Vincent Van Gogh
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Vincent Van Gogh , livre ebook

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Description

Au-delà des tournesols, iris ou portrait du docteur Gachet, se cache Van Gogh, l'homme caractérisé par sa fragilité et son talent. De sa naissance en 1853 à sa mort en 1890, Van Gogh a marqué l'histoire de la peinture, notamment post-impressionniste, par sa créativité et sa technique. Précurseur des expressionnistes, fauves et de l'art moderne en général, il demeure de nos jours le symbole du peintre torturé par la maladie, par son entourage mais surtout par lui-même.
Explorez le Post-Impressionnisme avec cette magnifique compilation de peintures par cet artiste de génie. Les couleurs vibrantes et les coups de brosse appuyés sont les témoignages de la nature instable de l'esprit de Van Gogh.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 09 décembre 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9781644618578
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0350€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

VICTORIA CHARLES





Vincent van Gogh
Texte : Victoria Charles
Maquette et mise en page : Sté phanie Angoh
© Confidential Concepts, Worldwide, USA
© Parkstone Press USA, New York
© Image Bar www.image-bar.com
ISBN : 978-1-64461-857-8
Tous droits d ’ adaptation et de reproduction ré servé s pour tous pays.
Sauf mention contraire, le copyright des œ uvres reproduites se trouve chez les photographes qui en sont les auteurs. En dé pit de nos recherches, il nous a é té impossible d ’é tablir les droits d ’ auteur dans certains cas. En cas de ré cla mation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la maison d ’é dition.


Tronc d ’ un Vieil If, Arles, fin octobre 1888. Huile sur toile, 91 x 71 cm. Collection privé e.
Sommaire
« … Comme à travers un miroir, pour d ’ obscures raisons »
Hollande, Angleterre et Belgique : 1853-1886 « Je ne me sens nulle part aussi é tranger que dans ma famille et dans mon pays… »
Paris 1886-1888 « Diffusion des idé es »
Arles : 1888-1889 « L ’ Atelier du Midi »
Arles : 1889 « Je suis la sottise et la bé vue en personne »
Saint-Ré my : 1889-189 0 « À quoi bon me remettre ? »
Auvers-sur-Oise : 1890 « Mais dans cette mort rien de triste… »
Table des œ uvres reproduites
Index des œ uvres reproduites
NOTES
« … Comme à travers un miroir, pour d ’ obscures raisons »
I l s ’ asseyait sur cette chaise. Sa pipe é tait posé e sur un siè ge de paille, à cô té d ’ une blague à tabac ouverte. Il dormait dans ce lit, vivait dans cette maison. C ’ est là qu ’ il se coupa un morceau d ’ oreille. Nous le voyons la tê te bandé e, la pipe au coin des lè vres, le regard fixé sur nous.
La vie et l ’œ uvre de Vinc ent Van Gogh sont si intimement lié es qu ’ il est presque impossible de regarder ses tableaux sans y lire l ’ histoire de sa vie. Une vie si souvent dé crite qu ’ elle est devenue lé gende. Van Gogh est l ’ incarnation mê me de la souffrance, du martyr de l ’ artiste m oderne incompris, é tranger au monde qui l ’ entoure.
En 1996, Jan Hulsker, le grand spé cialiste de Van Gogh, a publié un catalogue revu et corrigé de ses œ uvres complè tes, dans lequel il remet en question l ’ authenticité de 45 peintures et dessins. Ce qui pré occupe Hulsker, ce ne sont pas seulement les faux, mais aussi les toiles qui ont à tort é té attribué es à Van Gogh.
De son cô té , l ’ historien d ’ art du British Museum, Martin Bailey, affirme avoir identifié plus de cent faux « Van Gogh » , dont le Portrait du docteur Gachet , qui existe en deux versions. L ’ une d ’ elles a é té acheté e en 1990 par un industriel japonais pour 82,5 millions de dollars – le prix le plus é levé jamais payé pour un tableau. Le nouveau proprié taire bouleversa bientô t l ’ opinion publique en dé clarant qu ’ il voulait ê tre brû lé en mê me temps que l ’œ uvre aprè s sa mort.
Par la suite, pour é pargner la sensibilité des amateurs d ’ art europé ens, il changea d ’ avis et dé cida de construire un musé e destiné à abriter sa collection. Cependant, si quelqu ’ un parvenait à prouver que le Portrait du docteur Gachet est un faux, l ’ inté rê t du public pour cette œ uvre s ’é vanouirait aussitô t.
Il fut trè s vite é vident que les é vé nements de la vie de Van Gogh allaient jouer un rô le dé terminant dans l ’ accueil ré servé à s es œ uvres. Le premier article sur lui parut en janvier 1890 dans Le Mercure de France . L ’ auteur, Albert Aurier, é tait en contact avec un ami de Van Gogh, É mile Bernard, qui lui donna des pré cisions sur la maladie du peintre.
À l ’é poque, Van Gogh sé journait dans un asile psychiatrique à Saint-Ré my, prè s d ’ Arles. L ’ anné e pré cé dente, il s ’é tait coupé l ’ oreille droite. Sans trop entrer dans les dé tails, Aurier laissait né anmoins transparaî tre sa connaissance de l ’é tat de santé mentale du peintre dans ses comme n taires sur les tableaux.
Ainsi, il utilise des expressions telles qu ’ « obsé dante passion » [1] et « pré occupation persistante » [2] ; Van Gogh lui apparaî t comme un « gé nie à demi fou, souvent sublime, parfois grotesque, toujours à la limite du morbide » . [3] Aurier considé rait le peintre comme un « messie, semeur de vé rité , qui ré gé nè rerait la dé cré pitude de notre art et peut-ê tre de notre imb é cile et industrialiste socié té » . [4]
En dé crivant l ’ artiste comme un gé nie fou, le critique posait les fondations du mythe de Van Gogh qui allait é merger dè s la mort du peintre. En fait, Aurier ne pensait pas que Van Gogh pû t jamais ê tre com pris du grand public : « Mais quoi qu ’ il arrive, quand bien mê me la mode viendrait de payer ses toiles – ce qui est peu probable – au prix des petites infamies de M. Meissonier, je ne pense pas que beaucoup de sincé rité puisse jamais entrer en cette tardiv e admiration du gros public. » [5]


1. Autoportrait (dé dié à Paul Gauguin), Arles, septembre 1888. Huile sur toile, 62 x 52 cm. Cambridge (Mass.), Fogg Art Museum, Harvard University.


2. La Chambre de Vincent à Arles, Saint-Ré my, dé but septembre 1889. Huile sur toile, 73 x 92 cm. Chicago, The Art Institute of Chicago.


3. La Maison jaune (La Maison de Vincent à Arles), Arles, septembre 1888. Huile sur toile, 72 x 92 cm. Amsterdam, Rijksmuseum Vincent van Gogh.


4. La Chaise de Vincent avec sa pipe, Arles, dé cembre 1888. Huile sur toile, 93 x 73,5 cm. Londres, National Gallery.


5. Le Fauteuil de Paul Gauguin, Arles, dé cembre 1888. Huile sur toile, 90,5 x 72,5 cm. Amsterdam, Rijksmuseum Vincent van Gogh, Fondation Vincent van Gogh.
Quelques jours aprè s l ’ enterrement de Van Gogh à Auvers-sur-Oise, le docteur Gachet, qui soigna le peintre à la fin de ses jours, é crivit à son frè re Thé o : « Ce souverain mé pris de la vie, sans aucun doute le ré sultat de son amour impé tueux de l ’ art, est extraordinaire (… ). Si Vincent é tait encore en vie, il faudrait des anné es pour que l ’ art humain triomphe. Cependant, sa mort est, si l ’ on peut dire, le ré sultat glorieux du combat entre deux principes adverses : la lumiè re et l ’ obscurité , la vie et l a mort. » [6]
Van Gogh ne mé prisait pas plus la vie qu ’ il n ’ en é tait maî tre. Dans ses lettres, dont prè s de sept cents ont é té publié es, il é voque souvent son besoin lancinant d ’ amour et de sé curité : « J ’ ai besoin d ’ une femme, je ne puis pas et je ne veux pas vivre sans amour. » [7] À plusieurs reprises il ré pè te qu ’ « il vaudrait mieux fabriquer des enfants que de fabriquer des tableaux » . [8]
Ce rê ve un peu bourgeois d ’ un foyer et d ’ un mé nage ne se concré tisa jamais. Le premier amour de Van Gogh, Ursula Loyer, en é pousa un autre. Sa cousine Kee, dé jà mè re et veuve, lui refusa sa main en partie pour des raisons maté rielles : Van Gogh é tait incapable de subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants. L ’ artiste essaya de fonder un foyer ave c une prostitué e du nom de Sien, mais dut la quitter parce que son frè re Thé o, dont il dé pendait financiè rement, voulait le voir mettre fin à cette relation. En ce qui concerne la relation de Van Gogh avec Marguerite Gachet, â gé e de vingt-et-un ans, elle p ourrait n ’ avoir jamais dé passé le stade de la rumeur. Une personne amie de Marguerite affirma qu ’ ils é taient tombé s amoureux, mais le docteur Gachet, habituellement trè s libre d ’ esprit, interdit l ’ accè s de sa maison au peintre.
Van Gogh ne recherchait pas seulement l ’ amour des femmes, mais aussi celui de sa famille et de ses amis, bien qu ’ il n ’ accé dâ t jamais au degré d ’ intimité souhaité . Quelques jours avant son suicide, il ré suma son é chec de toute une vie en termes é nigmatiques : « De ceux à qui j ’ ai é té l e plus attaché , je n ’ ai pas remarqué autre chose que comme à travers un miroir, pour d ’ obscures raisons. » [9] Ce fils de pasteur empruntait son analogie à la premiè re é pî tre des Corinthiens : « Nous voyons aujourd ’ hui au moyen d ’ un miroir, confusé ment. Je ne connais aujourd ’ hui que partiellement, mais plus tard je connaî trai comme j ’ aurai é té connu. »
Cette quê te d ’ une place dans la collectivité et le dé sir d ’ê tre reconnu sont deux thè mes que l ’ on retrouve tout au long de la vie de Van Gogh.
Hollande, Angleterre et Belgique : 1853-1886 « Je ne me sens nulle part aussi é tranger que dans ma famille et dans mon pays… »
Le 30 mars 1852, Anna Van Gogh accoucha d ’ un enfant, mort-né , au presbytè re de Zundert, mais un an plus tard exactement elle donna le jour à un fils robuste. [10] Le pasteur Theodorus Van Gogh nomma son deuxiè me fils comme le premier : Vincent. Quand le deuxiè me Vincent pé né trait dans l ’é glise de son pè re pour assister au service, il passait devant une pierre tombale sur laquelle « son » pré nom é tait é crit. Dans les derniers mois de sa vie, Van Gogh devait souvent é voquer les lieux de son enfance, parlant avec mé lancolie du cimetiè re de Zundert.
On sait peu de choses de Van Gogh enfant. La fille d ’ un voisin le dé crivit comme « ayant bon cœ ur, gent il, bon, compatissant » [11] , tandis qu ’ une ancienne servante de la famille affirmait au contr aire que Vincent avait des maniè res bizarres et dé plaisantes et qu ’ il « é tait souvent puni de maniè re approprié e » . [12] Johanna Van Gogh-Bonger, qui n ’ a rencontré son beau-frè re que quelques rares foi s vers la fin de sa vie, le dé crira aussi comme un vieil enfant difficile, malicieux et obstiné , qui avait é té gâ té par des parents trop indulgents. [13]
On relè ve des incohé rences similaires dans les descriptions de Van Gogh adulte. La plupart des té moignages ont é té recueillis au dé but du 20 e siè cle par Van Gogh- Bonger, à qui fut confié e la garde des biens de Van Gogh aprè s la mort de Thé o en 1891. Ces té moignages sont sujet s à caution, non se ulement en raison de l ’é loigne ment temporel, mais aussi parce que l ’ artiste dé funt é tait dé jà devenu une lé gende.
En gé né ral, Van Gogh é tait bon et compatissant envers les pauvres et les malades, ainsi qu ’ envers les enfants. Un autre tra it de caractè re important qui, selon la sœ ur de l ’ artiste Elisabeth-Huberta, se manifesta trè s tô t, é tait son amour de la nature : « Il connaissait les endroits où poussaient les f leurs les plus rares (… ), où trouver les oiseaux. En ce qui concerne ces de rniers, il savait exactement où chacun nichait ou vivait, et quand il voyait un couple d ’ alouettes s ’ abattre sur un champ de seigle, il savait comment s ’ approcher de leur nid sans faire craquer les pousses alentour et sans faire le moindre mal aux oiseaux. » [14]
Pendant les derniè res anné es de sa vie, Van Gogh retour na aux paysages de son enfance par le biais de la peinture. « Tout le Midi, tout pour lui devenait la Hollande » [15] , dé clara Paul Gauguin à propos des tableaux de la pé riode d ’ Arles. Dans une le ttre à É mile Bernard, Van Gogh comparait la lande et les plates é tendues de la Camargue à la Hollande. Lors de son sé jour à l ’ asile psychiatrique de Saint-Ré my il é crivit à Thé o : « Pendant ma maladie j ’ ai revu chaque chambre de la maison à Zundert, chaque sentier, chaque plante dans le jardin, les aspects d ’ alentour, les champs, les voisins, le cimetiè re, l ’é glise, notre jardin potager derriè re – jusqu ’ au nid de pie dans un haut acacia dans le cimetiè re. » [16]
Les ré fé rences aux nids, faites tant par Elisabet h-Huberta que par Van Gogh lui- mê me, montrent l ’ importance de cette image pour le peintre. Le nid est un symbole de sé curité , ce qui peut expliquer pourquoi Vincent qualifiait les maisons de « nids d ’ hommes » . [17]
Van Gogh dut quitter son premier « nid » – la maison de ses parents – à l ’â ge de onze ans. On ne sait pas au juste ce qui dé cida son pè re à l ’ envoyer en pension à Zevenbergen, à une trentaine de kilomè tres de Zundert. Peut-ê tre n ’ y avait-il pas d ’é cole protestante à proximité de leur demeure ? Le voisinage à Zundert é tait presque entiè rement catholique. À moins que le nid parental ne fû t simplement devenu trop petit avec l ’ arrivé e de quatre autres enfants.
« C ’é tait un jour d ’ automne. J ’é tais debout sur le perron de l ’é cole de M. Provily, suivant des yeux la voiture dans laquelle Pa et Moe s ’ en allaient pour rentrer chez eux. On la voyait de loin, la petite voiture jaune, sur la longu e route mouillé e de pluie, bordé e d ’ arbres grê les, qui courait à travers les pré s. » [18] Quelques semaines avant sa mort, Van Gogh é voqua son souvenir de cette sé paration en peignant une carriole à deux roues longeant les champs sur une route é troite.
À l ’â ge de treize ans, Vincent passa au cours moyen à Tilburg, où le paysagiste Constantin C. Huysmans lui apprit à dessiner. Des dessins d ’é colier de Van Gogh, un seul a é té conservé : une page repré s entant un dos vu sous deux angles diffé rents. Au total, environ une douzaine des dessins et peintures d ’ enfance de Van Gogh nous sont parvenus. Un jour, selon Van Gogh-Bonger, le garç onnet, â gé de huit ans, « modela un petit é lé phant d ’ argile qui retint l ’ attention de ses parents, mais il le dé truisit lorsque, selon lui, on se mit à en faire tout un plat » . [19]
C ’ est pendant son sé jour à Tilburg que fut prise la premiè re des deux photographies connues du jeune Van Gogh. Elle montre un visage enfantin, doux, aux yeux trè s clairs. Le deuxiè me portrait nous ré vè le un jeune homme de 19 ans à l ’ expression trè s sé rieuse. À l ’é poque, Vincent travaillait dé jà depuis trois ans à La Haye, à la galerie Goupil & Co, où l ’ un des oncles d e Van Gogh é tait associé . Van Gogh raconte que sur les trois ans et demi qu ’ il passa à La Haye, « les deux premiè res (… ) furent assez dé plaisantes, alors que la troisiè me m ’ a ré servé plus d ’ agré ments » . [20] Le directeur de la galerie é tait un jeune homme de 24 ans, Hermanus Gijsbertus Tersteeg, à propos de qui Vincent é crira : « J ’ ai connu Son Excellence à une é poque curieuse de sa vie, quand il venait de sortir du rang, comme on dit, et qu ’ il venait de se marie r par-dessus le marché . Il m ’ a alors fortement impressionné – c ’é tait un homme positif, remarquablement habile et enjoué , é nergique quand il s ’ agissait de frapper de grands ou de petits coups ; en outre, on aurait dit qu ’ il é manait de lui une certaine poé s ie, mais alors, de la poé sie vraiment non sentimentale. À ce moment, je nourrissais tant de respect pour lui que je me tenais toujours à ma place et le considé rais comme un ê tre d ’ une essence supé rieure à la mienne. » [21] Plus tard, aprè s s ’ê tre lancé dans la carriè re de peintre, Van Gogh continua – mais en vain – à essayer de conqué rir l ’ estime du marchand d ’ art tant ré vé ré.
Durant son apprentissage, Van Gogh dé couvrit la peinture des salons et de l ’é cole de Barbizon, dont le plus é minent repré senta nt, Jean-Franç ois Millet (1814- 1875), allait exercer sur lui une grande inf luence. Comme Goupil & Co vendait é galement des reproductions, l ’ apprenti se fami liarisa avec de nombreux chefs- d ’œ uvre. C ’ est là qu ’ il construisit son nouveau nid : la galerie, puis bientô t les musé es, devinrent son « pays des tableaux » . [22]
En aoû t 1872, Thé o vint voir son frè re aî né à La Haye. Au cours de cette rencontre, les deux jeunes g ens, â gé s respectivement de 19 et de 15 ans, devinrent trè s proches l ’ un de l ’ autre – amis plutô t que parents. Dè s lors, Vincent allait considé rer Thé o comme son alter ego. Du fait que les deux frè res vé curent la plupart du temps dans des villes diffé rent e s – à l ’ exception des deux anné es pendant lesquelles ils partagè rent un appartement à Paris – ils communiquaient par lettres, parlant d ’ art, des problè mes familiaux, et se donnan t des conseils ré ciproques con cernant leurs maladies et leurs histoires d ’ amou r.
En dix-huit ans, Vincent é crivit plus de 600 lettres à son frè re, qui les conserva pré cieusement. La plupart furent publié es aprè s la mort de Van Gogh. Environ une quarantaine de lettres de Thé o nous sont parvenues. Les autres disparurent à l ’ occasion d es fré quents dé mé nagements de Vincent, de mê me qu ’ un grand nombre de dessins et de peintures.
« Quelles bonnes journé es nous avons passé es à La Haye ! Je pense encore si souvent à cette promenade sur la route de Rijswijk où nous avons é té boire du lait au moulin, aprè s la pluie » [23] , se souvient Van Gogh avec nostalgie pendant l ’é té 1873. Son apprentissage avait alors touché à sa fin, et le jeune homme s ’é tait retrouvé employé dans la succursale de Goupil à Londres : « L ’ affaire ici n ’ est qu ’ un dé pô t et le travail est tout autre que celui de La Haye ; mais on s ’ y fera. Dè s six heures, je suis libre, de sorte que j ’ ai encore à ma disposition un bon moment que je passe trè s agré ablement à me promener, à lire, à é crire des lettres. » [24] Van Gogh oublie de mentionner une autre de ses activité s : le dessin. Dix ans plus tard, au moment d ’ aborder vé ritablement sa carriè re d ’ artiste, il se souviendra : « Je me suis souv ent arrê té pour dessiner le long des quais de la Tamise, quand je rentrais le soir de la Southampton Street, et ce que je faisais là ne ressemblait à rien. » [25]
Sa lecture favorite à Londres é tait L ’ Amour de Jules Michelet : « Pour moi ce livre a é té une ré vé lation, et en mê me temps un é vangile (… ) Et qu ’ un homme et une femme puissent faire un, devenir un, disons faire un tout, et non deux moitié s, je le crois aussi. » [26] Au moment où il é crivait ces deux phrases, fin juillet 1874, Van Gogh é tait convaincu que ce miracle é tait possible pour lui aussi. Mais son amour pour Ursula Loyer, la fille de sa proprié taire, fut déç u. Quelques anné es plus tard, Van Gogh ré su mera l ’ histoire en ces termes : « J ’ ai renoncé à une jeune femme et elle en a é pousé un autre : je me suis effacé en lui restant fidè le en pensé e. Trè s fâ cheux ! » [27] Cette version des faits est pour le moins douteuse : Ursula é tait dé jà fiancé e quand Van Gogh la rencontra, et ce ne fut pas de son propre gré qu ’ il quitta Londres. En mai 1875, il fut transfé ré à Paris.


6. Paysanne assise avec coiffe blanche, Nuenen, dé cembre 1884. Huile sur toile sur bois, 36 x 26 cm. Lieu inconnu.


7. Profil d ’ une tê te de paysan, Nuenen, janvier 1885. Huile sur toile, 44 x 32 cm. Otterlo, Rijksmuseum Krö ller-Mü ller.


8. Le Jardin du Presbytè re sous la neige, Nuenen, janvier 1885. Huile sur panneau, 53 x 78 cm. Los Angeles, The Armand Hammer Museum of Art.


9. Paysanne en bleu devant une chaumiè re, Nuenen, juillet 1885. Huile sur toile, 62 x 113 cm. Collection privé e.


10. Nature morte avec lé gumes dans un panier, Nuenen, septembre 1885. Huile sur toile, 35,5 x 45 cm. Landsberg/Lech (Allemagne), Collection Anneliese Brand.
À ce stade, Van Gogh avait dé jà renoncé à son idé al d ’ un amour terrestre pour se tourner vers l ’ amour de Dieu. Son enthousiasme religieux fut peut-ê tre l ’ une des raisons pour lesquelles il fut obligé de quitter la succursale de Goupil à Londres : l ’ entreprise, transfé ré e dans un bâ timent plus important, n ’é tait plus simplement un dé pô t, mais une galerie d ’ art à proprement parler. Et le Van Gogh solitaire et excentrique ne plaisait guè re à la clientè le.
Il se peut é galement que sa famille ait voulu mettre fin à son « idylle » avec Ur sula. Van Gogh soupç onnait d ’ ailleurs son pè re et son oncle d ’ê tre à l ’ origine de son transfert. Il se vengea en se murant dans le silence – une arme à laquelle il aurait souve nt recours à l ’ occasion de conf lits ulté rieurs. Thé o, qui lui avait succé dé chez Goupil à La Haye, devint ainsi le seul membre de la famille avec lequel Van Gogh resta en contact. Les deux frè res continuè rent à é changer leurs points de vue sur l ’ art.
Dans ses lettres, Vincent parlait souvent de ses visites au Louvre, en particuli er de son admiration pour les peintures de Ruysdael et de Rembrandt. Van Gogh é tait avant tout un passionné , non un marchand de tableaux, et il avait peu d ’ indulgence pour les « œ uvres » qu ’ il é tait censé vendre chez Goupil. Ses parents furent informé s de son é chec dans les affaires, et quand Vincent rentra chez lui pour Noë l 1875 – à l ’é vidence sans avoir obtenu l ’ autorisation de quitter la galerie pendant cette pé riode d ’ activité intense – son pè re lui suggé ra de dé missionner. Mais il é tait dé jà trop tard , et le directeur de la succursale de Goupil à Paris renvoya l ’ indé sirable dè s son retour.
Van Gogh dé cida de retourner non en Hollande, mais en Angleterre. Il trouva une place de maî tre-assistant à Ramsgate, puis d ’ aide-pré dicateur à Isleworth. En octobre 1876, il donna son premier sermon sur le thè me : « Nous sommes des pè lerins sur la terre, des hô tes. Nous venons de trè s loin et nous allons trè s loin. » [28] Quand il rejoignit sa famille en Hollande pour Noë l, ses p arents avaient dé cidé de le faire entrer à la librairie de Pieter Kornelius Braat à Dordrecht. Vincent accepta une place au dé partement de comptabilité du magasin, mais ses é tudes bibliques demeurè rent au centre de ses inté rê ts. Lors de son premier dimanc h e à Dordrecht, Van Gogh se rendit deux fois à l ’é glise pour é couter un sermon sur ce verset de la premiè re é pî tre aux Corinthiens : « Nous voyons aujourd ’ hui au moyen d ’ un miroir, confusé ment. Je ne connais aujourd ’ hui que partiellement, mais plus tard je connaî trai comme j ’ aurai é té connu. » [29]
Dans ses lettres à Thé o, Vincent se ré fè re à cette phrase indirectement : « Quand nous nous reverrons, il faudra se regarder une bonne fois bien en face, les yeux dans les yeux. C ’ est pour moi, certains jours, une chose merveilleuse que de me dire que nous avons de nouveau la mê me terre sous les pieds, que nous parlons la mê me langue. » [30] Avant de quitter Dordrecht en avril 1877 (comme il passait la plupart de ses nuits plongé dans la Bible, il é tait trop fatigué pendant la journé e pour ê tre d ’ une quelconque utilité à la librairie), il entendit à nouveau le mê me sermon. Dans une lettre à T h é o, il é crit : « Aprè s l ’é glise, je me suis promené par ce chemin derriè re la gare où nous avons fait ensemble quelques pas. Je l ’ ai parcouru en pensant à toi, souhaitant que nous puissions ê tre ré unis. » [31]
L ’ interpré tation de Van Gogh du verset biblique est ré vé latrice de son dé sir d ’ê tre connu d ’ autrui, dé sir qui se manifestera pendant la plus grande partie de son existence, notamment dans son amitié avec Thé o, dans son amour pour Ursula Loyer ou sa cousine Kee, et dans son attitude à l ’é gard de la religion ou de l ’ art. Ce qu ’ il y a de commun entre tout cela est un besoin lancinant de se dé couvrir lui-mê me à travers le dialogue avec autrui : les pré occupations mercantiles d ’ un marchand d ’ art ou d ’ un comptable ne pouvaient y satisfaire.

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