Citations bibliques expliquées
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Description

Accessible, précis et complet, ce livre propose 150 citations extraites de la Bible. Du premier au dernier livre, elles vous permettront de savourer la sagesse d'un texte qui aborde tous les sujets de la vie quotidienne.



Pour chacune, vous trouverez :




  • le contexte de sa rédaction ;


  • ses différentes interprétations ;


  • l'actualité de son message.



Les points forts




  • Un auteur spécialiste


  • Un angle original


  • Une présentation agréable




  • Ancien Testament


    • Genèse


    • Exode


    • Livre des Nombres


    • Deutéronome


    • Prophètes


    • Livre des Proverbes


    • Psaumes


    • Job


    • Cantique des cantiques


    • Livre du Siracide ou Ecclésiastique


    • Livre de la sagesse




  • Nouveau Testament


    • Evangiles des actes des Apôtres


    • Saint Paul


    • Lettre aux Hébreux


    • Première Lettre de Jean



Informations

Publié par
Date de parution 10 juillet 2014
Nombre de lectures 263
EAN13 9782212258622
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

R sum
Accessible, précis et complet, ce livre propose 150 citations extraites de la Bible. Du premier au dernier livre, elles vous permettront de savourer la sagesse d’un texte qui aborde tous les sujets de la vie quotidienne. Pour chacune, vous trouverez :
• le contexte de sa rédaction ;
• ses différentes interprétations ;
• l’actualité de son message.
  Un auteur spécialiste       Un angle original       Une présentation agréable
Biographie auteur


CHRISTINE PELLISTRANDI est professeur d’histoire et chercheur. Elle enseigne l’Écriture sainte au collège des Bernardins et elle est déjà l’auteur de nombreux ouvrages.
www.editions-eyrolles.com
Christine Pellistrandi
CITATIONS BIBLIQUES EXPLIQUÉES
Éditions Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05 www.editions-eyrolles.com
Mise en pages : Compo Meca Publishing - 64990 Mouguerre
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre Français d’Exploitation du Droit de Copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles 2014 ISBN : 978-2-212-55949-1
SOMMAIRE
Introduction
Partie 1 Ancien Testament
Genèse
Exode
Livre des Nombres
Deutéronome
Prophètes
Livre des Proverbes
Psaumes
Job
Cantique des cantiques
Livre du Siracide ou Ecclésiastique
Livre de la sagesse
Partie 2 Nouveau Testament
Évangiles et Actes des Apôtres
Saint Paul
Lettre aux Hébreux
Première Lettre de Jean
Glossaire
Bibliographie
Index des noms communs
Index des noms propres
INTRODUCTION
Les courts passages de l’Écriture choisis pour ce livre composent un florilège qui interroge l’intelligence et pénètre le cœur. Ces scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament ont également inspiré les artistes pour transmettre, à travers la sculpture et la peinture, le patrimoine de toute la culture chrétienne.
Les citations de chaque page montrent comment Dieu se sert du langage des hommes pour se faire connaître à travers leur histoire. En nous familiarisant avec les personnages de la Bible dans leur ambiguïté ou leur sainteté, nous sommes confrontés à la réalité humaine à travers laquelle Dieu révèle son message d’amour : Dieu a besoin des hommes. Si nous refusons d’entrer dans ces récits tels qu’ils nous ont été transmis par la mémoire des siècles, nous faisons de Dieu l’idole de nos rêves, l’utopie de nos désirs.
Certaines phrases incisives sont entrées dans la sagesse proverbiale, comme « Ce qui est écrit est écrit », « Rendez à César ce qui est à César » ou encore « À chaque jour suffit sa peine ». Nombre de maximes se trouvent ainsi coupées du contexte qu’il faut leur restituer pour comprendre à quelle question elles répondent.
De la Création à la Résurrection de Jésus, ce livre parcourt les différentes étapes qui composent l’ensemble de la Bible. Après l’Évangile, les lettres de Paul montrent comment cet homme adapte son discours et le message de sa foi à la culture du monde qu’il rencontre. Sa compréhension de la contemporanéité devient la nôtre.
Dans leur diversité, toutes ces citations ont quelque chose à nous dire aujourd’hui : partager ce que j’ai reçu est mon vœu le plus cher.
PARTIE 1
ANCIEN TESTAMENT
« Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage… » Peut-on appliquer cette maxime à l’Écriture de la Bible ? Sans aucun doute, car la transmission des traditions a commencé par l’oralité avant que ces souvenirs ne soient écrits sommairement puis sans cesse réécrits, retravaillés, recomposés. Ainsi s’expliquent à la fois la diversité des livres qui composent le premier Testament et la difficulté de leur interprétation. Cette réécriture correspondait à l’approfondissement de ce que Dieu avait voulu dire à travers les événements que vivait Israël, car la compréhension du message divin est intimement liée à l’histoire d’Israël. Séparer la recherche de Dieu de l’histoire des hommes, c’est nier l’élection d’Israël et créer à la place un Dieu idéal qui serait le reflet de toutes nos utopies.
L’Ancien Testament surprend par l’extrême variété de ses genres littéraires, qui comprennent entre autres des livres d’histoire (mais une histoire décryptée à la lumière du message divin), des contes pour tenter d’expliquer une réalité théologique, comme le livre de Job, des prières, comme les Psaumes, ou bien encore des règles pour un art de vivre en société, comme le livre des Proverbes.
L’Ancien Testament se compose de trois grands livres :
• le Pentateuque, qui est le nom grec de la Torah hébraïque ;
• les Prophètes, comprenant les livres de Samuel et des Rois puis les livres qui portent les noms des prophètes ;
• enfin ce que l’on appelle les Écrits, qui regroupent de nombreux textes dont les Psaumes, le livre de Job, les Proverbes et le Cantique des Cantiques.
Les citations choisies dans cet ouvrage correspondent à des « coups de cœur », des passages hautement signifiants qui peuvent être complétés par quelques passages du Nouveau Testament, montrant ainsi à quel point la parole de Dieu forme un tout inséparable.
GENÈSE
Il y eut un soir, il y eut un matin.
Gn 1
Le premier récit de la Création se décline autour d’un refrain qui scande le temps et qui permet de mémoriser facilement les différentes étapes au cours desquelles Dieu construit notre environnement. On commence par le soir, puisque les ténèbres président au commencement. Le récit insiste à juste titre sur les sept jours qui composent le premier chapitre de la Genèse où l’on peut lire également un décalogue, puisque Dieu parle dix fois ! Le récit doit donc avoir comme perspective de nous apprendre à vivre au sein du cosmos. Loin d’être naïf, il est riche de sens. Ainsi, le jour où la lumière est créée est, selon le texte hébreu, un jour « unique » et non simplement le « premier » jour, comme on le traduit habituellement. Ce simple détail de traduction éveille l’attention du lecteur. Il ne s’agit pas d’un texte qui se voudrait une description rigoureuse, mais qui donne une clé pour comprendre le monde dans le projet de Dieu. Dans la Bible, le temps n’est pas cyclique comme un éternel recommencement, au contraire, il est linéaire, il est un chemin qui mène vers un accomplissement, à l’image de toute vie qui va de son commencement à sa fin. Cette limitation du temps des hommes renvoie à Dieu qui est maître du temps, lui qui vit dans l’éternité et qui est à la fois l’alpha et l’oméga.

Dieu vit que cela était bon… Dieu vit que cela était très bon.
Gn 1
Le récit de la Création est mené en faisant intervenir un narrateur omniscient qui est capable de raconter ce dont n’a pu être témoin aucun homme : qui peut prétendre que « Dieu vit que cela était bon » ? Une telle phrase force le lecteur à reconnaître que ce texte représente une distance absolue par rapport à l’entreprise scientifique qui s’efforce de démonter et de comprendre le mécanisme de la Création. En revanche, la visée du récit est de mettre en valeur l’intelligibilité du monde créé par Dieu. C’est par la parole que le monde est créé. Dieu voit que chaque étape de sa Création est bonne, c’est comme un encouragement à continuer dans le même sens. Le sixième jour, qui voit l’avènement de l’homme et de la femme, est même très bon, une manière d’exprimer la satisfaction de Dieu devant son chef-d’œuvre, la création du premier couple. C’est dire à la fois la continuité et la différence entre l’homme et son environnement.

Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre, soumettez-la et dominez sur les poissons de la mer et sur les oiseaux du ciel et sur tous les animaux qui rampent sur la terre.
Gn 1, 28
C’est après avoir créé l’homme et la femme dans le premier récit de la Création que Dieu prononce cette bénédiction. Il leur confie le monde. La bénédiction de Dieu est exprimée par des verbes à l’impératif, mais ce ne sont pas tant des commandements que des encouragements pour l’avenir. Dieu exprime ainsi sa souveraineté sur la Création qu’il vient de sortir du chaos et du néant, et appelle donc à la vie sous toutes ses formes. Cette proclamation décrit la responsabilité de l’homme, qui doit soumettre le monde des animaux pas seulement à son profit immédiat, mais pour prolonger l’harmonie de ces jours où chaque soir, en contemplant son œuvre de la journée, Dieu disait que cela était bon. Dans les temps d’exil, quand Israël se retrouvera asservi, dominé, vaincu, sans descendance, cette bénédiction sera relue et méditée comme une promesse de vie que Dieu ne reprend pas.

Le Seigneur modela l’homme avec de la poussière prise du sol… Le Seigneur dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie… Il fit tomber une torpeur sur l’humain et il s’endormit et il prit un de ses côtés et il ferma la chair à sa place. Le Seigneur construisit le côté qu’il avait pris de l’humain en femme et il la fit venir vers l’humain.
Gn 2, 7-22
D’emblée, il y a une différence entre l’homme qui est modelé avec de la poussière et la femme qui est construite. Le mot « côté » se retrouve très précisément dans le côté de l’arche d’Alliance (Ex 25, 12), le côté de la Tente de la Rencontre (Ex 26, 20) et enfin le côté du Temple (1 R 6, 5). Toutes ces références renvoient à des images concernant les symboles de la présence divine au milieu des hommes. L’arche, la Tente de la Rencontre où Moïse parlait avec Dieu, le Temple où repose la Gloire du Seigneur sont des signes que Dieu a donnés. Aussi ce simple mot, « côté », rappelle-t-il les lieux où Dieu manifestait sa présence. C’est donc un indice de la vocation divine de la femme. Plus encore, quand Dieu dit qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul et qu’il faut lui faire une aide qui lui soit assortie, cette aide est signifiante du secours divin. Ce mot « aide », que l’on peut traduire aussi par « secours », est employé ensuite dans la Bible uniquement en se rapportant à Dieu : c’est le secours que Dieu apporte à l’homme en situation de détresse, en particulier quand il se voit persécuté, incompris et menacé.

Tu accoucheras dans la douleur.
Gn 3, 19
Le texte hébreu dit précisément : « Multipliez, je multiplierai ta pénibilité et ta grossesse, avec peine tu enfanteras des fils. » Le langage courant a simplifié et n’a retenu que la douleur pendant l’accouchement, ce qui correspondait à une théologie du châtiment : les siècles imposaient à Ève cette punition parce qu’elle avait saisi le fruit et qu’elle devait en payer les conséquences. Or, ce verset va beaucoup plus loin que le temps de l’accouchement, car il pose en réalité le problème de toute relation mère-enfant, de la possession, de cette forme de convoitise qui est une tentation humaine. Tant que l’embryon vit dans son sein, il appartient au corps de la mère, son cœur bat en communion avec elle. À la naissance, il devient une personne indépendante et dépendante à la fois, dépendante du lait et des soins de sa mère, mais indépendante, car il va grandir avec sa propre autonomie. La multiplication de la grossesse dans le temps décrit aussi le temps de l’apprentissage, pendant lequel la mère découvre qu’elle doit se détacher de son enfant. Toute l’éducation correspond à un temps d’enfantement qui dépasse celui de la grossesse biologique. Si la convoitise s’empare de l’amour maternel et le fait dévier, que se passe-t-il ? Naît alors un attachement fusionnel qui empêchera de couper le cordon ombilical. L’authentique bonheur maternel s’oppose à la captation de l’enfant comme bien propre de la femme. Si la relation dans laquelle l’enfant reste englobé dans le monde maternel au-delà de la normale dure trop longtemps, alors se multiplieront larmes et insatisfactions profondes. On touche du doigt une réalité qui va bien au-delà de la pénibilité de l’accouchement et qui décrit le malheur qui apparaît quand est refusé à l’enfant l’espace de liberté nécessaire pour qu’il puisse se construire.

Le Seigneur tourna son regard vers Abel et son offrande mais il détourna son regard de Caïn et de son offrande.
Gn 4, 4
La Bible, dans le livre de la Genèse, s’ouvre dès le chapitre 4 sur une belle figure d’innocent : Abel, le frère de Caïn. Abel est pasteur, il fait paître les moutons. Caïn cultive la terre et Abel mène son troupeau. Lorsque les deux frères apportent leurs offrandes, le Seigneur regarde celles d’Abel et détourne son regard de celles que lui apporte Caïn. Pourquoi une telle injustice ? Du coup, on se sent presque en sympathie avec Caïn qui, à juste titre, se considère brimé par rapport à son frère. L’histoire de Caïn, c’est notre histoire avec notre cœur débordant de rancune, de ressentiments, de remords qui rongent l’âme et l’abîment. Abel, c’est l’innocent par excellence, et Jésus, dans l’un de ses derniers grands discours à l’adresse des pharisiens, rappelle l’exemple d’Abel comme l’un des premiers martyrs : les prophètes, les sages, les scribes, vous allez les persécuter, les pourchasser de ville en ville, mais leur sang retombera sur vous et vos enfants, depuis le sang d’Abel le juste jusqu’au sang de Zacharie que vous avez assassiné entre le sanctuaire et l’autel (Mt 24, 34). Ce pasteur, Abel qui offre ses moutons, préfigure le bon pasteur, lui qui est l’innocent par excellence, c’est-à-dire le Christ.

Suis-je le gardien de mon frère ?
Gn 4, 9
Caïn est jaloux d’Abel et il devient meurtrier à cause de ce sentiment mortifère qui dévore son cœur. Quand Dieu lui demande où est son frère, c’est pour lui faire prendre conscience de sa responsabilité. C’est une manière de lui dire : sais-tu bien qui est ton frère ? Justement, la réponse de Caïn est un déni, un refus de reconnaître que son frère est né du même sang que lui. En le frappant cruellement et mortellement, il cherche à abolir ce lien. Or, la vocation de l’homme est de reconnaître dans l’Autre un frère : nous sommes responsables les uns des autres. Refuser cette perspective, c’est entrer dans un cycle infernal de violence au niveau de la famille et de la parenté, du village, de la nation pour lutter pays contre pays, s’emparer des biens de l’autre, de son espace vital, quitte à le supprimer pour avoir de la place ! Mais ce récit ne s’arrête pas là. Caïn reconnaît l’énormité de sa faute et Dieu, en le marquant d’un signe, le protège de toute vengeance. Personne ne peut être réduit aux actes qu’il a commis, aussi terribles soientils. « Le Seigneur mit un signe sur Caïn pour qu’en le rencontrant personne ne le frappe » (Gn 4, 15).

Rien n’est impossible à Dieu.
Gn 18/Lc 1,37
Trois anges annoncent à Abraham que, lorsqu’ils reviendront, il sera père. Cette promesse entraîne sarcasmes, et ricanements, de Sarah qui sait bien, vu son âge avancé, que cela n’est plus possible. Mais la phrase, d’après le texte hébreu, pourrait se comprendre ainsi : « Est-ce que Dieu sait faire autre chose que des merveilles ? »
En effet, Dieu « engendre » le ciel et la terre, la fécondité et le foisonnement sont la marque de sa création, comme le montre le premier récit de la Création (Gn 1). Dieu donne la vie aux plantes et aux animaux, et Dieu fait naître des hommes et des femmes créés à son image et à sa ressemblance. Cette capacité de Dieu à donner la vie est révélée à demi-mot, comme chuchotée : serait-ce un éternel rêve qui relèverait de la mythologie ou du fantasme ? C’est la mémoire des merveilles de Dieu qui aboutit à reconnaître les facettes de son dessein bienveillant à travers l’histoire.
L’ange de l’annonciation à Marie reprendra la même phrase à l’affirmative en donnant un signe comparable : Élisabeth la stérile attend un enfant, et c’est un signe pour Marie afin qu’elle croie à la merveille des merveilles : elle sera enceinte d’un enfant qui est le Fils de Dieu ! On ne dira jamais assez combien l’idée même de l’incarnation de Dieu dépasse les idées les plus folles des hommes.

Vas-tu supprimer le juste avec le pécheur ?
Gn 18
Prenons la figure d’Abraham, dont la prière s’ouvre sur le monde qui l’entoure. Or, ce monde, c’est Sodome à la réputation sulfureuse. Et voilà Abraham qui discute pied à pied avec le Seigneur pour sauver Sodome. Que fait Abraham ? Il se fait avocat et il plaide pour les habitants de Sodome. Il remplit sa mission et s’ouvre à la réalité du monde tel qu’il est, un monde de pécheurs qui ont besoin d’être sauvés. En lisant le chapitre 18 de la Genèse, on a l’impression qu’Abraham fait des reproches à Dieu : quoi, tu vas supprimer le juste avec le pécheur ? En fait, Abraham, si nous lisons attentivement le texte, ne demande pas que seuls les justes soient épargnés, il demande le salut pour toute la ville, autrement dit que les pécheurs eux aussi soient sauvés. Il marchande pas à pas avec timidité et s’enhardit peu à peu pour diminuer le nombre de justes qu’il faut trouver pour sauver Sodome. Sa prière nous fait apparaître une nouvelle idée de la justice, pas une justice qui se contente de punir le pécheur, mais une justice qui sauve le pécheur. Si les pécheurs reçoivent le pardon de Dieu et confessent leurs fautes, alors eux aussi deviendront justes. Une prière qui ouvre sur le monde, voilà la prière d’Abraham, une prière qui ne se décourage pas et revient sans cesse à la charge.

Me voici.
Gn 22
Quand Dieu appelle ses prophètes, il commence toujours par les appeler par leur nom. Il y a donc véritablement dialogue de personne à personne dès le départ de tout échange. Ainsi Dieu appelle Abraham, et celui-ci, sans savoir ce que Dieu allait lui demander, répond : Me voici. Et là, surprise incroyable, Dieu lui demande d’offrir en sacrifice son fils unique. Un peu plus loin, dans le texte, Isaac, surpris de ne pas voir l’agneau qui doit être offert en sacrifice, appelle son père, et Abraham répond de nouveau : Me voici. Ensuite, c’est l’ange qui appelle Abraham, et là encore celui-ci répond : Me voici. À ce moment précis, l’ange est chargé par Dieu de retenir le bras d’Abraham qui était prêt à immoler Isaac, scène immortalisée sur le portail du baptistère de Florence. Dans ce court passage, trois fois Abraham répond : Me voici. À la lecture de ce texte (Gn 22), notre réaction est toujours un sentiment de révolte devant cette demande à nos yeux injuste et cruelle. Seulement, nous ne sommes pas assez attentifs à la réponse d’Abraham : Dieu saura voir où est l’agneau pour l’holocauste. Au Moyen Âge, on a établi un rapprochement entre le sacrifice d’Isaac et celui du Christ en représentant sur les miniatures et les vitraux à la fois Jésus portant sa croix et montant vers le calvaire et le petit Isaac avec le fagot destiné à allumer le feu de l’holocauste sur son dos, montrant ainsi qu’Isaac préfigure le sacrifice du Christ.

Cette même nuit Jacob se leva, prit ses deux femmes et ses deux servantes, ses onze enfants, et il passa le gué du Yabboq… Et Jacob resta seul. Un homme se roula avec lui dans la poussière jusqu’au lever de l’aurore.
Gn 32, 23-32
C’est au cours de ce combat, un corps à corps avec un inconnu, que Jacob va faire une expérience particulière de la proximité de Dieu. Jacob est un homme rusé, un malin qui a usurpé la bénédiction de son père aux dépens de son aîné, et il espère rentrer sur le territoire de son frère en profitant de la nuit pour ne pas être vu. Le voilà surpris par un inconnu. Le récit de la Genèse est complexe : des verbes sans sujet explicite mais une description de deux hommes qui se bagarrent sans que l’on comprenne clairement qui a le dessus. L’aurore approche : voilà que l’inconnu demande à Jacob son nom. Dans la mentalité biblique, prononcer le nom de quelqu’un, c’est d’une certaine manière le connaître, et donc le dominer. Jacob répond, ce qui est une manière de s’en remettre à cet inconnu. Le nom de Jacob signifie « l’imposteur », et cela correspond bien à ce qui s’est passé quand il a trompé son père en se faisant passer pour son frère afin de recevoir sa bénédiction. Or, voilà que l’inconnu va lui donner un nom nouveau : « On ne t’appellera plus Jacob mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre les hommes » (Gn 32, 29). Le nom Israël signifie « Dieu est fort ». Jacob reçoit par ce nom une nouvelle bénédiction et il devient capable d’un acte de foi : « J’ai vu Dieu face à face et ma vie a été sauve. » L’inconnu de la nuit était Dieu en personne.

Le mal que vous avez pensé faire, Dieu en a fait un bien.
Gn 50, 20
Joseph, fils de Rachel, était le préféré de son père Jacob, c’est pourquoi ses frères le jalousaient. Aussi voulurent-ils le faire mourir mais, au dernier moment, ils hésitèrent et l’abandonnèrent dans le désert. Une caravane qui passait le recueillit. Grâce à ses dons de divination extraordinaires, il devint Premier ministre d’Égypte et dut gérer l’économie du pays, qui était alors le grenier à blé du Moyen Orient. Poussés par la famine, ses frères descendirent en Égypte et se retrouvèrent devant leur frère sans le reconnaître. Mais Joseph, lui, n’avait pas oublié. Il organise alors une mise en scène pour amener ses frères à reconnaître le mal qu’ils lui ont fait jadis. Le cadet Benjamin est faussement accusé d’un vol, ce qui amène les dix frères à réfléchir à leur conduite passée, si bien que Juda, le frère aîné qui avait été l’origine du complot contre Joseph, s’offre en otage à la place de Benjamin. Alors Joseph se fait reconnaître par ses frères stupéfaits et tous versent des torrents de larmes ! Il ne reste plus qu’à aller chercher leur père, Jacob. Devant ce dernier, Joseph prononce ce magnifique acte de foi : Dieu seul peut, du mal, faire surgir le bien. La réconciliation est une forme de résurrection. Par toute son histoire, par le pardon donné à ses frères, Joseph est considéré comme une figure qui annonce le Messie.
EXODE
Je suis celui qui est.
Ex 3,14
L’existence de Dieu n’est pas un problème pour l’homme de la Bible. Non qu’il en ignore la contestation, avec cette interrogation : « Où est-il, ton Dieu ? ». Mais ce qui fait la particularité d’Israël est la quête d’une relation personnelle avec ce Dieu. La caractéristique du Dieu d’Israël est de parler, et donc d’être intelligible. Dieu se donne à connaître, il donne des signes et entre en dialogue avec les hommes. Après les Patriarches de la Genèse, Moïse est le Prophète par excellence, qui témoigne de la rencontre heureuse avec Dieu. Alors que son peuple est réduit à un esclavage mortel, Moïse connaît une destinée lumineuse : sauvé de la mort dès le berceau, il est éduqué par ceux qui persécutent les siens, signe évident de la providence divine. Berger, il garde les troupeaux de son beau-père. Il va faire un détour pour observer un phénomène étrange : il voit un buisson couvert d’épines brûler sans se consumer, image symbolique de Dieu qui partage la condition de son peuple humilié. Dieu intime à Moïse l’ordre d’aller délivrer son peuple de la servitude de Pharaon. De la servitude humaine qui aliène à la rencontre avec Dieu qui libère, voilà le salut qui est proposé à l’homme. Moïse oppose à Dieu une série d’arguments pour montrer la difficulté de la mission, ajoutant qu’il ne connaît pas le Nom de celui qui l’envoie. D’où la réponse, qui est difficile à lire et encore plus à traduire : « Je suis celui qui suis », « Je suis celui qui est ». La première traduction essaie de coller au texte hébreu en répétant le verbe initial. La seconde traduit l’interprétation grecque de la Septante ( III e siècle av. J.-C.) qui a conduit à des développements métaphysiques depuis deux mille ans.

Dans le pays d’Égypte, nous mangions du pain à satiété. Vous nous avez fait sortir dans ce désert pour laisser mourir toute cette assemblée.
Ex 16, 2
Justement, c’est sur le manque de pain que se joue l’expérience cruciale dès la sortie d’Égypte. Par l’intervention miraculeuse de Dieu, les chars de Pharaon se sont embourbés et les Hébreux ont traversé la mer Rouge à pieds secs. Les voilà dans le désert, et là, Dieu les met à l’épreuve (Ex 16). Évidemment, ils manquent de tout dans le désert de Sin ; ils commencent alors à regretter le pain qu’ils mangeaient en Égypte. Ce n’était pourtant qu’un pain de misère, puisqu’ils travaillaient comme des esclaves. Mais ce pain devient mythique : dans le pays d’Égypte, nous mangions du pain à satiété. Pourquoi nous avoir fait sortir ? Arrive la question cruciale : Dieu est-il oui ou non au milieu de nous, puisque nous allons mourir de faim ? Alors le Seigneur va faire un miracle, à la demande de Moïse : « Du haut du ciel, je vais faire pleuvoir du pain pour vous chaque jour, et le peuple sortira chaque jour pour recueillir la ration suffisante. » Ce pain extraordinaire, ce pain pétri de la main de Dieu, ce sera la manne. Les Hébreux découvrent quelque chose de fin, de blanc, qui avait le goût de beignets au miel, et Moïse leur dit alors : Voici le pain que le Seigneur vous donne.

Dieu est-il oui ou non au milieu de nous ?
Ex 17
La soif : une question de vie ou de mort. C’est sur ce problème de la soif que se pose pour Israël la question cruciale de la foi. Certes, Dieu a libéré son peuple des geôles de Pharaon, mais dans le désert, maintenant que le peuple a soif et qu’il cherche désespérément une source, se pose l’unique question : Dieu est-il oui ou non au milieu de nous ? Pourquoi nous avoir fait sortir d’Égypte si c’est pour nous faire mourir de soif dans la sécheresse implacable du désert ? Au milieu des dunes et des falaises, la soif représente de tout temps un risque mortel, et de nos jours on ne part pas pour une marche dans le désert sans un minimum de trois litres d’eau. Oui, mais quand on erre pendant des années, il faut vraiment un miracle pour survivre. À Moïse qui l’appelle au secours en le suppliant d’intervenir d’autant plus vite qu’il risque d’être lapidé, tant le peuple est en colère, à Moïse donc, Dieu dit : « Je vais me tenir devant toi sur le rocher, tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau et le peuple boira » (Ex 17). Une question de vie ou de mort, ce n’est pas seulement survivre, c’est aussi vivre de la vie éternelle, c’est-à-dire du bonheur que le Christ veut pour nous et dont il nous donne la possibilité par le baptême. Ce rocher miraculeux qui vient éteindre toute soif, c’est aussi le Christ sur la croix, parce que, de son côté percé par la lance du centurion romain, coulèrent du sang et de l’eau. Saint Paul a le génie d’appliquer à la figure du Christ le souvenir du rocher miraculeux et il évoque le peuple hébreu dans le désert buvant à un rocher spirituel (1 Co 10, 4).

Le peuple vit que Moïse tardait à descendre de la montagne. Le peuple s’assembla près d’Aaron et lui dit : « Debout. Fais-nous des dieux qui marchent à notre tête. »
Ex 32, 1
Le peuple s’impatiente. On fait une collecte de tous les bijoux en or que portaient les femmes et les enfants. Avec cet or, Aaron façonne un veau. Le veau, ou jeune taureau, était compris comme le support de la divinité plutôt que comme son image. Ce qui est en cause, c’est la conception que l’on se fait de Dieu. Une idole est rassurante : elle est là et on peut la toucher. C’est une manière de rejeter le Dieu invisible qui pourtant a fait sortir les Hébreux d’Égypte. Mais cela, ils semblent l’avoir oublié, parce qu’ils veulent faire la fête, offrir des holocaustes qui, avec leur côté magique, ont le don d’apaiser leur angoisse. Et le peuple s’assoit pour boire et manger. La fabrication du veau d’or entraîne la colère du Seigneur, mais Moïse réussit à l’apaiser. Quand Moïse descend et qu’il entend les bruits de la fête, c’est lui qui se met en colère, et il brise les tables de la Loi, pourtant gravées du doigt de Dieu. Pour punir les coupables d’une telle offense, Moïse prend le veau, le brûle, l’écrase pour le réduire en une poudre qu’il mélange à de l’eau. Cette eau, il la donne alors à boire aux fils d’Israël, comme s’ils devaient digérer le mal qu’ils avaient fait.

Conduis le peuple où je t’ai dit et c’est mon ange qui marchera devant toi…
Ex 32, 34
Moïse se rend compte qu’en adorant un veau d’or, le peuple a gravement offensé Dieu, puisqu’il a mis sa confiance dans une idole. Moïse va intercéder pour le peuple que Dieu veut punir. Alors qu’il est totalement innocent, il va jusqu’à offrir sa vie en signe de pardon. Dieu refuse car il ne veut pas qu’un innocent paie à la place des coupables. L’entrée en Terre promise va continuer, mais il est évident que ce temps de l’adoration du veau d’or laisse des traces et qu’à chaque génération on retrouvera la même tentation de se fabriquer des idoles. Dieu redonne courage à Moïse en lui promettant qu’un ange va le guider, belle expression pour conforter Moïse dans sa foi alors qu’il va se trouver en permanence exposé aux complots et aux révoltes qui se multiplient. Les fils d’Israël vont ainsi errer pendant quarante ans dans le désert, le temps d’enfanter une nouvelle génération. Toutes ces aventures sont racontées pour expliquer comment entrer dans une perspective théologique de la connaissance de Dieu, ce qui demande un long cheminement assumé dans la patience.

C’est moi le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude…
Ex 20 2-17/Dt 5 6-18
Ce rappel de l’action bienveillante de Dieu à l’égard de son peuple introduit ce que l’on appelle les Dix Commandements. Il interpelle chaque homme dans son rapport à Dieu et aux autres, les deux étant indissociables. Le premier commandement porte sur l’exigence absolue de ne rendre aucun culte à d’autres divinités, ce qui est une grande nouveauté, car c’est l’affirmation du Dieu unique dans le monde antique polythéiste. La suite logique s’impose : ne pas adorer des idoles faites de main d’homme. La première partie concerne donc les rapports de l’homme face à Dieu, la suite règle les relations entre les hommes. Alors que presque tous les commandements sont formulés sur le mode défensif, un seul est présenté positivement : celui d’honorer ses parents. L’ensemble des interdits qui suit est très concret et s’efforce de couvrir tous les aspects de la vie sociale en interdisant le meurtre, l’adultère, le rapt (c’est-à-dire le vol), le faux témoignage, la convoitise. Il s’agit de garantir à travers une communauté humaine à la fois des droits fondamentaux pour respecter la vie, la propriété, l’honneur de chacun, mais aussi l’établissement de règles humaines, d’un code qui puisse régir la vie en société. Ces commandements sont le signe concret du rapport spécifique du peuple d’Israël à Dieu.

Honore ton père et ta mère afin que tes jours se prolongent sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu.
Ex 20, 12
En quoi consiste ce commandement : s’agit-il simplement de piété filiale au sens où on l’entend d’habitude ? Honorer ses parents, c’est reconnaître que chaque génération appartient à une histoire sainte et qu’à ce titre elle a reçu des dons. En effet, ce commandement est éclairé par la seconde partie, dans laquelle il est question de la Terre promise qui est donnée à Israël. Honorer ses parents, c’est donc entrer dans le mystère de l’élection d’Israël. Chaque génération humaine est chargée de transmettre à ses enfants le mystère de l’élection : Dieu a choisi Israël non pas parce qu’il était le plus beau ou le plus fort, mais uniquement par amour et par fidélité (Dt 6, 6). Il ne s’agit donc pas d’honorer ses parents simplement pour être obéissant, mais parce que chaque génération est à elle seule une histoire à travers laquelle Dieu révèle son amour aux hommes. Dieu a choisi Israël pour que toutes les nations reçoivent par lui la même bénédiction. Le Christ offre l’exemple d’un fils qui donne à la famille une dimension eschatologique en disant : « Qui sont mes frères, qui est ma mère ? Quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux Cieux, c’est lui mon frère, ma sœur, ma mère » (Mt 12, 50). Parlant ainsi, il crée comme frères en Dieu les hommes de toute nation, race, tribu, royaume.

Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : JE SUIS m’a envoyé vers vous.
Ex 3, 14
Que nous montre cet épisode du Buisson ardent au cours duquel Dieu révèle à Moïse un nom par lequel les hommes peuvent l’appeler ? Il montre à la fois que l’identité parfaite de Dieu est bien au-delà de notre entendement, mais qu’en même temps il révèle quelque chose de vrai et d’intelligible dans cette parole. Ce double aspect est présent dans la tradition juive, qui garde la transcription du Nom de Dieu en l’écrivant à l’aide de quatre consonnes qu’on ne vocalise jamais : YHWH. On prononce un nom de substitution : LE SEIGNEUR. La tradition chrétienne a suivi dans ses langues propres : Kurios en grec, Dominus en latin, le Seigneur en français. C’est seulement durant un demi-siècle (1950-2000) qu’une mode a essayé d’imposer une vocalisation, Yahweh, dont le Vatican a demandé le retrait en 2007. Le Nom de Dieu transmis par Moïse assure une relation personnelle entre Dieu et son peuple. La prière des hommes sanctifie le Nom de Dieu, c’est-à-dire qu’elle le fait connaître comme saint. Le Nom de Dieu habite dans son Temple afin d’assurer une présence réelle à ceux qui s’y rendent.
LIVRE DES NOMBRES
Le peuple passa la nuit à pleurer… Pourquoi le Seigneur nous mène-t-il dans ce désert ? Nommons un chef et retournons en Égypte.
Nb 13 et 14
La mer Rouge traversée, Israël est dans le désert, confronté à la faim et à la soif. Le don de la manne, des cailles, leur montre que Dieu ne les abandonne pas mais qu’il faut avancer. Aussi Moïse envoie-t-il des éclaireurs pour découvrir le pays de Canaan. Quand ils reviennent de leur exploration, ils rapportent que ce pays est ruisselant de lait et de miel, mais que ses habitants sont très puissants et leurs villes de véritables forteresses. Au cours de leur rapport, ils font peur aux enfants d’Israël en expliquant que ce pays dévore ses habitants et que tous les gens qu’ils ont vus sont des géants ; par conséquent, eux, les enfants d’Israël, ne sont pas plus grands que des sauterelles à côté d’eux. Ils se mettent à décrier le pays, à en dire du mal gratuitement, et du coup à faire monter la pression pour augmenter la peur. Aussi le peuple d’Israël, entendant leur récit, est terrorisé et passe la nuit à pleurer et à regretter l’Égypte, même s’il y était esclave. Les enfants d’Israël, voulant se nommer un chef et faire marche arrière, se révoltent alors contre Moïse.
Cet incident, et ce n’est pas le seul avant l’entr&#x00E9

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