Le Préraphaélisme
200 pages
Français

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
200 pages
Français
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Dans une Angleterre victorienne emportée par les rapides évolutions de la révolution industrielle, la confrérie préraphaélite, proche des Arts & Crafts de William Morris, prôna le retour aux valeurs d’antan. Souhaitant le renouveau des formes épurées et nobles de la Renaissance italienne, ses peintres majeurs tels John Everett Millais, Dante Gabriel Rossetti ou William Holman Hunt, en opposition à l’académisme d’alors, privilégièrent le réalisme et les thèmes bibliques aux canons affectés du XIXe siècle.
Cet ouvrage, par son texte saisissant et ses riches illustrations, témoigne avec ferveur de ce mouvement singulier qui sut, notamment, inspirer les partisans de l’Art nouveau ou encore ceux du Symbolisme.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 05 janvier 2012
Nombre de lectures 0
EAN13 9781780427706
Langue Français
Poids de l'ouvrage 61 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0524€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Le Préraphaélisme
Robert de la SizeranneTexte : Robert de la Sizeranne
Mise en page :
Baseline Co. Ltd.
33 Ter – 33 Bis Mac Dinh Chi St.,
Star Building; 6ème étage
District 1, Hô Chi Minh-Ville, Vietnam
© Parkstone Press International, New York, USA
© Confidential Concepts, Worldwide, USA
Tous droits d’adaptation et de reproduction, réservés pour tous pays.
Sauf mentions contraires, le copyright des œuvres reproduites se trouve
chez les photographes qui en sont les auteurs. En dépit de nos recherches,
il nous a été impossible d’établir les droits d’auteur dans certains cas. En
cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la
maison d’édition.
ISBN : 978-1-78042-770-6Robert de la Sizeranne
Le PréraphaélismeSommaire
I. Les Origines préraphaélites 7
II. La Définition et les résultats du préraphaélisme 77
III. Les Intentions préraphaélites 109
Les Incontournables 153
Notes 194
Index 196I.Les Origines préraphaélites
L’Art anglais en 1844
Jusqu’en 1848, en Angleterre, on admirait, mais on ne s’étonnait pas. Reynolds et
e
Gainsborough étaient de grands maîtres, mais ils faisaient de la peinture du XVIII siècle
e
et non de la peinture anglaise au XVIII siècle. Ce furent leurs modèles, leurs ladies et leurs
misses, qui donnèrent un tour anglais à leurs figures : ce ne fut pas leur pinceau. Leur
esthétique était celle de toute l’Europe au temps où ils vivaient. Plus tard, Lawrence
peignit chez nos voisins comme Gérard chez nous. En parcourant les salles des musées de
Londres, on voyait d’autres tableaux, mais non une autre manière de peindre, ni de
dessiner, ni même de composer et de concevoir un sujet. Seuls les paysagistes, Turner et
Constable en tête, donnaient, dès le début du siècle, une note nouvelle et puissante. Mais,
l’un demeura seul de son espèce, aussi peu imité dans son pays que partout ailleurs,
n’appartenant pas plus à une région de la terre qu’une comète n’appartient à une région du
ciel, l’autre devint si rapidement suivi et dépassé par les Français, qu’il eut plutôt la gloire
de créer un nouveau mouvement en Europe que la chance d’assurer à son pays un art
national. Quant aux autres peintres, ils faisaient, avec plus ou moins d’habileté, la peinture
qu’on faisait partout. On s’intéressait une minute à leurs chiens, à leurs chevaux, à leurs
politiciens de village, à toutes ces petites scènes de genre, d’intérieur et de cuisine, qu’ils
traitaient moins bien que les Hollandais. Rien ne permettait alors de prévoir qu’il allait
sortir de tout cela quelque chose de neuf et de grand. Par moments, un éclair d’étrangeté
illuminait cette vie raisonnable et prosaïque. Un petit tableau de Blake montrait le premier
ministre, Pitt, sous la forme d’un ange, en robe vert et or, conduisant à travers les nuées le
1
parlement anglais représenté sous les apparences du monstre décrit dans le livre de Job .
Puis tout s’assoupissait de nouveau : petites gens, petites histoires, petite peinture. Une
couleur glabre, lustrée, plaquée sur du bitume, fausse sans vigueur, confite sans finesse,
trop noire dans les ombres, trop brillante dans les clairs. Un dessin mou, hésitant,
John Everett Millais,
Mariana, 1851.vaguement généralisateur. Et l’on songeait, en approchant de la redoutable date 1850, au
Huile sur acajou, 59,7 x 49,5 cm.
mot prononcé par Constable en 1821 : « Dans trente ans, l’art anglais aura vécu ». Tate Britain, Londres.
7Et cependant, si l’on regarde bien, deux caractéristiques étaient là, sommeillantes.
D’abord, l’intellectualité du sujet. De tout temps, les Anglais se préoccupèrent de choisir
des scènes intéressantes, voire un peu compliquées, où l’esprit avait autant à saisir que les
yeux, où la curiosité était piquée, la mémoire mise en jeu, le rire ou les larmes provoqués
par une histoire muette. Au Victoria & Albert Museum, on est saisi par ce goût
britannique. On peut y voir des scènes du Bourgeois gentilhomme, du Malade imaginaire, des
Femmes savantes, de Don Quichotte, des Joyeuses Commères de Windsor, de Mon Oncle Tobie,
de la Mégère apprivoisée, de L’Homme au bon naturel, puis le Refus, tiré de Duncan Grey, puis
Portia et Bassanio, en un mot le théâtre et le roman de tous les pays. Ces toiles sont signées :
e
Wilkie, Redgrave, Frith, Leslie. C’était l’art de la première moitié du XIX siècle. Déjà
s’affirmait cette idée, d’ailleurs bien lisible chez Hogarth, que le pinceau était fait pour
écrire, pour raconter, pour instruire, non simplement pour montrer. Seulement, ce qu’il
racontait avant 1850, c’était des actions mesquines ; ce qu’il exprimait, c’était de petits
travers, des ridicules ou des sentiments bornés ; ce qu’il en soignait, c’était des articles du
code de civilité. Il jouait le rôle de ces cahiers d’images qu’on donnait aux enfants pour
leur montrer où conduisait la paresse, le mensonge ou la gourmandise. L’autre qualité
était l’intensité de l’expression. Quiconque avait vu des chiens de Landseer ou tout
simplement dans les journaux illustrés anglais, quelques unes de ces études d’animaux où
l’habitus corporis est serré de si près, l’expression si recherchée, le tour de tête si
intelligent, si différent selon que l’animal attend, craint, désire, interroge son maître ou
réfléchit, pourra aisément comprendre ce que signifie ce mot : intensité d’expression. Ce
n’est pas seulement justesse qu’il faut dire, car ce ne serait point là une caractéristique de
e e
l’art anglais. Nos animaliers du XVIII et du XIX siècle attrapaient, eux aussi,
l’expression juste et pourtant quelle différence entre les chiens d’Oudry ou de Desportes
qui sont au Louvre et ceux de Landseer à la National Gallery de Londres ! Mais, de même
que l’intellectualité du sujet ne se voyait, avant 1850, que dans des sujets qui n’en valaient
pas la peine, de même l’intensité d’expression n’était obstinément recherchée et
Dante Gabriel Rossetti,
heureusement atteinte que dans les représentations des figures animales. La plupart desMariana, 1870.
Huile sur toile, 109,8 x 90,5 cm. figures humaines avaient des attitudes banales, sans modalité expressive, ni vérité
Aberdeen Art Gallery & Museums,
spécifique, ni précision pittoresque, mises sur des fonds imaginés à l’atelier, accommodésAberdeen.
de « chic » à la sauce académique, d’après des principes généraux, excellents en soi, mais
Charles Allston Collins,
Pensées du couvent, 1850-1851. mal compris et paresseusement appliqués, se perdant, s’évanouissant dans des souvenirs
Huile sur toile, 84 x 59 cm.
de moins en moins lucides des beaux jours de Reynolds et de Gainsborough.The Ashmolean Museum of Art and
Archaeology, University of Oxford,
Oxford.
Tel était l’art en Angleterre, lorsque Ford Madox Brown revint d’Anvers et de Paris avec
John Everett Millais,
une révolution esthétique dans ses cartons. Il ne s’agit pas de dire que toutes lesFerdinand leurré par Ariel, 1849-1850.
Huile sur panneau de bois, tendances qui prévalèrent depuis cette époque, toutes les individualités qui se
64,8 x 50,8 cm.
développèrent, sortirent de cet artiste, ni qu’au moment où il débarqua, personne parmiThe Makins Collection, Washington, D.C.
8101112ses compatriotes ne sentait, ni ne rêvait les mêmes choses que lui. Mais, si l’on songe
qu’en 1844, lorsque fut exposé Guillaume le Conquérant, rien de ces choses nouvelles n’était
apparu, que Rossetti avait seize ans, Hunt dix-sept, Millais quinze, Watts vingt-six,
Leighton quatorze, Burne-Jones onze et qu’aucun de ces maîtres n’avait, par conséquent,
accompli sa formation ; si l’on songe ensuite que la façon de composer, de dessiner et de
peindre inaugurée par Madox Brown se retrouve, cinquante ans après sa première œuvre,
dans les tableaux de Burne-Jones, après être passée par ceux du maître de Burne-Jones,
Rossetti, il faut bien reconnaître à l’exposant de 1844 le rôle décisif du semeur, là où les
2
autres n’avaient fait que labourer avant l’heure ou moissonner une fois

  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • Podcasts Podcasts
  • BD BD
  • Documents Documents