Claude Monet: Vol 2
175 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Claude Monet: Vol 2

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
175 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

C’est avec Impression, soleil levant, exposé en 1874, que le peintre Claude Monet (18401926) se fait connaître du grand public et donne naissance au mouvement impressionniste. Tout au long de sa vie, il essaya de saisir les mouvements naturels autour de lui et de les traduire en sensations visuelles sur ses toiles. Personnalité complexe, peintre brillant, Monet est aujourd’hui mondialement reconnu pour ses compositions intimes et poétiques, ses séries de nénuphars et ses paysages représentant une nature vivante et belle. Il laisse derrière lui des chefsd’oeuvre qui
fascinent encore aujourd’hui les amateurs d’art à travers le monde.
Dans cet ouvrage composé de deux volumes illustrés, Nathalia Brodskaïa et Nina Kalitina nousv invitent à un voyage à travers le temps pour découvrir ou redécouvrir l’histoire d’un mouvement et d’un peintre aux destins à jamais liés : Claude Monet et l’impressionnisme. Spécialistes de l’art des XIXe et XXe siècles, les deux auteurs mettent en lumière la naissance de la modernité en peinture, véritable révolution qui a rendu possible l’épanouissement du paysage artistique du XXe siècle.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 31 décembre 2015
Nombre de lectures 2
EAN13 9781785257001
Langue Français
Poids de l'ouvrage 6 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0025€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Auteur : Nathalia Brodskaïa et Nina Kalitina

Mise en page :
Baseline Co. Ltd
Hô Chi Minh-Ville, Vietnam

© Confidential concepts, Worldwide, USA
© Parkstone Press USA, New York
© Image-Bar www.image-bar.com

Tous droits d’adaptation et de reproduction réservés pour tous pays.
Sauf mention contraire, le copyright des œuvres reproduites se trouve chez les photographes qui en sont les auteurs. En dépit de nos recherches, il nous a été impossible d’établir les droits d’auteur dans certains cas. En cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la maison d’édition.

ISBN : 978-1-78525-700-1
Nathalia Brodskaïa et Nina Kalitina



Claude Monet
Volume 2
Claude et Alice Monet avec les pigeons de la place Saint-Marc à Venise d’après une carte postale de 1908,
ancienne collection Jean-Pierre Hoschedé
Sommaire


Sa Vie : apogée et crises
Sa Vie : les séries
Ses Œuvres
Après l’Impressionnisme
Les Apports du post-impressionnisme
L’Époque post-impressionniste : le fond et l’ambiance
Le Néo-impressionnisme
Artistes influencés par Monet
Paul Cézanne
Henri Rousseau (1844-1910)
Vincent van Gogh (1853-1890)
Paul Gauguin (1848-1903)
Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901)
Les Nabis
Le Rôle de Monet dans l’histoire de l’art
Biographie
Liste des illustrations
La Barque , 1887. Huile sur toile, 146 x 133 cm.
Musée Marmottan Monet, Paris.


Sa Vie : apogée et crises


Claude Monet, de même que plusieurs de ses contemporains et de ses prédécesseurs, venait souvent travailler sur la côte normande. C’est ici que furent réalisées nombre de marines de Delacroix et de Courbet. Entre 1883 et 1886, Monet séjourna souvent à Étretat, où il peignit plusieurs paysages. Monet répète souvent le motif du rocher à l’horizon qui s’avance dans la mer. On voit très bien ce rocher dans Falaises d ’ Étretat (1886, Musée Pouchkine, Moscou), peint depuis le sommet de la falaise d’Amont, non loin de la maison Payen. Étretat, ville côtière de Normandie, fut à l’origine de plusieurs paysages de marines de l’artiste.
À cette époque, Monet n’était pas le seul peintre à voyager dans le nord de la France à la recherche d’inspiration. Courbet et Delacroix avaient déjà réalisés des paysages d’Étretat, dont Monet avait acheté une aquarelle de Delacroix.
Parmi les artistes de cette période, Courbet, Pissaro, Manet, et Renoir voyageaient également sur la côte normande. De plus, Monet rencontrait régulièrement l’écrivain Maupassant originaire d’Étretat, et dont les nouvelles prenaient souvent vie à Étretat. Le lien entre l’art et la littérature, et l’influence à double sens entre les deux disciplines, était particulièrement explicite au XIX e siècle.
Pour les œuvres plus tardives réalisées dans le nord de la France, Monet captura des vues spectaculaires de la mer et de la vie côtière dans toute sa simplicité. Parmi les nombreuses falaises abruptes de la côte, Monet se concentra sur trois arches naturelles : la Porte d’aval, Manneporte et la Porte d’Amont ainsi que l’aiguille d’Étretat le « rocher dressé » de sept mètres de haut.
En raison de son grand intérêt géologique, la Manneporte est considérée comme la formation rocheuse la plus souvent peinte par les nombreux artistes de la côte normande. Monet lui-même en fit son sujet d’étude six fois, toiles que l’on peut considérer comme un pas important vers ses célèbres séries. La Manneporte près d ’ Étretat (vol. 1, p. 237) et La Manneporte ( Étretat ) (vol. 1, p. 238) font partie. Lorsqu’il s’installa près d’Étretat avec sa future femme Camille Doncieux et leur fils Jean en 1868, il resta ainsi proche de sa ville natale, Le Havre, lieu pour lequel Monet garda toujours un profond attachement.
Ces peintures dépeignent parfaitement la formation des vagues de couleur bleu-vert, presque violet. Il parvint à capturer le climat particulier de la Normandie, alternant entre soleil et nuages et fit le portrait de la vie des pêcheurs locaux et de leurs bateaux amarrés sur les plages de galets, comme on peut le constater dans les Trois Bateaux de pêche (vol. 1, p. 199).
Bois d ’ olivier au jardin Moreno, 1884.
Huile sur toile, 65,4 x 81,2 cm. Collection privée.
Antibes vue de la Salis, 1888. Huile sur toile,
73,3 x 92 cm. Toledo Museum of Art, Toledo.


Monet prenait souvent plusieurs toiles avec lui sur la plage, et au cours de la journée, alternés entre les toiles en fonction de leurs avancées, afin de capturer au mieux l’évolution de la lumière. Monet rapportait ensuite ses toiles dans ses toiles, où il faisait diverses dernières retouches. En tout, Monet réalisa plus d’une cinquantaine de toiles à Étretat.
En décembre 1883, il partit avec Renoir sur la Riviera. En 1884, après les villes de Bordighera et de Menton, il retourna à Étretat. L’été suivant, il y passa de nouveau quelques mois.
En 1886, il se rendit en Hollande et en Bretagne. De janvier à avril 1888, il résida à Antibes. Puis il se rendit à Londres et revint à Étretat. Dans ses voyages, il cherchait une nouvelle source d’inspiration, de nouveaux motifs. Mais Monet resta toujours fidèle au principe fondamental de sa création : observer attentivement la nature, la sentir et la fixer au moment précis où l’on peint.
Arrivé à Bordighera, et après avoir vu la nature exotique méridionale, il écrivit à Alice : « Ça marche donc assez bien, quoique ce soit bien difficile à faire : ces palmiers me font damner ; et puis les motifs sont extrêmement difficiles à prendre, à mettre dans la toile : c’est tellement touffu partout ; c’est délicieux à voir. »
La fascination de Monet pour les paysages du bassin méditerranéen atteint son apogée durant les années 1880. Durant cette période, après avoir peint une série de toiles à un endroit particulier, il migrait vers une autre ville, afin d’y trouver une nouvelle source d’inspiration.
Après la Côte d’Azur, Monet se rendit de nouveau dans le sud en 1884, afin d’explorer la Riviera italienne. La beauté de cette région est à l’origine de l’œuvre Le Château de Dolceacqua (1884, musée Marmottan Monet, Paris). Cette peinture montre le bourg médiéval de Ligurie dominé par les ruines du château des Doria, et le torrent Nervia enjambé par un pont en dos d’âne datant du XIV e siècle.
Dolceacqua fut le siège de la famille Doria et le lieu de résidence de l’amiral Andrea Doria. La famille Doria maintint la domination de la République de Gênes jusqu’au XVI e ou XVII e siècle. Dolceacqua , le vieux pont sur la Nervia (vol. 1, p. 222) et Le Château de Dolceacqua réalisés en quelques heures, appartiennent à une série notable de peintures, dans laquelle Monet a représenté le joyau de la province italienne. Dans ces deux toiles, l’artiste a représenté le pont arqué au centre de la toile, flanqué des deux côtés par les deux bras de la Nervia.
Au cap d ’ Antibes par vent de mistral , 1888.
Huile sur toile, 66 x 81,3 cm. Museum of Fine Arts, Boston.
Antibes vue du plateau Notre-Dame , 1888. Huile sur toile, 65,7 x 81,3 cm.
Collection Julia Cheney Edwards, Museum of Fine Arts, Boston.
Les Alpes vues du cap d ’ Antibes , 1888.
Huile sur toile, 65 x 81 cm. Collection privée.
Antibes , effets d ’ après-midi , 1888. Huile sur toile, 66 x 82,5 cm.
Don de Samuel Dacre Bush, Museum of Fine Arts, Boston.


Pour Le Château de Dolceacqua , la perspective est si basse, que Monet a pu peindre le tableau directement depuis la rivière. Sur le bord tout à fait à droite de la toile, on distingue le mur extérieur d’une maison et sur le côté opposé du pont, une tour dépasse au-dessus du bâtiment.
Ces peintures sont différentes non seulement par les motifs et la perspective, mais aussi légèrement pas la gamme chromatique utilisée : des couleurs sombres pour le premier, alors que des tons vert et marron clair prédominent dans le second.
Monet décrivit le bourg situé près de Vintimille comme « un joyau de légèreté ». Il fut captivé par la beauté abrupte de l’arrière-pays italien, le pouvoir lumineux du soleil et par sa nature sauvage. L’originalité fascinante de ce village illustrée dans les tableaux de Monet, est restée intacte encore aujourd’hui. Le spectateur peut ainsi reconnaitre l’atmosphère particulière dépeinte par l’artiste, et est transporté par sa créativité et son habilité à retranscrire la lumière et les motifs intrinsèques au lieu.
Durant son séjour en Italie, Monet ne travailla cependant pas uniquement dans ce bourg, mais aussi dans les environs, dont il captura les paysages marins, les vues du ciel et des Alpes. De plus, il peignit des vues de Vintimille et de la vallée de Nervia dont la beauté de l’atmosphère est révélée dans les toiles de l’artiste. La végétation foisonnante, la lumière exceptionnelle à l’origine des couleurs vibrantes et la mer Méditerranée, fournissent un environnement dans lequel Monet a pu puiser d’innombrables sources d’inspiration.
L’œuvre La Vallée de la Nervia (vol. 1, p. 223) montre un paysage aride, surplombé par les sommets imposants des Alpes. La Nervia est esquissée dans le coin inférieur gauche, et se fond dans les tons bleus qui l’entourent.
Le peintre réalisa ses toiles dans un style typiquement impressionniste, mais sous l’influence de ses propres observations artistiques à l’aide d’une palette de couleurs éclatantes qui, d’une certaine manière, font écho à la Riviera italienne.
Maison de jardinier à Antibes , 1888.
Huile sur toile, 66,3 x 93 cm. Cleveland Museum of Art, Cleveland.
Montagnes de l ’ Estérel , 1888. Huile sur toile,
65 x 92 cm. The Samuel Courtauld Trust, Londres.


À la fin de cette période italienne, Monet retourna sur les lieux de ces premières productions, et visita de nouvelles villes telles que Londres ou Rouen, où il réalisa deux de ses plus célèbres séries.
Néanmoins, il se rendit de nouveau en Italie durant la première décennie du XX e siècle, dans le but de visiter Venise, dont résulte une autre série de toiles remarquables.
Sur les recommandations du galeriste Durand-Ruel, Monet se rendit à Antibes, durant l’hiver 1888, où il passa trois mois, période pendant laquelle il réalisa une quarantaine de tableaux. La ville allait par la suite être visitée par d’autres artistes, tels que Picasso et Chagall.
Fascinés par les effets de lumière, la végétation des paysages méditerranéens et par la côte impressionnante, les visiteurs peignaient de véritables chefs-d’œuvre. Aujourd’hui, le trajet parsemé des points de vu variés où ces grands artistes se sont arrêtés, offre un aperçu des paysages capturés de différentes façons.
Au cap d ’ Antibes par vent de Mistral montre la ville d’Antibes, avec la mer méditerranée d’un bleu profond, un bleu plus clair pour le ciel, des arbres disséminés dans le paysage, le tout bordé par les Alpes majestueuses. Dans les œuvres de Monet, la beauté de la nature n’est pas seulement rendue ; elle est intensifiée.
À Antibes, Monet réalisa des œuvres portant sur des sujets variés qu’il peignait sans discontinuer à différents moments de la journée, capturant ainsi une multitude de couleurs sous les effets de la lumière.
Parmi les sujets étudiés se trouve le Fort Carré, entouré de la mer et des Alpes, ou des arbres somptueux longeant la côte comme on peut le voir dans Plage de Juan-les-Pins (1888). Les jeux d’ombres et de lumières sont également un élément important dans sa recherche artistique. Il travaillait principalement à des moments de la journée où la lumière est tout aussi intense que différente : aux lever et coucher du soleil et à midi.
Monet souhaitait ainsi apporter de nouveaux axes de recherche artistique au mouvement impressionniste. Ses toiles illustrent la volonté de l’artiste de capturer la fugacité de la lumière, et annoncent les séries des meules de foin, de la cathédrale de Rouen et des nymphéas.
Les Villas à Bordighera , 1884.
Huile sur toile, 116,5 x 136,5 cm. Musée d’Orsay, Paris.
La Maison du pêcheur à Varengeville , 1882.
Huile sur toile, 60 x 78 cm. Museum Boijmans Van Beuningen, Rotterdam.
La Méditerranée, cap d ’ Antibes, ou Rochers aux bords de la Méditerranée , 1888.
Huile sur toile, 65 x 81 cm. Legs de Frederick W. Schumacher, Columbus Museum of Art, Columbus.
La Petite Creuse , 1889. Huile sur toile,
65,9 x 93,1 cm. Art Institute of Chicago, Chicago.


En plus des toiles déjà citées, Monet fit aussi le portrait d’une petite région située entre Menton et Monaco : le Cap Martin. Dans Le Cap Martin (1884, musée des Beaux-Arts, Tournai), il représente les vagues vert-bleues s’écraser sur la côte rocheuse et boisée, un motif cher à l’artiste. Il peignit également la mer bleue marine de la côte, que l’on peut voir dans La Grande Bleue à Antibes (1888, Kunstmuseum Basel, Bâle), et la vue de Monaco dans La Baie de Monaco (1884, Nouveau Musée national de Monaco, Monaco).
En 1883, Monet et Renoir arrivaient à Monaco, leur premier arrêt sur la Riviera française. Monet allait par la suite décrire la ville comme étant la plus magnifique de la côte méditerranéenne. Pendant son séjour dans la Riviera, Monet s’entraina à peindre un même sujet à différents moments de la journée ou sous différentes conditions climatiques, réalisant par incidence, plus de cent vingt-cinq peintures durant son séjour sur la Riviera française et italienne.
Malgré le doute continuel de Monet sur ses aptitudes à capturer la lumière méditerranéenne sur la toile, son ami Théo van Gogh exposa dix peintures de cette période en 1888.
La lumière du midi attirait de nombreux artistes d’influences artistiques variées. Aux impressionnistes succédèrent les pointillistes, tels que Signac et Cross, puis les Fauves, avec Derain, Vlaminck et plus tard, Matisse. Les peintures de Monet réalisées à Antibes, et dans d’autres villes de la méditerranée, sont le reflet d’une nouvelle facette de l’Œuvre de l’artiste en opposition avec ses peintures du nord de la France.
On ne peut que constater l’intensité des couleurs et de la lumière à leur paroxysme, et l’impact de ses expériences artistiques dans le sud de la France sur ses œuvres postérieures. Ainsi, le temps passé dans le sud de la France et au nord de l’Italie, n’est pas seulement représentatif par le nombre important de toiles réalisées, mais aussi par l’intérêt nouveau de Monet pour la lumière, qui allait se révéler incontournable par la suite.
Durant les années 1870 et 1880, Monet séjourna régulièrement en Bretagne. L’artiste allait beaucoup moins souvent se rendre sur les piles bretonnes durant le siècle suivant et en particulier à Belle-Île, la plus importante île de la côte bretonne.
C’est ici que Monet rechercha et trouva de nouveaux paysages et une nouvelle atmosphère. Le climat changeant l’empêchait de peindre à certains moments de la journée. Monet choisissait également parfois des endroits pour peindre difficilement accessibles.
Matin sur la Seine , 1898. Huile sur toile,
73 x 91,5 cm. Musée national d’Art occidental, Tokyo.
Bras de Seine près de Giverny , 1897.
Huile sur toile, 73,2 x 93 cm. Musée d’Orsay, Paris.


Néanmoins, il n’était jamais dissuadé de peindre un motif qui l’intéressait. Souvent, il plaçait son chevalet sur le bord d’une pente raide, et il y passait le temps nécessaire pour donner vie au motif sous son pinceau. Alors qu’il se trouvait sur la côte bretonne, Monet rencontra son futur biographe Gustave Geffroy.
Le paysage de l’île est représenté par des falaises abruptes et des côtes rocheuses, dont les aiguilles rocheuses de Port-Domois et de Port-Coton. Le nom « Coton » provient de la formation de l’écume des vagues projetées contre les rochers sans discontinuer.
Cinq toiles représentent le Port-Domois. Monet peignit le dangereux bord pointu, mais aussi les imposantes hauteurs, la mer, les marées s’écrasant sur les formations rocheuses de la côte majestueuse, ainsi que les ports et les petites plages de l’île.
Son extraordinaire interprétation de Belle-Île capture non seulement sa géologie inimitable, mais aussi l’agitation de l’océan Atlantique. On observe dans toutes les représentations de Belle-Île, que l’horizon est placé extrêmement haut sur la toile, laissant peu de place au ciel, laissant penser que le peintre s’est principalement intéressé à la lutte entre la mer et les rochers.
De plus, il est difficile de jauger les conditions climatiques d’une toile, malgré le fait que ce point soit central dans les œuvres de Monet. Les peintures sont colorées, les rochers, tout comme la mer, sont peints dans les tons vert, bleu et violet. Les couleurs relativement sombres génèrent une atmosphère menaçante, une interprétation caractéristique de l’île.
En comparaison avec les tableaux Les Rochers de Belle-Île (1886, musée des Beaux-arts Pouchkine, Moscou), Pyramides de Port-Coton. (1886, collection Gustave Rau), Rochers à Port-Coton , le Lion (vol. 1, p. 230), tous datés de 1886, la peinture de 1887 Port-Domois (vol. 1, p. 232) montre une mer plus tranquille. Wildenstein donne au tableau de Moscou le titre de Pyramides de Port-Coton . Mer sauvage .
Les peintures de marine occupent une place importante dans l’œuvre de Monet. Peut-être est-ce au Havre, où, sous la direction de Boudin, le peintre reçut ses premières notions de peinture, que naquit son amour pour la mer.
Il peignit des marines durant toute sa vie, et celles peintes à Belle-Île et à Étretat appartiennent au nombre des meilleures.
Mont Kolsaas , 1895. Huile sur toile, 65 x 92 cm.
Collection privée, États-Unis.
Vallée de la Creuse (Ciel gris), 1889.
Huile sur toile, 65,5 x 81,2 cm. Museum of Fine Arts, Boston.
Mer agitée à Pourville , 1897. Huile sur toile, 73,5 x 101 cm.
Musée national d’Art occidental, Tokyo.


Monet travailla sur le site pittoresque de Belle-Île durant les mois de septembre et octobre 1886, et c’est alors que ce tableau aurait été peint. Sur le tableau conservé au musée Pouchkine à Moscou sont représentés Les Rochers de Belle-Île .
La toile est pénétrée de sévérité. Les taches de couleurs, blanches, bleues, vertes, brunes tirant sur le lilas, résonnent d’une manière contrastante et vive. Les touches sont énergiques et pâteuses, posées de différentes manières ; la facture picturale est exceptionnellement dynamique, ce qui fait naître la sensation du mouvement éternel de l’élément maritime.
La mer est le sujet principal du tableau : le jeu subtil des reflets de la lumière et de la couleur sont passées à l’arrière-plan. Ici, Claude Monet est conquis par le romantisme austère de la mer et des rochers.
L’artiste peignit plusieurs fois cette région, et de nos jours, on peut voir des variantes de ce paysage dans différentes collections. Ainsi, la même année, Claude Monet représenta la mer à Belle-Île dans deux tableaux qui sont actuellement conservés au Musée d’Orsay et un troisième se trouvant dans une collection privée à Copenhague.
Outre la toile de Copenhague, d’autres tableaux, représentant Les Rochers de Belle-Île , sont très proches de la marine de Moscou.
La Bretagne, elle, le trouble par ses paysages insolites et dépouillés. « Je travaille beaucoup, écrit-il à Durand-Ruel, l’endroit est très beau, mais très sauvage : mais la mer est incomparablement belle et accompagnée de rochers fantastiques ». Étant en contact permanent avec la nature, Monet saisit parfaitement ses particularités et crée des paysages dans lesquels le concret et l’unique sont mêlés aux recherches de généralisation.
Ainsi dans Les Rochers de Belle-Île (1886, musée des Beaux-arts Pouchkine, Moscou), Monet représente des rochers pointus usés par le vent, sur la côte de Bretagne. Des vagues aux crêtes frangées d’écume viennent s’y heurter et, au loin, l’immensité de la mer se fond presque avec le ciel. C’est la Bretagne, mais pas seulement : c’est la mer en général, son étendue, sa lutte continuelle avec la terre. Ce tableau offre des teintes différenciées et mobiles, entièrement soumises à la forme des objets (ici, des rochers).
Dans son tableau, Falaises d ’ Étretat (musée des Beaux-arts Pouchkine, Moscou), peint en 1886, Monet s’est fixé un autre but. Le spectateur a devant les yeux une mer immense bordée à gauche par des falaises bleues. Mais comme l’interprétation des rochers a changé ! Ces montagnes éloignées du premier plan et ce rivage sont immatériels. Jamais on n’avait à tel point sacrifié la matière, la consistance et le poids de ces choses. L’eau a perdu sa mobilité et sa pesanteur, qualités qui avaient été si bien traitées dans le tableau précédent.
Au Val Saint-Nicolas, près Dieppe, matin, 1897.
Huile sur toile, 64,8 x 100 cm. The Phillips Collection, Washington, D.C.
Falaises près de Dieppe , 1897. Huile sur toile,
65 x 100,5 cm. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg.


Toute l’attention de l’artiste est concentrée sur le rendu de l’atmosphère, sur la vibration de l’air avec ses tons modulés jaune or. La peinture est mate et blanchâtre. La touche détruit les formes, au lieu de les construire.
En 1888, Monet effectua son deuxième voyage dans le midi de la France. Il s’arrêta à Antibes, qui l’accueillit par une pluie hivernale. Lorsque le temps se remit au beau, et que le peintre put travailler, la lumière méridionale l’enchanta de nouveau. Cette fois-ci, sa gamme de couleurs, basée sur les nuances les plus délicates de bleu et de rose, donnait à sa peinture à l’huile l’apparence du pastel. « Je peins la ville d’Antibes, écrivait-il à Alice, une petite ville fortifiée, toute dorée par le soleil, se détachant sur de belles montagnes bleues et roses et la chaîne des Alpes, éternellement couvertes de neiges. »
Où qu’il travaillât, Monet n’oubliait pas sa famille. « Sachez donc une fois pour toutes que vous êtes toute ma vie avec mes enfants », écrivait-il à Alice depuis Bordighera, « et qu’en travaillant je ne cesse de penser à vous ; cela est si vrai qu’à chaque motif que je fais, que je choisis, je me dis qu’il me faut les bien rendre pour que vous voyiez où j’ai été et comment cela est. » Cependant, ils ne constituèrent pour de bon une famille heureuse qu’après la mort d’Ernest Hoschedé en 1891. Le mariage d’Alice et Claude Monet eut lieu à Giverny le 16 juillet 1892.
Dix ans auparavant, en 1883, Monet avait acheté une maison dans le village de Giverny, à proximité de la petite ville de Vernon. La maison se trouvait sur la rive droite de la Seine, là où son affluent l’Epte se jette dans le fleuve, juste à la limite de la Normandie et de l’Île-de-France. Monet resta attaché à la Seine toute sa vie : « Je n’en ai jamais été las, disait-il plus tard, elle est pour moi toujours nouvelle. »
Ce fut donc tout naturellement que ses recherches d’une nouvelle demeure l’amenèrent là. « Ce qui enchanta Monet, raconte le fils cadet d’Alice, ce fut l’horizon magnifique devant lequel Giverny ouvre ses fenêtres. » Monet regardait le monde avec les yeux d’un peintre, et il y avait là pour lui tant de motifs ! « Entre toutes ces eaux s’étalent de grandes prairies naturelles abondamment fleuries, ceinturées de peupliers » écrit Jean-Pierre Hoschedé. « Quelque peu surélevé, face au midi, tout en longueur, sur plusieurs kilomètres, se déroule le village au pied des coteaux le dominant. »
La Seine à Giverny , 1897. Huile sur toile, 81,5 x 100,5 cm.
Chester Dale Collection, National Gallery of Art, Washington, D.C.
Meules, fin de l ’ été, effet du matin, 1891.
Huile sur toile, 60,5 x 100,8 cm. Musée d’Orsay, Paris.
Meule, dégel, soleil couchant, 1890-1891.
Huile sur toile, 64,4 x 92,5 cm. Art Institute of Chicago, Chicago.


C’était un village ordinaire. Monet eut de la chance. Il trouva tout de suite une grande maison paysanne où on pouvait aménager un atelier. Autour s’étendait une vaste prairie où il était possible de créer un jardin. Monet loua cette maison sans hésiter et, par la suite, l’acheta. Il y vécut jusqu’à la fin de sa vie. Un jour il reçut, de Stéphane Mallarmé, une lettre dont l’adresse était rédigée en ces termes : « Monsieur Monet, que l’hiver ni / L’été sa vision ne leurre / Habite, en peignant, Giverny / Sis auprès de Vernon, dans l’Eure. »
Les paysans n’acceptèrent pas immédiatement la famille du peintre, ces gens de la ville leur paraissaient bizarres. Mais ils furent conquis par l’ardeur au travail de Monet, dont ils étaient constamment témoins. Chaque jour, quel que fût le temps, ils voyaient le peintre à l’ouvrage dans les champs. Quant à Monet, il se sentit là chez lui dès le début. « Je suis dans le ravissement », écrivait-il au critique Duret, « Giverny est un pays splendide pour moi. » Où qu’il fût, il n’oubliait jamais Giverny. « Je me mets au lit », écrivait-il à Alice depuis Bordighera, « et béatement, les mains croisées, je pense à Giverny, guignant d’un œil mes toiles pendues au mur. »
On déménagea à Giverny le bateau-atelier construit jadis à Argenteuil. « Il nous servait, surtout, pour les plongeons effectués du toit de la cabine », écrit Jean-Pierre Hoschedé, « Monet tout le premier. Il était aussi bon plongeur que nageur et présidait, par prudence, toutes nos baignades collectives. » Il savourait cette vie en famille. Tantôt ils allaient sur ce bateau jusqu’à Rouen, tantôt ils allaient aux champignons dans la forêt. Jean-Pierre Hoschedé se souvenait d’une scène paisible au bord du fleuve, où Monet peignait, Alice cousait et eux, les enfants, se livraient aux joies de la pêche.
Tous les enfants aimaient Monet et lui étaient dévoués. Blanche, la fille d’Alice qui avait épousé le fils aîné de Claude, Jean, resta avec Monet jusqu’à la fin de sa vie, prenant soin du vieux peintre après la mort de sa mère. « Monet était d’un caractère violent et très vif, mais c’était la bonté même, se souvenait-elle. Il aimait les enfants. Je me rappelle les parties de barre avec lui sur la route de Vétheuil, à la Roche-Guyon, et aussi des parties de cache-cache dans l’île de Bennecourt. Mais lorsqu’il travaillait, il ne fallait pas le déranger pour quoi que ce soit. »
Meule, effet de neige, le matin, 1891.
Huile sur toile, 65,4 x 92,4 cm. Museum of Fine Arts, Boston.
Meules, effet de gelée blanche, 1891.
Huile sur toile, 65 x 92 cm. Scottish National Galleries, Édimbourg.


Cette fonction organisatrice est remplie, par exemple, dans Les Coquelicots (vol. 1, p. 154), par la rangée d’arbres vert foncé où se niche une maison, rangée qui s’étire ; parallèlement au bord inférieur de la toile. Monet est désormais fasciné par le rythme et l’expressivité des lignes et les formes s’aplatissent de plus en plus.
Les paysages peints en 1880 permettent de parler non seulement de nouvelles recherches, mais aussi de tendances stylistiques contradictoires.
Certains de ces tableaux montrent que le peintre cherche à trouver un compromis. Au mois de mars, il écrivit à Théodore-Duret qu’il fignolait sa peinture, voulant exposer au Salon. Il parla ainsi de son désir de présenter des toiles aux expositions internationales organisées par le marchand Georges Petit. « Mais ce n’est pas par goût que j’ai fait cela, fit remarquer Monet, et il est bien malheureux que la presse et le public aient pris si peu au sérieux nos petites expositions bien préférables à ce bazar officiel ! Enfin, puisqu’il faut en passer par là, allons-y. »
Le pressentiment, encore inconscient, d’une crise de l’impressionnisme, autant que les recherches d’un compromis, poussèrent Monet à modifier son style. Tous les adeptes de la méthode impressionniste passèrent d’une façon ou d’une autre par cette crise dans les années 1880.
Pissarro, par exemple, se rapprocha de Seurat et de Signac, et du divisionnisme. Renoir s’enthousiasma pour Ingres et pour les maîtres de la Renaissance. Monet, à la différence des autres, ne subit aucune influence étrangère. Il suivait la logique de son propre développement et avait de plus en plus recours à la méthode expérimentale. Mais jusque-là, il percevait la nature dans toute son intégrité et s’efforçait de préserver son harmonie lorsqu’il fixait sur sa toile ses traits particuliers.
Dans les années 1890-1900, il porte à leurs extrêmes conséquences ses recherches, analyse la lumière en soi, et par cela même, la représentation de la nature comme un tout harmonieux commence à en souffrir. À cette époque, Monet travaille seul. Cela ne veut pas dire qu’il rompt tout contact avec ses amis de jeunesse ; seulement il ne travaille plus avec eux. Expositions communes, échanges d’idées et discussions cessent.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents