Qu est-ce que le "virtuel" au cinéma ?
257 pages
Français

Qu'est-ce que le "virtuel" au cinéma ?

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Description

Virtuel et nouvelles technologies sont-ils forcément liés ? S'appuyant sur une analyse du cinéma des effets spéciaux, cet ouvrage propose une réflexion sur le virtuel en tant que concept et sur ses relations complexes aux techniques numériques.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2009
Nombre de lectures 192
EAN13 9782296224070
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le texte du présent ouvrage reprend, pour l’essentiel, la première
partie d’une thèse de doctorat rédigée entre 2002 et 2007 sous la
direction de M. Frank Curot, professeur à l’Université de
Grenoble III,et de Mme CatherineBerthet-Cahuzac, maître de
conférences à l’Université de Montpellier III. Qu’ils soient ici à
nouveauremerciés pour avoir permis à ce travail devoir le jour.
Cette page sera également l’occasion de remercier ceuxqui ne
l’ont pas encore été : Mme MaguyAlbet sans qui cette publication ne
serait même pasun projet, et M. le Professeur Edmond Cros pour ses
nombreuxtémoignages de sympathie et d’intérêt à l’égard dujeune
chercheur que je suis.

Les normes bibliographiques utilisées pour les notes de bas de
page sont les suivantes.
Dansle corpsdu texte,un appel de notesousforme de chiffresen
1
exposante( )stplacé à la fin de chaque citation. La note
correspondante mentionne laréférence de cette citation. Seulsfigurent
en capitalesdanslesnotesde basde pageslesnoms quirenvoientaux
entréesde la bibliographie.
Enrevanche,un appel de noteà l’intérieurd’une citation prend la
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Dansla mesure oùlespagesconsultées surInternet sont
susceptiblesd’évolutionspermanentes, nousindiquonsla date de leur
dernière consultation danslesnotesainsique dansla bibliographie, et
nous signalonslespages suppriméesdepuis.

INTRODUCTION

Depuisle débutdesannées1980,un certain cinémause etabuse
des techniquesd’imagerie informatique dansle butmanifeste de
« nousen mettre plein lavue ». Sisonsuccèspopulairetend à prouver
qu’ilyparvient, lescritiquesauxquellesil donne lieu témoignenten
mêmetempsde l’agacement qu’ilsuscite. Qualifié de
« postmoderne » parles unscinéma de, dénommé «seffets spéciaux»
parlesautres, partie intégrante des« artsnumériques»selon d’autres
encore, ce courant s’apparente enréalité àunsous-genre, occupant
dansla culture postmoderne, dansl’histoire deseffets spéciauxetdans
la catégorietrès vaste desartsnumériques,une placequ’il convientde
situer. Que cesoitparl’utilisation de procédésinnovants,tel le
fameuxmorphing, ouparla mise en intrigue dethèmesliésà la
technique, il a largementcontribué, bien avantleurdiffusion à grande
échelle, à populariserles« nouvelles technologies», aujourd’hui au
centre detouslesfantasmesetdetoutesles utopies véhiculéesparle
«virtuceel »,tte notion particulièrementplastique etinsaisissable,
évoquant ununiversau statutincertain auquel il estdevenucourantde
seréférercomme àun lieucommunsansprendre la peine d’en
questionnerlespostulats.
L’amalgame désormaiscourantentre la notion devirtualité etles
techniquesinformatiques tend à occulterle fait que letermevirtuelest
d’origine philosophique. Aujourd’hui, parlerdu«virtuel » aucinéma
revientà évoquerdesfilmshollywoodiens qui, àuntitre ouàun autre,
ontfaitdate dansl’histoire desimagesdesynthèse :Tron,Willow,
Abyss,Terminator2,Jurassic Park,ToyStory,Matrix,La Menace
1
fantôme, etc. Dansd’autrescas, ce nesontpaslesparamètres
techniquesde fabrication maislathématique dufilmqui conditionne

1
Tron, de Steven Lisberger, 1981.Willow, de Ron Howard, 1988.Abyss, de James
Cameron, 1989.Terminator2: le jugement dernier, de JamesCameron, 1991.
Jurassic Park, de Steven Spielberg, 1993.ToyStory, de John Lasseter, 1996,
Matrix, de Andy& LarryWachowski, 1999.Star Wars: Épisode I – La Menace
fantôme, de George Lucas, 1999.

12

Qu’est-ce que le «virtuel » aucinéma ?

1
untel discours: desœuvrescommeLevel five, ouKaïro, plusproches
ducinéma d’auteur que ducinéma deseffets spéciaux,sontassociées
à la problématique générale du«virtuael »ucinéma parcequ’elles
traitent, de manière privilégiée, des thèmesdesjeux vidéo etde la
communication enréseau. Onremarqueraquetoutescesproductions
ontpourpointcommun d’êtrerattachées, de prèsoude loin, auxdeux
genres quesontle fantastique etlascience-fiction.
Parailleurs, même celuiqui cherche à élargirle débat se bornera
généralementàsoulignerla diversité desautresapplicationspossibles
de l’infographie aucinéma : celles, invisibles,quivisentàrenforcerle
réalisme oubien celles quis’inscriventdans une démarche
nonfigurative, non-narrative, etdemeurentà cetégard dansle champtrès
confidentiel ducinéma expérimental. Quantaux spécialistesdesarts
numériques, ils se contenterontla plupartdu tempsde faireremarquer
que le cinéma, par savisibilité auprèsdugrand public etparla
répétition desmêmes scénarios, donneune imageréductrice et
déformante dupotentiel des techniquesmisesen œuvre.
Enrevanche, il est rare d’aborderlethème du virtuel aucinéma
indépendammentde ces techniques. Cetouvrage entendse démarquer
de lathéorie ducinéma dans sa conceptdiion «sciplinaire » (au sens
universitaire du terme), pourlaquelle le cinéma deseffets spéciaux
faitle plus souventoffice de «mauvaisobjets», autant que de la
théorie desartsnumériques qui, pardéfinition, postule l’existence
d’une esthétique propre aux techniqueséponymesen négligeantde ce
faitla diversité despratiquesartistiques qui en font usage. Ellerejette
à la foisla posturequi consiste àstigmatiserlatechnique aunom de
l’artetcellequi, aucontraire,voitdansl’émergence d’unetechnologie
nouvelle la condition nécessaire et suffisante de l’originalité artistique
desesproductions.
Nousallonsnousattacher toutaulong de cespagesàrelierles
différents sensdumotvirtuel, l’historique etle moderne, le
philosophique etlescientifique, le populaire etlesavant, pour tenter
d’en dégager un noyaucommun. Ce faisant, nousespérons trouver
danscette notion l’outil conceptuel etméthodologiquequi éclairera
notre analyse ducourant que nous venonsd’évoquer, en nous
permettantde lereplacerdansla perspective d’une certaine
«virtualitdé »ucinéma dans son ensemble. Nousposonsdonc la

1
Level five, de ChrisMarker, 1996.Kaïro, deKiyoshi Kurosawa,2001.

Introduction

1

3

question «Qu’est-ceque le“virtuel”aucinéma?» ensupposant que
chacun de cesdeux termes,virtueletcinéma, aquelque chose à nous
apprendresurl’autre.
Notrequestionnement vise d’abord àsouligner que certaines
expressions,telles qu’« images virtuelles», aujourd’hui employées
trivialementpour qualifierdesimagescrééesparordinateur, nevont
pasforcémentdesoi :se demanderenquoi cesimages sontplus
virtuelles que desimagesanalogiquesimplique d’interrogerla
définition de l’adjectifvirtuel. Onse heurtera alorsà la multiplicité
desacceptionspossiblesetà leurcaractèresouventcontradictoire. Le
problème de larelation entre codage numérique,techniques
informatiqueset virtualité ne manquera pasdese poser. On
s’apercevra finalement que, dupointdevue du spectateur,
l’appellationimagesvirtuellesne fait sens que dansdeuxcas: en
référence aumode de fabrication de cesimages,suivant une définition
du virtuelrestreinte au vocabulaire informatique, cequisupposeque
lespectateurpossèdeune certainsavoir surles techniques utilisées, ou
biensi cette appellationqualifieunstyled’images. Cetteseconde
éventualitésuffira à invaliderl’amalgame entre levirtuel et
l’infographie, puisque l’analyse du style enquestionrévèlera, d’une
part,que celui-ci n’englobe paslatotalité desimagesinformatiques
mais seulementcelles«quisevoient», etd’autre part,que la nature
algorithmique de l’image ne conditionne pasl’existence de cestyle
qui estpresquetoujours un mixte d’analogique etde numérique, de
trace etdesynthèse, etpeutmêmerésulterdesmoyenslesplus
traditionnels.
D’autre part, dansle cadre du récitfilmique, l’analyse ne doitpas
s’entenirauxaspectsiconiquesdesimages, maiségalement tenir
compte de lathématique de l’œuvre, desatrame narrative, deson
montage et,trèsglobalement, desfameuses« cinqmatièresde
l’expression »quis’yentremêlent, autantde composantes qui ne
relèventpas toujoursde l’emploi des techniquesinformatiquesmais
peuventparticiperà la construction d’unstyle «virtuel ».De la
virtualité de l’image, on passera donc insensiblementà lavirtualité du
récit, de la mise enscène, de lareprésentation et, par répercussion de
touscesparamètres, duréférent. Là encore, il faudraredéfinirceque
l’on entend par«virtualitEmploie-é ».t-on ceterme, comme c’est
souventle cas, en guise desynonyme d’irréalitéou, àtoutle moins,
destyle non-réaliste?Dansce cas, onremarqueraque certaines

14

Qu’est-ce que le «virtuel » aucinéma ?

productionsnon-cinématographiquesexemptesd’effets spéciaux
numériques,telles que lesémissionsditesde «télé-réalitpaé »,rleur
dramatisation à outrance, ontfaitbeaucoup pluspournouséloignerdu
réelque le cinéma oulesnouveauxmédias– notammentlesjeux
vidéo, longtempsaccusésde concouriràun processusde
« déréalisation ».Oubien entend-on lavirtualité, plus sobrement,
comme la capacité de créer uneréalité issue de la combinatoire de
signesabstraitsoude fragmentsprélevés surleréel, c’est-à-dire, en
somme,uneréalitévirtuelle?Si l’on admetcette définition, il faudra
parler, nonseulementde lavirtualité ducinéma dans son ensemble,
maisaussi de celle de la peinture, de la littérature, dulangage, etc.
Ainsi, dèsnotre introduction, nousaboutissonsdéjà à la conclusion
quetoute définition du«virtuel » entermes techniquesou stylistiques
esta prioriune définitionréductrice. Non pas une définitionqu’il
s’agiraitici de démentir, aunom deson caractèreréducteur, pourlui
substituerla nôtre, mais une acception particulière, applicable dans un
contexte opératoire précis,quis’invalide d’elle-mêmesitôt que l’on
élargit son champ d’observation. Ce constat soulève plusieurs
interrogations.
Premièrement, levirtuel existe-t-il?Est-il autre chosequ’unsimple
terme « fourre-tout»,qu’une pure constructionrhétorique?Notre bon
sensnouspousse à penser que oui, puisque lesdiscussions quise
multiplientaujourd’huisurcethème nousprouvent qu’il estpossible
d’en disserterinterminablement sansjamaispréciserdequoi l’on
parle. Notrequestionsemble donctoutà faitparadoxale, pourne pas
dire inepte,tantil estévident que l’existence du virtuel, pourceux qui
lethéorisent, estaussi peuproblématiqueque celle desordinateurs, et
que lespolémiquesconcernentexclusivement sesenjeuxsociaux,
épistémologiques, politiquesouautres. Toutauplus se
demandera-tonen quoiles techniquesinformatiques sont virtuelles, jamais si elle
lesonteffectivement. En mêmetemps, lesproblèmesdéfinitionnels
que nous venonsdesoulever révèlent que cette certitudereposesur
unevulgate, autrementdit,que la notion devirtuel n’est signifiante
pour tout un chacunque dansla mesure oùl’ons’entientàreconduire
unsensimplicite,tacitementadmisparle plusgrand nombre,sans
trop chercherà en éluciderles termes.
Deuxièmement, est-ilvraimentpossible dese focaliser surl’une
desacceptionsparticulièresdu virtuelque nousavonsénumérées sans
seréférerauxautres ?Cequise passe dansle domaine desétudes

Introduction

15

cinématographiques tend à nousprouverle contraire, puisqu’en
réalité, il n’estpasd’usage de parlerde «style filmiquevirtuenel »
soi, comme nous venonsde le faire. Lathématique du«virtuel au
cinéma »n’estabordéequesousl’angle de l’impactdesdernières
technologies surle Septième Art, cequirevientà faire ducinéma des
effets spéciauxnumériques unesorte d’épiphénomène de la
virtualisation croissante de nos sociétés,touten jugeantcelle-ci à
traversle prisme déformantdesproductionscinématographiques qui
serventà l’illustrer. Plutôt que des’appuyer sur unusage particulier
pourentirerdesgénéralisationshâtives, il faudraitdoncsavoirce
qu’estlevirtuel àson plushautdegré de généralité avant que de
spéculer surla manière dontil affectetelle ou telle pratique artistique.
Troisièmement, etconséquemment, parlerde la «virtualité du
cinéma dans son ensemble », comme nousnousproposonsde le faire,
signifie-t-il autre choseque parlerdu virtuel en général?S’agit-il
simplementd’évoquerlevirtuelà traversle cinéma ouexiste-t-ilun
mode devirtualité propre auSeptième Art ?Autrementdit, levirtuel
est-ilsingulieroupluriel?Est-ilun phénomène global formant un
horizon de latechnique, de l’art, de la culture, oubienun produitdes
potentialités spécifiquesà chaque objet, à chaque être,se manifestant
de ce fait, danschaque cas,sousdesmodalitésdifférentes ?Le cinéma
est-ilvirtuelaumême titreque lesautresproductionsculturellesou
l’est-ilà sa manière?Laréponsesera forcémentéquivoque. Tenterde
définirlevirtuel en général nousamènera à prendre acte de la
relativité d’une notionqui ne fait sens que dansla prise de conscience
de différences qualitativesentre plusieurséléments: levirtuel nese
comprendque paropposition à autre chose, courammentau réelqui
estlui-mêmeun conceptexcessivement vague. Il existe donc bel et
bien, dansledispositifconsistantà projeterdesimagesmouvantes sur
un grand écran, face àun public,une forme deréalitévirtuellequise
différencie à la foisdu réel, dontelle n’imitequequelquesaspects, et
d’autresformesderéalités virtuellesplus« complètes»,sollicitantla
vision binoculaire etletoucher. Maisen mêmetemps, dansla mesure
oucesdifférences qualitativesconstituentleseul critère identificatoire
du virtuel, en parlerdansle cadre ducinémarevientà en parleren
général.
D’autre part, il ne fautpas seulementprendre en compte levirtuel
que le cinéma estcapable de produire, maisaussi celui dontilrelève
entant qu’objet. Laquestionqui intitule le présentouvrage
ensous

16

Qu’est-ce que le «virtuel » aucinéma ?

entendune autre, formulée explicitementparAndré Bazin mais
quasimentcontemporaine de l’invention desfrèresLumière :
« Qu’est-ceque le cinéma?». Un dispositif d’enregistrementetde
projection?Unesuite deséquencesanimées ?Une
institution?Fautil admettrequ’ilsetrouve partoutoùdesimagesen mouvement sont
projetées surdesécransdetoile, auquel casil est toutbonnement
absurde de décréter, comme le fontcertains,que le cinéma estmort ?
Oubien a-t-on de cetart une autre idée, a-t-on àson égard d’autres
attentes, d’autresexigencesenvertudesquellesla prolifération
actuelle des« nouvellesimages» estperçue commeune menace pour
son identité?Lathéorie procède avec le cinéma comme elle le fait
avec levirtuel : elle oublie la plupartdu tempsde préciserdequoi elle
parle, etlorsqu’elles’y risque, c’estinvariablementpourconstater que
son objetestinsaisissable, impossible à cernercomplètement,qu’il
échappe àtoute définition bien arrêtée. Poserlaquestion du virtuel au
cinéma metdonc d’emblée en évidence cequ’ilya de commun entre
cesdeux termes– et qui peut servirde base àuneréflexionsurla
naturevirtuelleducinéma –, c’est-à-dire le fait qu’ils s’imposent
comme des réalitésau sein dudiscoursambiant, alorsmêmequ’ilsne
reposent suraucun critère précis.
Dans un préambule consacré auxproblèmesgénérauxposésparla
notion devirtualité, nous seronsen effetconduità identifierlevirtuel,
non commeun attributdeschoses, maiscommeunequalité de la
penséequi les saisit. Bienque cette première formule demande à être
explicitée, on notera doresetdéjàque le casducinéma entant
qu’objetd’étude està cetitretrès représentatif, puisqu’il estl’exemple
privilégié d’un artparticulièrement réceptif à la nouveautétechnique,
dontchaque innovation (sonore, couleur, numérique, etc.)tend à
brouillerlesfrontières, à bouleverserl’idéeque nousnousen faisions
età invalider toutesles théoriesesthétiquesnormativesdanslesquelles
il estde bonton de l’enfermer. Untel constatnousamène àrelativiser
l’impactdesdernières technologies surle cinéma ensoulignant que
celui-ci atoujoursétéun mixte d’artetdetechnique, promptà
s’approprierde nouveauxoutils, et que, de ce fait,savirtualité – on
pourraitaussi parlerici deplasticité –, avantmêmeque dese
rencontrerdans sesproductions,réside de manière primordiale dans
sondevenir. Direque le cinéma est virtuelrevientdonctrivialementà
direqu’il n’est rien d’autreque ceque nousen ferons. Maisbeaucoup
plusglobalement, nous verrons, àtraverslesproblèmesdéfinitionnels

Introduction

1

7

abordésdansce préambule,que lesimple faitdese donnerla
virtualité comme objet théorique implique dese positionnerdans une
perspective épistémologique oùil n’existe aucune choseen soietoùla
réalité dans son ensemble estelle-mêmevirtuelle. Detoute évidence,
cequi est virtuel appelle doncunethéorievirtualisée, c’est-à-direune
théorietransversale en devenirpermanent, exempte detoutclivage
disciplinaire etdetoutdogmatisme,qui nevit que de la perpétuelle
remise enquestion deson objetd’étude et, partant, desespostulats.
Une foisopéréescesconsidérationsgénérales, nousnous
interrogerons surla nature et surle bien-fondé desdifférentsdiscours
contemporains surlevirtuel, àtravers quatre chapitres, chacun
énonçant, en guise detitre,un présupposétrès répanducorrespondant
àunthème :
1) «Aujourd’hui, levirtuel estpartout» :l’omniprésence des
techniquesnumériques, aucinéma maisaussi partoutailleurs, fait
souventcroire àunevirtualisation de nos sociétés,tantôtlouée,tantôt
dénoncée. Mais sur quelspostulatscette assertionrepose-t-elle, et
quellesensontlesimplications ?
2) «Levirtuel est trompeurla po» :ssibilité offerte parles
techniquesnumériquesdetruquer trèsfacilementlesimagesentraîne
une perte de confiance chezlespectateur. Pourautant, l’image
numérique est-elle plus« menteuse »qu’une autre?Dans quelle
mesure le critère deréalisme permet-il de jaugerle degré devéracité
d’unetelle image?
3) «Levirtuel est spectaculaire » :le plus souventamalgamée au
sensationnalisme ducinéma deseffets spéciauxhollywoodien, à la
primauté postmoderne de lasensationsurlerécit, la notion de
virtualitésuggère aujourd’hui letourde forcetechnologique, la
surenchère danslesmoyens techniquesdéployésetdansla
démonstration de leurspotentialités, cequi laisse penser que levirtuel
participe d’une dictature du visible propre à lasociété du spectacle.
Maisn’est-ce pas, justement, cettesociétéqui prédispose les
techniquesnumériquesà êtreutiliséescomme elleslesont ?etdansce
cas, au service dequelle idéologie, dequellevision
dumondesontellesemployées ?Troisanalysesde filmsnouspermettrontde mieux
le comprendre.
4) «Levirtuel n’estpasde l’artdan» :slesdiscoursdualistes
opposantl’artetlatechnique, lesproductionsnumériques sont
fréquemment reléguéesducôté de latechnique à l’étatbrut, de la

18

Qu’est-ce que le «virtuel » aucinéma ?

duplication automatique du réel. Ainsi, le «virtuel »relance le débat
soulevé parl’invention de la photographie. Justement, ne convient-il
pasd’appliquerà l’artnumérique la même grille d’analysequ’à l’art
photographique, pour toutcequitouche à l’intervention créatrice de
l’homme?D’autre part, chezlesdéfenseursdesartsnumériques, la
thèse de la «révolution numérique »,articulée autourd’une mise en
exergue de latechnique, est-elle le meilleurargumentpouraffirmerla
dimension artistique desœuvres ?
Notrequestionnement viseun double objectif : d’une part, amener
le lecteurà distinguer, dansle discoursambiant surle «virtuel »,ce
qui concerne les techniquesnumériquesetcequi évoque lavirtualité
entant que concept, etd’autre part, mettre en évidence lerôle de ces
techniqueselles-mêmesdansla construction d’untel discours
sociologiquementmarqué, àtraversleur utilisation aucinéma. Ce
discours relèvequantà lui du virtuel entant que concept, dansla
mesure oùil génère parle langagesa proprevision dumonde,voire
son propre monde à partentière. Ceci implique de privilégierdans
l’analyse la dimension langagière ducinéma, c’est-à-dire,
indépendammentdetoutdébat sur son équivalence à la langue,sa
capacité àvéhiculerdusens.

PRÉAMBULE :

PROBLÈMES DÉFINITIONNELS

Avantd’aborderlesproblèmesliésà la définition du«virtuel »
dansle champrestreintdesétudes surle cinéma,un détour s’impose
ducôté de l’étymologie etdesdéfinitionsgénéralesde cette notion. En
en confrontantlesacceptionslespluscourantes, nouschercheronsà
dégager un noyaudesenscommunsusceptible de justifierla forme
singulière du substantiflevirtuel,trivialementemployé pourdésigner
un ensemble d’objetsetde phénomènesentre lesquels, nousle
verrons, le lien n’estpas toujoursévident. Ils’agira à la foisde pointer
un certain nombre de présupposéslargement répandusetde montrer
parleurbiais que la définition dumotvirtuel, dontil estbiensûr
impossible de faire ici l’économie, faute dequoi ce motneserait
qu’un gadget rhétorique, estirréductiblementfrappée d’ambiguïté.
Lesproblèmesgénérauxabordésdansce préambule insisteront sur
l’importance d’une acception élargie du«virtuel »,indépendante des
considérationspurement techniques.

1) Virtuel

Si l’ambiguïté du terme «virtuel »serencontre dansle discours
profanesousla forme d’unevulgate nonthéorisée, d’un discours
informel,quotidien,quitend naturellementà éroderlesensdesmotsà
force de les utiliser sans ypenser, ellesetrouve également, etceci est
plusétonnant, danslesdéfinitionsdonnéesparlesdictionnaireset
ouvragesencyclopédiques. D’autre part,toutenseréférantaux
mêmesprolégomènesétymologiquesetdéfinitoiresfournisparces

20

Qu’est-ce que le «virtuel » aucinéma ?

derniers, lesanalysesdesauteursayantécrit surle «virtuel » peuvent
divergerdu toutau tout, cequi ne manquera pasdesurprendre.
Il existe deuxétymologiesdumot«virtuLa pel ».remière,virtus,
est unterme latinsignifiant:
- courage : fermeté d’âme devantle danger(bravoure,vaillance),
- mérite :qualité estimableque possèdequelqu’un,
-qualité : cequi faitlavaleurdequelqu’un (vertu),
-vaillance : bravoure (courage),
-valeur: mérite,
1
-vertu: force d’âme .
Virtusestlui-même formé à partirdevirqui désigne l’homme etle
héros, etdetusqui désigne laqualité. Lavirtusestdonc littéralement
laqualité d’êtreun homme ou un héros. D’autre part, elle est
apparentée àvis, la force.
Laseconde étymologie,virtualis, appartientaulatin étenduetétait
utilisée danslascolastique duMoyen-Âge en opposition à l’actuel,
«virtuéel »tantalorsentenducomme cequi existe en puissance et
non en acte.
Surcesfondementsétymologiques se formentdescouplesde
synonymesetde contraires que l’onretrouve de proche en proche. Si
l’opposition en apparence évidente entre leréel etlevirtuel est
curieusementabsente desdictionnairesetde laquasi-totalité des
ouvrages théoriquesalors qu’elle estomniprésente dansle langage
courant, enrevanche l’antinomie actuel-virtuel, etparconséquent
l’assimilation du virtuel aupotentiel ouaupossible (cequi n’est qu’en
puissance),sontpresquesystématiques. Voiciquelquesdéfinitions:

VIRTUEL, -ELLE, adj. et subst. masc.
I.Adjectif
A.PHILOS. et cour.
1.Qui possède, contient touteslesconditionsessentiellesàson
actualisation.Synon.potentiel, en puissance;anton.actuel.
[…]
II.Subst. masc. sing.àvaleurde neutre. Cequi esten puissance. Le
2
possible, le probable etlevirtuel.

1
Cf.http://www.dicolatin.com, cité parDenisBERTHIER dansMéditations sur le
réel et levirtuel, Paris, L’Harmattan,2004, p.72.
2
Trésor de la Langue Française(TLF),version informatisée :
http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/advanced.exe?8;s=3743434170;. Article
consulté en juin2007.

Préambule : problèmes définitionnels

VIRTUEL,ELLEadj.
1
Qui est seulementen puissance et sanseffetactuel .

VIRTUEL,ELLEadj. (dulat.virtus, force)
2
Qui n’est qu’en puissance;potentiel, possible .

e e
VIRTUEL,ELLEadj. – 1503,rare av.2moitié XVII;lat.scolast.
virtualis, dulat.virtus«vertu»
Qui n’est qu’en puissance,qui està l’étatdesimple possibilité⇒
3
possible, potentiel

Plus rarement sontévoquéeslesnotions
d’éventualité. Ainsi,selon le TLF, levirtuel :

de

latence

[-] existesans se manifester.Synon.latent. À l’état virtuel.
[-] està l'étatdesimple possibilité oud’éventualité.Synon.
4
possible.

2

1

ou

Au sein même desétudes surlesartsnumériques, la définition du
virtuel ne diffère pasfondamentalementde celles, généralistes,qui
viennentd’être citées, comme le prouve cetextraitduglossaire d’un
CD-ROM consacré auxnouvelles technologies:

Onqualifie devirtuel cequireste en puissance, cequi possède le
pouvoirdeseréaliser, des’actualiser,sansnécessairementle faire;ce
qui exprimesescapacités sansjamaislesaffichercomplètement. Le
5
virtuels’oppose donc à l’actuel.

Une autre oppositionsemble intéressante dansle cadre de lathèse
quiva être développée, celle du virtuel auformel :

VIRTUELLEMENTadv.
6
D’une manièrevirtuelle, opposé à formellementetà actuellement.

D’une manière générale, on constateraque lesdéfinitionsci-dessus,
en opposantpresquesystématiquementlevirtuel à l’actuel,

1
Littré,t.7, Paris, Gallimard-Hachette, 1962.
2
Le Petit Larousse2000, Paris, Larousse, 1999.
3
Le NouveauPetit Robert, Paris, DictionnairesLe Robert, 1993.
4
TLF,op. cit
5
« GlossairVie :rtuel/Actuel »inJean-LouisBOISSIER, Martine MOINOT (éd.),
Actualité du virtuel[CD-Rom], Paris, Centre Georges-Pompidou, 1996.
6
Littré,op. cit.

22

Qu’est-ce que le «virtuel » aucinéma ?

s’inscriventdavantage dansla lignée de lascolastique, c’est-à-dire de
laseconde étymologie,virtualis,que danscelle de lavirtusdespoètes
de l’Antiquité. De plus,s’appuyer surcette antinomierevientà faire
du virtuelun équivalentdupossible, dansla mesure oùcelui-ci est
opposé à l’actuel. Onretiendra en effet, ensecond lieu, larécurrence
desnotionsdepotentiel, depuissanceetdepossibilité. Lesdeux
premièresdériventde lapotentia, définie parAristote comme la
“puissance de produireun effet dansune autre chose”latroisième de
lapossibilitasqui,quantà elle, désigne la“possibilité pourune chose
1
de passer d’un état àun autre”.
Cesdernièresannées, phénomènesdesociété oblige, laréflexion
surlevirtuels’estbeaucoup développée autourde l’intelligence
artificielle, desdispositifsdesimulation etdesnouveauxmédias, par
le biaisd’approchescombinantdesnotions scientifiques,techniques,
philosophiquesouanthropologiques. Troisd’entre ellesontplus
particulièrement retenunotre attention parleur volonté d’aborder
explicitementla notion devirtuel ens’astreignantàune certaine
universalité desa définition malgré laspécificité de leurs visées
théoriquesetde leursobjets respectifs. Nous verrons qu’elles reposent
surdespostulatsplusoumoinsantagonistesoudifficilesà concilier,
néanmoins, elles s’inscrivent toutes troisen fauxcontre lasynonymie
«virtuel-possible »ou«virtuel-potentiel »admise parles
dictionnaires. Nouspartironsdonc, pourlesprésenter, de l’élément
sémantique communque constitue la différenciation du virtuel etdu
potentiel (oudupossible).
Devenu uneréférence pourlesétudes surlesartsnumériques,
l’ouvrage de Pierre Lévy,Qu’est-ce que levirtuel ?proposeune
approche anthropologique dontl’enjeuestde décrireun“mouvement
général devirtualisation”àtraverslequels’exprimeune“poursuite
2
de l’hominisation”. Cette démonstration convoque à maintes reprises
les travauxde philosophes tels que Michel SerresouGillesDeleuze.
De ce dernier, Pierre Lévymetnotammenten exergue l’affirmation
selon laquelle“levirtuel possèdeune pleine réalité, en tant que
3
virtuel ”. À partirde cesprolégomènes,sa définitions’élabore à la

1
Cf.ARISTOTE,Métaphysique,t.2, Paris, Vrin, 1991, p.23, note2.
2
Pierre LÉVY,Qu’est-ce que levirtuel ?, Paris, La Découverte, 1998, p. 9.
3
GillesDELEUZE,Différence et répétition,Paris, PUF, 1993, p.269.

Préambule : problèmes définitionnels

23

foisen opposition à la notion
d’actualitéetpardifférenciationvis-àvisdupossible:

Le possible estdéjàtoutconstitué, maisilsetientdansleslimbes.
Le possibleseréaliserasans querien ne change dans sa détermination
ni dans sa nature. C’est unréel fantomatique, latent. Le possible est
exactementcomme leril ne léel :ui manqueque l’existence. La
réalisation d’un possible n’estpas une création, au sensplein de ce
terme, carla création implique aussi la production innovante d’une
idée oud’une forme. La différence entre possible et réel estdonc
purementlogique.
Levirtuel,quantà lui, nes’oppose pasau réel maisà l’actuel.
Contrairementaupossible,statique etdéjà constitué, levirtuel est
comme le complexe problématique, le nœud detendancesoude forces
qui accompagneunesituation,un événement,un objetoun’importe
quelle entité et qui appelleun processusderésolution : l’actualisation.
Ce complexe problématique appartientà l’entité considérée eten
constitue mêmeune desdimensionsmajeures. Le problème de la
graine, parexemple, estde faire pousser un arbre. La graine « est» ce
problème, mêmesi elle n’estpas seulementcela. Cela nesignifie pas
qu’elle «connaissee »xactementla forme de l’arbrequi, finalement,
épanouirason feuillage au-dessusd’elle. À partirdescontraintes qui
sontles siennes, elle devra l’inventer, le coproduire avec les
circonstances qu’ellerencontrera.
D’un côté, l’entité porte et produit sesvirtualités :un événement,
parexemple,réorganiseune problématique antérieure etil est
susceptible derecevoirdesinterprétations variées.D’un autre côté, le
virtuel constitu:e l’entitéles virtualitésinhérentesàun être,sa
problématique, le nœud detensions, de contraintesetde projets qui
l’animent, les questions qui le meuvent sont une partessentielle desa
1
détermination .

De la définition de Pierre Lévy résultentfinalementdeux
oppositions terminologiquesmajeuresetparallèles: celle du virtuel à
l’actuel etcelle dupossible au réel. Cette conception faitl’objetd’une
critique danslesMéditations sur le réel et levirtuelde DenisBerthier.
Celui-ci, élaborant saréflexionsurl’opposition plus« évidentde »u
virtuel au réel,reproche à Pierre Lévyde ne prendre en compteque la
seconde étymologie,virtualis, en faisantainsi découler toutesa pensée
de lascolastique moyenâgeuse,tandis que lui-mêmes’attache à la
première étymologie,virtus. D’autre part, DenisBerthierinsistesurla
différence deviséethéorique, puisqu’il cherche pour sa part“un

1
Pierre LÉVY,op. cit., p. 14.

24

Qu’est-ce que le «virtuel » aucinéma ?

noyaude sens propre précis”,s’appuyantpourcelasur“desusages
scientifiques et techniques duterme, beaucoup plus faciles à cerner”,
alors que Pierre Lévy“cherche à englober dansunevaste théorie tous
lesusages actuels duterme sans trop en analyser la nature
linguistique”etenseréférantà“des exemples correspondant à des
usages discutables oumétaphoriques, issus devisions philosophiques
ousociologiques générales”, cequi l’oblige“à tellement étendre la
1
notion devirtuel qu’elle perd toute signification”.
DenisBerthier reprend donc àson compte latraditionnelle
opposition entre «réel » et«virtuel », dénoncée commeun contresens
parPierre Lévydanslesillage de GillesDeleuze, etils’en explique :

Notonsd’abordque, dansles usages scientifiqueset techniquesdu
terme (quiserontici aucentre de notre intérêt), levirtuelsetrouve
toujours(aumoinsimplicitement) dans un certainrapport
d’opposition directe au réel (ceque n’implique pasostensiblement
l’étymologie). Il importe en premierlieudespécifier unetelle
2
opposition entoute généralité.

Constatant que les usagesà la mode du terme «virtuel », autant que
lesdéfinitionsdudictionnaire, procèdentd’une certaine «rhétorique
du virtuel », DenisBerthier se propose d’en dégager un noyaudesens
proprequisera à la base deson argumentation. C’estplus
particulièrement surleterme «vertu»,traduction la plus
communémentadmise de lavirtuspuisque la plusproche
phonétiquement,qu’ils’arrête :

3
Est virtuel « cequi a les vertusde ».

« Vertu» a deux significationsmajeures: la force (d’âme) etla
propriété,toutesdeuxavec desconnotationspositives– cequi nous
conduitàretenirdeux sens: «force (d’âme) »et«qualit(ené »
jouant surl’ambiguïté de ce dernier terme). Seraitdoncvirtuel au
premier sens« cequi a la force (d’âme) de» et virtuel audeuxième
4
sens« cequi a les qualitésde ».

1
Cf. DenisBERTHIER,op. cit., p.75-77.
2
Ibid., p.66.
3
Ibid., p.71.
4
Ibid., p.72.

Préambule : problèmes définitionnels

2

5

Cherchantà conjuguercesdeux sensenunseul, DenisBerthier
parvientfinalementàune assertion paradoxalequoique non dénuée de
fondement,selon laquelle levirtuelseraitpleinementactuel :

Virtus(ou son homologue grecarètè) estcequ’Homère attribue
auxhérosgrecs, cette manière inhérente d’être aumondequi en fait
pleinementdeshommes /deshéros, etdonton pourraitaffirmer
qu’elle imprègne leurêtre jusque dansleurmétabolisme […] Direque
lavertud’Hectorestactuelle, c’estaussi direqu’Hectorest un héros
en permanence, etpas seulementponctuellement, aucoursdes
bataillesoùcelase manifeste ouvertement. Refuserau virtuelune
pleine actualité, indépendante deson observation,reviendraitainsi à
renonceràtout usage dulangage pour qualifierautre choseque des
1
événementsdirectementobservés.

La définition du virtuel parDenisBerthier réside danslesdeux
théorèmes suivants:“Estvirtuce qel «ui a, avec force, les qualités
2
de »”,“Estvirtuel «ce qui, sans être réel, est opératoirement
3
équivalent auréel »”(ex: lerefletdumiroir, double
scientifiquementparfaitde l’image «réelle »). L’opposition du virtuel
au réelyestdonc clairement revendiquée, aumêmetitreque celle de
l’actuel aupotentiel, enrevanche celle du virtuel à l’actuelyest
invalidée parl’exemple. Onremarque ainsi entre lespropositionsde
Pierre Lévyetcellesde DenisBerthier une parfaitesymétrie des
postulats: au virtuel non-actuel maispleinement réel de l’unrépond le
virtuel non-réel maispleinementactuel de l’autre, cesdivergences
d’appropriation duconcept s’expliquanten grande partie par
l’hétérogénéité desperspectivesdisciplinairesetdeschampsd’études.
À cesdeuxalternatives s’en ajouteunetroisième,toutaussi
paradoxale etmême doublement, celle de Philippe Quéau qui postule
l’existence d’unvirtuel à la fois réel etactuel :

Ainsi lavirtusn’estpas une illusion ou un fantasme, ouencoreune
simple éventualité,rejetée dansleslimbesdupossible. Elle estbien
réelle eten acte. Lavirtusagitfondamentalement. Elle està la foisla
cause initiale envertude laquelle l’effetexiste maisaussi ce par quoi
la cause continue deresterprésentevirtuellementdansl’effet. Le

1
Ibid., p.73.
2
Ibid., p.72.
3
Ibid., p.74.

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