Hokusai
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Description

Katsushika Hokusai est sans doute l’artiste japonais le plus connu en Occident, et ce, depuis le milieu du XIXe siècle. Reflet de l’expression artistique d’une civilisation isolée, les œuvres de Hokusai, qui furent parmi les premières en provenance du Japon à émerger en Europe, influencèrent particulièrement les peintres impressionnistes et post-impressionnistes, tels que Vincent van Gogh. Considéré de son vivant comme un maître de l’estampe Ukiyo-e, Hokusai fascine par la variété et l’étendue de son Œuvre. Son travail, de près de quatre-vingt-dix ans, est présenté ici dans toute son importance et
sa diversité.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 mai 2014
Nombre de lectures 1
EAN13 9781783102884
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Auteur :
Edmond de Goncourt

Mise en page :
Baseline Co. Ltd
61A-63A Vo Van Tan Street
4 e étage
District 3, Hô-Chi-Minh-Ville
Vietnam

© Confidential Concepts, worldwide, USA
© Parkstone Press International, New York, USA
Image-Bar www.image-bar.com

Tous droits d’adaptation et de reproduction, réservés pour tous pays. Sauf mentions contraires, le copyright des œuvres reproduites appartient aux photographes, aux artistes qui en sont les auteurs ou à leurs ayants droit. En dépit de nos recherches, il nous a été impossible d’établir les droits d’auteur dans certains cas. En cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la maison d’édition.

ISBN : 978-1-78310-288-4
Edmond de Goncourt




Hokusai

Sommaire


Avant-propos
Hokusai Vieil Homme, fou de dessin
Les Albums de poésie Poèmes fous
Les Surimonos
Les Livres jaunes
Les Romans illustrés
Les Albums de poésie Kyoka avec des planches en couleur
La Manga et les livres de dessins Le Dessin tel qu’il vient spontanément
La Manga
Les Livres de dessins
Les Livres de dessins en couleur
L’Ukiyo-e Images du monde flottant
Les Albums de dessins
Les Planches séparées (impressions)
Les Kakemonos et les makimonos
Les Éventails, les écrans et les paravents
Les Albums de premières pensées
Les Shungas
Les Ouvrages divers illustrés par Hokusai
Les Ouvrages divers renfermant des dessins de Hokusai
Biographie
Glossaire
Liste des illustrations
Hotei, vers 1830-1849.
Sumizuri-e (gravure sur bois monochrome),
20,7 x 12,9 cm . Library of Congress,
Washington, D.C.
Avant-propos



Le talent de Hokusai a traversé depuis longtemps terres et mers, jusqu’en Europe. Mais son travail, si original, si divers et d’une telle profusion reste encore trop méconnu. Il est vrai que, dans la patrie même de l’artiste, si la popularité de ce dernier a toujours été immense, ses œuvres n’ont pas été accueillies avec la même ferveur par l’académie et par les lettrés, que par le peuple japonais. Ne lui a-t-on pas reproché, de son temps, de ne faire que de la « peinture vulgaire » ? Alors que peu d’artistes ont su puiser dans le potentiel des techniques et des méthodes du dessin, comme il l’a fait. Quel artiste peut se targuer de savoir faire un dessin avec les ongles ou avec les pieds ou encore de la main gauche (lorsque l’on est droitier) ou à l’envers, d’une virtuosité telle, qu’il semble avoir été tracé de la manière la plus conventionnelle ?

Hokusai illustra seul plus de cent vingt ouvrages, dont l’un, le Suiko-Gaden , compte quatre-vingt-dix tomes ; il a collaboré à une trentaine de volumes. Les livres jaunes et des livres populaires d’abord ; des promenades orientales et occidentales, des coups d’œil aux lieux célèbres, des manuels pratiques pour décorateurs et artisans, la vie de Sakyamuni, la conquête de la Corée, des contes, des légendes, des romans, des biographies de héros, d’héroïnes, des trente-six et des cent poètes, avec des recueils de chansons et de multiples albums d’oiseaux, de plantes, de patrons à la mode nouvelle, par des livres d’éducation, de morale, d’anecdotes et de croquis fantaisistes ou d’après nature.

Hokusai a tout abordé, tout réussi. Il fut prolixe, varié, génial. Il accumula dessins sur dessins, estampes sur estampes, décrivant avec précision les travaux et les plaisirs de ses compatriotes, le peuple de la rue, celui des champs et de la mer. Il ouvre les portes des enceintes qui cachent de brillantes courtisanes, leurs soieries et broderies, le large nœud de ceinture étalé contre la poitrine et le ventre. Il épouvante l’observateur avec ses apparitions, ses imaginations fantastiques, les plus terribles et les plus émouvantes.

Pour comprendre l’art d’un peuple lointain, très particulier, il ne suffit pas d’apprendre, plus ou moins bien, sa langue, il faut avoir pénétré son âme, son goût, il faut s’être fait l’écolier docile de cette âme et de ce goût. Celui-ci est, avant tout, fondé sur l’amour, l’extase profonde que ressentirent les artistes à exprimer leur pays. Ils l’ont aimé passionnément ; ils ont chéri sa beauté, sa clarté, ils se sont ingéniés à reproduire sa vie par le cœur. Affection heureuse, travail incessant dont Hokusai est l’un des éminents représentants.

– Léon Hennique
L’Enfant herculéen Kintoki avec un ours et un aigle, vers 1790-1795.
Nishiki-e (gravure sur bois polychrome),
37,2 x 24,8 cm ( ō ban ).
Ostasiatische Kunstsammlung, Museum für
Asiatische Kunst, Staatliche Museen zu Berlin, Berlin.
Hokusai Vieil Homme, fou de dess in



Hokusai est né en 1760 à Edo, en octobre ou novembre, dans le quartier Honjo, proche de la rivière de la Sumida et de la campagne, un quartier affectionné par le peintre. Il signe même, pendant un temps, ses dessins : « le paysan de Katsushika », Katsushika étant le district de la province où se trouve le quartier Honjo. D’après le testament de sa petite fille, Shiraï Tati, il serait le troisième fils de Kawamura Itiroyemon – connu sous le nom de Bunsei – un artiste dont on ne connait pas la profession. Vers l’âge de quatre ans, Hokusai, dont le premier nom était Tokitarō, fut adopté par Nakajima Ise, fabricant de miroirs de la famille princière de Tokugawa.

Hokusai, encore enfant, entra comme commis chez un grand libraire d’Edo où, tout à la contemplation des livres illustrés, il remplit si paresseusement et si dédaigneusement son métier de commis, qu’il fut mis à la porte. Le feuilletage des livres illustrés du libraire et cette vie dans l’image, pendant de longs mois ont fait naître chez le jeune homme le goût et la passion du dessin.

Vers l773-1774, il travailla chez un graveur sur bois et, en 1775, sous le nom de Tetsuzō, il grava les six dernières feuilles d’un roman de Santchô. Le voilà graveur, jusqu’à l’âge de dix-huit ans.

En 1778, Hokusai, alors nommé Tetsuzō, abandonne son métier de graveur. Il ne consent plus à être l’interprète, le traducteur du talent d’un autre. Il est pris du désir d’inventer, de composer, de donner une forme personnelle à ses créations. Il a l’ambition de devenir peintre.

Il entre, à l’âge de dix-huit ans, dans l’atelier de Katsukawa Shunshō, où grâce à son talent naissant, on l’appelle Katsukawa Shunrō. Là, il peint des acteurs et des scènes de théâtre dans le style de Tsutzumi Torin et produit beaucoup de dessins sur des feuilles volantes, appelés kyoka surimonos . Shunshō, son maître, l’autorise à signer sous ce nom, ses compositions représentant une série d’acteurs, dans le format vertical des dessins de comédiens.

À ce moment-là, commence à apparaître chez le jeune Shunrō un rien du grand dessinateur que sera le grand Hokusai. Il continue à dessiner et à produire, jusqu’en 1786, avec persévérance et par un travail entêté, des compositions portant la signature de Katsukawa Shunrō ou, simplement, Shunrō.
Ushigafuchi à Kudan (Kudan Ushigafuchi), d ’ une série de paysages de l ’ ouest, vers 1800-1805.
Nishiki-e (gravure sur bois polychrome) , 18,3 x 24,4 cm
( ch ū ban ). Museum of Fine Arts, Boston.


En 1789, le jeune peintre a vingt-neuf ans, et une circonstance particulière le pousse à quitter l’atelier de Katsukawa. D’ailleurs, Hokusai gardera la manie de changer perpétuellement d’habitation et de ne jamais demeurer plus d’un ou deux mois dans le même endroit. Ce départ se passa dans les circonstances suivantes : Hokusai avait peint une affiche d’un marchand d’estampes. Le marchand en avait été si satisfait qu’il le fit richement encadrer et placer devant sa boutique. Un jour, un camarade d’atelier, d’une promotion plus ancienne que lui, passe devant la boutique. Il trouve l’affiche mauvaise et la déchire pour sauver l’honneur de l’atelier Shunshō. Une dispute s’ensuit entre l’ancien et le nouvel élève, à la suite de laquelle Hokusai quitte l’atelier avec la résolution de ne plus s’inspirer que de lui-même et de devenir un peintre indépendant des écoles qui l’ont précédé.

Dans ce pays où les artistes semblent changer de noms presque autant que d’habits, il abandonne la signature de Katsukawa pour prendre celle de Mugura, qui signifie buisson, en disant au public que le peintre portant ce nouveau nom n’appartenait à aucun atelier. Secouant complètement le joug du style de Katsukawa, les dessins signés Mugura sont plus libres et adoptent une optique personnelle.

Hokusai s’est marié deux fois, mais on ignore les noms de ses deux femmes. On ne sait pas non plus si la séparation avec chacune d’elles a été due à la mort ou au divorce. On a la certitude que le peintre vécut seul, à partir de cinquante-deux ou cinquante-trois ans. De sa première femme Hokusai avait eu un fils et deux filles. Le fils, Tominosuke, prit la succession de la maison du miroitier Nakajima Ise et mena une vie de désordres, causant mille ennuis à son père. Les filles sont Omiyo, qui devint la femme du peintre Yanagawa Shighenobu, morte quelque temps après son divorce et qui avait mis au monde un petit-fils qui fut une source de tribulations pour son grand-père, et Otetsu, douée d’un vrai talent de peintre, qui mourut très jeune.

De sa seconde femme, Hokusai eut également un fils et deux filles. Le fils, Akitiro, un petit fonctionnaire de Tokugawa, un peu poète, devenu le fils adoptif de Kase Sakijiuro, éleva le tombeau de Hokusai, dont il prit le nom. Le petit-fils d’Akitiro qui s’appelait Kase Tchojiro fut le camarade d’école de Hayashi, grand collectionneur d’œuvres d’art japonais. Les filles sont Onao, qui mourut dans son enfance et Oyei, qui se maria avec un peintre nommé Tomei, mais divorça et vécut avec son père jusqu’à sa mort. C’était un artiste, qui fit l’illustration d’ Onna Chohoki, un livre d’éducation pour les femmes, traitant de la civilité. Hokusai avait deux frères aînés et une sœur cadette, tous morts dans leur jeunesse.

Sa vie fut semée d’embûches. Ainsi, vers la fin de l’année 1834, de graves ennuis survinrent dans la vie du vieux peintre. Hokusai avait marié sa fille Omiyo, qu’il avait eue de sa première femme, avec le peintre Yanagawa Shighenobu. Du mariage naquit un véritable vaurien, dont les escroqueries, toujours payées par Hokusai, furent une des causes de sa misère pendant ses dernières années. Il est vraisemblable que, par suite d’engagements pris par le grand-père pour empêcher son petit-fils d’aller en prison, engagements qu’il ne put tenir, il se trouva obligé de quitter Edo en cachette, de se réfugier à plus de trente lieues de là dans la province de Sagami, dans la ville d’Uraga, cachant son nom d’artiste sous le nom vulgaire de Miuraya Hatiyemon . Même de retour à Edo, il n’osait, dans les premiers temps, donner son adresse et se fit dénommer du nom du « prêtre-peintre », qui avait emménagé dans la cour du temple Mei-o-in, au milieu d’un petit bois.
Sept Dieux de la fortune, 1810.
Encre, couleur et or sur soie,
67,5 x 82,5 cm . Museo d ’ Arte
Orientale - Edoardo Chiossone, Gênes.
Toilette d’été, vers 1808-1809.
Encre noire, couleur, gofun et nori sur soie,
86,2 x 32,5 cm . Collection Sumisho, Tokyo.


De cet exil, qui dura de 1834 à 1839, il reste quelques lettres intéressantes du peintre à ses éditeurs. Ces lettres témoignent des tribulations causées au vieil homme par les coquineries de son petit-fils, du dénuement du grand artiste se plaignant, par un rude hiver de n’avoir qu’une seule robe pour tenir chaud à son corps de septuagénaire.

Ces lettres dévoilent ses tentatives pour attendrir des éditeurs par la mélancolique exposition de ses misères illustrées de gentils croquis, dévoilent quelques-unes de ses idées sur la traduction de ses dessins par la gravure et initient à la langue trivialement imagée avec laquelle il arrivait à faire comprendre aux ouvriers chargés du tirage de ses impressions, le moyen d’obtenir des tirages artistiques.

L’année 1839, qui suivit trois années de mauvaises récoltes de riz, fut une année de disette, pendant laquelle les Japonais restreignant leurs dépenses n’achetaient plus d’images et où les éditeurs se refusaient à faire les frais de la publication d’un livre ou d’une planche séparée. Pendant cette grève des éditeurs, Hokusai comptant sur la popularité de son nom, eut l’idée de composer des albums au « bout du pinceau » et il gagna à peu près de quoi vivre de la vente de ses dessins originaux vendus, sans doute, très bon marché.

C’est en 1839 que Hokusai revint à Edo, après quatre années d’exil à Uraga. Mais ce fut encore une année difficile pour l’artiste. À peine s’était-il logé, établi de nouveau dans le quartier Honjo, le quartier campagnard qu’aimait le peintre, qu’un incendie brûla sa maison ; il détruisit un grand nombre de ses dessins, esquisses et croquis et le peintre n’emporta avec lui que son pinceau.

À l’âge de soixante-huit ou soixante-neuf ans, Hokusai eut une attaque d’apoplexie, dont il se sortit en se traitant par la « pâtée de citron », un remède de la médecine japonaise, dont la composition fut donnée par le peintre à son ami Tosaki, avec, dans la marge de l’ordonnance, des croquis de la main du peintre représentant le citron, le couteau à couper le citron et la marmite. Voici la composition de cette « pâtée de citron » :

« Avant que vingt-quatre heures japonaises (quarante-huit heures) se soient écoulées depuis l ’ attaque, prenez un citron, découpez-le en petits morceaux, avec un couteau de bambou et non pas de fer ou de cuivre. Mettez le citron, ainsi découpé, dans une marmite de terre. Ajoutez-y un go (un quart de litre) de saké extra bon et laissez cuire au petit feu jusqu ’ à ce que le mélange devienne épais. Alors, il faut avaler, en deux fois, la pâtée de citron dont on a retiré les pépins, dans de l ’ eau chaude, l ’ effet médical se produit au bout de vingt-quatre ou trente heures. »

Ce remède avait complètement guéri Hokusai et semble l’avoir mené jusqu’en 1849, où il tomba malade, dans une maison d’Asakusa, le quatre-vingt-treizième logis de cette existence vagabonde, d’une habitation à l’autre. C’est alors, sans doute, qu’il écrivit à son vieil ami Takaghi cette lettre ironiquement allusive :

« Le roi Yemma est bien vieux et s ’ apprête à se retirer des affaires. Il s ’ est fait construire, dans ce but, une jolie maison à la campagne et il me demande d ’ aller lui peindre un kakemono. Je suis donc obligé de partir et, quand je partirai, je prendrai mes dessins avec moi. J ’ irai louer un appartement au coin de la rue d ’ enfer, où je serai heureux de vous recevoir, quand vous aurez l ’ occasion de passer par là. Hokusai. »

Au moment de sa dernière maladie, Hokusai reçut les soins de sa fille Oyei, et fut entouré de l’affection filiale de ses élèves. La pensée du mourant « fou de dessin », toujours toute à l’ajournement que le peintre sollicitait de la mort pour le perfectionnement de son talent, lui faisait répéter d’une voix qui n’était plus qu’un soupir : « si le ciel me donnait encore dix ans… ». Là, Hokusai s’interrompait, et après un silence : « si le ciel me donnait seulement encore cinq ans de vie… je pourrais devenir un vrai grand peintre ».

Hokusai mourut à l’âge de quatre-vingt-dix ans, le dix-huitième jour du quatrième mois de la deuxième année de Kayei (le 18 avril ou 10 mai 1849). La poésie de la dernière heure, qu’il laissa en mourant est presque intraduisible : « Oh ! La liberté, la belle liberté, quand on va aux champs d’été pour y laisser son corps périssable » !

Le style appelé Hokusai-riu est le style de la vraie peinture ukiyo-e , la peinture naturiste, et Hokusai est le vrai et le seul fondateur d’une peinture qui, prenant ses assises dans la peinture chinoise, est la peinture de l’école japonaise moderne. Hokusai a victorieusement enlevé la peinture de son pays aux influences persanes et chinoises par une étude pour ainsi dire religieuse de la nature, l’a rajeunie, l’a renouvelée, l’a faite vraiment toute japonaise.

C’est aussi un peintre universel qui, avec le dessin le plus vivant, a reproduit l’homme, la femme, l’oiseau, le poisson, l’arbre, la fleur et le brin d’herbe. Il aurait exécuté trente mille dessins ou peintures. Il est aussi le vrai créateur de l’ ukiyo-e, le fondateur de « l’école vulgaire » , c’est-à-dire qu’il ne se contenta pas, à l’imitation des peintres académiques de l’école de Tosa, de représenter, d’une manière précieuse, les fastes de la cour, la vie officielle des hauts dignitaires, l’artificiel pompeux des existences aristocratiques ; il a fait entrer, dans son œuvre, l’humanité entière de son pays, dans une réalité échappant aux exigences nobles de la peinture japonaise traditionnelle. Il fut passionné par son art, jusqu’à la folie et signa parfois ses productions : « fou de dessin ».
Le Héros semi-légendaire Asahina Saburō, vers 1797.
Nishiki-e (gravure sur bois polychrome),
10,4 x 18,5 cm ( koban ). Freer Gallery of Art,
Smithsonian Institution, Washington, D.C.
Scène nocturne, vers 1798.
Surimono, nishiki-e (gravure sur bois polychrome).
Bibliothèque nationale de France, Paris.
Asters et herbe Susuki, vers 1805.
Surimono , nishiki-e (gravure sur bois polychrome),
41,1 x 55,8 cm . Chester Beatty Library, Dublin.


Pourtant, ce peintre – en dehors du culte que lui ont voué ses élèves – a été considéré par ses contemporains comme un amuseur de la canaille, un bas artiste aux productions indignes d’être regardées par les sérieux hommes de goût de l’empire du soleil levant. Hokusai n’a pas rencontré auprès du public la vénération accordée aux grands peintres du Japon, parce qu’il s’est consacré à la représentation de la « vie vulgaire », mais que, s’il avait pris la succession des écoles artistiques de Kano et de Tosa, il aurait certainement dépassé les Okiyo et les Buncho. Ironiquement, ce fut le fait que Hokusai soit l’un des artistes les plus originaux, qui l’a empêché de jouir de la gloire méritée pendant sa vie.

Pendant l’ère Kansei (1789-1800), Hokusai écrit de nombreux contes et romans pour les femmes et les enfants, des romans dans lesquels il fait lui-même des illustrations, romans où il signe comme écrivain Tokitarō-Kakō et, comme peintre, Gakiōjin-Hokusai. Ce fut grâce à ses coups de pinceau spirituels et précis que les contes populaires et les romans commencèrent à être connus du public. Il fut aussi un excellent poète de poésie haiku (poésie populaire). N’ayant pas eu assez de temps pour transmettre toutes ses méthodes de peinture à ses élèves, il en fit graver des volumes qui, plus tard, obtinrent beaucoup de succès.

Pendant l’ère Tenpō (1830-1843), Hokusai publia, en nombre immense, des nishiki-e, des impressions en couleur et des dessins d’amour ou images obscènes, dites shungas , d’une coloration admirable, qu’il signait toujours du pseudonyme de Gummatei. Il fut également très habile dans la peinture dite kioku-ye , peinture de fantaisie, faite avec des objets ou des services de table trempés dans l’encre de Chine, tels qu’une boîte servant de mesure de capacité, des œufs ou des bouteilles. Il peignait aussi admirablement bien avec la main gauche, ou bien de bas en haut. Sa peinture exécutée avec les ongles de ses doigts est particulièrement étonnante et il fallait être témoin du travail de l’artiste, sans quoi on pouvait prendre ses peintures à l’ongle pour des peintures faites avec des pinceaux.

Son œuvre a eu la bonne fortune, non seulement d’exciter l’admiration de ses confrères peintres, mais encore de séduire le grand public, tant il était d’une nouveauté particulière. Ses productions furent très recherchées par les étrangers et il y eut même une année où on exporta ses dessins et ses gravures par centaines, mais presque aussitôt cette exportation fut interdite par le gouvernement de Tokugawa.

Une anecdote témoigne de cette renommée. En effet, en cette fin de XVIII e siècle, le talent de Hokusai n’a pas seulement fait sa popularité chez ses compatriotes, il était aussi apprécié des Hollandais. L’un d’eux, que l’on croit être le capitaine Isbert Hemmel, eut l’intelligente idée de rapporter en Europe deux rouleaux faits par le pinceau de l’illustre maître. Ils représentent, le premier, tous les épisodes de l’existence d’un Japonais depuis sa naissance jusqu’à sa mort et, le second, tous les épisodes de l’existence d’une Japonaise, également de sa naissance à sa mort. Hokusai reçut, d’un médecin hollandais, une commande de deux rouleaux et deux autres d’un capitaine.

Le prix, convenu entre les acheteurs et l’artiste, était de cent cinquante ry ō s d’or. Hokusai apporta tous ses soins et sa science à la confection des quatre rouleaux. Ils furent terminés au moment du départ des Hollandais. Hokusai continua de vendre un certain nombre de dessins aux Hollandais, jusqu’au jour où il lui fut interdit de livrer aux étrangers les détails de la vie intime des Japonais. Les trois cents ry ō s d’or versés à Hokusai par le capitaine hollandais, Isbert Hemmel, pour les quatre makimonos sur la vie japonaise, sont certainement le paiement le plus élevé qu’ait jamais obtenu le peintre pour ses œuvres. En effet, ses dessins pour l’illustration des livres – le revenu principal de l’artiste – étaient misérablement rétribués par les éditeurs, même au moment où l’artiste jouissait de toute sa célébrité.

On en veut pour preuve, ce fragment d’une lettre adressée en 1836, depuis Uraga, à l’éditeur Kobayashi : « Je vous envoie trois feuilles et demie des Poésies de l ’ époque des Tang . Sur quarante-deux mommés, que j’ai à toucher, retranchez un mommé et demi que je vous dois, veuillez remettre le reste, soit quarante mommés et demi, au porteur de la lettre ». Mais, cette histoire montre aussi l’état de grande pauvreté dans lequel vécut l’artiste, jusque dans son grand âge. Ainsi, on sait aussi que Hokusai empruntait de misérables sommes pour le paiement des choses de la vie quotidienne, auprès des fruitiers et des marchands de poissons. Ainsi, une demande faite par le peintre à un éditeur pour un emprunt d’un ry ō le priant de lui payer ces vingt-cinq francs dans la plus petite monnaie possible, afin de solder ses infimes dettes auprès des fournisseurs de son quartier. En témoigne aussi une autre lettre, où Hokusai se plaint de n’avoir qu’une robe pour défendre son vieux corps de soixante-seize ans contre le froid d’un hiver rigoureux. L’artiste vécut, toute sa vie, dans une misère noire, du fait des prix bas payés au Japon par les éditeurs aux artistes, du fait de son indépendance d’esprit, au nom de laquelle il n’acceptait que le travail qui lui plaisait. Du reste, il tirait une espèce de vanité de cette pauvreté.

Onoe Baiko, un grand acteur de l’époque, reconnaissant le talent tout particulier de Hokusai pour inventer des revenants, s’adressa à l’imagination du peintre pour dessiner un être de l’autre monde devant servir à la figuration d’un personnage d’une scène de théâtre. L’acteur invita le peintre à venir le voir, ce que Hokusai se garda de faire. L’acteur se décida alors à lui rendre visite. Il trouva l’atelier si sale, qu’il n’osa pas s’asseoir par terre. Il fit apporter sa couverture de voyage, sur laquelle il salua Hokusai. Le peintre, froissé, ne se retourna pas, continua à dessiner et l’illustre Baiko, mécontent, se retira. Mais, il tenait tellement à son dessin qu’il eut la « faiblesse » de faire des excuses à Hokusai pour l’obtenir.

À la même époque, Hokusai reçut la visite d’un fournisseur du shogun qui venait lui demander un dessin. On ne sait pas ce qui déplut à Hokusai, mais on sait, en revanche, que le peintre prit des poux sur sa robe et les jeta brutalement sur le visiteur, disant, qu’étant très occupé, il n’était pas disponible pour lui. Le visiteur se résigna à attendre et obtint le dessin qu’il désirait. Mais, ce dernier avait à peine franchi la porte, que Hokusai, lui courant après, lui cria d’une voix railleuse, « Ne manquez pas, si l’on vous demande comment est mon atelier, de dire qu’il est très beau ! Très propre ! ».
Femmes luttant contre le vent, de l ’ album Kyōka, Les Oiseaux de la capitale (Miyakodori), vers 1802.
Nishiki-e (gravure sur bois polychrome),
22,8 x 34,8 cm . Art Institute of Chicago, Chicago.
Le Mont Fuji derrière des cerisiers en fleurs, vers 1800-1805.
Surimono , nishiki-e (gravure sur bois polychrome),
20,1 x 55,4 cm . Rijksmuseum, Amsterdam.
Courtisane se reposant, vers 1802.
Encre noire, encre colorée et gofun sur papier,
29,2 x 44,8 cm . Collection Peter et Diana Grilli.


La même fantaisie s’exprime dans son Œuvre. En 1804, Hokusai réalise, sous forme d’improvisation publique, une peinture de grand format d’un Dharma. Cet évènement fit grand bruit et piqua la curiosité du shogun de Tokugawa, qui eut envie de voir le maître travailler, alors même que, sous les Tokugawa et, jusqu’à ce jour, aucun homme du peuple ne pouvait se présenter devant le shogun. Donc, un jour d’automne, au retour d’une chasse au faucon, le shogun le fit appeler et s’amusa à lui voir exécuter des dessins. Soudain, Hokusai, couvrant la moitié d’une immense bande de papier d’indigo, fit courir dessus des coqs aux pattes plongées dans de la couleur pourpre. Le prince, étonné, eut l’illusion de voir la rivière Tatsuta, avec ses rapides charriant dans leurs eaux des feuilles pourpres d’érables.

En 1817, pendant un voyage de Hokusai à Nagoya, le peintre reçut la commande de nombreuses illustrations de livres. Comme ses élèves vantaient l’exactitude de la représentation des êtres et des choses de ses dessins, notamment ceux de petit format, les adversaires de la « peinture vulgaire » leur rétorquèrent que les petites choses que produisait le pinceau de Hokusai étaient de l’artisanat et n’appartenaient pas à l’art. Ces propos blessèrent Hokusai et lui firent dire que, si le talent du peintre consistait dans la grande dimension de ses touches et de son œuvre, il était prêt à étonner ses adversaires.

C’est alors que son élève, Bokusen, et ses amis lui vinrent en aide pour exécuter, en public, une formidable peinture, un Dharma d’une bien autre proportion que celui déjà peint en 1804. Sa réalisation eut lieu le cinquième jour du dixième mois de l’année, devant le temple de Nishig-hakejo. La biographie japonaise de Hokusai le relate, d’après un récit en dessins de Yenko-an, un ami du peintre. Au milieu de la cour du nord du temple, défendue par une palissade, est déployé un papier, ayant plusieurs fois l’épaisseur du papier classique. Sur ce morceau de papier, Hokusai doit peindre une superficie équivalente à celle de cent vingt nattes. Sachant que la natte japonaise mesure quatre-vingt-dix centimètres de largeur sur cent quatre-vingt centimètres de hauteur, cela donne à l’artiste un champ de peinture de cent quatre-vingt-quatorze mètres de long !

Pour que le papier reste tendu, un lit de paille de riz très épais avait été confectionné et, de point en point, des morceaux de bois avaient été disposés, servant de presse et empêchant le vent de soulever le papier. Un échafaudage avait été monté, contre la salle du conseil, face au public. En haut de cet échafaudage, des poulies étaient attachées à des cordes, afin de soulever l’immense dessin, fixé à un madrier de bois gigantesque. Des pinceaux de grande dimension avaient été préparés, le plus petit étant de la grosseur d’un balai. L’encre de Chine était gardée dans des cuves énormes, pour être ensuite transvasée dans un tonneau. Ces préparatifs occupèrent toute la matinée et, dès les premières lueurs du jour, une foule de nobles, de manants, de femmes, de vieillards et d’enfants se pressa dans la cour du temple pour voir exécuter le dessin.
Suehirogari, 1797-1798.
Nishiki-e (gravure sur bois polychrome),
20,7 x 31,9 cm . Library of Congress,
Washington, D.C.
Singe, 1848.
Encre, couleur et gofun sur soie,
27,7 x 42 cm . Collection privée.


Dans l’après-midi, Hokusai et ses élèves, dans une tenue demi cérémonieuse, les jambes et les bras nus, se mirent à l’œuvre, les élèves puisant l’encre dans le tonneau, la mettant dans un bassin de bronze et accompagnant le peintre peignant, dans ses déplacements sur la feuille géante. Hokusai prit d’abord un pinceau de la grosseur d’une botte de foin. Après l’avoir trempé dans l’encre, il dessina le nez, puis l’œil gauche du Dharma. Il fit plusieurs enjambées et dessina la bouche et l’oreille. Après, il courut tracer la ligne de la configuration du crâne. Cela fait, il exécuta les cheveux et la barbe, prenant pour les dégrader un autre pinceau, en filaments de coco, qu’il trempa dans une encre de Chine plus claire.

À ce moment, ses élèves apportèrent, sur un immense plateau, un pinceau fait de sacs de riz, imbibé d’encre. À ce pinceau, était attachée une corde. Le pinceau fut posé à l’endroit indiqué par Hokusai. Celui-ci attacha la corde à son cou et traîna de la sorte le pinceau, à petits pas, pour faire les traits épais de la robe du Dharma.

Quand les traits furent achevés, il fallut mettre le rouge à la robe. Certains élèves prirent la couleur dans des seaux et la jetèrent avec des pelles, tandis que d’autres pompaient, à l’aide de linges mouillés, la couleur en excès. Ce ne fut qu’à la tombée de la nuit que le Dharma fut terminé. On le souleva, au moyen de poulies, mais il resta une partie du papier, qui traîna au milieu de la foule qui, selon l’expression japonaise, ressemblait à une « armée de fourmis autour d’un morceau de gâteau ». Ce ne fut que le lendemain, qu’on parvint à surélever suffisamment l’échafaudage pour accrocher toute la peinture en l’air. Cette séance fit éclater le nom de Hokusai comme un « coup de tonnerre ». Pendant quelques temps, on vit partout dans la ville des Dharmas, ce saint qui s’était imposé la privation du sommeil.

La légende raconte, qu’indigné de s’être endormi, une nuit, il se coupa les paupières. Il les jeta loin, comme de misérables pécheresses. Par suite d’un miracle, ces paupières prirent racine où elles étaient tombées et un arbrisseau de thé poussa, donnant la boisson parfumée qui chasse le sommeil. Plus tard, il peignit, à Honjo, un cheval colossal. Plus tard encore, à Ryogoku, il réalisa un hôtel géant, qu’il signa « Kintaïsga Hokusai » : « Hokusai de la maison au sac de brocart », par allusion au sac de toile qui est l’accessoire d’un dieu.

Le jour où il peignit le cheval de la taille d’un éléphant, on raconte qu’il posa son pinceau sur un grain de riz et, quand on examina ce grain de riz à la loupe, on eut l’illusion de voir, dans la tâche microscopique du pinceau, le vol de deux moineaux. Le plus grand honneur que cet artiste obtint, durant sa vie, fut que sa célébrité parvint jusqu’à la cour de Tokugawa et qu’il put étaler son talent, sans rival, devant le grand prince.

Les changements de noms et de signatures sont courants dans la vie d’un peintre japonais. Mais, chez Hokusai, ces changements sont plus fréquents que chez tout autre peintre du Japon. Ces changements de noms ont tous une histoire. Ainsi, le maître légua-t-il à un moment, sa signature de Hokusai à un de ses élèves, qui tenait un restaurant dans le Yoshiwara, le quartier des maisons publiques. Celui-ci peignait dans son établissement des peintures de seize ken (vingt-neuf mètres), chaque fois que Hokusai faisait l’ouverture de réunions d’artistes pour l’adoption de nouvelles signatures.
Jeune Coq, de l ’ album de Croquis d’Hokusai et ses disciples, XIX e siècle.
Encre sur papier, 27,1 x 39,1 cm .
The Metropolitan Museum of Art, New York.
Fille du village d’Ohara (Oharame), vers 1799.
Surimono , nishiki-e (gravure sur bois polychrome),
18,7 x 10,5 cm . Library of Congress, Washington, D.C.
Les Albums de poésie Poèmes fous



Les œuvres de Hokusai sont d’une diversité et d’un nombre étourdissants, inscrites dans la tradition japonaise, bien sûr, mais que le maître s’est appropriée et a remodelée de sa main. La peinture japonaise prend traditionnellement trois grandes formes : le kakemono ou le makimono , l’éventail et le dessin pour la gravure, qui a l’apparence d’un dessin de graveur, fait par le maître pour la taille de la gravure sur bois. Le dessin lui-même, est toujours à l’encre de Chine, le peintre n’essayant ses colorations que sur quelques épreuves tirées en noir pour lui et ses amis. Les kakemonos sont des œuvres de grand format, destinées à être pendues aux murs ; les makimonos sont, eux, des œuvres de petit format faites pour être prises dans une main ; les surimonos , enfin, sont des versions luxueuses d’estampes.

Toutes ces œuvres sont exécutées selon une technique d’impression, complexe, élaborée et améliorée au fil de l’histoire de l’estampe japonaise, brillamment utilisée par les artistes de l’ ukiyo-e , qui en portent la beauté et le raffinement à son paroxysme. À partir de la deuxième moitié du XVIII e siècle, les techniques permettent la production de ces épreuves en couleur.

L’œuvre de Hokusai se compose d’écrits (textes et poésies) et, surtout, de réalisations picturales sous différentes formes : kakemonos , makimonos , surimonos et illustrations de livres et albums, imprimés en noir ou en couleurs, dont celles, fameuses, de livres érotiques ( shungas ).


Les Surimonos

Les surimonos sont des estampes luxueuses, réalisées de façon très soignée : papiers de grande qualité, pigments exceptionnels, avec souvent des rehauts d’or et d’argent, des parties en relief, des gaufrages, et une grande finesse de la gravure. Tout défaut au tirage était sanctionné par la destruction. Leur prix de vente était très élevé. Les surimonos, spécialement commandés aux éditeurs ou aux dessinateurs étaient des « tirages privés », de peu d’exemplaires ; ils étaient destinés soit à être offerts en certaines occasions (fêtes, nouvel an, félicitations pour un mariage, hommage à un acteur célèbre), soit à des clubs de poètes, amateurs d’estampes.

Les surimonos sont généralement de format réduit, shikishiban (environ 26 x 23 cm), parfois plus petit (15 x 10 cm), mais il existe des grandes pièces. En général, un ou plusieurs poèmes figurent sur les surimonos ; ils illustrent la scène et en donnent la signification profonde et leur graphisme participe à la beauté et à l’équilibre du dessin. Les sujets sont plus variés que dans l’estampe « traditionnelle ». Ces impressions ne sont pas faites pour le commerce. Ce sont parfois des cartes du jour de l’an, que l’on offrait à des amis ou des programmes de concert ; elles commémorent parfois une fête en l’honneur d’un lettré ou d’un artiste, mort ou vivant. Ce sont ces impressions moelleuses, où la couleur et le dessin semblent tendrement bus par la soie du papier japonais. Ce sont des images à la tonalité joliment adoucie, délavée, aux colorations semblables aux nuages a peine teintés que produit le pinceau chargé de couleur dans l’eau d’un verre.

Ces images se caractérisent par le soyeux du papier, la qualité des couleurs, le soin du tirage et des rehauts d’or et d’argent et par le gaufrage, qui est obtenu par le poids du coude nu de l’ouvrier sur le papier. Ces gravures, si typiquement japonaises, forment une grande partie de l’œuvre de Hokusai.

Le premier surimono de Hokusai qui soit connu date de 1793. Il est signé : « Mugura Shunrō ». Il représente un jeune marchand d’eau fraîche, assis sur le bâton qui lui sert à porter ses deux barillets, à côté, se trouvent des pots de sucre, des bols de porcelaine et des bols de métal. Ce surimono porte, au dos, le programme d’un concert organisé au mois de juillet, pour faire connaître un musicien sous son nouveau nom d’artiste et il est accompagné des noms des exécutants et de l’invitation suivante :

« Malgré la grande chaleur, j ’ espère que vous êtes en bonne santé. Je vous informe que mon nom a changé et que, pour célébrer ce changement, le quatrième jour du mois prochain, j ’ organise un concert chez Kiôya de Ryogoku, avec le concours de tous mes élèves, un concert de dix heures du matin jusqu ’ à quatre heures du soir et, qu ’ il fasse beau ou qu ’ il pleuve, je compte sur l ’ honneur de votre visite. Tokiwazu Mozitayu. »

En 1794, Hokusai peint quelques petites feuilles pour le jour de l’an, de la grandeur de nos cartes à jouer. En 1795, l’artiste réalise des surimonos de femmes, mêlés à des surimonos d’objets intimes, comme celui qui montre une serviette brodée, un sac de son et un parapluie, accrochés à une grille. Ces objets indiquent que la maîtresse de maison vient de prendre un bain. Ces surimonos sont signés Hishikawa Sōri, ou simplement Sōri.

En 1796, Hokusai peint un assez grand nombre de surimonos . Les plus remarquables sont ceux représentant, sur deux longues bandes, une réunion d’hommes et de femmes sur des « tables-lits », aux pieds plongeant dans la rivière, sur lesquelles on prend le frais, le soir.

On trouve, en 1797, des surimonos reproduisant des objets de la vie quotidienne, comme des enveloppes de paquets de parfums avec une branche fleurie de prunier. Sur l’un d’entre eux, une femme se moque du kami (l’esprit) Fokoroku, auquel elle a mis une cocotte en papier sur la tête. Un autre représente un bateau, dans lequel se tient un montreur de singe.

L’artiste réalise aussi une série de surimonos teintés d’ironie contre les dieux, sur papier jaune, avec des sujets colorés en violet et en vert. Cette année est placée sous le signe du serpent dans l’almanach japonais, ce qui explique un joli petit surimono qui représente une femme que la vue d’un serpent fait tomber sur le dos, une jambe en l’air. Enfin, on trouve des bandes de grands surimonos , où l’on voit des femmes se promener dans la campagne.
Trois Femmes à la fontaine, vers 1795-1796.
Surimono , nishiki-e (gravure sur bois polychrome),
19 x 35,7 cm ( koban ). Chester Beatty Library, Dublin.
Collection de surimonos sur des poèmes fantasques, vers 1794-1796.

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