La Photographie érotique
316 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

La Photographie érotique , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
316 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

L’ouvrage prend le contre-pied des magazines comme Play Boy qui ont contribué à développer des images du corps féminin formatées et liées à la consommation de masse. Il est ici question de photographies coquines, de femmes dénudées et offertes au regard. L’auteur, Alexandre Dupouy, résume la situation de la photographie érotique à ses débuts et fait émerger une véritable « École française de la photographie érotique ». Cet ouvrage est un long voyage à travers un siècle de photographies de collectionneurs. Chacune de ces images d’une grande qualité artistique est marquée par la pudeur et la tendresse du cliché.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 septembre 2015
Nombre de lectures 54
EAN13 9781783108206
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0598€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Directeur d ’ édition : Jean-Paul Manzo
Texte : Alexandre Dupouy
Couverture et maquette : Julien Depaulis
Editeur : Aurélia Hardy
Assistante éditoriale : Bérangère Le Mardelé
© Confidential Concepts, worldwide, USA

ISBN : 978-1-78310-820-6

© Confidential Concepts, worldwide, USA
© Parkstone Press International, New York, USA
Image-Bar www.image-bar.com

Tous droits d ’ adaptation et de reproduction réservés pour tous pays.
Sauf mention contraire, le copyright des œuvres reproduites se trouve chez les photographes qui en sont les auteurs.
En dépit de nos recherches, il nous a été impossible d ’ établir les droits d ’ auteur dans certains cas.
En cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la maison d ’ édition.
1 - Henri Oltramare, numéroté 192, tirage argentique, 11,7 x 15,7 cm, vers 1900.
2 - Albert Wyndham, clichés proposés en pages intérieures du catalogue de photographies Études Académiques de Nu , Editions Floris, 1925.
Alexandre Dupouy



La Photographie Érotique
3 - Le Nu artistique, n o 12, 1 er novembre 1904.
Sommaire


AVANT-PROPOS
INTRODUCTION
L ’ ALIBI ACADÉMIQUE
L ’ ALIBI ETHNOGRAPHIQUE
BANALISATION ET DÉVELOPPEMENT
L’EXTASE EUPHORIQUE DES ANNÉES FOLLES
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
INDEX
4 - Anonyme, tirage argentique, 18 x 23,6 cm , vers 1900.
5 - Anonyme, carte postale dos vierge, 14 x 9 cm , vers 1925.


AVANT-PROPOS


L a « collectionnite aiguë » est-elle affaire de gènes ? Cette grave question existentialiste fut résolue bien vite pour moi lorsque, laissant mes jeux de plein air aux orages de l ’ été 1966, je me réfugiai dans l ’ immense grenier de la maison familiale. Pêle-mêle, des milliers de vieilles cartes postales en jonchaient le sol. En les ramassant, j ’ entrai subitement dans un monde inconnu où des messieurs en hauts-de-forme côtoyaient des dames qui croulaient sous d ’ immenses chapeaux bariolés, je découvris des métiers disparus, des publicités désuètes vantant les mérites de médicaments charlatanesques, des catastrophes de dirigeables...
Fasciné par cette immersion dans un autre temps, j ’ emportai, avec l ’ accord de ma grand-mère, cette antique correspondance. Je me mis dès lors à étudier ces images et m ’ ingéniais, usant de différents classements, à rendre ce monde cohérent. Une vraie passion s ’ était emparée de moi, reléguant ma vocation première pour l ’ archéologie aux oubliettes. En étais-je vraiment éloigné ? J ’ allais, en fait, devenir archéologue iconographique.
Tous les greniers de mon entourage devinrent mes chantiers, et j ’ acquis, avec ces « fouilles » , une culture bien loin de celle que m ’ enseignait mes professeurs. J ’ accumulais au fur et à mesure un trésor de vieux papiers : timbres, livres, photos et ces fameuses cartes postales. Elles étaient toutes témoignages de pans d ’ histoire : celle des princes, des guerres et des événements mais surtout celle de la vie quotidienne. A la lecture de la correspondance et des légendes colportées par mes petits bouts de carton, j ’ avais devant moi l ’ intimité de leurs auteurs, parcourant ainsi leurs vies de tous les jours : soucis, plaisirs, tristesses et amours.
Amours surtout, car de tout temps, la correspondance amoureuse a été la plus riche et le début du XX e siècle foisonnait de ces cartes postales assez mièvres que l ’ on nommait « fantaisies » et qui déclamaient de bien chastes serments. Or, à ma grande surprise, je découvris, parmi elles, des images de souriantes femmes nues ! Ces voluptueuses missives étaient pour la plupart adressées aux poilus de la Grande Guerre par de complices marraines qui s ’ identifiaient à ces coquines effigies.
Je n ’ étais encore qu ’ un adolescent, et bien entendu, j ’ en éprouvai un grand trouble qui révéla et affina ma voie : je décidai de me consacrer plus spécifiquement à l ’ histoire de l ’ érotisme et de la photographie en particulier.
Les petits boulots qui me nourrissaient alors me laissaient suffisamment de temps pour découvrir les secrets du grand temple de la Collection : l ’ Hôtel Drouot. Vers 1973, ce n ’ était pas encore la bâtisse moderne que l ’ on connaît aujourd ’ hui, mais un immeuble vétuste du XIX e siècle dont l ’ odeur et les parquets me rappelaient ceux des greniers. Il y grouillait une foule agitée qui ignorait tout de la courtoisie : un monde hermétique, aux mœurs difficiles à saisir pour le néophyte, où chacun vaque à ses propres intérêts. Je restais stupéfié par les sommes d ’ argent dépensées en un instant sur les doigts levés par des messieurs d ’ apparence anodine. Ces curieux personnages évincèrent sur-le-champ les héros de mon enfance et j ’ en gardais longtemps un manque d ’ intérêt pour l ’ élégance. Je découvris dans cette maison regorgeant d ’ Histoire que la culture et la fortune n ’ avaient rien à voir avec les signes extérieurs de richesse. A cette époque où les cartes postales et les photographies n ’ étaient pas répertoriées dans des catalogues, où personne n ’ avait l ’ idée de les proposer à la pièce, elles étaient vendues par manettes entières, de grands paniers carrés en osier qui pouvaient en contenir trois à quatre mille exemplaires. Je ne me souviens pas qu ’ il fallait plus de quarante francs pour partir avec l ’ une d ’ elles. Je constituais ainsi un stock qui, entouré de tout ce qui touche aux livres et aux « vieux papiers » , fit de moi un marchand reconnu. Marchand certes, mais avant tout collectionneur.
Atteint d ’ une véritable boulimie dans ce domaine, je conserve depuis quantité d ’ images érotiques. La petite femme nue de la Grande Guerre est désormais entourée de milliers de sœurs toutes plus fantasmatiques les unes que les autres. Le volume de cette documentation visuelle n ’ en fait pas moins qu ’ il subsiste de nombreuses énigmes que je m ’ ingénie à résoudre.
6 - Anonyme, n o 105, tirage albuminé, 20,7 x 13,7 cm , vers 1890.
7 - [Monsieur X], tirage argentique, 24 x 18 cm , vers 1935.
8 - Anonyme, tirage argentique, 18 x 13 cm , vers 1935.


INTRODUCTION


L ’ intention de cet ouvrage est de présenter des images inédites en prenant soin d ’ éviter celles, internationalement connues, réalisées par des photographes célèbres qui ont déjà souvent fait l ’ objet de monographies ou de nombreuses publications. Reposant sur des critères éminemment subjectifs, la sélection faite ici n ’ a aucune valeur encyclopédique. Il ne s ’ agit ni d ’ un recensement exhaustif, ni même objectif : choisir des images, c ’ est surtout exprimer ses propres goûts, son engouement pour ces femmes aux charmes souvent désuets, qui par l ’ enchantement du miracle photographique ont été préservées de l ’ outrage du temps.
Force est de constater que les premières décennies de la photographie érotique sont essentiellement françaises. La principale raison en est que la naissance de la photographie a lieu en France où des recherches sur de nouveaux procédés de reproduction iconographiques sont en cours depuis le XVIII e siècle. Ensuite, la France bénéficie au XIX e siècle d ’ un libéralisme plus développé qu ’ ailleurs. L ’ Italie, l ’ Espagne, les Etats-Unis, l ’ Allemagne et la Grande-Bretagne importent des images licencieuses françaises, leur propre production étant beaucoup plus marginale car plus sévèrement réprimée.
Concernant le premier siècle de l ’ histoire de la photographie (1839 - 1939), toutes les collections internationales, anciennes ou contemporaines, sont composées en grande majorité d ’ images françaises. Lorsque les anglais Graham Ovenden et Peter Mendes, intitulent leur ouvrage Victorian Erotic Photography , il s ’ agit en fait essentiellement d ’ œuvres d ’ origine parisienne de Belloc, Braquehais, Durieu, Vallou de Villeneuve. Lorsque l ’ américain Richard Merkin, professeur à la Rhode Island School of Design de New-York, présente sa collection dans l ’ ouvrage Velvet Eden , la majorité des images sont françaises. Les premières images américaines qu ’ il a sélectionnées datent de 1920, les allemandes de 1930 et ne représentent qu ’ une infime partie de l ’ ensemble. Le constat reste le même pour de prolifiques collections telles que celles de Uwe Scheid, du Kinsey Institute, ou encore des françaises, tant au niveau institutionnel (le Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de France) que des collections privées.
Un des premiers ouvrages de référence dans le domaine de la photographie érotique, Die Erotik in der photographie (trois volumes publiés par une demi-douzaine d ’ éminents docteurs en 1931 à Vienne) rassemblant ce qui se fait de mieux dans les collections allemandes de l ’ époque et comportant plusieurs centaines de reproductions en minorité allemandes et autrichiennes, laisse la part belle à la production française pour la période précédent la première guerre mondiale.
Cette particularité et cette spécificité françaises s ’ amenuiseront au fil du XX e siècle pour disparaître tout à fait de nos jours. Il en va d ’ ailleurs de même pour tous les thèmes abordés par la photographie. Quoi qu ’ il en soit, l ’ histoire de cette spécificité française n ’ aurait pu être retracée sans la sauvegarde de ce patrimoine par une lignée de collectionneurs passionnés (patrimoine lubrique et ludique, certes, mais représentatif des mœurs et des mentalités de chaque époque). En leur rendant hommage, il faut citer notamment :
Pierre Louÿs (1870 - 1925). Écrivain, bibliophile, graphomaniaque, inlassable chercheur de la sexualité, il utilisait ses collections de photographies érotiques afin d ’ établir de curieux tableaux et rapports pour des « observations ethnologiques sur les parisiennes des classes inférieures » . L ’ auteur d ’ Aphrodite ne dédaignait pas se retrouver derrière l ’ objectif pour laisser l ’ empreinte de la physionomie de ses amantes Lucie Delormel, Marie de Régnier ou encore Zohra, sa gouvernante algérienne. Par chance, sa mort n ’ entraîna pas un autodafé familial comme cela arrive fréquemment au moment des successions des collectionneurs d ’ érotisme mais ses héritiers, plus intéressés par l ’ argent que par la morale, mirent sur le marché environ huit cent kilos de documents plus ou moins pornographiques qui firent le bonheur des amateurs. La photographie y tenait une bonne place.
9 - Marque Au trèfle, phototypie, carte postale dos imprimé, 14 x 9 cm , vers 1908.
10 - [Monsieur X], tirage argentique, 24 x 18 cm , vers 1935.
11 - Éditions A. Noyer, n o 204, carte postale dos vierge, 14 x 9 cm , vers 1925.
12 - Anonyme, carte postale dos vierge, 14 x 9 cm , vers 1905.


Paul Caron (XIX e siècle), dont nous savons peu de chose à ce jour, laissa la majeure partie de sa collection à la Bibliothèque nationale de France, avec de nombreuses descriptions au dos des images dès qu ’ il avait connaissance d ’ un renseignement.
André Dignimont (1891 - 1965). Artiste peintre de la parisienne aux mœurs libres, créateur de costumes pour le théâtre, illustrateur éclectique qui pouvait passer d ’ Oscar Wilde à Francis Carco, Dignimont était aussi un grand collectionneur de documents historiques disparates. Il s ’ était constitué un « génial capharnaüm » , bric-à-brac impressionnant dont la pièce maîtresse était l ’ enseigne d ’ une maison close autrefois sise au 106, avenue de Suffren. Décoré de chérubins, cet objet, symbole de la résistance des nostalgiques des grands bordels, a été immortalisé par le photographe Eugène Atget suivi du peintre Clovis Trouille. Dans cette importante collection, la photographie érotique occupait une place de choix. Ami de Michel Simon, complice de Galtier-Boissière et de son équipe de la revue Le Crapouillot , « Le grand Dig » , comme le surnommait Colette, collabora à de nombreux articles consacrés à l ’ érotisme et la sexualité. Un de ses amis, le peintre Yves Brayer, décrit Dignimont comme « faisant partie de cette génération de la guerre de 14 qui se voulait heureuse par réaction » .
Michel Simon (1895 - 1975). Le célèbre comédien ne cachait pas son engouement pour les choses du sexe et n ’ hésitait pas à se présenter comme amateur de débauche. A sa mort, ses héritiers retrouvèrent, dans sa maison de Noisy-le-Grand, une véritable caverne d ’ Ali Baba encombrée de livres, objets, photographies. Une partie du patrimoine de Pierre Louÿs lui avait échu. Cette collection, la plus importante au monde, quantitativement et qualitativement, fut dispersée en grande partie aux enchères en 1977 à Paris et à Lyon en plusieurs ventes présentées comme la « collection secrète d ’ un amateur connu » où les photographies étaient vendues par milliers en un seul lot. De quoi émouvoir les amateurs d ’ aujourd ’ hui.
L ’ esprit curieux et obsessionnel de ces collectionneurs a permis la sauvegarde d ’ un patrimoine dont se sont longtemps désintéressés les institutions. Et c ’ est à la lueur de ces initiatives privées que s ’ ébauche une « histoire de la photographie érotique » dont schématiquement les débuts se définissent en quatre périodes distinctes :
1850 - 1860 . Les daguerréotypes, toujours en exemplaire unique, s ’ adressent à une clientèle fortunée. Par la suite, différents procédés photographiques, en particulier le support papier, permettront la duplication des images.
1861 - 1913 . La censure impériale, rejointe par celle de la République, oblige les photographes à travailler soit dans un académisme destiné hypocritement à aider les Beaux-Arts traditionnels que sont la peinture et la sculpture, soit dans l ’ anonymat le plus complet, en se permettant les pires délires lorsqu ’ ils s ’ adressent aux amateurs de pornographie : anonymat inévitable pour leur épargner les foudres de la justice et l ’ inconfort des prisons, mais profitable lorsqu ’ il s ’ agit d ’ illustrer les sujets les plus scabreux.
1914 - 1918. La carte postale banalise la photographie de nu. C ’ est par centaines de milliers que ces petits cartons vont porter sur le front l ’ image réconfortante d ’ une femme désirable, avec la tacite approbation des autorités.
1919 - 1939. La guerre finie, ayant eu, elles aussi, leur cortège de difficultés et de douleurs en restant seules à l ’ arrière, les femmes se sont émancipées. Elles ont découvert, entre autres, qu ’ elles étaient tout à fait capables de faire le travail des hommes. Leurs attitudes changent. Chez le photographe, elles ne posent plus de façon académique pour servir de modèles à d ’ hypothétiques artistes. Elles sont libres et ce sentiment transparaît sur l ’ image.
13 - M. Boulanger, Idea 627, carte postale dos imprimé, 14 x 9 cm , vers 1915.
14 - M. Boulanger, Idea 386, carte postale dos imprimé, 14 x 9 cm , vers 1915.
15 - Anonyme, daguerréotype stéréoscopique rehaussé, 8 x 17 cm , vers 1853.
16 - Anonyme, daguerréotype stéréoscopique rehaussé, 8 x 17 cm , vers 1853.
17 - Anonyme, daguerréotype stéréoscopique rehaussé, 8 x 17 cm , vers 1853.
18 - Anonyme, daguerréotype stéréoscopique rehaussé, 8 x 17 cm , vers 1853.


L’ALIBI ACADÉMIQUE


Q u ’ il s ’ agisse de peinture, de sculpture, de gravure ou de lithographie, aucun de ces arts qui ne se soit, dès sa découverte, mis au service de l ’ érotisme. La photographie n ’ a pas échappé à cette règle. Les daguerréotypes, premiers procédés photographiques, s ’ enrichissent à leur naissance, de nus qui offrent une imagerie rappelant, de manière plus réaliste et plus crue, la peinture du moment .
Le 19 août 1839, Louis-Jacques-Mandé Daguerre, délaissant ses activités d ’ artiste peintre et de décorateur de théâtre, présente son invention au cours d ’ une séance publique de l ’ Académie des Sciences. Il obtient un franc succès et une pension qu ’ il partage avec Isidore Niepce, le fils de Nicéphore, son associé décédé en 1833. En échange, dans un élan de générosité comme il n ’ en existe plus, l ’ État français acquiert les droits du procédé et les met gracieusement à la disposition des apprentis photographes de toute la planète.
Décrire la conception des premières images photographiques laisse un rien pantois : comment les chercheurs ont-ils pu trouver cette recette malmenant fortement l ’ odorat, cette formule magique permettant de reproduire en deux dimensions ce que l ’ œil nous offre au quotidien ? L ’ opération est si complexe que la quantité de manipulations et de substances pour parvenir à ses fins paraît illimitée. Pour réaliser un daguerréotype, il faut une plaque de cuivre rouge, l ’ argenter, la nettoyer et la polir minutieusement avec une poudre de pierre ponce. Dans une boîte à ioder, la plaque est recouverte d ’ une mince couche d ’ iodure d ’ argent à la lueur d ’ une bougie ou d ’ une porte à peine entrouverte afin d ’ éviter toute sensibilisation précoce à la lumière. Puis elle est glissée dans une chambre noire pour être exposée un temps indéterminé défini par le seul instinct de l ’ artiste, le résultat dépendant de la température, de l ’ humidité, du temps qu ’ il fait, du temps d ’ exposition… La plaque n ’ a toujours pas évoluée.
19 - Anonyme, tirage albuminé monté sur carton, carte de visite, 10,3 x 6,5 cm , vers 1860.


Pour révéler l ’ image, il faut la tenir au dessus d ’ un réchaud dégageant des émanations de mercure (particulièrement nauséabondes et dangereuses) qui se fixent sur les parties exposées. L ’ opération s ’ achève en lavant la plaque avec de l ’ eau salée très chaude. Pour la couleur, des pigments sont collés à sec à l ’ aide de gommes arabiques liquides.
Après le daguerréotype sont découverts ferrotype et ambrotype, procédés de positifs à tirages uniques qui, comme leur prédécesseur, sont coûteux et ne s ’ adressent donc qu ’ à une clientèle aisée.
La photographie est née en France. Les toutes premières images ne sont que des paysages ou des reproductions d ’ objets. Difficile en effet de réaliser des nus ou des portraits lorsqu ’ un temps de pose de plusieurs minutes est nécessaire. En peu de temps, cette durée est ramenée à quelques dizaines de secondes. Le procédé s ’ internationalise mais la France conserve son hégémonie, en particulier pour la photographie érotique qui est apparue immédiatement. Les premiers nus ont dû être réalisés dès 1840. Selon Sylvie Aubenas, dans sa préface pour Obscénités , un dénommé Noël-Marie Paimal Lerebours, opticien de son métier, affirme avoir photographié un nu en 1841, en se gardant bien de se présenter comme « le » précurseur. La même année, Talbot découvre le calotype. Il s ’ agit du premier négatif, ancêtre de nos pellicules celluloïdes modernes. Le calotype étant sur papier, le procédé est compliqué, peu fidèle et peu pratique. Pour un réel progrès, il faudra attendre 1853, date à laquelle l ’ anglais Frederick Scott Archer invente le négatif sur verre qui permet la reproduction sur papier en quantité illimitée.
A partir de cette date, certains photographes font du nu leur spécialité. Ils pastichent les artistes-peintres dans leurs compositions et l ’ utilisation d ’ accessoires tels que drapés, colonnes, étoffes, miroirs… D ’ ailleurs la plupart des précurseurs de la photographie viennent directement de la peinture. L ’ interconnexion des deux procédés semblait évidente : les photographes s ’ inspirent de l ’ œuvre des peintres, les peintres se servent de la photographie. Avec la photographie, plus question pour les artistes de souffrir des absences ou des retards des modèles. Contrairement aux modèles, souvent désinvoltes, les clichés photographiques sont toujours à votre disposition, et n ’ arrivent guère en retard. Pour ses travaux, Delacroix, fervent défenseur du nouvel Art, s ’ inspire des images de son ami le photographe Eugène Durieu. Ingres apprécie « ce procédé automatique » : « Que c ’ est beau, que c ’ est beau ! déclare-t-il à ses élèves en contemplant un grand tirage de marbre antique. Quelle admirable chose que la photographie ! Voyez, messieurs, quel d ’ entre nous serait capable de cette fidélité, de cette fermeté dans l ’ interprétation des lignes, de cette délicatesse dans le modelé ? Ah ! oui, messieurs, c ’ est très beau la photographie… C ’ est très beau, mais il ne faut pas le dire ! … »
20 - André Disdéri, annexe 652, tirage albuminé monté sur carton, carte de visite, 10,3 x 6,5 cm , vers 1860.
21 - Anonyme, tirage albuminé monté sur carton, carte de visite, 10,3 x 6,5 cm , vers 1860.


De part sa nature même, et contrairement aux autres beaux-arts, la photographie ne peut pas idéaliser son sujet, et devant un corps dénudé, la frontière entre l ’ art, le nu, l ’ érotisme et la pornographie est complexe à délimiter, tant leurs différences sont affaire de culture et d ’ éducation. Il est évident que ce qui est érotique pour certains peut être pornographique pour d ’ autres. Dès les premiers temps de la photographie, il existe ainsi d ’ une part une production pornographique et d ’ autre part une production déclarée, enregistrée et déposée au Cabinet des estampes de la Bibliothèque impériale, sous le régime de Napoléon III, puis de la Bibliothèque nationale à partir de la Troisième République, afin d ’ obtenir l ’ autorisation d ’ exploiter commercialement les clichés comme « études pour peintres » ou « académie » (l ’ académie est un modèle nu qui n ’ entre pas dans une composition, utilisé depuis l ’ Antiquité en peinture et sculpture). Héritiers des miniaturistes du XVIII e siècle, les maîtres-précurseurs de la photographie de nu sont tous Français. Ils ont pour noms Auguste Belloc, Vallou de Villeneuve, Félix-Jacques-Antoine Moulin, Bruno Braquehais, Alexis Gouin.
Ils travaillent à Paris, sont tous installés dans le même quartier, autour des Grands Boulevards, se connaissent, et s ’ échangent leurs modèles, leurs accessoires, parfois même leurs clichés, brouillant ainsi les pistes policières et rendant difficile aujourd ’ hui l ’ attribution à l ’ un ou l ’ autre de ces images qu ’ ils ont voulu laisser anonymes.
L ’ apparition du nu photographique, plus cru que celui de la sculpture ou la peinture, a du mal à passer dans les mœurs artistiques. Avec la photographie, le corps est le reflet de la réalité même et ne peut plus se grimer. Chaque cliché fixe un instant de vérité, et la vérité n ’ est pas toujours bonne à dire...
Pour preuve, en 1851, Félix Moulin est poursuivi et condamné par la justice à un mois de prison et cent francs d ’ amende pour outrage à la morale publique pour avoir réalisé des daguerréotypes « pornographiques » . Semblant rentrer dans le rang, il dépose l ’ année suivante une soixantaine d ’ épreuves papier au Cabinet des estampes de la Bibliothèque impériale lui permettant d ’ exploiter ces images commercialement. L ’ artiste est relativement protégé, la création n ’ étant pas un délit en soi. Les modèles et revendeurs sont plus souvent et plus sévèrement condamnés : en 1857, quatre modèles écopent de six mois de prison ferme et cent francs d ’ amende chacun.
22 - A. P. Schelchta, Caricature archimboldesque cont re Napoléon III , tirage albuminé monté sur carton, carte de visite, 10,3 x 6,5 cm , vers 1860.


Malgré ces difficultés, les images sont fabriquées en France où elles circulent plus librement que dans le reste du monde, et sont exportées vers le reste de l ’ Europe en particulier l ’ Angleterre victorienne au climat toujours plus puritain.
La plupart des daguerréotypes érotiques sont composés de deux images presque identiques qui, placées dans une visionneuse stéréoscopique, donnent une illusion de relief. Ce procédé, qui permet entre autres de mettre en valeur les rondeurs du modèle, a un grand succès.
Avec l ’ apparition du support papier, la production et la demande se développent. Les papiers utilisés évoluent au fil des différentes découvertes. Le papier salé, d ’ abord, papier trempé dans une solution de chlorure de sodium — simple sel de cuisine dosé à cinq pour cent — à laquelle on ajoute de l ’ amidon ou de la gélatine. Après un premier séchage, on trempe la feuille dans une solution à quinze pour cent de nitrate d ’ argent. Nouveau séchage, puis noircissement direct, c ’ est-à-dire la feuille en contact direct avec un négatif, l ’ ensemble étant exposé au soleil. Si le temps est couvert, le processus peut durer plusieurs heures. On termine l ’ opération en fixant l ’ image dans un bain d ’ hyposulfite de sodium. Elle est parfois virée préalablement à l ’ aide d ’ une solution de sels d ’ or et lavée ensuite à l ’ eau courante de préférence peu minéralisée. Ce procédé par contact direct ne permet pas d ’ agrandissement, le format du tirage obtenu étant la réplique exacte de celui du négatif. Les photographes sont obligés de recourir à des chambres de grand format s ’ ils veulent obtenir de grands négatifs.
Apparu dès 1850, le papier albuminé présenté par Louis-Désiré Blanquart-Evrard à l ’ Académie des sciences eut un grand succès jusqu ’ à la fin du XIX e siècle. Le procédé paraît simple. Le papier est simplement recouvert d ’ une couche de blanc d ’ œuf, d ’ où son nom. L ’ image obtenue possède un contraste, une définition et une brillance d ’ une qualité supérieure à celle offerte jusqu ’ alors et qui n ’ existe pas avec le papier salé où l ’ image, un peu jaune, un peu terne et mal définie est à même le papier alors qu ’ avec l ’ albumine elle est à l ’ intérieur de la couche. La netteté se rapproche de la qualité offerte par le daguerréotype avec en plus la possibilité d ’ une diffusion illimitée.
23 - Anonyme, tirage albuminé monté sur carton, carte de visite, 10,3 x 6,5 cm , vers 1860.
24 - A. P. Schelchta, tirage albuminé monté sur carton, carte de visite, 10,3 x 6,5 cm , vers 1860.


En 1854, le photographe André Adolphe Eugène Disdéri popularise la photographie avec le format carte de visite. Il réalise sur la même plaque plusieurs prises de vues de petites images qui sont collées ensuite sur carton (format 8 x 5,5 cm sur un carton de 10,5 x 6,5 cm ). Ce procédé, utilisé principalement pour le portrait, rappelle le concept des miniatures du XVIII e siècle, chacun pouvant se promener avec l ’ image de sa belle ou d ’ un parent sur lui. Ce format s ’ adapte facilement aux nus, la photographie pouvant être discrètement dissimulée dans un portefeuille de notable ou de militaire. Comme pour le daguerréotype, l ’ exiguïté du format laisse peu de place à l ’ anecdote, le nu apparaissant dans sa simplicité, entouré d ’ un minimum d ’ accessoires. Toujours la même année, Louis-Camille d ’ Olivier dépose une soixantaine « d ’ études académiques » sur papier salé. Et plus encore l ’ année suivante.
25 - Anonyme, Blanche Langlet, modèle d’artiste, tirage argentique, 13,5 x 7,8 cm , vers 1890.


Les formats plus importants des tirages papiers, les études anatomiques et académiques avec l ’ alibi artistique laissent petit à petit la place à des images plus élaborées, réalisées à partir de compositions empruntées le plus souvent aux mises en scène picturales et théâtrales. Ensuite se retrouvent toutes les reconstitutions fantasmatiques qui vont envoûter la fin du XIX e siècle : l ’ Antiquité avec ses allégories mythologiques et l ’ orientalisme, exploités par des peintres conventionnels et emphatiques dits peintres pompiers tels que Jean - Léon Gérome ou des écrivains comme que Pierre Louÿs ou Félicien Champsaur.
En octobre 1860, la police perquisitionne chez le photographe Belloc 16, rue de Lancry dans le X e arrondissement de Paris. La femme Ducellier est surprise à sa table avec dix-neuf clichés pornographiques qu ’ elle est en train de colorier. Dans les coffres-forts, les secrétaires et même les cuves de caoutchouc où certaines épreuves sont en cours de fabrication, plus de quatre mille photographies sont saisies, la plupart décrites comme obscènes. Alors qu ’ il exerce une activité honorable de photographe, professeur, membre fondateur de la Société française de photographie, auteur de manuels techniques, Belloc, sorte de Docteur Jekyll et Mister Hyde de la photographie érotique, a déjà été condamné en 1857 à cent francs d ’ amende pour « publication de photographies non autorisées et offense à la morale publique » . Pour cette seconde présentation devant la justice, il écope de trois mois de prison et trois cents francs d ’ amende. Six ans plus tard, moins de deux cents tirages seulement seront déposés au Cabinet des estampes de la Bibliothèqu

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents