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L'Art du Champa

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Description

Le royaume du Champa s’organise vers le Ve siècle après J.-C. sur une large partie du territoire du Vietnam actuel. Il reste encore quelques magnifiques édifices dans la région de Nha Trang. La sculpture Cham utilise divers matériaux, principalement la pierre (grès), mais également l’or, l’argent et le bronze. À l’origine, ces œuvres illustraient la mythologie indienne. Ce puissant royaume fut progressivement détruit au cours du XVe siècle par l’irrésistible descente vers le sud (« Nam Tiên ») des vietnamiens, depuis leur foyer de la région du Fleuve Rouge. L’auteur explore, décrit et commente les différents styles des sculptures de l’art Cham en s’appuyant sur une iconographie riche et inédite.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 septembre 2015
Nombre de lectures 0
EAN13 9781783108299
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0025€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Texte : Jean-François Hubert

Mise en page :
Baseline Co. Ltd
61A-63A Vo Van Tan Street
4 ème étage
District 3, Hô Chi Minh-Ville
Vietnam

© Confidential Concepts , worldwide , USA
© Parkstone Press International , New York , USA
Image-Bar www.image-bar.com
© Thérèse Le Prat photographie
© Extrait du catalogue « La Fleur du pêcher et l’oiseau d’azur » paru aux éditions La Renaissance du livre.

François Devos toutes photographies

Tous droits d’adaptation et de reproduction réservés pour tous pays.
Sauf mention contraire, le copyright des œuvres reproduites se trouve chez les photographes qui en sont les auteurs. En dépit de nos recherches, il nous a été impossible d’établir les droits d’auteur dans certains cas. En cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la maison d’édition.

ISBN : 978-1-78310-829-9


Remerciements

Mes remerciements vont d’abord à mon éditeur Jean-Paul Manzo qui, avec enthousiasme,
a accepté mon projet et à Eliane de Sérésin, qui a eu la charge de le mener à bien.
Qu’ils trouvent ici l’expression de ma reconnaissance.
Une mention particulière à François Devos, photographe, qui a accepté de m’accompagner,
dans des endroits parfois pittoresques, pour réaliser de magnifiques photographies.

Ensuite à tous ceux sans qui, d’une manière ou d’une autre, cet ouvrage n’aurait pas existé :

Sophie Allard-Latour
Philippe Damas
Dominique Darbois
Jean-Luc Enguehard
Michel Inguimberty
Jean-Paul Morin
Cang Nguyen
Eric Pouillot
Richard Prévost
Nick Scheeres
Lan Tran
Marc Vartabedian
Jean Volang
Anna Zweede

Enfin, je tiens tout particulièrement à remercier Joëlle Loiret dont l’œil professionnel
et le sens du fond et de la forme n’ont d’égal que la patience et la ténacité.
Jean-François Hubert



L ’ Art du Champa
Sommaire


Introduction
Le Champa historique
L’architecture cham
Des dieux et de leur représentation
Styles et datation des sculptures
Analyse des métaux et bijoux du Champa par un cyclotron
Conclusion
Glossaire
Chronologie sommaire du Champa
Chronologie des règnes des souverains du Champa, construction de temples et écoles de sculptures afférentes
Bibliographie
Liste des illustrations
1. Garuda en grès du style de Thâp- Mam (XII e siècle) situé devant le musée national d’histoire du Viêt-Nam (Hanoï) (détail).
Introduction


2. Garuda en grès du style de Thâp-Mam (XII e siècle) situé devant le musée national d’histoire du Viêt-Nam (Hanoï).


Evoquer le Champa, c’est glorifier la mort, sanctifier des traces, magnifier des indices, encenser des deuils, reconstruire l’histoire. Le Champa n’existe plus que dans les mémoires des vivants allogènes qui se veulent éternels, que dans une sourde mélodie, forcément exotique, que fredonnent quelques mânes craints.
Pourtant, défi au temps, compassion de celui-ci, vengeance contre l’injustice de l’inexorable, la statuaire cham vient témoigner de cette civilisation engloutie dans les méandres de l’histoire, rejeton profane de la divine œuvre historique de destruction.
Toutes les civilisations meurent, mais toutes sont fécondes. Elles laissent dans la mémoire de l’homme, ces notions fondamentales, impossibles à formuler, que sont l’infinité irrésolue et l’absolu inatteignable.
Peut-être, pourtant, que la civilisation cham est un peu plus morte que les autres : la mort n’est pas un état mais un discours et le Champa a longtemps manqué d’orateurs et d’auditeurs. Pourtant, quelle geste ! Une naissance mystérieuse, un idéal d’apatride, une glorieuse décadence, une mort annoncée au nom de l’altérité impossible. Le Champa, c’est cinq cents ans de mystère, mille de destruction, trois cents d’oubli.
Le plus efficient était d’appréhender ses vestiges, ses tours abandonnées, ses sculptures oubliées, ses sites sublimes où erre le divin. Œuvre agréable pour le voyageur volontaire muni des indications savantes des grands anciens et attentif à l’attrait sans préjugé de la découverte.
Examiner une statue, l’expertiser, c’est interroger un condensé d’histoire. Toutes celles reproduites dans l’ouvrage, nous les avons examinées de près, mesurées, auscultées, authentifiées. Toutes issues de collections privées, le plus souvent inédites, elles apportent un sang neuf à l’observation: en art, rien n’est plus dangereux que la consanguinité des modèles et la limitation du champ du regard.
Profondément original, redécouvert par les Français, réapproprié, aujourd’hui, par les Vietnamiens, telle est la situation de l’art cham en général et de la sculpture cham en particulier, au début de ce XXI e siècle.
Profondément originale, car même si l’on peut opérer quelques comparaisons stylistiques, évoquer des origines, noter des influences, la sculpture cham diffère de toutes les autres écoles de sculptures passées, contemporaines ou futures.
Redécouverte par les Français, car tout au long de la présence française au Vietnam, et ce, dès la deuxième moitié du XIX e siècle, des découvreurs relayés par des architectes, mais aussi des épigraphistes et des archéologues ont non seulement constitué son fonds unique réunissant documentation et commentaires, mais aussi réalisé une œuvre majeure de conservation des sites cham. Dans un monde où l’usage de la langue française recule, il n’est pas indifférent de noter que le français reste la langue de référence pour qui veut étudier l’art cham : aucune référence précise, aucune étude sérieuse ne pourrait encore, aujourd’hui, s’affranchir du dépouillement minutieux et de la lecture attentive de documents puisés aux meilleures sources, tous rédigés en français, depuis près de cent cinquante ans.
3. L ’ inscription de Vo-Canh , placée devant le musée national d ’ histoire du Viêt-Nam (Hanoï) . Datée des III e -IV e siècles, trouvée près de Nha Trang,
elle reste le pivot de nombreuses recherches,
même si son origine cham n ’ est pas assurée.


Réappropriée aujourd’hui par les Vietnamiens. Ceux-ci après les exigences des années de guerre ont su s’intéresser à un art qui, pour beaucoup d’entre eux, restait étranger. Après tout, dans cette conscience collective qui reste le seul ciment des nations, le Cham c’était, consciemment, l’ennemi du sud, celui qui razziait au nord, puis qui, après l’occupation chinoise jusqu’au X e siècle, apparaissait comme l’obstacle à une « descente vers le sud » (« Nam Tiên ») que rendait inéluctable l’accroissement démographique du nord. C’était aussi, inconsciemment, une culpabilité, celle d’avoir détruit irrémédiablement une culture autochtone millénaire, d’avoir réduit un peuple à l’appartenance, pour les quelques 100 000 Cham vivant encore au Vietnam, à un groupe inscrit à l’inventaire des cinquante quatre minorités du pays, regroupé principalement autour de Phan Rang et Phan Ri, ou près de Chau Doc, tous lieux situés au sud du Vietnam actuel.
Cette réappropriation est, aujourd’hui, florissante : les soins apportés à des publications nouvelles, la valorisation et la restauration des sites, des travaux archéologiques efficients, autant d’indices d’une prise de conscience nationale et d’une volonté réelle d’une reconquête d’un patrimoine cham, aujourd’hui, sans conteste vietnamien.
Mais il serait faux d’inscrire l’art cham en général et la sculpture cham en particulier dans une relation historique exclusivement franco-vietnamienne ou dans une politique nationale isolée.
La sculpture cham a gagné depuis longtemps un public international. Certes, les premiers musées qui l’ont exposée furent fondés au Vietnam sous l’influence française. C’est essentiellement à l’Ecole française d’Extrême-Orient (EFEO) – qui s’était également vue assigner pour mission la conservation des monuments historiques de l’Indochine – que l’on doit la création des premiers musées : les bâtiments de l’Ecole abritent dans un premier temps dès 1899 à Saigon, quelques pierres récupérées dans les ruines de My Son. Puis quelques sculptures partiront entre 1900 et 1905 pour Hanoi et, petit à petit, au gré des pièces collectées fortuitement ou au cours de fouilles organisées, se constitueront des musées proprement dits. Les dates de création réelles de ces musées sont antérieures, mais nous choisissons de donner ici celles de leur aménagement définitif : le Musée Louis Finot de Hanoi (inauguré en 1933), le Musée Henri Parmentier (1936) de Tourane-Danang, le Musée Khai Dinh de Hué (1923), le Musée Blanchard de la Brosse de Saigon (1929). Petit à petit des musées étrangers sauront réunir des collections de qualité (Cleveland, le Metropolitan Museum de New York et Brooklyn aux USA, Rietberg en Suisse, Guimet à Paris, Labit à Toulouse…).
4. L ’ inscription de Vo-Canh , placée devant le musée national d’histoire du Viêt-Nam (Hanoï) (détail).
5. Fouilles cham de Thâp-Mam, 1933.
6. Portrait de Philippe Stern, 1953.


Des épigraphistes, des architectes, des archéologues, des traducteurs mais aussi des amateurs ont permis de mieux connaître la civilisation cham, ses temples et notamment ses sculptures. Détaillons, catégorie par catégorie, ces illustres novateurs, et rappelons sommairement leurs apports.
Il nous faut d’abord évoquer les épigraphistes, ces spécialistes dont la science a pour objet l’étude et la connaissance des inscriptions. Citons ces érudits, avant de montrer la limite de cette science quant à l’identification et la datation de l’art cham :
Auguste Barth (1834-1916), indianiste de formation, qui fut le rédacteur en 1901 de la charte de fondation de l’EFEO ; Georges Maspero (1872-1942), administrateur en Indochine, que l’on confond souvent avec son frère le brillantissime linguiste Henri (1883-1945) ; Louis Finot (1864-1935), archiviste paléographe, sanskritiste, directeur de l’EFEO, Paul Pelliot (1878-1945), Henri Parmentier (1871-1949), Georges Coedes (1886-1969) qui publia en 1904, à l’âge de 18 ans, son premier article d’épigraphie dans le bulletin de l’EFEO et qui maîtrisait parfaitement, outre le cham, le sanskrit et le khmer entre autres ; Paul Mus (1909-1960), indianiste, spécialiste de l’hindouisation de l’Inde et du Sud-Est Asiatique qui s’intéressa principalement à la confrontation naturelle et bénéfique des éléments hindous et indigènes dans l’élaboration de la culture religieuse cham.
Malheureusement, tout ce travail de collection et de traduction des inscriptions nous est de peu de secours pour l’étude et la datation des sculptures cham. Si l’on compte, aujourd’hui, environ 230 inscriptions recensées, datant du IV e au XV e siècle, en sanskrit ou en vieux cham, ou dans les deux langues, environ une centaine seulement de ces inscriptions a véritablement été étudiée. Principalement inscrites sur des stèles, elles nous renseignent sur des problèmes de bornage ou sur des événements religieux, mais apportent peu sur la datation des temples. En effet, d’une part, une stèle peut toujours avoir été déplacée d’un temple à l’autre, d’autre part, il n’est pas toujours facile de savoir si la date évoquée sur la stèle est celle de l’inauguration du temple ou du début de son édification, ce qui, compte tenu du délai parfois très long de construction, limite d’autant la précision des datations possibles.
Des architectes : notamment Henri Parmentier, à nouveau, diplômé des Beaux Arts de Paris, engagé à l’EFEO dès la création de l’Ecole. Entre 1902 et 1908, il dégage les principaux sites cham (mais pas tous, comme on a trop tendance à le penser), dont il publiera les relevés dans son magistral « Inventaire descriptif des monuments cham de l’Annam », publié en deux volumes en 1909 et 1918. En 1902 et 1903, il dégage les monuments de My Son et Dong Duong, ceux de Po Klaung Garai en 1908 et le Pô Nagar de Nha Trang de 1906 à 1909. C’est à Parmentier que l’on doit la création, en 1918, du musée cham de Tourane (Da Nang) qui portera son nom après son agrandissement en 1936 ; mais aussi Jean-Yves Claeys (1896-1979), lui aussi architecte diplômé des Beaux-Arts de Paris et de l’Ecole des Arts décoratifs de Nice. Employé par les services des Travaux Publics de l’Indochine, il devient membre de l’EFEO en 1927, puis conservateur des monuments de l’Annam. Il consacrera ses travaux non seulement à l’architecture cham mais aussi à l’archéologie, et notamment au dégagement du site de Thap Mam en 1934-35, après celui de Tra Kieu en 1920.
7. Frise de singes , Bas relief, grès, longueur 64 cm, Style de Thâp-Mam, XI e -XII e siècle (détail).


Parmentier et Claeys non seulement dégagent les monuments enfouis dans la végétation, mais en dressent des relevés précis, rassemblent – à but de protection – statues et inscriptions pour les musées de l’EFEO et opèrent quelques fouilles aux abords immédiats des principaux monuments.
Des archéologues-conservateurs de musées, tant il est vrai qu’à cette époque (la première moitié du XX e siècle) la fonction est souvent fusionnée.
Citons, évidemment, Philippe Stern (1895-1979), conservateur au Musée Guimet de Paris, membre correspondant de l’EFEO à partir de 1930. Mettant l’observation en premier de la théorisation, il élabore une méthode de datation qui fera florès : il « s’appuie (…) dans ses analyses sur une étude rigoureuse et comparative de l’évolution des motifs décoratifs qui ornent plus spécialement les arcatures, pilastres, frises, colonnettes, pièces d’accent et autres éléments architecturaux ».
C’est en 1936, avec sa disciple Gilberte de Coral-Rémusat, lors de son unique mission en Asie du Sud-Est qu’il visitera, outre bien sûr le Cambodge, les principaux monuments du Champa.
Après son heureuse re-datation du Bayon à Angkor – qu’il « rajeunit » en le faisant passer du IX e siècle au XII e siècle, contre l’avis autorisé et autoritaire du trio Finot – Parmentier – Goloubew –, il propose, pour l’architecture cham et subséquemment pour la sculpture, une datation qui aura posé des jalons importants, même si plus tard, elle sera complétée et modifiée.
Jean Boisselier (1912-1996) reprend plus tard la tâche. Après des études aux Beaux-Arts et à l’Ecole du Louvre à Paris, il intègre l’EFEO en 1949. Responsable (dès 1953) de la direction scientifique des travaux de la conservation d’Angkor, formidable érudit analyste, il a, pour des dizaines d’années, stimulé la recherche autant, en art khmer, qu’en art thaï ou cham. Ses travaux d’analyse, d’identification et de datation de la sculpture cham restent totalement fondamentaux. Même si le maître de la rue de la République à Charenton témoignait d’une certaine frilosité à la fin de sa vie pour accepter certaines découvertes ou redécouvertes. Il niait par exemple, les découvertes de An-My en 1982, pourtant si importantes et qui ont permis la confirmation de l’existence d’un premier style de sculpture…
L’école vietnamienne contemporaine a apporté beaucoup ces dernières années à la connaissance de l’art du Champa. Ngo Van Doanh Tran Ky Phuong, Pham Thuy Hop par leur connaissance du terrain, leur accès immédiat et renouvelé aux nouvelles découvertes archéologiques, leur connaissance de la sociologie vietnamienne, ont également contribué au renouveau de la connaissance de l’art cham. Po Dharma et Pierre-Bernard Lafont, en France, s’inscrivent également dans cette démarche.
8. Frise de singes , Bas relief, grès, longueur 64 cm, Style de Thâp-Mam, XI e -XII e siècle.


Enfin, n’oublions pas les amateurs purs, ceux qui ont collecté plus qu’ils n’ont étudié, mais qui sont souvent à la source des grands fleuves de la connaissance. Parmi ceux-ci, citons Charles Lemire (1839-1912), résident de France au Quang Nam, qui constitue une collection entre 1886 et 1892, qu’il regroupera jusqu’en 1891-1892 dans le « Jardin des Cham » à Tourane (Da Nang). Camille Paris, d’abord agent des Postes de l’Indochine, puis colon, les pères Cadière et Durand, Prosper d’Odend’hal, le Docteur Albert Sallet contribueront efficacement à la constitution de la collection du musée cham de Tourane, sans oublier le Docteur Morice. Le collectionneur vietnamien Vu Kim Loc d’Ho Chi Minh ville s’inscrit aujourd’hui dans cette tradition. Sa collection, patiemment réunie, principalement consacrée aux métaux cham et essentiellement aux bijoux et objets de culte, a fait l’objet d’un livre fort intéressant (cf. bibliographie) rédigé avec l’éminent archéologue vietnamien Le Xuan Diem. L’étude de l’art cham en général et de la sculpture cham en particulier a besoin de telles initiatives renouvelées pour progresser.
Ce livre prétend à une démarche doublement originale : ne s’intéresser qu’à la sculpture, élément autonome, et n’en choisir comme représentantes, que des pièces de collections privées européennes. Cette démarche pourrait apparaître osée, voire sacrilège : le musée public et l’histoire générale ont acquis une légitimité qui tient au dogme : en France notamment, tous deux sont tout. Pourtant, étudier l’art, c’est le désacraliser et l’offrir non seulement au regard, mais aussi à la pratique de tous.
La pièce ci-dessus provient de la collection du docteur Claude-Albert Morice, qui, diplômé de l’Ecole de Santé militaire de Lyon, devint médecin de la Marine française et séjourna une première fois au Vietnam de 1872 à 1874, où il se consacra d’abord à sa passion, l’histoire naturelle.
Il collecta nombre de spécimens et d’échantillons de la faune et de la flore du pays et les envoya au Muséum d’Histoire naturelle de Lyon ; il se passionna aussi pour l’histoire et les langues du Vietnam.
Durant un second séjour que la mort abrégea, il est médecin attaché au consulat de Thi Nay, près de la ville de Qui Nhon, dans une région anciennement cham, où les traces architecturales de l’ancien Champa sont abondantes. Morice s’intéresse alors particulièrement à la statuaire de ce qui fut le coeur de l’ancien royaume de Vijaya, conquis définitivement (en 1471 sous le règne de Lê Thanh Tông) par les Viêt lors du Nam Tien.
Il réunit, dans l’esprit du temps qui recherchait plus des éléments de documentation que la constitution à proprement parler d’une collection d’art, un ensemble de statues complètes ou fragmentaires, ayant orné les temples cham, statues qui se détachaient de la structure en brique des temples, lors de l’affaissement progressif de ceux-ci. Habituellement, ces pierres étaient souvent laissées en l’état par les Viêt, ceux-ci craignant les esprits des dieux cham, revanchards…
Nul ne savait ce qu’il était advenu de la collection du docteur Morice jusqu’à ce que Robert Stenuit, directeur-fondateur depuis 1970 du GRASP (Groupe de recherche archéologique sous-marine post-médiévale) et découvreur notamment dès 1976, du Witte Leeuw (1), apprenne, grâce à des recherches documentaires, qu’un bateau français des Messageries Maritimes, le Mékong, avait sombré le 17 juin 1877, non loin de la côte somalienne ; le bateau avait quitté Saigon pour Marseille et contenait apparemment la collection cham du docteur Morice.
L ’ Illustration , dans son numéro du 21 juillet 1877, avait relaté la tragique affaire : y était illustré le vapeur sombrant, tandis que les 66 passagers et 180 officiers et hommes d’équipage regagnaient tant bien que mal, grâce aux chaloupes, le rivage heureusement fort proche.
Pour localiser précisément l’emplacement du navire coulé, Stenuit, pendant trois ans, consulta de nombreuses archives, notamment celles des Messageries Maritimes et de l’ancien protectorat d’Aden, étudia manuscrits et cartes et décida de monter une expédition pour récupérer les statues. Il se fit financer par deux américains de Pennsylvanie, MM. Edwards père et fils.
Le 9 octobre 1995, un bateau, parti de Djibouti, arrive sur le site au nord de la Somalie. Certes, l’équipage sait que la cargaison a été pillée, lors du naufrage, par les Somaliens, en échange de la vie sauve pour les rescapés et de chameaux pour se rendre sur la côte nord ; en revanche, Stenuit est pratiquement sûr que les pierres cham , du fait de leur poids et de leur faible intérêt immédiat pour les indigènes, sont restées dans l’épave. Pour les archéologues sous-marins, l’équation parait simple : il s’agit d’identifier une épave qui correspond à la structure du Mékong et à l’orientation au fond de l’eau, décrite par l ’ Illustration (pointe au sud, proue au nord). La recherche, qui se fait à l’aide d’un magnétomètre, placé sur une chaloupe, baptisée Docteur Morice , en hommage au médecin français, aboutit à l’identification d’une épave parmi huit potentielles, le lieu du naufrage étant fort encombré … Des inscriptions « Messageries impériales » sur la vaisselle remontée, confirment le succès de la recherche. C’est ainsi que, statue après statue, dix-huit pièces sont remontées. Mais Robert Stenuit est insatisfait, car le compte n’y est pas : son estimation initiale, fondée sur la connaissance de la liste des pièces envoyées, prévoyait une dizaine de pièces supplémentaires. De fait, une meilleure exploitation des archives lui permettra d’apprendre, de retour en France, qu’un premier lot, envoyé avant le naufrage, avait rejoint Marseille puis Lyon. Après quelques péripéties et grâce à une étonnante intuition, Stenuit retrouvera les dix statues manquantes au muséum d’Histoire naturelle de Lyon, où elles avaient rejoint les échantillons zoologiques et botaniques, envoyés les années précédentes par le médecin lyonnais.
Pour reprendre le joli mot de Stenuit, ces pièces, qu’il retrouva déposées dans un couloir de service du muséum, avaient été « enterrées plutôt qu’englouties ». Une simple étiquette mentionnait pour l’une d’elles : « Tête de monstre. Grès. Provenance inconnue. Art cham, XIII e - XIV e siècle. Recueillie en 1933.MGL 2415 ».
La plupart des pièces collectées lors de l’expédition de Robert Stenuit – dont celle-ci – furent dispersées lors d’une vente Christie’s à Amsterdam (2). Le catalogue décrit quatorze numéros pour treize pièces complètes et sept fragments.
Le double intérêt de la recherche menée par Stenuit est d’une part, de nous permettre de mieux dater certaines pièces cham (3) et d’autre part, de nous défier de certains pedigrees présumés, car « l’expédition » Stenuit nous offre une autre leçon : la recherche de la provenance des pièces est toujours délicate, en particulier en art cham ; l’étiquette du musée d’histoire naturelle de Lyon en témoigne : datée de 1933, l’arrivée de la pièce était, nous l’avons vu, bien antérieure (1877). Heureusement, des écrits publics ont permis d’établir la vérité. Qu’en aurait-il été au gré des mémoires privées, qui confondent souvent au cours des générations, arts khmer, cham, indien, au nom d’un Extrême-Orient abusivement générique ?

(1) Le Witte Leeuw « lion blanc », revenant des Indes Néerlandaises, fut envoyé par le fond par deux caraques portugaises le 2 juin 1613, en face de l’actuelle Jamestown (Sainte Hélène).
(2) « Indian, Himalayan and Southeast Asian Art », Christie’s Amsterdam, 31 octobre 2000, pp.96-103.
(3) Par exemple, le no197 du catalogue de la vente Christie’s datable du style de Thâp-Mam, du XII e siècle, permet une comparaison heureuse avec le no175 reproduit dans « Le musée de sculpture Cam de Dà Nang » (Editions de l’AFAO, Paris 1997, p.168). La comparaison entre les deux têtes de Kala, la première supportant une divinité, la seconde seule, autorise à lever tout doute sur la pièce du musée de Dà Nang, trouvée très probablement à Tra Kiêu et entrée au musée en 1918. Si des différences stylistiques persistent, l’économie générale commune des pièces et la très faible probabilité de l’existence de faux à l’époque de Morice, sont autant d’arguments en faveur de l’authenticité de la pièce de Dà Nang.
9. André Maire (1898-1984) « Le bouddha de Tra-Kieu », Fusain et craie sur papier, 65 x 50 cm, signé et daté 1956 en bas à gauche.

Deux ans avant son retour définitif en France , l ’ artiste français , alors professeur à l ’ Ecole d ’ Architecture de Dalat , poursuit son œuvre basée sur une réinterprétation imaginaire et poétique du réel. Ici , un éléphant cham du X e siècle , probablement dessiné au musée de Tourane , prend corps dans un temple , lui-même habité par un grand bouddha (figuré de dos) , peut-être une réminiscence de Dong Duong …
10. Le temple cham de Po Klaung Garai, v.1920.
Le Champa historique


11. Ensemble de la salle principale du musée cham de Tourane , 1922.


Le visiteur qui se rend aujourd’hui au Vietnam autour de Phan Thiêt, Phan Ri et Phan Rang ou encore vers Châu Dôc, et qui rencontre différentes personnes vêtues parfois curieusement, aurait bien du mal à croire que celles-ci, des Cham, ont été les habitants de pratiquement les deux tiers, en longitude, du Vietnam d’aujourd’hui. Au X e siècle, l’empire khmer et le Champa constituaient les principales puissances du Sud-Est asiatique continental, alors qu’au nord, le Dai Viêt n’était qu’un tout jeune royaume après avoir été, pendant plus de mille ans, une province rattachée à l’empire chinois.
Nos sources pour la connaissance de l’histoire du Champa sont à la fois textuelles et archéologiques.
On dispose d’une part, des textes chinois et vietnamiens (Annales), des récits des voyageurs (chinois, arabes, jusqu’aux missionnaires occidentaux, en passant par Marco Polo), des manuscrits cham (notamment ceux conservés à l’Inventaire des Archives du fonds de la Société Asiatique de Paris), de l’épigraphie (il y a environ deux cent dix pierres inscrites recensées, écrites entre le IV e et le XV e siècle, tantôt en sanscrit, tantôt en vieux cham et parfois dans les deux langues). Bon nombre d’entre elles attendent encore de réelles traductions qui restent délicates, car elles postulent une connaissance réelle de l’histoire générale du pays que n’ont pas les purs linguistes.
On dispose, d’autre part, des vestiges archéologiques que sont les originales tours cham de Hoà Lai à Chiên Dan, de My Son à Po Klaung Garai et tant d’autres, présentes malgré l’usure du temps et les terribles destructions apportées principalement par la deuxième guerre du Vietnam.
L’on pourrait ajouter à ces sources la mémoire de ces Cham du Vietnam, quatre-vingt mille dans les deux provinces de Binh Thuân et Ninh Thuân au centre Vietnam, quinze mille à Hô Chi Minh Ville (Saigon) et à Châu Dôc (province d’An Giang), tout près de la frontière cambodgienne, ainsi que celle de leurs cent cinquante mille « concitoyens » du Cambodge, survivants de la barbarie khmer rouge. Les Cham du centre Vietnam sont d’héritage brahmaniste (les Cham Ahirs, ou encore Cham Kaphia ou Cham Chuh), les autres suivent un culte islamique particulier (les Cham Bani). A ceux -ci et à ceux-là, il faudrait encore ajouter les trois cent mille habitants des Hauts Plateaux de langue austro-asiatique (les Mnong, les Naa et les Stiêng) ou de langue austronésienne (les Jarai, les Rhadé, les Churu, les Ra-glai) qui ont participé complètement à l’histoire du Champa, les habitants des plaines ou Cham proprement dits n’ayant évidemment pas été les seuls habitants du pays cham.
Le Champa apparaît dans les textes chinois au II e siècle. Il occupera des territoires s’étendant du nord au sud, de la Porte d’Annam (Hoanh So’n) à pratiquement la hauteur de Hô Chi Minh-Ville (la Baigaur cham) entre les VIII e et X e siècles et il s’étendra jusqu’à l’ouest du Mékong comme en témoignent le site khmer du Laos de Vat Phu, la stèle de Vat Luang Kau ou le Prasat Damrei Krap du mont Kulen au Cambodge ou encore l’expédition conduite par Doudart de Lagrée qui, traversant le Bassac en 1883, note que les populations s’y souviennent encore des Cham.
S’il fallait des preuves écrites de la présence ancienne des Cham sur les Hauts Plateaux, on pourrait évoquer les inscriptions du temple de Kon Klor, situé dans la vallée de Bla près de Kontum et daté de 914, qui évoquent la construction par un chef local du nom de Mahindravarman, d’un sanctuaire dédié au dieu Mahindra-Lokesvara ou d’autres inscriptions comme celles du temple de Yang Prong (fin XIII e -début XIV e siècle), ou du temple de Yang Mum (fin XIV e -début XV e siècle)…
L’histoire du Champa, et de ses débuts qui restent mal connus, est faite de gloires, de défaites mais aussi d’une inexorable destinée qui, d’une civilisation brillante et complexe ne laissera que des temples effondrés, des sculptures très originales qui ne se laissent pas facilement appréhender et un peuple décimé et dispersé. Ce sont les Annales chinoises qui nous rapportent, qu’en 192 après J-C, les habitants vivant au sud de la commanderie chinoise du Renan (Nhât Nam en vietnamien), l’actuelle Hué, se soulèvent contre les Chinois pour fonder un Etat appelé Lin Yi qui, dans un premier temps, s’agrandit vers le nord jusqu’à la Porte d’Annam, et dans un second temps engloba au sud des principautés hindouisées. De 192 à 758, les textes emploient toujours le même vocable de Lin Yi ; ce n’est qu’à partir de 758 que le terme « Huan Wang » est utilisé. En 875, l’entité est désignée sous les termes « Chiem Thanh », transcription sino-vietnamienne de Champapura ou « cité des Cham ».
12. Danseuse , haut-relief, grès, hauteur 84 cm, style de Thâp-Mam, XII-XIII e siècle.


L’épigraphie nous propose deux inscriptions sanscrites, l’une datée de 658 trouvée au Centre Vietnam, dans le Quang Nam (C96, stèle trouvée auprès de My-Son E6), l’autre datée de 668 trouvée au Cambodge, inscription de Kdei Ang), utilisant pour la première fois le terme « Champa ». Décrire le Lin Yi primitif, quelle en était sa religion, sa ou ses langues, son peuplement, tout ceci reste encore véritablement à l’étude.
Ce que l’on connaît un peu mieux, c’est l’histoire du pays, du VIII e siècle jusqu’à, d’une part, la fin du Champa hindouisé en 1471 avec la chute de Vijaya et d’autre part de 1471 à 1832, un lent déclin parfois enrayé qui, de la perte du Kauthara à l’effacement du Panduranga, aboutira à la conclusion historiquement exacte que le Champa, en tant qu’Etat, n’existe plus. A partir de 1832, il s’intègre alors dans un Etat vietnamien conquérant, structuré, inscrit dans des frontières qui ne changeront plus pratiquement jusqu’à nos jours avec l’intégration du delta du Mékong.
Au VIII e siècle, le Champa s’étend donc de la Porte d’Annam au nord, au bassin du Donnai au sud. Organisé probablement en un Etat confédéral, il est divisé en ce qui semble avoir été des principautés, constituées de plaines alluviales, striées de chaînes montagneuses plongeant dans la mer, du nord au sud, nommément : Indrapura, Amaravati, Vijaya, Kauthara et Panduranga. L’histoire du Champa n’est pas uniquement celle du couple viet-cham : le pays entretient des relations avec la Chine dont il est vassal, à laquelle il paie le tribut, et à qui il envoie des ambassades, avec le Cambodge, relations qui deviendront très rapidement (à partir du IX e siècle) belliqueuses comme elles le seront avec le monde malais, principalement Java, ou avec le Dai Viêt. Toutes ces relations sont multiformes : belliqueuses, commerciales, mais aussi matrimoniales et surtout instables.
Du VIII e au XV e siècle, la civilisation du Champa est principalement hindouiste (sans exclure le bouddhisme – essentiellement en sculpture – de la fin du IX e et du début du X e siècle), c’est-à-dire qu’elle emprunte à l’Inde ses cultes, principalement le sivaïsme, sa langue, le sanscrit, son système social (les quatre classes) et sa conception de la royauté. Une élite aristocratique est garante de ce système politique, économique et social. Quant au peuple, il est constitué d’agriculteurs, pionniers de la culture du riz aquatique, – c’est au Champa qu’est née la variété de riz à courte durée d’évolution (cent jours), qui sera, une fois introduite en Chine méridionale au XIII e siècle, un grand vecteur de progrès de l’agriculture; de commerçants, exportateurs de bois de santal, de cannelle, de cornes de rhinocéros, de défenses d’éléphants; de céramistes, bons spécialistes des glaçures essentiellement du XII e au XV e siècle, ce dont témoignent les productions de Go Sanh dont le site est près de An Nhon, mais aussi de marins qui, à partir des deux grands ports de Tai Chiem (région de Hôi An) et Thai Nai (dans le Binh Dinh), commercent ou piratent selon les époques et les besoins…
Il va de soi que cette armature sociale était continuellement fragilisée du sommet à la base par les différents combats offensifs ou défensifs que les Cham eurent d’abord à mener contre les Chinois qui tentèrent plusieurs fois d’agrandir leur empire vers le sud à partir de l’Annam (« le sud pacifié » comme les Chinois nommaient avec beaucoup de condescendance. Le Vietnam d’alors) conquis et qui, pour cela, menaient des combats souvent victorieux. Ainsi, on sait que vers 446, Trà Kiêu, la capitale cham, est dévastée par le général chinois Tan Hezhi qui rafle des statues en or pour une valeur totale de cent mille taëls d’or fin, soit environ 3, 6 tonnes de métal… Contre les Javanais qui en 774 détruisent le temple de Pô Nagar à Nha Trang et, en 787, un autre temple près de Vira Pura (la «ville héroïque»), c’est-à-dire probablement près de Phan Rang dans le sud. Mais, ce qui n’était que tentatives va se transformer, à partir de la fin du X e siècle, à cause d’une insoutenable poussée démographique au nord, en une lente mais régulière poussée dévastatrice vers le sud, qui aboutira à l’annihilation du Champa hindouisé dont témoigne la destruction de Vijaya par le Dai Viêt en 1471.
13. Brahmane , Haut relief, grès, hauteur 72 cm, Style de My Son E1, VII e -VIII e siècle.

Un brahmane est membre de la plus haute des quatre classes (Sk : « varna » , « couleur » ) de l ’ Inde brahmanique.
C ’ est dans celle-ci que l ’ on choisissait les prêtres chargés des sacrifices. Ceux-ci , bénéficiant de nombreux privilèges , se consacraient à l ’ étude des Veda et des textes sacrés , ainsi qu ’ aux cérémonies religieuses. Cette sculpture est un des éléments d ’ un piédestal qui , constitué de blocs comparables , devait supporter soit un linga monumental (comme au centre du temple de My Son E1) soit une non moins monumentale divinité. La niche occupée par le brahmane est décorée au seuil , d ’ un fleuron de guirlandes. On note l ’ arcature surbaissée , large , surmontée d ’ un fleuron , terminée par des moulures. Le brahmane est en anjali et vêtu d ’ un sampot pendant très bas (presque jusqu ’ aux chevilles) et tenu par deux ceintures. Le mukuta est en forme de capuchon avec un diadème à trois gros fleurons. Les oreilles , longues , sont ornées de bijoux.
14. Carte du Champa avec ses sites archéologiques .
15. Les principaux sites Cham (tours, vestiges …)
16. Tête de Vishnu , grès, hauteur 25 cm, art khmer, IX-X e siècle


De fait, en l’an 1000, devant la menace d’un Dai Viêt hégémonique, redevenu indépendant, car libéré d’une occupation chinoise, les Cham déplacent leur capitale et quittent Indrapura (détruite en 982) pour Vijaya, bien plus au sud, sur le territoire de l’actuelle province de Binh Dinh. Ensuite, ce ne sont que combats, et le plus souvent défaites. En 1044, les Viêt prennent Vijaya et tuent le monarque ; en 1068, ils capturent le roi cham Rudravarman III qui, un an plus tard, échange sa liberté contre un territoire qui deviendra sous le règne du souverain viêt Ly Thanh Tông, la province (en viêt : châu) de Dia Ly, Ma Linh et Bô Chinh, amputant définitivement le royaume du Champa de son extrémité septentrionale.
Les Cham doivent également lutter contre les Khmer, vaincus en 1074 et 1080, mais vainqueurs en 1145 où ils s’emparent de Vijaya, les combats entre Khmer et Cham se poursuivant pendant, finalement, plus de cent cinquante ans (de 1074 à 1220). Outre des Viêt, des Khmer, des Javanais, les Cham eurent à subir les assauts des Mongols : en 1283, Sagatou, venant de la Chine conquise (les Mongols y ayant installé la dynastie des Yuan qui dirigera la Chine jusqu’à l’arrivée des Ming en 1368), décide d’envahir le Champa. Refusant toute confrontation, les Cham se réfugièrent dans la cordillère où, pendant deux ans, ils attendirent que l’occupant se retire. Si l’on ajoute à cela les luttes fratricides menées dans la deuxième moitié du XII e siècle par les principautés d’Amaravati et du Panduranga contre celle de Vijaya, on comprend la fragilité dans laquelle se retrouve le Champa au début du XIV e siècle. Mais la fragilité d’un Etat peut-elle justifier la frivolité d’un souverain ? L’amour passionnel peut-il tenir lieu de politique ? En 1306, le souverain Jaya Simhavarman III propose au roi du Dai Viêt – qui accepte… – les deux provinces de Ô et de Li en échange de la main de sa fille, la princesse Huyên Trân ; ainsi, toute la région située entre le col de Lao Bao jusqu’au col des Nuages, entre Hué et Tourane, devient – pour une fois pacifiquement – territoire vietnamien ; ajoutons que notre souverain cham mourut moins d’un an après l’arrivée de la princesse et que ce territoire, malgré quelques tentatives, ne fut jamais récupéré. Bien au contraire : dès 1307, un changement d’appellation des districts intervient ; Ô devient Thuân (« soumission ») et Li devient Hoa (« transformation »). Doux augures… Néanmoins, un répit de quelques dizaines d’années fut offert par un autre souverain, Chê Bông Nga, qui, monté sur le trône vers 1360, engagea victorieusement toute une série de campagnes militaires qui le mèneront jusqu’à la prise de Thang Long (l’actuelle Hanoi) et lui permettront de repousser toutes les contre-attaques des Viêt jusqu’à tuer leur roi, Trân Duê Tông, imprudemment venu attaquer Vijaya en 1377, année où les Cham prendront à nouveau Thang Long. En 1380, ce sont le Nghê An, le Diên Chaû et le Thanh Hoa qui sont pillés. En 1382, 1383, et 1389, Chê Bông Nga accumule les victoires et les pillages, jusqu’à ce qu’il soit tué par les Viêt en 1390. Son successeur, Jaya Simhavarman Sri Harijatti ne réussira pas à conserver la région, située au nord du col des Nuages, qu’il avait reconquise. A la fin de son règne en 1400, la décadence du Champa est déjà inscrite. A la frontière du nord, le Dai Viêt mobilise d’énormes forces militaires. A l’intérieur, la culture sanscrite, support indispensable à la fois de l’hindouisme et du mahayanisme, ne se renouvelle plus et s’étiole (on peut dater la dernière inscription sanscrite du Champa de 1252), car les relations régulières et directes que conservait le Champa avec l’Inde sont interrompues par les invasions musulmanes intervenues, en Inde, à la fin du XII e siècle. De plus, et le fait est tout à fait classique historiquement, les élites hindouistes légitimées par les dieux n’inspirent plus confiance à leurs inférieurs, car dans les faits les Khmer, les Chinois, mais surtout les Vietnamiens, apparaissent sur le long terme comme des guerriers supérieurs car, vainqueurs, et donc aux yeux des Cham (gouvernés et même gouvernants) comme les représentants des meilleurs systèmes politiques. Dès le début du XV e siècle, les Viêt s’emparent de la principauté d’Amaravati (c’est-à-dire, aujourd’hui le sud du Quang Nam et le nord du Quang Ngai).
17. Mukhalinga , grès, hauteur 48 cm (sans tenon), art préangkorien, « VII e siècle

Les deux pièces sont recouvertes de concrétions marines. La plus récente n ’ a pas son homologue en sculpture cham alors que la plus ancienne témoigne d ’ une inspiration très proche , (cf 1 , 2 )


En 1471, ayant surmonté la nouvelle invasion chinoise de 1407 et l’occupation dévastatrice qui l’avait suivie – les Chinois détruisent tout ce qui peut constituer une quelconque « vietnamité » – et ayant suspendu leur « Nam Tiên », les Viêt reprennent victorieusement celui-ci, cette fois plus que drastiquement puisqu’en 1471, la capitale cham Vijaya est conquise par le roi Lê Thanh Tông qui rase la ville, fait décapiter quarante mille personnes, en déporte trente mille, applique aux Cham ce que les Chinois avaient fait aux Viêt soixante ans plus tôt en détruisant systématiquement toute trace de « chamité ». En 1471, le monde sinisé s’impose localement sur le monde hindouisé qui, depuis le IV e siècle après J-C, dominait la partie orientale de l’Indochine. C’est à Vijaya, cette année là, que la borne frontière entre le monde chinois et le monde indien est posée en « Indo-Chine ».
Cette disparition du Champa hindouisé n’est pas que nominale : les Viêt, fidèles à leur conception du soldat-paysan, cultivant la terre qu’il protège et protégeant la terre qu’il cultive, préfèrent assurer la stabilité d’un lieu conquis avant d’envahir un autre ; ainsi, l’occupation s’arrête au col de Cù Mông alors que les troupes victorieuses avaient poursuivi plus au sud jusqu’au mont Thac Bi. Un chef militaire de Vijaya, Bô Tri Tri, devient vassal du Dai Viêt et responsable à la fois du Kauthara, du Panduranga et de tout l’ouest affèrent (les Hauts Plateaux) : un nouveau royaume cham est délimité dont le souverain obtiendra même l’investiture de l’empereur de Chine en 1478.
Mais si ce nouveau royaume apparaît nominalement cham, si l’on se réfère au système ancien, il n’est plus hindouisé. Bien au contraire, il va reposer idéologiquement sur un fond très complexe, puisant des éléments dans l’animisme des populations allogènes du sud, avec des ajouts indiens (tardifs), mais aussi à partir du XVII e siècle, sur des éléments de l’Islam, la religion du Prophète qui, si elle est présente dès le XII e siècle dans la région, ne s’implante réellement qu’à partir de cette époque dans les ports et les villes de celle-ci. Comme nous le verrons, il est évident que la statuaire classique cham n’est plus du même type alors même qu’elle devient beaucoup plus rare à partir du XVI e siècle. Mais changer de style ne signifie pas ne plus exister: les Cham, non seulement ne sont pas annihilés mais vont se rebeller contre les Nguyên, princes du Sud, opposés aux Trinh, princes du Nord, le tout sous l’autorité nominale des souverains, les Lê postérieurs. En 1594, ils vont aussi aider le sultan de Johore à lutter contre les Portugais de Malacca. De fait, les Nguyên surent mater assez rapidement les ambitions cham. En 1611, toute la partie nord du Kauthara jusqu’au cap Varela est conquise, transformée en province frontière de Tran Bien et peuplée de 30 000 prisonniers, ex-partisans des Trinh. Les Nguyen, en 1626 refusent de verser l’impôt des territoires qu’ils contrôlent, aux Lê, et leur refusent également l’hommage. La soumission du Champa devient alors pour eux une source de légitimité : dépositaires d’un réel « mandat du ciel », ils gagnent des territoires et des nouveaux vassaux. Plus tard, en 1653, la frontière est fixée dans la région de Cam Ranh, à la suite d’une guerre qui vit le roi cham Pô Nraup se suicider : une seule des cinq provinces d’origine, le Panduranga, reste cham. Celui-ci sera progressivement émietté : en effet, les Nguyên à partir de la deuxième moitié du XVII e siècle, commencent à s’emparer d’une partie de ce qui constitue encore à l’époque le delta khmer : en 1658, la région de la Bien Hoa actuelle est occupée ; pour la première fois, le danger viêt vient également du sud et toute tentative de reconquête des Cham se heurterait ainsi à un risque d’étranglement. En 1692, une tentative de reprise de l’ancien Kauthara par le roi Po Saut est sévèrement réprimée par les Nguyên : le Panduranga est transformé en une préfecture viêt appelée Binh Thuân dont, intelligemment, l’administration est confiée au frère du vaincu… mais avec un titre mandarinal viêt. C’est donc nominalement la fin du Champa en tant que pays indépendant. Mais, à la suite d’une révolte des Cham l’année suivante, le seigneur Nguyên rétablit le Panduranga dans ses droits. La royauté est restaurée, un nouveau roi, nommé Po Saktiraydaputih, tributaire annuel des Nguyên. Ce qui va subrepticement maissûrement effacer progressivement le Champa ou ce qu’il en reste, c’est l’exception juridique accordée aux Viêt habitant le pays : la préfecture de Binh Thuân créée en 1697 les administre directement à l’intérieur même des limites du Panduranga. Ce privilège d’administration mais aussi de juridiction fait que, à l’intérieur du pays cham, existent des zones de non-droit cham de plus en plus importantes, car l’immigration viêt sur des terres soit laissées en friche, soit gagées et perdues par les Cham, soit tout simplement achetées par les Viêt, entraîne une diffusion rapide et accrue de l’influence politique, économique et sociale, et donc culturelle des viêt aux dépens des Cham. Po Dharma emploie même l’expression de « véritable puzzle » pour caractériser le Panduranga d’alors.
18. Kut , grès, hauteur 80 cm, Style de Yang Mum, v. XV e siècle (détail)
19. Lion assis , Quasi ronde-bosse, grès, hauteur 30 cm, style de Chien Dan, X-XI e siècle


De la fin du XVIII e siècle jusqu’en 1832, le dépérissement cham s’accélère : c’est d’abord la révolte des Tây So’n contre les Nguyên, en 1771, qui fait du Panduranga-Champa le lieu d’affrontement privilégié car stratégique entre les opposants. Jusqu’en 1801, les combats font rage avec leur lot de dévastations. C’est ensuite malgré le répit d’une petite zone autonome entre la baie de Cam Ranh, la région de Ba-ria et le haut Dông-nai, confiée à Po Sau Nun Can, compagnon de lutte de l’empereur Gia Long, l’ancien Nguyên Anh le vainqueur des Tay-Son, (1802), le coup fatal porté par le fils et successeur (1820) de Gia Long, l’empereur Minh Menh, qui par le choix comme gouverneur de cette zone d’un de ses affidés, reprit peu à peu le contrôle de celle-ci, malgré l’opposition de Lê Van Duyêt, fidèle de Gia Long et vice-roi du Gia Dinh Thânh. A la mort de celui-ci en 1832, Minh Menh en éradique toute opposition, reprend sous son hégémonie le Panduranga et le rattache administrativement aux deux circonscriptions de An Phuoc et de Hoa Da, de la province de Binh Thuân.
En 1832, le Champa n’existe définitivement plus, malgré quelques sursauts tragiquement réprimés comme celui de 1833–34 lors de la guerre sainte (jihad), menée par le dignitaire religieux musulman le Katip Suma et le combat pour l’indépendance de Ja Thak Va, stoppé par sa mort en 1835.
Alors commence, après celle engendrée par la chute de Vijaya, la seconde déchéance des Cham. Cette fois, ce ne sont plus les élites, mais l’ensemble du peuple qui est concerné. Tout, sous l’égide des Viêt, doit disparaître, y compris les lieux de vie, puisque les Cham sont dispersés en hameaux, eux-mêmes englobés dans des villages viêt et plus tard, seulement identifiés comme l’une des cinquante quatre minorités du pays viêt …
20. Le temple cham de Po Klaung Garai , v.1920
L’architecture cham


21. Un exemple de réemploi possible de pierre cham (base d’un poteau d’habitation…)


Aborder l’architecture cham, c’est, d’abord, identifier des ruines. « Pillés et saccagés à maintes reprises au temps de leur splendeur, abandonnés ensuite des siècles durant aux intempéries des saisons et aux déprédations des hommes, il ne reste plus rien aujourd’hui de l’aménagement des temples ». (Maspero).
Le bilan, que dresse au début du XX e siècle Georges Maspero, traduit les siècles de dévastations subies par les Cham, notamment au travers de leurs monuments, attributs de leur puissance et conservatoire de leurs richesses. Nous donnons plus haut les différentes dates de ces destructions successives, liées aux affrontements avec leurs voisins immédiats.
D’autre part, de nombreuses et violentes guerres intestines ont longtemps rongé de l’intérieur le territoire cham, son peuple et ses monuments…
En outre, à ces démolitions guerrières, il faut ajouter d’une part, l’usure du temps qui a conduit à l’affaissement et à la dislocation des structures – le plus souvent dus aux sols meubles qui soutenaient les kalan – et entraîné la chute des sculptures fixées sur l’armature de briques, et d’autre part, l’usage postérieur des populations se servant des temples comme carrières, où l’on venait se servir d’un matériau abondant (briques et pierres) et aisé d’accès, pour édifier de nouvelles structures. Les Viêt ayant remplacé presque exhaustivement les Cham lors du « Nam Tiên », ces temples n’avaient en effet plus aucune signification religieuse pour eux.
La guerre récente a également tragiquement affecté les monuments cham. Souvenons-nous que, lorsque Parmentier inventorie le site de My Son au début du XX e siècle, il dénombre soixante-dix tours ou temples. Aujourd’hui, n’en subsiste qu’une vingtaine. Si l’on rappelle simplement que jusqu’en 1945, l’EFEO a mené d’importants travaux de restauration, l’on conçoit la néfaste action de la guerre. Le plus funeste fut peut-être le bombardement américain de 1969 qui détruisit, notamment à My Son, les groupes A et A’ constitués de dix-neuf structures, parmi lesquelles la splendide et magnifique Tour A1, au prétexte qu’un émetteur viêt-cong y aurait été installé. La Tour A1 servit à Jean Boisselier pour peaufiner sa datation progressive en style de Khuong My et style de Tra Kiêu, au sein du style de … My Son A1.
Il est donc très difficile encore aujourd’hui de véritablement décrire l’architecture cham. Nous sommes donc conduits à présenter un schéma global pouvant servir à la description d’une sorte de type « idéal ».
Dans l’architecture cham, deux types d’agencement des sites sont rencontrés :
Soit un ensemble architectural triple, composé de trois tours parallèles, dédiées respectivement à Brahma, Shiva et Vishnu, comme par exemple à Chien Dan (nord de Tam Ky), Khuong My (sud de Tam Ky), Duong Long (Tay Son), Hung Thanh (Qui Nhon), Hoa Laï (Phan Rang);
Soit une tour centrale dédiée à Shiva comme par exemple à Dong Duong (Thang Binh), My Son A1 (Duy Xuyën), ou à la « Tour Ba » (Nha Trang).
Il semble que chronologiquement les premiers ensembles de tours étaient à trois tours parallèles vouées aux trois dieux. Puis vers le IX e siècle, on assiste à une rupture de l’équilibre et à l’élection de Shiva au premier rang, même si une inflexion pour Shiva était déjà remarquable dans le système des trois tours parallèles, puisque la tour dédiée à Shiva était toujours la plus haute. On peut noter également que, si cette observation semble valable, cela implique de nombreux réaménagements des temples au cours des siècles, seule la structure de base étant alors gardée.
A l’origine, selon la conception indienne qui préside à l’érection des ces temples, le temple cham est une miniaturisation du mont Meru, ou précisément de son ou ses sommets, figurés par la structure pyramidale en escalier, chaque niveau répétant en plus petit le précédent. On peut supposer que la cordillère du Centre, partie intégrante de l’espace géographique cham, a su reprendre son autorité figurative sur le temple cham : on peut ainsi expliquer les « tours linga », circulaires avec un sommet arrondi et renflé (et non pointu et pyramidal) en forme de linga comme à Bang An (Quang Nam).
Plan général théorique d ’ un temple cham





Le temple principal ou « kalan » en langue cham est entouré de tours et de dépendances, au sein d’une enceinte. Il s’ouvre généralement vers le soleil levant, c’est à dire l’est (sauf à My Son où certains kalan s’ouvrent à l’ouest, tandis que, toujours à My Son, le fameux kalan A1 s’ouvre à la fois à l’est et à l’ouest).
Dans l’architecture cham, l’on peut noter aussi les tours secondaires avec des toits recourbés en forme de barque, très spécifique de l’architecture du Sud-Est asiatique, comme à My Son ou à Po Klong Garai.
Coupe transversale théorique d ’ un kalan.





Le kalan se compose de bas en haut, d’un piédestal carré (le bhurloka), symbole du monde matériel, d’un corps principal, lui-même carré (le bhurvaloka ) , symbole du monde prémonitoire et d’une toiture pyramidale (le svarloka), symbole du monde spirituel.
Aménagement interne (coupe transversale)



A l’intérieur du kalan est située la statue principale ou le linga lui-même, chacun reposant sur le snanadroni, récipient très peu profond possédant un bec d’écoulement (ou somasutra) dirigé vers le nord. Les différents liquides des ablutions faites, soit sur la statue, soit sur le linga, sont recueillis dans le snanadroni (appelé simplement yoni dans le cas du linga), et s’écoulent par le somasutra hors du kalan, où ils seront recueillis, car considérés comme sacrés, par les fidèles.
La tour (« kalan ») est dédiée au culte des rois et à leurs saints protecteurs.
Exiguë, elle sert aux officiants – non aux aux fidèles – qui tournent autour de l’ensemble divinité-snanadroni. Sauf dans les temples bouddhiques comme à Dong Duong puisque l’autel y est adossé à un mur orienté lui-même à l’ouest.
En sortant du kalan proprement dit, l’on entre dans un vestibule où, à gauche, se trouve le taureau Nandin, toujours couché la tête orientée vers l’ensemble divinité-snanadroni ou l’ensemble linga-yoni. Une fois parcouru ce vestibule, on accède à sa porte d’entrée, flanquée à gauche et à droite de pilastres souvent recouverts d’inscriptions. Face au kalan se trouve un gopura, tour-portique orientée est-ouest.
Le mandapa (« pavillon » en sanskrit), édifice en longueur, construit en briques, a plusieurs fenêtres et deux portes orientées est-ouest ; c’est le lieu de méditation et des prières précédant la cérémonie rituelle au kalan.
Trois types de mandapa sont rencontrés selon le schéma ci-dessous :
Devant la tour-kalan est situé le kosa grha, dépôt d’objets de culte avec une porte vers le nord et des fenêtres orientées est-ouest. Cette construction, à nouveau en briques, est à toiture recourbée en forme de barque.
Le gopura (tour portique) et l’enceinte sont également en briques. A l’extérieur de l’enceinte, on peut trouver une tour à stèle, tandis qu’à l’intérieur de l’enceinte figurent des petits temples consacrés soit aux favoris de la divinité, soit aux dikpalaka.
Généralement, au cours du temps, d’autres tours à fin de dévotion sont ajoutées : pour augmenter la puissance du dieu, les tours postérieures viennent enserrer, plus hautes, la tour originelle. Ainsi, sur le terrain à My Son, il est confirmé (toutes dégradations postérieures étant oubliées) que la tour A1 datée du X e siècle est plus haute et rayonnante que la tour E1 datée du VII e siècle.
Tous les auteurs vietnamiens pensent que les constructeurs cham ont, pour lier les unes aux autres les briques parallélépipédiques (mesurant 30 cm x 20 cm x 10 cm et cuites à faible température) utilisées pour la construction de toutes ces structures, employé une résine de Pipterocapus Alatus Roxb bouillie et mélangée à la chaux (provenant de la calcination de coquillages) et à la poudre de brique. On notera que la pierre (grès) est utilisée pour, outre les divinités déjà décrites, les jambages, les pilastres, les linteaux et les pièces angulaires. Le temple cham a donc bien une armature de brique sur laquelle viennent s’apposer des éléments lithiques.
Chaque temple possède son mythe fondateur, bijectif avec les mythes fondateurs hindous. Le temple est l’image de l’univers, mais aussi celle du dieu. Par exemple, dans un temple consacré à Shiva, le linga est l’âme de Shiva et le temple est son corps.
Le temple est, nous l’avons vu, le mont Meru, axe du monde et du Jambudvîpa, continent mythique que les mondes indien et indianisé identifient à l’Inde. Mais pour autant, on ne trouve pas au Champa d’image de l’océan annulaire entourant le Jambudvîpa, selon la cosmologie divine mythique indienne, traduite par un bassin (par exemple, en Inde) ou une tour circulaire (comme au Cambodge).
Le temple est donc le corps du dieu, mais aussi l’univers sur lequel règne ce dieu. Cet univers accueille les dieux qui vont servir le dieu principal. Le premier serviteur, premier dieu ou plus précisément première déesse, est l’épouse du dieu. Dans le cas très répandu des temples shivaïtes au Champa, cette épouse est Parvati située dans une chapelle proche du temple principal. Nandin, Ganesha et Skanda assurent leur service dans des bâtiments annexes isolés les uns des autres.
La pûjâ (« culte » en sanskrit) désigne tout cérémonial par lequel le dieu est vénéré. En théorie, celui-ci obéit à des règles inscrites dans les shâstras (sk : « règle, précepte ») et les agamas (« tradition »), qui varient selon les époques et les lieux. En retenant un minimum de ces pratiques recueillies dans tout le monde indianisé, l’on peut néanmoins en identifier, certes a posteriori, un schéma de base pouvant s’appliquer à toute divinité cham. Ce culte s’inscrit dans la durée.
D’abord, la statue est installée au temple : les prêtres la purifient avec de l’encens et du camphre en chantant les mantras (en sanskrit « man » veut dire penser), ces syllabes sacrées, parcelles sonores du pouvoir cosmique. Ainsi pour Shiva, le mantra associé est « hrîm ». Puis les prêtres invitent le dieu à descendre dans son image (de pierre ou de métal). Celle-ci est ensuite installée par les rites de l’infusion du souffle et de l’ouverture des yeux. A la fin du rite, on remercie la divinité pour son passage dans son image.
Ensuite, une fois installée au temple, la divinité est célébrée plusieurs fois par jour (aube et crépuscule, et parfois à midi et à minuit). Le célébrant, purifié, tape sur une cloche pour réveiller le dieu endormi, et va oindre la statue d’huile, de camphre, de fleurs, de pâte de santal, mais aussi, surtout pour le linga, de lait et d’eau recueillis ensuite par le somasutra du yoni.
Ce culte, localisé, n’est valable que pour les sculptures, qui, une fois installées, ne seront plus jamais déplacées. Inamovibles, elles doivent être distinguées d’autres, mobiles celles-là, utilisées soit pour les processions, soit pour les dévotions privées.
22. Les dix principales mudra , Dictionnaire de la sagesse orientale. Bouddhisme , Hindouisme , Taoïsme , Zen. Robert Laffont , coll. Bouquins , 1989.





Dhyani Mudra (méditation)

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