Photographie & exotisme
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Description

Qu'est-ce qu'un regard sur le corps de l'autre ? Le monde hérite d'un grand album d'images contradictoires accumulées au cours des siècles sur les peuples exposées-exotiques et, en particulier, sur ceux du Brésil. L'Occident a inventé les idoles ancrées dans nos imaginaires. Quand commence l'image d'une l'histoire ? Quand se termine l'histoire d'une image ? L'art est une possibilité de déshabiller nos yeux, déshabiller nos regards de tout ce qui a été construit.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2015
Nombre de lectures 8
EAN13 9782336382968
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Rosane de Andrade
Photographie & exotisme
Regards sur le corps brésilien
Préface d’Alberto Freire de Carvalho Olivieri
Série Photographie Collection Eidos
Photographie & exotisme
Regards sur le corps brésilien
Dirigée par Michel Costantini & François Soulages Comité scientifique international de lecture Argentine(Silvia Solas, Univ. de La Plata),Belgique(Claude Javeau, Univ. Libre de Bruxelles),Brésil(Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia, Salvador),Bulgarie(Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St Clément d’Ohrid, Sofia),Chili(Rodrigo Zuniga, Univ. du Chili, Santiago),Corée du Sud(Jin-Eun Seo (Daegu Arts University, Séoul),Espagne(Pilar Garcia, Univ. Sevilla),France(Michel Costantini & François Soulages, Univ. Paris 8),Géorgie(Marine Vekua, Univ. de Tbilissi),Grèce(Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina),Japon(Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo), Hongrie(Anikó Ádam, Univ. Catholique Pázmány Péter, Egyetem),Russie(Tamara Gella, Univ. d’Orel),Slovaquie(Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica), Taïwan(Stéphanie Tsai, Unv. Centrale de Taiwan, Taïpei) Série Photographie 2 François Soulages (dir.),Photographie & contemporain 8 Catherine Couanet,Sexualités & Photographie 9 Panayotis Papadimitropoulos,Le sujet photographique 10 Anne-Lise Large,La brûlure du visible. Photographie & écriture15 Michel Jamet,Photos manquées 16 Michel Jamet,Photos réussies 19 Marc Tamisier,Sur la photographie contemporaine 20 Marc Tamisier,Texte, art et photographie.La théorisation de la photographie 21 François Soulages & Julien Verhaeghe (dir.),Photographie, médias & capitalisme22 Franck Leblanc,L’image numérisée du visage23 Hortense Soichet,Photographie & mobilité24 Benjamin Deroche,Paysages transitoires. Photographie & urbanité25 Philippe Bazin,Face à faces26 Philippe Bazin,Photographies & Photographes27 Christiane Vollaire (dir.), Ecrits sur images. Sur Philippe Bazin32 Catherine Rebois,De l’expérience en art à la re-connaissance 33 Catherine Rebois,De l’expérience à l’identité photographique 34 Benoit Blanchard,Art contemporain, le paradoxe de la photographie 45 Marcel Fortini,L'esthétique des ruines dans la photographie de guerre 47 Caroline Blanvillain,Photographie et schizophrénie 54 Raquel Fonseca,Portrait & photogénie. Photographie & chirurgie esthétiqueSérie Artiste 50 Marc Giloux,Anon. Le sujet improbable, notations, etc. 52 Alain Snyers,Le récit d’une œuvre 1975-2015 Suite des livres publiés dans la Collection Eidos à la fin du livre Secrétariat de rédaction: Sandrine Le Corre Publié avec le concours de
Rosane de Andrade Photographie & exotisme
Regards sur le corps brésilienPréface d’Alberto Freire de Carvalho Olivieri
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06451-2 EAN : 9782343064512
Préface Ce travail de recherche développé par Rosane de Andrade comprend six chapitres sur la construction et la déconstruction du regard, un sujet très intéressant et en même temps fort étendu et complexe. D'abord, comment pourrions-nous déconstruire notre regard alors qu'il représente la manière la plus importante et peut-être la moins équivoque de nous représenter les choses ? Le choix du sujet constitue déjà un défi en soi, puisque Rosane travaille sur des situations intermédiaires du corps, sur les rouages entre le sensible et la pensée, sur ce système qui nous donne la conscience et nous procure aussi des doutes. La recherche sur les corps exotiques brésiliens s'est ème développée depuis le XIX siècle, à une époque où la révolution industrielle a permis la transformation des moyens de production. Au Brésil, ces transformations ont particulièrement concerné l'industrie agricole et le système des transports. À cette époque, le regard sur le corps est façonné par une autre façon de voir, construite par les immigrants et la culture urbaine en plein développement. Rosane nous montre bien qu'il agit d'un monde nouveau, en construction où d'autres relations commencent à naître. Dans une première partie, elle pose la question sur la signification du regard : "Qu'est-ce qu'un regard sur le corps de l'autre ?" À partir de cela, elle construit une Esthétique de la différencele signifié du regard n'est plus où
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représenté par l'œil, et elle répond à sa question : celui que nous voyons est celui qui nous regarde en allusion à Didi-Huberman qui constate que le corps de l'autre est l'art de voir et de se voir. Cela va amener l'artiste à rompre les codes établis dans le monde. Rosane s'engage dans ce dialogue pour comprendre un pays tropical qui révèle un corps fabriqué, dans l'espoir d'examiner avec soin, l'âme humaine. C'est justement dans le développement de sa recherche, qu'elle travaille l'âme dans son essence syncrétique et non cartésienne. La réponse à "qui est cet autre ?" l'auteur fait référence à Sartre et Lacan qui affirment qu'un simple regard peut figer la conscience de soi. Puis, elle rentre dans le discours de Descartes, quand elle écrit sur l'existence des choses avant d'avoir une signification. La différence est donnée par le langage quand elle cite le poème de Fernando Pessoa "c'est la couleur qui est couleur sur les ailes du papillon".Dans cette "esthétique de la différence", Rosane nous met en doute quand elle dit que le corps est voyant et visible ou quand il peut se reconnaitre dans ce qu'il voit, c'est-à-dire si l'existence se fait par le regard, il y aurait, selon elle, d'autres existences en dehors de celle-ci. Le monde serait construit sur des apparences. Elle fabrique pourtant un support par l'art, une souplesse pour qu'il puisse jouer son rôle de créateur des nouveaux mondes. Ainsi, les choses existent avant d'acquérir une signification, et nous donnerons forcément toujours une autre existence à ces choses, en dehors d'elles-mêmes, mais de façon très limitée, aux bornes de notre corps. Cette existence donnée au moment du regard met en suspens les concepts sur les choses, et elle affirme : "les choses regardées mettent en évidence la fragilité de ce que nous voyons toujours." Dans une deuxième partie, Rosane interroge la construction du regard sans faire de distinction entre être et apparaître : "le regard des autres sur nous est ce qui nous fait exister" au contraire de ce que dit Sartre dans "L'être et néant" :le regard adressé à moi apparaît sur le fond d'une destruction des yeux qui me regardent.
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Regarder, pour Rosane, est la même chose que chez Sartre et Lacan : une fois que notre existence est donnée par le regard de quelqu'un d'autre, celui-ci perd la notion de son existence et devient complètement imprégné par son image. Fernando Pessoa dans son poème "Analyse" nous propose la même chose : "seulement pour avoir conscience de toi, moi je ne me sens pas" Par rapport à la question du regard, Rosane fait une antinomie entre Hannah Arendt et Descartes, en effet, elle interroge le discours de la pensée contemporaine, toujours sans nous donner de réponses définitives, au contraire, elle s'interroge, traitant le monde tel un théâtre, avec des acteurs, du spectacle et des représentations selon le concept Lacanien de voir le monde par un "spéculum mundi". Selon elle, l'homme devient créateur du monde et en même temps son prisonnier, mais il existe des possibilités de se libérer au travers de l'imaginaire, par l'inconscient ou par la folie. Elle s'inspire de Félix Guattari "tout en accédant non seulement par les yeux mais à travers l'esprit."Le travail de recherche de Rosane est une véritable rencontre entre plusieurs courants de pensées qui forment la pensée contemporaine, un carrefour d'idées qui fournit des crédits à Platon en quête de la découverte d'une nouvelle utopie chez l'être humain.Son travail se développe aussi bien dans le champ de l'anthropologie que dans celui de l'esthétique, de la photographie et des arts, pour exemple les photographies de Duane Michals, par rapport auxquelles elle s'attache à des concepts donnés par une photo-histoire où chaque séquence entre les photographies nous permet d'entrevoir le temps. La disparition de l'image est donnée par le mouvement du sujet photographié, ce qui nous amène à voir la photographie comme une écriture capable de nous faire nous poser d'innombrables questions : Pourquoi je vois le temps même en sachant qu'il n'est pas visible ? Elle nous répond :... à ce moment entre le visible et l'invisible le temps se fait regard et il prend la place d'une écriture et forme un langage possédant un signifiant propre à la
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photographie, accédant non par les yeux mais par l'esprit, à une idée d'une disparition. Les images du photographe français Pierre Verger font poser à Rosane la question suivante :L'apparition serait-elle l'opposée de la disparition ou bien un exercice du langage ?Pour elle les photos de Verger lui font dire que la visibilité ne représente pas les choses mêmes. Pierre Verger a manifesté l'invisible par ses clichés, les Eguns, les esprits des ancêtres sont cachés par des parures. Entre le visible et l'invisible il y a l'effet de trompe-l'œil où l'artiste doit faire preuve d'une certaine imagination quand il cherche à nous tromper et nous faire prendre pour réalité, les fruits de notre propre imagination. La vision du sacré, un chapitre où elle nous donne des arguments pour comprendre le sacré dans la culture brésilienne en nous montrant un immense éventail syncrétique religieux au travers des rites, des mythes issus des esclaves, des Indiens et des Catholiques, finalement tous mélangés et intégrés dans leurs quotidiens. Elle pose ainsi la question sur la meilleure méthode qui pourrait nous faire obtenir une image approchante de l'identité d'un peuple, l'identité étant une notion construite entre le dehors et le dedans. Elle nous fait voir que cette ambigüité a toujours été présente dans la formation de la culture brésilienne et que cette diversité a été reproduite dans les médias contemporains. Par contre il y a eu une disparition des cultures orales provoquée par les institutions responsables de la déconstruction des subjectivités. Dans L'invention du corps, elle considère le corps comme un fragment de la perception où l'on ne perçoit jamais plus qu'une face à la fois. Il y a toujours une petite partie de la réalité qui se dissimule, ce qui nous empêche de livrer la chose observée dans sa totalité. Le goût de l'autre est un chapitre qui s'inspire de la pensée de Montaigne qui, à son époque, était déjà un défenseur des Indiens. Manger l'autre représentait à l'époque, l'incorporation de l'âme de la "nourriture" dans notre corps, un acte plus respectueux que celui de tuer pour
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voler après la mort d'un ennemi. Une bonne partie de son travail est dédiée aux corps-spectacles où elle établit une généalogie du regard sur ce corps qu'on appelle l'autre. À partir de cette vision du corps comme preuve visible, le racisme scientifique se développe entre l'attraction et la répulsion pour la nouveauté où l'être humain est exhibé dans des conditions inhumaines comme un animal dans un parc zoologique. À travers la photographie, la pornographie est devenue une sorte de marchandise possédant un haut degré de circulation dans le monde capitaliste et pourtant les images érotiques ont été insérées dans l'imaginaire bourgeois, formant des représentations sociales et économiques. Le regard des scènes interdites apparaît dans un climat sauvage. Cette nouvelle réalité exotique a permis aux artistes de l'époque de suivre des chemins positifs où le terme primitif cessait d'être péjoratif. Pourtant, la sexualité entre dans le système de la production des images dans la culture occidentale. Les corps exotiques transforment dorénavant les rapports érotiques et la nouvelle sexualité construite d'après les exemples donnés, surtout par Joséphine Baker chez qui l'exotisme du corps n'est plus représenté par un corps anonyme.  Une recherche, une documentation des images, un travail littéraire, tout cela compose l'œuvre de Rosane. Cette création n'a pas été faite d'une façon analytique, mais au contraire, à travers une méthode poétique où nous retrouvons de véritables diamants de la pensée. Je dois saluer Rosane car j'ai eu un grand plaisir à lire d'un seul jet cet ensemble d'idées. Si nous prenons au hasard son texte, cela donne ceci :"L'oubli est nécessaire à la mémoire. Il faut savoir oublier pour goûter la saveur du présent"
Alberto Freire de Carvalho Olivieri Professeur de l'Ecole des Beaux Arts de l'Université Fédérale de Bahia.
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