Gustav Klimt
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Description

Gustav Klimt (Baumgarten, 1862 – Vienne, 1918)
«Faire un autoportrait ne m'intéresse pas. Les sujets de peinture qui m'intéressent ? Les autres et en particulier les femmes… » Aucune référence au monde extérieur ne vient contrarier le charme des allégories, portraits, paysages et autres personnages que l'artiste peint. Des couleurs et des motifs d'inspiration orientale (Klimt a été très influencé par le Japon, l'ancienne Egypte et la Ravenne byzantine), un espace bidimentionnel dépourvu de profondeur et une qualité souvent stylisée de l'image, autant d'éléments utilisés par le peintre pour créer une oeuvre séduisante, où le corps de la femme s'expose dans toute sa volupté. A 14 ans, il obtient une bourse d'Etat pour entrer à la Kunstgewerbeschule (l'Ecole viennoise des Arts et Métiers). Très vite, ses talents de peintre et de dessinateur s'affirment. Ses toutes remières oeuvres lui valent un succès inhabituellement précoce. Sa première grande initiative date de 1879 : il crée cette année-là la Künstlerkompagnie (la compagnie des artistes) avec son frère Ernst, et Franz Matsch. A Vienne, la fin du XIXe siècle est une période d'effervescence architecturale. L'empereur François- Joseph décide, en 1857, de détruire les remparts entourant le coeur médiéval de la ville. Le Ring, financé par l'argent du contribuable, est alors construit : de magnifiques résidences y côtoient de superbes parcs. Ces changements profitent à Klimt et à ses associés, leur fournissant de multiples occasions de faire montre de leur talent.
En 1897, Klimt, accompagné de quelques amis proches, quitte la très conservatrice Künstlerhausgenossenschaft (Société coopérative des artistes autrichiens) ; il fonde le mouvement Sécession et en prend la présidence. La reconnaissance est immédiate. Au-dessus du porche d'entrée de l'édifice, conçu par José Maria Olbrich est inscrite la devise du mouvement : «A chaque âge son art, à l'art sa liberté. » A partir de 1897, Klimt passa pratiquement tous ses étés sur l'Attersee, en compagnie de la famille Flöge. Durant ces périodes de paix et de tranquillité, il eut l'occasion de peindre de nombreux paysages qui constituent un quart de son oeuvre complète. Klimt exécute des croquis préparatoires à la plus grande partie de ses réalisations. Parfois, il exécute plus de cent études pour un seul tableau. Le caractère exceptionnel de l'oeuvre de Klimt tient peut-être à l'absence de prédécesseurs et de réels disciples. Il admirait Rodin et Whistler sans les copier servilement. En retour, il fut admiré par les peintres viennois de la jeune génération, tels Egon Schiele et Oskar Kokoschka.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 17 janvier 2012
Nombre de lectures 0
EAN13 9781783102549
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0524€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Auteurs : Jane Rogoyska et Patrick Bade

Mise en page :
Baseline Co. Ltd
61A-63A Vo Van Tan Street
4 e étage
District 3, Hô-Chi-Minh-Ville
Vietnam

© Confidential Concepts, worldwide, USA
© Parkstone Press International, New York, USA

ISBN : 978-1-78310-254-9

Tous droits d’adaptation et de reproduction, réservés pour tous pays.

Sauf mentions contraires, le copyright des œuvres reproduites appartient aux photographes, aux artistes qui en sont les auteurs ou à leurs ayants droit. En dépit de nos recherches, il nous a été impossible d’établir les droits d’auteur dans certains cas. En cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la maison d’édition.
Jane Rogoyska et Patrick Bade




Gustav Klimt

Sommaire


La Sécession vien n oise
La Vie
Les Débuts
La Sécession
Les Scandales
La Vienne de la fin du siècle
Les Maîtresses et les amis
Dessins et croquis
Portraits de société
Motifs et nudité
L’Héritage de Klimt
Les Chefs-d’oeuvre
La Fable
L’Idylle
Le Théâtre de Taormina
Nu allongé
Salle de l’ancien Burgtheater
Portrait de Joseph Pembauer
L’Art de la Grèce antique I
L’Amour
Musique I
Allégorie de la tragédie
Sang de Poisson
La Médecine, projet de composition
Pallas Athéna
Portrait de Sonja Knips
Affiche pour la première exposition de la Sécession de Vienne
Nuda Veritas
Nuda Veritas (détail)
Schubert au piano
Couple enlacé
Île sur l’Attersee
Poissons rouges
Judith I
Portrait de Gertha Felsovanyi
La Frise Beethoven : L’asparation au bonheur (détail)
Portrait d’Emilie Flöge
Forêt de hêtres I
Espoir I
Serpents d’eau I
Serpents d’eau II
Les Trois Âges de la Femme
Portrait de Margaret Stonborough-Wittgenstein
La Frise Stoclet (détail)
Jardin aux tournesols
Portrait de Fritza Riedler
La Médecine
Hygieia (détail de La Médecine)
Portrait d’Adèle Bloch-Bauer I
Espoir II
Le Baiser
Le Baiser (détail)
Danaé
Le Château Kammer sur l’Attersee I
Dame au chapeau et au boa de plumes
Judith II
Le Chapeau de plumes noires
La Vie et la Mort
Jardin au crucifix
Ferme dans le Nord de l’Autriche
Portrait d’Adèle Bloch-Bauer (II)
Ria Munk sur son lit de mort
Portrait de Mäda Primavesi
Portrait d’Eugénia Primavesi
La Vierge
Malcesine sur le lac de Garde
Portrait d’Elisabeth Bachofen-Echt
Maisons à Unterach sur l’Attersee
Portrait de Friederike Maria Beer
Sentier de jardin et poules
L’Église d’Unterach sur l’Attersee
Les Amies
Le Bébé
Adam et Ève (inachevé)
La Danseuse
La Mariée (inachevé)
Biography
Liste des illustrations
Notes
Le Chagrin qui ronge , détail du deuxième panneau de la Frise Beethoven , 1902.
Pavillon de la Sécession, Vienne.
La Sécession viennoise


Huit ans de Sécession (mars 1897 – juin 1905)
Critique – Polémique – Chronique
Par Ludwig Hevesi, Vienne 1906

La Sécession viennoise [1]

Le conseil municipal a pris ces jours-ci, dans une heure éclairée, la décision de laisser à la Vereinigung bildender Künstler Österreichs (Union des artistes plasticiens d’Autriche), sous certaines conditions qui nécessitent cependant une certaine modération, un terrain à bâtir au nouveau coin de la rue Wollzeile pour la construction d’un bâtiment d’exposition. On appelle cela une « nouvelle locale viennoise », mais on trouve dans celle-ci beaucoup plus que dans toutes les les rubriques d’actualités de plusieurs décennies de publications. Une extension de la ville dans le domaine des arts plastiques se profile : le centre d’art qu’est Vienne, cette immense petite ville, doit enfin devenir une grande Vienne, une Vienne réellement nouvelle. Les Viennois vont être surpris car les conspirateurs ont travaillé sur ce projet dans le silence le plus profond ; le fait accompli parle aujourd’hui, car l’entreprise audacieuse est déjà provisoirement assurée pour dix ans, artistiquement et financièrement. C’est l’énergie d’un groupe de jeunes artistes au sang fort et moderne qui a lancé ce mouvement, le plus radical à Vienne depuis l’extraordinaire tempérament d’Hans Makarts qui avait enflammé tout le monde de l’art. Cela aurait pu devenir quelque chose, comme la Vereinigung der « Elf » (Union des « Onze ») à Berlin qui expose dans le salon d’art de Schulte, ou une dénommée « sécession » comme à Munich, Paris et d’autres centres d’art, même d’Amérique, un exode vers la montagne sacrée, moitié opposition, moitié fondation nouvelle, avec un anti-salon qui, naturellement, aura fortement le caractère d’un Salon des Rejetés. Mais ces jeunes Viennois courageux sont également des patriotes avisés. Ni frondeurs, ni combattants pour la liberté, ils ne veulent pas mener de guérilla académique ou artistique. Même l’envie de jouer un tour aux Anciens ne les a pas titillés. Ils ne veulent fâcher personne, pas même se mettre en avant, ils aspirent simplement à relever le bas niveau actuel de l’art autrichien (pas simplement viennois) au niveau international.
Eux-mêmes résument leur point de vue de la façon suivante :
Une Vereinigung bildender Künstler Osterreichs ( V. b. K. Ö. ) férue de son idéal, constituée d’une ribambelle d’artistes qui croient sans faille à l’avenir artistique de la ville de Vienne, soutenue par une série de véritables amateurs d’art prêts à faire des sacrifices, sans considérations coopératives ou matérielles, en quelque sorte amenée à rayonner idéalement et artistiquement.
La V. b. K. Ö . est cependant une société de lutte car elle veut combattre la routine dans l’art. Seule, elle n’y arrivera pas par une politique spectaculaire mais par la poursuite d’objectifs purement artistiques : l’éducation de l’œil des masses à la compréhension de l’évolution permanente de l’art actuel.
La Mort de Juliette , 1886.
Crayon noir avec rehauts de blanc, 27,6 x 42,4 cm .
Graphische Sammlung Albertina, Vienne.
Tête d’homme allongé Peinture de plafond du théâtre impérial viennois, 1886-1888.
Craie noire, rehauts de blanc, 28 x 43 cm .
Graphische Sammlung Albertina, Vienne.
Le mieux qu’elle ait l’intention d’offrir serait alors naturellement l’ennemi du bien, et à plus forte raison celui du mal ! Cela doit être entrepris avec persévérance pour déshabituer le public du mal, pour rendre ce dernier inadmissible en endormant ensuite la demande. Quelques noms prouvent à quel point la nécessité profonde d’une telle renaissance se fait sentir, même parmi les artistes les plus importants qui planent certainement au-dessus de tout soupçon d’arrivisme. Le doyen Rudolph Alt comme président honoraire : mais ne devrait-il pas être désapprouvé par cet unique fait ? Quelques professeurs universitaires sont aussi du combat : Myslbek, Hellmer, Julian Falat, Hynais. Parmi nos jeunes, ce sont surtout Engelhart et Moll qui ont ouvert la voie grâce à leur énergie. Bernatzik, Bacher, Klimt, Krämer, Knüpfer, Mayreder, Ottenfeld, Stöhr, Jettel et Delug entre autres ont déjà adhéré à la ligue [2] . Et les jeunes artistes à l’étranger acclament son salut. La nouvelle Munich et la nouvelle Berlin soutiennent avec détermination la nouvelle Vienne. Stuck, Marr, Herterich, Dettmann, Kuehl, Dill et d’autres, ainsi que des maîtres parisiens en personne se sont inscrits en tant que membres extérieurs. Une fédération de jeunes est toujours internationale car elle a une responsabilité commune : l’existence de son vivant. Cet accord général est pour Vienne une garantie artistique. Il devient pourtant difficile d’une année sur l’autre de maintenir le caractère européen d’une exposition viennoise. Ne serait-ce que lors de la dernière exposition internationale à la maison des artistes, les trente mille florins accordés par le gouvernement ne suffirent pas pour acheter des œuvres étrangères. Les galeries de Munich, Berlin, Dresde suivent le rythme du mouvement mondial et assurent ainsi la relève par une matière culturelle moderne. À Vienne, les moyens deviennent de plus en plus réduits ; sans l’empereur et le prince Liechtenstein, tout serait depuis longtemps en sommeil. C’est même devenu d’une évidence effrayante lors de l’exposition de printemps de cette année où Vienne se retrouva sur le banc d’isolement. Aucune exposition annuelle n’a déclenché aussi peu d’engouement depuis longtemps. On se retrouve entre soi comme dans un club privé, on se connaît déjà par cœur les uns les autres, personne n’a rien de nouveau à dire. Le tout repose sur une douzaine d’yeux à travers lesquels on peut voir la raison d’une âme d’artiste forte et vivante. Les raisons de ce bourbier ne sont pas inconnues ; nous aussi les avons suffisamment soulignées à différentes occasions. Les fondations de l’Académie et de la Maison des artistes sont réduites à néant en raison de l’abolition de la chaire, de la conquête du prix par les nouveaux artistes, de cette exceptionnelle commande et de la décision définitive du jury. Dans la faiblesse des conditions viennoises, les zones d’ombre de toute l’administration artistique, exercée officiellement et en corporation, se sont révélées fatales. Ainsi, si la vigueur heureusement inusable de ce peuple explose enfin dans une action de libération, c’est aussi un acte d’aide envers soi-même. La nouvelle union va à nouveau permettre une concurrence artistique. Plusieurs choses ne seront plus possibles à Vienne : par exemple qu’un Schindler n’ait pas réussi, deux années avant sa mort, au point culminant de son talent, à présenter vingt-huit tableaux lors de l’exposition annuelle, et que les quatorze finalement acceptés aient été dispersés dans toutes les pièces de la maison. Un nouveau Schindler ira justement rue Wollzeile.
Le foyer du feu nouvellement allumé doit bien entendu être, comme à Munich, un bâtiment d’exposition unique : une Maison des artistes nouvelle et libre. De cette nouvelle fondation, peut-être l’Académie elle-même est-elle à conquérir, comme à Munich, et à partir de là, on peut enfin trouver une galerie d’art moderne, un « Luxembourg [3] » viennois.
Allégorie de la sculpture , 1889.
Crayon et aquarelle, 44 x 30 cm .
Historisches Museum, Vienne.
À gauche : Art grec , 1890-1891.
Huile sur plâtre, 230 x 80 cm .
Kunsthistorisches Museum, Vienne.

À droite : Art égyptien II , 1890-1891.
Huile sur plâtre, 230 x 80 cm .
Kunsthistorisches Museum, Vienne.
Art Egyptien I (Jeunes Filles avec Horus), 1890-1891.
Huile sur plâtre, 230 x 230 cm .
Kunsthistorisches Museum, Vienne.
Portrait de Femme (Mme Heymann ? ), vers 1894.
Huile sur bois, 39 x 23 cm .
Kunsthistorisches Museum, Vienne.
La totalité du revenu brut de l’exposition est consacré à l’installation d’une telle galerie moderne ; elle va s’épanouir, comme la fleur naturelle de ce tronc abondamment nourri. La nouvelle maison sera un point de rassemblement et un foyer des forces autrichiennes maintenant dispersées, et même la province sera alimentée par ces réserves, par des expositions élitistes dans toutes les plus grandes villes, afin que les déshérités de la consommation d’art aussi apprennent à se sentir membres de la belle collectivité. Il y aura là beaucoup de bonheur à fonder. L’art populaire peut et doit lui aussi tomber. Et si par exemple un jeune étudiant en droit demandait à l’administration de cette galerie l’entrée libre, la requête devrait être considérée et un moyen trouvé pour satisfaire la demande, de façon à ce que le besoin en art soit satisfait. Au final, nous voulons que ces jeunes gens, si Dieu le veut, achètent les œuvres peintes et sculptées des nouveaux artistes [4] .
Parmi les caractéristiques très agréables de ce mouvement, on remarque que l’enthousiasme s’accouple cette fois avec la réflexion. Sans peindre quelques utopies au mur, sans fanfare et sans feu d’artifice non plus, ces jeunes gens ont immédiatement choisi la bonne approche. De riches amateurs d’art se laissèrent tenter, les services financiers pour l’élargissement de la ville ainsi que ceux de la commune de Vienne reconnurent en temps voulu l’importance de l’entreprise : la conjoncture était favorable aux audacieux. Le dynamisme de personnes individuelles à Vienne a rarement su garantir aussi rapidement un terrain pour une création purement artistique. La communauté remercie tous ceux qui y ont contribué d’une manière quelconque. Et l’affaire a déjà tellement progressé que même les plans de la nouvelle maison sont terminés. Sur le terrain concédé de plus de mille deux cents mètres carrés, un palais de l’art d’environ six cent cinquante mètres carrés de surface au sol s’élèvera au sein d’un environnement de bon goût. Il est prévu qu’il soit un bâtiment imposant de plein pied, avec des verrières zénithales, sans fenêtre, les murs extérieurs recouverts de fresques pour que Vienne gagne par la même occasion une nouvelle décoration architecturale. Les liquidités pour l’exécution et le service sont aussi prêts et les artistes espèrent ainsi pouvoir ouvrir leur nouveau foyer avant la fin de l’année.
« Puissent les amateurs d’arts clairvoyants », ainsi conclut la V. b. K. Ö . son court appel informatif, « puissent en premier lieu les Viennois passionnés d’art saluer et encourager avec énergie les aspirations idéales de notre union, puissent les mécènes et les artistes confluer ensemble vers l’objectif de faire de Vienne ce à quoi elle est grandement prédestinée : Vienne, ville d’art. »
(27 mars 1897)
Après la pluie, 1899.
Huile sur toile, 80 x 40 cm .
Österreichische Galerie Belvedere, Vienne.
Ondines (Poissons d’argent), 1899.
Huile sur toile, 82 x 52 cm .
Kunstsammlung Bank Austria AG, Vienne.
L’Arbre de vie (détail) , vers 1905-1909.
Carton pour la Frise Stoclet ,
138,8 x 102 cm .
Museum für Angewandte Kunst, Vienne.
La Vie


« Faire un autoportrait ne m’intéresse pas. Les sujets de peinture qui m’intéressent ?
Les autres et en particulier les femmes... »

Une atmosphère originale et envoûtante émane des tableaux de Gustav Klimt. Ses peintures sensuelles et érotiques dévoilent un monde de plaisirs et de luxe, où il ferait bon vivre. Les admirer, c’est oublier la froide ambiance post-moderne qui est la nôtre. Aucune référence au monde extérieur ne vient contrarier le charme des allégories, portraits, paysages et autres personnages que l’artiste peint. Des couleurs et des motifs d’inspiration orientale (Klimt est très influencé par le Japon, l’ancienne Égypte et la Ravenne byzantine), une perspective bidimensionnelle dépourvue de profondeur et une qualité souvent stylisée de l’image, autant d’éléments utilisés par le peintre pour créer une œuvre séduisante, où le corps de la femme s’expose dans toute sa volupté.

Les Débuts
Gustav Klimt est né en 1862 dans une famille modeste. Son père, orfèvre-graveur, subvient difficilement aux besoins de sa femme et de ses sept enfants. À quatorze ans, il obtient une bourse d’État pour entrer à la Kunstgewerbeschule (l’École viennoise des arts et métiers). Très vite, ses talents de peintre et de dessinateur s’affirment.
Ses toutes premières œuvres lui valent un succès inhabituellement précoce. Sa première grande initiative date de 1879 : il crée cette année-là la Künstlerkompagnie (la Compagnie des artistes) avec son frère Ernst et Franz Matsch.
À Vienne, la fin du XIX e siècle est une période d’effervescence architecturale. L’empereur François-Joseph décide, en 1857, de détruire les remparts entourant le cœur médiéval de la ville. Le Ring, financé par l’argent du contribuable, est alors construit : de magnifiques résidences y côtoient de superbes parcs.
Ces changements profitent à Klimt et à ses associés, leur fournissant de multiples occasions de faire montre de leur talent. Les commandes affluent et, en 1879, ils participent aux décorations d’une fête à thème historique, organisée pour les noces d’argent de François-Joseph et de l’impératrice Elisabeth. En 1880, nouvelle commande : ils sont cette fois chargés de repeindre le plafond des thermes de Carlsbad. À travers ces premières réalisations, Klimt se forge une certaine réputation.
Ses œuvres de jeunesse, telles que La Fable , L’Idylle ou L’Homme nu , révèlent déjà un artiste doué et prometteur, quoique cantonné à la représentation de sujets allégoriques et académiques. Dans La Fable et La Vierge , les femmes sont potelées, habilement drapées dans de sobres tissus. Leurs cheveux sont tirés, en douceur, derrière le cou. La sensualité est maternelle, la nudité plus décorative qu’excitante. Rien de radicalement différent des œuvres du XVII e ou du XVIII e siècle. Dans le passé, un « V » pudique, rappelant celui des poupées enfantines, dissimulait les rares poils pubiens dévoilés. Ainsi, dans certaines œuvres d’art du Moyen-Âge ou de la Renaissance, les sexes masculins ou féminins suggérés par l’audace de l’artiste se trouvaient affublés, par des âmes prudes, d’une sage feuille de figuier.
Dès 1896, Klimt devient plus explicite. Dans le dessin final de Sculpture (très différent du tableau lui-même), la femme a les cheveux lâchés et ses poils pubiens sont apparents. Elle regarde le spectateur dans les yeux et se tient dans l’embrasure de la porte comme si on l’avait surprise nue. Faussement innocente, elle invite aux caresses. Le tableau, en revanche, est d’un style plus traditionnel : la position frontale et la pose sculpturale sont d’une facture plus classique. Les cheveux sont attachés et les poils pubiens invisibles.
Jeunes Filles au laurier rose, 1890.
Huile sur toile, 55 x 128,5 cm .
Wadsworth Atheneum, Hartford, Connecticut.
Femme au coin du feu, 1897-1898.
Huile sur toile, 41 x 66 cm .
Österreichische Galerie Belvedere, Vienne.



La Sécession
Grâce à ces premières œuvres, Klimt construit peu à peu sa notoriété et devient un artiste à succès très en vue. En 1892, après la mort de son père et de son frère Ernst, sa relation avec Matsch évolue. Il commence à explorer des terres plus aventureuses. Matsch déménage de leur atelier commun en 1894. En 1897, Klimt, accompagné de quelques amis proches, quitte la très conservatrice Künstlerhausgenossenschaft (Société coopérative des artistes autrichiens) ; il fonde le mouvement Sécession et en prend la présidence.
La reconnaissance est immédiate. Grâce au succès de deux expositions organisées en 1898, la Sécession s’installe dans un nouveau bâtiment. Au-dessus du porche d’entrée de l’édifice, conçu par José Maria Olbrich, est inscrite la devise du mouvement : « À chaque âge son art, à l’art sa liberté. »
Si la Sécession expose le meilleur de l’art autrichien, elle permet également l’introduction, dans l’Empire, d’œuvres venues de toute l’Europe. Grâce à elle, le public viennois découvre les impressionnistes français et les naturalistes belges. Klimt se révèle le principal protagoniste de ce mouvement. Mais son succès d’artiste moderne menace son statut de peintre établi et fréquentable. Il se retrouve très vite au cœur d’une série de scandales qui vont bouleverser sa carrière.
Le Chevalier d’Or (La vie est un combat), 1903.
Huile, tempera et or sur toile,
103,5 x 103,7 cm .
Aichi Prefectural Museum of Art, Nagoya.
La Frise Beethoven (détail du panneau de gauche), 1902.
Caséine sur plâtre, hauteur : 220 cm .
Pavillon de la Sécession, Vienne.


Les Scandales
En 1894, l’université de Vienne commande à Klimt et Matsch une série de tableaux. Les thèmes imposés à Klimt sont la Philosophie, la Médecine et la Jurisprudence. L’université attend des œuvres dignes, formelles et classiques, représentant la sagesse des philosophes, les vertus curatives de la médecine et, sans doute, une femme sculpturale aux yeux fermés portant une balance, image hiératique de la justice. Mais Klimt choisit de suivre son inspiration.
Après plusieurs années de labeur, il livre enfin ses toiles. Le scandale est cependant tel qu’il doit rembourser les avances déjà versées et reprendre ses tableaux. À l’Exposition universelle de 1900 à Paris, une médaille d’or lui est décernée pour La Philosophie . Mais ceci ne change en rien l’opinion des Viennois. Si La Philosophie choque, une controverse plus virulente encore éclate à propos de La Médecine présentée l’année suivante.
Difficile de saisir le sens de cette toile. Qu’est-ce que l’artiste a voulu exprimer ? La vision est chaotique : la masse des corps, les vieux personnages ridés, les crânes évoquent plus la souffrance de l’homme que sa guérison.
La Frise Bee thoven (détail du panneau central), 1902.
Caséine sur plâtre, hauteur : 220 cm .
Pavillon de la Sécession, Vienne.
Les Vaches à l’étable, 1899.
Huile sur toile, 75 x 76,5 cm .
Lentos Kunstmuseum Linz, Linz.
Contrastant avec cette atmosphère infernale, deux femmes, en haut et en bas à gauche du tableau, concentrent l’attention. Le voisinage d’un serpent fait de cette dernière l’image même de la médecine.
Elle est enlacée dans des ornements dorés, et cette attitude lui confère l’allure d’une prêtresse plus encline à sacrifier qu’à guérir. La femme du haut, posant dans un abandon dynamique, est nue. Son attitude – elle écarte les bras – semble une parodie de la crucifixion. Son bas-ventre attire l’attention de l’observateur.
Le croquis du personnage révèle non seulement l’excellent dessinateur qu’est Klimt, mais aussi l’audace dont il fait preuve. Le trait et le jeu des ombres conduisent irrésistiblement l’œil vers les poils du sexe. Si, pour le croquis, la femme a sans doute posé allongée ou appuyée contre un meuble, dans le tableau, elle apparaît debout, instable, sur le point de tomber.
Ces représentations témoignent de l’abandon des rondeurs féminines chères au style académique traditionnel du XIX e siècle. Klimt choisit, en effet, de représenter des femmes minces, lestes, aux cheveux longs, libérés. La femme expose une sexualité attrayante, voire provocante.

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