Les Préraphaélites
255 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Les Préraphaélites , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
255 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

À l’époque victorienne, l’angleterre, balayée par la révolution industrielle, la confrérie préraphaélite, William morris et le mouvement Arts and Crafts, aspirait à un retour aux valeurs passées. souhaitant faire renaître les formes pures et nobles de la renaissance italienne, les peintres du groupe tels que John everett millais, dante gabriel rossetti et edward burne-Jones, favorisèrent le réalisme et les thèmes bibliques. ce titre de par son texte et ses riches illustrations décrit avec enthousiasme ce mouvement singulier qui inspira par la suite l’art nouveau et le symbolisme.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 12 juin 2014
Nombre de lectures 0
EAN13 9781783109081
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,025€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Auteur :
Robert de la Sizeranne

Mise en page :
Baseline Co. Ltd
61A-63A Vo Van Tan Street
4 e étage
District 3, Hô-Chi-Minh-Ville
Vietnam

© Confidential Concepts, worldwide, USA
© Parkstone Press International, New York, USA
Image-Bar www.image-bar.com

Tous droits d ’ adaptation et de reproduction, réservés pour tous pays.
Sauf mentions contraires, le copyright des œuvres reproduites appartient aux photographes, aux artistes qui en sont les auteurs ou à leurs ayants droit. En dépit de nos recherches, il nous a été impossible d ’ établir les droits d ’ auteur dans certains cas. En cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la maison d ’ édition.

ISBN : 978-1-78310-908-1
« La première condition de vie pour l ’ art, c ’ est qu ’ il exprime des choses vraies ou qu ’ il embellisse une chose utile »

— Ruskin
SOMMAIRE



Liste des illustrations
Chronologie
L ’ Art anglais en 1844
La Bataille préraphaélite
La Définition et les résultats du préraphaélisme
Les Intentions préraphaélites
Liste des illustrations



A
À la Veille de la sainte Agnè s, Arthur Hughes
L ’ Accolad e, Edmund Blair Leighton
L ’ Adieu à l ’ Angleterr e, Ford Madox Brown
L ’ Aimée (La Mariée ), Dante Gabriel Rossetti
L ’ â m e attein t (série Pymalion et l ’ image), Edwar d Burne-Jones
L ’ Amour et la jeune fill e, John Roddam Spencer Stanhope
Ange jouant du flageole t, Edward Burne-Jones
L ’ Annonciatio n, Arthur Hughes
L ’ Annonciation. La Fleur de Die u, Edward Burne-Jones
Antoine et Cléopâtr e, Sir Lawrence Alma-Tadema
Avant la Bataill e, Dante Gabriel Rossetti

B
Le Banquet de mariage du sire Degrevaun t, Edward Burne-Jones
Beata Beatri x, Dante Gabriel Rossetti
La Belle Dame sans merc i, John William Waterhouse
La Belle Dame sans merc i, Walter Crane
La Belle Iseul t, William Morris
Le Berger mercenair e, William Holman Hunt
Le Boudoir dans la prairi e, Dante Gabriel Rossetti
La Brebis galeus e, William Holman Hunt
C
Le Casseur de pierre s, John Brett
Le Chant d ’ amou r, Edward Burne-Jones
Le Chant d ’ amou r, Edward Burne-Jones
Chaucer à la cour d ’ Edward II I, Ford Madox Brown
Chevaleri e, Sir Frank Dicksee
Le Chevalier du solei l, Art h ur Hu g u es
Le Chevalier miséricordieu x, Edward Burne-Jones
Christ dans la maison de ses parents (L ’ Atelier du charpentier ), John Everett Millais
Christ lavant les pieds de saint Pierr e, Ford Madox Brown
Cupidon découvrant Psych é, Edward Burne-Jones
Cupidon délivrant Psych é, Edward Burne-Jones

D
La Dame de Shalott, John William Waterhouse
La Dame de Shalot t, Walter Crane
La Dame de S h alott, William Holman Hunt
Dans l ’ Herbe (seconde version ), Arthur Hughes
Dantis Amo r, Dante Gabriel Rossetti
Le Défi dans le déser t, Edward Burne-Jones
La Divinité embras e (série Pygalion et l ’ image), Edward Burne-Jones

E
Ecce Ancilla Domini ! (L ’ Annonciation ), Dante Gabriel Rossetti
L ’ Églantine : étude pour La Cour au jardi n, Edward Burne-Jones
Elaine, Edward Burn-Jones et Morris, Marshall, Faulker & Co.
Eliza Wyatt et sa fille, Sara h, John Ever ett Millais
L ’ Enfance de la Vierge Mari e, Dante Gabriel Rossetti
L ’ Espoir dans la prison du désespoi r, Evelyn de Morgan
Une Étude, en Mar s, John William Inchbold
Ève en ét é, Edward Robert Hughes
L ’ Éveil de la conscienc e, William Holman Hunt

F
Une Famille britannique convertie abritant un missionnaire chrétien de la persécution des druide s, William Holman Hunt
Ferdinand leurré par Arie l, John Everett Millais
Feuilles d ’ automn e, John Everett Millais
Les Fiançaille s, Arthur Hughes
La Fille aveugl e, John Everett Millai s
La Fille du bûchero n, John Everett Millais

G
Galahad dans la chapell e, Dante Gabriel Rossetti
Galahad, Bors et Perceval recevant le Saint-Graal ; mais la sœur de Perceval était morte en rout e, Dante Gabriel Rossetti
La Galerie de peintur e, Sir Lawrence Alma-Tadema
Le Glacier de Rosenlau i, John Brett

H
Hesperu s, Sir Joseph Noel Paton
Horace découvrant la folie d ’ Ophéli e, Dante Gabriel Rossetti
Un Huguenot, le jour de la Saint-Barthélemy, qui refuse de se protéger du danger en portant le signe catholiqu e, John Everett Millais
Hylas et les nymphe s, John William Warerhouse
I
Isabelle et le pot de basili c, John Melhuish Strudwick
Isabelle et le pot de basili c, William Holman Hunt

J
Le Jardin de Pa n, Edward Burne-Jones
Jérusalem et la vallée de Jéhoshaphat de la colline de mauvais consei l, Thomas B. Seddon
Les Jolis Petits Agneau x, Ford Madox Brown

L
Lady Clar e, Elizabeth Siddal
The Laidley Worm of Spindleston Heug h, William Crane
Laus Veneri s, Edward Burne-Jones
London Bridge la nuit du mariage du prince et de la princesse de Galle s, William Holman Hunt

M
Le Mariage de saint Georges et la princesse Sabr a, Dante Gabriel Rossetti
Marian , Dante Gabriel Rossetti
Marian a, John Everett Millais
La Marié e, John Everett Millais
Merlin et Nimu e, Edward Burne-Jones
Morgan la fé e, Frederick Sandys
La Mort de Méduse (I ) (cycle de Persée), Edward Burne-Jones
La mort de Méduse (II ) (cycle de Persée), Edward Burne-Jones
La Musique d ’ un temps révol u, John Melhuish Strudwick
La Musique des sept tour s, Dante Gabriel Rossetti
N
La Naïade, John William Waterhouse
Nos Côtes anglaises, 1852 (Moutons abandonnés ), William Holman Hunt
La Nuit des rois, acte II, scène 3, Walter Howell Deverell

O
L ’ Ombre de la mort
« Les Ombres me rendent à moitié malade » , dit La d ame de Shalott
Ophélie, A r thur Hughes
Ophé l ie, Arthur Hughes
Ophé l ie, John Everett Millais
Ophél i e, John William Waterhouse
L ’ Ordre de libération 174 6, John Everett Millais

P
Paolo et Francesc a, Dante Gabriel Rossetti
Pensées du couven t, Charles Allston Collins
Persée et les nymphes de la mer (L ’ Armement de Persée ), Edward Burne-Jones
Phyllis et Demophoö n, Edward Burne-Jones
La Potion de Cordéli a, Ford Madox Brown
Portrait de John Ruski n, John Everett Millais
Le Pr é, Ford Madox Brown
R
Le Rendez-Vous sanglan t, Sir Joseph Noel Paton
Le Renoncement au trône de la reine Élisabeth de Hongri e, James Collinson
Retour à la maiso n, Arthur Hughes
Le Retour de la colombe sur l ’ arch e, John Everett Millais
Le Rêve de Lancelot à la chapelle de St Graa l, Edward Burne-Jones
Un Rêve du passé - Sir Isumbras traversant l ’ ea u, John Evererr Millais
Rienzi jurant d ’ obtenir justice pour la mort de son jeune frère, poignardé lors d ’ une échauffourée entre les camps rivaux des Colonna et Orsin i, William Holman Hunt
Le Rocher du desti n (cycle de Persée), Edward Burne-Jones
La Roue de la fortun e, Edward Burne-Jones

S
Le Sauveur trouvé au templ e, William Holman Hunt
La Séduction de Merli n, Edward Burne-Jones
Ses Yeux sont avec ses pensées et ils sont très loi n, Sir Lawrence Alma-Tadema
Saint George et la princesse Sabr a, Dante Gabriel Rossetti

T
La Tête maléfiqu e, Edward Burne-Jones
Le Triomphe des innocent s, William Holman Hunt
Trouvé e, Dante Gabriel Rossetti
V
Le Val d ’ Aost e, John Brett
Valentin sauvant Sylvie de Proteu s, William Holman Hunt
La Veille de la sainte Agnè s, William Holman Hunt
Vénus Verticordi a, Dante Gabriel Rossetti
Les Vierges sage s, Eleanor Fortescue-Brickdale
La Vision de Dante de Rachel et Lé a, Dante Gabriel Rossetti
Vittori a, Lord Leighton

W
Walton-on-the-Naz e, Ford Madox Brown

Chronologie



1848 : Naissance au Royaume-Uni de « l ’ Association préraphaélite » ( The Pre-Raphaelite Brotherhood ), créée par des étudiants de l ’ école de la Royal Academy : William Holman Hunt, John Everett Millais et Dante Gabriele Rossetti. Selon Millais, le Préraphaélisme n ’ avait qu ’ un seul but : « présenter sur la toile la Nature » .

1849 : Première exposition à la Royal Academy. Les œuvres exposées sont signées du monogramme P.R.B ( Pre-Raphaelite Brotherhood ), dont le sens n ’ est pas encore connu du public. L ’ exposition est accueillie favorablement.

4 mai 1850 : La signification des trois lettres P.R.B est dévoilée dans la revue Illustrated London News .

1850 : Hunt, Millais et Rossetti fondent la revue The Germ au sein de laquelle ils exposent la théorie du mouvement préraphaélite. Dès sa sortie, la critique s ’ acharne, mais le mouvement est défendu par l ’ écrivain et critique d ’ art John Ruskin. Seuls quatre numéros de la revue voient le jour.
Rossetti abandonne le groupe.
William Morris et Edward Burne-Jones se recontrent à l ’ Exeter College d ’ Oxford, ils formeront la seconde génération d ’ artistes préraphaélites.

1850-1860 : De nombreux artistes sont recrutés au sein de la Confrérie parmi lesquels Walter Deverell, Arthur Hughes et John Brett.

1851 : Au cours de l ’ exposition de 1851, Millais expose Mariana et Hunt Valentin sauvant Sylvie de Proteus . Les préraphaélites sont de plus en plus critiqués pour leur technique. Millais réalise l ’ une de ses œuvres les plus célèbres Ophélie .
1852 : Dernière année d ’ exposition avant la dissolution du groupe. Millais expose au s alon Le Huguenot et Ophélie , et Hunt le Berger de louage . Leurs œuvres sont accueillies par le public avec succès. Les sujets contemporains et littéraires prennent la place des sujets médiévaux dans la peinture préraphaélite.

1853 : Millais est nommé associé de la Royal Academy. Le groupe se sépare. « La table ronde est donc maintenant complètement dissoute » , écrit Rossetti.
La seconde génération de préraphaélites se met en place, symbolisée par les œuvres d ’ Edward Burne-Jones et William Morris.

1854 : William Holman Hunt part pour la Terre Sainte.

1855 : Lors de l ’ Exposition universelle qui a lieu à Paris, les péraphaélites sont au sommet de leur succès.

1856 : Rossetti, qui n ’ exposait plus depuis 1850, reparaît en public lors d ’ une exposition préraphaélite, salué par d ’ enthousiastes applaudissements. Il présente l ’ aquarelle Rêve de Dante , qui devient l ’ une de ses œuvres les plus significatives.

1860 : Les effets du Préraphaélisme, qui s ’ étend jusqu ’ à la fin du XIX e siècle, se perçoivent toujours dans les œuvres de certains artistes peintres tels que William Dyce, Augustus Egg et William Powell Frith mais aussi photographes comme Julia Margaret Cameron ou Roger Fenton.
Grâce à Morris, le Préraphaélisme se retrouve incarné dans les arts décoratifs.

1882 : Mort de Rossetti. Son Œuvre et celle de ses associés furent les plus représentatives du p réraphaélisme, et resteront longtemps source d ’ inspiration pour les artistes futurs, notamment jusqu ’ à Aubrey Beardsley en 1890.

Fin XIX e : Le mouvement préraphaélite s ’ éteint peu à peu. Son influence sur l ’ Art nouveau et le symbolisme est considérable.

L ’ Art anglais en 1844

Jusqu ’ en 1848, en Angleterre, on admirait, mais on ne s ’ étonnait pas. Reynolds et Gainsborough étaient de grands maîtres, mais ils faisaient de la peinture du XVIII e siècle et non de la peinture anglaise au XVIII e siècle. Ce furent leurs modèles, leurs ladies et leurs misses , qui donnèrent un tour anglais à leurs figures : ce ne fut pas leur pinceau. Leur esthétique était celle de toute l ’ Europe au temps où ils vivaient.
Chaucer à la cour d ’ Edward III
Ford Madox Brown, 1847-1851
Huile sur toile, 372 x 296 cm
Art Gallery of New South Wales, Sydney

En parcourant les salles des musées de Londres, on voyait d ’ autres tableaux, mais non une autre manière de peindre, ni de dessiner, ni même de composer et de concevoir un sujet. Seuls les paysagistes, Turner et Constable en tête, donnaient, dès le début du siècle, une note nouvelle et puissante. Mais l ’ un demeura seul de son espèce, aussi peu imité dans son pays que partout ailleurs, l ’ autre devint si rapidement suivi et dépassé par les Français, qu ’ il eut plutôt la gloire de créer un nouveau mouvement en Europe que la chance d ’ assurer à son pays un art national. Quant aux autres peintres, ils faisaient, avec plus ou moins d ’ habileté, la peinture qu ’ on faisait partout.
La Veille de la sainte Agnès
William Holman Hunt, 1848
Huile sur toile, 77,4 x 113 cm
Guildhall Art Gallery, Corporation of London, Londres

On s ’ intéressait une minute à leurs chiens, à leurs chevaux, à leurs politiciens de village, à toutes ces petites scènes de genre, d ’ intérieur et de cuisine, qu ’ ils traitaient moins bien que les Hollandais. Une couleur glabre, lustrée, plaquée sur du bitume, fausse sans vigueur, confite sans finesse, trop noire dans les ombres, trop brillante dans les clairs. Un dessin mou, hésitant, vaguement généralisateur. Et l ’ on songeait, en approchant de la redoutable date 1850, au mot prononcé par Constable en 1821 : « Dans trente ans, l ’ art anglais aura vécu » . Et cependant, si l ’ on regarde bien, deux carac- téristiques étaient là, sommeillantes.
L ’ Enfance de la Vierge Marie
Dante Gabriel Rossetti, 1848-1849
Huile sur toile, 83,2 x 65,4 cm
Tate Britain, Londres

D ’ abord, l ’ intellectualité du sujet. De tout temps, les Anglais se préoccupèrent de choisir des scènes intéressantes, voire un peu compliquées, où l ’ esprit avait autant à saisir que les yeux, où la curiosité était piquée, la mémoire mise en jeu, le rire ou les larmes provoqués par une histoire muette. Déjà s ’ affirmait cette idée, d ’ ailleurs bien lisible chez Hogarth, que le pinceau était fait pour écrire, pour raconter, pour instruire, non simplement pour montrer. Seulement, ce qu ’ il racontait avant 1850, c ’ était des actions mesquines ; ce qu ’ il exprimait, c ’ était de petits travers, des ridicules ou des sentiments bornés ; ce qu ’ il en soignait, c ’ était des articles du code de civilité.
Le Renoncement au trône de la reine Élisabeth de Hongrie
James Collinson, vers 1848-1850
Huile sur toile, 120 x 182 cm
Johannesburg Art Gallery, Johannesburg

Il jouait le rôle de ces cahiers d ’ images qu ’ on donnait aux enfants pour leur montrer où conduisait la paresse, le mensonge ou la gourmandise. L ’ autre qualité était l ’ intensité de l ’ expression. Quiconque avait vu des chiens de Landseer ou tout simplement dans les journaux illustrés anglais, quelques unes de ces études d ’ animaux où l ’ habitus corporis est serré de si près, l ’ expression si recherchée, le tour de tête si intelligent, si différent selon que l ’ animal attend, craint, désire, interroge son maître ou réfléchit, pourra aisément comprendre ce que signifie ce mot : intensité d ’ expression.
Rienzi jurant d ’ obtenir justice pour la mort de son jeune frère, poignardé lors d ’ une échauffourée entre les camps rivaux des Colonna et Orsini
William Holman Hunt, 1849
Collection privée

Mais, de même que l ’ intellectualité du sujet ne se voyait, avant 1850, que dans des sujets qui n ’ en valaient pas la peine, de même l ’ intensité d ’ expression n ’ était obstinément recherchée et heureusement atteinte que dans les représentations des figures animales. La plupart des figures humaines avaient des attitudes banales, sans modalité expressive, ni vérité spécifique, ni précision pittoresque, mises sur des fonds imaginés à l ’ atelier, accommodés de « chic » à la sauce académique, d ’ après des principes généraux, excellents en soi, mais mal compris et paresseusement appliqués.
Christ dans la maison de ses parents (L ’ Atelier du charpentier)
John Everett Millais, 1849-1850
Huile sur toile, 86,4 x 139,7 cm
Tate Britain, Londres

Tel était l ’ art en Angleterre, lorsque Ford Madox Brown revint d ’ Anvers et de Paris avec une révolution esthétique dans ses cartons. Il ne s ’ agit pas de dire que toutes les tendances qui prévalèrent depuis cette époque, toutes les individualités qui se développèrent, sortirent de cet artiste, ni qu ’ au moment où il débarqua, personne parmi ses compatriotes ne sentait, ni ne rêvait les mêmes choses que lui.
Ferdinand leurré par Ariel
John Everett Millais, 1849-1850
Huile sur panneau de bois, 64,8 x 50,8 cm
The Makins Collection, Washington, D.C.

Mais, si l ’ on songe qu ’ en 1844, lorsque fut exposé Guillaume le Conquérant, rien de ces choses nouvelles n ’ était apparu, que Rossetti avait seize ans, Hunt dix-sept, Millais quinze, Watts vingt-six, Leighton quatorze, Burne- Jones onze et qu ’ aucun de ces maîtres n ’ avait, par conséquent, accompli sa formation ; si l ’ on songe ensuite que la façon de composer, de dessiner et de peindre inaugurée par Madox Brown se retrouve, cinquante ans après sa première œuvre, dans les tableaux de Burne-Jones, après être passée par ceux du maître de Burne-Jones, Rossetti, il faut bien reconnaître à l ’ exposant de 1844 le rôle décisif du semeur, là où les autres n ’ avaient fait que labourer avant l ’ heure ou moissonner une fois la récolte venue.
Ecce Ancilla Domini ! (L ’ Annonciation)
Dante Gabriel Rossetti, 1849-1850
Huile sur toile, 72,4 x 41,9 cm
Tate Britain, Londres

Qu ’ y avait-il donc dans la main de ce semeur ? Dans sa tête, il y avait cette idée très nette que l ’ art périssait à cause de la généralisation systématique des formes et ne pouvait être sauvé que par le contraire, c ’ est-à-dire par la recherche minutieuse du trait individuel. Dans son cœur, il y avait le désir confus, mais ardent, de voir l ’ art jouer en Angleterre un grand rôle social. Enfin, dans sa main, il y avait une certaine gaucherie élégante, une délicatesse un peu raide et une recherche minutieuse qu ’ il avait prises, en partie, à l ’ école gothicisante du baron Wappers à Anvers et, en partie, à la contemplation directe des p rimitifs.
La Nuit des rois, acte II, scène 3
Walter Howell Deverell, 1850
Huile sur toile, 101,6 x 132,1 cm
Image Christie ’ s, collection du
Forbes Magazine , New York

Tout cela était révolutionnaire et devait, à ce titre, déplaire à l ’ esprit conservateur des Anglais. Mais, c ’ était aussi antifrançais, anticontinental, absolument original et pour ainsi dire autonome et, à ce titre, devait plaire à leur patriotisme. « C ’ est à Paris que je pris la résolution de faire des tableaux réalistes, parce qu ’ aucun français ne faisait ainsi » , a dit Madox Brown. Sans s ’ arrêter au mot « réaliste » , qui peut avoir différentes significations, ne retenons que ce cri de ralliement contre l ’ é cole française et en faveur d ’ un art national.
Une Famille britannique convertie abritant un missionnaire chrétien de la persécution des druides
William Holman Hunt, 1850
Huile sur toile posée sur panneau, 111 x 141 cm
Ashmolean Museum of Art and Archaeology,
University of Oxford, Oxford

Comme Madox Brown arrivait à Londres, on s ’ occupait encore de ce grand concours commencé en 1843 pour la décoration du nouveau palais de Westminster et qui n ’ avait pas produit moins de cent quarante cartons signés des meilleurs artistes du temps. Ce tournoi esthétique est une date dans l ’ histoire des arts en Angleterre, parce qu ’ il fit surgir de la foule des chefs encore inconnus. Un jeune artiste formé sans maître, Watts, venait de s ’ y révéler. Madox Brown y avait envoyé cinq grandes compositions. La principale était un épisode de la conquête normande : Le Corps d ’ Harold apporté à Guillaume le Conquérant. C ’ étaient là ses premiers essais dans une voie nouvelle.
Eliza Wyatt et sa fille, Sarah
John Everett Millais, vers 1850
Huile sur acajou, 35,3 x 45,7 cm
Tate Britain, Londres

C ’ était sa protestation contre les vieilles méthodes et l ’ art officiel. L ’ échec était tel, le mépris public si évident, que, le jour où le jeune maître reçut une lettre signée d ’ un nom italien : Dante Gabriel Rossetti, dans laquelle celui- ci demandait avec force éloges de devenir son élève, il ne fit pas de doute pour lui que l ’ inconnu se moquait de lui. Quelques jours après, il se présenta au domicile de Rossetti. « On m ’ avertit » , raconte le poète, « qu ’ un monsieur demandait à me voir. Ce monsieur ne voulait ni entrer ni donner son nom, mais attendre dans le corridor.
Pensées du couvent
Charles Allston Collins, 1850-1851
Huile sur toile, 84 x 59 cm
Ashmolean Museum of Art and Archaeology,
University of Oxford, Oxford

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents