Le Préraphaélisme
184 pages
Français

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Description

Dans une Angleterre victorienne emportée par les rapides évolutions de la révolution industrielle, la confrérie préraphaélite, proche des Arts & Crafts de William Morris, prôna le retour aux valeurs d’antan. Souhaitant le renouveau des formes épurées et nobles de la Renaissance italienne, ses peintres majeurs tels John Everett Millais, Dante Gabriel Rossetti ou William Holman Hunt, en opposition à l’académisme d’alors, privilégièrent le réalisme et les thèmes bibliques aux canons affectés du XIXe siècle.
Cet ouvrage, par son texte saisissant et ses riches illustrations, témoigne avec ferveur de ce mouvement singulier qui sut, notamment, inspirer les partisans de l’Art nouveau ou encore ceux du Symbolisme.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 mai 2014
Nombre de lectures 0
EAN13 9781783103591
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0524€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Texte : Robert de la Sizeranne

Mise en page :
Baseline Co. Ltd
61A-63A Vo Van Tan Street
4 ème étage
District 3, Hô Chi Minh-Ville
Vietnam

© Parkstone Press International, New York, USA
© Confidential Concepts, Worldwide, USA

Tous droits d’adaptation et de reproduction, réservés pour tous pays.
Sauf mentions contraires, le copyright des œuvres reproduites se trouve chez les photographes qui en sont les auteurs. En dépit de nos recherches, il nous a été impossible d’établir les droits d’auteur dans certains cas. En cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la maison d’édition.

ISBN : 978-1-78310-359-1
Robert de la Sizeranne




Le Préraphaélisme

Sommaire


I. Les Origines préraphaélites
L’Art anglais en 1844
La Bataille préraphaélite
II. La Définition et les résultats du préraphaélisme
III. Les Intentions préraphaélites
Les Incontournables
William Holman Hunt (Londres, 1827 – Londres, 1910)
Sir John Everett Millais (Southampton, 1829 – Londres, 1896)
Dante Gabriel Rossetti (Londres, 1828 – Birchington, 1882)
Ford Madox Brown (Calais, 1821 – Londres, 1893)
Arthur Hughes (Londres, 1832 – Kew, 1915)
Sir Edward Burne-Jones (Birmingham, 1833 – West Stratton, 1898)
William Morris (Walthamstow, 1834 – Kelmscott, 1896)
Index
Notes
John Everett Millais, Mariana , 1851.
Huile sur acajou, 59,7 x 49,5 cm .
Tate Britain, Londres.
I. Les Origines préraphaélites



L’Art anglais en 1844

Jusqu’en 1848, en Angleterre, on admirait, mais on ne s’étonnait pas. Reynolds et Gainsborough étaient de grands maîtres, mais ils faisaient de la peinture du XVIII e siècle et non de la peinture anglaise au XVIII e siècle. Ce furent leurs modèles, leurs ladies et leurs misses , qui donnèrent un tour anglais à leurs figures : ce ne fut pas leur pinceau. Leur esthétique était celle de toute l’Europe au temps où ils vivaient. Plus tard, Lawrence peignit chez nos voisins comme Gérard chez nous. En parcourant les salles des musées de Londres, on voyait d’autres tableaux, mais non une autre manière de peindre, ni de dessiner, ni même de composer et de concevoir un sujet. Seuls les paysagistes, Turner et Constable en tête, donnaient, dès le début du siècle, une note nouvelle et puissante. Mais, l’un demeura seul de son espèce, aussi peu imité dans son pays que partout ailleurs, n’appartenant pas plus à une région de la terre qu’une comète n’appartient à une région du ciel, l’autre devint si rapidement suivi et dépassé par les Français, qu’il eut plutôt la gloire de créer un nouveau mouvement en Europe que la chance d’assurer à son pays un art national. Quant aux autres peintres, ils faisaient, avec plus ou moins d’habileté, la peinture qu’on faisait partout. On s’intéressait une minute à leurs chiens, à leurs chevaux, à leurs politiciens de village, à toutes ces petites scènes de genre, d’intérieur et de cuisine, qu’ils traitaient moins bien que les Hollandais. Rien ne permettait alors de prévoir qu’il allait sortir de tout cela quelque chose de neuf et de grand. Par moments, un éclair d’étrangeté illuminait cette vie raisonnable et prosaïque. Un petit tableau de Blake montrait le premier ministre, Pitt, sous la forme d’un ange, en robe vert et or, conduisant à travers les nuées le parlement anglais représenté sous les apparences du monstre décrit dans le livre de Job [1] . Puis tout s’assoupissait de nouveau : petites gens, petites histoires, petite peinture. Une couleur glabre, lustrée, plaquée sur du bitume, fausse sans vigueur, confite sans finesse, trop noire dans les ombres, trop brillante dans les clairs. Un dessin mou, hésitant, vaguement généralisateur. Et l’on songeait, en approchant de la redoutable date 1850, au mot prononcé par Constable en 1821 : « Dans trente ans, l’art anglais aura vécu ». Et cependant, si l’on regarde bien, deux caractéristiques étaient là, sommeillantes. D’abord, l’intellectualité du sujet. De tout temps, les Anglais se préoccupèrent de choisir des scènes intéressantes, voire un peu compliquées, où l’esprit avait autant à saisir que les yeux, où la curiosité était piquée, la mémoire mise en jeu, le rire ou les larmes provoqués par une histoire muette. Au Victoria & Albert Museum, on est saisi par ce goût britannique. On peut y voir des scènes du Bourgeois gentilhomme, du Malade imaginaire, des Femmes savantes, de Don Quichotte, des Joyeuses Commères de Windsor, de Mon Oncle Tobie, de la Mégère apprivoisée, de L’Homme au bon naturel, puis le Refus, tiré de Duncan Grey, puis Portia et Bassanio, en un mot le théâtre et le roman de tous les pays. Ces toiles sont signées : Wilkie, Redgrave, Frith, Leslie. C’était l’art de la première moitié du XIX e siècle. Déjà s’affirmait cette idée, d’ailleurs bien lisible chez Hogarth, que le pinceau était fait pour écrire, pour raconter, pour instruire, non simplement pour montrer. Seulement, ce qu’il racontait avant 1850, c’était des actions mesquines ; ce qu’il exprimait, c’était de petits travers, des ridicules ou des sentiments bornés ; ce qu’il en soignait, c’était des articles du code de civilité. Il jouait le rôle de ces cahiers d’images qu’on donnait aux enfants pour leur montrer où conduisait la paresse, le mensonge ou la gourmandise. L’autre qualité était l’intensité de l’expression. Quiconque avait vu des chiens de Landseer ou tout simplement dans les journaux illustrés anglais, quelques unes de ces études d’animaux où l’habitus corporis est serré de si près, l’expression si recherchée, le tour de tête si intelligent, si différent selon que l’animal attend, craint, désire, interroge son maître ou réfléchit, pourra aisément comprendre ce que signifie ce mot : intensité d’expression. Ce n’est pas seulement justesse qu’il faut dire, car ce ne serait point là une caractéristique de l’art anglais. Nos animaliers du XVIII e et du XIX e siècle attrapaient, eux aussi, l’expression juste et pourtant quelle différence entre les chiens d’Oudry ou de Desportes qui sont au Louvre et ceux de Landseer à la National Gallery de Londres ! Mais, de même que l’intellectualité du sujet ne se voyait, avant 1850, que dans des sujets qui n’en valaient pas la peine, de même l’intensité d’expression n’était obstinément recherchée et heureusement atteinte que dans les représentations des figures animales. La plupart des figures humaines avaient des attitudes banales, sans modalité expressive, ni vérité spécifique, ni précision pittoresque, mises sur des fonds imaginés à l’atelier, accommodés de « chic » à la sauce académique, d’après des principes généraux, excellents en soi, mais mal compris et paresseusement appliqués, se perdant, s’évanouissant dans des souvenirs de moins en moins lucides des beaux jours de Reynolds et de Gainsborough.
Dante Gabriel Rossetti, Mariana , 1870.
Huile sur toile, 109,8 x 90,5 cm .
Aberdeen Art Gallery & Museums, Aberdeen.
Charles Allston Collins , Pensées du couvent , 1850-1851.
Huile sur toile, 84 x 59 cm .
The Ashmolean Museum of Art and Archaeology,
University of Oxford, Oxford.
John Everett Millais , Ferdinand leurré par Ariel , 1849-1850.
Huile sur panneau de bois, 64,8 x 50,8 cm .
The Makins Collection, Washington, D.C.
Sir Joseph Noel Paton, Le Rendez-Vous sanglant , 1855.
Huile sur toile, 73 x 65,2 cm .
Kelvingrove Art Gallery and Museum, Glasgow.
Tel était l’art en Angleterre, lorsque Ford Madox Brown revint d’Anvers et de Paris avec une révolution esthétique dans ses cartons. Il ne s’agit pas de dire que toutes les tendances qui prévalèrent depuis cette époque, toutes les individualités qui se développèrent, sortirent de cet artiste, ni qu’au moment où il débarqua, personne parmi ses compatriotes ne sentait, ni ne rêvait les mêmes choses que lui. Mais, si l’on songe qu’en 1844, lorsque fut exposé Guillaume le Conquérant, rien de ces choses nouvelles n’était apparu, que Rossetti avait seize ans, Hunt dix-sept, Millais quinze, Watts vingt-six, Leighton quatorze, Burne-Jones onze et qu’aucun de ces maîtres n’avait, par conséquent, accompli sa formation ; si l’on songe ensuite que la façon de composer, de dessiner et de peindre inaugurée par Madox Brown se r

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