je, votre enfant, a besoin de vous, de votre soutien, de votre amour, de votre fidélité ! La politique, c’est la guerre ! Et notre frère va en guerre pour nous, pour vous, pour notre bien, pour votre bien ! Il veut nous faire obtenir des droits, des biens, des richesses, de l’argent, de l’honneur, de la gloire ! Ainsi, nous reviendra la terre, cette terre sur laquelle sont bâties villes, régions et nation ! Car nous sommes les propriétaires de la terre, nous sommes la terre et la terre.
La foule
C’est nous !
Le tribun
Oui ! La terre, c’est nous ! Et nous sommes la terre ! Quand nous l’aurons reconquise comme au temps où nos ancêtres, en maîtres absolus, en conquérants intrépides s’y sont installés, chassant les barbares, les fainéants qui n’y faisaient rien d’autre que forniquer et engrosser à la volée des femelles laides et idiotes, lesquelles accouchaient d’une marmaille morveuse et ventripotente.
La foule rit.
Quand, dis-je, nous aurons chassé les étrangers, tous les biens nous reviendront : meubles et immeubles, rues et ruelles, filles femmes et femelles, emplois et commerces, postes politiques et postes administratifs, j’entends : maires, députés, ministres, directeurs régionaux, généraux, centraux, je dis tout ! Banques et assurances, écoles et hôpitaux, tout, vous avez bien entendu ! Tout, tout et tout !
La foule exulte.
Ainsi, sonnera pour nous l’heure du grand délire. Nous mangerons et danserons, nous chanterons et aimerons ! Et à nous seront le vent, le sol, la vie, la terre, la terre !
La foule en délire. Quand elle se calme, on entend la voix d’un héraut, annonçant l’arrivée du candidat du village. Délire encore plus grand. La foule se fend, laissant passer le candidat, un nain, escorté par des jeunes filles. Il est si petit que pour se faire voir, il est obligé de se hisser sur un escabeau.
Le tribun
Présentant le candidat.
Voilà notre digne frère, votre digne fils ! Celui qui va nous donner honneur et fierté, justice et liberté ! La terre est à nous ! Toute plante qui y pousse est à nous ! Tout être qui y croît est à nous ! Le vent qui y souffle,
La foule
À nous !
Le tribun
La pluie qui y tombe
La foule
À nous !
Le tribun
Le feu qui y rougeoie,
La foule
À nous !
Le tribun
Les fleurs qui y poussent,
La foule
À nous !
Le tribun
Les serpents qui s’y prélassent.
La foule
À nous !
Le tribun
Les grenouilles qui y coassent,
La foule
À nous !
Le tribun
Il est là, celui que nous attendions depuis des années et des années ! Notre frère, votre fils, il est un grand homme, et le grand homme ne se mesure pas qu’à sa grande taille, mais à la grandeur de ses idées, à la noblesse de son idéal. Jusque-là, j’ai parlé en son nom. Mais vous le dites vous-mêmes, dans ce village plein de sagesse : « L’eau qui sort de la bouche du poisson est la plus fraîche ». Je laisse donc la parole à notre frère.
Le candidat
Voix d’abord faible puis s’amplifiant progres-sivement
Frères et sœurs,
Cousins et cousines,
Pères et oncles.
Vous m’avez sollicité pour que je défende votre honneur, votre dignité bafouée par tant d’années d’un règne scélérat, d’un règne brutal, je veux parler du règne impie de ce bâtard d’étranger dont je me fais la pudeur de taire le nom !
La foule hurle de joie.
Pourquoi salirais-je mes lèvres par les lettres puantes qui composent son nom satanique ? Ce serait attenter à la sacralité de vos oreilles, si pures, si généreuses que d’y faire résonner le tintamarre d’un nom aussi abject !

Cet homme, je veux dire, cette ordure de candidat à la députation, à la mairie, au conseil régional, à la présidence de la République, cette espèce d’andouille mal culottée, cette boule de merde faite homme ose dire que je suis esclave, moi, votre frère, votre fils, propriétaire de la terre !

Lui, l’ordure ose me traiter d’esclave !
Lui l’étranger, ose me traiter d’étranger !
Lui, le voleur, ose me traiter de voleur !

Mais dites donc ! Sur quelle terre sommes-nous ? La sienne ou la nôtre ?
Hier, dans le village où il s’est fait adopter parce que son père, grand sorcier, avait été chassé de chez lui, il a tenu un meeting que j’ai fait filmer et enregistrer. Il a déversé des énormités sur mon compte, sur votre compte, sur notre compte.

Un : il prétend que la terre lui appartient !

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