Bikini Story
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Description

En 1946, le monde découvrait un atoll des îles Marshall : Bikini. En 1947, le couturier français Louis Réard s'emparait de ce nom pour en faire un vêtement de bain pour les femmes. Rompant avec des décennies de conformisme, M. Réard choisissait de dénuder leur corps pour mieux l'habiller, de quelques morceaux d'étoffe.
En adoptant le bikini sur les plages, les femmes sont amenées à porter un nouveau regard sur elles-mêmes. Bien plus qu'un costume de bain, le bikini participe, dans les années 70, à la révolution sexuelle et aux modifications comportementales dans les relations entre hommes et femmes.
Ce livre décrypte, à travers l'histoire du bikini, l'évolution de la femme, qui assume désormais son corps et revendique l'égalité des sexes. À travers une iconographie très riche, recueillie chez les grands créateurs, ce sont plus de cinquante années de l'histoire féminine qui s'égrènent tout au long de cet ouvrage.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 septembre 2015
Nombre de lectures 16
EAN13 9781783108169
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0598€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Auteur :
Patrik Alac

Mise en page :
Baseline Co. Ltd
61A-63A Vo Van Tan Street
4 e étage
District 3, Hô-Chi-Minh-Ville
Vietnam

© Confidential Concepts, worldwide, USA
© Parkstone Press International, New York, USA
Image-Bar www.image-bar.com

Tous droits d’adaptation et de reproduction, réservés pour tous pays.
Sauf mentions contraires, le copyright des œuvres reproduites appartient aux photographes, aux artistes qui en sont les auteurs ou à leurs ayants droit. En dépit de nos recherches, il nous a été impossible d’établir les droits d’auteur dans certains cas. En cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la maison d’édition.

ISBN : 978-1-78310-816-9
Patrik Alac



BIKINI STORY
Remerciements :

Les marques : diNeila, Lenny Swimwear, RiodeSol et Pain de sucre.

Un merci particulier à Neila Granzoti Rudden pour sa postface, et ses nombreux
conseils dans le choix des photos.
Sommaire


Introduction
La Naissance du bikini
De scandale en scandale
Les limites de l’imagination
Le Bikini dans les films
Le Conditionnement du corps
Les Nouvelles Libertés
La Plage comme espace de liberté
Postface
Zoom sur l’avenir : le bikini
Retour en arrière…
Aujourd’hui…
Ce qui nous attend…
Pour la maison - ou à la piscine, ou sur un yacht, ou à la plage…
Bibliographie
Crédits photographiques
Photographie retravaillée de la fin du XIX e siècle avec une cabine provisoire pour se changer (details) .
Introduction



Photographie de Coney Island au début du XX e siècle. Le site de villégiature, réputé pour être la « Sodome-sur-mer » , semble donner justice à sa réputation dans la représentation de ces cinq dames qui soulèvent leur jupe dans le style french cancan. Elles portent des costumes de bain qui couvrent tout le corps à l’exception des bras. Il est intéressant de voir la multitude des étoffes qui se superposent : sur un collant en laine on met une culotte courte retenue par des rubans aux cuisses ; ensuite suit le véritable costume de bain. La silhouette à la Rubens des danseuses visiblement de bonne humeur, est typique de son temps.


Le début du nouveau millénaire s’accompagne du besoin de passer en revue le siècle qui vient de s’écouler. Les différentes tentatives de rédiger une histoire du XX e siècle introduisent rapidement la notion de « siècle de guerres et de cruautés », ou de « siècle de la barbarie ». Elles laissent de côté les événements importants et les conquêtes positives qui paraissent secondaires et frivoles, vu le poids des événements sinistres. Néanmoins, il faut espérer que l’on rédigera dans le futur une histoire plus complète du siècle passé dont l’historicité ne sera pas déterminée par la collection des souffrances, l’étendue des catastrophes et des guerres ou encore par le nombre de morts et la liste des villes détruites.
Parmi les événements positifs, il faut compter la libération du corps, revendiquée par un mouvement qui s’est étendu dans tout le monde occidental. Cette libération a été facilitée par le déclin des valeurs chrétiennes après la Seconde Guerre mondiale. Le bikini a joué un rôle décisif dans le processus qui a mis de côté des mœurs et des codes de morale depuis longtemps dépassés mais qui n’avaient pas encore été abolis. La mode, comme expression de cette nouvelle culture du corps, a offert dès le début une possibilité de projection d’idées politiques ; bien souvent, la « tenue obligatoire » donne des informations sur le niveau actuel de liberté dans une société. D’autre part, la mode représente le moyen de communication le plus simple et le plus élémentaire. Alors que jadis elle marquait la position sociale, le rang et l’importance d’une personne, elle est aujourd’hui, et depuis les années soixante, un signe d’appartenance idéologique. Par ailleurs, il est important de remarquer qu’une tenue non réglementaire et « décontractée » peut, elle aussi, devenir soudain un uniforme qui montre l’appartenance à un groupe. Le bikini et l’indignation morale qu’il a engendrée se trouvent à la naissance même de cette mode révolutionnaire de l’habillement qui a causé tant de scandales.
Pain de sucre . Bikini Canail .
Mannequin : Jenna Pietersen.
Photographie : Éric Deniset, 2009.


On peut résumer un autre aspect des chamboulements d’après 1945 en deux mots : « consommation et communication ». Ils caractérisent pratiquement l’ensemble des activités économiques. L’histoire du bikini illustre à merveille l’importance de la marchandise et du moyen d’en faire la publicité. Il faut ainsi mentionner le soutien réciproque du film et du bikini. Au début des années cinquante, les cinéastes se servaient des « caractéristiques propres à dénuder » du petit maillot de bain pour attirer plus de spectateurs dans les salles. En contrepartie, les créateurs de bikinis augmentaient leurs chiffres de vente. On pressent d’ores et déjà l’alliance entre marchandise et communication en un clip publicitaire bien étudié, qui se veut à la fois chef-d’œuvre et encouragement à la consommation.
Cependant, la diffusion du « petit maillot de bain » n’est pas seulement la conséquence d’une culture du corps qui s’éveillerait à nouveau. Elle est aussi responsable d’une prise de conscience accrue de son corps. Il faut avoir un corps parfait pour l’exhiber dans un bikini. L’obsession de la minceur, le fanatisme du sport et du bodybuilding ne sont que les dernières apparitions d’une libération du corps initiée dans les années cinquante et qui fait plus effet de norme et de discipline que de liberté.
Ce livre raconte l’histoire du bikini : sa naissance dans une piscine parisienne lors d’un après-midi étouffant de juillet 1946, le scandale qu’il a provoqué (le bikini a en effet été condamné à ne paraître que dans les magazines pour hommes), son apparition étonnante au cinéma, le soudain intérêt que lui ont porté les créateurs de mode et finalement sa présence triomphale sur toutes les plages du monde. Que ce soit sur les côtes du Brésil, sur les plages de la Méditerranée ou sur les longues étendues balnéaires de la Californie, le bikini appartient aujourd’hui aux visions incontournables de notre paysage estival.
Nous le voyons dans des couleurs éclatantes, bigarré ou d’un uni décent, en matière synthétique, en laine ou en lycra, taille basse ou taille haute, en tanga ou en string, en petits rectangles cachant les seins et collant comme des feuilles à la peau ou bien d’une construction complexe et de plusieurs épaisseurs formant comme une carapace devant la poitrine. Avec ses deux petits bouts d’étoffe de forme triangulaire, il ne fait pas grande impression quand il est sur un cintre, mais sur le corps, c’est une métamorphose. Ces deux bouts de tissu insignifiants prennent des formes et des courbes inattendues comme si on leur insufflait la vie. Bien tendus sur la peau, ils montrent leurs motifs, ornements et inscriptions. Un petit bout de métal quelconque relève soudain la signification jusqu’alors cachée d’une partie du corps en l’ornant et la mettant en valeur. Le bikini révèle son véritable moi quand on le porte. Voici la caractéristique particulière de ce vêtement.
Pain de sucre . Bikini or et orange, 1990.
Mannequin : Sonia, agence Fam,
Paris. Photographie : Delavigne.
Une autre photographie du début du siècle dernier présentant le site de villégiature américain Coney Island, et son groupe de baigneurs joyeux. Les femmes portent des maillots de bain comparables à des chemises de nuit. Le plus souvent bleu marine avec des rayures blanches (le motif est répandu et surtout utilisé pour les costumes de plage pour garçons), des mèches, des cols et des ceintures, ces costumes de bain atteignent les mollets.
Une plage de l’Italie du nord entre Gênes et Santa Marguerita vers 1900. Au premier plan, deux couples se promènent au bord de l’eau. Les hommes portent des maillots de couleur sombre qui ressemblent à des tenues sportives, tandis que les costumes de bain des femmes sont taillés et atteignent les genoux. À l’arrière-plan, on distingue la masse qui afflue vers le demi-cercle de la baie et qui reste inchangée aujourd’hui. À droite, les têtes de quelques nageurs et à gauche dans le fond un complexe de cabines de plage et de tentes de divertissement.
Photographie retravaillée de la fin du XIX e siècle avec une cabine provisoire pour se changer. La dame au milieu s’est déjà changée, et attend à l’abri d’une construction en forme d’un coquillage son amie qui se change derrière un rideau. La troisième femme, peut-être la mère, se trouve complètement habillée à droite. Elle porte un chapeau et un foulard, et s’appuie avec un parapluie sur une chaise. Dans l’arrière-fond, deux autres femmes se promènent sur la plage. La scène, sans doute mise en place, offre une vue osée du décolleté de la jeune femme qui se change. En l’occurrence, il pourrait s’agir ici d’une image érotique.


Il y a peu d’autres produits de l’industrie de la mode qui sont liés à tant d’idées préconçues. En effet, le bikini fait partie des mythes de notre quotidien. Tout comme une voiture rapide donnerait à son conducteur un grisant sentiment de pouvoir, comme une carte de crédit en or donnerait à son propriétaire l’impression de possibilités infinies, le bikini est un de ces objets qui possède une aura. Lorsque nous le mettons au contact de notre corps, il nous transmet une partie de cette magie dont nous l’avons doté et change notre univers.
Quand une femme met un bikini, elle ne revêt pas simplement un maillot de bain, elle porte un objet magique qui la transforme, elle et son entourage, comme le fait la baguette dans les contes de fées. Elle devient ainsi spectatrice de sa propre vie. Les nouvelles capacités qu’elle acquiert grâce au bikini la transportent dans un monde de possibilités qui se différencie totalement du monde quotidien où tout est ennuyeux. Mais pour qu’elle puisse pénétrer ce monde, il faut qu’elle se rende à un lieu bien précis dans lequel cette métamorphose pourra s’accomplir. Ce lieu, c’est le paysage balnéaire qui s’étend le long des côtes et qui met hors fonction les lois et les règles valables dans le quotidien. Nous connaissons tous parfaitement ce paysage balnéaire, il est irremplaçable. Toutefois, il a fallu du temps pour l’établir et pour lui accorder ce maillot de bain merveilleux et extravagant.
Un groupe de dames vers 1910. Les belles portent des costumes de bain remontant jusqu’aux genoux qui pourraient provenir d’une garde-robe d’une fête foraine comme l’indiquent leur variété de couleur et leur fantaisie. Au milieu, on trouve un Père Noël avec des bordures blanches, à gauche se trouvent deux personnes qui pourraient servir de bouffons à la cour d’un roi du Moyen Âge, et une troisième portant une robe avec des rayures en guise de maillot de bain. La proximité de la mode balnéaire avec la lingerie est nette. Toutes les femmes portent des chaussures (la quatrième de gauche porte même des chaussures de boxe) et des collants.


Les premières plages comparables aux nôtres apparaissent à la fin du XIX e siècle. Jusqu’alors la mer était quelque chose de mystérieux et d’incompréhensible. Chantée par les aèdes de l’Antiquité, la mer est presque entièrement tombée dans l’oubli pendant le Moyen Âge, époque qui a transformé le monde en un endroit obscur, tourné vers l’intérieur. La mer était un élément malsain et dangereux, habité par des monstres qui guettaient les humains. Aussi les habitants des côtes construisaient-ils leurs maisons à l’intérieur des terres pour se protéger des « vapeurs nocives » et des « forces démoniaques » de la mer. Cette croyance en la malédiction de certains lieux tous liés à l’élément de l’eau s’est prolongée jusqu’au début du XIX e siècle. C’est ainsi, par exemple, qu’on a attribué des « vapeurs néfastes » au Colisée de Rome. Les « promenades à Rome » de Stendhal en font souvent mention et dans « Daisy Miller » de Henry James, l’héroïne du même nom meurt après une nuit de folie passée dans l’ancien amphithéâtre.
Le contact de la mer n’était conseillé que dans le cas de maladies incurables. On a longtemps pensé que cette inconnue ouvrait la porte sur le néant ou qu’elle était une frontière anguleuse la séparant du monde des humains. Aussi la considérait-on comme un espoir de dernier ressort. Le remède habituel conseillé contre la rage au XVII e siècle illustre tout à fait cette croyance. Il fallait tout simplement se jeter trois fois dans la mer.
Au XIX e siècle, on commence à conseiller les cures au bord de la mer. Les qualités thérapeutiques des eaux salées et mouvementées sont pressenties et elles sont prescrites contre l’anémie, les maladies nerveuses, l’asthme, les maladies de peau ou pour une convalescence suite à des fractures et des foulures. Cependant, ces cures ont des règles bien définies. Ainsi, il faut tremper ses pieds exactement cinq minutes à un endroit peu profond et proche du bord tout en faisant des mouvements souples, puis il faut s’avancer avec courage dans l’eau et s’immerger d’un seul coup en s’efforçant de garder la même position, si possible sans remuer. Il faut, par la suite, sortir rapidement de l’eau et récupérer une circulation sanguine normale en faisant des mouvements lents sur la plage.
Baigneurs sur la plage de Deauville vers 1925.Le maillot de bain qui ressemble à une chemise tirée sur les hanches est moulant et souligne les formes du corps. La femme au regard un peu soucieux est très mince et se distingue nettement des baigneuses de 1900. À l’arrière-fond,on aperçoit la plage sur laquelle des chaises-longues et des draps ont remplacé les corbeilles de plage et les tentes volumineuses. L’assaut en masse des plages à travers le monde entier vient de commencer.
Mode de plage au début du siècle dernier. Six femmes gracieuses posent dans la même position au bord d’un bateau. Elles portent des bonnets de bain (l’une d’entre elles est même décorée d’une plume), des maillots une pièce inspirés des tenues sportives très à la mode à l’époque. Elles tiennent leur genou droit avec les deux mains et le posent sur la jambe gauche. Les costumes de bain qui couvrent à peine les cuisses montrent clairement la nouvelle tendance minimaliste dans la mode balnéaire qui dorénavant est aussi utilisée dans les divers sports. Toutes les six sont maquillées et leurs bouches sont redessinées avec du rouge à lèvres. Leurs têtes de poupées (du fard blanc au visage, des lèvres qui contrastent avec une peau blanche, des coiffures coincées sous les bonnets de bain, des visages figés et souriants) montrent déjà que l’on commence à jouer avec l’innocence tout en dévoilant son corps de plus en plus.


Aux débuts du chemin de fer, les passagers des trains devaient se protéger contre la « vitesse inimaginable » en mettant des coussins sur le ventre et dans le dos. Désormais, on se souciait des réactions que pouvait bien provoquer cet élément inconnu et mystérieux dans lequel se trouvait plongé le corps.
La mode relative à la baignade a d’abord suivi l’usage que l’on faisait de la plage et de la mer. La séparation entre la mode pour la mer et la mode pour la plage est totale : cette dernière s’apparente à un amoncellement de tissus mis avec peine les uns sur les autres, comparable à la manière de s’habiller dans les villes à la fin du XIX e siècle. On ne peut pas vraiment parler, au début, de mode pour la baignade. En effet, les excursions à la mer n’étaient pas destinées à la baignade mais elles servaient exclusivement à s’immerger brièvement dans l’eau. Les premiers « costumes de bain » devaient donc être tout aussi bienséants et convenables qu’un vêtement de tous les jours. Ils devaient dissimuler le corps le plus possible. Leur deuxième fonction était de réchauffer la personne aussi bien dans l’eau que sur la plage. Il fallait, pour cette raison, des maillots de laine épaisse et chaude. Les habitudes de baignades laissaient alors peu de possibilités de voir ou de montrer le corps. Ainsi, jusqu’à la Première Guerre mondiale, les baigneurs parcouraient la grande distance entre la plage et la mer dans une cabine à roulettes dont ils ne sortaient que lorsqu’ils se trouvaient dans l’eau.
Annonce dans un journal du concours de la plus jolie
baigneuse en 1946. Les lecteurs ne savaient à ce moment pas
encore que le bikini allait apparaître et changer les esprits.


Les premières photos de cet ouvrage montrent la lente organisation de la mode pour la baignade. Le commandement absolu de la pudeur, la difficulté à se procurer des vêtements appropriés pour nager sont de gros problèmes dont la solution a nécessité une richesse d’inventions. Ces photographies d’une époque révolue nous montrent l’évolution même de l’espace de la plage. Le marché annuel de l’habillement souligne le caractère de fête populaire de l’arrivée estivale au bord de la mer. De plus, la plage ne prévoyait aucune séparation de classes et de rangs, et constituait donc un espace d’égalité. L’industrie des loisirs, qui deviendra plus tard notre industrie touristique, commence à s’établir au bord de la mer. C’est l’époque des grandes constructions sur pilotis à plusieurs étages de Coney Island, par exemple, mais aussi du tourisme d’été. La masse de fanatiques du soleil sur la plage de Gênes, derrière laquelle un chaos débridé de tentes a pris naissance, nous donne une bonne idée des débuts tâtonnants et improvisés de l’aménagement de notre paysage balnéaire.
Mais les visages des premiers estivants en disent encore plus long sur la fonction de cet espace nouvellement conquis. Ce sont des visages souriants et joyeux qui pourraient servir à chaque publicité. Ils sont les signes les plus sûrs de l’édifice réussi d’un monde dans lequel il n’y a que satisfaction, joie et divertissement.
Après la Première Guerre mondiale, toutes les conditions nécessaires aux plages que nous connaissons aujourd’hui sont réunies. Une photo de 1925 montre une femme dans un maillot une-pièce, assise entre des chaises longues sur une plage de Deauville . Cette scène pourrait très bien être d’actualité si ce n’était le costume de bain. Les accessoires au premier plan - des sandales, un sac, une serviette de bains et une ombrelle - sont les preuves d’une prise de possession de la plage.
Il ne manque que vingt ans avant la construction définitive du complexe balnéaire qui fera partager aux populations de toutes langues et de tous pays la passion universelle pour la baignade. Encore seulement vingt ans avant la naissance du bikini…
La piscine Deligny à Paris, bondée, le 2 juillet 1958.
On voit en majorité des hommes. Les rares
femmes présentes portent indifféremment
des uni-pièces ou des deux-pièces.


LE BIKINI
…Le bikini est un costume de bain minuscule composé de deux pièces. L’étoffe mesure tout au plus 45 cm 2 . Le bikini ne sert pas seulement à la baignade. Il peut être vendu dans une boîte d’allumettes. On peut le passer sans peine à travers une bague de mariage. Il habille une femme plus qu’il ne la déshabille. De ce fait, elle ne se sent jamais nue mais les hommes sont irrésistiblement attirés par elle.
Défilé de Réard avec Micheline Bernardini à la piscine Molitor à Paris, pour l’élection de la plus belle nageuse le 5 juillet 1946 , (detail) .
La Naissance du bikini



Défilé de Réard avec Micheline Bernardini à la piscine Molitor à Paris, pour l’élection de la plus belle nageuse le 5 juillet 1946.


Le 1 er juillet 1946 une bombe atomique de 23 000 tonnes est lâchée à neuf heures du matin sur l’atoll de Bikini, situé dans le sud du Pacifique et pratiquement inconnu jusqu’alors. Elle fait sombrer une bonne demi-douzaine de navires de guerre désarmés et en endommage sévèrement au moins autant. Les conditions atmosphériques sont idéales pour le test, le ciel est découvert et il règne un calme plat. Une gigantesque colonne de fumée, d’abord d’un blanc éclatant puis orange et bordeaux s’élève au-dessus du groupe d’îles, et forme finalement une boule de feu d’un vert grisâtre. Les pilotes estiment que ce nuage de fumée devait faire 10 000 mètres de hauteur. Il est aussitôt traversé par des avions téléguidés avec à leur bord des appareils de mesure très sensibles ainsi que des animaux de laboratoire.
Il s’agit du premier test atomique officiel depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et les bombardements dévastateurs de Hiroshima et Nagasaki. Tous les quotidiens importants rapportent les essais effectués dans ce paradis de la mer du Sud et supputent qu’il s’agit là d’un acte de propagande. Les USA, seule force atomique de l’époque, voulaient montrer à leur adversaire soviétique les conséquences de cette bombe qu’ils avaient en leur possession. Des rumeurs sur l’effet dévastateur de la bombe avaient été propagées intentionnellement et nourries par les autorités qui en connaissaient la menace véritable. Mais lorsque le 2 juillet les journaux paraissent et que la terre tourne toujours dans le même sens, l’humanité constate alors avec soulagement que « la terre ne s’est pas liquéfiée, le ciel n’a pas pris feu et l’océan ne s’est pas pétrifié. » ( Le Monde , 2 juillet 1946).
La piscine parisienne Deligny le 1 er juillet 1946.
Les modèles de deux-pièces ne sont pas économes
eu égard aux conditions de l’époque.


Sur le plan militaire, excepté l’expérimentation des potentialités d’intervention maritime de la bombe atomique, ce fut un fiasco total. Seulement quelques-uns des vingt-quatre navires, que l’on avait peints en orange vif à cette occasion, ont été coulés. De plus, la bombe avait manqué son but réel, le contre-torpilleur américain « Nevada ». Les observateurs russes, invités par les Américains à assister à l’explosion sur l’atoll, quittent peu impressionnés le territoire d’essai. Un amiral américain reconnaîtra avec déception que la bombe n’est utilisable contre les navires qu’en combinaison avec une autre arme plus sûre, comme une torpille. Aussi l’effet provoqué par l’essai atomique des Américains est-il nul et le nom de « Bikini » ne fait pas le tour du monde tel un murmure empreint d’effroi.
Quatre jours plus tard, le 5 juillet, un petit scandale apparemment anodin a lieu dans une piscine publique de Paris où avait lieu un concours de beauté. Ce scandale devait rendre célèbre dans le monde entier le nom de Bikini. Un créateur de mode français, Louis Réard, profite de l’occasion pour présenter sa collection de maillots de bain. Nombre des visiteurs se trouvant autour de la piscine avaient remarqué une femme extrêmement peu vêtue et cela déjà bien avant le résultat du concours. Elle marchait à travers la foule et semblait perdue dans ses pensées. Lorsqu’elle est appelée à monter sur le podium où étaient présentées les finalistes, un murmure s’élève alors à travers les spectateurs. Ni la beauté ni la célébrité de cette femme ne sont la cause d’une telle exclamation, mais plutôt le maillot de bain spécial qu’elle porte. Il s’agit, comme pour les autres concurrentes, d’un maillot de bain deux-pièces, mais si minuscule qu’elle était presque nue . Deux rectangles avares de tissus couvrent les seins, retenus par un fil attaché autour du cou et le bas, découpé devant en un rectangle, s’arrête abruptement à la hauteur des hanches, laissant le haut des cuisses et les hanches nues. Seul un mince fil part vers l’arrière, bien au-dessous du nombril. Aujourd’hui, cette apparition est habituelle et nous la rencontrons sur chaque plage. Mais en cet après-midi étouffant d’été, dans la piscine Molitor à Paris, elle est perçue comme le sommet de l’impudeur et de l’obscénité. C’est l’heure de la naissance du bikini et le début d’un scandale qui va durer presque vingt ans, période qui verra la gloire d’un créateur de mode jusqu’alors peu connu qui saura se spécialiser dans les maillots de bain.
Mannequin portant un modèle de bikini de
l’année 1940, et un chapeau en éponge avec des
franges de perles. Couverture du magazine
Picture Post numéro 607, 18 mai 1940. Photographie :
IPC Magazines/Picture Post/Getty Images.


Né dans les dernières années du XIX e siècle, Louis Réard avait limité son activité aux maillots de bains. C’était son orgueil de pouvoir habiller les stars du moment de « costumes-Réard ». Il y réussit partiellement en habillant par exemple Maurice Chevalier. Le coup d’audace du 5 juillet va faire l’objet d’une préparation minutieuse. Réard avait d’abord essayé de gagner l’accord de ses mannequins habituels pour faire un défilé. Mais lorsque celles-ci refusent (terrifiées par le derrière des maillots, un mélange entre le tanga et le string qui laisse les fesses presque nues), il lui vient alors le pressentiment du scandale qu’allait provoquer son chef-d’œuvre. Il décide alors de jouer son atout et d’utiliser l’exaspération du public à des fins publicitaires. Micheline Bernardini, une danseuse nue du Casino de Paris, est la personne toute désignée car elle n’aura aucun scrupule à revêtir un si petit maillot de bain. Néanmoins, le cadre de la présentation n’est pas encore clair. C’est le 2 juillet que lui vient l’idée d’une présentation publique à l’occasion de l’élection d’une miss. Cette idée lui est fournie de façon inattendue par un reportage dans le journal France Soir . Un défilé de maillots de bain deux-pièces, présentés par des hôtesses de l’air, avait eu lieu dans un avion sous les yeux ébahis des voyageurs. Peu de temps après, dans l’édition de midi du journal France Soir on peut lire une annonce invitant les Parisiens à venir passer l’après-midi à la piscine Molitor où la plus belle baigneuse sera couronnée par un jury composé de sportives et de mannequins.
Réard avait tout de suite compris qu’il fallait un nom particulier à son maillot deux pièces. L’actualité des essais atomiques sur l’atoll de Bikini lui fournit le nom idéal. Quelques historiens de la mode affirment que Réard se serait inspiré du modèle de son concurrent, le grand couturier Jacques Heim pour trouver le nom de bikini. En effet, celui-ci présente en ce même été 1946 un modèle très osé. Mais, même si l’ Atome de Heim remplaçait le bas du deux-pièces forme boxer par un bout de tissu triangulaire attaché à la taille, le maillot était loin d’être aussi provocant que le bikini. Couvrant le nombril, frontière de la pudeur dans les années quarante, et fabriqué avec beaucoup de tissu, il était aussi osé qu’il était permis de l’être sans pour autant brusquer la morale. Il faisait partie de ces scandales, acceptés par la société, qui dérangent quelque peu les règles traditionnelles sans vraiment les attaquer. Cependant, l’ Atome de Heim semble effectivement avoir été créé avant le bikini de Réard. Femina , un magazine de mode, rapporte dans un numéro spécial d’été :
« Jacques Heim, entre-temps nous le savons tous, a un talent particulier pour les costumes de bain. Après le paréo, il nous présente maintenant son nouveau (comment le nommer ?… le mot costume est un peu exagéré), disons sa nouvelle tenue de bain, l’Atome. Comme vous pouvez le voir… »
Heim et Réard s’inspiraient tous deux des mêmes événements politiques. Dans les premiers jours de juillet, les journaux débordent d’articles minutieux sur les tests atomiques de l’atoll de Bikini, si bien qu’il se développe une psychose de la bombe atomique. Tout est mis en relation avec la bombe et son explosion. Une actrice séduisante est même baptisée « Bombe atomique » parce que la chaleur émanant de son corps ne pouvait être comparée qu’à la chaleur torride d’une explosion nucléaire. Le mot « atome » s’installe peu à peu comme une idée fixe dans les têtes. Soudain, tout est « atomique ». Heim reprend le nom dont il baptise son maillot de bain deux-pièces. Il met ainsi l’accent sur le rapetissement et le fractionnement du maillot à une pièce. Quant à Réard, il intensifie et dévie quelque peu cette tendance en introduisant dans le nom de son maillot la connotation d’un paysage des îles tropicales des mers du Sud.
Explosion de la bombe atomique au-dessus de l’atoll de Bikini en 1946.
Comptes rendus de presse française dans France Soir .


Réard a eu la chance d’associer dans le nom de bikini l’actualité de l’époque, l’évocation d’un paradis balnéaire et l’idée d’une beauté séductrice qui montre sa peau bronzée avec une innocence propre aux mers du Sud. Par la suite le nom du petit maillot de bain se révèle de plus en plus significatif : la séparation pseudo-étymologique du préfixe « bi » - deux - qui n’avait pas de signification dans le nom de l’île, mène à l’élargissement en « tri »-kini ou « mono »-kini. Le mariage étrange d’une arme meurtrière et d’une jeune fille séduisante dans un maillot provocant, le mélange d’un symbole de mort et d’amour, tout ceci doit avoir concouru à la fascination exercée par le nom de bikini. Quoi qu’il en soit, ce nom issu de l’actualité nous rappelle ces tours de chance de la littérature, où un pseudonyme ou un titre réussit à écrire l’histoire.
Cependant, en ce 5 juillet 1946, nous ne sommes qu’au début de cette histoire et aucun des acteurs ne pressent ce qu’elle va devenir. Par une température de 35° à l’ombre, Micheline Bernardini se fait photographier dans son sensationnel deux-pièces. Le concours de beauté a entre-temps touché à sa fin. Bien sûr, c’est une autre jeune fille qui a remporté la victoire, une blonde aux longues jambes, habillée d’un maillot deux-pièces décent qui lui couvrait entièrement le nombril, les fesses et la poitrine. Le soir même, elle est photographiée avec la Coupe-Réard (un saladier en argent) pour le journal France Soir et tombe ensuite à jamais dans l’oubli. Entre-temps, peu soucieuse de la victoire de sa concurrente, Micheline Bernardini pose devant les photographes. Avec un sourire éclatant, une jambe mise en avant, elle tient une boîte d’allumettes et imite la posture de la célèbre statue de la Liberté.
Ce tout premier bikini qu’elle porte est aussi hors du commun du point de vue du tissu dont il est fait : le motif tacheté (des fleurs peut-être ?) est en réalité un collage imprimé de coupures et de gros titres de journaux. À travers ce petit clin d’œil de Réard, le premier bikini joue déjà consciemment avec ce tourbillon de la presse qui s’élèvera autour de lui presque à chaque apparition publique.
Carte de l’atoll de Bikini.


Moderne, actuel et scandaleux, le bikini déclenche dès sa première séance de photos une discussion qui le mène bien au-delà de sa signification première (un petit morceau de tissu pour se baigner). Il réalise ce rêve de la mode, d’être plus qu’un habit. Il fait l’histoire, il crée un espace imaginaire autour de l’objet et de celui qui le porte et les transporte tous deux dans un autre monde. Il est propre au vêtement de n’être rien sans le corps par lequel il prend forme. Mais sans le vêtement, le corps est pratiquement sans expression. Il faut le bouger, le dissimuler, il faut lui donner des marques distinctives pour qu’il devienne signifiant. Une robe sans corps n’est qu’une enveloppe vide. Le coup de génie de Réard a été de faire remarquer son bikini dès le début et d’intégrer directement la publicité de sa création dans la création même. De ce fait, il a produit un vêtement et bien plus encore ; un rêve et une source à laquelle chacun peut puiser ses rêves.
Tout ceci arrive en ce 5 juillet de la première année d’après-guerre, alors que la guerre froide commence. Un groupe d’îles est pratiquement réduit en poussière et l’humanité s’entretient sur les avantages et les inconvénients de l’ère atomique. Micheline Bernardini range à présent ses affaires et quitte la piscine après une séance de poses. La belle danseuse passe à nouveau à travers la foule qui la fixe du regard sans savoir s’il faut applaudir ou s’indigner. Elle disparaît, non sans un dernier sourire, dans une cabine.
Le jour suivant, c’est le calme plat. Aucun scandale ne se répand dans la ville de Paris qui continue de brûler sous une chaleur torride de 35 o . Les Parisiens s’agglutinent aux bords des piscines. Cependant, ni les journaux, ni les illustrés, ni les magazines de mode ne parlent du scandale du bikini de la veille. Ce qui étonne dans le défilé scandaleux de la piscine Molitor, c’est qu’il ne sera mentionné nulle part, ni le jour suivant, ni dans les semaines ou les mois qui suivent, ni même dans les années à venir. Le scandale du bikini est un scandale introuvable et non répertorié. Seules les publicités qui critiquent le bikini pour vanter d’autres maillots prouvent qu’il a effectivement fait l’effet d’une bombe. Néanmoins, on ne l’a ni reproduit ni décrit de plus près. Il faut supposer que le scandale était si grand qu’on a choisi le seul moyen vraiment efficace pour l’étouffer : le silence complet.
Par contre on ne parlera, en cet été 1946, que du sensationnel maillot Atome de Heim. Les magazines de mode lui dédient entièrement la première saison d’après-guerre, saison qui s’inscrit dans la liberté retrouvée. Sur les plages de la côte d’Azur, des avions tirent une banderole dans le ciel pour faire la publicité du deux-pièces révolutionnaire de Heim : « L’ Atome , le plus petit maillot de bain du monde ». Réard va aussitôt contrer cette publicité : « Le bikini – encore plus petit que le plus petit maillot de bain du monde. » Même s’ils ne peuvent se permettre d’acheter les maillots de la collection Réard, les baigneurs suivent la tendance. Ils transforment avec un peu d’imagination et en quelques tours de main le deux-pièces classique en un « bikini-roulé » qui dévoile presque autant de peau que le bikini d’origine.
Compte rendu dans Paris Presse : photographie des
participantes et de la lauréate du concours de la
plus belle nageuse de 1946 à la piscine Molitor.


Le nom de Réard avait été tenu éloigné des magazines de mode jusqu’en 1954, année où il peut enfin imprimer une publicité dans le magazine Vogue . Durant toutes ces années, seul le nom de Heim était cité dans les rares cas où l’on abordait le thème frivole de la mode de plage.
Vogue étouffe sans hésiter toute cette agitation et n’évoquera le maillot qu’en 1948, alors que la mode revient à l’élégance et à la décence d’antan :
« Malgré l’élégance – du tissu et de la couleur – ce minuscule maillot de bain deux-pièces donne tout de même aux baigneurs – si l’on peut s’exprimer ainsi – une impression de rescapés dans des lambeaux de tissu pas plus grands que des mouchoirs de poche. »
Les lectrices de Vogue doivent attendre le mois de juillet 1948 pour voir le tout premier deux-pièces. Il est reproduit, sans commentaire, comme illustration d’une publicité de la nouvelle crème solaire d’Helena Rubinstein.
D’autres magazines comme Femina ne mentionnent que le nom de Heim dont la création plus bienséante provoque quand même des discussions :
« Existe-t-il des vêtements qui attirent l’attention ? – des vêtements ?… et bien… Cette année la femme se dévoile particulièrement sur la plage. La dernière création de Jacques Heim s’appelle l’ Atome , et ce nom veut tout dire. Déplacé ? Indécent ? Que peut-on en dire ? Le maillot cache ce qu’il faut cacher. Inversement il montre tout - et vraiment tout ! – tout ce qu’il y a à montrer. »
Essais nucléaires au-dessus de l’atoll de
Bikini dans le Pacifique sud, 1 er juillet 1946.


PREMIER SIGNE DISTINCTIF
« La bombe représente l’apogée de notre ère, elle est la marque de notre société, elle est pour nous ce que les dialogues de Platon sont à la cité grecque, le Colisée à l’Empire romain, les Madones de Raphaël à la Renaissance italienne, les gondoles à la noblesse vénitienne, la tarentelle à certaines populations de la Méditerranée et les centres d’extermination à la bureaucratie petite-bourgeoise qui jadis avait déjà formé le souhait d’un suicide par bombe atomique » . Elsa Morante considère l’explosion de la bombe comme « l’apogée de notre ère » . Deux cent cinquante années de progrès culminent à cet instant même de l’explosion. Elle met à découvert la face cachée de notre civilisation : la pulsion frénétique d’un désir d’autodestruction. Tel un champignon vénéneux, la bombe atomique est devenue le signe distinctif des cinquante dernières années. Lorsque l’être humain cueille une seconde fois le fruit de l’arbre de la connaissance, il ne trouve rien de mieux que de transformer le reste de son paradis en une zone pour les essais nucléaires. Quelle satisfaction de posséder enfin l’arme capable de provoquer le suicide collectif de l’humanité ! Quel soulagement de savoir que le monde entier, la vie, les rêves et les espoirs ne valent plus rien. Il n’y a plus à attendre, ni bonheur ni avenir meilleur si tout peut être détruit en appuyant sur un bouton. On a baptisé cette construction ronde « Gilda » d’après le film éponyme avec Rita Hayworth et on a reproduit au centre de la charge nucléaire l’image de cette femme au corps parfait. Notre humanité s’autodétruit et ressemble en ce sens à un enfant gâté qui n’aurait pas reçu pour son anniversaire le jouet qu’il voulait et qui détruirait tous les autres par dépit. Nous passons finalement de la lumière aveuglante de cette invention historique à l’image d’une femme allongée au soleil, image qui nous permet de mieux réfléchir à la mise en scène de la décadence.
Jacques Heim vérifie ses esquisses pour la
« maid of cotton 1962 » , Mademoiselle Penne Percy,
une étudiante américaine de 19 ans.


JACQUES HEIM
Jacques Heim naît à Paris en 1899. Il est le fils d’Isidore et de Jeanne Heim, juifs-polonais immigrés en France. En 1897, ils obtiennent la nationalité française et fondent, un an après, la maison de couture « Heim » dans leur appartement 48, rue Laffitte. Bientôt, ils comptent parmi leurs clients Madame de Toulouse-Lautrec, Madame Claude Debussy, sa Majesté Victoria Eugénie, épouse d’Alphonse XIV, roi d’Espagne, et d’autres célébrités. Après la Première Guerre mondiale, Isidore Heim commence à produire des manteaux de fourrure de lapin (une innovation dans le monde de la mode) et bientôt il gagnera l’admiration d’une grande dame de la couture : Coco Chanel. Après la fin de ses études de dessin, Jacques Heim s’intéresse à la mode pour les jeunes. En 1931, il présente sa première grande collection ; en 1934 il installe sa maison de couture « Heim » sur les Champs-Elysées et ouvre des filiales à Londres, Biarritz, Cannes et Rio de Janeiro. Au mois d’août 1936, son magasin est transféré avenue Matignon. C’est là qu’apparaissent les nombreuses publications de La Revue Heim qui sera suivie de La Gazette de Matignon . Pendant la Seconde Guerre mondiale Jacques Heim tente de fuir à Londres, mais il est interné dans un centre en Espagne jusqu’à la fin de la guerre. De retour à Paris, il fonde la société « Parfums de Jacques Heim » en 1949. Il reste jusqu’à sa mort une des figures les plus importantes de la mode parisienne. Ses créations seront considérées par tous comme des modèles d’élégance classique. Il a surtout enrichi la mode d’été et la mode de plage. En 1934, il est le premier à employer le coton dans la haute couture et esquisse une tenue de plage qui s’inspire des « paréos » tahitiens. En 1946, il crée le maillot de bain Atom e que l’on a malheureusement oublié et qui peut être considéré comme le précurseur du bikini.
La gagnante du prix de concours de la plus belle nageuse, Jacqueline Maraney, 20 ans, secrétaire, le 26 juin 1948.
Louis Réard , inventeur du bikini, assis avec deux de ses modèles, 1957.
Photographie : Popperfoto/Getty Images.


LOUIS REARD
Louis Réard naît à Paris en 1897. Il commence à créer des maillots de bain dans les années trente. Bientôt ses maillots attirent une clientèle mondaine et aisée. Réard a pour vocation d’habiller les femmes belles, riches et heureuses, pour les plaisirs de la plage. Il n’a cependant jamais été accepté par le monde officiel de la mode. Ces créations paraissaient frivoles aux rois, princesses et autres aristocrates qui fréquentaient les ateliers de couture chics de l’avenue Matignon. Lorsqu’en 1946 il enfreint toutes les règles de morale et blesse le bon goût avec son bikini, il ne fait qu’aggraver le dédain du monde de la mode à son égard. De plus, le 18 juillet 1946, Réard se réserve les droits d’utilisation du nom « bikini » et lorsque celui-ci devient l’appellation d’un simple maillot deux-pièces, il n’hésite pas à protester. Chaque abus de l’emploi de la marque déposée numéro 19431, ne serait-ce que dans les colonnes des journaux, sera suivi d’une plainte de la part de Réard. Ce comportement anormal était sans doute une des raisons pour lesquelles le monde de la mode le rejetait. Le mot bikini sera repris dans toutes les langues alors que le nom de Réard disparaîtra complètement. On ne trouve pas un seul article sur la présentation de son bikini à la piscine Molitor, ni sur le couturier. C’est à peine si son nom est mentionné dans l’histoire de la mode et s’il l’est, la remarque s’en tient à ceci : « Louis Réard, créateur du bikini » . Les œuvres de référence mentionnent tout au plus ses dates de naissance et de décès (1897-1984) et ne sont même pas d’accord sur son lieu de naissance (Paris, Lille ou Lausanne). Lorsque, peu de temps avant sa mort, un journal américain commande un reportage sur le « Père du bikini » , Réard semble très étonné. Sur une photo qui montre le créateur avec l’un de ses modèles, il sourit étrangement en regardant à travers d’épaisses lunettes. Était-il lui-même étonné de l’agitation qu’avait provoquée son petit maillot de bain ? Pensait-il peut-être que cet honneur aurait dû lui être rendu cinquante ans plus tôt ? A présent qu’il est mort, on ne pourra plus rien apprendre des différentes collections avec lesquelles il souhaitait revitaliser son bikini dans les années cinquante et soixante. De même, nous n’apprendrons plus rien sur les détails de sa vie dans la capitale. Il ne reste que quelques photos dispersées de part et d’autre dans des agences. Sans légendes et sans commentaires, elles sont semblables à des témoins muets et fragmentaires de son œuvre. Quelquefois, on trouve tout de même une anecdote : le bikini était vendu dans une boîte d’allumettes qui symbolisait le scandale et la petitesse du maillot de bain ; il mesurait tout au plus 45 cm ² pour que personne ne se plaigne des prix trop élevés du tissu. Personnage excentrique caché derrière sa création, Réard disparaît dans cette pénombre qui donnera naissance au mythe.
Mode de plage en 1952, défilé de mode au Janika-Bar à Berlin.
Mode de plage en 1952, défilé de mode au Janika-Bar à Berlin.
Le célèbre couturier parisien Jacques Heim et ses mannequins s’envolent pour Vienne, afin d’y présenter aux femmes leur dernièreligne de vêtements Vent debout (ni trop excessif, ni trop réduit). La photo montre « l’ambassadeur de la mode » à son arrivée à l’aéroport de Vienne.


Elle, le magazine le plus populaire de l’époque écrira dans son numéro du 9 juillet : « À Cannes, les dames portent des pantalons cette année !

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