Le Rococo
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Description

En associant le mot rocaille, référence aux formes alambiquées des coquillages, à l’italien baroco, les Français donnèrent naissance au terme de « rococo ». Apparu au début du XVIIIe siècle, il s’étendit rapidement à l’ensemble de l’Europe. Extravagant et aérien, le Rococo répondait parfaitement à la désinvolture de l’aristocratie d’alors. Dans bien des aspects, cet art s’apparenta à son prédécesseur baroque, ce qui lui valut parfois le qualificatif de Baroque tardif.
Et, si des artistes tels Tiepolo, Boucher ou Reynolds portèrent le Rococo à son apogée, il fut souvent condamné pour sa superficialité. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, le Rococo entama son déclin. À la fin du siècle, face à l’avènement du Néoclassicisme, il fut plongé dans l’obscurité et il fallut attendre près d’un siècle pour que les historiens de l’art lui rendent, à nouveau, l’éclat de son âge d’or, que nous font redécouvrir ici Klaus H. Carl et Victoria Charles.

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Informations

Publié par
Date de parution 10 mai 2014
Nombre de lectures 0
EAN13 9781783103690
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Texte : Victoria Charles et Klaus H. Carl

Mise en page :
Baseline Co. Ltd
61A-63A Vo Van Tan Street
4 e étage
District 3, Hô-Chi-Minh-Ville
Vietnam

© Parkstone Press International, New York, USA
© Confidential Concepts, worldwide, USA

Tous droits d’adaptation et de reproduction réservés pour tous pays.
Sauf mention contraire, le copyright des œuvres reproduites se trouve chez les photographes qui en sont les auteurs. En dépit de nos recherches, il nous a été impossible d’établir les droits d’auteur dans certains cas. En cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la maison d’édition.

ISBN : 978-1-78310-369-0
Victoria Charles et Klaus H. Carl







Le Rococo

Sommaire


Historique
Les Guerres
La Musique
Les Inventions
L’Art
I – Le Rococo en France
La Mode
L’Architecture
Les Architectes
La Peinture
Antoine Watteau et ses successeurs
François Boucher
Jean-Honoré Fragonard
Les Successeurs
La Sculpture
L’Orfèvrerie
II – Le Rococo en Italie
L’Architecture
L’Art du décor
La Peinture
La Sculpture
III – Le Rococo en Allemagne
L’Architecture
La Sculpture
L’Autriche et la Tchéquie
IV – Le XVIII e Siècle en Angleterre
L’Architecture
La Peinture
La Sculpture
V – Le XVIII e Siècle en Espagne
L’Architecture
La Peinture
VI – La Transition vers le XIX e siècle
Bibliographie
Index
François Boucher , La Toilette de Vénus , 1751.
Huile sur toile, 108,3 x 85,1 cm .
The Metropolitan Museum of Art, New York.
Jacopo Amigoni , Flore et Zéphyr , 1748.
Huile sur toile, 213,4 x 147,3 cm .
The Metropolitan Museum of Art, New York.
Historique


C’est de manière imperceptible, au début du XVIII e siècle, que s’opéra la transition entre le baroque et le rococo aussi appelé baroque tardif. Entamée sous la Réforme et la Renaissance, la marche victorieuse des Lumières continua son irrésistible ascension. Imperturbable, elle poursuivit son chemin depuis l’Angleterre, dès la fin du XVII e siècle. Au cours du XVIII e siècle, ce mouvement finit par atteindre son apogée et caractériser la vie culturelle et spirituelle de l’Europe toute entière. Les discussions sur l’art, qui formaient alors l’apanage exclusif de la cour et de la noblesse, s’étendirent à la bourgeoisie éduquée et fortunée. Les commanditaires d’édifices ou de tableaux, essentiellement issus du clergé et, dans une moindre mesure, de la noblesse, finirent par s’adresser à des particuliers exerçant à leur propre compte plutôt qu’à des artistes, auparavant rassemblés en corporations d’artisans. Il incomba dès lors aux peintres de continuer à s’orienter vers les mêmes thèmes imposés et d’exécuter des portraits ou des commandes empreintes de mythologie.

Le principal outil des Lumières était la prose. Rencontrée dans les lettres, les traités, les pamphlets et les ouvrages d’érudition, elle était pleine d’esprit, divertissante, intéressante et accessible à tous. La vaste majorité de la population n’avait en effet accès qu’à la prose. L’ Encyclopédie , un ouvrage de vingt-neuf tomes, parut en France entre 1751 et 1775. C’était le résultat du travail en commun de Denis Diderot (1713-1784), Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), Jean-Baptiste le Rond dit d’Alembert (1717-1783) et François-Marie Arouet dit Voltaire (1694-1778). L’ Encyclopédie ne rassemblait pas seulement l’ensemble des connaissances humaines. Elle avait surtout pour objectif de constituer une somme d’arguments contre le système d’érudition sclérosé de l’époque.
Hubert Robert , Démolition des maisons du pont Notre-Dame, en 1786 , 1786.
Huile sur toile, 73 x 140 cm .
Musée du Louvre, Paris.


L’absolutisme est un régime sous lequel tout souverain en place exerce un pouvoir sans réserve sur ses sujets et son territoire. Son règne n’est soumis à aucune restriction ou contrôle. Pour ce faire, les outils à sa disposition sont tout d’abord l’armée, mais aussi la législation et des employés assujettis lui vouant une obéissance absolue, l’Église, et un système économique mercantile. En France, ce régime prit fin à la mort de Louis XIV en 1715.

Les Guerres
La victoire en 1717 du prince Eugène de Savoie à la tête des troupes autrichiennes sur les Ottomans, qui assiégeaient Belgrade – territoire autrichien à l’époque – constitue l’un des événements marquants de ces années d’absolutisme de la première moitié instable du XVIII e siècle. Cette victoire conduisit Carl Loewe (1796-1869) à composer un lied devenu célèbre : « Prince Eugène, ô noble chevalier, est la tempête même… » La même année naquit Marie-Thérèse de Habsbourg (1717-1780), future archiduchesse et reine de Hongrie, qui bénéficia également entre autres du titre d’impératrice du Saint-Empire romain germanique. En Russie, régnait encore le tsar Pierre le Grand (1672-1725) ; en Italie à Florence, Cosme III (1642-1723) perpétuait la dynastie des Médicis. De 1718 à 1729, puis de 1739 à 1748, l’Angleterre fit la guerre aux Espagnols, tandis que l’Autriche alliée à la Russie combattait à nouveau les Turcs pendant les années 1730. Déclenchée en même temps que les première et seconde guerres de Silésie, la guerre de succession d’Autriche sévit de 1740 à 1748. Y étaient mêlés la Bavière, la France, la Prusse, les Pays-Bas, et l’Autriche bien entendu.
Canaletto (Giovanni Antonio Canal) , Le Vieux Pont de Walton , 1754.
Huile sur toile, 48,8 x 76,7 cm .
Dulwich Picture Gallery, Londres.


La seconde moitié de ce siècle ne fut pas beaucoup plus pacifique. Elle s’ouvrit en 1756 sur la guerre de Sept Ans, un conflit qui impliquait toutes les grandes puissances européennes, dont Frédéric II de Prusse (ou Frédéric le Grand, 1712-1786) qui avait déjà mené son pays au bord de la ruine avec les guerres de Silésie, et l’impératrice d’Autriche Marie-Thérèse. Les alliés de l’époque étaient, de plus, occupés sur trois continents à la fois avec les guerres de conquête ou de colonisation. Ils s’affrontèrent en 1754 avant de signer un pacte de non agression en 1756.

Le dernier quart du XVIII e siècle fut ponctué de quelques conflits plus brefs, dont la guerre de succession de Bavière en 1778-1779, la guerre russo-suédoise de 1788 à 1790 et la guerre russo-polonaise en 1792 (la cinquième de ce type), dont l’Europe n’avait cure ou presque. Entre-temps la tsarine Catherine II (aussi appelée la Grande, 1729-1796) arriva au pouvoir. Elle éleva son pays au rang de très grande puissance. Les Anglais et les Français étaient encore sur le continent nord-américain à combattre les Indiens. Ils durent se conformer à la Déclaration d’Indépendance de treize colonies en 1776 et se résigner à la création des États-Unis d’Amérique. Le siècle s’acheva avec la Révolution française de 1789 (qui devait conduire à la fondation d’une république), la canonnade de Valmy en 1792 et les mouvements révolutionnaires, qui servirent de transition avec le XIX e siècle et l’avènement de Napoléon I er .
Andreas Schlüter , Statue équestre du prince-électeur Frédéric Guillaume le Grand , 1689-1703.
Bronze, sur base de pierre, H. : 290 cm .
Schloss Charlottenburg, Berlin.
La Musique
La forme musicale caractéristique du règne de Louis XIV (1638-1715) fut l’opéra, domaine dans lequel deux types s’opposaient farouchement, le « sérieux » et l’« italien ». L’affrontement culmina en 1752-1754 lors d’une querelle, déclenchée par La Serva padrona ( La Servante maîtresse ) de Jean-Baptiste Pergolèse (1710-1736), intitulée la querelle des bouffons. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) intervint dans la querelle en publiant son nouveau Traité de l´harmonie réduite à ses principes naturels , qui le rendit célèbre à travers toute l’Europe. Le gracieux menuet, quant à lui, primait sur toutes les danses aux bals et autres festivités.

Dans une Allemagne morcelée, Jean-Sébastien Bach (1685-1750) et Georg Friedrich Händel (1685-1759) étaient des familiers de Georg Philipp Telemann (1681-1767), dont les cantates et les oratorios comptaient parmi les meilleurs. En Angleterre, Händel était l’essence même de la musique baroque, tandis qu’Antonio Vivaldi (1678-1741) dominait la scène musicale italienne avec ses sonates et concertos pour violons.

Durant cette époque mouvementée, Jean-Sébastien Bach composa des concertos et pièces de musique de chambre, mais son Œuvre incroyablement étendu ne fut vraiment reconnu que cent ans plus tard. Ses fils, assimilables aux pionniers de la période classique, ouvrirent la voie vers la symphonie et la sonate, des formes musicales sur lesquelles Ludwig van Beethoven (1770-1827) règnerait en maître par la suite avec ses concertos, symphonies, sonates et œuvres pour orchestre et musique de chambre. Sa Colère pour un sou perdu réveilla le siècle qui progressait lentement. Bien sûr, l’autre génie ou grand maître du siècle porté au firmament par ses opéras, concertos, symphonies, sonates et œuvres pour orchestre était le génial Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). L’une des ses œuvres absolument brillantes, intitulée Don Giovanni fut présentée pour la première fois à Prague en 1787. On raconte que Mozart en écrivit l’ouverture sur place à la dernière minute, après un somptueux festin arrosé de champagne et autres délices en compagnie de six ou sept complices. Ami de Mozart et également franc-maçon, le troisième de ces grands maîtres s’appelait Joseph Haydn (1732-1809). Considéré comme le père de la symphonie et du quatuor à cordes, il passa une grande partie de sa vie, éloigné de la scène musicale, dans la propriété de la famille Esterházy.
Étienne-Maurice Falconet , Monument en l ’ honneur de Pierre le Grand, dit Le Cavalier de bronze , 1767-1778.
Bronze.
Place du Sénat, Saint-Pétersbourg.
Jean-Marc Nattier , La Bataille de Lesnaya , 1717.
Huile sur toile, 90 x 112 cm .
Musée Pouchkine, Moscou.
Antoine Watteau , Pèlerinage à l ’ île de Cythère , 1717.
Huile sur toile, 129 x 194 cm .
Musée du Louvre, Paris.
Carle van Loo (Charles André van Loo) , Concert espagnol , 1754.
Huile sur toile, 164 x 129 cm .
Musée de l ’ Ermitage, Saint-Pétersbourg.
Pietro Longhi , Le Rhinocéros, 1751.
Huile sur toile, 62 x 50 cm .
Ca ’ Rezzonico, Venise.
Les Inventions
Dans le domaine des inventions, qui simplifièrent la vie du peuple, les Anglais menèrent la danse. L’ère de la mécanisation commença deux ans après la fin de la guerre de Sept Ans avec l’apparition de la première machine à vapeur, que James Watt (1736-1819) perfectionna par la suite. James Hargreaves (1720-1778) imagina en 1764 environ la Jenny, un métier à filer le coton. Quant aux physiciens Henry Cavendish (1731-1810) et Joseph Priestley (1733-1804), ils œuvraient surtout pour faire des progrès en électricité et en chimie. En fait, Priestley que nous connaissons (à tort) pour avoir découvert la gomme, eut aussi le mérite d’avoir été le premier à isoler l’élément oxygène en 1774.

En médecine, John Hunter (1728-1793) réussit une avancée chirurgicale décisive pour les blessés par balle. Il permit que la partie du corps concernée ne soit pas amputée sur le champ dans la douleur. Les patients étaient certes toujours maintenus par une troupe d’hommes forts et traités avec de bonnes doses d’alcool, mais le nombre de blessés dépendant de pensions, retraites ou aumônes finit par baisser de façon drastique.

Le rêve d’Icare se réalisa pour la première fois en 1783 dans un ballon à air chaud surmonté d’une toile de lin, créé par les frères Joseph-Michel (1740-1810) et Jacques-Étienne (1745-1799) Montgolfier. Le ballon parcourut presque deux kilomètres dans les airs à 2 000 mètres d’altitude avant d’atterrir dans un champ. Jacques-Alexandre Charles (1746-1823) inventa presque au même moment un ballon à gaz hydrogène. Ce dernier décolla du Champ de Mars à Paris pour atterrir dans un champ situé à Gonesse près de l’actuel aéroport Charles-de-Gaulle. Le ballon fut accueilli par la fourche des fermiers complètement ahuris qui travaillaient dans les environs.

En somme, pour ce qui est des génies, des guerres et des inventions, ce fut un siècle des plus communs.

L’Art
Dans le domaine de l’architecture et de la sculpture, l’étude de l’art d’un point de vue historique fut clarifiée par l’introduction des termes « baroque » et « rococo » (pour qualifier les styles prévalant respectivement de 1600 à 1720 et de 1720 à 1780 environ). L’appellation « rococo » proviendrait, semble-t-il, du mot « rocaille » (coquillage) entendu dans les cercles d’immigrés en France. Après une période transitoire à la fin du XVIII e siècle environ, le style néoclassique, imposant une simplicité en rupture avec la forme artistique rocaille, se manifesta.

Mais cette partition est assez inexacte, puisque le XVII e siècle dans son ensemble, et notamment les architectes, avaient déjà eu un penchant pour le classicisme. La distinction n’est pas toujours très nette et par conséquent pas universellement valable, à l’instar de l’utilisation de la notion de « Renaissance » pour la peinture de l’Europe septentrionale au XV e et durant la première moitié du XVI e siècle.

En fait, la peinture néerlandaise était en opposition totale avec les aspects attribués au style baroque par les inventeurs de ce terme. Ils pensaient que les œuvres sculptées et architecturales italiennes depuis la fin du XVI e siècle, que quelques contrées au nord des Alpes imitaient d’ailleurs, étaient celles d’un mouvement isolé de la haute Renaissance. À leurs yeux, ces œuvres se caractérisaient par un rejet des règles du classicisme ainsi que par une exagération absurde et arbitraire de la richesse des formes.

Le terme « baroque », venant qualifier les caractéristiques de cet art, impliquait en même temps une critique méprisante de l’effort artistique de tout le XVII e siècle. Et dans le domaine de l’art, ce terme resta longtemps une incarnation de tout ce qui était ignoble et répréhensible. En fait, à cette époque, l’art manquait d’un enracinement dans la population en général. L’accès à celui-ci était en effet restreint à la cour, à la noblesse et aux classes supérieures de la société. En outre, la logique de l’époque voulait que cette forme d’art disparaisse à la fin du XVIII e siècle, balayée par les mouvements révolutionnaires.

Ce n’est que bien plus tard, vers la fin du XIX e siècle, que la confusion sur les termes du XVII e siècle fut corrigée grâce à une réévaluation équitable des avancées historiques et à une meilleure appréciation générale des conditions socio-politiques. De manière générale, l’art dit baroque n’avait fait que refléter l’esprit de son temps dans tous les domaines.

Dans les grandes lignes, la période baroque correspond au règne de Louis XIV. Sous la Régence et pendant la première moitié du règne de Louis XV (1710 à 1774), les contours qui étaient jusqu’alors continus et vigoureux se sont mués en de fines lignes fantaisistes. Les fioritures et autres formes imitant les coquillages devinrent prépondérantes. L’asymétrie fut érigée en règle. Pour ce qui est du décor intérieur, les tons saturés et les ombres profondes furent évincés tandis que des touches claires vinrent rehausser les éléments à forte nuance dorée.

Le retour au rectiligne, qui correspondait à une forte inclination pour les formes antiquisantes et pour la nature, conduisit tout d’abord l’art vers une période plus prosaïque à l’ère de la marquise de Pompadour (1721-1764) – qui était à l’origine, de par sa naissance, un personnage quelconque surnommné « la Poisson » – avant d’évoluer vers le « style de transition » sous Louis XVI (1754-1793).

Tout le monde admet désormais que cette forme artistique était limitée au décoratif pur. Les traits caractéristiques de l’ornementation ne se retrouvaient pas dans l’architecture. Bien que les racines de la peinture et des arts décoratifs soient liées sur le plan historico-culturel, ces deux disciplines ont des origines bien différentes d’un point de vue artistique. Pour ce qui est de l’architecture, elle connut une évolution si diverse selon les pays, que l’acception rococo ne recouvre ici la vie artistique de la première moitié du XVIII e siècle ni dans l’espace, le temps ou le style.

Néanmoins, tout bien considéré, l’art du XVIII e siècle possède encore toute une kyrielle de bons côtés. Il permit tout d’abord d’élargir les horizons de la scène artistique. La France conserva sa suprématie tout en forgeant de nouveaux courants. L’Italie resta le haut lieu d’apprentissage des artistes européens, qui venaient y parfaire leur formation. L’Espagne et les Pays-Bas s’éclipsèrent devant l’Angleterre et l’Allemagne, qui s’efforçaient de progresser pour rattraper le temps perdu.

Dans le domaine de la peinture, l’art du pastel prit beaucoup d’importance. Il s’avérait rendre de manière très juste le charme et la délicatesse évanescente des femmes rococo. La technique de la reproduction d’œuvres d’art évolua elle aussi. La gravure sur bois très utilisée jusqu’alors disparut peu à peu. Les techniques de l’eau-forte et de la pointe sèche se virent complétées par la manière noire et ses plaques à creuser. Cette technique fut inventée en 1640 par un officier hessois, Ludwig von Siegen (1609-1680). Le procédé faisait ressortir toute une gamme de gris, de par un travail de grattage des plaques de cuivre. Les Anglais s’approprièrent cette technique au XVIII e siècle et la rendirent très populaire.
Jean-Baptiste Greuze , L ’ Accordée de village , 1761.
Huile sur toile, 92 x 117 cm .
Musée du Louvre, Paris.
Jean-Honoré Fragonard , L ’ Inspiration , vers 1769.
Huile sur toile, 80 x 64 cm .
Musée du Louvre, Paris.
Jean-Baptiste Siméon Chardin , L ’ Enfant au toton , 1738.
Huile sur toile, 67 x 76 cm .
Musée du Louvre, Paris.
Jean-Marc Nattier , Marie Leszczynska, reine de France, lisant la Bible , 1748.
Huile sur toile, 104 x 112 cm .
Musée national du château de Versailles, Versailles.
Jean-Baptiste Siméon Chardin , Le Buffet, 1728.
Huile sur toile, 194 x 129 cm .
Musée du Louvre, Paris.
Luis Eugenio Meléndez , Nature morte avec une boîte de bonbons , 1770.
Huile sur toile, 49,5 x 37 cm .
Musée du Prado, Madrid.
Les arts graphiques connurent ainsi un essor inattendu. Finalement, ils ne traitaient plus seulement de la vie des personnes aisées. Quelques artistes – hier comme aujourd’hui – s’attachaient même d’ailleurs à dépeindre la vie en dehors de la haute société, ce qui vaut surtout dans le domaine de la gravure. Le commerce des estampes prit une tournure presque « capitaliste ». Et alors qu’aux débuts chaque graveur s’occupait lui-même de la diffusion, des éditeurs spécialisés prirent la situation en main et tirèrent un profit considérable de l’ensemble des ventes. Et la formule était connue de tous : payer l’artiste le moins possible, mais revendre en générant un profit important. On raconte que l’un de ces éditeurs nommé Michel Odieuvre (1687-1756) se tenait comme un bossu abattu de douleur, lorsqu’il devait remettre au graveur la totalité de la somme qu’il avait gagnée.

L’apparition de la porcelaine eut aussi une importance capitale. Les navires marchands néerlandais l’apportèrent par grande quantité depuis la Chine sur le marché européen. Mais en raison de son prix élevé, des efforts furent bientôt faits pour fabriquer de tels produits en Europe même. La faïence de Delft, où de nombreuses fabriques furent érigées dès le XVII e siècle, est très célèbre. Cette faïencerie délaissa d’ailleurs bientôt les tons bleus pour un décor polychrome et pour se rapprocher d’un modèle floral et d’une ornementation végétale.

En Allemagne à Meissen, Friedrich Böttger (1682-1719), un alchimiste méritant qui voulait vraisemblablement fabriquer de l’or, parvint à élaborer un procédé similaire. Pour la première fois en Europe, il fabriqua avec deux collègues en 1707 un récipient en porcelaine dure. Le soutien sans faille du prince-électeur Auguste le Fort (1670-1733) permit d’édifier la manufacture de Meissen et de lui assurer une production très florissante dès 1740. L’élan de la fabrication de plats au décor peint à personnages s’accélera notamment sous l’impulsion de Johann Joachim Kändler (1706-1775). Le charme des bergères, les cavaliers miniatures et les petites femmes raffinées ne sont pas les seuls marqueurs du monde rocaille. Le décor et ses formes aussi portent l’empreinte rococo.
Élisabeth Vigée-Le Brun , Portrait de Stanislas Auguste Poniatowski , 1797.
Huile sur toile, 101,5 x 86,5 cm .
Musée d ’ Art occidental et oriental, Kiev.
Thomas Gainsborough , Portrait de Miss Siddons, 1785.
Huile sur toile, 126 x 99,5 cm .
The National Gallery, Londres.
Joshua Reynolds , Lavinia Bingham, 1785-1786.
Huile sur toile, 62 x 75 cm .
Collection du Comte Spencer,
Althorp House, Northampton.
Thomas Gainsborough , Portrait de Mary, comtesse Howe, vers 1760.
Huile sur toile, 244 x 152,4 cm .
Kenwood House, Londres.
L’émulation entre les cours permit à de nombreuses manufactures de voir le jour à Vienne, à Berlin et à Ludwigsburg, à Chelsea en Angleterre et à Capo di Monte près de Naples en Italie. À partir de 1756, la manufacture française de Sèvres endossa le rôle principal. C’est là que la technique de base fut modifiée pour obtenir une porcelaine vitrifiée et transparente. Cette porcelaine dure fut dotée d’oxyde de plomb et présenta un plus grand choix de couleurs grâce à des cuissons moins fortes. À dire vrai, cette porcelaine servait plus d’apparat que de récipients utilitaires. Il est à noter qu’en raison de cette fonction d’apparat, les formes rococos perdurèrent plus longtemps à Sèvres que dans les autres manufactures.

La manière dont la porcelaine adopta le décor rococo indique le changement des us et coutumes artistiques dans chacun de ses usages : comme elle était destinée à la noblesse, dont elle devait orner les pièces d’apparat, son décor devait incarner l’art et les belles manières tout en restant en accord avec le décor architectonique.

Pour ce qui est du mobilier, les formes vigoureuses du baroque firent place aux lignes fantaisistes et contournées de la rocaille. Le bois était souvent couvert d’une couche de laque blanche et d’une ultime couche de peinture ou de dorure. Les pieds des meubles étaient munis de sabots de bronze. Les meubles Boulle, créés par André-Charles Boulle (1642-1732), étaient très à la mode. Ils bénéficiaient notamment d’un décor marqueté en bois, métal ou écaille. La chaise longue date de cette époque. Cette invention permit aux dames du monde vêtues de jupons volumineux de se reposer sur un siège sans accoudoir, ou de s’y affaisser, au moment nécessaire.

L’aventure architecturale du XVIII e siècle fut trépidante. Architectes et maîtres d’œuvre de génie imaginèrent et érigèrent de magnifiques ouvrages, des performances hors du commun faisant preuve d’esprit, de sensibilité et de créativité. Décrire en quelques pages l’histoire de l’architecture s’étalant sur presque un siècle serait une approximation très risquée. La présente étude succinte doit donc se lire comme une ébauche. La sélection des ouvrages architecturaux et la liste des architectes et maîtres d’œuvre ont été établies de manière subjective. Qu’importe, laissez malgré tout la fascinante histoire du rococo vous emporter par quelques exemples très vivants.
George Romney , La Famille Leigh, 1768.
Huile sur toile, 185,8 x 202 cm .
National Gallery of Victoria, Melbourne.
Jean-Honoré Fragonard , Les Hasards heureux de l ’ escarpolette (La Balançoire) , 1767.
Huile sur toile, 81 x 64,2 cm .
The Wallace Collection, Londres.
François Boucher , Portrait de Madame de Pompadour , 1759.
Huile sur toile, 91 x 68 cm .
The Wallace Collection, Londres.
I – Le Rococo en France


La réaction naturelle contre la monarchie de droit divin, que le souverain exerçait encore avec force pompe et cérémonies superficielles, fit progressivement naître une opposition qui gagna les cercles de la noblesse et de la haute bourgeoisie, et ce notamment à partir du moment où le souverain absolu ne fut plus couronné de bienheureuses victoires brillantes. L’aspiration à une vie plus libérée s’affirma de plus en plus, et les idées et les mœurs de la population s’en firent bientôt le clair reflet. L’art suivit cette évolution et ses idéaux se modifièrent. Ce revirement est notable dans l’architecture, le décor et la représentation picturale. L’accent fut mis sur le naturel, ce qui ne signifiait pas encore l’avènement victorieux de la pure et simple nature du peuple. Mais par rapport aux personnages héroïques et majestueux de l’époque de Louis XIV, la tendance et le mode de vie prirent surtout une tournure plus naturelle. Une idylle courtoise était née, la nature lui servant de masque.

La Mode
Chez les femmes, le corset revint à la mode au début du XVIII e siècle. De par leur contact direct avec le corps, les sous-vêtements – considérés par les femmes comme un soutien et un maintien naturels de bon ton – firent toujours l’objet des fantasmes masculins, éveillés par des volants habilement mis en évidence. Mais, le corset est au corps ce qu’un échafaudage est à un bâtiment, à la différence que dans le cas du premier, il enserre un corps qui existe réellement. Le corset avait, et a toujours, pour but de mettre en valeur la silhouette, au gré des tendances du moment. Le corset oblige le corps à suivre des modes, qui ne tiennent bien souvent pas compte des formes naturelles. La poitrine se voit tantôt arrondie, remontée et embellie, tantôt comprimée et aplatie. Les hanches sont tantôt minimisées tantôt élargies.

Le corset était parfois assorti à la garde-robe ou à d’autres dessous comme le jupon, et toujours constamment soumis aux modes. Il devint aussi l’objet de nombreuses critiques. Ses défenseurs le voyaient comme le symbole de la vertu féminine. Ils associaient l’enserrement du corps à une force de caractère. Ses opposants, les médecins, hygiénistes, et les féministes par la suite, accusèrent les fabricants et les créateurs de mode d’obliger le corps de la femme à se conformer à une structure contre nature pouvant endommager le corps. Ce que les femmes – hélas – acceptaient.
Antoine Watteau , Assemblée dans un parc, 1718-1720.
Huile sur toile, 111 x 163 cm .
Staatliche Museen zu Berlin,
Gemäldegalerie, Berlin.
Jean-Honoré Fragonard , Le Colin-Maillard, vers 1750-1752.
Huile sur toile, 114 x 90 cm .
Toledo Museum of Art, Toledo (Ohio).
Carle van Loo (Charles André van Loo) , Lecture d ’ un livre espagnol, 1754.
Huile sur toile, 164 x 129 cm .
Musée de l ’ Ermitage, Saint-Pétersbourg.
Le corset en fer de la première moitié du XVII e siècle s’éclipsa peu à peu au profit d’un corset plus souple dont l’armature allait jusqu’en dessous de la taille. Composé de fils de métal ou de baleines en os et de satin ou de soie, il comportait même des rubans en soie à nouer dans le dos. Au XVIII e siècle, les jeunes filles aussi adoptèrent ce type de corset. Il arrivait à quelques femmes de tricher et d’indroduire de faux seins dans leur corset lorsque l’occasion en valait la peine. À cette époque, le bourrelet porté en dessous de la jupe pour faire bouffer la robe, appelé le vertugadin, disparut. Ce fut au tour du panier, de la crinoline ou de la tournure de donner forme aux robes à crinoline, une forme se faisant alors le reflet de la mode du moment. Vers 1720, la mode était à la forme ronde, dix ans plus tard, elle tendit vers l’ovale pour être suivie d’une forme conique par la suite. Au milieu du XVIII e siècle, la jupe se vit dotée de deux petits paniers latéraux dont les faces avant et arrière étaient très aplaties. À la fin de ce siècle, les faux-culs supplantèrent les paniers pour accentuer ou embellir les formes naturelles de l’arrière-train. Enfin, ces éléments étaient recouverts par l’indispensable manteau ouvert sur l’avant.

En France, mais pas seulement dans ce pays, les hommes arboraient sous leur tricorne (chapeau triangulaire à bords repliés) une perruque allongée volumineuse et bouclée. Elle fut peu à peu remplacée par la perruque à bourse, une perruque plus courte terminée par un petit sac de soie noire où l’on enfermait les cheveux retombant sur la nuque ou le reste de la perruque. Le prince-électeur de Brandebourg Frédéric Guillaume I er (1657-1713) introduisit en Prusse la perruque à nattes, que les militaires appréciaient tout particulièrement. À la cour et dans les cercles aristocratiques, un manteau boutonné sur le devant était porté au-dessus du gilet. Ce manteau recouvrait également la culotte qui arrivait aux genoux et le justaucorps qui n’avait pas de col. Ce n’est qu’au milieu du XVIII e siècle que les Anglais ajoutèrent un col à ce vêtement que les Français ont alors ensuite transformé en col droit. Afin que le manteau ne gêne pas les hommes portant l’épée, la couture intérieure fut ouverte à partir de la taille.
Antoine Watteau , La Proposition embarrassante, 1715-1716.
Huile sur toile, 65 x 84,5 cm .
Musée de l ’ Ermitage, Saint-Pétersbourg.
François Boucher , Le Déjeuner, 1739.
Huile sur toile, 81 x 65 cm .
Musée du Louvre, Paris.
Germain Boffrand et Charles Joseph Natoire , Hôtel de Soubise, chambre de parade de la Princesse, 1735-1739. Paris.
Pierre Alexis Delamair , Hôtel de Soubise, façade côté cour, 1704-1707.
Paris .
Au début du XVIII e siècle, la France était un modèle d’élégance à travers l’Europe toute entière. Les chaussures pour femmes étaient en soie ; une grosse boucle ornait le coup-de-pied. Sous la période de la Régence et la Révolution, la forme de la chaussure fut sujette à peu de changement. La pointe était arrondie ou pointue, parfois surélevée. Deux types de chaussure se disputaient la première place : la pantoufle portée à l’intérieur et la chaussure à haut talon assortie aux habits élégants qu’elle accompagnait. La pantoufle à talon de taille variable était recouverte de velours, de soie ou de cuir blanc et fréquemment brodée. Ces deux types de chaussures sont bien illustrés, et de manière très diverse, par les gravures de l’époque. Le tableau Les Hasards heureux de l ’ escarpolette (La Balan ç oire) peint par Jean-Honoré Fragonard en 1767 représente une jeune femme sur une balançoire vêtue d’une jupe exubérante gonflée par le vent. Dans son envol, elle laisse choir une petite pantoufle rose en direction de son soupirant affalé dans les buissons.

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