Ilya Répine
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Description

Ilya Répine (1844 Chuguyev –1930 Kuokkala)
Ilya Répine était le plus doué du groupe que l'on appelait en Russie «Les Ambulants ». Dès l'âge de douze ans, il entre à l'atelier d'Ivan Bounakov pour apprendre le métier de peintre d'icônes. La représentation religieuse restera très importante pour lui. Il étudie ensuite à l'Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg de 1864 à 1873 sous l'enseignement de Kramskoï. Il étudie deux ans à Paris où il sera fortement influencé par la peinture en plein air, mais sans pour autant devenir impressionniste, style qu'il jugeait un peu trop éloigné de la réalité. Épris de culture picturale française, il s'efforça de comprendre le rôle de celle-ci dans l'évolution de l'art contemporain. Entre 1874 et 1875, il expose au Salon de Paris et
participe à la Société des expositions artistiques ambulantes à Saint-Pétersbourg.Un an plus tard, il obtient le grade d'académicien.
La plupart des oeuvres puissantes de Répine traitent des conflits sociaux dans la Russie du XIXe siècle. Il assit sa réputation en 1873 grâce à son célèbre tableau Les Bateliers de la Volga, symbole du peuple russe opprimé traînant ses chaînes. Cette lutte contre l'autocratie a inspiré bon nombre de ses oeuvres parmi lesquelles Confession et L'Arrestation du Propagandiste ou Ils ne l'attendaient pas. Il représenta également l'histoire officielle de la Russie dans des oeuvres telles que Ivan le Terrible et son fils. Considéré comme un des maîtres de la peinture réaliste, il s'est attaché à exprimer la vie de ses contemporains : écrivains, artistes, intellectuels les plus en vue de Russie, paysans en plein travail, croyants en procession, révolutionnaires sur les barricades. On compte également beaucoup de portraits de ses proches : Tosltoï, Gay. Il comprend parfaitement les peines du peuple, les besoins et les joies de la vie populaire, Kramskoï dira à ce propos : «Répine possède le don de représenter le paysan tel qu'il est. Je connais beaucoup de peintres qui représentent le moujik, et ils le font bien, mais aucun ne sait le faire avec autant de talent que Répine. » Ses tableaux, qui s'éloignent des contraintes académiques de ses prédécesseurs, sont délicats et offrent une plasticité puissante. Même dans ses natures mortes, il a atteint une maîtrise supérieure, trouvé de nouveaux accents pour transcrire la vibration colorée et brillante des aspects sensibles.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 17 janvier 2012
Nombre de lectures 2
EAN13 9781783102563
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Auteurs : Grigori Sternine et Elena Kirillina

Mise en page :
Baseline Co. Ltd
61A-63A Vo Van Tan Street
4 ème étage
District 3, Hô Chi Minh-Ville
Vietnam

© Confidential Concepts, worldwide, USA
© Parkstone Press International, New York, USA

Tous droits d’adaptation et de reproduction, réservés pour tous pays.
Sauf mentions contraires, le copyright des œuvres reproduites appartient aux photographes, aux artistes qui en sont les auteurs ou à leurs ayants droit. En dépit de nos recherches, il nous a été impossible d’établir les droits d’auteur dans certains cas. En cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la maison d’édition.

ISBN : 978-1-78310-256-3
Grigori Sternine et Elena Kirillina





Ilya Répine

Sommaire


Introduction
Le Monde poétique de Répine
Portrait de Vera Chevtsova
Les Compositeurs slaves
Sadko dans le royaume sous-marin
La Tsarevna Sofia Alexe ï ena au couvent de Novodievitchi pendant l ’ execution des Streltsy et la torture de ses serviteurs en 1698
Portrait du peintre Arkhip Ivanovitch Kuindzhi
Portrait du chirurgien Nikola ï Ivanovitch Pirogov
Portrait de Nadia R é pina, fille de l ’ artiste
Libellule. Portrait de Vera R é pine, fille de l ’ artiste
Portrait de Youri R é pine, fils de l ’ artiste
Portrait du compositeur Modeste Moussorgski
Portrait de Pavel Tr é tiakov, fondateur de la galerie d ’É tat Tr é tiakov
Portrait de l ’ actrice Pelage ï a Strepetova
Portrait de Dimitri Mendele ï ev
Portrait du peintre Grigori Grigorievitch Miasso ï edov
L é on Tolsto ï labourant
Portrait d ’ Anton Rubinstein
Religieuse
Portrait de Sofia Dragomirova
Portrait de Varwara Ivanova Iskul von Hildenbrandt
Retour inattendu
Don Juan et Donna Anna
Portrait de K. Pobedonostsev ( é tude pour La S é ance solennelle du Conseil d ’É tat)
Portrait du neurologue Vladimir Bekhterev
Portrait de l ’é crivain Leonid Andre ï ev sur un bateau de plaisance
Autoportrait
Ses fiuvres
Biographie
Liste des illustrations
Notes
Autoportrait, 1878.
Huile sur toile, 69,5 x 49,6 cm .
Musée d’État Russe, Saint-Pétersbourg.
Introduction



Malgré son riche don pour l’imagination, un sens poignant de la réalité revient de droit au peuple russe. Ces voyageurs impatients qui partirent de la Galicie et du nord de la rivière Dniepr, qui fondèrent Kiev, Novgorod la Grande et Moscou, et s’installèrent dans le bassin fertile de la Volga, n’étaient pas des théoriciens. Les marchands intrépides qui, à tour de rôle, poussèrent au delà de l’Oural et pénétrèrent les forêts silencieuses et les marais glacés de Sibérie n’étaient pas conduits par des idées abstraites, ni par la frénésie pieuse des Croisés, par exemple, mais par de simples raisons de pression raciale. En bref, dès le début, les Russes ont dû faire face aux conditions les plus extrêmes, venant de l’extérieur comme de l’intérieur. Ils ont toujours été asservis et victimes. Bientôt envahi par les impitoyables hordes de Huns de Gengis Khan, et stérilisé par les rituels des prêtres byzantins, le véritable esprit slave n’a eu que peu de latitude pour un développement autonome.

Quand finalement le joug mongol fut brisé par le Grand Prince Vladimir, la situation resta peu ou prou la même qu’avant. L’oppression continua, seulement au lieu de provenir de l’extérieur, elle provenait de l’intérieur. Le peuple ne payait plus de tribut au khan ; il s’inclinait désormais devant le tsar, une créature presque autant asiatique et autocratique. En fait, jusqu’au début du XX e siècle, les problèmes ont continué sans réelle atténuation. Bien qu’il y ait eu tout autant de tsars libéraux que de tyrans démoniaques sur le trône impérial, les progrès sont restés discutables et intermittents. La bienfaisante humanité d’Alexandre II fut suivie par la drastique politique réactionnaire de Von Plehve et Pobiedonostsev. Chaque pas en avant semblait être compensé par un pas en arrière d’égale importance. Le lancier tatar ouvrit la voie au cosaque avec son knout. Et la bannière bleue de Gengis Khan fut remplacée par le badge rouge de la révolution et un retour aux plus sinistres formes de despotisme.

De toutes les époques d’évolution spirituelle en Russie, la plus inspirante du point de vue du nationalisme est celle des mémorables années qui suivirent la libération des serfs en 1861. C’est à ce moment que le grand et passionné écrivain Tchernyshevski, passant d’une abstraction teutonique à l’actuelle Russie, prononça l’assertion « Le Beau, c’est la Vie. » , et c’était également en ce temps que naquit l’organisation aspirante connue sous le nom de Zemlya i Volya (Territoire et Liberté). L’atmosphère était chargée d’espoir et d’excitation anticipée. Les brillantes idées de progrès pénétrèrent toutes les classes de la société. De tous les côtés, on découvrait les signes d’une régénération, d’un large éveil social et politique. Dans le développement, comparativement tardif, de l’expression culturelle contemporaine en Russie, la littérature et le théâtre précédèrent les arts graphiques et plastiques. Pendant de longues années, le peintre fut écrasé sous le formalisme archaïque et les précédents académiques stériles.
Sur le Banc de gazon, 1876.
Huile sur toile, 36 x 56 cm .
Musée d’État Russe, Saint-Pétersbourg.
Paysage estival de la province de Koursk, 1881. Ètude pour le tableau Procession religieuse dans la province de Koursk, 1880-1883.
Huile sur carton, 14 x 20 cm .
Galerie d’État Trétiakov, Moscou.


Tout comme dans n’importe quelle société humaine, toute initiative saine et spontanée était réprimée par les influences étrangères, dans l’ensemble, artificielles. Bien que tout le monde sache que Gogol a tracé le sillon aux maîtres du genre domestique comme Sternberg, Fedotov et Perov, et que Tourgueniev était parmi les premiers à apprécier la beauté élégiaque du paysage indigène russe, cela importe peu de savoir qui vint en premier, et qui suivit. L’élément clé est que, depuis cette période, chaque artiste s’efforce de dépeindre avec une fidélité croissante, non seulement la physionomie réelle du pays lui-même, mais également cette confuse et incitative équation humaine qui se tient juste à portée de main, attendant d’être comprise et interprétée.
Maisons de paysans en Ukraine, 1880.
Huile sur toile, 34,3 x 52,5 cm .
Musée d’art russe, Kiev.


Avec cette passion pour l’absolutisme si typique de l’esprit slave, c’est une petite merveille que l’émancipation de l’art ait suivi rapidement l’émancipation des serfs. Le 9 novembre 1863, à l’incitation du magnétique Kramskoï, treize des plus habiles étudiants de l’Académie impériale des beaux-arts se rebellèrent contre le formalisme sans âme, quittèrent l’institution, et formèrent un groupe indépendant. Cette petite communauté d’aspirants se démena sans certitude de succès pendant un moment, mais fut bientôt assez forte pour établir la Peredvizhnaya Vystavka (Société des expositions itinérantes). Et c’est à ce groupe, avec sa haine des thèmes classiques et mythologiques, et son amour certain pour les scènes historiques nationales et les scènes de genre locales, que la peinture russe doit sa vitalité ultérieure. C’est ce groupe d’enthousiastes éclairés, à l’esprit ouvert qui pour la première fois permit à l’artiste slave « d’aller à la rencontre du peuple », et de prêter l’oreille à la chanson secrète de la steppe. Leur nationalisme passionné dépassa assurément leur sensibilité artistique. Cependant, il ne faut jamais oublier qu’ils vinrent au monde pendant une époque résolument réaliste et utilitariste, une époque qui assista à la publication de l’étonnant Razrulenie Estetiki (Annihilation de l’esthétique) de Pisarev et de diatribes similaires contre les canons formels de la beauté abstraite. « Le Beau, c’est la Vie. » était en réalité, pour certains, amender pour lire « Le Laid, c’est le Beau. » .
Préparation à l’examen, 1864.
Huile sur toile, 38 x 46 cm .
Musée d’État Russe, Saint-Pétersbourg.
Le Monde poétique de Répine



Aucun peintre russe du XIX e siècle ne connut de son vivant une notoriété et une reconnaissance semblables à celles dont jouit Ilya Répine. La place qu’il occupait dans le monde de la peinture est comparable à celle de Léon Tolstoï dans le monde de la littérature. Durant un quart de siècle, chacun de ses nouveaux tableaux était attendu comme un événement et la publication de ses essais, en particulier ceux qu’il écrivit au tournant du siècle, faisaient toujours sensation dans les milieux artistiques.

Extrêmement sensible aux problèmes sociaux et aux recherches spirituelles de son temps, Répine reprit dans ses œuvres les traits fondamentaux du réalisme russe de la fin du XIX e siècle et contribua à affirmer la place de l’art russe sur la scène culturelle européenne. Les tableaux que, très jeune encore, Répine envoyait aux expositions internationales, retinrent l’attention de la critique. On y vit à juste titre le témoignage d’une quête artistique qui ne pouvait qu’enrichir le mouvement du réalisme critique européen. Lorsque Répine réalisa ses premiers travaux indépendants, il devint évident que la Russie venait d’engendrer un art pénétré d’une profonde conscience civique, étroitement apparenté aux créations des grands réalistes de l’époque, tels Courbet en France, Menzel en Allemagne et Munkacsy en Hongrie.

Le monde poétique de Répine possède une intégrité spirituelle particulière non pas malgré, mais grâce à la diversité des objectifs créatifs de l’artiste et à l’ampleur de son approche de la réalité. Cette intégrité était inhérente à l’esprit de la culture artistique russe de la seconde moitié du XIX e siècle, qui s’efforçait d’accomplir les misions sociale et historique qu’elle s’était fixées.

Comme beaucoup de grands maîtres, Répine avait ses thèmes, ses sujets et ses personnages de prédilection, ainsi qu’un cercle restreint de modèles dont il aimait peindre les portraits. Mais le sens profond de sa quête esthétique ne se limitait pas à cela, car l’artiste possédait d’abord et avant tout le don remarquable de capter l’esprit du temps et la manière dont il s’imprimait dans la destinée et la personnalité de ses contemporains. Il est peu pertinent de dire que les personnages des toiles et des portraits de Répine appartiennent tous à leur époque ; l’on peut en dire autant des créations de la plupart des artistes contemporains, même des plus médiocres. Les personnages des tableaux et des dessins de Répine sont l’expression de la réalité historique, de ses espoirs et de ses souffrances, de son énergie spirituelle et de ses cruelles contradictions.
Nadia Répina peignant des majoliques, 1891.
Fusain sur papier, 43,8 x 34,2 cm .
Musée Abramtsevo,
Abramtsevo, Russie.

Portrait du poète, philosophe et critique littéraire Vladimir Soloviov, 1891.
Crayon sur papier, 34,3 × 23,6.
Musée-appartement de Brodski,
Saint-Pétersbourg.


« Comme dans la vie » est une expression souvent utilisée pour décrire la qualité première des œuvres de Répine. Si cette expression traduit en effet les principes essentiels de son style, l’essence du réalisme de Répine ne saurait cependant se réduire à cela. Cette façon de concevoir les tableaux de Répine laisse dans l’ombre le plus important : la puissante volonté créatrice de l’artiste, l’authenticité de son œuvre et son incroyable maitrise technique. Ainsi, la vie qui se dessine sur les toiles de Répine est transformée selon les lois du grand art. Comprendre la force créatrice du langage plastique de Répine, c’est pénétrer dans le monde de l’auteur des portraits de Modeste Moussorgski et Pauline Strepetova, et des tableaux Ils ne l’attendaient pas et Procession religieuse dans la province de Koursk .

La quête d’un idéal et de la vérité mena Répine sur différentes voies. Elle fut orientée par les expériences sociale et spirituelle de l’artiste et par des éléments puisés dans la tradition culturelle nationale. Comme la plupart des représentants de l’école réaliste russe de la seconde moitié du XIX e siècle, Répine s’inspirait le plus souvent, pour ses tableaux, de conflits dramatiques ancrés dans la réalité, que ce soit celle de son époque ou celle appartenant à l’histoire. Plus rarement, mais jamais fortuitement, il puisa également dans la mythologie et plusieurs de ses toiles inspirées de sujets bibliques ou de la mythologie chrétienne comptent parmi les œuvres majeures de l’artiste. Lorsqu’il s’agit des sujets des travaux de Répine, il est important de saisir la logique de leur interaction et leurs liens avec sa conception du sens de la vie humaine. Le travail de Répine s’apparente à une structure complexe et multidimensionnelle, ancrée à la fois dans l’individualité créative de l’artiste lui-même et dans la conscience artistique complexe de son époque.
Portrait de l’actrice Eleonora Duse, 1891.
Fusain sur toile, 103 x 139 cm .
Galerie d’État Trétiakov, Moscou.


Fils de militaire, Ilya Efimovitch Répine naquit en 1844 dans la petite ville de Tchougouïev, en Ukraine. Plus tard, l’artiste se souviendra avec aversion de la vie des cantonnements soumis à une discipline de fer, où il passa ses jeunes années. Ces souvenirs d’enfance jouèrent sans nul doute un rôle important dans la formation des convictions profondément démocratiques de l’artiste. Ainsi, en 1872, s’exprimant sur la mission de l’intelligentsia artistique dans la vie sociale du pays, le peintre écrivait à son ami, le critique d’art Vladimir Stassov : « Aujourd’hui, c’est le moujik qui est juge et c’est pourquoi il est nécessaire d’exciter son intérêt (d’ailleurs, cela fait mon affaire, car, comme vous le savez, je suis moi-même un moujik, fils d’un soldat à la retraite qui passa vingt-sept pénibles années au service de l’armée du tsar Nicolas I er ) [1] ».
La Résurrection de la fille de Jaïrus, 1871.
Huile sur toile, 229 x 382 cm .
Musée d’État Russe, Saint-Pétersbourg.
Répine manifesta très tôt un penchant pour le dessin et fut soutenu dans ce domaine par les peintres de Tchougouïev, qui lui enseignèrent les premiers rudiments du métier de dessinateur et de peintre. À l’âge de dix-neuf ans, il se rend à Saint-Pétersbourg et entre à l’Académie des beaux-arts. Son arrivée dans la capitale coïncide avec un des événements les plus marquants de la vie artistique russe des années 1860 : la révolte d’un groupe de jeunes artistes qui défient leurs professeurs de l’Académie afin de défendre le droit et le devoir de l’art d’être réaliste. Il s’agit de la fameuse « Révolte des Quatorze » de 1863, qui vit quatorze étudiants en dernière année d’études à l’Académie des beaux-arts prendre position contre les tentatives de limiter la portée sociale de la création, de la brider en lui imposant des normes académiques désuètes. Ils ne demandaient qu’une chose : qu’on leur permît de choisir eux-mêmes le thème de leurs travaux de fin d’études. Cette requête fut rejetée par l’administration et les étudiants quittèrent massivement l’Académie. L’année 1863 constitua ainsi une étape importante dans l’histoire de l’art russe en marquant une nouvelle étape dans la prise de conscience par les artistes de leur rôle social et de leur objectif professionnel.

Les travaux que Répine réalisa durant ses années d’études à l’Académie des beaux-arts révèlent une certaine dualité de sa démarche artistique. En tant qu’étudiant, il se plie au programme imposé par l’Académie en peignant des toiles aux sujets très éloignés des espoirs et des craintes du quotidien, de la vie concrète. Mais, sensible à toutes les manifestations de la vie, le jeune artiste ne se détourne pas de cette réalité et s’essaie, non sans succès, à la réalisation de scènes de genre « domestiques » dépouillées ( Étudiants se préparant à l’examen , 1864), de portraits lyriques de ses proches ( Portrait de Vera Chevtsova , 1869), puis, durant ses dernières années d’études, s’attelle à son tableau Les Bateliers de la Volga (1870-1873), un tableau chargé d’intentions sociales qui apporta au jeune peintre diplômé un renom européen.

Pourtant, ces premiers tableaux - tant ses travaux académiques que portraits intimistes réalisés pour sa satisfaction personnelle - présentent tous des traits communs, relevant d’une même sphère d’intérêts et de recherche artistique. Son tableau de La Résurrection de la fille de Jaïrus (1871) est en ce sens significatif. Réalisé dans le cadre d’un concours, il valut à Répine une médaille d’or de l’Académie et une bourse pour un voyage à l’étranger. En peignant cette toile monumentale, Répine parvint à observer les exigences académiques tout en les dépassant. Il ne considère pas le « style élevé » cultivé par l’Académie comme un système normatif mais plutôt comme une tradition intéressante à partir de laquelle son art lui permet de révéler la force sublime et miraculeuse de l’esprit humain. L’on peut en outre citer un des modèles dont Répine s’est inspiré pour réaliser sa Résurrection de la fille de Jaïrus , à savoir le célèbre tableau d’Alexandre Ivanov, L’Apparition du Christ au peuple . Répine avait un authentique et profond respect pour Ivanov et, à n’en point douter, celui qui fut son premier professeur à Saint-Pétersbourg avant de devenir plus tard un ami intime, Ivan Kramskoï, n’avait pas manqué de lui en parler longuement. La rigueur de la composition, l’équilibre harmonieux des couleurs et la retenue du geste, tout concourt à révéler dans le tableau du jeune artiste la profonde et solennelle importance du sujet.
La Résurrection de la fille de Jaïrus (détail), 1871.
Huile sur toile, 229 x 382 cm .
Musée d’État Russe, Saint-Pétersbourg.
Alexandre Ivanov , Apparition du Christ au peuple, 1837-1857.
Huile sur toile, 540 x 750 cm .
Galerie d’État Trétiakov, Moscou.
Un trait caractéristique du talent de Répine - sa quête constante de nouvelles techniques capables de conférer à son art richesse et profondeur - est également visible dans ses premières œuvres d’un genre très différent et directement inspirées directement de la vie réelle. Les Bateliers de la Volga , tableau auquel Répine travaille longuement, en est un exemple éloquent.

Les Bateliers de la Volga est le premier tableau que Répine peignit après avoir terminé ses études à l’Académie des beaux-arts. Cette œuvre fut aussitôt acclamée par ses contemporains et notamment Feodor Dostoïevski et Vladimir Stassov. Elle témoignait en effet des plus précieuses qualités de la production artistique de l’intelligentsia progressiste russe : le sentiment de la responsabilité de l’artiste envers le sort du peuple et la destinée historique de la patrie. C’est cette position qu’adopta Répine en tant qu’artiste et citoyen concerné qui confère à son œuvre ce caractère distinctif que l’on retrouve aussi bien dans ses toiles monumentales que dans ses plus modestes études et esquisses et jusqu’à ses croquis.

D’ailleurs, lorsque l’on évoque cet aspect de l’œuvre de Répine, il est plus juste d’évoquer, non la seule version finale de l’œuvre mais toute la série de travaux picturaux et graphiques. Au cours de son travail sur ce tableau, qui dura plusieurs années, le jeune peintre fit plus d’un séjour sur les bords de la Volga où il observa la vie des hommes venus de tous les coins de la Russie pour pratiquer le dur métier de batelier. Il s’attarda aussi devant d’autres motifs secondaires, teintés ceux-là de romantisme, tels le combat de l’homme contre les puissants éléments de la nature.

Les esquisses et les études préparatoires que Répine créa pour Les Bateliers de la Volga révèlent une particularité de la genèse des œuvres du jeune peintre, particularité qui devint plus tard une des principales caractéristiques de la démarche suivie par Répine pour réaliser ses toiles. Tantôt, à l’origine de l’ œuvre conçue par l’artiste, se trouve une impression produite par une chose vue - c’est le cas des Bateliers de la Volga -, tantôt apparaît le thème d’un futur tableau à la suite de longues méditations sur l’histoire de la Russie ou la destinée sociale et religieuse de l’individu. Mais, dans les deux cas, la logique de l’évolution du sujet d’une part, et la logique des caractères humains de l’autre, tout en constituant la conception plastique du tableau, obligent le peintre à produire plusieurs versions d’un même tableau, induisant des changements d’ordre aussi bien technique que du contenu. Dans Les Bateliers , qui fut réalisé à la limite de deux décennies de l’histoire de la peinture russe se distinguant l’une de l’autre par leurs conceptions sociales et esthétiques, cette particularité de la méthode de Répine se manifeste avec la franchise ostentatoire de la jeunesse.
Ivan Kramskoï, Autoportrait, 1867.
Huile sur toile, 52,7 x 44 cm .
Galerie d’État Trétiakov, Moscou.


La version définitive du tableau témoigne du long chemin que le peintre a parcouru depuis l’idée initiale qu’il en avait, qui était d’exprimer une simple compassion à l’égard des bateliers, jusqu’à la révélation des traits essentiels du réalisme russe des années 1870-1880. Le travail de forçat n’a pas effacé, mais plutôt souligné les traits individuels de chacun des personnages représentés. Dans le chef des bateliers - le haleur Kanine -, le peintre voit un héros semblable au philosophe antique vendu en esclavage : tel est le respect qu’il éprouve à l’égard du monde intérieur de ces hommes, telle est sa foi dans la force spirituelle de l’homme accablé, mais non brisé. Répine s’essaya à plusieurs variantes pour représenter le motif principal du tableau, celui du mouvement lent et épuisé des hommes, et trouva finalement un arrangement dans lequel les bateliers marchant sur le rivage sablonneux dominent l’immense étendue du paysage volgien. Il est vrai que le peintre a obtenu ce résultat en utilisant des moyens quelque peu simplifiés pour agencer la composition de la toile, mais le but primordial que s’est fixé l’artiste est clair.

En 1873, Répine mit à profit son voyage d’études à l’étranger. Durant plusieurs mois, il séjourna en Italie ; puis, jusqu’à son retour en 1876, vécut et travailla en France. À Paris, il assiste aux premières manifestations des impressionnistes et se plonge dans l’atmosphère des vives discussions que suscitent les travaux de ces représentants de la nouvelle tendance de l’art européen. Le jeune artiste étudie assidûment les collections des musées. Avec d’autres artistes russes vivant en France, il passe l’été dans la petite localité de Veules où il observe attentivement la nature.

Parmi les œuvres réalisées par Répine pendant ces trois années passées à l’étranger, figurent des études de paysages, quelques portraits, ainsi que deux compositions mettant en scène plusieurs personnages : Café parisien (1875) et Sadko dans le royaume sous-marin (1876). Ces toiles et les lettres qu’il envoya en Russie dévoilent les centres d’intérêt du jeune artiste. Il ne fut pas aveuglément épris des recherches entreprises par la nouvelle école française, mais il n’adopta pas pour autant la position de ses collègues qui voyaient dans l’impressionnisme un dangereux éloignement de la réalité. Répine appréciait beaucoup l’héritage culturel et artistique de la France ; il l’étudia et s’efforça d’en comprendre le rôle dans l’évolution de l’art contemporain. Le tableau Café parisien est, en ce sens, une sorte d’expérience, une tentative de fixer une scène parisienne, d’y incarner l’impression produite par la peinture française modeme.
Ivan Kramskoï , Le Christ dans le désert, 1872.
Huile sur toile, 180 x 210 cm .
Galerie d’État Trétiakov, Moscou.
Golgotha (La Crucifixion), 1869.
Huile sur toile, 80 x 99 cm .
Musée d’art russe, Kiev.


L’été 1876, Répine revient en Russie et s’installe pour quelque temps dans les environs de Saint-Pétersbourg. Là, il peint une toile empreinte de lyrisme, Sur le Banc de gazon , où il récapitule d’une certaine manière l’expérience acquise en France ; l’on peut dire que c’est l’œuvre la plus « impressionniste » de Répine. Le motif intime de ce tableau où sont représentés les enfants, la femme et des parents de l’artiste, est mis à profit pour rendre par les procédés de la peinture la poésie d’un paysage d’été.

À l’automne, Répine se rend à Tchougouïev, sa ville natale, et, un an plus tard, déménage à Moscou. Il fait de longs et fréquents séjours à Abramtsevo, non loin de Moscou, et y devient un des membres actifs du cercle artistique fondé par le mécène Savva Mamontov. C’est alors que ce groupe amical, qui joua un rôle très important dans la formation de grands maîtres de l’art russe tels que Victor Vasnetsov, Vassili Polenov, Valentin Serov ou Mikhaïl Vroubel, s’affirma comme l’un des foyers de la vie culturelle russe. L’atmosphère de ce cercle où se côtoyaient les recherches artistiques de tous les domaines de la création - peinture, théâtre, musique, art populaire - n’était pas entachée par l’ascétisme qui dominait les esprits des jeunes protestataires pétersbourgeois à l’époque de la jeunesse de Répine.
Job et ses amis, 1869.
Huile sur toile, 133 x 199 cm .
Musée d’État Russe, Saint-Pétersbourg.


Cette atmosphère qui régnait dans la colonie d’Abramtsevo ne put qu’affermir le parti pris de Répine dans sa vision du monde. Il y trouva de nouvelles raisons de renforcer les liens entre son oeuvre et la vie quotidienne du peuple. La période la plus féconde et la plus significative de sa carrière débuta lorsqu’il déménagea à Saint-Pétersbourg en 1882. Au cours de la décennie qui suivit, Répine réalisa la plupart de ses œuvres les plus connues. Il devient membre de la Société des expositions artistiques itinérantes, qui réunissait les plus grands peintres réalistes de la seconde moitié du XIX e siècle et qui joua un rôle de premier plan dans la démocratisation de l’art et de la culture en Russie. Chaque exposition amenait le visiteur à réfléchir sur le sens de sa vie, sur les liens qui l’unissent au destin du pays. L’image artistique du monde perdit à cette époque son immensité romantique, son égocentrisme obstiné. Les thèmes religieux, philosophique et moraux, trouvèrent leur réalisation dans la représentation du destin. Ce thème tantôt s’inspirait de l’idée du déterminisme social, tantôt se trouvait sous l’emprise de la force magique qui émanait des plus grandes énigmes de l’existence, tant sur le plan historique et national que sur celui de la vie familiale, quotidienne et individuelle.
Saint Nicolas de Myre sauve trois innocents de la mort, 1888.
Huile sur toile, 215 x 196 cm .
Musée d’État Russe, Saint-Pétersbourg.
Retire-toi, Satan! (esquisse), 1890-1900.
Huile sur carton, 21,7 x 40,5 cm .
Musée d’État Russe, Saint-Pétersbourg.


Les envois de Répine aux expositions annuelles de la Société furent dès lors des événements marquants de la vie sociale et artistique du pays. Dans ses tableaux, du moins dans les plus importants, l’artiste traita des problèmes qui étaient au centre des réflexions des cercles progressistes russes. Il était mu par le désir constant de comprendre le mode de vie russe et de l’interpréter à sa manière : de montrer « les particularités des goûts, de l’imagerie et des concepts russes, de faire en réalité quelque chose qui n’avait jamais été fait avant [2] ». Il faut indiquer ici deux traits du talent de Répine : d’abord, parfaite compréhension de la vie populaire, des besoins, des joies et des peines du peuple, ensuite,une quête incessante de la « vérité », du sens de la vie humaine. L’artiste se plaît alors à exécuter des douzaines d’esquisses témoignant de son engouement pour les scènes du quotidien ou le pouvoir expressif des objets. Il lui arrivait cependant de s’y reprendre à plusieurs fois avant d’atteindre un résultat qui le satisfasse. Ce fut le cas avec le visage du personnage principal de son tableau Ils ne l’attendaient pas , à travers lequel il voulait exprimer le contenu moral et philosophique de la scène.
Procession religieuse dans la province de Koursk, 1880-1883.
Huile sur toile, 175 x 280 cm .
Galerie d’État Trétiakov, Moscou.
Pèlerin (étude pour Procession dans la chênaie), 1881.
Huile sur toile, 40,5 x 26 cm .
Galerie Savitsky, Penza.


Les travaux que Répine réalisa à Tchougouïev, puis à Moscou, révélèrent pleinement ses qualités réalistes. Avec toute l’énergie de celui qui retourne dans son élément, il se saisit des divers aspects de la réalité qu’il connaît depuis son enfance. Certains de ses travaux restèrent à l’état d’esquisses ( À l’

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