Réussir le DSCG 6 - Epreuve orale d économie
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Description

Cet ouvrage couvre l'intégralité du programme du DSCG 6 Epreuve orale d'économie se déroulant partiellement en anglais. Clair et structuré, il est à jour des dernières évolutions du contexte légal.



Chaque thématique du programme fait l'objet d'une fiche qui allie présentation théorique et mise en situation corrigée de type examen. Jalonné de définitions des termes clés et de conseils des correcteurs, Réussir le DSCG 6 guide efficacement le lecteur vers l'épreuve.



Acquérir les connaissances




  • 33 fiches pour une structuration conforme au programme


  • Définitions des termes clés


  • Conseils des correcteurs


  • Bibliographies



S'entraîner




  • Mises en situation


  • Corrigés complets


  • QCM d'auto-évaluation




  • Systèmes économiques et régulation des marchés


    • Axe 1 : Systèmes économiques


    • Axe 2 : Marchés et intervention de l'état


    • Axe 3 : La croissance économique


    • Axe 4 : Changement technologique et marché ou travail




  • Compétitivité, territoires et économie de la connaissance


    • Axe 1 : Compétitivité et industrie


    • Axe 2 : Territoires et réseaux


    • Axe 3 : Economie de l'immatériel


    • Axe 4 : Economie de la connaissance




  • Rapports sociaux et protection de l'environnement


    • Axe 1 : Economie ou développement


    • Axe 2 : Economie de l'environnement


    • Axe 3 : Economie sociale et solidaire


    • Axe 4 : Protection sociale



Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 novembre 2012
Nombre de lectures 273
EAN13 9782212180442
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0165€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

R sum
Cet ouvrage couvre l’intégralité du programme du DSCG 6 Épreuve orale d’économie se déroulant partiellement en anglais. Clair et structuré, il est à jour des dernières évolutions du contexte légal.
Chaque thématique du programme fait l’objet d’une fiche qui allie présentation théorique et mise en situation corrigée de type examen. Jalonné de définitions des termes clés et de conseils des correcteurs, Réussir le DSCG 6 guide efficacement le lecteur vers l’épreuve.
Biographie auteur

Docteur en sciences de gestion, Xavier DURAND est responsable du département Finance de l’Essca et pilote la majeure Audit-Expertise (Master 2).
Docteur en sciences économiques, Benjamin HOCQUE enseigne en lycée, à l’Essca et à l’université d’Angers.
Docteur en sciences économiques, Lydia KERNEVEZ est responsable du département Affaires internationales de l’Essca.
www.editions-eyrolles.com
Benjamin HOCQUE Lydia KERNEVEZ
Réussir le DSCG 6
Épreuve orale d’économie se déroulant partiellement en anglais
Collection dirigée par Xavier DURAND
Groupe Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05
www.editions-eyrolles.com
Ouvrage dirigé par Caroline Selmer
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2013 ISBN : 978-2-212-55507-3
Sommaire
Introduction
Programme de l’épreuve
PARTIE 1
SYSTÈMES ÉCONOMIQUES ET RÉGULATION DES MARCHÉS
AXE 1 : SYSTÈMES ÉCONOMIQUES
Le capitalisme en tant que système économique
La diversité des capitalismes
Histoire du capitalisme et crises économiques
AXE 2 : MARCHÉS ET INTERVENTION DE L’ÉTAT
Marché et efficacité économique
Les politiques conjoncturelles
Les politiques structurelles
AXE 3 : LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE
Croissance économique et progrès technique
Les modèles de croissance endogène
État et diffusion du progrès technique
AXE 4 : CHANGEMENT TECHNOLOGIQUE ET MARCHÉ DU TRAVAIL
Le chômage
Emploi et qualification
Marché du travail et flexibilité
QCM : Marché et intervention de l’État
QCM : Chômage et marché du travail
Conseils de préparation

PARTIE 2
COMPÉTITIVITÉ, TERRITOIRES ET ÉCONOMIE DE LA CONNAISSANCE
AXE 1 : COMPÉTITIVITÉ ET INDUSTRIE
La politique industrielle
Les enjeux de la compétitivité française
Les pôles de compétitivité
AXE 2 : TERRITOIRES ET RÉSEAUX
L’économie spatiale
Réseaux, innovation et dynamique spatiale
AXE 3 : ÉCONOMIE DE L’IMMATÉRIEL
Les actifs immatériels et la tertiarisation
Les nouvelles technologies d’information et de communication (NTIC)
AXE 4 : ÉCONOMIE DE LA CONNAISSANCE
Économie de la connaissance
Innovations
La protection de la propriété intellectuelle
QCM : Économie de l’immatériel et de la connaissance
Conseils de préparation
PARTIE 3
RAPPORTS SOCIAUX ET PROTECTION DE L’ENVIRONNEMENT
AXE 1 : ÉCONOMIE DU DÉVELOPPEMENT
Développement et inégalités
Le rôle des institutions internationales dans la croissance
Les effets de la mondialisation
AXE 2 : ÉCONOMIE DE L’ENVIRONNEMENT
Le développement durable
Croissance durable et décroissance
Environnement et coopération internationale
AXE 3 : ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE
Économie non marchande
Solidarité et justice sociale

AXE 4 : PROTECTION SOCIALE
Les modèles fondateurs de la protection sociale
Crise de la protection sociale
Les retraites
QCM : Économie du développement et mondialisation
QCM : Économie sociale et solidaire
Conseils de préparation
Index
Introduction

Cet ouvrage fait partie d’une collection destinée aux candidats, étudiants ou professionnels, qui souhaitent se présenter à l’examen du diplôme supérieur de comptabilité et de gestion (DSCG). Il prépare plus précisément à l’épreuve orale d’économie se déroulant partiellement en anglais (UE 6). Il contient une synthèse des connaissances correspondant au programme ainsi que des applications destinées à familiariser les candidats avec la méthodologie de l’épreuve.
De ce fait, la lecture de cet ouvrage permet au candidat d’acquérir les connaissances nécessaires, prévues par le programme de l’examen, et d’en autoévaluer l’assimilation tout en s’entraînant à les restituer face à un sujet précis. Dans le but de faciliter l’apprentissage, l’ouvrage a été structuré en thématiques, rassemblées en axes, eux-mêmes regroupés en parties. Il comporte trois grandes parties : la première traite des différents systèmes économiques et du rôle des marchés dans la croissance économique. L’objet de la deuxième partie engage une réflexion sur les problématiques de compétitivité des entreprises, des territoires et des réseaux en intégrant la dynamique de l’innovation et de la connaissance. Enfin, la troisième partie porte sur la connaissance des rapports sociaux et environnementaux à travers l’étude de l’économie du développement, de l’économie de l’environnement, de l’économie sociale et solidaire et des systèmes de protection sociale.
La présentation à l’examen se fait en français, mais les réponses aux questions se feront pour la première partie en français et pour la seconde partie en anglais. Le candidat ne fera pas d’emblée sa présentation en anglais.
La rédaction de chaque thématique a été guidée par le souci de permettre au candidat d’optimiser son processus d’apprentissage, selon les étapes suivantes :
S’assurer d’une bonne compréhension des mots et concepts clés dont les définitions figurent en début de thématique.
Connaître les faits historiques, courants et données qui permettent au candidat de contextualiser le thème étudié grâce à une synthèse de quelques pages.
Tester sa compréhension du thème face à un sujet précis afin de développer une analyse critique structurée pertinente, qui est la réponse attendue lors de l’examen du DSCG, par des mises en situation.
Confronter cette analyse à une proposition de correction suggérée par les auteurs.

Autoévaluer ses connaissances à la fin de chaque axe d’étude pour conforter ses acquis et/ou identifier ses axes de progression par des QCM corrigés. Les réponses, tout en s’efforçant de rester concises, tentent d’apporter les éléments d’information essentiels, rappelant les définitions et les données statistiques fondamentales, résument les points de vue de nombreux auteurs. Certaines sont relativement approfondies. La démarche sera fructueuse si le candidat/lecteur, face à chaque question, s’efforce de trouver lui-même les éléments explicatifs et le choix d’une ou plusieurs réponses. La qualité des arguments qui fondent les réponses doit compter davantage qu’un bon score.
Cet ouvrage est susceptible d’intéresser également les étudiants de sciences économiques, d’AES et des IUT ainsi que les étudiants préparant les concours d’entrée aux grandes écoles (HEC, ESSEC…) et aux IEP (sciences politiques…). Il peut être aussi un outil indispensable pour les candidats qui préparent les concours de l’enseignement (CAPES, agrégation de sciences économiques et sociales…). C’est enfin un outil d’analyse permettant de comprendre les problématiques économiques et sociétales actuelles.
Le titre de l’épreuve d’économie mentionne un usage partiel de la langue anglaise. À l’image de l’examen, chaque mise en situation associe une proposition de sujet en français à un document de langue anglaise, ayant vocation à illustrer les propos du candidat. Il est à noter que, lors de l’épreuve orale d’économie, le candidat présente son argumentaire en français. C’est lors des échanges avec le jury que le candidat sera ensuite amené à utiliser partiellement la langue anglaise.
Programme de l’épreuve
I.   L’ÉPREUVE ET LE PROGRAMME OFFICIEL
I.1. Le programme officiel

L’existence de différents modèles de capitalisme
Croissance, changement technologique et emploi
Économie de la connaissance et de l’immatériel
Réseaux, territoires, pôles de compétitivité
Croissance économique, équilibres sociaux et environnementaux
Marché et économie non marchande
Protection sociale et solidarité
I.2. Organisation de l’épreuve

Préparation en loge pendant 2 h sans autres documents que ceux fournis avec le sujet.
Jury constitué de 3 experts : un économiste, un gestionnaire (expert-comptable, professeur, représentant d’entreprise…), un professeur d’anglais.
Exposé en français : 20 minutes maximum.
Entretien questions/réponses en français avec le jury : 20 minutes maximum.
Entretien questions/réponses en anglais avec le jury : 20 minutes maximum.
Coefficient : 1.
I.3. L’évaluation du candidat
1. Critères d’évaluation (1) : les aptitudes

Les aptitudes évaluées sont les suivantes :
savoir dégager une problématique ;
construire un exposé structuré ;

s’exprimer de façon rigoureuse (français/anglais) ;
défendre de façon argumentée ses positions ;
mobiliser ses connaissances avec pertinence ;
intégrer à bon escient dans le discours les faits d’actualité.
2. Critères d’évaluation (2)


II.  AVANT L’ÉPREUVE
II.1. Les prérequis

Le candidat doit :
maîtriser le programme du DSCG et notamment celui de l’épreuve n° 5 d’économie ;
effectuer une révision intensive des fondamentaux du programme.
II.2. Le cours et les sujets de réflexion

Le candidat doit :
utiliser son cours comme base de travail ainsi que des lectures académiques diversifiées ;
rédiger des fiches de synthèse en s’appuyant sur le cours et en l’enrichissant ;
s’entraîner avec les questions de réflexion…
III. LA PRÉPARATION EN LOGE
III.1. Analyser le sujet

Lire attentivement le sujet proposé : relever des éléments qui vont permettre de comprendre les enjeux et de dégager une problématique, une réflexion.
Délimiter le cadre spatio-temporel et justifier l’intérêt du sujet dans ce cadre.
Faire attention à la place des mots, singulier ou pluriel, mots de liaison, sujet sous forme interrogative ou affirmative.
III.2. Construire une problématique. Analyser le sujet

Objectif : montrer que vous avez réfléchi aux orientations possibles et compris le sujet posé.
Votre plan devra répondre à votre problématique.
III.3. Le plan détaillé : schéma théorique avec des arguments
1. 1 er axe de réflexion (ou 1 re idée essentielle)

1.1. 1 re sous-partie
Argument n° 1.
Argument n° 2…

Phrase de transition
1.2. 2 e sous-partie
Argument n° 1.
Argument n° 2…
Conclusion partielle et phrase de transition
2. 2 e axe de réflexion (ou 2 e idée essentielle)

2.1. 1 re sous-partie
Argument n° 1.
Argument n° 2…
Phrase de transition
2.2. 2 e sous-partie
Argument n° 1.
Argument n° 2…
Conclusion partielle et phrase de transition
III.4. L’introduction et la conclusion

L’introduction doit :
amener le sujet [définir les mots clés du sujet, en montrer leur articulation et trouver une accroche (fait d’actualité, fait historique, référence à une lecture d’ouvrage…)] ;
poser la problématique ;
énoncer le plan.
La conclusion donne une :
synthèse de l’exposé (bilan) ;
réponse à la problématique ;
ouverture.
IV. L’EXPOSÉ
IV.1. Se présenter au jury

Faire un effort vestimentaire.
Adopter une attitude polie et courtoise.

Être naturel.
Présenter la convocation et une pièce d’identité.
IV.2. L’exposé pour convaincre

Durée : 20 minutes pour convaincre, mais des erreurs à éviter.
L’exposé se déroule en présence du jury (composé de trois personnes maximum). Le candidat n’est, en principe, pas interrompu pendant cette séquence.
Il convient de s’adresser au jury, si possible sans lire les notes (prendre de la distance par rapport aux notes).
Il est recommandé d’éviter :
une attitude nonchalante ou désinvolte ;
un discours monotone, inaudible, ennuyeux ;
un ton supérieur ou arrogant ;
un discours idéologique.
Il est apprécié de montrer que vous savez prendre en considération les thèses concurrentes et respecter les oppositions d’idées.
V. L’ENTRETIEN
V.1. L’entretien en français

Durée : 20 minutes maximum
Le candidat est invité à répondre à des questions diverses et variées portant sur sa présentation, le sujet initial ou des aspects connexes.
Il est recommandé d’éviter :
d’interrompre l’examinateur dans la formulation de sa question ou de ses commentaires ;
d’adopter un ton supérieur ou arrogant ;
de se contredire, sauf à reconnaître une erreur de raisonnement et à la rectifier ;
de formuler des réponses trop brèves, par oui ou par non ;
d’adopter un ton nonchalant, désabusé.

V.2. L’entretien en anglais

Durée : 20 minutes maximum
Les questions et les réponses sont, là aussi, relatives au sujet et au(x) document(s) qui l’accompagne(nt).
VI. SYNTHÈSE : QUELQUES CONSEILS

Soigner l’introduction, les transitions et la conclusion.
Inclure dans le discours des références académiques.
Faire référence à des faits d’actualité.
Faire référence au texte attaché au sujet.
Éviter d’aborder des thèmes non maîtrisés.
Respecter le temps imparti (poser sa montre sur le bureau).
Se méfier des postures trop originales.
Éviter l’humour malvenu.
Faire preuve de dynamisme sans en faire trop.
Soigner sa présentation vestimentaire tout en restant simple.
Regarder l’ensemble de l’auditoire.
Ne pas faire d’emblée sa présentation en anglais.
PARTIE 1
Systèmes économiques et régulation des marchés
AXE 1 : SYSTÈMES ÉCONOMIQUES
Le capitalisme en tant que système économique

TERMES CLÉS
Capitalisme
Le capitalisme décrit un système économique qui repose sur la propriété privée des moyens de production et la prédominance des marchés comme mode de coordination des agents économiques via l’ajustement des prix. L’importance accordée au rôle du marché explique qu’une économie capitaliste est souvent qualifiée d’économie de marché.
Économie de marché
L’économie de marché désigne une économie dans laquelle l’ensemble des relations économiques passe par le marché ou s’effectue en référence au marché. Elle combine liberté individuelle, concurrence et propriété privée. L’économie de marché repose sur des entreprises dont les décisions ne sont pas centralisées, ou dirigées, même si elles peuvent être influencées par des lois, des règles, des incitations fiscales.
Marché
Un marché désigne le lieu de confrontation (physique ou virtuel) entre l’offre et la demande pour un bien ou service. Sur le marché, les agents individuels se coordonnent afin d’aboutir à un prix d’équilibre selon la « loi de l’offre et de la demande ». La notion de marché est une représentation théorique visant à découvrir les mécanismes d’ajustement de l’offre et de la demande de biens, de services, de capitaux et de travail. Son fonctionnement est assuré par une libre fixation des prix. Adam Smith (1776) se réfère à la « main invisible », tandis que pour Walras (1874), un « commissaire-priseur » suit un processus de tâtonnement pour ajuster les quantités offertes aux quantités demandées.

Économie mixte
Une économie mixte désigne un système économique incorporant des éléments d’inspiration capitaliste et socialiste. Elle représente donc la majorité des systèmes économiques réels qui combinent libertés individuelles et décisions collectives, marché et intervention publique, secteurs privés et publics.
Économie planifiée ou dirigée
Système économique et social dans lequel les décisions de production et d’investissement sont planifiées par l’État. Ce système, caractérisé par la propriété collective des moyens de production, rassemble les pays inspirés par l’idéologie socialiste.
Système économique
Un système économique est caractérisé par des règles, comportements, activités, relations et/ou rapports sociaux, institutions, conventions… Nous distinguons trois systèmes économiques : l’économie de marché, l’économie planifiée (ou dirigée) et l’économie mixte.

Apparu au XIX e siècle au sein de l’école historique allemande, le terme « capitalisme » désigne le processus d’accumulation du capital, à l’origine de la création de richesses. En tant qu’idéologie, le capitalisme s’oppose au communisme qui a inspiré le système socialiste des économies planifiées. Le capitalisme repose sur l’économie de marché, caractérisée par l’existence de marchés comme mode principal de coordination de l’activité économique.
Attention à ne pas assimiler le capitalisme à l’économie de marché.
L’efficacité de ce mode, dominant aujourd’hui depuis l’effondrement des économies de l’Est au début des années 1990, fait l’objet de controverses. Selon certains économistes, l’économie de marché favoriserait l’intérêt général en conciliant les intérêts individuels, ou au contraire serait pour d’autres la cause d’inefficiences.
I.   LES VERTUS DU MARCHÉ

Adam Smith, père de l’école classique, analyse les fondements du capitalisme libéral en insistant sur l’importance des mécanismes de marché. Selon lui, le marché naît spontanément du penchant naturel des hommes à échanger entre eux. Associé à la libre concurrence, le marché permet aux individus, naturellement mus par l’appât du gain, de satisfaire leurs intérêts via un mécanisme mal élucidé appelé la « main invisible ». Autre économiste classique, Jean-Baptiste Say envisage l’économie de marché comme le seul modèle générateur d’une harmonie économique, sociale et politique. Léon Walras cherchera par la suite à démontrer mathématiquement l’efficacité du marché et de « la main invisible ». À travers la fiction du « commissaire-priseur », il imagine un mécanisme de tâtonnement conduisant à l’équilibre général, c’est-à-dire à une situation dans laquelle tous les marchés sont à l’équilibre.
Ce mécanisme correspond à ce que l’on appelle la loi de l’offre et de la demande.
L’apport de Léon Walras est de montrer que grâce au marché un optimum économique peut exister.
Théoricien de la nouvelle pensée libérale, Friedrich Hayek qualifie le marché « d’ordre spontané », par opposition à « l’ordre artificiel » construit par l’homme et à « l’ordre naturel » fruit de l’action divine. Selon lui, le marché est un ordre supérieur sur lequel toute intervention étatique est inefficace.
II.  UNE RÉGULATION SOUHAITABLE

Dans les sociétés occidentales, le marché s’est généralisé entre le XII e et le XVIII e siècle, encadré par des institutions le réglementant. Certaines critiques remettent en cause le fonctionnement automatique du marché et démontrent la nécessité de le réguler. Au sein même de l’école classique, John Stuart Mill et Jean de Sismondi dénoncent un capitalisme « sauvage », peu soucieux d’une justice sociale. Karl Marx, penseur du communisme, incrimine le « mode de production capitaliste », qui repose sur l’exploitation du facteur travail et engendre des luttes entre classes sociales, condamnant la pérennité du système.
Marx n’emploie pas le terme « capitalisme », mais l’expression « mode de production capitaliste ».
En extorquant la plus-value aux employés, les détenteurs de capital amassent des profits qui sont progressivement érodés par la tendance historique à la substitution du capital au travail. Il en résulte moins de possibilités pour investir et alimenter la croissance économique et, à terme, la survenance de crises économiques.
Léon Walras, lui-même fondateur du modèle central de la pensée libérale, s’oppose au capitalisme concurrentiel et appelle l’intervention de l’État quand la concurrence se révèle inadaptée. Il admet que son modèle, celui d’une concurrence parfaite avec un prix d’équilibre résultant de l’ajustement entre offre et demande par un commissairepriseur, est un idéal éloigné de la réalité. Alfred Marshall, considéré comme un des fondateurs de l’école néoclassique, met en évidence le fait qu’en présence d’externalités ou effets externes, le marché ne conduit pas à un optimum économique.
L’école néoclassique succède à l’école classique.
Ces effets externes sont définis comme les conséquences de l’action d’un agent économique sur la collectivité, et ne sont pas pris en compte par le marché, c’est-à-dire qu’ils sont « sans prix ». Un exemple classique d’externalité est représenté par les effets nocifs de l’activité polluante d’une entreprise sur la qualité de vie des riverains. Ces effets ne donnent lieu à aucune indemnisation pour le préjudice subi. Partant du constat que dans la réalité les effets externes sont innombrables, il s’ensuit que le marché ne conduit pratiquement jamais à une situation d’équilibre général.
III. L’ALTERNATIVE SOCIALISTE

Au XIX e siècle, les socialistes dits « utopiques », Henri de Saint-Simon, Charles Fourier et Robert Owen, développent leur pensée en réaction aux inégalités générées par le capitalisme. Ils sont à l’origine de la création de coopératives fonctionnant sur la propriété collective des moyens de production. Ce socialisme associatif qui visait à garantir l’intérêt collectif n’a été expérimenté que de façon temporaire, faute de réalisme.
De façon plus radicale, Marx prône la révolution sociale pour mettre fin à l’exploitation du travail. Le marxisme a représenté un courant dominant après la Seconde Guerre mondiale en Union soviétique, en Chine et dans les années soixante à Cuba. L’éclatement du bloc soviétique au début des années quatre-vingt-dix et la transition de la Chine vers une économie de marché témoignent de la convergence des systèmes économiques vers un modèle mixte, censé combiner les avantages respectifs de l’économie de marché et de la centralisation. Une économie mixte laisse la coordination aux marchés tout en ayant recours à l’État lorsque ceux-ci sont défaillants.
POUR ALLER PLUS LOIN…

Braudel F., La Dynamique du capitalisme. Flammarion, 1988.
Braudel F., Civilisation matérielle, économie et capitalisme ( XV e- XVIII e siècle ), Armand Colin, 1967.
Jeantet T., L’Économie sociale : une alternative au capitalisme, Économica, 1968.
Polanyi K., La Grande Transformation, Gallimard, 1944.
Sismondi J., Nouveaux principes d’économie politique, Delaunay, 1819.

MISE EN SITUATION
Sujet : Le marché est-il un ordre naturel ou réglementé ?

D OCUMENT
Perfect tomatoes are the proof of capitalism’s triumph.
Emma Duncan, The Times, Oct. 16, 2010.
My sister has recently taken to growing tomatoes. An economist by profession, she is relatively new to horticulture, but to make up for her inexperience she has lavished love and compost on her plants. So the fact that their fruit are squishy, tasteless and vastly inferior to the sweet, succulent tomatoes available in supermarkets has been a grave disappointment to her.
If supermarket tomatoes are better than my sister’s, it is hardly surprising. Tesco has £14 billion worth of assets and a workforce of nearly half a million dedicated to delivering the perfect tomato (and a few other product lines) to shoppers. My sister has a bag of compost and a warm personality.
But there’s a certain sort of modern sentimentality, rooted in the holistic socialism of William Morris and manifesting itself today in the fad for allotments, which believes that if we all grew our own food we would have better veg and better souls.
You do not even have to try one of my sister’s vile tomatoes to know that the first of those claims is nonsense. You would not employ a market gardener to set interest rates, so why would you expect an economist to produce decent veg? Growing tomatoes is a complicated business which, when done commercially, is divided into many specialised tasks. Scientists beaver away in seed companies developing the perfect seeds; agricultural technologists work out the ideal mix of fertiliser; farmers nourish their plants with just the right amount of water and sunlight; supermarket buyers scour southern Europe and North Africa for the perfect produce. An amateur in a damp garden in east Oxford is hardly likely to be able to compete with a global industry.
The argument about the quality of the veg, then, is easily won. But what about the matter of souls? That the first sentence of The Wealth of Nations homes in on the division of labour indicates how fundamental it is to the modern economy. Adam Smith illustrates his point not through tomatoes, which were thin on the ground in 18th-century Scotland, but through pins. There were, he discovered by going round a pin factory, 18 tasks involved in making a pin. A single workman doing all the jobs by himself, he reckoned, would be able to produce maybe 20 pins a day. A workshop of ten men who divided the tasks between them could produce 48,000.
Smith had no doubt that the division of labour made workers more productive, but he was concerned that it would lead to “mental mutilation”. Education, he felt, would mitigate this damage; which is why he became one of the earliest proponents of state-funded schooling. Worry about the consequences of specialisation is a common thread in economic thought. Marx believed that the division of labour would “alienate” people from the things they made and, ultimately, from themselves. Revolution was the only solution.
This train of argument suggests the gloomy conclusion that capitalism produces good tomatoes but sad people. It’s a widespread notion these days, which sits comfortably with the argument in The Spirit Level, an unexpected current bestseller that links economic growth with social dysfunction.
But I suspect it’s wrong. Amateurs are all very well, but by and large people like doing things that they are good at, and the more they do a job, the better they get at it. Doing things badly is depressing: my sister was rather downcast by her horticultural failure.
I think she should stick to economics, and leave tomatoes to the supermarkets. Then I’d have a happier sister and better salads.
Emma Duncan is deputy editor of The Economist. The fad for allotments is a manifestation of modern sentimentality.
For best results, leave it to the experts…
CORRIGÉ
Le marché est-il un ordre naturel ou réglementé ?
1. Le marché répond à un penchant naturel

1.1. Adam Smith envisageait le marché comme la concrétisation de la tendance naturelle des hommes à échanger des marchandises. Il naît plus précisément de la marchandisation des échanges permise par l’expansion de la logique économique.
1.2. Le marché permet une allocation optimale des ressources. En théorie, le marché est défini par les économistes comme l’espace de rencontre entre l’offre et la demande. Construction walrasienne, c’est un mode de coordination des choix individuels. Dans un cadre de concurrence pure et parfaite, le marché conduit à un équilibre économique, dit « optimum de Pareto ».
1.3. Cette efficience des marchés prévaut… dans un cadre théorique. Kenneth Arrow et Gérard Debreu (1954) montrent qu’un équilibre concurrentiel existe, mais uniquement dans des conditions très restrictives relativement éloignées de la réalité. Même dans les périodes d’influence politique libérale, le marché ne s’est jamais vraiment réalisé selon les préceptes théoriques.
2. Le marché diffère de la vision théorique, idéale

2.1. Partant du constat selon lequel marché théorique et marché réel divergent, une régulation du marché semble nécessaire. Karl Polanyi (1944) affirme que le marché a besoin d’être régulé afin de ne pas se résumer à la loi du plus fort. Dans la réalité, le marché fonctionne d’abord selon des contraintes historiques, politiques et sociales complexes. Tout marché est effectivement réglementé pour que les échanges s’y effectuent de façon régulière, soient sécurisés et les abus sanctionnés.
2.2. Le marché est façonné par le contexte institutionnel. Selon Fernand Braudel (1967), le marché est donc d’abord une affaire d’institutions. Aux États-Unis, les premiers économistes institutionnalistes avancent que le capitalisme se doit d’être étudié par rapport au contexte institutionnel dans lequel il s’exerce. Ce contexte est par exemple celui de la « société du business » d’après Thorstein Veblen ou le « capitalisme des banquiers » selon John Roger Commons. Au début du XX e siècle, Veblen explique l’accumulation sans fin inhérente au capitalisme par une consommation ostentatoire motivée par le désir de s’élever socialement. John Roger Commons souligne, quant à lui, le pouvoir croissant des institutions bancaires. Selon John Maynard Keynes (1936), l’économie de marché sans l’intervention de l’État n’a aucune raison d’aboutir à l’équilibre du système économique. L’État doit donc intervenir pour pallier les déficiences du marché, notamment par des politiques conjoncturelles.
AUTRES SUJETS POUR S’ENTRAÎNER

Le marché permet-il une allocation optimale des ressources ?
La régulation par le marché est-elle efficace ?
Pourquoi les systèmes centralisés tendent-ils à disparaître ?
AXE 1 : SYSTÈMES ÉCONOMIQUES
La diversité des capitalismes

TERMES CLÉS
Banque mondiale (BM)
La Banque mondiale a pour but de lutter contre la pauvreté mondiale en accordant des prêts aux pays en développement, en particulier pour investir dans l’éducation, la santé, l’administration publique, l’infrastructure, le développement du secteur financier et du secteur privé, l’agriculture, la gestion de l’environnement et des ressources naturelles. Elle assure le financement des grands projets de développement avec l’accord du FMI. Elle incite les pays en développement (PED), surtout les Pays les moins avancés (PMA), à mettre en œuvre des politiques d’ajustement structurel et d’investissement pour accroître leurs richesses. Elle siège à New York et est composée de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et de l’Association internationale de développement (IDA).
Capitalisme
Le capitalisme décrit un système économique qui repose sur la propriété privée des moyens de production et la prédominance des marchés comme mode de coordination des agents économiques via l’ajustement des prix. L’importance accordée au rôle du marché explique qu’une économie capitaliste est souvent qualifiée d’économie de marché.
Consensus de Washington
Ce consensus rassemble des mesures préconisées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale pour permettre aux pays endettés de gérer une situation économique difficile. Il s’inspire de recommandations formulées par l’économiste John Williamson en 1989.

Fonds monétaire international (FMI)
Le FMI assure la stabilité des taux de change en fournissant des liquidités sous forme de prêts. Il apporte aussi une assistance financière aux pays pauvres qui connaissent des déficits de balance de paiements, surtout aux PMA. En contrepartie, ces pays s’engagent à appliquer des programmes d’ajustement structurel (PAS) standard. Les principales mesures sont la privatisation des entreprises, la libéralisation du commerce et des marchés financiers destinés à favoriser les investissements, la dérégulation.
Plans d’ajustement structurel
Ces programmes établis dès les années quatre-vingt décrivent les conditions suivant lesquelles les pays du Sud peuvent bénéficier d’un rééchelonnement de leur dette, notamment en appliquant des mesures qui ont été résumées dans le consensus de Washington.

I.   LA VOIE UNIQUE DU CONSENSUS DE WASHINGTON
I.1. Les objectifs du consensus

Dans les années soixante-dix, le ralentissement de l’économie mondiale et les politiques anti-inflationnistes associées ont conduit à une hausse brutale des taux d’intérêt, déclenchant une crise de la dette. De nombreux pays du Sud, qui s’étaient fortement endettés, ont été contraints de solliciter une aide auprès du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM), institutions internationales créées en 1944 à l’issue de la Conférence de Bretton Woods. En échange, ces pays doivent appliquer des plans d’ajustement structurel, d’inspiration néolibérale, qui présagent des critères du futur consensus de Washington.
Attention à la signification controversée du terme « néolibéralisme ». Il fait ici référence aux politiques économiques libérales post-1970 en réaction à la doctrine keynésienne.
Ce consensus reprend des recommandations formulées par l’économiste John Williamson en 1989 :
stricte discipline budgétaire ;
réorientation des dépenses publiques ;
réforme fiscale ;

libéralisation des taux d’intérêt ;
taux de change unique et compétitif ;
libéralisation du commerce extérieur ;
élimination des barrières aux investissements directs ;
privatisation des monopoles ;
déréglementation des marchés ;
protection de la propriété privée, dont la propriété intellectuelle.
I.2. The one best way

Si l’on en croit les prescriptions du consensus de Washington, la gestion des crises passerait par une application généralisée des préceptes de l’économie de marché, via un processus de libéralisation économique.
S’assurer d’être capable de définir distinctement capitalisme, libéralisme et économie de marché.
Les objectifs affichés dans le consensus sont les suivants :
stabilité des prix ;
solde de la balance courante équilibré ;
priorité donnée à la concurrence.
Doctrine dominante depuis la fin des années soixante-dix, le renouveau du néolibéralisme bénéficie de l’effondrement du bloc soviétique au début des années quatre-vingtdix, contre-modèle unique où prévalait la doctrine socialiste.
En d’autres termes, tous les pays contraints ont pour mission d’appliquer les mêmes recommandations, quel que soit leur contexte politique, économique, social et institutionnel. Selon le consensus, il y aurait donc un modèle universel, prôné par le monde occidental, qualifié de one best way. Ce modèle permettrait aux pays de s’engager invariablement sur la voie du développement économique sous l’impulsion du FMI et de la Banque mondiale.
Dans un tel cadre, les pays aidés sont envisagés comme des entités similaires, dont les crises économiques s’expliquent principalement par une mauvaise application des lois du marché. Les vertus du marché sont perçues comme universelles, dotées d’une validité scientifique intemporelle indépendante des particularités géographiques, socio-politiques ou culturelles.
Les réformes préconisées par le consensus de Washington ont pu permettre à certains pays de donner un élan à leur rythme de croissance économique. Les phases de développement observées au Mexique, au Brésil ou encore en Indonésie en sont une illustration, même si elles ont pu se réaliser, en partie, au prix d’une aggravation des inégalités pour les populations locales. Cependant, la propagation de la crise financière, qui a sévi dans les pays asiatiques à partir de 1997, a affaibli la portée du consensus de Washington. Plus que des résultats décevants, un constat d’échec du consensus est reconnu. Il souligne la distance entre deux mondes : celui du modèle classique, cohérent et abstrait, de l’économie de marché opposé aux contextes réels des pays contraints, dotés de caractéristiques propres et hétérogènes. De ce fait, les plans d’ajustement structurel n’ont pas permis à bon nombre de bénéficiaires de profiter de l’octroi des aides pour optimiser leur développement économique.
II.  LE BILAN DU CONSENSUS DE WASHINGTON
II.1. La persistance des inégalités

Le bilan de la mise en œuvre du consensus de Washington est plutôt pessimiste.
Prendre soin de ne pas adopter un discours trop polémique sur un tel sujet.
La pauvreté n’a pas diminué en Amérique latine et a même augmenté en Afrique. Les pays latino-américains, parmi les premiers à avoir appliqué les préconisations libérales des institutions de Bretton Woods dès les années quatre-vingt, ont été victimes de crises récidivantes dans la décennie suivante. Accroissement de la pauvreté, inflation, dégradation des conditions de vie…, les plans d’ajustement structurel ont essuyé de vives critiques. On leur reproche de s’être focalisés sur des aspects purement économiques (stabilité des prix, maîtrise des déficits budgétaires, contrôle de la masse monétaire) aux dépens de considérations sociales. L’objectif de limitation des déficits s’est soldé par une réduction drastique des dépenses sociales et des dépenses destinées aux infrastructures. La logique libérale visant à favoriser la constitution d’une épargne, préalable au financement des investissements productifs, a aggravé la dépendance financière des zones aidées, en permettant aux catégories les plus aisées de placer leurs fonds à l’étranger. La libéralisation des échanges commerciaux et des marchés de capitaux a aggravé les inégalités, tant internationales qu’à l’intérieur même des territoires. Des subventions aux produits de base (pain, lait, sucre, riz…) ont par exemple été supprimées. Enfin, les exportations des pays soumis aux plans d’ajustement structurel ont parfois souffert de mouvements spéculatifs et d’un certain protectionnisme de la part des pays développés.

II.2. Une légitimité contestée

La mise en œuvre du processus de libéralisation et de déréglementation préconisé par le consensus de Washington requiert le soutien d’institutions solides. Or, il semble indéniable que les changements institutionnels, nécessaires à l’accompagnement de ces réformes, ont été négligés à l’intérieur des pays aidés.
D’autre part, l’octroi d’aides conditionnées à des mesures d’ajustement imposées pose la question de la légitimité de toute réforme dictée par un pays ou plusieurs pays tiers. Aux yeux des populations locales, ces réformes ont pu être considérées comme une ingérence étrangère, basée sur l’imposition d’une doctrine libérale. Ce faisant, elles ont favorisé les mouvements de protestation à l’échelle internationale.
Enfin, la portée du consensus est d’autant plus limitée que nombre de pays asiatiques, pour la plupart, se sont développés avec succès sans suivre les prescriptions libérales des institutions de Bretton Woods. La croissance rapide des pays d’Asie de l’Est, par exemple, a permis une réduction de la pauvreté et une amélioration des conditions de vie sans précédent. Et le rôle de l’État a été primordial : adoption de politiques industrielles volontaristes, interventions publiques en faveur des exportations… Le marché subsiste, mais il est soumis aux autorités publiques et à un certain protectionnisme. À Taiwan comme en Corée du Sud, le gouvernement s’est fortement impliqué dans le financement des investissements productifs, des infrastructures et de la formation de la main-d’œuvre. Ces politiques ont démontré leur efficacité en Chine, Inde, Corée du Sud, Thaïlande, Malaisie, à Taiwan… Contrairement au déterminisme du consensus de Washington, elles se sont adaptées aux particularités des contextes locaux et ont su réguler les marchés.
III. UNE AUTRE VOIE POSSIBLE

Des alternatives à la doctrine néolibérale ont été imaginées, principalement par des économistes postkeynésiens et des tenants du courant altermondialiste qui militent pour l’encadrement du marché par les pouvoirs publics. Fondateur du néokeynésianisme, Joseph Stiglitz (2002) défend l’idée que les objectifs de développement sont plus larges que ceux considérés par le consensus de Washington. Il préconise la définition d’une « troisième voie », combinant régulation du système financier, investissement en capital humain, transfert de technologie vers les pays en développement et renforcement du rôle de l’État. Paul Krugman, formé à l’école libérale, souligne également les limites du consensus de Washington. Il se définit comme un progressiste en faveur du développement des institutions, pour plus de justice sociale.
Des mouvements sociaux altermondialistes initiés par des organisations non gouvernementales s’opposent à la tendance à la libéralisation des marchés.

Les mouvements altermondialistes, parmi lesquels Attac, organisent des forums sociaux en réaction aux réunions annuelles du Forum économique mondial.
Ils rassemblent une multitude de groupes se réclamant de courants anarchistes, néomarxistes ou néokeynésiens… Tous cherchent à définir une alternative au capitalisme mondialisé, en reconnaissant que ce dernier a besoin d’être encadré et légitimé sur le plan social. Les déceptions suscitées par le consensus de Washington ont conduit les institutions de Bretton Woods elles-mêmes à réviser les modalités des plans d’ajustement initiaux et à adopter une démarche plus pragmatique.
Il n’existerait donc pas de modèle unique permettant au capitalisme de s’appliquer avec succès, contrairement à ce que préconise la voie du one best way. Il n’y a pas non plus de mondialisation qui conduirait à une convergence des systèmes économiques. Car le capitalisme est multiple et s’applique à diverses situations économiques et sociales sous des configurations institutionnelles variées. Andrew Shonfield (1967) rappelle la main des États qui façonne différents capitalismes, Robert Boyer (la théorie de la régulation) souligne la diversité des formes institutionnelles, tandis que Michel Albert (1991) oppose un capitalisme sauvage anglo-saxon à un capitalisme organisé rhénan.
POUR ALLER PLUS LOIN…

Amable B., Les Cinq Capitalismes, Collection Économie humaine, Éditions du Seuil, 2005.
Albert M., Capitalisme contre capitalisme, Éditions du Seuil, 1991.
Shonfield A. , Modern Capitalism : The Changing Balance of Public and Private Power. Oxford University Press, 1967.
Stiglitz J., La Grande Désillusion, Fayard, 2002.

MISE EN SITUATION
Sujet : Les formes du capitalisme selon Bruno Amable

D OCUMENT
Which Capitalism? Two arguments dominated the World Economic Forum – the long-term question about the nature of capitalism and the immediate question of bankers and their pay.
The Times, Feb. 1, 2010.
In the 1960s the developed world and the developing world started an argument about capitalism, to replace the one that they had been having about nationalism. The argument is still going on but, to judge by the World Economic Forum last week in Davos, the sides have changed.
The possibility of a third way between capitalism and Soviet communism bewitched the leaders of developing countries as they first exercised independence. Rather clumsy mixed economies resulted, with disappointing growth. Meanwhile, the capitalist countries grew in confidence, which seemed amply justified when the Berlin Wall fell and the GDP claimed by many Soviet satellites turned out to be fictitious.
Yet in Davos, the developed world had lost the optimism of that heady time. The financial crash has left it pessimistic, groping for a way forward. President Obama’s Administration is too wrapped up in domestic difficulties to show up at the forum and tell others what to do. The most senior Western leader to speak, Nicolas Sarkozy, filled the vacuum with a very French call for a departure from global capitalist orthodoxy.
Yet all this did not mean that capitalism lacked any optimistic leadership in Davos. Those that flew from East to West were brimming with confidence in their countries and in capitalism. Those that flew from West to East to be in the Swiss Alps arrived in a state of self-doubt.
A new and unexpected division has opened up in the debate about capitalism. The old rows between Left and Right, between the advocates of free markets and the advocates of socialism, are over, as the market evangelists predicted would happen. Yet their assumption that liberal democracy would sweep all before it no longer looks robust. Instead, liberal democratic capitalism finds itself in a surprisingly tough competition with nationalist authoritarian capitalism. For leaders in Asian and African countries, the Chinese model seems increasingly attractive. And advocates of this model lack the Western self-doubt. The depressed countenances of Europeans when discussing the climate change failures in Copenhagen contrasted strongly with the nonchalance of the Chinese Davos delegates. And Google is more worried about China than China about Google.
Meanwhile, on the fringes, a second argument was taking place – all about bankers. Davos coincided with the beginning of the 2009 bonus round, and the issue of bankers’ pay is once again set to dominate the public debate about the City and Wall Street. Bankers would, with good reason, rather talk about supervision and regulation – the financial crisis was not caused, after all, by exorbitant individual pay but by exorbitant institutional borrowing. The chairmen and chief executives of European and American banks could be heard to warn that, if pay is cut severely, their most talented people will head for Swiss hedge funds or rival Hong Kong and Singaporean banks where the reward is high and the tax is low. But politicians, the bosses of non-banking businesses and the more savvy bankers know that pay is a political issue of the first rank.
The complexities of the 2008-09 bailout of the banks have ultimately revealed that the taxpayers underwrite the banking industry. The balance of risk and reward is now clear. The public shoulder the ultimate risk while the bankers pocket most of the rewards. As Eric Schmidt, the chief executive of Google, said in Davos: “It is not capitalism if I make the money, but you bail me out.” The financial crisis has broken the social contract between citizens and the City.
Neither the contest between East and West nor the battle between bankers and the public was resolved in Davos. But the differences were stark and clear.
CORRIGÉ
Les formes du capitalisme selon Bruno Amable

S’inspirant de la théorie de la régulation, Bruno Amable (2005) compare les formes institutionnelles suivantes dans une vingtaine de pays de l’OCDE : type de concurrence sur le marché des biens, niveau de déréglementation sur le marché du travail, caractéristiques des marchés financiers, degré de protection sociale et système éducatif.
Être conscient du caractère schématique de cette décomposition : s’en servir avant tout comme une base à la discussion.
Il distingue au final cinq formes de capitalisme :
Le modèle libéral de marché. Ce modèle représente les systèmes économiques dits anglo-saxons (États-Unis, Royaume-Uni…) dans lesquels la concurrence prime tandis que l’intervention de l’État reste limitée dans les domaines sociaux et éducatifs. Le marché du travail est caractérisé par sa flexibilité visant à une adaptation rapide de la main-d’œuvre aux changements sur le marché du travail. Les syndicats ont une influence réduite. Le recours aux marchés financiers est généralisé de sorte que la gouvernance des entreprises est largement influencée par les conditions sur les marchés boursiers.
Le modèle méditerranéen. Il rassemble les pays du sud de l’Europe (Espagne, Grèce…) caractérisés par une forte réglementation des marchés. Le marché du travail apparaît moins flexible et plus encadré. La protection sociale, à l’instar du modèle libéral, relève plutôt du financement privé. En revanche, le développement des entreprises passe essentiellement par un financement intermédié via les institutions bancaires, et non par le recours aux marchés financiers.
Le modèle européen continental. Au sein de celui-ci, les dépenses de protection sociale sont prioritairement assurées par les administrations publiques. Deux sous-groupes sont ensuite constitués selon que la réglementation des marchés apparaît plutôt modérée (Suisse, Pays-Bas…) ou plus soutenue (France, Allemagne, Autriche…), à l’instar des économies de marché coordonnées. Les marchés s’avèrent plutôt déréglementés, entre les deux sous-groupes du modèle européen continental.
Le modèle asiatique (Japon, Corée du Sud). Il est caractérisé par une privatisation de la protection sociale. L’assurance individuelle prime et les marchés y sont moyennement réglementés.
Le modèle social-démocrate. Ce modèle dans lequel l’État fait preuve d’un fort interventionnisme en matière de protection sociale s’oppose au modèle asiatique.
Si le capitalisme comprend différentes formes, le mouvement de mondialisation amorcé dans les années quatre-vingt témoigne d’une convergence des systèmes capitalistes vers un modèle anglo-saxon dominant, associé à la libéralisation des marchés et à la primauté de la logique marchande. Le contexte économique actuel incertain pose la question de la régulation du capitalisme et des crises financières et économiques associées.
AUTRES SUJETS POUR S’ENTRAÎNER

Le capitalisme tend-il à devenir universel ?
Faut-il adapter le capitalisme aux particularités des régions ?
Peut-on humaniser le capitalisme ?
AXE 1 : SYSTÈMES ÉCONOMIQUES
Histoire du capitalisme et crises économiques

TERMES CLÉS
Banque mondiale (BM)
La Banque mondiale a pour but de lutter contre la pauvreté mondiale en accordant des prêts aux pays en développement, en particulier pour investir dans l’éducation, la santé, l’administration publique, l’infrastructure, le développement du secteur financier et du secteur privé, l’agriculture, la gestion de l’environnement et des ressources naturelles. Elle assure le financement des grands projets de développement avec l’accord du FMI. Elle incite les Pays en développement (PED), surtout les pays les moins avancés (PMA), à mettre en œuvre des politiques d’ajustement structurel et d’investissement pour accroître leurs richesses. Elle siège à New York et est composée de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et de l’Association internationale de développement (IDA).
Capitalisme
Le capitalisme décrit un système économique qui repose sur la propriété privée des moyens de production et la prédominance des marchés comme mode de coordination des agents économiques via l’ajustement des prix. L’importance accordée au rôle du marché explique qu’une économie capitaliste est souvent qualifiée d’économie de marché.
Fonds monétaire international (FMI)
Le FMI assure la stabilité des taux de change en fournissant des liquidités sous forme de prêts. Il apporte aussi une assistance financière aux pays pauvres qui connaissent des déficits de balance de paiements, surtout aux PMA. En contrepartie, ces pays s’engagent à appliquer des programmes d’ajustement structurel (PAS) standard. Les principales mesures sont la privatisation des entreprises, la libéralisation du commerce et des marchés financiers destinés à favoriser les investissements, la dérégulation.
Mercantilisme
Précédé par le bullionisme en Espagne, le mercantilisme est une doctrine apparue au XVI e siècle en Europe qui met l’accent sur le rôle des marchands. Les mercantilistes prônent les vertus du commerce et assimilent la puissance des États aux richesses qu’ils détiennent. Ils sont favorables à une forte intervention de l’État dans la vie économique pour obtenir notamment une balance commerciale excédentaire permettant d’engranger des métaux précieux. Inspiré par Jean-Baptiste Colbert, le colbertisme est la variante française du mercantilisme, axé sur l’affirmation du pouvoir étatique dans la sphère économique, le développement des échanges commerciaux et la création de monopoles d’État (Compagnies des Indes par exemple).
Mondialisation
La mondialisation désigne un état de l’économie caractérisé par un développement massif des échanges entre pays, une mobilité élevée des marchandises, des services, des capitaux et des hommes, avec comme corollaire la perte d’autonomie des politiques nationales. La notion de mondialisation recouvre trois dimensions :
• l’ouverture des économies nationales ;
• la mobilité internationale des facteurs, notamment du capital ;
• l’interpénétration croissante des économies nationales avec une uniformisation des processus de production.
Mondialisation économique
C’est l’ensemble des échanges économiques, devenus mondiaux, des biens et services mais aussi des facteurs de production correspondants (capital, travail, connaissance…), devenus de nos jours plus mobiles. Certains de ces échanges peuvent former des marchés mondiaux. Le terme mondialisation, souvent considéré comme synonyme de l’anglicisme globalisation, se réfère à la notion de « market globalisation » ou « corporate globalisation ». La notion de mondialisation est fortement associée au libéralisme, au sens de « libéralisation mondiale ». La mondialisation économique se définit par l’intensification des échanges commerciaux (biens et services). Elle inclut également l’internationalisation de la production (les firmes transnationales vendent et achètent à l’étranger tout en répartissent leur production dans différents pays en fonction des avantages divers qu’ils leur procurent, voir la DIPP) et l’internationalisation des marchés financiers. La mondialisation économique illustre le fait que les marchés nationaux de biens, services, capitaux et la production sont liés : il y a interdépendance entre les marchés nationaux.
Mondialisation financière
La mondialisation financière représente la constitution à l’échelle du monde d’un marché unifié des monnaies, des capitaux et des actifs financiers. La globalisation financière est caractérisée par Henri Bourguinat par la règle des 3 D, notamment par la déréglementation, la désintermédiation et le décloisonnement. Elle est souvent assimilée à la globalisation financière ou la financiarisation de l’économie mondiale.

Loin d’être un long fleuve tranquille, le capitalisme s’est toujours accompagné de fluctuations économiques plus ou moins accentuées. La Grande Dépression des années trente s’oppose aux Trente Glorieuses d’après-guerre, période elle-même très différente du contexte économique actuel marqué par la crise de la dette. Depuis l’effondrement des économies du bloc soviétique au début des années quatre-vingt, le capitalisme est devenu le système économique dominant, contrairement aux thèses qui prévoyaient sa disparition, formulées entre autres par les auteurs classiques. Le capitalisme contemporain est le fruit de diverses formes de capitalisme se succédant au fil des siècles. Les crises actuelles posent la question de la régulation du capitalisme et des alternatives possibles.
I.   LE CAPITALISME COMMERCIAL : DES CITÉS-ÉTATS AU MERCANTILISME

Le capitalisme naît dès l’Antiquité, au sein de cités phéniciennes et grecques dans lesquelles les marchands acquièrent leur indépendance par rapport au pouvoir politique. Faisant suite à la disparition de l’Empire romain en Europe au V e siècle, le morcellement des territoires féodaux, affranchis de l’autorité d’un pouvoir royal, favorise la diffusion d’une logique marchande. Dès le XII e siècle, Gênes, Florence, Pise et Venise affirment leur puissance commerciale, avant Amsterdam, considérée comme l’une des dernières cités-États au XVIII e siècle.
Loin de s’affranchir du pouvoir royal, la dynamique du capitalisme du XIV e au XVIII e siècle s’appuie au contraire sur l’action de l’État dont la puissance est reconnue sur l’ensemble d’un territoire national. C’est l’époque de la doctrine mercantiliste : le pouvoir des États se reflète avant tout par leurs richesses en métaux précieux, obtenues par la mise en œuvre de politiques commerciales agressives.
Faire le lien avec les conquêtes coloniales.
De l’avis des mercantilistes, la puissance des nations repose sur un solde commercial excédentaire. Dès lors, pour permettre d’alimenter les flux de marchandises destinées à être exportées, la production industrielle nationale est encouragée via la monopolisation des marchés par le biais de grandes compagnies d’États. Les mercantilistes imposent également des tarifs douaniers tout en exploitant les richesses coloniales. En France, c’est l’époque du colbertisme, variante française du mercantilisme, inspirée par Jean-Baptiste Colbert, sous le règne de Louis XIV.
II.  LE CAPITALISME NÉ DE LA RÉVOLUTION INDUSTRIELLE

La révolution industrielle, qui caractérise le passage d’une économie principalement agricole et artisanale à une économie industrielle, a transformé la nature du capitalisme. C’est l’ère des gains de productivité, générés par la division des tâches et l’exploitation de la main-d’œuvre, à grande échelle. La révolution industrielle naît d’abord en Angleterre à la fin du XVIII e siècle, puis se propage en France au début du siècle suivant. Quelques décennies plus tard, elle touche l’Allemagne puis les États-Unis, le Japon et la Russie. Impulsée avant tout par des idées libérales, elle s’appuie cependant sur l’action de l’État qui régule la concurrence, promeut le développement des sociétés par actions et participe au financement d’infrastructures de masse, tel le chemin de fer.
III. LE CAPITALISME D’APRÈS-GUERRE

La première grande crise du capitalisme en 1929, la Grande Dépression, déclenche une réaction keynésienne qui vise à encadrer la dynamique de l’accumulation du capital. Le keynésianisme inspire fortement les politiques mises en œuvre, jusqu’au début des années quatre-vingt, dans les pays développés. John Maynard Keynes (1936) condamne le laisser-faire et prône une intervention active des gouvernements, via des politiques budgétaires (programmes de relance de la consommation et de grands travaux publics) et monétaires expansives. Le but de ces politiques est de soutenir la demande globale pour assurer le plein emploi. Keynes souligne en effet le rôle moteur de la demande dans la création des richesses et des emplois. Ses préceptes sont ensuite appliqués par le système fordiste, inspiré par Henry Ford, qui a permis la forte croissance des Trente Glorieuses. Le fordisme associe production de masse, prix de vente limités et redistribution des gains de productivité aux salariés par le biais de salaires relativement élevés. Sur le plan international, l’intervention étatique américaine d’inspiration keynésienne se manifeste à travers le plan Marshall qui soutient la reconstruction en Europe. Les institutions de Bretton Woods (Fonds monétaire international et Banque mondiale) sont créées, visant à une stabilité financière et monétaire fondée sur la suprématie du dollar.
Être conscient de la différence des missions de la Banque mondiale et du FMI (voir les définitions).
IV. LE CAPITALISME FINANCIER
IV.1. La fin de l’ère keynésienne…

Le régime fordiste et les politiques d’inspiration keynésienne perdent de leur influence dans les années quatre-vingt à la suite des chocs pétroliers et parallèlement au mouvement de mondialisation.
Être capable de définir distinctement mondialisation et libéralisation.
Les politiques de relance montrent leurs limites dans un contexte caractérisé par l’ouverture des économies nationales. La mondialisation reflète l’accroissement significatif des flux de marchandises, de services, de main-d’œuvre, de technologie et de capitaux à l’échelle internationale. Elle est encouragée par la tendance à la libéralisation des échanges requise par les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et, en Europe, la mise en place du Marché commun. Elle induit une interdépendance croissante des économies à travers l’extension et la libéralisation des marchés. Les institutions étatiques, désormais contraintes par les exigences de compétitivité et de rentabilité des marchés mondiaux, perdent de leur influence sur leur territoire national. En France par exemple, 42,3 % du capital des entreprises du CAC 40 sont détenus par des actionnaires étrangers (Leroux, 2010). Le retour au libéralisme des années quatre-vingt n’empêche pas un certain interventionnisme public pour libéraliser l’offre, comme en témoigne l’action des gouvernements de Margaret Thatcher au Royaume-Uni et Ronald Reagan aux États-Unis.
IV.2. …au profit des marchés financiers

Mondialisation et capitalisme financier accordent une place importante aux marchés financiers et semblent orienter un nouveau partage de la valeur ajoutée en faveur des actionnaires ( shareholders ), aux dépens des autres parties prenantes ayant un intérêt à l’activité des entreprises telles que les employés, clients, partenaires… ( stakeholders ). L’attention portée à la valeur actionnariale de l’entreprise tend à supplanter celle accordée à l’activité productive elle-même et aux emplois induits. Milton Friedman (1971) soulignait déjà qu’un manager , employé par les actionnaires, se devait de gérer l’entreprise selon le souhait de ces derniers, le but étant d’abord de dégager des profits. Pour ce faire, la théorie de l’agence formulée par Michael Jensen et William Meckling (1976) montre qu’il suffit qu’une partie de la rémunération des managers soit assise sur la performance financière de l’entreprise, notamment par le biais de stock-options .
IV.3. Les limites du capitalisme financier

Cependant, les crises récentes ont révélé les limites du capitalisme financier et leurs effets pervers pour la collectivité : inégalités sociales, instabilités financières et atteintes à l’environnement. Depuis la crise des subprimes de 2007, les gouvernements ont été amenés à intervenir massivement dans l’économie en Europe et aux États-Unis, par le biais de plans de relance et de mesure de soutien au secteur bancaire.
De nouvelles questions portent sur la pérennité du capitalisme et sa régulation. En janvier 2011 à Davos, Michael Porter a réfuté la vision promue par Milton Friedman. Il a mis en évidence le concept de valeur partagée, par opposition à celui de valeur ajoutée et a proposé un modèle de valeur partenariale pour remplacer celui de la valeur actionnariale.
POUR ALLER PLUS LOIN…

Jensen M., Meckling W., « Theory of the Firm: Managerial Behavior, Agency Costs, and Ownership Structure », Journal of Financial Economics , vol. 3, n° 4, octobre 1976.
Keynes, La Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936) , Payot, 1942.
Leroux, « La Détention par les non-résidents des actions des sociétés françaises du CAC 40 à fin 2009 », Direction de la balance des paiements, Bulletin de la Banque de France, n° 180, 2 e trimestre, 2010.

MISE EN SITUATION
Sujet : Peut-on établir une typologie des crises économiques ?

D OCUMENT
The rich get richer, the poor get poorer? That could kill capitalism; Davos 2012.
David Robertson, The Times, Jan. 28, 2012.
Uneven sharing of global wealth could undermine the entire capitalist system, the World Economic Forum was told yesterday.
There is a growing feeling among political leaders in Davos that change is needed. In particular, pay and rewards cannot disproportionately flow to the already rich. Nouriel Roubini, who was speaking at the debate on the future of capitalism, warned that financial and social imbalances could trigger unrest. Mr Roubini was nicknamed Doctor Doom after he highlighted the excesses in the financial system before the crash. He said: “The 1920s were a gilded age but there was also rising inequality. Then we had the crash and a range of policy responses led to the Great Depression. We then had the rise of the authoritarian regimes and we ended up with World War Two. I’m not saying that is going to happen again but if we don’t relieve the financial, fiscal and social problems that exist there are risks for the future.”
There has already been unrest in European countries after austerity measures and occupy protests in New York and London against capitalism. Lael Brainard, US Under Secretary of the Treasury, said: “Leading up to the crisis we saw a disproportionate share of wealth going to the richest and changes to the tax system reinforced that. We need to turn that around.” Much criticism of excessive rewards has been directed at bankers, who are frequently blamed for causing the financial crisis that pushed countries into recession. Angel Gurría, Secretary General of the OECD, said: “I think compensation is one of the problems [that creates inequality]. This is one of the things that brought about crisis: unrelenting greed. It is happening again.” Comments about banker pay came as Royal Bank of Scotland said that its chief executive, Stephen Hester, would receive a £996,000 bonus as well as his £1.2 million salary. Mr Roubini said: “There has been a massive increase in wealth in the past decade and also an increase in inequalities. We are also now seeing this rising inequality in China and other emerging economies that will be a problem. Even after the crisis there is certainly a perception that nothing has changed. In good times there were profits, risks were taken and excessive rewards earned. In the bad times the loses were put on the balance sheets of governments and that created the massive sovereign debt problems.” The participants in the Davos debate called for an injection of morality into the capitalist system and for businessmen and companies to act in the interests of broader society. Anders Borg, Sweden’s finance minister, said: “If profits are taken out of Swedish society and put in some Channel Island to avoid tax that is bad. Profits invested to create jobs is good for society. Companies must see the moral difference. The business world must behave in a more moral way.”
CORRIGÉ
Peut-on établir une typologie des crises économiques ?

Si le capitalisme a permis la croissance économique à long terme en favorisant les gains de productivité, il reste marqué par l’apparition de crises économiques successives de natures diverses. Les fluctuations de l’activité économique mises en évidence par la découverte des cycles économiques (Kitchin d’une durée de 3 à 4 ans, Juglar d’une durée de 8 à 10 ans ou les cycles de Kondratieff d’une durée de 50 ans) montrent que des phases d’expansion puis de ralentissement, de récession, de crise et de reprise, se succèdent invariablement au cours de l’histoire. De la Grande Dépression de 1929, jusqu’à la récente crise de la dette, en passant par les chocs pétroliers et les crises financières, ces crises sont-elles toutes de même nature ? Sonnent-elles le glas du capitalisme contemporain qui nécessiterait d’être régulé ?
1. Des premières crises de sous-production…

1.1. Avant l’ère industrielle, les crises économiques étaient provoquées par des chocs extérieurs tels des guerres, épidémies ou événements climatiques affectant les rendements agricoles. Il s’ensuivait une diminution de la production agricole accompagnée d’une hausse des prix des biens alimentaires, privant une partie de la population de moyens de subsistance. En 1962 Stanley Jevons, économiste britannique néoclassique, tente d’expliquer la survenance des crises par l’apparition de taches solaires. Selon lui, un moindre ensoleillement dégraderait les rendements agricoles et porterait ainsi préjudice à la production agricole.
1.2. Ces crises, dites de sous-production, mettent en cause une capacité de production insuffisante par rapport à la demande solvable existante. Si la loi des débouchés de Jean-Baptiste Say, selon laquelle l’offre crée sa propre demande, conclut à l’impossibilité d’une crise de surproduction généralisée, les révolutions industrielles font pourtant apparaître des crises nouvelles, liées à un excès de production.

2. Aux crises de surproduction de l’ère industrielle

Au XIX e siècle, Thomas Robert Malthus évoquait la possibilité que certaines marchandises puissent ne pas trouver preneur sur le marché et se solder par des crises de surproduction. Selon les courants de pensée, les causes de ces crises sont soit de nature externe, soient inhérentes au système capitaliste lui-même.
2.1. Les crises découlent de chocs extérieurs. Les économistes qui se réclament de l’école classique au sens large, y compris les néoclassiques et plus tard les nouveaux classiques dont l’un des fondateurs est Robert Lucas, expliquent avant tout les crises par des chocs exogènes, extérieurs au système. Selon eux, dans la mesure où les agents économiques agissent rationnellement, le système économique tend toujours à revenir à une situation d’équilibre dès lors que rien n’entrave les forces du marché.
2.2. Les crises sont inhérentes au capitalisme. Selon Karl Marx (1857), la survenance de crises tient aux contradictions du capitalisme lui-même, qui repose sur la lutte des classes et l’exploitation de la plus-value ouvrière. John Maynard Keynes (1936) ne croit pas à la capacité du capitalisme à trouver un équilibre durable de plein emploi. Il récuse la loi des débouchés de Jean-Baptiste Say et explique les problèmes du capitalisme contemporain par une demande globale insuffisante. Dès lors, le rôle des pouvoirs publics, pour atténuer les crises, consiste à soutenir la demande via des politiques conjoncturelles de relance, à la fois budgétaires et monétaires. Cette doctrine prime durant la période faste fordiste d’après-guerre, inspirée du taylorisme et de ses principes de rationalisation de la production, spécialisation et répétition des tâches. Mais le fordisme finit lui aussi par connaître ses limites. En effet, les conditions de travail, axées sur la recherche d’une productivité toujours plus grande, suscitent des mouvements de protestation de la part des travailleurs. La productivité décroît de même que le pouvoir d’achat, et l’inflation s’installe dans les années soixante-dix.
3. Le contexte actuel est dominé par les crises financières et une crise de la dette

3.1. Les crises financières s’accélèrent depuis la fin des années quatre-vingt-dix jusqu’à la crise des subprimes en 2007. La libéralisation des marchés financiers, axée sur la mobilité internationale des capitaux, a accru en même temps la concurrence et les exigences de rentabilité. La concentration croissante des richesses entre les mains des actionnaires et des dirigeants comporte deux conséquences. D’une part, elle a incité des prises de risques excessives. Les produits dérivés par exemple, en promettant des rendements plus élevés, aux risques mal évalués, ont été source d’instabilité financière. D’autre part, la considération excessive accordée aux opportunités de réalisation de profits immédiats a généré des inégalités notables. La succession des scandales financiers, illustrés par la faillite d’Enron, les affaires Worldcom ou, en Europe, Vivendi Universal, Parmalat, EADS, mettent en cause une régulation insuffisante des marchés financiers mondialisés. La faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 semblait annoncer la fin du capitalisme financier.
3.2. Depuis la crise des subprimes, le contexte économique dépressif que connaissent les pays développés a poussé les agents économiques, privés de gains de productivité et soumis à la concurrence croissante des pays émergents, à s’endetter. Les taux d’endettement public et privé de certains pays européens, Grèce en tête, ne semblent plus soutenables. Ils menacent la pérennité du système monétaire européen et représentent un facteur non négligeable de fragilisation du système économique global. En effets, les récentes crises financières ont montré que la globalisation des marchés accélérait la généralisation de crises locales à des crises plus globales. John Kenneth Galbraith, influencé par la réflexion keynésienne, rappelle qu’il n’y pas de déterminisme et que la mise en œuvre d’un capitalisme raisonnable est possible via des choix de politiques appropriées.
AUTRES SUJETS POUR S’ENTRAÎNER

Faut-il penser à une régulation accrue des marchés financiers ?
La crise de la dette subie par les pays européens est-elle comparable à celle qu’ont connue les pays en développement à la fin des Trente Glorieuses ?
En quoi un capitalisme raisonné peut-il pallier les crises économiques ?
AXE 2 : MARCHÉS ET INTERVENTION DE L’ÉTAT
Marché et efficacité économique

TERMES CLÉS
Efficacité
L’efficacité se mesure par une atteinte d’objectifs (par exemple, trouver l’équilibre entre l’offre et la demande). La notion d’efficience est suffisamment proche de l’efficacité pour indiquer que l’objectif a été rempli au moindre coût. L’économie veille toujours à minimiser un coût ou à maximiser un profit. Pareto définit un optimum « lorsque aucun individu ne peut améliorer sa position sans qu’au moins un autre ne voit la sienne se dégrader » ( Cours d’économie politique, 1896).
Externalité/Effet externe
On entend par externalité l’effet que la décision d’un individu a sur le bien-être des autres sans que cette interdépendance ne soit prise en compte par le marché, c’est-à-dire ne donne lieu à une contrepartie monétaire. Une externalité positive induit des effets bénéfiques pour la société (prise en charge par l’État du financement de la formation des jeunes) tandis qu’une externalité négative, comme la pollution, lui est dommageable.
Marché
Un marché désigne le lieu de confrontation (physique ou virtuel) entre l’offre et la demande pour un bien ou service. Sur le marché, les agents individuels se coordonnent afin d’aboutir à un prix d’équilibre selon la loi de l’offre et de la demande. La notion de marché est une représentation théorique visant à découvrir les mécanismes d’ajustement de l’offre et la demande de biens, de services, de capital et de travail. Son fonctionnement est assuré par une libre fixation des prix. Adam Smith (1776) se réfère à la « main invisible », tandis que pour Walras (1874), un « commissairepriseur » suit un processus de tâtonnement pour ajuster les quantités offertes aux quantités demandées.
Régulation par le marché
C’est l’ensemble des mécanismes qui permettent au marché de maintenir l’équilibre du système. Les libéraux considèrent que seul le marché est le régulateur efficace de l’activité économique. Les keynésiens quant à eux considèrent que la régulation la plus efficace est celle qui associe marché et État. La régulation peut aussi passer au-delà du marché (autorégulation) par le plan ou par les conventions, les règles et les lois.

I.   UN ÉQUILIBRE CONCURRENTIEL : CONDITION NÉCESSAIRE À L’EFFICACITÉ ÉCONOMIQUE…
I.1. Réalisation d’un équilibre général

L’efficacité des marchés concurrentiels s’applique sous certaines conditions. Pour Léon Walras, seul un marché concurrentiel réussit à atteindre l’efficacité économique et à satisfaire l’ensemble des agents. Gérard Debreu a par la suite confirmé les travaux de Walras, dans une approche plus moderne de l’équilibre général. La théorie économique néoclassique a défini les conditions nécessaires pour atteindre l’efficacité économique. Plusieurs conditions sont nécessaires, mais elles ne peuvent pas se réaliser sans une situation de concurrence :
l’intersection de l’offre et de la demande concurrentielles détermine les prix et les quantités sur les marchés ;
les courbes de demande sur le marché sont dérivées des utilités marginales des différents biens ;
les courbes d’offre concurrentielle sont données par la partie croissante de la courbe de coût marginal liée à la fonction de production de biens ;
les firmes choisissent les facteurs et les produits permettant de maximiser leurs profits ;
la somme des courbes de productivité marginale de toutes les firmes donne les demandes dérivées des facteurs de production ;

les demandes dérivées des facteurs de production rencontrent leurs offres de marché pour déterminer les prix des facteurs (rente, salaire, taux d’intérêt) ;
les prix et les quantités déterminent la demande des différentes marchandises.
Chacune de ces conditions relève de l’analyse d’équilibre partiel. Or, l’équilibre général étudie le fonctionnement simultané de tous les agents, qu’ils soient des ménages, des entreprises ou des marchés.
I.2. Satisfaction de l’ensemble du marché

Pour Adam Smith, lorsque les individus recherchent leur propre intérêt, ils favorisent l’intérêt général, via l’action d’une « main invisible ». Autrement dit, lorsque les individus recherchent leur intérêt personnel, ils sont alors les plus efficaces pour promouvoir le bien-être public. C’est à travers le marché, qui coordonne les actions des agents, que l’efficience économique est atteinte. À l’équilibre du marché, les prix des biens sont égaux à leurs coûts marginaux, tous les facteurs sont rémunérés à leurs productivités marginales en valeur. Dès lors, chaque producteur maximise son profit, chaque consommateur maximise son utilité.
II.  … MAIS PAS SUFFISANTE POUR ATTEINDRE L’EFFICACITÉ ÉCONOMIQUE
II.1. Une concurrence imparfaite : entrave à l’efficacité ou gage de plus d’efficacité

La concurrence imparfaite se traduit par des prix très au-dessus du coût marginal. Les ménages consomment moins de ces biens. Un monopole dans une branche peut soumettre le marché, soit à un prix trop élevé, soit à une qualité médiocre des produits. La réglementation devient alors inévitable. Elle prend deux formes :
incitation sous forme de programmes de dépense ou de réduction d’impôt (exemple : financement de biens publics sous forme d’infrastructures, ponts, routes, aéroports…) ;
aide à la décision quand l’État abandonne des activités (mines…) ou à l’inverse quand il en entreprend de nouvelles (recherche, santé publique…).
II.2. Les défaillances obligent le marché à réagir

Lorsque le marché s’éloigne de l’optimum économique, l’équilibre est remis en cause.

Ne pas confondre la notion d’équilibre sur un marché avec celle de l’équilibre général (équilibre sur tous les marchés) et d’optimum de Pareto, qui correspond à une situation sociale optimale dans laquelle il n’est pas possible d’améliorer le sort d’un individu sans détériorer celui d’un autre.
À l’instar d’une concurrence imparfaite, on observe sur le marché trois catégories de défaillances :
Les externalités positives ou négatives.
La fourniture de biens publics. Ceux-ci correspondent à des biens non rivaux (qui ne se détruisent pas dans l’usage : un ou plusieurs agents peuvent les utiliser un nombre illimité de fois sans que d’autres en soient privés), sans exclusion (difficiles à privatiser, des biens peuvent s’échapper et bénéficier à un autre agent). Ces biens publics peuvent être exclusifs. Toutefois certains agents peuvent se comporter en passager clandestin, c’est-à-dire qu’ils profitent des biens disponibles sans s’acquitter des charges attendues.
L’asymétrie d’information. Certains économistes, parmi lesquels George Ackerlof, Michael Spence et Joseph Stiglitz, étudient l’asymétrie d’information lorsqu’un agent sur un marché possède des informations beaucoup plus complètes et pertinentes qu’un autre. Dès lors, il va négocier un contrat asymétrique à son profit. De ce fait, l’efficience est souvent loin d’être atteinte, car l’agent détenteur de l’information peut réaliser un gain supérieur à son coût marginal en raison de la méconnaissance des éléments du contrat de la part de l’autre agent. Les nouveaux keynésiens analysent en particulier les dysfonctionnements microéconomiques du marché. Selon eux (Stiglitz), les asymétries d’information entre offreurs et demandeurs affectent le fonctionnement des marchés (marché du travail, marchés financiers, marchés de biens et services). Souvent, un des échangistes est mieux informé que l’autre des caractéristiques du produit ou ne peut contrôler totalement le comportement de l’autre une fois un contrat économique signé.
POUR ALLER PLUS LOIN…

Cahuc P., Zylberberg A., Salaire minimum et bas revenus : Comment concilier justice sociale et efficacité économique ?, Rapport du Conseil d’analyse économique, La Documentation française, n° 79, novembre 2008.
Mankiw G., Principes de l’économie, Économica, 1998.
Piketty T., L’Économie des inégalités, La Découverte, 1999.

MISE EN SITUATION
Sujet : Le rôle du marché et de l’État dans la répartition et la redistribution des revenus

D OCUMENT
Hunting the rich. The wealthy will have to pay more tax. But there are good and bad ways to make them do so.
The Economist, Sept. 24, 2011 [Extraits].
The horns have sounded and the hounds are baying. Across the developed world the hunt for more taxes from the wealthy is on. Recent austerity budgets in France and Italy slapped 3% surcharges on those with incomes above €500,000 ($680,000) and €300,000 respectively. Britain’s Tories are under attack for even considering getting rid of Labour’s temporary 50% top rate of income tax on earnings of over £150,000 ($235,000). Now Barack Obama has produced a new deficit-reduction plan that aims its tax increases squarely at the rich, including a “Buffett rule” to ensure that no household making more than $1M a year pays a lower average tax rate than middle-class families do (Warren Buffett has pointed out that, despite being a billionaire, he pays a lower average tax rate than his secretary). Tapping the rich to close the deficit is “not class warfare”, argues Mr Obama. “It’s math.”
Actually, it’s not simply math (or indeed maths). The question of whether to tax the wealthy more depends on political judgments about the right size of the state and the appropriate role for redistribution. The maths says deficits could technically be tamed by spending cuts alone – as Mr Obama’s Republican opponents advocate. Class warfare may be a loaded term, but it captures a fundamental debate in Western societies: who should suffer for righting public finances?
Leviathan should bear the brunt
In general, this newspaper’s instincts lie with small government and against ever higher taxation to pay for an unsustainable welfare state. We reject the notion, implicit in much of today’s debate, that higher tax rates on the wealthy are justified because of the finance industry’s role in the crunch: retribution is a poor rationale for taxation. Nor is the current pattern of contribution to the public purse obviously “unfair”: the richest 1% of Americans pay more than a quarter of all federal taxes (and fully 40% of income taxes), while taking less than 20% of pre-tax income. And knee-jerk rich-bashing, like Labour’s tax hike, seldom makes for good policy. High marginal tax rates discourage entrepreneurship, and no matter how much Mr Obama mentions “millionaires and billionaires”, higher taxes on them alone cannot close America’s deficit.
So the debate is poisonously skewed. But there are three good reasons why the wealthy should pay more tax – though not, by and large, in the ways that the rich world’s governments currently propose.
First, the West’s deficits should not be closed by spending cuts alone. Public spending should certainly take the brunt: there is plenty of scope to slim inefficient Leviathan, and studies of past deficit-cutting programmes suggest they work best when cuts predominate. Britain’s four-to-one ratio is about right. But, as that ratio implies, experience also argues that higher taxes should be part of the mix. In America the tax take is historically low after years of rate reductions. There, and elsewhere, tax rises need to bear some of the burden.
Second, there is a political argument for raising this new revenue from the rich. Spending cuts fall disproportionately on the less well-off; and, even before the crunch, median incomes were stagnating. Meanwhile, globalisation has been rewarding winners ever more generously. Voters’ support for ongoing austerity depends on a disproportionate share of any new revenue coming from the wealthy.
But how? So far most governments have focused on raising marginal income-tax rates, something most rich people respond to quickly (see article). Capitalists shift their income into less-taxed forms, such as capital gains; they move; they work less; they take fewer entrepreneurial risks. Even if it is hard to be sure how big these effects are, the size of the very top level seems to matter, so Britain’s 50% rate is more dangerous than Mr Obama’s proposal to raise America’s top federal income-tax rate from 35% to 39.6%. Somebody earning $1m pays more tax in London than any other financial capital – madness for a place with so many mobile rich people. The excuse that it was worse in the 1970s hardly inspires confidence.
CORRIGÉ
Le rôle du marché et de l’État dans la répartition et la redistribution des revenus
1. La place du marché et de l’État dans la répartition et la redistribution des revenus

1.1. Le marché comme cadre d’une répartition idéale.
Les économistes libéraux (Adam Smith, David Ricardo…) insistent sur le rôle régulateur du marché qui, par ses mécanismes, assure une juste rémunération en fonction de la contribution de chaque facteur à l’effort productif (au niveau des productivités marginales). Seules l’initiative individuelle et les forces autorégulatrices du marché permettent d’améliorer les revenus et l’action de l’État doit se limiter aux fonctions régaliennes (police, justice, diplomatie…).
1.2. L’État, un acteur de la répartition, mais aussi de la redistribution au service d’une logique sociale.
La justification de l’action de l’État dans la répartition des revenus provient de l’incapacité du marché à réaliser une répartition primaire juste et efficace. L’action de l’État se situe à la fois dans la répartition primaire (l’État étant un acteur économique qui distribue des revenus), mais aussi dans la répartition secondaire, avec une double action : de ponction puis de redistribution des revenus.
La hausse des niveaux de vie et l’accroissement des inégalités progressent simultanément sur les deux derniers temps. Pour T. Piketty (1999) 1 , les inégalités de revenus se sont réduites sur le XX e grâce à la fiscalité progressive. En effet, entre 1870 et 1994, le pouvoir d’achat d’un ouvrier français a été multiplié par 8, par 11 aux États-Unis. Cependant, les inégalités de revenus ont certes reculé, mais restent présentes voire repartent à la hausse, contredisant la loi de Kuznets.
1.3. Complémentarité et rivalité entre État et marché dans la répartition des revenus.
Les actions respectives de l’État et du marché dans la répartition des revenus sont à mettre en parallèle, car l’action de l’État apparaît comme un complément au marché (voir les théories de l’économie du bien-être) en intervenant dans les domaines où le marché n’est pas opérationnel.
Certaines actions étatiques visent à écarter les mécanismes de marché dans la répartition, comme la pression fiscale, l’établissement d’un salaire minimum… Ces actions partent de l’idée que le marché n’atteint pas une répartition juste.
2. Le rôle du marché dans la répartition et la redistribution des revenus dépend de l’efficacité de son action et est le reflet de choix de société fondamentaux

2.1. L’action efficace de l’État en matière de redistribution des revenus.
L’action redistributive de l’État a permis à la fois d’augmenter le revenu réel (par le revenu de transfert) et de le stabiliser, mais aussi de réduire les inégalités de revenus et sociales (réduction de certaines poches de pauvreté).
L’État est devenu un acteur incontournable de la régulation de revenus (la part de revenu disponible socialisé est actuellement d’environ 35 %), mais a connu une remise en cause depuis 1973 (crise de l’État providence).

2.2. Le retour du marché depuis le début des années quatre-vingt.
Pendant la période fordiste, l’action de l’État a été remise en cause dans les années soixante-dix (voir l’analyse de Pierre Rosanvallon), car elle apparaissait trop forte, inefficace et bloquait la croissance.
Les critiques libérales de l’action redistributive de l’État ont porté en partie sur la ponction fiscale (Arthur Laffer) et débouché sur des politiques de l’offre dans lesquelles le marché devient un outil privilégié de la répartition. Le contexte est celui du retour des théories monétaristes (M. Friedman) et des politiques néolibérales (M. Thatcher en 1979, R. Reagan en 1980, plan de rigueur en France en 1983).
2.3. La question de la justice sociale au regard de l’État et du marché en matière de répartition des revenus.
Deux écoles s’affrontent : celle de la justice distributive où les inégalités peuvent être acceptées et celle de la justice commutative où l’égalité doit être recherchée. Dans son ouvrage Théorie de la justice sociale (1971), John Rawls apporte un éclairage théorique sur la justice sociale. Il défend l’idée d’un libéralisme qualifié de social. C’est un libéralisme tempéré qui tente de concilier les exigences de l’efficacité économique et celles d’une justice sociale minimale (par exemple, la justification de l’introduction d’un revenu minimum garanti).
La question des revenus financiers apparaît importante dans celle qui concerne la répartition des revenus, car ces revenus ne cessent de progresser (économie de marchés financiers, globalisation financière…) d’où la nécessité de les contrôler (par exemple : la taxe Tobin) pour jouer sur la répartition des revenus.
AUTRES SUJETS POUR S’ENTRAÎNER

Les préceptes libéraux gouvernent-ils l’économie aujourd’hui ?
La régulation par le marché est-elle efficace ?
Inégalités de revenu et redistribution.

1 . Piketty T., L’Économie des inégalités, La Découverte, 1999.
AXE 2 : MARCHÉS ET INTERVENTION DE L’ÉTAT
Les politiques conjoncturelles

TERMES CLÉS
Carré magique (Nicholas Kaldor, 1971)
C’est une représentation graphique qui comporte quatre objectifs de la politique économique : croissance économique ou expansion, plein emploi ou lutte contre le chômage, stabilité de prix ou lutte contre l’inflation et équilibre de la balance des transactions courantes.
Effet d’éviction
C’est l’action de l’État qui pour se financer opère une ponction des ressources sur l’économie, au détriment du secteur privé et de son efficience.
Endettement public
C’est l’ensemble des engagements (emprunts obligataires, dette…) contractés par les pouvoirs publics (État et collectivités locales). Le déficit public est l’excédent de dépenses publiques sur les recettes de l’État.
Politique budgétaire
C’est l’action des pouvoirs publics sur l’activité économique qui passe par une modification des prélèvements obligatoires et/ou des dépenses publiques. C’est l’ensemble des mesures qui déterminent le budget de l’État, c’est-à-dire aussi bien son montant que sa structure ou que son solde. Le but est de contribuer à la réalisation d’équilibres macroéconomiques (voir les objectifs du carré magique).
Politique conjoncturelle
C’est l’action de l’État à court terme sur les grands équilibres. La politique conjoncturelle repose sur les actions visant à agir sur la demande qui s’adresse aux entreprises et aux ménages afin d’obtenir un impact sur l’activité économique. Elle agit sur la conjoncture. Exemples : politiques budgétaire et monétaire.
Politique monétaire
C’est l’action de l’autorité monétaire (en général une banque centrale) sur la création monétaire des banques du second rang pour réguler la quantité de monnaie en circulation dans une économie.
Policy-mix
C’est la combinaison (ou coordination) de la politique monétaire et de la politique budgétaire. Elle passe par la mise en œuvre de politiques macroéconomiques qui poursuivent les mêmes objectifs, notamment pour mieux lutter contre l’inflation et le chômage.
Stabilisateurs automatiques
C’est un mécanisme structurel qui fait du budget de l’État un soutien de la conjoncture durant les périodes de ralentissement de l’activité économique, et un frein durant les périodes d’emballement.

I.   FONCTIONS DE LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE CONJONCTURELLE
I.1. Les fonctions de la politique conjoncturelle (Musgrave, 1959)

La politique budgétaire est une politique économique conjoncturelle. Selon l’économiste américain Musgrave, cette politique assure trois fonctions :
une fonction d’allocation des ressources qui consiste à une affectation des recettes budgétaires à des dépenses d’ordre collectif ;

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