La Parodie dans la bande dessinee franco-belge
199 pages
Français

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Description

La parodie, qui consiste en une imitation caricaturale d’une œuvre ou d’une personne, est présente dans la bande dessinée dès les débuts de celle-ci. Elle acquiert néanmoins rapidement un deuxième degré en devenant une parodie de genre quand, notamment, la série Lucky Luke parodie l’épopée western. Elle franchit un troisième degré, au cours des années 1970, quand la bande dessinée se met à se moquer d’elle-même, évoluant en une parodie de bande dessinée de genre ou parodie formelle. La bande dessinée se réfère alors à elle-même, au risque de devenir moins lisible par le grand public, mais contribue ainsi à sa légitimation en tant qu’art.
Pierre Huard étudie ce jeu hypertextuel grâce à une analyse exhaustive appuyée sur la sémiotique visuelle et la critique artistique des œuvres. Il montre les liens entre un corpus de dix bandes dessinées franco-belges, publiées entre 1952 et 1994 et jugées exemplaires par la critique spécialisée, et un ensemble d’autres œuvres dont les traits sont imités ou déformés. Il propose par ailleurs une grille d’analyse très détaillée sur les caractéristiques narratives et visuelles de la bande dessinée, un apport considérable à ce domaine pour lequel l’analyse se fait encore trop rare. Tout comme son objet d’étude, donc, Pierre Huard contribue à sa façon, dans cet ouvrage, à la légitimation du neuvième art.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 mai 2016
Nombre de lectures 23
EAN13 9782760545069
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,1050€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

La collection Culture et publics réunit des ouvrages originaux sur la culture et ses publics. Plus précisément, elle s’intéresse au champ des médiations culturelles , c’est-à-dire à l’analyse des pratiques professionnelles des acteurs, aux méthodes qu’ils mobilisent et à leurs effets sur les différentes catégories de publics. Toutes les formes de la culture sont concernées, du spectacle vivant en passant par le patrimoine et les musées. L’emploi délibéré du mot publics au pluriel permet de souligner que cette collection accorde un intérêt particulier à toutes les formes innovantes de médiation de la culture qui se proposent de contribuer à la démocratisation de la culture élaborée. En contexte muséal, la notion de médiation culturelle inclut bien évidemment celle d’ éducation non formelle , c’est-à-dire les différentes formes de médiation des savoirs en dehors de l’école. Il s’agit notamment de celles mises en œuvre dans le patrimoine et les musées connues sous le nom d’ éducation muséale .
La collection Culture et publics publie des ouvrages qui analysent les dispositifs originaux de médiation, d’interprétation et de communication, ou qui prennent appui sur des études de fréquentation ou d’autres enquêtes sur les pratiques culturelles et la muséologie. Elle propose des investigations théoriques, empiriques, historiques et conceptuelles ancrées dans les sciences humaines et sociales avec un intérêt particulier pour les approches proposées par les sciences de la communication, les sciences de l’éducation et la muséologie.


La parodie dans la bande dessinée franco-belge

Presses de l’Université du Québec Le Delta I, 2875, boulevard Laurier, bureau 450, Québec (Québec) G1V 2M2 Téléphon e : 418 657-4399 Télécopieu r : 418 657-2096 Courrie l : puq@puq.ca Interne t : www.puq.ca


La parodie dans la bande dessinée franco-belge
Critique ou esthétism e ?
Pierre Huard †
Édition posthume par Raymond Corriveau , Jason Luckerhoff et Claude Martin


Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Huard, Pierre, 1961-2010
La parodie dans la bande dessinée franco-belg e : critique ou esthétism e ? Édition posthume / par Raymond Corriveau, Jason Luckerhoff et Claude Martin. (Collection Culture et publics) Comprend des références bibliographiques. ISBN 978-2-7605-4504-5
1. Bandes dessinées – Belgique – Histoire et critique. 2. Parodie dans la littérature. I. Corriveau, Raymond, 1950- . II. Luckerhoff, Jason. III. Martin, Claude, 1947- . IV. Titre. V. Collectio n : Collection Culture et publics.
PN6790.B4H82 2016 741.5’9493 C2016-940090-5

Conception graphique Michèle Blondeau
Images de couverture André Franquin, Les chapeaux noirs, Marcinelle, Dupuis, 1952. © DUPUIS, 2016 Yves Chaland, « La vie exemplaire de Jij é », Métal Hurlant, n o 64, 1981.
Mise en pages Alphatek
Version numérique Maryse Bédard
Dépôt légal: 2 e trimestre 2016 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada
© 2016 – Presses de l’Université du Québec Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés


Préface
Dacheux (2014) a montré que la bande dessinée – considérée comme un langage particulier par les sémioticiens – a davantage relevé des études littéraires que des sciences de la communication. Il rappelle cependant que McLuhan lui a consacré un chapitre de son livre Pour comprendre les médias et que la revue Communications a consacré un numéro thématique à la bande dessinée dès 1976. La bande dessinée – « Un des rares médias qui n’ait pas conscience de lui-mêm e » (Mouchart, 2008, p. 24) – a toujours intéressé les littéraires, les critiques littéraires, les sémioticiens et les chercheurs en communication. Mais la difficulté à trouver une méthode d’analyse adéquate ainsi que les rivalités ont très tôt empêché toute forme d’unité ou de projet commun. Les controverses concernent donc surtout la caractérisation et l’analyse de la BD, ainsi que l’inscription de la BD dans un champ ou une discipline en particulier.
La reconnaissance culturelle de la bande dessinée a probablement évolué en même temps que la reconnaissance de la bande dessinée comme objet d’étude légitime. Parfois associée à l’enfance et à l’infériorité sociale, la bande dessinée a aussi été considérée comme un art et comme une création destinée à une certaine élite. L’industrialisation des créations culturelles concerne donc aussi la BD, et les débats théoriques entourant la légitimité culturelle s’appliquent à ce produit culturel. Ce qui est fort intéressant, avec la BD, c’est l’opposition marquée entre la BD de masse et la BD cultivée. La BD permet donc une analyse bourdieusienne riche. D’abord associée aux milieux populaires, elle s’est ensuite rapprochée d’une certaine contre-culture et a fini par être lue par des personnes dotées d’un fort capital culturel. La reconnaissance de la BD comme média n’est pas largement partagée, mais elle l’est suffisamment pour que des chercheurs légitiment cet objet d’étude en communication. Comme Pierre Huard l’a affirmé dans un chapitre de livre qu’il a terminé peu avant son décès et qui a été publié quelques années plus tard, la bande dessinée est reconnue comme mode d’expression et comme média de mass e : « Le support que constitue le journal assure à la bande dessinée – ou les comics – une large diffusion, ce qui en fait à ce titre un véritable média de mass e » (Huard, 2014, p. 37). La BD ressemble à tous les secteurs culturels qui ont développé des supports reproductibles et qui ont amélioré les techniques de mécanisation en important le principe du taylorisme. Cela a provoqué une relative standardisation des contenu s : « Victime de son succès, la bande dessinée est aussitôt envisagée comme une industrie mercantile par les propriétaires de press e » (Huard, 2014, p. 38). En effet, « la standardisation est tout aussi présente dès l’apparition des comic books en 1937, caractérisés par la présence de super héros et de justiciers tels que Superman, Batman, Mandrake, etc. À cet égard, nous ne sommes pas très loin des modèles de voitures tous semblables qui quittent l’usin e » (Huard, 2014, p. 38).
Pierre Huard a choisi de travailler sur la bande dessinée franco-belge, et plus précisément sur la parodie. Il s’intéresse à ce jeu métadiscursif et fait remarquer, notamment, que la définition même du concept de parodie ne fait pas l’unanimité chez les chercheurs. Selon lui, « il faut véritablement attendre la naissance de Tintin en 1929 pour parler des vrais débuts commerciaux de la bande dessinée franco-belge, même si l’on doit la présence des phylactères au sein de l’image à son prédécesseur Alain St-Ogan ( Zig et Puce ) (Baron-Carvais, 1985 ) » (Huard, 2014, p. 40). Son choix de travailler sur un corpus qui s’étend sur cinquante années est lié à cet objectif d’appréhender le concept de parodie du genre dès le moment où celle-ci s’est manifestée de façon importante, c’est-à-dire avec la série Lucky Luke (1946-2002). Pierre Huard s’intéresse donc autant à la question du sens de la parodie qu’aux rapports que celle-ci entretient avec le social. Il s’intéresse donc à la BD en tant que média, et dans une perspective communicationnelle, il fait une analyse des caractéristiques sémiotiques d’une œuvre.
* * *
Dans une formule célèbre, Harold Lasswell établit, en 1948, les fondements de nombreuses recherches en communicatio n : Who, says what, in which channel, to whom, with what effect? (Qui, dit quoi, comment, à qui, avec quel effe t ?) Tous les termes de cette question sont importants, mais le « dit quo i » est évidemment essentiel dans une communication, quoique dans certains cas, on puisse s’en passer. Plusieurs méthodes ont été développées pour analyser ce « quo i ». On les regroupe souvent sous les termes d’analyse de contenu ou d’analyse du discours. Quant aux autres termes, le « qu i? » peut aussi bien référer à un auteur qu’à une entité économique. « À qu i? » ouvre la porte des analyses d’auditoires. « Avec quel effe t? » peut représenter des convictions influencées par un média ou un message ou encore, à un autre niveau, une plus grande part de marché pour un média.
Il y a plusieurs façons d’analyser le contenu des médias, car il comporte plusieurs dimensions, certaines explicites, d’autres plus difficiles à repérer. On doit d’abord dire que l’a

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