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Un cabinet d'amateur

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Description

Le sujet dont nous allons nous occuper est assez intéressant, pour que nous en fassions l’objet d’un article séparé ; l’histoire de la céramique et de la plastique chez les Grecs et les Etrusques est en effet pour ainsi dire l’histoire des mœurs, des coutumes civiles et religieuses, des idées politiques, morales et poétiques de ces deux peuples : une collection de vases peints est une véritable galerie de peintures historiques, nous révélant la Grèce depuis ses époques fabuleuses jusqu’à l’heure de sa décadence.Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

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EAN13 9782346121960
Langue Français

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À propos de Collection XIX
Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIX e , les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Gustave Hagemans
Un cabinet d'amateur
CÉRAMIQUE 1 GRECQUE ET ÉTRUSQUE,
Eo pervenit luxuria, ut etiam fictilia pluris constent, quam murrhina.
PLINE, L. XXXV, C. 46.
 
 
Le sujet dont nous allons nous occuper est assez intéressant, pour que nous en fassions l’objet d’un article séparé ; l’histoire de la céramique et de la plastique chez les Grecs et les Etrusques est en effet pour ainsi dire l’histoire des mœurs, des coutumes civiles et religieuses, des idées politiques, morales et poétiques de ces deux peuples : une collection de vases peints est une véritable galerie de peintures historiques, nous révélant la Grèce depuis ses époques fabuleuses jusqu’à l’heure de sa décadence. La céramique peinte formant dans l’histoire de l’art chez les anciens une classe de monuments véritablement distincte, nous en ferons l’objet d’une étude spéciale, réservant pour la suite la description des productions artistiques de matières différentes, qui malgré leur origine hellénique ou étrusque, trouveront d’autant mieux place parmi les monuments de provenance romaine, que parler de l’art romain c’est véritablement parler de l’art grec et étrusque. Rome en effet n’a guère eu un art qui lui soit propre : celui de la guerre absorbait toutes ses pensées. Les fiers et rudes descendants de Romulus, qui empruntèrent à l’Etrurie ses croyances et ses superstitions, lui demandèrent aussi le secours de son art, et lorsque cet art plus grossier ne suffit plus au luxe effréné du peuple-roi, ils s’adressèrent à la Grèce pour avoir des artistes dignes d’embellir la grande ville, reine du monde. Ce furent des Grecs alors qui sculptèrent les statues de ces Dieux venus à leur tour de la Grèce ; ce furent des Grecs qui décorèrent les murs des fresques magnifiques représentant les aventures fort humaines de ces divinités faciles ; ce furent des Grecs encore qui modelèrent, qui ciselèrent ces vases précieux des sacrifices, ces milliers d’ornements d’or, d’argent et de bronze enrichissant les demeures des Dieux et les palais des conquérants du monde. Ce fut la Grèce enfin, qui imposant à Rome la loi de ses goûts, de ses mœurs, de sa civilisation épurée, qui mettant même son langage harmonieux dans la bouche des jeunes beautés romaines, qui ne voulaient plus aimer ni être aimées qu’en grec, ce fut elle en un mot qui se vengeant noblement du joug imposé par le fer, ce fut, comme le ; dit Horace, la Grèce asservie qui subjugua son rude vainqueur :

Græcia capta ferum victorem cepit, et artes Intulit agresti Latio.
 (Ep. 1, L. II, VERS 156.)
Aussi, comme nous le disions, faire l’histoire de l’art romain, c’est faire celle de l’art hellénique et étrusque ; nous nous bornerons par conséquent à ne parler ici que d’une classe de monuments, propres à la Grèce et à l’Etrurié, que les Romains n’ont jamais songé ou du moins ne sont jamais parvenus à imiter.
Les fouilles qui les premières rendirent à la science les vases peints, ne rémontent qu’au XVII e siècle, et Lachause en publia quelques-uns en 1690 dans son Musœum romanum. Aussitôt les Toscans, par un amour-propre national exagéré, en attribuèrent la fabrication à leurs ancêtres les Etrusques : ils s’autorisaient d’une épigramme de Martial, qui nomme étrusques certains vases fabriqués à Arezzo, probablement par des ouvriers Grecs. Les Dempster, les Passeri, les Buonarroti, les Gori firent si bien, que malgré la justesse des aperçus de Winkelman, malgré les savantes observations de d’Hancarville et de tous les antiquaires et des érudits qui depuis ont parlé des vases peints, l’on s’obstine encore à les appeler étrusques.
Et cependant, lorsque les Toscans attribuèrent aux Etrusques ces productions de l’art, leurs prétentions étaient d’autant moins fondées, que nul vase de cette espèce n’avait encore été trouvé, comme le remarque Winkelman, dans le sol de l’antique Etrurie : il ne s’était même jusque là présenté aucune inscription en langue ni en caractères étrusques, qui pût donner gain de cause à l’opinion de ces archéologues. Loin de là, toutes les inscriptions étaient grecques, et les vases sur lesquels on les lisait se rencontraient à Athènes, à Mégare, à Milo, en Aulide, en Tauride, à Corfou, dans les îles de là Grèce, dans tous les pays enfin de l’ancienne domination grecque et surtout dans les parties de l’Italie nommées la Grande Grèce,
Winkelman remarqua que la Campanie en conservait les trésors les plus précieux, que Nola, Capoue, Naples, Pœstum, etc., offraient dans ce genre les fouilles les plus riches aux antiquaires, et il fut le premier qui leur donna le nom de vases campaniens.
D’Hancarville, par de nouvelles observations pleines de jugement, basées sur le résultat des fouilles pratiquées de son temps, fit une révolution complète en publiant la belle collection d’Hamilton ; il modifia si bien les doctrines de ses prédécesseurs, il fut avocat si habile dans cette cause littéraire, qu’il gagna le procès si long-temps en suspens, et les antiquaires, par un revirement total, nommèrent grecs, désormais, des vases connus jusqu’alors uniquement comme étrusques. Ce qui avait été une étruscomanie devint une grécomanie  : un excès en avait enfanté un autre.
Winkelman disait que le meilleur moyen de soutenir l’opinion commune en faveur des Etrusques serait de produire des vases trouvés effectivement en Toscane. C’est précisément ce qui a eu lieu depuis, et à Vulci, entre autres, on a eu le bonheur de trouver en 1829 plus de 6000 vases remarquables par leur beauté et offrant le plus grand intérêt ; et qui plus est, ces vases présentaient des exemples de lettres étrusques mêlées aux lettres grecques. On le voit, la question n’était pas vidée, et l’on avait eu tort de se prononcer d’une manière trop absolue. Le plus sage était de les nommer généralement vases peints.
Que la plupart des vases peints soient d’origine purement hellénique, il est impossible d’en douter. Les lieux de découvertes, les inscriptions en langue et écriture grecques, les sujets des peintures entièrement tirés de la mythologie grecque, les détails d’armes et de costumes, le style général de la forme et du dessin, tout enfin concourt à donner pleine certitude à cet égard. Mais d’autre part, ainsi que nous venons de l’observer, il existe aussi, mais en nombre plus restreint, il est vrai, des vases qui, trouvés en Etrurie, présentent des inscriptions entièrement étrusques ou composées, du moins en partie, de caractères propres à cette nation ; les types des figures, les Dieux figurés avec des aîles, les types architectoniques, le costume, l’ameublement y démontrent à l’évidence le travail étrusque, marqué cependant à certains égards du sceau de l’hellénisme.
Cette dernière influence du goût et du style hellénique est aisée à comprendre, et il n’y a nullement lieu de s’étonner que l’on retrouve même des traces si profondes de la mythologie étrangère chez un peuple, dont les galères sillonnaient depuis long-temps la Méditerranée, et qui par son voisinage des colonies grecques devait naturellement avoir adopté quelque chose des usages et des croyances qu’il y voyait répandus. Ses relations constantes avec la Sicile, où la Grèce avait établi ses colonies, devaient aider à entretenir cette influence, et ce long contact devait finir par affaiblir la couche asiatique si profondément répandue sur les premières productions d’un peuple venu des Lydiens 2 .
Il serait bien plus étonnant que la Grèce, cette reine des des beaux-arts qui polissait par son contact tout ce qui l’approchait, n’eut pas exercé cette heureuse influence sur un peuple, dans l’histoire duquel elle joue un rôle souvent si important. Suivons en effet les traces de l’histoire hellénique, et nous en retrouverons les vestiges profondément empreints sur le vieux sol étrusque.
En 581, avant J.-C., le grec Démarate 3 , héritier de la race royale des Bacchiades de Corinthe renversés par les Cypsélides, fugitif et errant, trouve un asile chez les Etrusques, avec lesquels il faisait déjà un grand commerce, et devient Lucumon ou chef de la ville de Tarquinies. Des artistes, dés peintres, des statuaires l’ont suivi dans son exil, et leur influence est évidente sur ce peuple luxueux, que le contact avec l’Orient si éclairé avait préparé depuis longtemps à apprécier les beautés de l’art.
Les Dieux de l’Olympe, dont des artistes plus habiles élèvent les statues à côté des Dieux Etrusques, viennent faire concurrence à ces pauvres divinités nationales, si grossièrement travaillées. On les néglige, et ils voient leurs autels privés des offrandes qui chargent les autels de leurs rivaux ; des victimes mourantes ne tombent plus baignées dans le sang aux pieds de leurs images ; et l’encens ne s’élève plus pour eux en nuages embaumés. Les douze grands Dieux Consentes ou Complices de l’Etrurie voient leur autorité contestée, et Véjovés lui-même, Véjovés qui les présidait, est réduit au rôle de Pluton ou même d’Apollon Sagittaire. La Bonne Déesse devient tour à tour Hécate, Sémélée et Gynécée. Lucetius se transforme en Jupiter, et Cupra en Junon. Libitine qui présidait aux funérailles devient Proserpine et même Vénus. Les Sylvains et les Faunes sont assimilés aux Satyres et aux Sylènes. Quant à Morica , Salacia, Venilia, Larunda, Matuta  ; quant à Nersène, déesse de la force, Feronia , déesse de la liberté et protectrice des affranchis ; quant à Vulturnus, Visidianus, Virbius, Delventius, défenseur du Cassin, et une foule d’autres divinités bienfaisantes et protectrices, c’est à peine si on en parle encore malgré leur origine nationale ; ou bien elles ont si bien changé de nom, d’attributs et de fonctions qu’on les reconnaît à peine. C’était le résultat de l’esprit tolérant du polythéisme qui savait se plier à la mode du jour, et qui, s’il changeait le nom de ses Dieux, en faisait autant des Pieux étrangers, et ne se gênait pas en les adoptant de faire d’Athénée Menerva (Minerve), de Jupiter Tina de Vulcain Sethlans, d’Apollon Aplu, etc. 4 .
Celte influence se généralise, et comme le dit M. Lenormant, les Etrusques sans se faire Grecs deviennent véritablement Philhélènes. Ils conservent leur gouvernement, leur administration publique, leur langue, à peu près leur mythologie ; ils restent fidèles en un mot à tout ce qui regarde l’état et la famille, mais ils adoptent avec ardeur les productions artistiques d’une civilisation attrayante, et attirent parmi eux des hommes capables de favoriser leur penchant pour les beautés de l’art.
C’était à peu près vers le même temps, à l’époque de Démarate, que l’Etrurie venait d’étendre sa domination sur la Campanie ; et il est prouvé que loin d’imposer ses mœurs, ce fut elle qui prit celles de la nation vaincue. Plus tard en 416, nous voyons les Etrusques soutenir les Athéniens dans leur malheureuse entreprise contre Syracuse ; et en 306, ils envoient une flotte au secours d’Agatocle, le tyran de Sicile, assiégé dans sa capitale par les forces puniques. Il est impossible que ce contact continuel avec les Grecs, (et c’était alors les Grecs du siècle de Périclès), ou avec les Siciliens, n’exerçât pas une influence considérable sur les goûts et les productions des Etrusques. Et en effet, le style des vases découverts en Etrurie vient prouver que c’est à ces époques qu’ils appartiennent.
Après deux siècles d’hellénisme, nous voyons soudain les arts décliner en Etrurie : c’est que nous sommes arrivés au III e siècle, à cette époque, où dans cette grande lutte de l’Etrurie contre Rome, lutte du pygmée contre le géant, Rome en appesantissant sa main sur cette malheureuse contrée a étouffé ses aspirations artistiques : elle tremble sous le joug du rude vainqueur qui soumet toute l’Italie à sa voix, et qui dans un siècle aura soumis toute la Grèce elle-même. Dès lors la céramique grecque et étrusque déclina de jour en jour, et du temps de Jules César déjà, les vases peints étaient devenus de précieux monuments de curiosité, d’antiques objets d’art, recueillis par les amateurs romains avec autant de soins que nous recueillons de nos jours les beaux plats de Palissy et les magnifiques faïences italiennes.
Plusieurs archéologues, tout en admettant l’influence hellénique en Etrurie, ont prétendu que les vases qu’on y a trouvés, y avaient été importés. C’est ce qu’il est assez difficile d’admettre : que l’on songe en effet aux difficultés de transport existant chez les nations antiques, surtout à une époque de guerres continuelles ; ajoutez l’extrême fragilité de ces vases, qui de nos jours, emballés avec les soins les plus minutieux, transportés sur des routes faciles, nous parviennent à peine intacts, quoiqu’en petit nombre à la fois ; comment admettre alors le commerce en grand de pareilles productions ? Il est vrai que l’on a découvert de ces vases qui avaient été brisés et dont on avait restauré et maintenu les débris à l’aide de tenons en bronze ; mais ces vases pouvaient n’avoir pas été brisés en route ; rien ne prouve que ce ne fussent déjà des objets de quelqu’antiquité, des pièces de souvenir, auxquelles tenait le propriétaire : nous faisons chez nous, restaurer des porcelaines sorties de nos fabriques, et qui n’ont même pas le mérite de l’antiquité. Ne pouvant accepter ce système d’importation, nous serons plus disposés à admettre que des artistes étrangers vinrent d’abord s’établir en Etrurie, qu’ils y érigèrent des fabriques, répandirent autour d’eux leurs productions, adoptées par la mode, comme sont adoptées chez nous les potiches chinoises que nous faisons arriver de lointaines contrées, ou que nos artistes imitent avec un soin scrupuleux.
Les artistes grecs durent prendre des ouvriers du pays ; ils formèrent des élèves, et rien n’empêche d’admettre que ceux-ci continuèrent leur manière, et produisirent, quoiqu’étrusques, des œuvres empreintes du goût et du style helléniques. Pourquoi en effet refuser aux anciens ce qui se pratique journellement de notre temps ? Pourquoi nier pour les Etrusques cet esprit d’imitation si caractéristique cependant chez les peuples italiens ?
Voyez du reste les petits sarcophages en terre cuite à bas-reliefs rehaussés de couleurs : c’est en Etrurie qu’on les découvre ; ils portent des inscriptions en langue et en caractères étrusques, et cependant le style des personnages, leurs armes, leur costume, tout est purement grec. Ces petits sarcophages ne prouvent-ils pas suffisamment que les ouvriers étrusques copiaient la manière des Grecs ?
En tout cas le plus grand nombre des vases peints parvenus jusqu’à nous ne sont pas les œuvres premières sorties des mains mêmes des grands maîtres : ce ne sont le plus souvent que des reproductions, des copies plus ou moins exactes. En Grèce comme en Etrurie, — la grande quantité de sujets semblables le prouve assez, — les artistes secondaires, les hermoglyphes, copiant les œuvres des maîtres, reproduisaient en grand nombre les compositions les plus propres à satisfaire le goût, et appelées par conséquent à avoir l’écoulement le plus facile.
Si nous sommes bien obligés d’admettre que par l’invention, par le style des sujets, les vases peints appartiennent de droit à la Grèce, nous ne sommes cependant pas éloignés de croire que beaucoup d’entre eux ont été fabriqués en Etrurie par des artistes étrusques. L’habitude qu’ils avaient d’imiter les belles productions grecques, cette habitude qui à la longue leur ôtait toute originalité et les forçait à se traîner dans l’ornière tracée, explique très-bien le motif pour lequel l’on rencontre si peu de compositions vraiment nationales : à force de copier, ils n’osaient presque plus produire par eux-mêmes.
Au reste, si la mode en Etrurie était aux vases grecs, pourquoi les artistes auraient-ils fait des vases étrusques ? Nous parlions plus haut des vases chinois que nous imitons : viendra-t-il jamais à l’idée d’un peintre céramiste, qui voudra imiter un de ces vases, d’y figurer des sujets nationaux ? Il y peindra des Chinois, s’il veut faire un vase chinois, et satisfaire la mode qui aime les chinoiseries. Nous demandons au reste pardon aux mânes des artistes de la Grèce de les mettre en parallèle avec leurs confrères du Céleste-Empire. Nous faisons également à la mode étrusque, qui aimait les belles productions grecques, nos excuses de l’avoir comparée à notre mode moderne qui aime d’horribles magots.
Nous devons avouer que les Etrusques ont donné cependant parfois un certain air national à quelques-uns de leurs vases ; mais le caractère général reste complètement hellénique : il n’y a que de petites différences de détails.
Ce que nous avons dit jusqu’à présent ne concerne pas certains vases d’origine purement étrusque ou tyrrhénienne : nous parlerons de ceux-ci plus tard ; mais en attendant, examinons les caractères qui classent dans différents âges les poteries d’origine purement grecque, ou d’imitation étrusque. Recherchons en même temps le nom des principales fabriques, qui se sont distinguées dans ce genre de production.
C’est ici surtout que nous avons à nous plaindre du silence inexplicable qu’ont gardé les anciens en ce qui concerne cette classe, cependant si intéressante, de monuments artistiques. Heureusement que les minutieuses observations de nos savants modernes, tels que les d’Hancarville, les Millin, les Raoul-Rochette, les de Witte, les Lenormant, les de Luynes, etc., ont répandu la clarté là où les anciens n’avaient laissé que ténèbres. Grâce à eux, nous pourrons entrer dans quelques détails sur l’âge respectif de ces curieuses productions, qui doivent nous redire toute une civilisation de plusieurs siècles, nous transporter pour ainsi dire dans le milieu où vivaient tour à tour Homère et Hésiode, Lyeurgue et Solon, Thémistocle et Alcibiade, Socrate et Platon, et nous faire passer sous les yeux toutes les phases de l’art grec, si informe d’abord, si sublime bientôt au siècle de Périclès.
En 1290, Perdix, neveu de Dédale, inventa la roue de potier ; en 840, Cléophante de Corinthe inventait la peinture monochrome 5 , et en 809, Dibutade de Sicyone passe pour avoir eu le premier l’idée de la plastique. D’après cela, l’origine des vases grecs pourrait remonter au VII e siècle av. J.-C. ; d’Hancarville, M. le duc de Luynes et M. Lenormant prouvent en effet que ces productions sont de la plus haute antiquité ; et ils citent des vases qui portent le cachet évident du VII e et du VI e siècle. On le voit, c’est là une antiquité fort respectable.
Les vases de cette première époque sont reconnaissables aux figures noires, ressortant en silhouette sur le fond rougeâtre de la pâte : on les appelle vases noirs. Les sujets représentés sur ces vases appartiennent aux plus anciennes traditions mythologiques, et la forme et la disposition des lettres, tracées de droite à gauche ( 6 ) ou en boustrophedon ( 7 ), nous indiquent l’âge avancé de ces poteries. Les personnages y sont dessinés avec toute la raideur qui caractérise l’enfance de l’art, qui est si bien, comme le dit un spirituel auteur, l’art de l’enfance. Les mouvements sont exagérés et anguleux ; les poses forcées ; les traits pointus ; les yeux tirés obliquement et posés presque de face dans les figures vues de profil. Les cheveux sont longs et tressés ; les vêtements retombent en plis raides et droits. Les détails anatomiques des jambes, le relief donné au globe de l’œil, le système d’ornementation qui encadre les sujets, tout enfin semble emprunté au type assyrien, bien plus qu’au type égyptien 8 . Les robes, les armes, les harnais des chevaux, les roues des chars sont rehaussés par des blancs et parfois par des teintes violâtres, surtout à l’époque de transition de la première à la seconde période. Le plus souvent à cette époque les contours extérieurs et les contours intérieurs des muscles, des ornements, des traits de la figure, sont dessinés à la pointe.
Tous les vases de ce style n’appartiennent cependant pas d’une manière positive à cet âge reculé. Les Grecs continuèrent par esprit de tradition et d’imitation à exécuter des vases portant le cachet du vieux style, à une époque où l’art brillait chez eux de toute sa splendeur : ils eurent le goût de l’archaïsme, comme nous avons le goût du gothique, et ils imitèrent les vases vieux de trois ou quatre siècles, comme nous imitons de nos jours les faïences du XVI e siècle. De là l’archaïque véritable et l’archaïque d’imitation. La distinction est bien difficile, et il faut une grande habitude pour discerner l’œuvre originale, où l’artiste s’est abandonné à toute la naïveté de son inspiration, de l’œuvre d’imitation, qui assujetit sa main à adopter une manière qui n’est pas la sienne.
Les vases de la deuxième période, qui commence vers l’an 450, époque de Phidias et de Praxitèle, sont à fond noir ; et les figures, ménagées sur ce fond, y ressortent en ton jaunâtre qui est celui de la pâte. Ce ton est relevé de rehauts violets et rouges briques. Il y a progrès dans le dessin.
Les vases de la troisième époque ( 9 ) ne sont plus que de deux couleurs : le ton rouge ( 10 ) de la pâte pour les figures, le noir pour le fond ( 11 ) : on les appelle vases rouges. Quelques touches de blanc se remarquent dans certains détails d’ornementation. C’est la belle époque de la céramique grecque. Ce n’est pas à dire cependant que les vases de cette troisième et dernière période aient tous un égal mérite, et soient parvenus à un même degré de perfection ; il y eut nécessairement des ouvriers médiocres et des artistes distingués dans le même art, et si telle fabrique ne produisit constamment pour ainsi dire que des chefs-d’œuvre, il y en eut bien d’autres qui ne mirent au jour que des productions fort médiocres. Mais devant même les œuvres les plus ordinaires, on s’étonne encore de cette sûreté de pinceau, de cette hardiesse de contours qui distinguent toutes ces peintures, et l’on ne peut s’empêcher de s’extasier devant l’élégance, la noblesse, la science et la facilité de ces lignes dessinant avec tant d’art les nus et les draperies, lorsque l’on songe aux difficultés d’exécution que l’artiste avait à vaincre, et à la promptitude avec laquelle son pinceau devait d’un seul jet dessiner ces figures aux poses si nobles, si aisées, si naturelles, si pleines de vie et de mouvement. Le peintre en effet, que nul trait préliminaire ne guidait, devait avec son pinceau, imbibé de couleur noire, dessiner avec la plus grande célérité, sur le fond rouge de la pâte, un contours non interrompu, où nul regret n’était possible et dont la moindre reprise devenait tache sur une terre qui, travaillée humide, absorbait immédiatement la couleur. En regardant à contre jour le trait qui borde les figures, on peut distinguer parfaitement la ligne assez large qui trace les contours et que recouvre le fond noir général. La légèreté, la précision et la finesse des petits linéaments intérieurs, qui dessinent les muscles et les plis des vêtements, ne sont pas moins remarquables.
Deux scènes sont représentées ordinairement sur la partie extérieure des vases : l’une forme le tableau principal, l’autre, placée à l’avers du vase, est plus insignifiante : c’était en effet le côté tourné, dans les temples et les tombeaux, vers la muraille, et échappant par conséquent à la vue. Les sujets représentés sur cette partie du vase sont ordinairement relatifs aux exercices gymnastiques et aux fêtes dionysiaques : on y voit souvent le gymnaste ou pédotribe, maître du gymnase, qui appuyé sur un bâton, marque de son autorité, enveloppé dans son tribon et le front ceint d’un bandeau, instruit des Ephèbes aux exercices de la lutte ; d’autres fois c’est l ’Alipte, autre officier du gymnase, qui préside aux frictions que les jeunes gens se font avec de l’huile, avant de commencer leurs exercices. Les sujets dionysiaques représentent des Ménades dansant aux sons des crotales, des satyres poursuivant des bacchantes, etc. : ces sujets sont souvent très-érotiques et représentés avec cette étonnante liberté de dessin, dont ne rougissaient pas les artistes les plus distingués de l’antiquité ( 12 ).
Quant aux sujets principaux encadrés par des ornements appelés des grecques , par des méandres, des vagues, des palmettes, des rosaces, des oves, etc. ( 13

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