Siobhan, Fille d'Odin , 0,5 - L'arrivée du Fléau , livre ebook
62
pages
Français
Ebooks
2019
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0,5 - L’arrivée du Fléau
SIOBHAN, FILLE D’ODIN
ANGÉLIQUE MALAKH
Pour Siobhan, Kamran, Néphtali, Tobhyas, Chris, Alex , Corbeau, Joseph, Léonard, Dylonis et toutes les autres lumières qui jalonneront
cette ascension multidimensionnelle…
Sans vous, ces aventures, pas si imaginaires que ça, n’existeraient pas.
Derweid, galaxie de Grianan
Sous une douleur intense, je frottai ma tempe, et une substance visqueuse s’étala sur la pulpe de mes doigts. Du sang. Ma tête avait dû heurter un des rochers qui parsemaient le cours d’eau. Allongée sur l’accotement sablonneux, je ne me souvenais de rien. J’avais beau réfléchir et me creuser les méninges, rien. Je n’avais pas la moindre idée du motif de ma présence ici. La moitié basse de mon corps était toujours immergée, et un brouillard dense occultait ma mémoire. Lorsque je m’assis, mes phalanges égratignées s’enfoncèrent dans le sol meuble. Mes muscles étaient endoloris, et mes vêtements étaient lacérés à de nombreux endroits. Que s’était-il passé ? J’enserrai mon crâne entre mes mains et me concentrai afin de dissiper ma migraine. La magie me débarrasserait d’un souci aussi futile en un instant. Après une profonde inspiration, je diffusai l’oxygène vers les points névralgiques de mon cerveau. Les nœuds énergétiques se brisèrent les uns après les autres. De minuscules bulles éclatèrent comme un feu d’artifice. Libérée de cette entrave, je scrutai l’environnement afin de localiser la crique où je me trouvais. Derweid.
— Je suis encore chez nous, murmurai-je avec soulagement.
Derweid était l’une des cinq planètes de la galaxie de Grianan. Nous, les Filles d’Odin, cohabitions avec les sorcières Élémentaires et leurs animaux de compagnie : les métamorphes Élémentaires. Les druides et les dragons occupaient l’autre côté de cette dernière. Le partage des terres s’était effectué avec difficultés. Des affrontements se déroulaient encore régulièrement afin de le maintenir. Depuis la mort d’Euphrosyne, l’ancienne chef des Filles d’Odin, un siècle et demi auparavant, les différentes communautés bataillaient pour récupérer la gouvernance exclusive de Derweid et surtout, de ses richesses naturelles.
La quête de pouvoir d’Euphrosyne l’avait conduite à une folie meurtrière. Sa soif de puissance avait exterminé plusieurs espèces inférieures de Monère. Des contreparties de créatures vivantes telles que des êtres de la nature ou des gnomes lui avaient assuré la loyauté de déchus et de renégats des terres de Sannom, qui s’en sustentaient. Les troupes angéliques de Sabaoth étaient intervenues pour la tuer. Sans les renforts elfiques, les anges auraient sombré, comme les trois quarts des habitants de Derweid. La guerre avait causé des pertes immenses dans les cinq planètes. Le retour au calme s’était réalisé dans la douleur et sur plusieurs décennies. J’étais ravie d’être née bien après cette sordide époque.
Derweid avait souffert et avait mis un siècle avant de retrouver la luxuriance qu’elle arborait de nos jours. J’adorais m’étendre sur son sol et capter son énergie. Le terme de terre nourricière lui convenait mieux qu’à Gaïa, la planète Terre. Son essence ressourçait les autres planètes en interagissant avec leur champ vibratoire.
Ses entrailles ressemblaient à ma magie, sombre et froide. Mes doigts s’enfouirent dans l’humus et m’informèrent que le domicile de la chef des sorcières Élémentaires était proche. Marcia était la seule amie que je connaisse de ma défunte mère. Son coven regroupait celles qui pratiquaient la sorcellerie verte, basée sur les potions et les énergies offertes par les planètes et les astres. Contrairement aux Filles d’Odin, elles ne maîtrisaient pas la force des éléments ni la puissance que nous octroyait la vénération du Dieu des morts. Entre le ciel et la terre, nous étions des interfaces de chair à la jonction du monde des vivants et de celui de la nuit. Nous nous chargions des autres espèces déjà « perdues ». Leur nature ne nous importait guère, à l’exception des vampires, qui occupaient une partie majeure de nos passages dans les différentes planètes et dimensions.
J’avais habité sur Terre toute mon enfance jusqu’à mon émancipation en ignorant mes origines. Sans me retourner, j’avais quitté un foyer pour orphelins un carton qui résumait ma vie entre les bras. À cette époque, je tenais grâce à la conviction que le plus beau m’attendait. Je croyais que, quoi qu’il m’arrive, l’expérience serait plus agréable que les seize dernières années. Je ne me doutais pas à quel point je me trompais…
Je vrillai mes vêtements détrempés sur eux-mêmes. Allégée d’un litre ou deux, je partis rejoindre Marcia d’un pas léger, nostalgique de la retrouver.
* * *
Après une heure de marche dans la forêt dense de Derweid, je n’avais croisé aucune espèce susceptible de me poser de problèmes, comme un métamorphe ou des druides en récolte. Seul un dragon avait bien survolé la zone, mais ne m’avait pas jugée intéressante et avait poursuivi son chemin. Un séquoia à la ligne aussi aiguisée qu’une empenne m’orienta vers la propriété de la sorcière. Mes doigts caressèrent son épaisse écorce rouge, et mes paupières se fermèrent afin de ressentir son énergie vivifiante. Des crépitements picotèrent mes paumes lorsque le bout de mes phalanges s’encastra dans ses crevasses fibreuses et que son flux se diffusa de mon bras jusqu’au reste de mon corps. Si mon apparence illustrait un état déplorable, cette recharge avait regonflé à bloc mon organisme. Mes cellules s’étaient gorgées de cette ressource bienfaitrice. Tout à coup, mon étonnement de n’avoir rencontré personne me rappela le choc qu’avait subi mon crâne. Depuis mon départ de la crique, j’avais masqué ma présence par une barrière psychique. Je m’arrêtai, intriguée. Depuis quand mettais-je en place une protection de manière si naturelle ? J’avais beau me concentrer, je n’arrivais pas à me souvenir des dernières années. Je massai mon front ankylosé et mes tempes. Ma blessure était fraîche et j’avais besoin de repos pour retrouver mes esprits. Marcia m’aiderait à y voir clair. J’envisageais de garder le voile pour assurer ma discrétion, mais sur le terrain de la prêtresse des Élémentaires, je ne risquais rien. Je poursuivis, vierge de protection magique, les quelques mètres qui me séparaient de la meilleure amie de Sun, ma mère.
Derweid
J’apercevais à peine sa chaumière que la lourde porte en chêne grinça en diffusant une odeur de fruits confits. Mes papilles se mirent en branle. Je me hâtai pour la rejoindre et pour fêter nos retrouvailles. Marcia apparut. Lorsque nos regards se croisèrent, elle jeta une main au travers de son visage afin de me projeter dans la forêt. Je ricochai sur le tronc rugueux d’un arbre avant d’atterrir face contre terre. Je me redressai et m’époussetai autant que mes vêtements parsemés de branchages terreux et de détritus le toléraient. Je crachai la mousse retenue entre mes lèvres en m’avançant vers elle.
— Qu’ai-je fait pour mériter un tel accueil ? articulai-je, mes bras vers le ciel.
Le métal de son athamé irradia lorsqu’elle le sortit de la poche de son tablier. Elle taillada sa paume tout en scandant une incantation. Ses cheveux se soulevèrent et encerclèrent sa figure à la peau ondulée par le temps. La vibration de ses mots m’était familière et je reconnus un sort de protection physique. Elle érigea une bulle hermétique entre nous deux. Je me figeai, abasourdie par son comportement.
— Je me doutais qu’un jour, elle t’enverrait ! vociféra-t-elle, visiblement furieuse.
— Mais de quoi parles-tu ? m’étonnai-je, déstabilisée.
— Cornélia, pardi ! Ne me prends pas pour une novice, je t’en prie ! s’énerva-t-elle davantage.
Son aura rougeoyait et ses yeux se voilèrent d’un rideau blanchâtre. Ses sous-entendus ne m’éclairaient pas le moins du monde. Que venait faire Cornélia, la prêtresse des Filles d’Odin, dans cet accueil offensif ? Un filet de sang suinta le long de ma tempe. Je fixai mes doigts vermillon comme s’ils allaient me fournir un indice. J’étais désorientée. Ma perte de mémoire me handicapait.
— Je ne comprends rien ! formulai-je en me rapprochant de la barrière pour mieux la distinguer. ...