Français. Seconde.
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Description

Nouveaux programmes. Cet ouvrage propose les connaissances culturelles et théoriques nécessaires à la maîtrise du programme de français en Seconde, ainsi qu’une approche claire et illustrée des épreuves qui figurent au baccalauréat de français.Il aborde de façon précise, complète et stratégique les nouveaux exercices qui attendent les élèves entrant au lycée et propose des rappels sur les principaux outils techniques ainsi qu’une passerelle vers la Première.Les objets d’étude du programme sont étudiés en deux étapes :I. Je révise et je me perfectionne• Un cours complet sur les quatre objets d’étude ;• Des focus pour nourrir vos connaissances et enrichir vos copies ;• Des approfondissements et des prolongements pour dépasser les fondamentaux et élargir votre approche du programme.II. Je m’exerce et je fais la différence• Une méthode claire, expliquée pas à pas ;• Des exercices et des corrigés précis et exigeants sur les épreuves du bac français ;• Des sujets analysés et corrigés, accompagnés d’explications pour vous guider dans votre compréhension : objectif 20/20 !

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 05 octobre 2021
Nombre de lectures 3
EAN13 9782340062405
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0550€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Collection « Objectif Mention Très Bien »
Retrouvez les titres de la collection et des extraits des livres sur http://www.editions-ellipses.fr














Sommaire
Avant-propos
chapitre 1 Méthodologie
Commenter un texte à l’écrit et à l’oral
La dissertation
chapitre 2 La poésie du Moyen-Âge au XVIII e siècle
chapitre 3 Le théâtre du XVII e siècle au XXI e siècle
chapitre 4 Le roman et le récit du XVIII e au XXI e siècle
chapitre 5 La littérature d’idées et la presse du XIX e siècle au XXI e siècle
Glossaire
Table des matières


Avant-propos
Chers élèves, chers lecteurs,
Vous entrez en classe de seconde et vous vous préparez à affronter vos trois dernières années de secondaire. À la fin de votre année, vous devrez formuler des vœux de spécialités, dans les matières qui correspondent à la fois à vos compétences, vos appétences et votre projet d’études supérieures. L’année de seconde est donc une année importante, parce qu’elle constitue une transition entre les exigences du collège et du lycée, mais aussi parce que vous devrez y disposer les jalons de votre avenir. L’enjeu n’est pas des moindres.
Entrer en seconde implique que vous allez devoir grandir en tant que lycéen, dans un environnement où vous gagnerez plus de libertés sans doute, mais également plus de responsabilités. En effet, votre réussite dépendra de vous, de votre engagement personnel dans le travail, et surtout de votre autonomie. Plus que les années précédentes, vous devrez :
•démontrer des qualités d’organisation pour planifier vos semaines en fonction des devoirs à rendre ou des évaluations prévues ;
•faire preuve de sérieux en classe, en participant de façon constructive, en exécutant les consignes au rythme indiqué par vos enseignants, et en tenant compte des conseils prodigués ;
•manifester votre intérêt et votre motivation, en étant actif et volontaire, et en prenant des initiatives ;
•signaler vos difficultés, poser les questions nécessaires à une meilleure compréhension, oser demander conseil ;
•apprendre à collaborer avec vos pairs, lors des travaux en groupe.
Objectif Mention Très Bien constitue un outil privilégié pour mener à bien ces objectifs. Notre ouvrage se donne pour mission de vous accompagner vers l’excellence, en vous proposant un contenu solide et facile à réinvestir dans vos devoirs, ainsi qu’en vous guidant vers la maîtrise des exercices académiques imposés lors des épreuves de baccalauréat de série générale. Rappelez-vous à ce titre que le français est une matière du tronc commun de première : quel que soit votre profil, vous validerez des épreuves anticipées de français, et ces notes, dont le total du coefficient atteint 10, sont parmi les premières à remonter sur la plateforme Parcoursup, où se jouera votre orientation post-bac. Une préparation précoce et efficace s’avère donc déterminante dans le but d’assurer sa réussite.
Pour cela, vous trouverez ici :
• deux méthodologies détaillées , nourries d’exemples et d’illustrations nombreuses : celles de la dissertation et du commentaire de texte. Ce dernier est envisagé pour l’écrit et pour l’oral ;
• quatre chapitres distincts consacrés à chacun des objets d’étude du programme de seconde en français ;
• un glossaire final proposant des définitions et des rappels techniques concernant notamment les procédés stylistiques.
Les chapitres consacrés aux objets d’étude sont composés comme suit :
•la partie « Je révise et je me perfectionne » contient un cours entièrement rédigé. D’abord, sont envisagées des « problématiques générales », où un tour d’horizon des enjeux et des spécificités du genre est effectué. Ensuite, ce dernier est abordé dans une dimension diachronique, par un panorama d’histoire littéraire, respectueux des limites chronologiques prescrites par le programme. Vous trouverez dans ces leçons de multiples références à des œuvres, ainsi que des extraits à lire. Des encadrés appelés « focus » attirent par ailleurs votre attention sur un point précis du cours, qui éclaire la notion d’une manière particulière. Un groupement de textes thématique et des pistes de réflexion et d’approfondissement complètent le cours. Vous croiserez enfin quelques QR codes : ils vous renvoient vers des textes difficiles à trouver ou des ressources en lignes intéressantes à consulter. L’ensemble vous assure une maîtrise des connaissances liées à chaque genre, ainsi qu’une culture littéraire recherchée chez les très bons élèves ;
•la partie « Je m’exerce et je fais la différence » comporte des exercices portant sur la dissertation et le commentaire de texte. Vous y apprendrez à manipuler la matière littéraire, à acquérir réflexes d’analyse et rigueur méthodologique. Les corrigés permettent de vous auto-évaluer. Parce qu’ils sont le plus souvent rédigés, ils vous donnent également l’occasion d’améliorer votre expression écrite.
La totalité des textes convoqués et des conseils formulés par nos soins dans la partie cours, dans les focus, les groupements ou les exercices est susceptible d’irriguer vos travaux et vos réflexions menés dans le cadre de la classe. Faites-en bon usage et vous réussirez.
Nous vous souhaitons une très bonne année de seconde.
Les programmes officiels de seconde et de première :


chapitre 1

Méthodologie


Commenter un texte à l’écrit et à l’oral
Avertissement
Vous allez apprendre ici à appréhender les textes littéraires de manière à en produire une analyse méthodiquement construite. Cette compétence est essentielle : elle est évaluée aux épreuves anticipées de français en fin de première, à travers l’exercice de commentaire, qui constitue l’un des deux exercices proposés à l’écrit, et à travers l’exposé, qui constitue lui la première partie de l’oral.
Dans le premier cas, vous ne connaîtrez pas le texte soumis à l’étude, vous ne l’aurez sans doute jamais rencontré au cours de l’année de première ou de seconde ; il sera nouveau pour vous. Dans le second cas, le texte que vous présenterez aura été étudié en classe de première, il appartiendra à une liste close et déterminée d’une vingtaine de textes tirés des œuvres étudiées ou des parcours (c’est-à-dire des groupements de textes) établie par votre enseignant.
Quoi qu’il en soit, devenir autre autonome face un texte littéraire est le fruit d’un apprentissage long et progressif. Il convient de vous entraîner régulièrement, de tenir compte des conseils prodigués par votre enseignant dans ses appréciations de vos travaux, et de ne pas vous décourager face à la difficulté. Le modèle méthodologique présenté ici, ainsi que les multiples exercices contenus dans les différents chapitres de cet ouvrage vous accompagneront dans vos progrès.
1. En amont du travail de commentaire
Un texte littéraire s’inscrit dans un genre et dans une époque donnés. Une bonne maîtrise des savoirs dans ces deux aspects peut s’avérer précieuse : on ne commente pas un sonnet de Ronsard comme une pièce de théâtre de Victor Hugo. Être capable d’inscrire l’un ou l’autre dans les spécificités et l’histoire du genre, ainsi que dans un contexte historique ou socio-culturel ne suffit certes pas à en fournir une analyse précise et approfondie, mais permet à tout le moins de contextualiser de manière éclairée, d’éviter certains contre-sens, et de mener plus efficacement la recherche des procédés du texte. Des intuitions pertinentes, une compréhension fine des implicites, des enjeux et des thèmes d’un texte gagneront toujours à être soutenues, étayées par des connaissances extérieures. Imprégnez-vous des parties de cours proposées ici, dans votre manuel ou votre classeur.
2. La découverte du texte
a) Lorsque le texte à commenter vous est donné, particulièrement lors d’un devoir sur table, ne vous jetez pas sur sa lecture. Mettez-vous au contraire dans les conditions d’une première lecture vraiment efficace en prenant quelques instants pour rassembler vos idées :
•Regardez le texte. Appréciez sa longueur, voyez si certains éléments formels, notamment sa disposition ou sa typographie, vous permettent de l’associer à un genre littéraire précis. Formulez mentalement l’hypothèse.
•Déplacez votre regard sur le nom de l’auteur, le titre de l’œuvre, la date. Faites le point sur ce que vous êtes susceptible de déduire sur le contexte ainsi suggéré.
Exemple …
Je vois que le texte est en vers. Ils ne sont pas de la même longueur, visiblement ce sont des vers hétérométriques. Le texte est plutôt long, une trentaine de lignes. Je n’ai pas l’impression qu’il s’agisse d’une forme poétique fixe, mais je n’ai pas de certitude encore. Je ne vois pas de nom en majuscule, rien en italique : je ne crois pas qu’il s’agisse d’un extrait de théâtre en vers. Le nom d’auteur est Florian, nom que j’ai déjà croisé en lisant mon cours de poésie, le titre est « Le Grillon ». Je formule alors l’hypothèse que le texte est une fable, et je me prépare à le lire comme tel, en me remémorant les spécificités du genre. Je m’attends à lire un récit divertissant et allégorique revêtant une dimension morale et/ou proposant une satire.
b) Lisez le texte une première fois, lentement, attentivement. Si des notes de vocabulaire sont présentes, consultez-les avant de démarrer, pour ne pas vous interrompre.
c) Demandez-vous ensuite ce que vous avez compris. Il s’agit d’être capable de résumer succinctement le texte. Vous pouvez le faire au brouillon, en quelques lignes, ou mentalement.
d) Compléter une rapide carte d’identité du texte.
•Titre : …
•Auteur : …
•Date/siècle
•Genre/forme littéraire
•Thèmes développés (de quoi parle-t-on ? pour en dire quoi ?)
e) Formulez vos impressions de lecture. Quelles émotions ont dominé votre première lecture ? Qu’avez-vous perçu de ce que l’auteur souhaite mettre en valeur ? Quels sont les effets recherchés par le texte ? Complétez la phrase « J’ai l’impression que… », à plusieurs reprises, en pointant différentes intuitions. N’ayez aucun a priori.
Ce travail est important. Il vous met sur la piste des aspects à étudier et vous aide à dépasser la peur de ne pas comprendre le texte.
Confrontez ensuite vos impressions avec les attentes formulées lors de l’étape a).
3. Entrée dans l’analyse
Vous allez à présent plonger au cœur du texte de façon minutieuse. Cette étape du travail est cruciale : c’est ici que vous allez déterminer les éléments qui constitueront le corps de votre propos.
1.Établir le mouvement du texte
Il s’agit ici de faire le plan du texte à étudier. Attention, faire le plan du texte n’est pas faire le plan de votre commentaire ! Cela revient en fait à découper le texte en différentes parties, en fonction de la manière dont le propos avance dans le texte. Vous devez donc établir des unités de sens selon le modèle suivant (le tableau est évidemment à adapter au texte, le nombre de parties d’un texte n’est pas fixe, et peut même varier d’un lecteur à l’autre) :
Délimitation de la partie
Titre de la partie (que contient la partie ?)
Lignes… à…
Attention, les parties d’un texte ne correspondent pas nécessairement à ce qui est typographiquement visible. Une partie de texte, une unité de sens, peut excéder ou au contraire se montrer inférieur à la longueur d’un paragraphe ou d’une strophe.
Cette étape de travail est requise lors de l’exposé, à l’épreuve orale de première . En effet, vous devrez mener une étude linéaire du texte, c’est-à-dire qui respecte et suit son déroulement. L’examinateur attendra de vous que vous énonciez clairement le mouvement du texte.
Comprendre l’organisation du texte est essentiel, et peut faire l’objet d’une analyse spécifique de votre part lors du commentaire écrit.
2.Défricher le texte
Il s’agit désormais de se pencher sur le texte de manière technique, en manipulant les outils de l’analyse littéraire. Vous allez devoir chercher des procédés.
Rappelez-vous, un procédé c’est :
•un phénomène linguistique remarquable, une façon de dire avec du « relief » ;
•s’exprimant à travers une figure de style (un « procédé stylistique ») ;
•ou une manière de manier le vocabulaire (un « procédé lexical ») ;
•ou une mise en œuvre grammaticale particulière (un « procédé grammatical »).
Il va de soi qu’il est nécessaire de maîtriser les termes spécifiques : on ne peut espérer faire un bon commentaire si l’on ne dispose pas des mots pour décrire ce que l’on observe. Vous fréquentez les figures de style depuis le collège, certaines vous sont rappelées dans le glossaire final. Le vocabulaire grammatical doit être connu : vous devez pouvoir nommer les modes et les temps verbaux, les différentes natures et fonctions des constituants de la langue.
Pour faciliter l’identification des procédés propres à chaque genre, reportez-vous aux parties « questionnements transversaux » présentées dans nos différents chapitres. Vous y trouverez des outils d’analyse.
Comment procéder ? Plusieurs options sont possibles, nous vous les présentons sans les prescrire. Choisissez celle qui vous convient le mieux, expérimentez-les.
Dans tous les cas, ayez en tête vos impressions de lecture ET vos connaissances sur le genre du texte .
Première option : en marge du texte
Muni d’un crayon de papier, parcourez le texte du début à la fin, ou partie par partie (voir étape 3.1). Attardez-vous d’abord ligne après ligne sur ce qui retient votre attention. Dans le corps du texte, soulignez, entourez, fléchez, utilisez la notation qui vous est propre. En marge, nommez chaque élément relevé et notez ce qu’il vous évoque, par des mots-clés Progressez à votre rythme, peut-être procéderez-vous par allers-retours, peut-être mènerez-vous des lectures successives… Quelle que soit la modalité, l’essentiel est qu’au terme de ce travail, vous ayez identifié de nombreux éléments saillants dans le texte.
Quand c’est le cas, vérifiez que vous avez bien trouvé des procédés de différentes natures : des figures de style bien sûr, mais également des procédés grammaticaux ou lexicaux. Cette variété valorise votre devoir.
Ensuite, revenez à vos impressions de lecture, affinez-les par toutes les observations que vous venez de faire. Essayez de parvenir ainsi à plusieurs idées directrices sur le texte, et attribuez à chaque idée une couleur différente. Reprenez enfin votre texte et vos annotations, pour classer ces dernières. Considérez chaque élément relevé dans le texte, associez-le à une de vos idées directrices et surlignez-le de la couleur correspondante. Vous avez ainsi la base qui vous permettra de concevoir votre plan de commentaire.
Deuxième option : dans un tableau
Sur une feuille de brouillon, reproduisez le tableau suivant :
Citation
Identification du procédé
Interprétation, effet produit
Thème, impression de lecture
Relever entre guillemets avec numéro de ligne.
Nommer par un vocabulaire précis le procédé : nom de figure de style, vocabulaire grammatical.
Explication du procédé.
Que signifie-t-il ?
Que met-il en relief ?
Quel effet produit-il sur le lecteur ?
À quelle idée importante du texte le procédé correspond-il ?
À quel thème ou à quelle intention peut-on le relier ?
Complétez le tableau en ajoutant des lignes au gré de votre lecture et de vos observations. Lorsque vous avez obtenu plus d’une dizaine de remarques correspondant à plusieurs thèmes ou impressions de lecture distincts, vous avez la base qui vous permettra de concevoir votre plan de commentaire.
4. À l’écrit : formulation de la problématique et élaboration du plan
Bien problématiser et bien construire le plan du commentaire n’est possible que lorsque vous avez déjà une maîtrise approfondie du fonctionnement et des enjeux du texte. Ne précipitez pas cette étape, les élèves qui cherchent d’emblée à problématiser ou qui forgent prématurément un plan sont toujours forcés de revenir en arrière car leurs propositions ne sont pas adaptées à la réalité du texte, une fois celui-ci mieux connu et compris.
a) La problématique est une question que vous vous formulez à vous-même à propos du texte. C’est votre fil d’Ariane, il va conduire votre analyse du début à la fin, et doit naturellement trouver sa réponse au fur et à mesure que votre commentaire progresse.
Une problématique est à la fois large et précise, voilà sa plus grande subtilité. Elle considère un texte riche, souvent complexe, avec suffisamment de hauteur pour l’envisager dans son entier, à travers une phrase brève. Une bonne problématique demande ainsi une qualité de synthèse.
Une problématique interroge des enjeux littéraires et cherche à formuler ce que le texte a d’unique, de particulier, par rapport à d’autres textes du même genre ou traitant du même objet. Elle met en œuvre un mot interrogatif qui soulève la question des moyens littéraires utilisés par l’auteur : « comment…/en quoi…/à travers quels aspects…/par quels moyens… » sont autant d’expressions qui vous permettent de partir sur la bonne voie. À l’inverse, évitez à tout prix une question fermée (à laquelle la réponse sera « oui » ou « non ») ou une question débutant par « Pourquoi… ».
Exemple sur … II, 2, Ruy Blas , de Victor Hugo
 Comment ce monologue original révèle-t-il les sentiments de la Reine et annonce-t-il la progression dramatique de Ruy Blas ?
L’adverbe « comment » et le verbe « révéler » montrent que la question porte bien sur un enjeu littéraire. L’expression « monologue » identifie clairement la forme du texte. L’adjectif « original » invite à considérer les innovations formelles ici présentes. On comprend enfin que le commentaire interrogera les fonctions de ce monologue.
 Que trahit l’agitation de la Reine ?
La question est uniquement centrée sur l’interprétation du sens du texte, d’un point de vue psychologique, et ne semble pas considérer ses enjeux littéraires et esthétiques.
b) Le plan du commentaire est la manière dont vous organisez votre réponse à la problématique. Il est ordonné et progressif, et dévoile de plus en plus profondément la complexité du texte. Son élaboration repose sur tout le travail préparatoire fourni dans les étapes 2. et 3.
Sur la base de vos impressions de lecture et/ou idées directrices, vous devez structurer votre réponse à la problématique en deux ou trois grands blocs, appelés « axes de lecture ». Un plan en deux axes n’est pas rédhibitoire au lycée : deux axes bien développés et bien articulés ne vous empêcheront pas d’avoir une bonne note, si les principaux enjeux du texte sont bien expliqués. Néanmoins, la tradition académique préfère les traitements ternaires. Si vous le pouvez, fixez-vous cet objectif de trois axes.
Chaque axe de lecture est développé minutieusement en sous-parties. Celles-ci constituent le cœur du devoir. Elles servent à justifier l’axe de lecture auquel elles correspondent et le valident par l’analyse de procédés précis, repérés et classés au préalable, lors de l’étape 3.2. C’est dans ces sous-parties que vous menez réellement le travail de commentaire, c’est-à-dire le travail d’identification et d’interprétation. Un axe de lecture est étayé par deux ou trois sous-parties, elles-mêmes reposant sur l’analyse de deux ou trois procédés.
Vous devez idéalement obtenir ceci :
Axe I :
Premier aspect de réponse à la problématique
Axe II :
Deuxième aspect de réponse à la problématique
Axe III :
Troisième aspect de réponse à la problématique
Sous-partie a)
– Procédé i
– Procédé ii
– Procédé iii
Sous-partie a)
– Procédé i
– Procédé ii
– Procédé iii
Sous-partie a)
– Procédé i
– Procédé ii
– Procédé iii
Sous-partie b)
– Procédé i
– Procédé ii
– Procédé iii
Sous-partie b)
– Procédé i
– Procédé ii
– Procédé iii
Sous-partie b)
– Procédé i
– Procédé ii
– Procédé iii
Sous-partie c)
– Procédé i
– Procédé ii
– Procédé iii
Sous-partie c)
– Procédé i
– Procédé ii
– Procédé iii
Sous-partie c)
– Procédé i
– Procédé ii
– Procédé iii
Vos axes de lecture et chacune de vos sous-parties reçoivent un titre : cela aide à formuler les idées et à vérifier la cohérence de l’ensemble.
Tandis que le premier axe est assez souvent descriptif, et expose la nature et l’enjeu le plus visible du texte, les axes suivants font apparaître les aspects plus spécifiques, et approfondissent les éléments plus conceptuels et plus interprétatifs.
Le dernier axe peut permettre de révéler la dimension réflexive du texte, le cas échéant. On parle de dimension réflexive lorsque se met en œuvre un discours, une réflexion, sur la forme littéraire ou sur la littérature elle-même.
Exemple sur …la première scène de Oh les beaux jours , de Samuel Beckett
Axe 1 : description de la nature du texte
Une scène d’exposition…
Axe 2 : particularité du texte
Mettant en scène une situation insolite…
Axe 3 : interprétation du texte
Qui permet un questionnement de la condition humaine
5. À l’écrit : rédaction du commentaire
Il faut apporter du soin à la rédaction de votre devoir. La qualité de votre expression, votre capacité à structurer votre propos de manière logique et élégante valoriseront considérablement votre copie. Utilisez un langage précis, varié, et inspirez-vous des corrections apportées par votre enseignant ou proposées dans cet ouvrage. L’aisance rédactionnelle se travaille et se gagne également par l’imitation.
1.L’introduction
Une introduction répond au schéma suivant :
Étape 1. Se placer en amont du texte à commenter . Plusieurs options possibles, et peuvent se combiner, mais éléments en gras sont obligatoires.
• Présenter l’auteur , en choisissant des éléments pertinents pour l’analyse du texte. Typiquement, les dates de naissance et de mort ne sont guère utiles, la plupart du temps.
• Présenter le contexte esthétique ou historique.
• Présenter le thème, surtout s’il s’agit d’un topos, c’est-à-dire d’un « cliché littéraire », comme une scène de rencontre, d’aveu, ou encore un blason.
• Présenter l’œuvre dont le texte est extrait, par son titre précis, sa date de publication et son genre littéraire . Si possible, résumer l’œuvre en une ou deux phrases.
Étape 2. Exposer le texte
• Situer le texte dans l’œuvre, identifier explicitement sa place, c’est-à-dire son chapitre ou son numéro d’acte ou de scène. Si possible, préciser si l’extrait étudié est situé au début, au milieu ou à la fin de l’œuvre, s’il ouvre ou conclut une partie, s’il constitue un épisode central…
• Dans le cas d’un poème, énoncer sa forme poétique.
• Résumer le texte de manière synthétique.
Étape 3. Problématiser
• Énoncer la problématique sous la forme d’une interrogation directe, sans utiliser de guillemets.
Étape 4. Annoncer le plan
• Décliner par une ou deux phrases les titres des axes de lecture.
Notez que :
•l’introduction est constituée d’un seul paragraphe, débutant par un alinéa et sans saut de ligne ni passage à la ligne ensuite ;
•elle est progressive, les différentes étapes s’enchaînent logiquement ;
•elle n’annonce pas les sous-parties, et surtout pas la conclusion finale du devoir.
Exemple sur …III, 2, Dom Juan , de Molière
Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, est un dramaturge, acteur et directeur de troupe du XVII e siècle. C’est en 1665 qu’il écrit et joue Dom Juan, une comédie en cinq actes et en prose, censée remplacer Le Tartuffe fraîchement retiré de l’affiche. Molière, reprenant un sujet espagnol en vogue à l’époque, y raconte la transgression des mœurs, l’impiété et les nombreuses conquêtes amoureuses d’un jeune noble séducteur, blasphémateur et libertin, prénommé Don Juan, lequel est toujours accompagné de son serviteur Sganarelle. La scène 2 de l’acte III, scène dite « du pauvre », est une scène majeure de l’œuvre et l’une des plus polémiques : alors que la pièce connaît un succès considérable, cette scène est censurée par les dévots dès sa deuxième représentation, et le restera même à publication. Dans cette scène, Don Juan, égaré dans une forêt, interpelle un pauvre homme (ou « ermite » ) pour que ce dernier lui indique le chemin à suivre. Une discussion puis une véritable confrontation sur le thème de la foi s’engagent alors entre les deux hommes. Apparemment inutile sur le plan dramaturgique en ce qu’elle ne fait guère avancer l’intrigue principale de l’œuvre, cette scène met en avant les convictions du héros. Comment cette confrontation fait-elle apparaître le libertinage de Dom juan ? C’est ce que nous verrons en étudiant tout d’abord les circonstances de cette rencontre insolite. Nous nous pencherons ensuite les relations entre les trois personnages en présence. Enfin, nous verrons en quoi cette confrontation constitue une profession de foi libertine.
2.Le développement
Après l’introduction, sautez une ligne et débutez la rédaction du premier axe. Une fois le premier axe rédigé sous le modèle présenté plus bas, sautez à nouveau une ligne et rédigez le deuxième axe. Procédez de la même manière pour le dernier axe.
Un axe de commentaire se rédige de la manière suivante :
•débutez par un alinéa et faites une phrase d’introduction pour expliquer ce que vous chercherez à montrer dans votre axe. Essayez d’éviter la redite avec l’introduction ;
•passez à la ligne, laissez un alinéa, puis développez votre premier paragraphe de sous-partie. C’est ici que vous entrez dans le cœur de l’explication. Votre rédaction doit être soignée. Annoncez une idée d’analyse, introduisez correctement la ou les citations par des guillemets et articulez élégamment l’identification des procédés et leur interprétation. Une fois l’analyse de tous les procédés menée, concluez votre paragraphe en une phrase ;
•passez à la ligne, laissez un alinéa, introduisez un connecteur logique, puis procédez exactement de la même manière pour développer une nouvelle idée en rapport avec votre axe ;
•passez à la ligne, laissez un alinéa, introduisez un connecteur logique, puis procédez de la même manière pour votre dernier paragraphe de sous-partie ;
•passez à la ligne, laissez un alinéa, puis concluez votre axe dans son entier, pour rappeler ce que vous avez prouvé. Enchaînez vers le deuxième axe.
La rédaction du deuxième et du troisième axe relève de la même technique. Reproduisez une démarche identique.
Voici un exemple de rédaction d’une sous-partie, ci-dessous.
Exemple sur … I, 4, Andromaque , de Racine
En dernier lieu , il convient d’observer l’inconstance de Pyrrhus qui, devant le refus obstiné d’Andromaque, passe de l’amour de la haine et, après l’avoir flattée, menace cruellement sa captive . À partir du vers 365, le personnage opère en effet un revirement et exprime des sentiments caractérisés par leur extrême violence. Remarquons d’abord que ce changement s’exprime à travers une série d’oppositions. Les deux antithèses du vers 368 « s’il n’aime avec transport, haïsse avec fureur » en sont les signes évidents. Le caractère hyperbolique des termes employés, notamment de « transport » et « fureur » traduit quant à lui l’aspect excessif des sentiments du personnage, dominé par sa passion. En outre , la haine de Pyrrhus s’exprime par l’invective. La périphrase « des ingrats » désigne de façon péjorative Andromaque et son fils et trahit, à travers la langue policée du XVII e siècle, la violence de son ressentiment. Par ailleurs , le Pyrrhus galant et protecteur du début de la scène laisse place à un Pyrrhus accusateur. Cela est rendu sensible par l’anaphore en « il faut », répétée à trois reprises. Cette anaphore exprime la nécessité, la contrainte. Pyrrhus présente ainsi sa haine comme une conséquence légitime du refus d’Andromaque, qui endosse alors la responsabilité de son acte. Cette idée est également sensible dans l’oxymore « juste colère », par lequel Pyrrhus tente de rendre rationnel, compréhensible son emportement. Il torture ainsi Andromaque, en la rendant coupable de la mort de son fils. Sa cruauté est manifeste, et Pyrrhus a laissé apparaître le visage d’un amant tyrannique et désorienté.
Observez que :
•le paragraphe débute par un connecteur logique approprié, nous sommes dans la dernière sous-partie de l’axe ;
•l’idée directrice de la sous-partie est énoncée ensuite ;
•les citations sont bien précises et présentées entre guillemets. Elles ne sont pas trop longues ;
•les procédés sont identifiés par des termes d’analyse littéraire ;
•des verbes comme « traduire », « exprimer », « rendre sensible » permettent d’introduire l’interprétation des procédés ;
•le discours est articulé par de nombreux connecteurs à l’intérieur du paragraphe, ce qui assure la cohérence du propos.
3.La conclusion
La conclusion du commentaire présente d’abord une clôture, qui permet de faire une rapide synthèse de ce qui a été dit, pour bien montrer que le fil du plan annoncé a été tenu et que la problématique a bien trouvé sa réponse. Dans un deuxième temps, on procède à une ouverture, c’est-à-dire que l’on ouvre l’horizon du texte commenté, en cherchant à le mettre en rapport avec d’autres textes, d’autres œuvres, qui, sur le plan formel et/ou thématique, s’en rapprochent ou au contraire s’y opposent. Le but est de faire valoir votre culture littéraire et votre capacité à tisser des liens entre vos différentes lectures.
La conclusion fait l’objet d’un bref paragraphe débutant par un alinéa et développé en quelques lignes.
Une relecture minutieuse s’impose au terme de votre rédaction. Vérifiez syntaxe, ponctuation et orthographe. Traquez les phrases sans verbe ou sans proposition principale, fréquentes dans les copies. Soignez vos accords grammaticaux, particulièrement les accords de participe passé et les terminaisons verbales. Une langue écrite bien maîtrisée est essentielle dans l’obtention d’un bon résultat. Un style fluide, dynamique, élégant permet d’accéder à l’excellence.
6. À l’oral : déroulement de l’explication
Les parties 1 et 2 de cette méthode valent également pour l’explication de texte à l’oral. Néanmoins, cette dernière présente des spécificités. Voici lesquelles :
•L’explication est linéaire. Vous n’avez donc pas besoin de construire un plan de commentaire. En revanche, vous devez vous appuyer sur le mouvement du texte, établi précédemment. Vous analyserez le texte partie après partie, en suivant l’ordre où elles se présentent.
•En revanche, il convient tout de même d’établir un fil conducteur, une sorte de problématique qui permet de donner une cohérence interprétative aux remarques que vous formulerez au fil des lignes.
•L’explication orale est structurée.
•Elle comporte une introduction qui reprend les deux premières étapes de l’introduction écrite, la contextualisation et la présentation du texte. Ensuite le mouvement du texte est présenté de manière synthétique, dans son entier. On peut enfin énoncer le fil conducteur.
La lecture du texte doit intervenir au moment de votre choix. Nous jugeons pertinent de lire le texte, de façon expressive, après sa présentation et avant d’en détailler le mouvement. Vous disposez néanmoins d’une certaine liberté pour lire au moment que vous pensez le plus opportun.
Lorsque l’explication est introduite et le texte lu, déroulez votre propos en suivant le mouvement du texte. La procédure ressemble à celle du commentaire écrit : il s’agit toujours de citer, identifier et interpréter les éléments signifiants.
Une conclusion vient parachever l’étude.
•L’explication de texte à l’oral constitue aussi une performance, ne l’oubliez pas. Il vous revient de vous montrer énergique et persuasif. Votre parole doit souligner votre propos et participe pleinement de la qualité de votre prestation. Adressez-vous à votre auditoire, qu’il s’agisse d’un camarade, de votre classe, ou d’un examinateur. Captez-le par le regard, en évitant à tout prix de lire vos notes en continu. Exprimez-vous dans une langue spontanée, claire, et précise. Modulez votre ton et gérez votre débit de parole. La prestation doit approcher les dix minutes.
Un passage à l’oral peut s’avérer stressant. Plus vous vous entraînerez, plus vous maîtriserez votre trac. Songez que toute mise en situation vous prépare à l’oral des épreuves anticipées de première, au Grand Oral de baccalauréat et d’une façon générale, aux exigences du supérieur et des concours d’entrées aux grandes écoles. Montrez-vous volontaire, et saisissez les occasions de vous exprimer à l’oral le plus fréquemment possible.


La dissertation
Avertissement
Vous allez apprendre ici à rédiger une dissertation littéraire, c’est-à-dire à produire une réflexion personnelle, organisée, et surtout argumentée, autour de problématiques d’ordre littéraire.
Cette compétence est évaluée aux épreuves anticipées de français en classe de première, dans l’un des deux exercices de l’écrit. Il s’agit d’un exercice ancien, extrêmement codifié, avec une forte dimension rhétorique. Il permet en effet d’évaluer des compétences formelles, de rédaction et de mise en forme d’une réflexion, de mise en valeur d’arguments et d’exemples clairs et précis ; mais il permet aussi de prendre la mesure de votre capacité à lire des œuvres et à vous les approprier, ainsi que de vos connaissances sur les genres et les problématiques propres à la littérature. La difficulté première de l’exercice est en effet que vous n’avez pas d’autre support que le sujet donné, par comparaison avec l’exercice du commentaire de texte.
On vous demande donc d’être capables de réfléchir à partir d’un sujet qui porte sur un problème littéraire appliqué à une œuvre intégrale ou à un parcours de lecture. Dans le premier cas, outre les exigences formelles propres à l’exercice, on évalue alors votre connaissance précise, intime et réfléchie de l’œuvre ; dans le second, on regardera particulièrement votre capacité à rendre compte de manière précise d’œuvres différentes en tenant compte de leurs différences génériques et temporelles. Quel que soit le sujet, on attend une argumentation qui progresse. Il faut donc savoir manier les outils argumentatifs, et élaborer un raisonnement, car la dissertation n’est pas un collage de cours et/ou de citations.
Retenez que cette argumentation personnelle se fait à partir d’un sujet donné. Or, ce sujet peut prendre plusieurs formes, une citation d’auteur, une question, ou une simple affirmation. Il vous faudra savoir comment réagir à chaque type de sujet.
1. En amont : le travail préparatoire à la dissertation
1.La lecture du sujet
Cette première étape est indispensable et vous devez y consacrer le temps nécessaire : une mauvaise lecture et analyse du sujet produiront un hors-sujet, ce que vous devez absolument éviter car une réflexion hors-sujet, même intelligente, clairement structurée et savante, sera lourdement sanctionnée.
Pour mener à bien cette analyse, il est conseillé de recopier le sujet sur votre brouillon, en laissant des interlignes afin de pouvoir inscrire vos commentaires, souligner, encadrer, utiliser un code couleurs…
La lecture-analyse du sujet a deux objectifs :
•déterminer l’objet d’étude, c’est-à-dire ce sur quoi on vous demande de réfléchir ;
•déterminer les débats implicites soulevés par la question dont votre réflexion doit tenir compte. Attention, même un sujet sous la forme d’une affirmation soulève des débats.
Pour remplir ces objectifs, plusieurs conseils :
•identifiez les mots-clés du sujet, vérifiez que vous connaissez leur sens, faites attention à la polysémie et aux sous-entendus ;
•identifiez la forme du sujet : question ouverte ou fermée, affirmation, citation… Si c’est une citation, il peut être intéressant de mobiliser quelques connaissances sur son auteur. Quand Victor Hugo parle du théâtre, rappelez-vous qu’il est le théoricien d’une forme dramatique nouvelle qui prône le décloisonnement des genres comique et tragique (le drame romantique). Une citation est par ailleurs souvent accompagnée d’une recommandation, considérez-la avec attention, vous pouvez par exemple en commenter les termes : demande-t-on de « discuter », de « commenter et discuter »… ?
2.La reformulation du sujet
Pour vérifier que vous avez rempli les deux objectifs de la lecture-analyse du sujet, rédigez deux phrases de reformulation :
•Le sujet invite à réfléchir sur…
•Le sujet invite implicitement à…
3.L’élaboration et la formulation d’une problématique
La lecture-analyse et la reformulation du sujet vont faire surgir une série de questionnements. Notez bien toutes les questions qui vous viennent à l’esprit après ces deux opérations, car elles vous seront utiles pour formuler une problématique.
Attention : même quand le sujet est donné sous forme de question, la problématique n’est pas une reproduction de la question posée. C’est en réalité la formulation des questionnements explicites et implicites sous-tendus par le sujet. C’est à la problématique que votre argumentation, et donc votre plan, va répondre. Vous pouvez la formuler de manière directe ou indirecte. Vérifiez que vous maîtrisez les règles de syntaxe propres à l’une ou l’autre de ces formulations !
Exemple de … travail préparatoire sur un sujet (les mots-clés sont surlignés)


Forme du sujet :
Une question introduite par « En quoi » ➡ c’est une question ouverte, on ne peut pas répondre par oui ou par non. La consigne vous demande d’étudier un parcours de lecture, et de faire référence à des passages précis. Il n’y a pas d’indice selon lequel vous devez réfuter la thèse du sujet.
Reformulation du sujet :
Le sujet invite à réfléchir sur les contradictions du récit de voyage, liées aux émotions qu’il provoque. // Le sujet invite implicitement à considérer la source des bonheurs et malheurs du voyage : tiennent-ils seulement au voyage lui-même, à ce que le voyageur vit ? ou peut-on considérer qu’ils tiennent également du conflit entre la vie et l’écriture, que les bonheurs et les malheurs du voyage sont aussi les émotions d’un voyage intérieur ?
Questionnements induits par le sujet :
En quoi le récit de voyage décrit le bonheur de voyager (= quels sont les bonheurs propres au voyage) ?
En quoi le récit de voyage décrit la douleur de voyager (= quelles sont les douleurs propres au voyage) ?
Quel rôle peut avoir le processus d’écriture dans cette mise en forme des émotions que vit le voyageur ?
Problématique :
(question directe) Comment les émotions contraires que vit le voyageur s’expriment-elles dans le récit de voyage ?
(question indirecte) Nous verrons comment les émotions contraires que vit le voyageur s’expriment dans le récit de voyage.
2. Construire sa réflexion
Cette deuxième grande étape de la dissertation comprend trois temps.
1.L’identification du type de plan
Selon la forme du sujet analysé pendant le travail préparatoire, vous allez choisir le type de plan demandé, c’est-à-dire la démarche que vous allez adopter. La formulation du sujet vous aide à déterminer celui qui convient le mieux. Demandez-vous :
S’il y a une question, est-elle ouverte ou fermée ? Une question fermée est une question par laquelle on ne peut répondre que par oui ou par non. Par exemple la question : « Est-il nécessaire que l’auteur d’un récit de voyage surmonte des épreuves pour que son récit soit intéressant ? » est fermée, car on peut spontanément répondre par oui ou par non. Alors que la question : « Quelles sont les attentes des spectateurs lorsque le rideau se lève sur une pièce tragique ? » est ouverte, une réponse par oui ou non est impossible.
Retenez ainsi que :
•Si la question est fermée, c’est que vous êtes invités à discuter la thèse du sujet, il faut adopter un plan dialectique (thèse ; antithèse ; synthèse) . Vous devez d’abord aller dans le sens du sujet (oui), puis montrer les limites de la thèse (non), enfin essayer de dépasser la contradiction dans la troisième partie (en fin de compte). Faites attention à ne pas vous contredire grossièrement en affirmant une chose et son exact contraire, la deuxième partie peut être comprise plutôt comme un « mais… » que comme un « non ».
•Si la question est ouverte, deux cas de figure s’offrent à vous :
– un plan analytique quand la question n’invite pas à la réfutation, vous commentez progressivement le sujet en deux ou trois parties. Il correspond bien aux intitulés du type « Montrez que… » ;
– un plan thématique quand la question appelle des réponses différentes sans pour autant être en opposition, on procède de la réponse la plus simple à la plus complexe. Il s’agit généralement d’un approfondissement, d’examiner les différents aspects d’une question. On le reconnaît aux questions du type « Quel.l.e.s ? » (« Quelles sont les fonctions de… ? »).
Notez bien qu’aucun plan n’exige absolument trois parties, même le plan dialectique : vous pouvez vous arrêter aux deux premières, sans le dépassement de l’opposition (c’est alors un plan concessif ).
Exemples :
Quelles sont, à votre avis, les ambitions d’un dramaturge lorsqu’il donne à jouer une pièce qu’il a écrite ?
plan thématique
« On prend la vie, et on la singularise dans une lumière, sur une estrade. »
En quoi ces propos de Yasmina Reza peuvent-ils correspondre à une définition du théâtre ?
plan analytique
Pensez-vous que la littérature est un acte de dévoilement ?
plan dialectique
2.La recherche des arguments et des exemples
Maintenant que vous savez quelle forme va prendre votre argumentation, vous pouvez chercher à développer vos idées (arguments) et à les illustrer (exemples). Vous donnez ainsi corps à votre raisonnement.
Vous pouvez par exemple faire une liste des œuvres que vous avez lues qui vont s’avérer utiles pour le sujet, vérifiez pour chacune que vous connaissez le titre, l’auteur, le siècle et le mouvement littéraire dans lequel elle s’inscrit. Cette liste constitue un réservoir pour vos exemples, mais les exemples ne sont pas des idées. Un exemple ne prouve rien, il illustre une idée.
Faites donc ensuite par exemple un tableau à deux colonnes, l’une pour les arguments, l’autre pour les exemples.
Rappel : un argument est une idée à l’appui d’une thèse. Chaque axe constitue une opinion, que vous démontrez au moyen d’arguments, eux-mêmes illustrés par des exemples.
Thèse à démontrer
Argument
Exemple
Fonction
Démontrer
Illustrer
3.L’élaboration d’un plan détaillé
L’élaboration du plan détaillé au brouillon est fondamentale avant de vous lancer dans la rédaction de la dissertation. Dans l’idéal, vous ne devriez jamais commencer un raisonnement, ni même une phrase, sans savoir comment ils vont finir.
Pour vous guider dans la recherche de vos axes, vous vous référez au type de plan choisi ainsi qu’à votre problématique : c’est à cette dernière que le plan répond.
Chaque axe contient entre deux ou trois arguments, illustrés chacun par un exemple clair, pertinent et surtout précis : citer le nom d’une œuvre n’est pas un exemple qui fonctionne, c’est au mieux une allusion. Non seulement vous donnez les références du texte auquel vous pensez, mais surtout vous devez montrer que l’exemple se rattache étroitement à l’argument. Si vous citez un texte, la citation seule ne vaut pas comme exemple : il faut la commenter et l’expliquer.
Exemple de …plan détaillé sur un sujet
Sujet : Quels sont les buts de la comédie ? Répondez à cette question en vous référant aux comédies que vous avez lues.
Le plan à adopter pour ce sujet est un plan thématique , on vous demande d’approfondir, non de discuter. Le sujet appelle plusieurs réponses différentes, mais elles ne vont pas se contredire.
Les exemples seront tirés de comédies du XVII e (comédie classique) à nos jours. Le tableau qui correspond à la recherche d’arguments et d’exemples commencera ainsi (non exhaustif) :
(Je veux démontrer que) la comédie sert à divertir
Argument
Exemple
(La comédie sert à divertir parce que) La comédie met en œuvre différents types de comique, dont certains utilisent le corps de l’acteur, qui permettent un rire immédiat
Les Fourberies de Scapin (III, 2), Molière (1671 ➡ comédie classique)
etc.
Au brouillon, votre plan détaillé aura cette forme :
Axe 1 : La comédie veut divertir
Argument 1 : La comédie divertit les spectateurs quand elle est du côté de la farce.
Exemple associé : Le comique de gestes et le comique de situation ont pour seul but de faire rire dans la scène de la bastonnade des Fourberies de Scapin (III, 2) de Molière (1671)
Argument 2 : La comédie divertit les spectateurs quand elle peint des caractères excessifs.
Exemple associé : Dans le Tartuffe de Molière (1669), le spectateur rit de l’excès d’Orgon quand il rentre de chez lui après un court séjour et ne demande des nouvelles que de son hôte, sans voir qu’il le manipule, comme un homme amoureux qui s’est langui de sa bien-aimée (I, 4) (comique de mots et de répétition)
Argument 3 : La comédie divertit les spectateurs quand elle met en scène des intrigues amoureuses.
Exemple associé : Dans La Surprise de l’amour de Marivaux (1722), le divertissement du spectateur repose sur l’intrigue sentimentale : Lélio et la Comtesse vont-ils ouvrir les yeux sur l’amour qu’ils se portent ?
Axe 2 : La comédie veut aussi instruire
Argument 1 : Par la satire, la comédie a pour ambition de corriger les mœurs de son temps
Exemple associé : La fin du Dom Juan de Molière (1665) apparaît comme une punition du comportement libertin du protagoniste et de ses provocations à l’égard du Ciel
Argument 2 : Par le procédé de mise en abyme, la comédie peut parler d’elle-même ou du théâtre, et faire réfléchir le spectateur sur le spectacle comique lui-même
Exemple associé : Dans L’Illusion comique , le dispositif dressé par Corneille met en scène le goût du public pour le divertissement romanesque et l’illusion (voir le Focus sur la pièce)
Axe 3 : La comédie veut percer l’absurdité de la condition humaine
Argument 1 : Le comique perce l’absurdité du langage
Exemple associé : La première scène de La Cantatrice chauve de Ionesco (1950) provoque à la fois le rire et l’exaspération face à l’inanité du dialogue entre les personnages, qui consiste en réalité à reproduire des phrases d’un manuel d’apprentissage d’anglais. L’absence de communication vide le langage de sens.
Argument 2 : Le comique perce l’absurdité de la condition humaine
Exemple associé : La structure répétitive de la pièce de Beckett En attendant Godot (1952) reproduit l’absurdité de la condition humaine
3. La rédaction
Une dissertation comprend trois grandes parties, l’introduction, le développement et la conclusion. La structure du devoir doit être lisible immédiatement : ces trois moments sont séparés par un blanc typographique (sautez une ligne). Aucun titre n’apparaît dans le corps du devoir, les titres de votre brouillon sont remplacés par des phrases entièrement rédigées.
1.L’introduction et la conclusion
Nous vous conseillons de rédiger l’introduction et la conclusion au brouillon, car il faut y apporter un soin particulier : ce sont ce que le correcteur lira de vous en premier et en dernier. Il faut donc faire bonne impression tout de suite ; de même, le correcteur doit achever sa lecture sur une bonne impression.
L’ introduction est codifiée, respectez les quatre étapes suivantes :
• l’amorce : c’est la porte d’entrée de votre devoir, une forme de contextualisation où vous présentez le thème ou le genre abordé. Le but est que le sujet soit amené de façon logique et naturelle ;
• la citation du sujet : il est d’usage de citer le sujet qu’on vous a donné, comme une forme de politesse envers votre lecteur ;
• la problématique : posez la ou les questions de problématisation que vous avez élaborées lors du travail préparatoire ;
• l’annonce de plan : annoncez vos axes principaux, sans les sous-parties.
Exemple d’ …introduction rédigée (sur le sujet précédent)
[ Amorce ] Dans sa Poétique , Aristote distingue deux types de spectacles, la comédie et la tragédie, et les différencie d’abord par le contenu, c’est-à-dire le type de personnages mis en scène, ce qu’ils vivent, et la manière dont l’histoire se termine. Mais on peut aussi distinguer les deux types de spectacle par leur visée respective, leurs effets. Aristote dit que la tragédie provoque terreur et pitié et vise la catharsis de ces émotions. [ Citation du sujet ] Quels sont les buts de la comédie ? [ Problématique ] On se demandera ainsi quelles sont les visées propres au genre comique, qui le distinguent du tragique, et si elles se réduisent au rire et au divertissement. [ Annonce de plan ] Nous verrons que si les visées premières de la comédie semblent effectivement du côté du divertissement, elles tiennent aussi de la morale car la comédie classique prétend également instruire les spectateurs ; enfin, un certain type de comique interroge l’absurdité de la condition humaine.
La conclusion comprend traditionnellement deux moments, dont le second est attendu, mais facultatif :
•un bilan de votre argumentation. Ce qui signifie que vous ne devez pas ajouter de nouvelle idée dans la conclusion, ni de citation, mais simplement un rappel des grandes étapes de votre raisonnement ;
•une ouverture destinée à élargir le débat, il faut donc trouver de quoi inscrire votre réflexion dans un contexte plus large, objet d’étude, mouvement littéraire, la littérature, toute forme de création, voire la condition humaine dans son ensemble.
2.Le développement
Votre développement va suivre le plan détaillé que vous avez établi au brouillon.
Les grandes parties correspondent à vos grands axes :
•chaque partie doit commencer par un court paragraphe annonçant l’idée directrice (= remplace le titre), ainsi que plusieurs sous-parties . Signalez le passage à une autre sous-partie par un passage à la ligne et utilisez des connecteurs logiques (voir tableau) ;
•chaque sous-partie contient un argument qui soutient l’axe et un exemple qui illustre cet argument. L’exemple contient des références précises, des citations ;
•entre deux parties, un court paragraphe de transition montre que votre réflexion progresse.
Exemple de …sous-partie rédigée (sur le sujet précédent, rédaction de l’Axe 1, argument 2, soit I/2)
[ Argument 2 ] Outre le rire immédiat provoqué par la farce, la comédie dispose d’une autre ressource afin de divertir les spectateurs. Dans la lignée de la comédie nouvelle de l’Antiquité, la comédie classique aime en effet à tourner en ridicule des caractères excessifs, incarnés dans des personnages volontiers obsessionnels, pris d’une véritable manie. C’est bien l’excès, la démesure dans le comportement de ces personnages qui plaît au public d’une société dont la mesure est l’idéal. [ Exemple associé ] Ainsi, dans Tartuffe , créé en 1669 à la Comédie française par Molière, le personnage du père de famille, Orgon, est divertissant pour les spectateurs, particulièrement dans la scène 4 de l’acte I. Il apparaît en effet comme la caricature du naïf, qui ne comprend pas qu’il est manipulé par l’homme qu’il a invité chez lui et qui se fait passer pour un dévot. Le public rit de le voir pris d’une véritable passion pour son invité, lorsqu’il demande à sa servante Dorine de lui raconter ce qu’a fait Tartuffe pendant son absence, grâce au comique de mots et de répétition : toute la scène est construite sur une interrogation d’Orgon : « Et Tartuffe ? », qui témoigne d’une obsession ridicule.
4. Règles usuelles de l’exercice
Présentation des références : soulignez les titres d’œuvres ou de recueils poétiques, mettez entre guillemets les titres de chapitres ou de poèmes ; au théâtre, indiquez l’acte en chiffres romains, la scène en chiffres arabes. Vous devez absolument citer entre guillemets, n’oubliez pas d’introduire la citation par deux points. N’utilisez jamais la première personne du singulier.
Quelques formules d’insertion : utilisez pour introduire un exemple des formules telles que « Nous pouvons prendre comme exemple… », « Pour illustrer ce point, nous pouvons faire référence à… », « … en est un bon exemple », « Comme le montre… ».
Quelques connecteurs logiques utiles :
Pour ajouter une idée
de plus, en outre, d’autre part (après d’une part), de surcroît, par ailleurs, outre que…
dans un deuxième temps, également…
Pour expliquer/démontrer
car, c’est pourquoi, c’est que, en effet, cela vient du fait que…
comme, dès lors que, puisque, parce que, étant donné que…
Pour comparer
de même, à l’égal de, à la manière de, selon…
comme, ainsi que, autant que, de même que, à mesure que, selon que, tandis que…
Pour faire une concession
certes, cependant,…
il est vrai que, reconnaissons que…
Pour exprimer une conséquence
ainsi, donc, dès lors, par conséquent…
Pour illustrer
ainsi, par exemple…
Pour exprimer une opposition
quoique, malgré…
cependant, néanmoins, toutefois…
mais, or…
alors que, bien que, encore que, quoique, loin que, quelque que, tandis que…
Pour achever un raisonnement
pour finir, enfin…
finalement, en dernière analyse…
(au final est à proscrire !)


chapitre 2

La poésie du Moyen-Âge au XVIII e siècle


Je révise et je me perfectionne
1. Le genre poétique : problématiques générales
Si aujourd’hui, la part de la poésie sur le marché éditorial français est inférieure à 0,5 % et qu’elle semble par conséquent largement dominée par une production littéraire en prose, il est nécessaire de rappeler que cette importance minorée n’a pas toujours été de mise, loin de là. En effet, en occident, les premiers écrits littéraires furent des écrits poétiques, disposés en vers et il faudra en vérité attendre bien des siècles pour que s’impose, au moins sur certains genres, la forme dite « en prose ». La forme poétique constitue donc, au moins jusqu’au Moyen-Âge, une norme, qu’il convient de penser comme telle.
1.Aux origines de la poésie
1.1.Le sens du mot « poésie »
La source étymologique du mot « poésie » provient du verbe grec « poiein », qui signifie « créer ». « Poiein » doit être entendu dans son acception concrète, il s’agit bien ici d’une création matérielle, d’une fabrication, et non du sens métaphorique d’une création intellectuelle ou d’une invention. Si la poésie est ainsi liée à la fabrication, quelle est donc la matière qu’elle propose de façonner ? Quelle substance, quel corps s’agit-il de modeler ? Le langage. La poésie, retenez-le, est un artisanat du langage, de la matière linguistique, ou, pour le dire plus simplement, un artisanat des mots. Longtemps d’ailleurs et jusqu’à des années récentes, les poètes ont aimé rappeler, par le biais d’analogies récurrentes sur le motif de l’ouvrier, la dimension matérielle et sensuelle de la création poétique. On pourra par exemple penser aux vers de Joachim du Bellay (« J’entreprendrai, vu l’ardeur qui m’allume/de rebâtir au compas de la plume /ce que les mains ne peuvent maçonner »), ou à ceux d’Eugène Guillevic, à quatre siècles d’écart (« J’ai vu le menuisier /Tirer parti du bois /Moi j’ assemble les mots/Et c’est un peu pareil »).
1.2.Le chant
La poésie a son mythe : le mythe d’Orphée. Ce récit antique, d’abord transmis par la culture orale puis mis en forme par plusieurs auteurs grecs et latins, comme Ovide et Virgile, relate le destin du personnage qui constitue le père fondateur de la poésie, Orphée. Orphée, fils du roi de Thrace et de la muse Calliope, a reçu du dieu de la musique Apollon un instrument symbolique : la lyre. De sa mère, il a hérité du don d’éloquence, l’art de bien parler. Ces deux attributs font de lui un incroyable musicien chanteur.
Le mythe d’Orphée met en lumière le pouvoir du chant :
•si bien d’ailleurs que les poètes grecs se nomment « aède » littéralement « chanteur » ;
•capable d’enchanter ceux qui l’écoutent. Le mythe est centré sur l’épisode bien connu de la catabase : Orphée, armé de sa lyre et de son chant, transgresse l’ordre naturel en se rendant aux Enfers, royaume des morts, pour y récupérer son épouse Eurydice, perdue le jour même de ses noces. Il séduit par son chant les terribles gardiens des Enfers, Cerbère et Charon, et obtient du dieu Hadès l’autorisation de ramener sa bien-aimée chez les vivants. Hélas, il rompt au dernier moment le pacte qu’il avait conclu avec le dieu et perd Eurydice à jamais. Il s’en retourne alors, et consacre son talent à la déploration du passé et à l’expression vibrante de sa souffrance intérieure, jusqu’à une mort violente et tragique.
Orphée est une figure fondatrice de la poésie pour plusieurs raisons.
•d’une part, il incarne une forme d’être supérieur, initié aux secrets et aux mystères de la nature, qu’il sait déchiffrer et sur laquelle il agit. C’est en fait une figure du poète ;
•d’autre part, il donne naissance au lyrisme (qui vient de « lyre »), associant intimement poésie et musique par la notion de chant, et soulignant l’importance de l’expression des sentiments et des émotions.
Le mythe d’Orphée parcourt la poésie. Au gré des époques et des évolutions du genre, de très nombreux auteurs ont réécrit le récit ou convoqué la tutelle d’Orphée. De même, le positionnement par rapport au lyrisme permet bien souvent de situer les mouvements poétiques les uns par rapport aux autres.
2.Questionnements transversaux
Les orientations du programme officiel délimitent des bornes temporelles à l’étude du genre en classe de seconde. Néanmoins, certaines problématiques spécifiques permettent d’aborder la poésie quels que soient son époque et son contexte de création. Nous en avons choisi deux.
2.1.La question du langage poétique
On appelle « langage poétique » les particularités linguistiques et formelles d’un texte poétique. Si, rappelez-vous, la poésie est artisanat des mots, elle s’affaire à donner forme, à modeler. Elle constitue un véritable travail du langage, et ce travail peut toucher divers aspects.
Parce que la poésie est d’abord musique, le langage poétique concerne la matière sonore du texte. Si la rime en est la manifestation la plus évidente, la musicalité d’un poème peut s’exprimer par d’autres effets sonores et par la dimension rythmique du langage.
Parce que la poésie est, de plus, signifié, le langage poétique suppose également un jeu sur le sens. Écrire de la poésie, c’est dire autrement, c’est chercher parfois à évoquer ou suggérer par des déplacements, des expressions surprenantes, qui agissent sur l’imagination ou l’émotion de manière détournée. La poésie est, au sens large, un travail de l’image. C’est pourquoi le langage poétique convoque de nombreux procédés stylistiques, vecteurs de nouveauté, d’insolite et de beauté par rapport au langage « ordinaire ».
Enfin, la notion d’artisanat et le rapprochement que l’on peut opérer, comme nous l’avons vu, entre la création poétique et la création manuelle impliquent la présence de normes esthétiques, ou de « moules ». Si l’on donne forme, quel modèle préexistant permet le façonnage ? La poésie, au cours des siècles, a su se doter de tels outils. Ce sont les « formes poétiques ». Sous ce nom générique se cachent des termes littéraires que vous avez certainement déjà fréquentés au collège. Le sonnet, le rondeau, l’ode ou encore le haiku, sont des formes poétiques. Elles constituent des cadres, des codes fixes par rapport auxquels les poètes cherchent souvent à se situer. Parfois, ils les épousent et les font briller par leur perfection, comme Ronsard épouse le sonnet. Parfois ils s’en jouent et se rebellent contre leurs contraintes en les déconstruisant, comme nombre de poètes modernes, Rimbaud par exemple. Parfois ils s’en détournent et dessinent leur propre terrain de jeu, comme Apollinaire en inventant le calligramme.
D’une manière générale, interroger le langage poétique d’un texte revient à :
•se montrer attentif à ses effets sonores ;
•interpréter les images propres qu’il déploie ;
•l’inscrire dans son rapport à une forme, qu’il la respecte ou non.
2.2.La fonction du poète et de la poésie
Le mythe fondateur d’Orphée constitue, à bien des égards, le socle d’une réflexion sur les fonctions du poète et de la poésie, qu’il convient de compléter en jetant un regard rétrospectif sur les apports amenés par les différents mouvements poétiques qui ont jalonné l’histoire du genre.
La poésie est le chant de l’intime, la complainte d’Orphée endeuillé. Sa fonction est donc d’abord une fonction d’expression, au sens plein du terme. Il s’agit de faire jaillir le flux, le flot intérieur des émotions et des sentiments. La poésie dit « je », elle se veut le miroir de l’intériorité, et pose devant le sujet son cœur et son âme. Ce faisant, elle les offre aux autres, aux lecteurs qui, peut-être, partagent une communauté de souffrance. La poésie lyrique de Du Bellay en est l’illustration parfaite. Les « regrets » (c’est le titre du recueil) exprimés sont ceux du poète exilé, qui met le langage poétique au service de sa nostalgie : « Mais les moyens de plaindre sont divers/J’ai quant à moi choisi celui des vers/Pour désaigrir l’ennui qui me tourmente » (poème liminaire du recueil). Qu’il s’agisse de mélancolie ou d’enthousiasme, de déploration ou de célébration, de souffrance amoureuse ou d’exaltation heureuse de l’être aimé, la mission première de la poésie est donc de traduire les sentiments.
On peut par ailleurs voir la poésie, et c’est peut-être plus surprenant, comme un lieu de connaissance. Parce qu’il est affilié à diverses divinités qui lui ont transmis leurs secrets, parce qu’il voit, par sa sensibilité, ce qui est caché ou inaccessible aux hommes ordinaires, le poète est souvent considéré comme un élu, détenteur d’un pouvoir et d’un savoir hors norme. Tout au long de l’histoire littéraire, la représentation d’un poète visionnaire ne s’est pas démentie. Elle est déjà présente dans le mythe d’Orphée, et s’est intensément manifestée dans les grands siècles poétiques que furent le XIX e et le XX e siècles : ce sont le poète mage de Victor Hugo, le voyant d’Arthur Rimbaud, ou le « matinal » de René Char. De cette élection du poète peuvent découler deux missions majeures : le poète peut s’affairer à ciseler le langage de la manière la plus novatrice possible pour rendre compte de cet ailleurs auquel il a accès ; il peut également mettre en œuvre ce pouvoir pour prendre parti sur la réalité, dénoncer maux, injustices et misères au nom de tous les hommes. Ces derniers aspects, pas toujours très visibles chez les auteurs ou les mouvements poétiques circonscrits dans les bornes temporelles des programmes, seront essentiels à identifier dès lors que vous aurez affaire à des textes romantiques ou postérieurs au romantisme. Vous aurez sans doute l’occasion de les rencontrer dans le cadre de la lecture cursive proposée par professeur.
Plus spécifiquement aux siècles précédents, et particulièrement aux XVII e et XVIII e siècles, les fonctions du poète et de la poésie sont indétachables du contexte de la cour et des arts qui s’y rattachent. Ainsi, dans la veine de la poésie dite « d’apparat » naissant dans la période antique, où le poète célèbre les exploits des grands – tel Pindare célébrant les athlètes des jeux olympiques, la poésie de cour, à l’adresse des puissants, rois, mécènes ou protecteurs, fait valoir l’esprit, la virtuosité du poète et lui permet de trouver l’honneur. Cela n’exclut pas, cependant, nous le verrons, une certaine malice et même la poésie de cour peut se faire satirique ou critique, s’amusant du pouvoir et des courtisans.
2. Des premiers troubadours aux vers révolutionnaires : retour sur sept siècles d’évolution poétique
Le titre le souligne, le trajet poétique que les élèves de seconde doivent explorer est long et sinueux. Il mettra sur leur route des poètes que la culture scolaire a longtemps ignorés, réservant leur lecture aux érudits. Si Hugo, Baudelaire, Éluard ou Prévert ont été proposés à tous les élèves bien souvent dès l’école primaire, quel collégien ou lycéen peut se targuer de connaître Bernard de Ventadour, Maurice Scève, Pierre Marbeuf, ou André Chénier ? Bien que quelques noms soient bien sûr restés connus d’un large public, à travers certains textes emblématiques notamment, il faut garder à l’esprit que s’il existe un âge d’or du genre poétique, cet âge d’or est celui des siècles suivants et qu’il s’agit en conséquence ici de réhabiliter auprès des élèves tout le cheminement historique et esthétique que le genre poétique a parcouru pour y aboutir.
1.La poésie médiévale
Le Moyen-Âge est une vaste période marquée, sur le plan linguistique, par une transformation majeure qui fera évoluer le latin vers une langue vernaculaire, annonciatrice du français moderne. Tout texte de la période est donc écrit dans une langue instable, recouvrant des ancrages géographiques et des propriétés divers, que l’on nomme commodément « ancien français ». Vous serez donc bien souvent confrontés à des textes traduits.
Par ailleurs, rappelons à quel point la notion même de littérature ou d’œuvre y est éloignée de nos représentations modernes. Si ces concepts sont aujourd’hui inséparables du monde de l’écrit, il n’en est rien encore à l’époque, et la matière littéraire ou poétique est d’abord véhiculée par le biais de la parole et de l’oral, par les artistes musiciens de l’époque. De même, la notion d’auteur ne s’installe que tardivement, et il est fréquent que certains textes ne nous soient parvenus que de manière anonyme, ou que des auteurs pensés comme « sûrs » ne soient en réalité que les transcripteurs d’un fonds immémorial, Enfin, gardons à l’esprit qu’une grande part de cette production ancienne a tout simplement disparu, et que nous n’y avons bien souvent accès aujourd’hui que par des fragments, de façon parcellaire et nécessairement lacunaire.
Focus sur…
La langue française : langue d’oïl et la langue d’oc
Le latin vulgaire, parlé, éloigné du latin classique dont l’Église entretient la pratique, se répand en France dès le IV e siècle. Insensiblement au cours des quelques siècles qui suivront, à la faveur des invasions germaniques et de leur apport linguistique, naîtra un parler composite et divers que l’on nommera commodément « roman », pour l’opposer au latin devenu langue d’étude.
Néanmoins, il faut distinguer deux tendances de fond dans cette nouvelle langue romane. Divisé par une ligne qu’il faut imaginer traverser la France de La Rochelle à Grenoble, le pays développe deux zones linguistiques : au nord, la langue d’oïl, au sud, la langue d’oc.
Ce sont les évolutions phonétiques et grammaticales de la langue du nord, d’oïl, qui aboutissent au français qui, depuis 1539 et jusqu’à aujourd’hui, constitue un facteur d’unité nationale. La langue d’oc, elle, évoluera vers le provençal, une langue considérée aujourd’hui comme régionale, et que l’on enseigne parfois encore à ce titre en Aquitaine.
Si sur le plan linguistique, les usages du nord semblent s’être imposés sur ceux du sud, c’est en revanche l’inverse qui se produit sur le plan littéraire. C’est en effet dans les cours aristocratiques provençales que, sous l’influence byzantine, émerge une sophistication, un goût mondain du luxe et de l’art, pourvoyeur de divertissements raffinés. Les troubadours, poètes musiciens et artistes, ainsi que les valeurs courtoises dont ils sont porteurs, sont le fruit de ces infléchissements culturels. Le terme même de « courtois » renvoie de fait à cette origine élitiste et nobiliaire de la « cour ». Souvent eux-mêmes seigneurs, polis et cultivés, les troubadours peuvent néanmoins parfois se révéler dans un milieu plus modeste, comme Bernard de Ventadour, fils de serviteur et de boulangère ; toujours, cependant, ils s’adressent au même public de haut rang. Gace Brulé ou Jaufré Rudel furent par exemple des troubadours reçus dans les cours d’Aquitaine.
À partir du XII e siècle, la mode provençale pénètre le nord, exportant sa littérature lyrique et son art de vivre. D’autres foyers courtois se développent alors. On y imite les thèmes poétiques méridionaux, mais on les compose et les chante en langue d’oil. À la figure du troubadour vient s’ajouter celle du trouvère, poète du nord. C’est dans les cours de Champagne que naquirent les plus grands trouvères, dont Thibaud est « le prince ».
1.1.La chanson de geste
À l’instar des épopées antiques, le Moyen-Âge développe assez tôt une poésie épique, relatant les exploits des chevaliers, héros guerriers. Ce genre se nomme « chanson de geste ». Entendez ici le terme « geste » dans son sens latin, « gesta », la prouesse, l’action accomplie. Il s’agit ici de conter, en vers, les grands récits chevaleresques qui ont depuis largement débordé dans la culture populaire contemporaine. Le héros, doté d’une force surhumaine et armé de ses valeurs traditionnelles de courage et de loyauté, repousse tous les dangers au nom de son seigneur, de son roi, empereur, ou suzerain. Il endure souffrances physique et psychologique avec bravoure, pour servir et protéger la collectivité menacée et œuvre en même temps pour Dieu. L’intervention de phénomènes merveilleux y est fréquente et favorable au héros.
Il existe deux principaux cycles de chansons de geste : le premier, appelé « cycle de Charlemagne » ou « cycle du roi » constitue une sorte d’ Illiade médiévale, mettant en scène les victoires et conquêtes de Charlemagne contre les Sarrasins. L’épisode « La chanson de Roland », met en scène le célèbre chevalier, le comte Roland, et son épée mythique, Durandal, dans le contexte de la lutte contre les ennemis espagnols. Il y repousse les assaillants mais reçoit une blessure mortelle au terme d’un combat acharné. Sa mort est décrite avec sensibilité et fait apparaître les valeurs et l’imaginaire de la féodalité.
Le comte Roland est couché sous un pin,
Il s’est tourné vers l’Espagne.
De tant de choses il se souvient :
Des terres conquises pour douce France,
De ceux de son lignage,
De Charlemagne, son seigneur qui l’éleva,
Et des français dont il est si aimé.
Ne peut s’empêcher de pleurer et de soupirer.
Mais il ne veut pas se mettre en oubli ;
II bat sa coulpe, implore de Dieu merci.
« Vrai Dieu, qui jamais ne mentis
Qui a ressuscité saint Lazare d’entre les morts,
Qui a préservé Daniel des lions,
Préserve mon âme de tous les périls
Pour les péchés que j’ai fait en ma vie. »
Il offre son gant droit à Dieu,
Et saint Gabriel le prend de sa main.
La tête inclinée sur son épaule,
Les mains jointes, il expira.
Dieu lui envoya son ange chérubin
Et saint Michel du Péril en mer ;
Saint Gabriel vint aussi,
Pour emporter l’âme du comte en Paradis.
Le « cycle de Guillaume d’Orange » met quant à lui en scène un personnage du même nom, chevalier fougueux au service de Louis, le fils de Charlemagne.
Sur le plan des caractéristiques formelles, les chansons de geste sont le plus souvent écrites en décasyllabes, sur un modèle de rime avec voyelle accentuée que l’on nomme « assonance » (typiquement en « é »). Les vers sont disposés en strophes appelées « laisses », de longueur variable. Les effets anaphoriques y sont nombreux, pour favoriser la restitution orale.
1.2.La poésie lyrique des troubadours
La société aristocratique médiévale développe un idéal de vie, fondé sur une vision particulière de l’amour et sur les valeurs de culture et d’élégance de rigueur à la cour. Il s’agit de la « courtoisie », ou du modèle courtois.
Cet idéal s’enracine d’abord dans les cours occitanes, du sud de la France, d’où émergeront les premières figures de troubadours. Les troubadours sont des poètes musiciens, le plus souvent de haut rang, comme Guillaume IX, duc d’Aquitaine. Ils composent et interprètent des chants lyriques ayant pour thème de prédilection le motif amoureux, la « fin’amor ».

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