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L'Art gothique

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Description

Développé à travers l’Europe pendant plus de 200 ans, l’art gothique est un mouvement qui trouve ses racines dans la puissante architecture des cathédrales du nord de la France. Délaissant la rondeur romane, les architectes commencèrent à utiliser les arcs-boutants et les voûtes en berceau brisé pour ouvrir les cathédrales à la lumière. Période de bouleversements économiques et sociaux, la période gothique vit aussi le développement d’une nouvelle iconographie célébrant la Vierge, à l’opposé de la thématique terrifiante de l’époque romane. Riche de changements dans tous les domaines (architecture, sculpture, peinture, enluminure, etc.), l’art gothique s’effaça peu à peu face à la Renaissance italienne.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 09 mars 2016
Nombre de lectures 3
EAN13 9781785259425
Langue Français
Poids de l'ouvrage 15 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0025€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Texte :
Victoria Charles et Klaus H. Carl
Traduction :
Laurent Jachetta

Mise en page :
Baseline Co. Ltd
61A-63A Vo Van Tan Street
4 e étage
District 3, Hô-Chi-Minh-Ville
Vietnam

© Confidential Concepts, Worldwide, USA
© Parkstone Press International, New York, USA
Image-Bar www.image-bar.com

Tous droits d’adaptation et de reproduction, réservés pour tous pays.
Sauf mentions contraires, le copyright des oeuvres reproduites appartient aux photographes, aux artistes qui en sont les auteurs ou à leurs ayants droit. En dépit de nos recherches, il nous a été impossible d’établir les droits d’auteur dans certains cas. En cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la maison d’édition.

ISBN : 978-1-78525-942-5
Victoria Charles et Klaus H. Carl



L ’ Art gothique
Saint Eustache part pour la chasse , détail du vitrail de la Vie de saint Eustache , collatéral nord, cathédrale Notre-Dame, Chartres, vers 1200-1210. Vitraux polychromes et plomb.
Sommaire


Introduction
L’Architecture gothique
La Peinture gothique
La Sculpture gothique
Conclusion
Bibliographie
sListe des illustrations
Jan Van Eyck , Sainte Barbara , 1437. Pointe d’argent sur papier,
31 x 18 cm. Koninklijk Museum voor Schone Kunsten, Anvers.


Introduction


Si l’on sait que le gothique est apparu au milieu du XII e siècle, il n’est pas facile de dater son commencement avec précision, dans la mesure où il a remplacé le roman de manière progressive. De la même manière, la fin du gothique est difficile à dater, bien qu’on sache la situer vers le début du XV e siècle. Le peintre, architecte et écrivain italien Giorgio Vasari qualifiait de gothique – ce qui dans sa bouche correspondait à peu près à barbare – cette nouvelle façon de construire, qui arriva en Italie par les Alpes, et qui, en dépit des résistances italiennes, refoula peu à peu le roman, héritier de l’Antiquité. Ce sont bien les tailleurs de pierres et autres artisans allemands qui ont permis l’expansion de ce style nouveau ; et si « allemand » et « gothique » ont longtemps signifié la même chose, cela est dû, de longue mémoire, aux invasions et aux pillages des Wisigoths, qui ont pendant si longtemps dominé l’Italie. Cependant, de même que l’art roman est en réalité un style allemand, le gothique est lui plutôt d’origine française, puisque les premières constructions gothiques sont apparues dans le Nord de la France, plus précisément dans les environs de Paris.
C’est toutefois dans le style des cathédrales de Munster, de Cologne (Illustrations 1 , 2 , 3 ), d’Ulm, de Fribourg , de Strasbourg (Illustrations 1 , 2 , 3 , 4 ), de Ratisbonne ou encore de Vienne que s’exprime l’apogée du gothique, dont les ornements ont été élevés à leur plus haut niveau de qualité artistique. Une fois ce niveau atteint, on peut dire que la puissance du gothique n’a cessé de décliner. En effet, bien que des églises gothiques fussent par la suite construites à l’envi dès lors que les moyens le permettaient, le système, qui avait déjà atteint le sommet de son développement, n’offrait plus guère de possibilités de se redéployer. Tandis que le roman a montré des signes de fraîcheur et d’adaptabilité jusqu’aux derniers instants de sa domination, on peut dire que le gothique se contenta, quant à lui, de survivre jusqu’à sa décadence. On peut apprécier, dans les monuments gothiques datant de cette époque d’apogée, l’harmonie la plus parfaite entre la témérité d’une fantaisie sans borne, et le calcul savant, la compréhension pratique. Mais c’est bien avec les créations du gothique primaire ou protogothique que l’on peut ressentir la sensibilité artistique avec laquelle le courage de l’inventeur a fait ses premiers essais. Aussi en France, en Angleterre ou en Espagne est-il intéressant de remarquer combien l’irrégularité, la richesse et la pureté plastique des décors gothiques, survenus juste après le commencement de cet art, contrastent avec la régularité froide et parfaite atteinte lors de l’apogée du gothique.
L’enthousiasme brûlant avec lequel le jeune poète et naturaliste Johan Wolfgang von Goethe à Strasbourg, et après lui les romantiques, regardèrent les majestueuses créations gothiques, célébrées comme le sommet de l’esprit artistique, s’est quelque peu éteint du fait de la froide observation scientifique, qui a démontré, documents à l’appui, que l’origine du gothique se situe bel et bien en France. Il est désormais établi que si des maîtres d’œuvre français ont fréquemment été appelés à travailler à l’étranger pour y introduire le gothique, des maîtres d’œuvre et tailleurs de pierre allemands se rendirent quant à eux en France, et particulièrement à Paris, à l’époque où les conditions de cet art se sont formées, à savoir vers la fin du XI e siècle. C’est certainement à cette époque que le gothique français a connu la part la plus formidable de son éclosion, puis de son développement.
La condition d’apparition la plus décisive de l’art gothique est certainement le renforcement de la bourgeoisie et, ce qui en est la conséquence directe, l’épanouissement des villes. La bourgeoisie cherchait en effet à exprimer sa prospérité et son envie de pouvoir, ce qu’elle fit en faisant bâtir de magnifiques cathédrales, lesquelles témoignaient de la splendeur et de la richesse de la ville où elles avaient été érigées. De la même manière que la culture française, imprégnée de mœurs courtoises et de galanterie chevaleresque, infiltra peu à peu l’ensemble de la culture européenne, qu’il s’agisse de costumes, de langage ou de poésie, l’art gothique fit également tache d’huile en Europe, diffusant dans son sillon nombre d’éléments de culture française. L’art gothique correspondait non seulement aux pressions que les villes exerçaient pour la reconnaissance de leurs droits, mais aussi, de manière plus pratique, au besoin qui était le leur, de posséder des églises plus spacieuses et plus claires pour répondre à leur croissance démographique soutenue. À ceci s’ajoute un fait religieux : la foi profonde de l’homme du Moyen Âge, laquelle a fondé les us et coutumes de cette époque, et le désir très fort d’une spiritualité céleste, ont très certainement trouvé leur plus simple expression dans ces clochers dressés vers le ciel, ou encore dans la vertigineuse hauteur des voûtes intérieures et des piliers qui les portaient.


Ugolino di Vieri , Reliquaire du Saint-Corporal de Bolsena,
cathédrale d’Orvieto, 1337-1338. Argent doré et émaillé, h : 139 cm.


Façade occidentale, cathédrale Notre-Dame, Laon, commencée avant 1200.


Villard de Honnecourt , Dessin de la tour de la cathédrale de Laon, vers 1230-1240. Encre sur parchemin. Bibliothèque nationale de France, Paris.


Cette « poussée vers le haut », cette « recherche céleste » est certainement, sinon la seule, à tout le moins la plus déterminante des conditions qui ont entraîné l’art gothique dans cette tendance verticale, qui contraste avec le penchant plus horizontal des constructions romanes. Il n’est, bien entendu, pas permis d’accorder à cet élément spirituel plus d’influence que nécessaire. En effet, au premier plan de toute entreprise artisanale, se trouvent toujours des considérations purement techniques, et non esthétiques. De même qu’un nouveau système de clés de voûte est apparu en France pour des raisons très techniques, l’art de la construction s’est peu à peu développé sur la base d’une pensée très pragmatique. Au Moyen Âge, les architectes avaient déjà conscience qu’on ne construit un bâtiment qu’en le déployant depuis l’intérieur. Ils considéraient donc les éléments extérieurs, dans la mesure où ils n’étaient en rien déterminants pour l’érection du bâti, comme le dernier de leur souci, ou plutôt comme celui des tailleurs de pierre, lesquels les exécutaient selon les consignes du maître d’œuvre désigné par le clergé. (Ce dernier peut être considéré comme un architecte au sens moderne du terme) Cela explique que, pendant la domination du gothique, les hauts clochers pointus qui ont donné à chaque église sa touche particulière, ont souvent été érigés sur de plus petites constructions.
Le gothique n’est pas apparu du jour au lendemain, mais il résulte d’un système qui s’est mis en place petit à petit. L’art et la construction gothiques, qui suivent immédiatement l’apogée du roman, au milieu du XII e siècle, et lui sont parfois même concomitants, doivent être directement reliés au style et au système de la basilique voûtée, telle qu’elle s’est répandue dans la période romane. Les plans des églises, ainsi que les principales dispositions des espaces, restent en effet identiques. Il n’y a que par son architecture que le gothique est clairement distinct. Dans la sculpture et dans la peinture par exemple, il est plus difficile d’établir des frontières entre les deux styles. Ainsi les créations gothiques sont porteuses d’une certaine multiplicité, héritée de la succession des différentes époques. On distingue les monuments gothiques selon qu’ils relèvent du protogothique, du gothique classique – où sont apparus les bâtiments les plus accomplis – ou encore du gothique tardif. Le protogothique est apparu en France entre 1140 et 1200, le gothique classique entre 1200 et 1350, et le gothique tardif entre 1350 et 1520, alors qu’il n’apparaît en Italie qu’à partir de 1200. On introduit la terminologie Early English pour caractériser ces ogives étroites, les lancettes, datant de 1170 à 1250, immédiatement suivies de la période gothique classique dans les années 1250 à 1350. Ensuite apparaissent le gothique flamboyant et le gothique perpendiculaire entre 1350 et 1550 environ. En Allemagne, le gothique primaire, qu’on situe dans la courte période de 1220 à 1250, est rapidement remplacé par le gothique classique jusqu’en 1350, lui-même l’étant par le gothique tardif, qui durera jusqu’en 1530.
Le gothique montre un visage différent selon les pays qui l’accueillent, notamment pour ce qui concerne l’ornementation. À l’instar du roman, des particularités nationales se sont développées. Pourtant, les traits caractéristiques et les éléments architecturaux sont les mêmes dans tous les pays où le gothique s’est adapté, et c’est la raison pour laquelle nous sommes autorisés à parler de système, comme pour le roman.
Abside, cathédrale Saint-Pierre, Beauvais, commencée en 1225 et rénovée en 1284 et en 1573 après son effondrement.


L’Architecture gothique


Le Système de construction gothique
L’ogive est la caractéristique extérieure la plus frappante du gothique. C’est la raison pour laquelle on nomme parfois le gothique « architecture ogivale ». Les conditions de son développement résultent de la nouvelle façon de construire les voûtes, laquelle a peu à peu remplacé la méthode romane, en opposant une construction de structures à une construction massive. De cette opposition est né le système de butée, qui a permis aux créations les plus audacieuses des artistes les plus fantaisistes de bénéficier d’une parfaite sécurité, et d’une extrême stabilité.
La voûte d’arêtes se dresse entre des arcs-doubleaux finissant en pointe. Elle est portée en diagonale jusqu’au point culminant de la voûte par une nervure, elle-même tenue par une clé de voûte. Comme ces nervures furent construites en pierre, les portions de voûtes ou voûtains, entre celles-ci et les arcs-doubleaux, n’eurent besoin que de légères structures de pierre pour tenir. Bien qu’à l’origine ces nervures possédassent une haute signification architecturale, elles devinrent, au cours du développement de l’art gothique, de simples objets décoratifs, si bien que leur nombre passa de deux à trois, voire à quatre. Ainsi, apparurent d’abord les voûtes à six ou huit nervures (voûtes en croisillon). Par la suite, les voûtains furent entourés de tellement de nervures, qu’apparurent les voûtes en étoile, les voûtes nervées, et finalement les voûtes en éventail, avec une clé de voûte profondément suspendue, telle qu’on peut fréquemment la rencontrer, à grand renfort de fantaisie, dans le style anglais.
La pression exercée par la voûte est transmise par les nervures de la voûte d’arêtes sur les piliers de la nef, qui supportaient également les arcs-doubleaux. Comme ces piliers ne devaient plus seulement supporter le poids principal, comme autrefois les murs, mais devaient notamment résister à la pression latérale de la voûte, ils furent renforcés non seulement dans leur structure propre, mais aussi au moyen d’une culée d’arcs-boutants, culée massive au niveau des murs extérieurs des bas-côtés de la nef, plus légère au niveau des murs supérieurs de la nef. Afin que cette culée remplisse totalement sa fonction, elle fut conduite par-dessus les murs et reliée aux piliers de la nef par l’intermédiaire des arcs-boutants. Ceux-ci assuraient la sécurité absolue de la construction. Afin de montrer que le système de construction gothique avait atteint, avec la culée d’arcs-boutants, son achèvement le plus total, elle fut complétée de fines tourelles pointues, les pinacles, qui reposaient sur une structure à quatre côtés, la meule, et se terminaient par une flèche pyramidale. Ces pinacles furent d’abord structurés et décorés comme les clochers principaux. Les arêtes des flèches furent parées de crochets et de figures en forme de bulbes ou de feuilles, puis finalement, leurs pointes furent couronnées de fleurons à quatre pétales.
C’est dans la cathédrale d’Amiens (Illustrations 1 , 2 ) que l’on perçoit au mieux le jeu des voûtes, des piliers et des arcs-boutants. Les parois de la nef ne forment jamais une masse fermée, car le gothique ne privilégie pas les vastes surfaces et veut mettre à nu le squelette du bâti. De même que les parois inférieures de la nef sont interrompues par des arcades pointues, les parois supérieures, sous les fenêtres, le sont par le triforium, un étroit passage ouvert à travers les arcades, contre la nef. Les piliers sont également conçus de manière totalement différente du roman, étant donné qu’ils remplissent une toute autre fonction. Des colonnes en demi ou en trois-quarts, placées devant un noyau cylindrique, portent, dans l’axe longitudinal des arcades, ainsi que dans l’axe transversal, à la fois les voûtes des bas-côtés de la nef, et celles de la nef. C’est ainsi qu’est apparu le pilier fasciculé, qui compte parmi les innovations essentielles du gothique. Ce nouveau type de pilier est certes maintenu solidairement avec le chapiteau, mais ce chapiteau, formé d’une couronne de feuillages, ne constitue plus le sommet du pilier. Les colonnes en trois-quarts surplombent le tailloir, afin de relever les arcs-doubleaux et les nervures de la voûte. Du fait de cette fonction portante, on a nommé ces piliers, jeunes ou vieilles servantes, en fonction de leur volume.


Girart de Roussillon , Chanson de geste : chantier , seconde moitié du XV e siècle. Nationalbibliothek, Vienne.


Façade occidentale, ancienne cathédrale Notre-Dame, Senlis, vers 1151/1153-1191.


Parement de Narbonne , vers 1375. Encre sur soie, 77 x 286 cm. Musée du Louvre, Paris.


Déambulatoire, église Saint-Denis (ancienne église abbatiale bénédictine), Saint-Denis, entre 1140 et 1144.


Façade occidentale, église Saint-Denis (ancienne église abbatiale bénédictine), Saint-Denis, avant 1140.


Plan de la cathédrale Notre-Dame, Paris.


Parmi les apports du gothique, il ne faut pas omettre l’introduction des rinceaux, traités et ornementés dans un style naturaliste, ce qui constituait une rupture avec la façon moyenâgeuse très austère de réaliser des ornements. Cette innovation s’est montrée très fructueuse, et a provoqué un renouvellement certain de ce sempiternel décorum empreint de nostalgie antique. Une ardeur générale à découvrir la nature et à la louer est apparue dans le cœur de l’homme du Moyen Âge, à la suite des troubadours et de la poésie didactique bourgeoise, et cette ardeur a rencontré un écho chez les tailleurs de pierre, qui ont mis leurs marteaux et burins au service de la représentation des feuillages et plantes qui leur étaient familiers. Après les feuilles de chêne, de lierre, d’érable ou de vigne, venaient les quelques fleurs qui leur étaient les plus chères. Cette ornementation, qui fut encore enrichie par des mises en couleur très naturelles, ne se retrouvait pas seulement sur les chapiteaux, mais aussi sur les corniches, les parois des portes et autres encadrements. Au fil de son développement cependant, le gothique abandonna peu à peu l’imitation de la nature, et les formes ornementales, désormais bien maîtrisées, furent reproduites à l’infini et souvent sans réfléchir, jusqu’à ce que bourgeons et tubercules, tant ils étaient bâclés, ne donnent du souvenir de la réalité naturelle qu’un pâle reflet.
Il en fut de même pour les montants et les traverses que l’on utilisait pour diviser les ouvertures de fenêtres et les isoler de l’extérieur. Il s’agit, à l’origine, d’un simple barreaudage métallique avec un montant de pierre, le meneau ; mais ce système d’ornementation des fenêtres se développa en véritable art décoratif. À l’intérieur de l’ogive qui entourait la fenêtre, se dressaient, depuis le rebord de celle-ci, des barreaux de fer qui séparaient l’espace en six ou sept parties différentes, elles-mêmes en forme d’ogive. Entre l’ogive que formait l’encadrement de la fenêtre et les petites ogives formées par les barreaux, l’espace libre fut rempli par des œuvres de tracerie, un assemblage de pierres taillées en cercles ou parties de cercles, formant une ligne circulaire fermée, souvent géométrique et d’une extrême diversité. Ces cercles et parties de cercles formaient des toiles, qui au début avaient la forme de trèfles à trois ou quatre feuilles. Par la suite, ces feuilles de trèfles furent développées à six, sept ou huit feuilles. Les voûtes extérieures des fenêtres furent surélevées de pignons, appelés gâbles, dont les arêtes très obliques étaient moulurées de crochets avant de se rejoindre sur le motif d’un fleuron. Le tympan du gâble était également orné de tracerie. C’est avec les fenêtres rondes, les fameuses rosaces, généralement ouvertes au-dessus des portes centrales de la façade ouest, entre les tours, et qui constituaient l’essentiel d’une superbe décoration, c’est avec ces rosaces que la tracerie connut le sommet de son art. Particulièrement célèbre est la rosace de la cathédrale de Strasbourg.
Contrairement à la technique de construction, l’organisation des espaces – le plan-masse – constitue l’une des innovations les moins décisives et les moins porteuses de bouleversements que le gothique a transmises. Il a repris, hormis quelques détails, le modèle de la basilique romane, à savoir une forme en croix, à l’exception près que les bras du transept ne passaient pas forcément par les murs latéraux de la nef. À l’époque du gothique tardif, on renonça même souvent à la construction d’un transept. La nef comprenait généralement deux bas-côtés, qui furent portés à quatre à l’apogée du gothique. C’est la cathédrale de Cologne (Illustrations 1 , 2 , 3 ) qui reste le témoin le plus frappant de cette époque.
Il n’y a que dans l’élaboration du chœur que le gothique a ouvert de nouvelles voies. Comme l’on cessa de construire des cryptes, le chœur ne fut plus séparé de la nef, mais véritablement conçu comme son prolongement. De même, l’abside abandonna sa forme arrondie pour épouser des formes plus polygonales. Si les bas-côtés de la nef conduisaient au chœur, alors apparaissait le déambulatoire, ce dont le gothique français ne réussit pas à se satisfaire. Il entoura donc le chœur, en plus du déambulatoire, d’une multitude de chapelles, dites chapelles rayonnantes, qui mettaient le chœur, au centre du projet, incontestablement en valeur. Même les concepteurs de la cathédrale de Cologne ont repris le principe des chapelles absidiales. Qu’il s’agisse de nouvelles constructions gothiques ou de transformations d’anciennes constructions romanes, c’est toujours le chœur qui faisait l’objet des premiers travaux. En effet, l’installation de l’autel et celle du prêtre suffisaient à remplir les fonctions sacrées du lieu ; c’est ainsi que les concepteurs faisaient preuve de beaucoup de zèle pour l’aménagement du chœur. Le zèle déployé à aménager et à décorer le chœur, en contraste souvent flagrant avec la nef, s’explique aussi pour des raisons financières. En effet, au début des travaux, l’église dépensait sans compter. Ce n’est que plus tard, lorsque les finances avaient besoin d’être renflouées, et que l’on mettait les bourgeois à contribution, que les flux financiers étaient soumis à beaucoup plus de contraintes politiques. Un autre témoignage de cette épreuve financière est souvent porté par la différence, toute aussi flagrante, de richesses déployées au décorum de chacun des bas-côtés de la nef. Il est, de fait, très rare de rencontrer des monuments gothiques parfaitement symétriques, alors que leur esprit profond en était empreint : cette symétrie ne se rencontre que dans ces monuments que l’on a achevé de construire au XIX e siècle.


Façade occidentale, cathédrale Notre-Dame, Paris, 1190-1250.


Chœur, cathédrale Notre-Dame, Paris, commencée en 1163.


Portail Sainte-Anne, façade occidentale, cathédrale Notre-Dame, Paris, avant 1148.


Si une église gothique était tellement avancée dans sa construction que seule la façade de la nef restait à construire, on peut dire que l’instinct artistique ne démordait jamais, même en dépit de conditions parfois défavorables. Tous les architectes de l’époque gothique ont fait le vœu d’offrir à la maison de Dieu une touche définitivement somptueuse au moyen de deux clochers majestueux ; et s’il ne devait y en avoir qu’un seul, celui-ci se devait d’être encore plus haut. Mais il n’a pas été permis à tous de mener à bien leurs travaux comme ils le souhaitaient, ou encore de voir, de leur vivant, les travaux terminés. Pendant les longs et laborieux travaux sur les clochers, dont les techniques se transmettaient d’un artiste à l’autre, il arrivait que les travaux voient leur cours se ralentir à l’infini, la générosité du donateur s’orientant vers d’autres buts, particulièrement à partir du XVI e siècle. Le successeur cherchait toujours à surmonter son prédécesseur, indépendamment du contexte et sans forcément d’égard pour l’unité organique de la façade telle que l’avait pensée le premier concepteur. Le meilleur exemple de ce genre de circonstances, où l’égoïsme des artistes a sacrifié la cohérence, est certainement fourni par la cathédrale de Strasbourg, pour laquelle le clocher nord, construit indépendamment du reste, présente un contraste radical avec la façade. Considéré en soi, ce clocher est un chef-d’œuvre, dont personne ne voudrait se priver, même au prix d’une régularité absolue du bâtiment.
Il se pourrait bien que les architectes du gothique tardif aient ressenti la règle de symétrie comme une contrainte que leur fantaisie libérée a cherché à faire céder. C’est la seule façon d’expliquer certaines différences, que l’on rencontre souvent, comme par exemple le traitement différencié d’une même façade, ou celui de deux clochers jumeaux, qui, bien qu’ayant été commencés en même temps, ont néanmoins été achevés l’un après l’autre. Bien sûr, richesse des décors et position sur la frise historique ne vont pas forcément de pair, chaque époque ayant nécessité, de la part des artistes, qu’ils agissent dans l’urgence ou dans la facilité. Mais il n’en demeure pas moins que le gothique tardif se caractérise par un penchant puissant pour la peinture, pour la libération des contraintes et des règles, pourtant d’abord érigées dans un souci mathématique. Pris dans l’euphorie de leur création, qui les poussait naturellement vers l’avenir et non vers le passé, les artistes n’ont pas eu conscience que leurs agissements contribuaient tout simplement à signer l’arrêt de mort du gothique.
La fantaisie et l’audace dans lesquelles les plans des maîtres gothiques se sont fourvoyés, est devenu un phénomène évident, depuis la construction des clochers de la cathédrale de Cologne (Illustrations 1 , 2 , 3 ), lesquels ont été portés à la hauteur non négligeable de 156 mètres, certes longtemps après le début des travaux, mais selon les plans initiaux, soit vingt mètres de plus que la pyramide de Khéops. Les architectes français se sont comportés de même pour ce qui concerne la cathédrale de Rouen (Illustrations 1 , 2 ), dont le lanterneau atteint la hauteur considérable de 151 mètres. Plus haut encore visait Matthias Böblinger, architecte de la cathédrale d’Ulm, qui, avec 161 mètres envisageait de monter le plus haut clocher jamais construit. L’exemple du clocher de Strasbourg, haut de plus de 142 mètres, montre à quel point les architectes des débuts du gothique auraient pu atteindre les résultats de leurs successeurs, s’ils avaient bénéficié des mêmes moyens techniques et financiers. Juste après le clocher de Strasbourg, sont à signaler, parmi les constructions précoces, les clochers du Stephansdom de Vienne , et celui de la cathédrale de Fribourg , avec respectivement 137 et 125 mètres de hauteur.
Les clochers surplombant les façades ouest ont rarement atteint des sommets de raffinement artistique à la hauteur de l’ensemble, car la façade ouest en elle-même a toujours constitué la partie la plus remarquable de l’ensemble du bâtiment. C’est sur la façade ouest que les artistes, quelle qu’ait pu être leur nationalité, se sont efforcés d’exprimer leur talent avec le plus de brio. La règle était que, sur l’une des façades qui étaient relevées de deux clochers, l’on devait insérer trois portes, qui correspondaient à la nef et à ses deux bas-côtés. Au-dessus de la porte centrale, toujours la plus richement agrémentée, s’élevait généralement un pignon, sensé caractériser la nef. Sa partie visible était toujours fortement décorée et, sur les églises anglaises et françaises, les décors redoublaient de raffinements architecturaux et plastiques, s’étalant sur toute la longueur de la façade ouest.


Sainte-Chapelle (ancienne chapelle royale), Paris, 1241/1244-1248.


Chapelle haute, Sainte-Chapelle (ancienne chapelle royale), Paris, 1241/1244-1248.


Erwin von Steinbach , Façade occidentale (détail), cathédrale Notre-Dame, Strasbourg, commencée en 1176.


Les Évangélistes , détail du Pilier de l ’ ange , cathédrale Notre-Dame, Strasbourg, vers 1225-1230.


Plan de la cathédrale Notre-Dame, Strasbourg.


Les Monuments gothiques
Avec les croisades, les échanges entre les peuples d’occident – notamment les échanges artistiques – n’ont cessé de s’amplifier. C’est de ce commerce mondial, bien plus que de ses seuls atouts architecturaux, que le gothique – et particulièrement son expansion – sont redevables. Les artistes et maîtres d’œuvre français ont semé les premières graines en Angleterre et en Allemagne ; puis d’Allemagne, ces graines ont porté leurs fruits dans l’Europe de l’Est, du Nord et du Sud. Fréquemment bien sûr, les élèves ont dépassé leurs maîtres, mais il n’en demeure pas moins que le berceau du gothique se situe en France.

L ’ Architecture gothique en France

L’Église abbatiale de Saint-Denis
Il faut remonter au XI e siècle pour découvrir le commencement des innovations ayant introduit les principes du gothique en France. C’est avec le chœur de la basilique de Saint-Denis (Illustrations 1 , 2 ), construit entre 1130 et 1140, dans les environs de Paris, par le politicien et abbé Suger, que ces innovations ont formé un système, puisque ce chœur contient tous les éléments du gothique, depuis les arcs en ogives, les systèmes de butée, jusqu’aux voûtes nervées. À ce titre, l’église de Saint-Denis fait office d’élément fondateur du gothique. La façade avec ses deux clochers, construite entre 1137 et 1140, la structure verticale en trois parties, montée sur des contreforts saillants, la petite rosace, ainsi que les clochers, montés à partir de 1144, portent singulièrement le gothique en eux. L’absence de mur de séparation entre les absidioles entretient un sentiment d’espace très harmonieux et très nouveau pour l’époque – précurseur de la profondeur des cathédrales qui seront construites plus tard – tandis que la rosace fait ici son apparition pour la première fois. La partie supérieure du chœur et la nef datent, quant à eux, de la période courant entre les années 1231 et 1281.
Tandis que l’église abbatiale de Saint-Denis – et d’autres bâtiments construits à la même époque – sont les représentants du premier stade, qu’on peut qualifier de stade préparatoire de ce nouveau style, Notre-Dame de Paris (Illustrations 1 , 2 , 3 , 4 ) et la cathédrale de Laon constituent une rupture définitive avec le roman.

La Cathédrale Notre-Dame de Paris
C’est en effet avec la construction de Notre-Dame de Paris (Illustrations 1 , 2 , 3 , 4 ), qui commence en 1163, que le gothique français fait montre, pour la première fois, d’un parfait achèvement. Jusqu’à la fin de sa construction, au XIII e siècle, elle aura servi de modèle à la plupart des cathédrales françaises. C’est la façade qui présente les caractéristiques les plus marquantes, en ce qu’elle se dresse sur trois étages nettement séparés par des structures horizontales : au-dessus des portes, la galerie des rois (ainsi nommée parce que cette arcade est ornée de statues des rois d’Israël), et au-dessus du deuxième étage, une galerie ouverte. Cette forte accentuation de la ligne horizontale, qui contredit les principes fondateurs du gothique, ne se retrouve que dans le gothique français. Ceci explique, partiellement, la raison pour laquelle certains clochers sont en France demeurés inachevés, les maîtres d’œuvre n’ayant pas, pour de multiples raisons, réussi les finitions. Lorsque les artistes français eurent reconnu leur contradiction, l’élément intime du gothique, à savoir cette tendance à la verticalité, n’eut plus la possibilité de s’harmoniser avec une quelconque structure horizontale, héritage de l’époque romane. Parmi leurs œuvres, il en est encore beaucoup dont le charme artistique réside dans la riche structure des façades.


Nef centrale, vue intérieure vers l’est, cathédrale Notre-Dame, Strasbourg, commencée en 1176.


Abbaye du Mont-Saint-Michel, Mont-Saint-Michel, 1446-1500/1521.


Plan de la cathédrale Notre-Dame, Amiens.


La Sainte-Chapelle à Paris
La Sainte-Chapelle (Illustrations 1 , 2 ), située dans la cour du palais de justice, constitue certainement, avec ses vitraux incroyablement beaux et reflétant une lumière tellement particulière, la création du gothique français la plus riche et la plus aboutie, un véritable joyau de l’architecture gothique rayonnante. Si l’on considère sa luminosité parfaitement gracieuse et son étroitesse, alors la Sainte-Chapelle peut servir de point d’étape vers le gothique classique. C’est afin de recevoir des reliques ramenées de Terre Sainte entre 1243 et 1251, que Saint Louis la fit construire, sous la forme de double chapelle, par Pierre de Montreuil, qui est aussi l’auteur de la façade ouest de la cathédrale Notre-Dame de Paris . La chapelle était constituée d’une basse église à deux bas-côtés et d’une haute église sans bas-côtés. Son ossature n’est faite que de minces piliers, entre lesquels de sublimes vitraux ont remplacé les murs. L’espace supérieur, conçu comme une chasse monumentale destinée à recevoir les reliques, était en fait la chapelle royale, alors que l’espace inférieur accueillait le personnel du palais.

L’Église Saint-Germain l’Auxerrois à Paris
Les règles les plus strictes furent aussi respectées pendant le gothique tardif, comme le montre l’église de Saint-Germain l’Auxerrois à Paris, dont le clocher ne fut pas relié à l’église, mais, selon le vieux modèle chrétien des campaniles, érigé indépendamment du bâtiment. C’est de ce campanile que fut lancé l’appel à poursuivre et à massacrer les huguenots, la nuit de la Saint-Barthélémy, le 24 août 1572.

La Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg
Alors qu’aucune information ne nous est parvenue au sujet du maître d’œuvre de la Sainte-Chapelle de la cathédrale de Fribourg, celui de la cathédrale de Strasbourg a laissé quelques traces à la postérité (Illustrations 1 , 2 , 3 , 4 ). Erwin von Steinbach fut reconnu, à vrai dire à tort, comme étant l’unique maître à l’origine de la création de la façade. Certes, il est fondé de dire qu’il a grandement participé à l’élaboration de l’œuvre ; quant au fait qu’il soit originaire de Steinbach, dans le Baden, cela ne repose sur aucun document. Bien qu’il soit héritier du gothique français, il a très largement dépassé ses maîtres à penser, aussi bien en ce qui concerne l’audace de l’architecture, qu’en ce qui concerne la somptuosité des ornements. Bien qu’enfin son fils, après sa mort, ait repris le flambeau et poursuivi, jusqu’en 1339, les plans paternels, la cathédrale ne fut bâtie en vertu de ses plans que jusqu’au deuxième étage. C’est pourquoi l’harmonie parfaite ne peut être ressentie que dans la partie basse de la façade, notamment entre les rosaces et les étages, travaillés très librement, comme un tissu rare. À partir du troisième étage donc, on a commencé à prendre avec le plan d’Erwin une certaine liberté, jusqu’à le laisser complètement de côté lorsqu’il s’est agi de construire le clocher. Celui-ci doit son érection à Johannes Hütz, maître à Cologne, qui a monté la flèche entre 1419 et 1439. Ce clocher est une œuvre en soi qui se suffit à elle-même, qu’il s’agisse de sa beauté ou de sa hauteur, laquelle a largement dépassé celle du clocher de Fribourg . Depuis lors, la construction de la cathédrale de Strasbourg n’a consisté qu’à monter des étages ; personne n’a plus osé s’attaquer au clocher sud.

L ’ Abbaye du Mont Saint-Michel
C’est dans la baie sablonneuse du Mont Saint-Michel en Normandie que s’élève, come un fortin, ce formidable cloître du même nom, à 160 mètres au-dessus de la mer. Ce qui frappe particulièrement est l’harmonie totale de cette île avec l’environnement naturel qui l’entoure. À marée basse, l’île est même accessible à pied ! L’apparition en 709 de l’archange Michel à l’évêque d’Avranches serait à l’origine de la construction ; ledit évêque est certainement plus tard passé à la postérité comme saint Aubert. Une seule route, mène à l’abbaye, dont la construction commence sous l’emprise du roman, en 1022. Au fil des siècles, la construction a été constamment complétée avec des créneaux, des pinacles, des contreforts et un mur d’enceinte, jusqu’à ce que l’on érige le clocher, haut de 87 mètres. Au XIII e siècle, les moines bâtirent l’aile nord, appelée la « Merveille », reposant sur 220 colonnes de granit, ornées de sculptures et d’inscriptions gothiques. Le dortoir se trouve au premier étage, le magnifique calvaire, de 25 mètres de long et 12 de large se trouve au deuxième étage. Tous deux, comme le réfectoire et la salle des chevaliers, datent du XII e siècle.

La Cathédrale Notre-Dame d’Amiens
Les cathédrales de Reims (Illustrations 1 , 2 , 3 ) et d’Amiens représentent le sommet du gothique français, aussi bien pour la technique de construction que pour l’ornementation. Elles ont certainement atteint et dépassé toutes les capacités d’imagination des hommes de l’époque ; la cathédrale d’Amiens (Illustrations 1 , 2 ) dispose même de la plus grande nef de France. Robert de Luzarches fut le premier architecte de ce chef-d’œuvre, comme le stipule son nom inscrit en médaillon dans le labyrinthe réalisé en 1288.

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