Écrire une chanson
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Description

La passion des Québécois pour la chanson est bien connue. Ils participent par milliers aux concours d’écriture de chansons et s’inscrivent par centaines aux festivals (Granby, Petite-Vallée, etc.). À partir de l’automne 2001, les cégeps spécialisés en musique populaire offriront un volet consacré à la chanson. Pourtant, avant aujourd’hui, il n’existait au Québec aucun ouvrage en français pour quiconque voulait se perfectionner dans l’art d’écrire une chanson. Il était grand temps que paraisse Écrire une chanson!
Nourri par une riche expérience avec le groupe Beau Dommage, par l’écriture de chansons pour de nombreux chanteurs et chanteuses et par une quinzaine d’années d’enseignement, Robert Léger nous offre un excellent guide portant sur les différents aspects de l’écriture de paroles de chansons :
- l’inspiration (comment naît une chanson);
- les différentes structures de texte;
- l’importance du titre;
- les techniques de la rime et de la métrique;
- le «mariage d’amour» et non «le mariage de raison» avec la musique;
- les qualités de style spécifiques à la chanson (accessibilité, concision, pouvoir d’évocation, etc.).
Une longue section concerne les aspects plus pratiques de ce métier :
- entrer en contact avec compositeurs, interprètes, producteurs;
- produire une maquette de présentation séduisante;
- connaître ses droits et les organismes qui les défendent.
Le tout est présenté dans une langue claire, accessible, un style vivant – non dénué d’humour – avec de nombreuses citations de chansons connues pour appuyer la théorie. Instructif et pratique, Écrire une chanson plaira à tous ceux qui rêvent de devenir auteurs-compositeurs ainsi qu’à ceux qui le sont déjà, car ces derniers y trouveront l’occasion de dynamiser et d’approfondir leur démarche de création grâce à une stimulante réflexion.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 mai 2013
Nombre de lectures 67
EAN13 9782764419236
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0550€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Du même auteur chez Québec Amérique
Écrire une chanson , essai, Montréal, 2001. La Chanson québécoise en question , collection «en question », Montréal, 2003.

Données de catalogage avant publication (Canada)
 
Léger, Robert Écrire une chanson
9782764419236
1. Chansons – Textes – Art d’écrire. I. Titre. MT67.L512 2001    808’.066782    C2001-941226-6


Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par-l’entremise du Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour nos activités d’édition.
 
Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC.
 
Les Éditions Québec Amérique bénéficient du programme de subvention globale du Conseil des Arts du Canada. Elles tiennent également à remercier la SODEC pour son appui financier.
 
 
 
 
Québec Amérique 329, rue de la Commune Ouest, 3 e étage Montréal (Québec) Canada H2Y 2E1 Téléphone: 514 499-3000, télécopieur: 514 499-3010
 
Dépôt légal : 4 e trimestre 2001 Bibliothèque nationale du Québec Bibliothèque nationale du Canada
 
Révision linguistique : Diane Martin Mise en pages : André Vallée Conception graphique : Isabelle Lépine Réimpression : mars 2008
 
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés
 
© 2007 Éditions Québec Amérique inc. www.quebec-amerique.com
 
Imprimé au Canada
pour Danièle
 
Et tous deux on est reparti dans l’tourbillon d’la vie On a continué à tourner tous les deux enlacés
 
Serge Rezvani, Le tourbillon
Sommaire
Du même auteur chez Québec Amérique Page de titre Page de Copyright Dedicace PRÉFACE - Question de métier AVANT-PROPOS AVANT D’ÉCRIRE LE PREMIER MOT DIFFÉRENCES ENTRE POÈME ET TEXTE DE CHANSON QUELQUE CHOSE À DIRE L ’ ÉTINCELLE DE DÉPART/ LES PREMIERS INSTANTS D’ ÉCRITURE LES STRUCTURES LE TITRE UNE PROGRESSION DYNAMIQUE LES POINTS DE VUE LA RIME LES SONORITÉS LA MÉTRIQUE TROIS QUALITÉS ESSENTIELLES DE VOTRE ÉCRITURE LA RÉÉCRITURE LA DIFFUSION DE VOS CHANSONS MAINTENANT, AU TRAVAIL! REMERCIEMENTS Écrire une chanson
PRÉFACE
Question de métier
J’ai écrit ma première chanson, paroles et musique, en un peu plus de six heures. Je m’en souviendrai toute ma vie: c’était le 1 er février 1960, l’hiver nous faisait cadeau d’un redoux, et j’attendais un autobus de banlieue qui refusait d’arriver quand, tout à coup, sans prévenir, un air s’est mis à se laisser chanter en moi, un air si simple et si léger qu’il me faisait presque d’un même souffle cadeau des paroles. Je dis bien presque : je n’étais tout de même pas sous le coup de la dictée divine, comme, paraît-il, les auteurs des Saintes Écritures; je me trouvais astreint, comme tout un chacun, aux humbles contraintes de la rime et de la narration. Mais j’avais une puissante source d’inspiration: ma chanson, je l’écrivais en secret pour Édith Piaf, rien de moins! Tout de suite après le souper, je me suis assis au piano, question d’apposer les bons accords à mes dessins mélodiques, et voilà! le tour était joué: je venais d’ écrire une chanson . Pour ne rien vous cacher, je n’étais pas loin de me trouver du génie.
Avec le recul, je ne vois dans cette première tentative que l’annonce possible d’un certain talent, mais j’y observe surtout deux défauts tout aussi fondamentaux que typiques des premiers brouillons: d’abord, ma mélodie rappelait un peu trop un air que Mouloudji avait enregistré quelques années plus tôt; ensuite – et surtout – l’histoire que je racontais (celle de deux amis qui partent pour la guerre et qui vont perdre tous ceux qu’ils aiment) ne m’appartenait d’aucune manière.
Mais le même miracle allait se reproduire trois semaines plus tard. La veille, lors d’un de ces partys de danse où l’on ne jouait que des slows même avant minuit, j’étais tombé follement amoureux de la femme de ma vie. Tous les auteurs vous le diront: rien ne transporte mieux la naissance d’une chanson que le vertige des premières amours. Cette fois-là, j’ai travaillé autrement: paroles d’abord, musique ensuite, le tout en moins de trois heures. (Mes paroles avaient sûrement quelque vertu puisque, plus de quarante ans plus tard, la «femme de ma vie» et moi sommes toujours ensemble.) Mais à relire aujourd’hui ces mots maladroits et magiques à la fois, je leur trouve bien d’autres signatures que la mienne propre; quand à la musique, j’aurais dû la refiler à Félix tant elle évoquait directement sa manière. Il n’empêche: écrire deux chansons si rapidement quand on vient à peine d’avoir dix-sept ans, cela donne indéfectiblement le goût de persister.
Ce que j’ai fait, en effet, mais à travers un tout autre labeur. Il m’a fallu trois longs et pénibles mois pour terminer la chanson suivante (ce qui ne l’a pas rendue meilleure que les deux premières). Souvent, plus tard et encore maintenant, j’ai laissé en friche des chansons presque terminées pendant deux, trois, quatre années avant de trouver le petit élément qui manquait, ou celui qu’il suffisait de retrancher: j’avais le refrain sans les couplets, les couplets sans le pont, le sujet sans le ton, le mauvais point de vue narratif, etc. Comme il m’aurait été utile et précieux, alors, d’avoir en main un ouvrage aussi fondateur et fondamental que celui de Robert Léger: j’aurais sauvé au moins dix années d’errance chansonnière. Je le dis en toute franchise et honnêteté, sans flagornerie aucune (d’ailleurs, mon cher Robert, c’est la lecture de ton manuscrit qui a sorti ma dernière chanson de l’ornière de mes archives, où elle dormait depuis neuf ans!).
J’étais à la pharmacie tout à l’heure et j’attendais patiemment qu’on finisse de remplir mon ordonnance. Une radio d’ambiance meublait de son mieux le silence d’usage. Et qu’est-ce que j’entends tout à coup? «Manon, viens souper, si tu viens pas tout-suite, ben là, tu pourras t’en passer! Attends pas qu’maman a soit tannée pis qu’a descende!» Vous avez reconnu bien sûr cet inoubliable couplet de Tous les palmiers , la chanson de Robert Léger qui, plus que toute autre peut-être, annonçait en 1974 la longue histoire d’amour que fut celle du groupe Beau Dommage avec le public québécois. Encore aujourd’hui, après quarante ans de métier, je me demande par quel tour de magie cette phrase digne de ma propre mère ou du meilleur Michel Tremblay a pu trouver si exactement et si justement sa mélodie qu’elle en soit arrivée à s’inscrire à ce point dans notre mémoire collective. J’aurais pu citer au moins vingt titres signés Robert Léger: on se serait tous mis à les entonner en chœur. Depuis Harmonie du soir à Chateauguay jusqu’à Échappé belle , ses chansons ont accompagné et accompagnent encore nos parcours et nos amours. Je veux surtout dire ici que l’auteur du livre que vous avez entre les mains n’est pas un vague théoricien de la chanson: c’est un praticien surdoué, patient, discret, novateur et jamais prévisible; en fait et tout simplement, un des meilleurs auteurs-compositeurs que le Québec se soit donné.
À la base de tout art – si populaire ou «commercial» soit-il –, il existe un artisanat. D’après Le Petit Robert , un artisanat, au sens premier du terme, c’est un «métier». Je chéris ce mot-là: métier. Il évoque pour moi l’amour du travail bien fait, la somme d’une longue expérience, un apprentissage jamais fini, une profonde connaissance des matériaux, une patience aussi... Je n’en finirais pas. D’ailleurs, les artisans de la chanson utilisent bien plus souvent le mot «métier» que les mots «talent» ou «génie». Dire d’un camarade qu’il a «du métier», c’est sans doute le plus joli compliment qu’on puisse lui faire. C’est donc d’artisanat et de métier que Robert Léger nous entretient dans son livre. Chacun le sait: ni le talent ni le génie ne s’apprennent; mais le métier, oui! Et son métier, Robert Léger le possède comme personne. Il a de plus une façon d’en parler qui laisse deviner chez lui un véritable talent d’écrivain: rédiger un ouvrage didactique et compétent sur un ton aussi personnel et familier, style «mine de rien», voilà qui relève presque de l’impossible. Mais jamais Robert Léger n’abandonne son lecteur à l’angoisse de «la nuit cathédrale»: il reste toujours là pour lui tenir la main.
De toute évidence, Écrire une chanson s’adresse d’abord aux auteurs débutants (quoique je connaisse deux ou trois collègues visités par le succès qui auraient tout intérêt à s’en nourrir). Mais il sera aussi d’un grand secours aux enseignants de plus en plus nombreux qui mettent au programme des textes de chansons, comme il aidera journalistes et chroniqueurs de variétés à parler davantage de notre métier et moins de nos coupes de cheveux. Enfin, la lecture de ce livre nourrira le plaisir des vrais amateurs de chanson, celles et ceux – bien plus nombreux qu’on ne le croit – qui dégustent encore avec raffinement le plaisir du vers, de la rime, du rythme, de la mélodie, bref, ces choses inutiles et subtiles qui font toute la différence entre Agadou-doudou et Avec le temps... Comme cette différence est rarement faite dans les ministères, je souhaite enfin au livre de Robert Léger d’y circuler sous le manteau, comme un ouvrage subversif. L’humour et le cirque ont depuis longtemps leurs écoles officielles, alors que tous les projets de véritable formation en chanson sont systématiquement torpillés par les pouvoirs publics, tous partis politiques confondus. Ce livre possède, entre autres, le mérite de montrer une fois pour toutes que le métier de la chanson est beaucoup trop vaste, riche et profond pour qu’on prétende priver ses créateurs et ses artisans d’une véritable école.
J’ajouterai pour finir que le livre de Robert Léger est, à ma connaissance du moins, le premier véritable «traité» de la chanson qui soit publié en langue française. L’importance de cet avènement constitue, en soi, un événement.
 
Sylvain Lelièvre
AVANT-PROPOS
J’ai commencé à écrire des chansons à dix-huit ans. Pour imiter les Leclerc, Ferland, Vigneault, Brel, Brassens qui m’émouvaient tellement. Qui savaient, le temps d’une chanson, me déchirer le cœur et le recoudre en même temps. Et s’insinuer, mine de rien, au fond de ma mémoire pour y graver leurs mots au point qu’aujourd’hui encore je me souviens plus facilement des paroles du Petit bonheur que des prières mille fois répétées de l’enfance.
Comment faisaient-ils? J’ai mis mes pas dans leurs pas pour essayer de percer leur secret. Trente-cinq ans plus tard, je ne suis pas certain d’avoir tout compris.
Oh! je me doute bien que la clé du mystère doit se trouver quelque part dans ce mariage d’amour entre les mots et la musique... mais, Dieu merci, je n’ai pas encore réussi à démonter complètement le mécanisme de cette fascinante horloge.
Aujourd’hui, évidemment, j’en sais un peu plus long sur ce patient travail, ce bel ouvrage d’artisan. Et ces façons de faire – étonnamment intemporelles! – apprises auprès de créateurs passés ou actuels, je voudrais à mon tour les transmettre. Donner au jeune auteur-compositeur des outils, une technique, un langage. Une sorte de grammaire de base pour celui qui aspire à écrire, un jour, une chanson convenable et personnelle.
Ceux qui liront en diagonale la table des matières pour y chercher des solutions miracle seront déçus. Ceux qui ne veulent voir dans tout apprentissage qu’un jeu divertissant et non un effort quotidien me trouveront démodé. Certains, parce qu’ils veulent préserver le mythe de l’acte magique, prétendront: «Écrire une chanson, ça ne s’apprend pas!» et confirmeront ainsi le peu de respect qu’ils ont pour ce métier.
Bienvenue à tous les autres, amoureux de la chanson, sincères et prêts à travailler...
Et si, comme moi, vous trouvez que les meilleurs avant-propos sont les plus brefs, tournons la page, on commence.
AVANT D’ÉCRIRE LE PREMIER MOT
Beaucoup de préjugés et de superstitions entourent le phénomène de la création.
Pour certains, un dieu bienveillant entrouvre un nuage et leur souffle une idée, magie épisodique sur laquelle ils n’ont aucun contrôle. D’autres ne jettent leur peine ou leur rage sur le papier que sur le coup d’une intense émotion... pour la suite, rendez-vous au prochain drame! Et il y a tous ceux, en apparence plus raisonnables, qui, ayant adopté une certaine méthode d’écriture – laquelle, malheureusement, ne leur convient pas! – s’y accrochent religieusement malgré la minceur des résultats.
Il y a dans ce domaine beaucoup d’ignorance. Avant d’aller plus loin et d’explorer des techniques plus pointues d’écriture, il vaut la peine de se pencher sur les principes généraux de la création, sur tout ce qui précède ou entoure ce geste.
 
Comprendre un peu mieux le processus, remettre en question vos habitudes, vos attitudes face à l’écriture, définir votre propre personnalité créatrice vous aideront – en levant quelques obstacles ou blocages – à donner votre pleine mesure.

D’abord, aimez-vous écrire?
Si vous tenez ce livre entre vos mains, c’est qu’évidemment la chanson vous intéresse. Mais êtes-vous attiré, excité par l’acte même d’écrire? Ou cela vous est-il pénible? Assis à votre table de travail, vous sentez-vous comme un enfant en punition? Y a-t-il, au fond de vous, une petite voix qui implore tout bas: «Délivrez-moi de ce pensum!»?
Avez-vous hâte d’en avoir fini pour pouvoir enfin aller composer de la musique, jouer de votre instrument ou chanter?
Comprenons-nous. Écrire n’est pas toujours une joie pure – satisfaction garantie et gratification immédiate – comme croquer un morceau de chocolat ou se glisser dans un bain chaud. Plusieurs raisons, allant de la pure et saine paresse jusqu’à la peur de manquer d’inspiration, peuvent vous faire redouter l’instant de vous mettre au travail. Il peut aussi vous arriver fréquemment d’être déçu du résultat, voire de douter de votre talent, mais la question essentielle est la suivante: avez-vous, malgré tout, besoin d’écrire?
Si la réponse est négative... de grâce, ne vous acharnez pas!
 
Ce manque d’intérêt est souvent tout bêtement un indice que l’écriture n’est pas votre moyen d’expression privilégié et que vos véritables forces sont ailleurs. Et ne confondons pas manque de talent et blocage: cette absence de plaisir à écrire ne recouvre pas nécessairement de sombres traumatismes...
Dans ces cas-là, pourquoi ne pas collaborer? Trop d’auteurs-compositeurs-interprètes se croient obligés de tenir à plein temps les trois rôles.

Oserait-on reprocher à Montand, Greco, Catherine Sauvage, Monique Leyrac ou Renée Claude de n’avoir point écrit? à Julien Clerc de n’avoir signé que la musique de ses chansons? Faut-il rappeler les multiples collaborateurs à la création dont se sont entourés, à l’occasion, les Ferré, Aznavour, Nougaro, Séguin, Piché?
Sachez reconnaître vos forces et vos faiblesses. Pourquoi ne pas confier à plus compétent que soi une partie du travail? Vous pouvez noter rapidement une première version pour garder une trace de votre inspiration originale (parfois quelques lignes suffisent) et permettre à quelqu’un de plus talentueux de prolonger votre pensée. Ou même faire confiance dès le départ et laisser quelqu’un d’autre qui vous devine bien vous souffler les mots que vous chanterez...
Si vous savez vous entourer de collaborateurs attentifs, vous aurez l’impression qu’il s’agit de votre chanson – flatteuse confusion qu’il serait toutefois élégant de dissiper au moment de l’acceptation de trophées!

Définissez vos propres processus d’écriture
Dans tout processus créatif, il y a des éléments inexplicables. On ne peut pas et on ne doit pas essayer de tout contrôler. Mais pourquoi ne pas tenter de créer des conditions favorables?
Il n’y a aucun manuel d’instructions convenant à tous. C’est à vous de définir pour vous-même quelles sont ces conditions propices.

Détruisez à jamais l’image idéale que vous pourriez avoir d’un auteur en train d’exercer sa noble mission. Cette «appellation contrôlée» n’existe pas. Chaque auteur est différent. Chacun a ses manies, ses rituels, ses codes secrets, béquilles et bouts de ficelle, pour parvenir à écrire une page convenable.
Choisissez, dans votre répertoire, quelques chansons dont vous êtes fier. Comment les avez-vous écrites?
Le matin? La nuit? Dans le silence de votre bureau? Dans un café? En conduisant sur l’autoroute? En marchant?
Au stylo bille? Au crayon? À l’ordinateur?
Pressé par une date limite? En ayant tout votre temps?
Un point de départ imposé vous coupe-t-il l’inspiration ou vous donne-t-il des ailes?
Déterminez les processus les plus fréquents. (Plus vous écrivez, plus vous pouvez remarquer des constantes.) Il n’y a aucune honte à tenter de reproduire ces «conditions gagnantes».

Votre personnalité créatrice
Cerveau droit ou cerveau gauche? 1 Notre cerveau se divise en deux hémisphères: le droit et le gauche. Bien qu’ils communiquent ensemble continuellement, ces deux côtés ont des propriétés et des fonctions bien différentes.
Le cerveau droit est le siège de la créativité. De lui surgissent les images, les émotions, les intuitions. Le rôle du cerveau gauche, siège de la logique et de l’organisation, est de structurer ces données brutes. Le cerveau droit est un poète, le gauche, un gestionnaire.
Quand nous écrivons, les idées proviennent du cerveau droit: images, souvenirs, impressions en vrac, pêle-mêle. Pour pouvoir être communiquée efficacement, cette matière première est traitée par le cerveau gauche. C’est lui qui structure ce flux informe en un langage accessible, formant des phrases, des paragraphes, etc. C’est aussi le rôle du cerveau gauche de prendre la distance nécessaire pour juger de la valeur de l’ensemble et décider ce qui sera gardé, ce qui sera rejeté ou amélioré.
On observe chez chacun, selon les individus, une légère prédominance d’un des deux hémisphères.
Les cerveaux «tendance droite» fonctionnent de façon plus intuitive; ils préfèrent, par exemple, assembler un meuble Ikea de façon créative, en se fiant à leur instinct, tandis que les cerveaux de gauche, épris d’ordre et de logique, tentent vaillamment de suivre le plan en suédois.
Des enquêtes auraient aussi démontré que les «cerveaux droits» créent plus facilement la nuit, se souviennent plus d’un visage que d’un nom et préfèrent, au cinéma, s’asseoir à la droite de l’écran. Tandis que les «cerveaux gauches» ont la réputation de mieux travailler le matin, de retenir les noms plus que les physionomies et de choisir, dans ce cinéma, un siège à gauche. (Bien entendu, tous cerveaux confondus, nous aspirons d’abord à une place en plein centre, mais cette section privilégiée est mystérieusement occupée depuis la nuit des temps.)
En quoi cette prédominance d’une section du cerveau influe-t-elle sur notre création? Voici des situations typiques où l’on peut en observer les effets et des conseils pour rétablir un peu l’équilibre:
 
Avez-vous plus de chansons en chantier que de chansons terminées?
(cerveau droit)
Beaucoup de bonnes idées de départ... mais aussi beaucoup de difficulté à poursuivre et à terminer la chanson? Vous avez une nature très créative mais des problèmes à organiser, à structurer votre travail. Faites des plans, établissez des échéanciers. Obligez-vous à terminer vos œuvres avant de suivre une nouvelle piste. Impossible de progresser dans votre écriture si vous n’allez pas jusqu’au bout du processus. Si ce problème vous donne réellement du fil à retordre, c’est peut-être le moment pour vous de faire appel à un collaborateur.

U n truc pour vous aider à terminer vos chansons
Parmi vos œuvres en chantier, choisissez-en trois qui vous semblent prometteuses et signez avec un ami un contrat dans lequel vous vous engagez à les achever pour une date précise.
Bloquez-vous sur un détail pendant des semaines?
(cerveau gauche)
Cette obstination qui va parfois jusqu’à l’obsession ne mène à rien. Vous le savez. Mais c’est plus fort que vous, impossible de laisser en plan cette phrase insatisfaisante, et vous vous acharnez, espérant trouver la solution d’une minute à l’autre... Vous avez une nature plus rationnelle, logique et vous êtes sévère, exigeant envers vous-même: qualités précieuses pour la réécriture mais qui ne favorisent pas la créativité, activité légère, gratuite, imprévisible. Comme il est inconcevable pour vous d’oublier ce problème, reconnaissez-le officiellement en inscrivant une date à votre agenda pour régler ultérieurement ce détail. Maintenant, donnez-vous le droit de laisser dormir tout cela, d’oublier jusqu’à l’existence de ce texte et de commencer une nouvelle chanson. Vous reviendrez à l’autre plus tard, avec un regard neuf. La solution est parfois toute simple, mais on ne la voit pas quand on plisse trop les yeux pour la chercher.
 
Travaillez-vous mieux seul?
(cerveau gauche)
 
Dans une situation d’écriture à deux ou à plusieurs, vous êtes incapable de fonctionner: pendant que les idées fusent autour de vous, l’écran de votre cerveau demeure désespérément blanc. Dans votre mode de création, vous êtes du type introverti . N’y voyez pas la connotation sociale péjorative associée habituellement à ce terme – le grand timide qui passe ses samedis soir devant son ordinateur! Vous avez peut-être un charisme fou et une vie sociale débridée, mais, quand vient le temps de créer, votre énergie provient de l’intérieur de vous-même et non de stimuli extérieurs.
Ce qui ne veut pas dire que vous devez renoncer à toute forme d’association. Ménagez des moments de rencontre pour confronter vos idées avec celles de collaborateurs et des périodes d’isolement pour la création elle-même.

Je me souviens d’une séance de travail avec Michel Rivard. Il m’avait demandé de l’aider à terminer les paroles d’un couplet de Chinatown , une des premières chansons de Beau Dommage. Nous avons peiné pendant trois heures sans rien écrire de valable. Je me suis absenté dix minutes. Bien sûr, à mon retour, il avait trouvé tout seul les quatre vers qui lui manquaient. Que l’on me comprenne bien: Michel a cent fois prouvé qu’il est ouvert aux collaborations et aux idées des autres, mais son processus de création demeure intime.
Créez-vous mieux avec d’autres?
(cerveau droit)
 
J’ai connu des jeunes auteurs bien décidés à travailler sérieusement qui, pour ce faire, s’isolaient dans un chalet à la campagne... et y mouraient d’ennui et d’angoisse, paralysés, incapables d’écrire trois lignes convenables. De type extraverti , peut-être avez-vous besoin de quelqu’un en face de vous pour que la machine se mette en marche et que les idées rebondissent de part et d’autre du filet comme des balles de tennis.
 
 
Se servir de nos deux cerveaux mais pas en même temps
 
Cette théorie des deux cerveaux devrait aussi vous aider à mieux gérer votre activité créatrice.
Dans un premier temps, au cours de la collecte de matériaux, essayez d’utiliser surtout la partie droite de votre cerveau: – faites confiance au flot de l’inspiration, – écrivez tout sans discernement, – ne portez d’abord aucun jugement qui risquerait de tarir la source.
Après, dans une deuxième phase: – relisez avec un sens critique, évaluez, – raturez, corrigez, complétez, – structurez, organisez.

(activités plus rationnelles relevant du cerveau gauche)
L’erreur que l’on a tendance à commettre est d’essayer de faire travailler simultanément ces deux sources d’énergie: elles ne peuvent ainsi que s’annuler l’une l’autre. Nous reviendrons plus en profondeur sur ce processus dans le chapitre consacré à l’étincelle de départ.

Panne d’inspiration?
Quand plus rien ne vient, quand on bute sur le développement d’une idée, c’est souvent que l’énergie créatrice s’est déplacée à notre insu. On sollicite notre cerveau gauche pour retrouver une inspiration dont la source se situe dans le cerveau droit. Comme celui qui cherche désespérément, dans toute la maison, ses clés d’auto... bêtement oubliées dans le démarreur!
Et plus on se concentre, plus on fait d’efforts, plus l’inspiration se sauve loin de nous. Il faut alors briser le schème dans lequel on s’enlise. Ne pas s’acharner jusqu’à un stade d’exaspération: on risque de se dégoûter de son texte.
 
Quelques suggestions:
 
mettre entre parenthèses: si vous butez sur quelques mots qui ne viennent pas tout de suite, créez un espace blanc entre parenthèses. Vous apaisez ainsi votre cerveau gauche: «Ça va, je sais qu’il manque une brique ici, mais laisse-moi pour le moment continuer à construire ma maison.»
faire une marche (ou toute autre activité physique): l’énergie se déplace ailleurs. On voit le problème sous un autre angle.
dormir (quel conseil agréable!): pendant le sommeil, le puits se remplit. Je vous recommande aussi de porter attention aux premières images flottantes qui hanteront votre réveil. Cette demi-veille est (avec les rêves) un état où le cerveau droit règne en maître.
 
Vous pouvez également recourir à des exercices ou à des jeux qui peuvent vous aider à renouer avec votre source d’inspiration. Certains seront peut-être efficaces pour vous tandis que d’autres ne réussiront qu’à vous agacer. C’est différent pour chacun. Leur point commun est d’échapper à un mode de pensée rationnel (cerveau gauche) pour solliciter l’imagination sous une forme ludique (cerveau droit).
Il s’agit de mettre la machine en marche sans se soucier de la qualité des résultats.
 
Écrire devant une image:
 
Ouvrez un livre d’art et choisissez une toile qui vous plaît ou vous interpelle. Écrivez tout ce qui vous vient à l’esprit. Décrivez ce que vous voyez, ce que vous imaginez qu’il y a derrière, à côté. Inventez des questions: À quoi pense le personnage? Où sera-t-il demain? Cette voix hors-champ qui l’appelle... que lui dit-elle? Si c’est une scène de jour, que se passe-t-il la nuit au même endroit? Qu’y a-t-il derrière l’arbre, le mur? Qui a posé cette corbeille de fruits sur la table? etc.
 
Suivre la musique:
 
À l’écoute d’une pièce instrumentale, essayez de décrire les différentes inflexions émotives qu’emprunte la musique. Racontez en images la progression de la mélodie. Écrivez rapidement sans vous relire: il s’agit de suivre le rythme.
 
La dérive:
Prenez quelques vers d’une chanson connue. Par exemple:

Les ange s dans nos campagnes Ont entonn é l’ hymn e des cieux
Remplacez les mots importants du texte (en gras) par d’autres mots en vous donnant comme contrainte d’en garder la première lettre et la fonction grammaticale. Vous pouvez vous appliquer à former de nouvelles images qui ont du sens ou vous abandonner au plaisir des juxtapositions saugrenues. Peu importe: la contrainte vous force à explorer de nouvelles avenues.
N.B. Vous n’êtes pas tenu de respecter la métrique (ni la musique) du texte original – sinon vous risquez de créer une parodie décevante et inutile.

Cela peut donner:

Les amulettes dans nos cous Ont endormi l’horreur des cris
ou, dans un registre différent:

Les approximations dans nos C.V. Ont étourdi l’historien des crimes
Je suis d’accord avec vous: y a pas de quoi remporter le Nobel de littérature. Mais, dans ce jeu, je suis tombé par hasard sur le mot amulette , que je n’ai jamais employé avant et qui m’allume, me fait signe... à moi de poursuivre, je ne suis plus figé devant ma page blanche.
À vous de jouer.
Les premiers vers de l’ Hymne au printemps de Félix Leclerc:

Les blés sont murs et la terre est mouillée Les grands labours dorment sous la gelée
donnent comme grille de départ:
 
Les b . . . . . . . sont m . . . . et la t . . . . . . . est m . . . . . . . Les g . . . . . . . . . l . . . . . . . . d . . . . . . . . . sous la g . . . . . . . . . . .
 
La constellation:
 
Ce procédé peut vous servir dans les premiers instants d’écriture quand vous voulez éviter un développement trop rationnel, trop linéaire.
Si vous placez tout naturellement votre thème central (ou point de départ) en haut de la page, cela vous amène à dérouler vos idées dans une progression logique. Vous risquez ainsi de bâillonner rapidement votre cerveau droit.
Je vous suggère plutôt de placer votre point de départ au centre de la page.
Puis, comme autant de planètes qui tournent autour, écrivez toutes les idées, images, bouts de phrase, mots qui vous viennent en tête.
Vous pouvez adopter un style d’écriture presque automatique, le stylo courant le plus rapidement possible sur le papier, ou procéder de façon plus pondérée. L’important est la disposition graphique qui ne donne préséance à aucun élément et décourage donc pour l’instant toute tentative d’organisation logique.
 
Exemple:
DIFFÉRENCES ENTRE POÈME ET TEXTE DE CHANSON
Souvent des élèves, à un premier cours, me soumettent des textes en me disant: «Voilà, c’est des trucs que j’écris, je ne sais pas ce que ça vaut, je ne sais même pas comment appeler ça: poème ou texte de chanson?... »
Puis, comme à un médecin à qui on demanderait une seconde opinion, ils me rapportent le diagnostic d’un camarade compositeur qui a tenté de mettre en musique lesdits «trucs» et s’est avoué vaincu: trop long, trop court, difficile à faire «sonner», compliqué, il faudrait couper... (vous croiriez entendre l’ouvrier vous annonçant qu’il faut refaire toute l’installation électrique). En un mot, c’est trop poétique !
Le mot est lâché. «Comme si c’était un défaut d’être poétique !» pensent-ils. Non, évidemment... mais il peut exister, selon le type d’écrit, des différences importantes entre un poème et un texte de chanson. Différences dans l’intention et différences dans la facture formelle.
Poème Fait pour être lu Le lecteur peut prendre connaissance de l’œuvre à la vitesse qui lui convient. Il peut relire certains passages avant de poursuivre, ralentir, s’interrompre, etc. Ce qui permet une complexité d’écriture que le lecteur a le temps de décoder et de savourer. Œuvre complète en elle-même. Habituellement sans répétitions. Métrique libre : la longueur du vers varie selon le souffle que l’auteur veut donner à son texte. Absence de rime Sans exclure les jeux de sonorités, la poésie contemporaine ne rime habituellement pas. La longueur du texte est à la discrétion de l’auteur.
Texte de chanson Fait pour être écouté L’auditeur ne peut interrompre le déroulement de l’œuvre. Tout au plus peut-il, dans le cas d’un enregistrement, faire rejouer la chanson. Cette contrainte impose une accessibilité plus immédiate du texte. Le texte d’une chanson n’est que la moitié de l’œuvre. La musique prolonge, colore, à la limite peut donner un autre sens au texte. Pour épouser la forme musicale, certains passages peuvent avec bonheur être répétés. Cette répétition contribue aussi à l’accessibilité du texte. Métrique plus rigide, parfois identique pour chacun des vers. À tout le moins une symétrie s’impose selon les répétitions de sections. Contrainte de la rime ou à tout le moins d’un système d’homophonies. Certaines belles aventures chansonnières des années soixante-dix duraient des faces entières de disque... Aujourd’hui, selon le débit, un texte contient entre vingt et soixante vers, ce qui correspond à une chanson de trois à cinq minutes.
Je vous propose, pour nous y retrouver, de consulter le tableau aux pages 36 et 37.
Afin d’éclairer, de nuancer notre réflexion avant d’affirmer catégoriquement que tel texte peut ou ne peut pas se mettre en musique.
 
Deux remarques: Sous la colonne poème, je fais surtout référence à la poésie contemporaine qui a depuis longtemps renoncé aux contraintes de rime et de métrique de la versification classique. Si le répertoire de la chanson française compte de nombreux exemples de poèmes mis en musique avec succès, ces textes de Hugo, de Baudelaire, de Verlaine, d’Aragon ont en commun une facture formelle rigide ou, dans le cas de Prévert par exemple, une imagerie immédiatement accessible, dès la première audition. Nous connaissons tous des exceptions aux principes généraux évoqués dans les tableaux précédents – et comme toutes les exceptions, elles sont souvent délicieuses.

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