Histoire-Géographie - Première
284 pages
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Histoire-Géographie - Première , livre ebook

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Description

Parce que la méthodologie est essentielle pour réussir avec succès ses épreuves du baccalauréat et que la réforme mise en place au lycée vise un parcours de l’élève de la classe de Seconde aux études supérieures, Parcours et méthodes est la collection indispensable aux lycéens souhaitant réviser sereinement et efficacement.Dans cet ouvrage, vous trouverez :• Des cours complets et documentés, assortis de zooms spécifiques sur les éléments essentiels à retenir,• Des fiches méthode claires, détaillant chaque point à maîtriser pour produire la meilleure des copies,• Des exercices corrigés par un professeur de l’Éducation Nationale.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 05 octobre 2021
Nombre de lectures 0
EAN13 9782340062528
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0550€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Dans la collection
Parcours et méthodes

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Table des matières
Histoire
Thème 1 L’Europe face aux révolutions
Chapitre 1 La Révolution française et l’Empire : Une nouvelle conception de la nation
Synthèse de cours
I. 1788-1792 : La Révolution française et l’échec de la Monarchie constitutionnelle
II. 1792-1799 : La France en Guerre sur le plan intérieur et extérieur
III. Napoléon et la Révolution française
Fiche méthode
Sujet corrigé
Chapitre 2 L’Europe entre restauration et révolution (1814-1848)
Synthèse de cours
I. La Restauration en France : trois rois successifs pour tourner la page de la Révolution (1815-1848)
II. La mise en place d’un ordre monarchique européen
III. Une volonté irrépressible de poursuivre la Révolution en Europe
Fiche méthode
Sujet corrigé
Thème 2 La France dans l’Europe des nationalités : politique et société (1848-1871)
Chapitre 1 La difficile entrée de la France dans l’âge démocratique : la Deuxième République et le Second Empire
Synthèse de cours
I. La Deuxième République : une tentative ambitieuse mais éphémère
II. Le Second Empire : un régime autoritaire qui prétend restaurer la grandeur nationale de la France
III. Le règne de Napoléon III : une lutte interminable contre ses opposants
Fiche méthode
Sujet corrigé
Chapitre 2 L’industrialisation de la France durant la seconde moitié du XIX e siècle
Synthèse de cours
I. La transformation des modes de production
II. Les mutations des villes et des campagnes françaises
III. La question sociale au cœur du débat politique
Fiche méthode
Sujet corrigé
Chapitre 3 La France et la construction de nouveaux États en Europe
Synthèse de cours
I. La France face à la construction de l’unité italienne
II. La France contre l’unité allemande
Fiche méthode
Sujet corrigé
Thème 3 La Troisième République avant 1914 : un régime politique, un empire colonial
Chapitre 1 La mise en œuvre du projet républicain
Synthèse de cours
I. 1870-1879 : l’instauration de la République
II. Une Troisième République source de libertés
III. Débats et blocages de la III e République
Fiche méthode
Sujet corrigé
Chapitre 2 Permanences et mutations de la société française jusqu’en 1914
Synthèse de cours
I. Une difficile modernisation
II. Le monde ouvrier
III. La France entre ruralité et immigration
Fiche méthode
Sujet corrigé
Chapitre 3 Métropole et colonies
Synthèse de cours
I. La politique coloniale française
II. Colonisation et relations internationales
III. Vivre dans une colonie française
Fiche méthode
Sujet corrigé
Thème 4 La Première Guerre mondiale : le « suicide de l’Europe » et la fin des empires européens
Chapitre 1 Les grandes étapes de la Première Guerre mondiale (1914-1918)
Synthèse de cours
I. L’année 1914 : l’entrée dans le conflit et la guerre de mouvement
II. Les années 1915 et 1916 : la guerre de position et l’extension progressive du conflit
III. Les années 1917 et 1918 : le tournant de la guerre et les dernières offensives
Fiche méthode
Sujet corrigé
Chapitre 2 Les sociétés européennes en guerre : des civils acteurs et victimes du conflit
Synthèse de cours
I. La mobilisation des économies, des sciences et des techniques au service de la guerre
II. L’implication des civils dans une guerre longue
III. Les civils, victimes d’une guerre totale
Fiche méthode
Sujet corrigé
Chapitre 3 Sortir de la Première Guerre mondiale
Synthèse de cours
I. Un bilan désastreux
II. Construire la paix après la guerre
III. Une guerre incomplètement achevée
Fiche méthode
Méthode appliquée
Sujet corrigé
Géographie
Thème 1 La métropolisation : un processus mondial différencié
Chapitre 1 Les villes à l’échelle mondiale : le poids croissant des métropoles
Synthèse de cours
I. Une métropolisation liée à la démographie, à la politique et à l’économie globale
II. Des métropoles interconnectées aux réseaux physiques et virtuels
III. Attractivités et poids culturels des métropoles
Fiche méthode
Sujet corrigé
Chapitre 2 Des métropoles inégales et en mutation
Synthèse de cours
I. Inégalités et mutations en lien avec la mondialisation
II. Gérer une entité urbaine de plus en plus complexe
Fiche méthode
Sujet corrigé
Chapitre 3 La France : La métropolisation et ses effets
Synthèse de cours
I. 22 aires urbaines métropolitaines
II. Une métropolisation qui contribue à un fort dynamisme
III. Les limites de la métropolisation
Fiche méthode
Sujet corrigé
Thème 2 Une diversification des espaces et des acteurs de la production dans le monde
Chapitre 1 La diversité croissante des espaces de production dans le monde
Synthèse de cours
I. La diversité croissante des espaces productifs
II. Explosion des flux et recompositions des espaces productifs
Fiche méthode
Sujet corrigé
Chapitre 2 Géographie des systèmes productifs en France
Synthèse de cours
I. Les lieux et les acteurs des systèmes productifs français
II. Des systèmes productifs intégrés au sein de l’espace européen et mondial
Fiche méthode
Sujet corrigé
Thème 3 Les espaces ruraux : multifonctionnalité ou fragmentation
Chapitre 1 La fragmentation des espaces ruraux
Synthèse de cours
I. Des réalités diverses
II. L’activité agricole
III. Les dynamiques de fragmentation
Fiche méthode
Sujet corrigé
Chapitre 2 Affirmation des fonctions non agricoles et conflits d’usages
Synthèse de cours
I. Des fonctions non agricoles
II. Tensions et conflits du milieu rural
Fiche méthode
Sujet corrigé
Chapitre 3 La France : des espaces ruraux multifonctionnels, entre initiatives locales et politiques européennes
Synthèse de cours
I. Des espaces ruraux en mutation
II. Aménagement et développement
III Acteurs, France et Europe
Fiche méthode
Sujet corrigé
Thème 4 La Chine : des recompositions spatiales multiples
Chapitre 1 Développement et inégalités
Synthèse de cours
I. Un décollage économique global
II. Une puissance géopolitique ?
III. L’influence chinoise
Fiche méthode
Sujet corrigé
Chapitre 2 Ressources et environnement en Chine
Synthèse de cours
I. Des ressources surexploitées
II. Un environnement sous pression
Fiche méthode
Sujet corrigé
Chapitre 3 Les recompositions spatiales à l’œuvre en Chine
Synthèse de cours
I. La littoralisation des hommes et des activités
II. Une urbanisation accélérée
III. Des espaces ruraux en mutation
Fiche méthode
Sujet corrigé


Introduction
Le programme d’histoire-géographie de la classe de première en voie générale est marqué par la nouveauté , qu’il s’agisse de l’enseignement du tronc commun ou de celui de la spécialité « Histoire-géographie, géopolitique et science politique ». Avant de se plonger dans le détail des chapitres, il est utile de comprendre leur logique générale ainsi que les objectifs qu’il vous faudra atteindre.
Comme dans les étapes précédentes de votre cursus, l’histoire et la géographie vous invitent à étudier le passé et à examiner le présent, afin d’acquérir les repères temporels et spatiaux nécessaires pour comprendre le monde d’hier et d’aujourd’hui. Ces deux disciplines ont en commun d’étudier un objet complexe et insaisissable, qui ne fonctionne pas selon des lois immuables : l’être humain ainsi que ses relations avec la société et l’espace qui l’environnent. Mais elles utilisent dans leur quête des outils scientifiques : preuves, arguments, exemples, hypothèses et débats. Ce sont des sciences humaines , qui exigent rigueur et méthode pour progresser.
Il n’y a pas d’histoire et géographie sans acteurs , qu’ils s’agissent d’individus, de groupes ou de peuples : leurs choix peuvent modifier l’ensemble de la société, pour le meilleur ou le pire. Marc Bloch, immense historien du XX e siècle, écrivait que « le bon historien ressemble à l’ogre de la légende : là où il flaire la chair humaine, il sait que là est son gibier ». Ces deux matières démontrent par là-même que nous sommes, à la fois individuellement et collectivement, libres de nos actes et responsables de leurs conséquences.
La particularité de l’histoire-géographie en France est d’être une discipline mixte : en théorie le volume horaire doit être équitablement partagé entre les deux matières – y compris dans cet ouvrage, puisqu’il y a 11 chapitres d’histoire et 11 chapitres de géographie. Ces deux sciences explorent des champs d’études différents, mais utilisent dans leur quête des méthodes souvent similaires.
Les savoir-faire que chaque élève de Première doit maîtriser sont divers. Certains ont déjà été travaillés durant les années précédentes : prendre des notes, argumenter en combinant idée générale et exemple précis, mettre des faits en relation, comprendre le vocabulaire spécialisé et l’utiliser à bon escient, confronter les connaissances théoriques acquises en cours avec une situation concrète… D’autres sont plus ambitieux : utiliser le changement d’échelle dans le raisonnement géographique, transposer un texte en croquis, procéder à l’analyse critique d’un document, construire une production cartographique pour démontrer une idée. Afin de vous accompagner dans l’acquisition progressive de ces savoir-faire nous avons choisi de vous proposer 22 fiches de méthode appliquée , dont chacune vous explique pas à pas comment mener à bien telle ou telle tâche, sans se contenter de conseils théoriques.
En quittant la Seconde vous faites le premier pas sur le chemin du Baccalauréat , diplôme national qui marque la fin des études secondaires et constitue le premier grade universitaire, mis en place sous Napoléon I er en 1808. Afin de vous préparer au mieux à cette échéance un entraînement régulier constitue la meilleure stratégie. Nous vous proposons donc à la fin de chaque chapitre un sujet corrigé, afin de vous exercer à toutes les épreuves possibles en histoire-géographie : question problématisée, étude critique d’un ou plusieurs documents, production cartographique.
Le programme d’histoire est organisé chronologiquement : il débute à la fin du XVIII e siècle lorsque la Révolution française rompt avec l’Ancien Régime (étudié en classe de seconde), puis s’achève après 1918 lorsque les sociétés européennes s’efforcent de sortir de la Première Guerre mondiale. Le XIX e siècle est donc ici central. La majorité des chapitres concernent soit la France seule, soit le continent européen. L’aspect politique est privilégié, mais il n’est pas exclusif : certains chapitres renvoient à de l’histoire économique, sociale ou culturelle. Quelques idées reviennent à plusieurs reprises dans les onze chapitres : l’affirmation progressive des nations en Europe ou la transformation de la France entre la Révolution et la Première Guerre mondiale. Le programme d’histoire de Terminale sera davantage consacré sur le XX e siècle et l’époque contemporaine, avec une dimension internationale plus marquée.
Le programme est divisé en quatre grands thèmes , eux-mêmes subdivisés en deux ou trois chapitres : d’abord l’Europe bouleversée par la Révolution puis l’Empire (1789-1848), puis l’évolution politique et sociale de la France au sein d’une Europe dominée par les nationalités (1848-1871), ensuite la Troisième République en France, un régime politique stable et expansionniste (1870-1914), et enfin la Première Guerre mondiale qui déchire le continent et met fin aux empires européens (1914-1923).
Les finalités de cet enseignement sont multiples : développer la culture générale de chaque élève, prendre conscience de notre appartenance commune à l’histoire de la France, de l’Europe et même du monde, replacer les différents évènements dans leur époque afin de les comprendre, acquérir de grands repères historiques. Au-delà, les élèves de première doivent aussi s’entraîner à utiliser les sources variées de l’histoire (textes, objets, monuments, œuvres d’art, témoignages…) en utilisant à bon escient leur esprit critique. Cet effort permet de s’initier au raisonnement historique : évaluer les possibilités d’action de chaque acteur historique dans un contexte donné, comprendre ses choix et envisager les conséquences de ses actes.
On ne peut faire de l’histoire sans s’interroger sur son utilité . Ainsi Paul Valéry, écrivain français, estimait que : « l’histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellectuel ait élaboré […] L’histoire justifie ce que l’on veut, n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient des exemples de tout et donne des exemples de tout » . Tout aussi pessimiste le philosophe allemand Hegel concluait fermement que « peuples et gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire, qu’ils n’ont jamais agi suivant les maximes qu’on aurait pu en tirer ». Pourtant Elie Wiesel jugeait pour sa part « qu’un homme sans passé est plus pauvre qu’un homme sans avenir » . Plus optimiste, l’historien Lucien Febvre affirmait que « l’histoire, c’est cela : un moyen de comprendre et, par là même, d’agir sur le cours des événements » . Si nous voulons être les acteurs lucides de notre propre avenir nous avons par conséquent « un devoir d’histoire » (Antoine Prost).
Le programme de géographie est bâti autour d’un axe principal : la recomposition de l’espace mondial, sous l’effet conjugué de nombreux changements. Cette réflexion se décline en quatre thèmes : d’abord le poids croissant des métropoles dans le monde, qui se traduit par l’influence croissante des villes sur le fonctionnement de nos sociétés tout autant que leurs mutations rapides. Ensuite la transformation des espaces productifs autour d’un nombre croissant d’acteurs : de plus en plus divers, ils entraînent une explosion des flux. Puis l’évolution des espaces ruraux, à la fois de plus en plus fragmentés et multifonctionnels. Un dernier thème conclusif permet enfin d’étudier de plus près toutes ces dynamiques spatiales en s’intéressant à l’espace chinois, théâtre de multiples et spectaculaires recompositions spatiales.
Au sein de ce programme la France (outre-mer compris) occupe une place particulière. Notre territoire est, en effet, concerné par tous ces enjeux. C’est pourquoi à l’issue de chaque thème (sauf le dernier, sur la Chine) un chapitre propose d’examiner les effets de ces recompositions spatiales multiples sur les espaces français. Il s’agit pour chaque élève de connaître les principales lignes de force du territoire national – des acquis nécessaires pour le programme de Terminale qui s’achèvera par un vaste chapitre conclusif sur la France.
Les finalités de l’enseignement de la géographie diffèrent quelque peu de celle visées par l’histoire. Il s’agit d’abord de maîtriser les repères spatiaux fondamentaux en France, en Europe et dans le monde. Mais la géographie ne peut se résumer à l’accumulation de connaissances : il importe d’être capable de comparer des territoires entre eux, d’étudier un phénomène en utilisant des échelles variées (approche multiscalaire), de percevoir les relations existantes entre différents acteurs au sein d’un même territoire (approche systémique) et d’analyser de manière critique des documents variés (cartes, textes, images, statistiques…). L’aboutissement de ce travail conduit à la réalisation de croquis intermédiaires ou de synthèse, ce qui exige de s’être habitué à manipuler le langage cartographique.
La géographie a longtemps été une science mal comprise , réduite à un simple inventaire du monde. Faire de la géographie ce fut, longtemps, apprendre la liste des départements et savoir énumérer les capitales de chaque pays. Ces savoirs ne sont pas inutiles, mais ne peuvent résumer cette science qui a des ambitions plus larges : comprendre comment les individus et les sociétés habitent, organisent, développent et transforment leur espace. Le géographe Pierre Gourou expliquait que la géographie débutait par un questionnement, en apparence très simple : pourquoi ici, plutôt que là ? Cette démarche impose des compétences spécifiques : lire, interpréter et construire des cartes. C’est une intelligence de l’espace qui s’affirme de plus en plus comme une authentique science sociale. Pour comprendre un conflit, une famine, des migrations, une délocalisation, l’évolution du prix du pétrole, du lait ou du jus d’orange, la géographie est nécessaire. Comme l’histoire, elle participe aussi à former de futurs citoyens : la fatalité n’est jamais que le masque de la résignation, chaque société possède de nombreuses possibilités d’action. Ce programme de géographie fait donc la part belle à la démarche prospective, qui consiste à imaginer le scénario futur d’un territoire à partir des hypothèses élaborées – ce qui implique d’accepter le risque de se tromper.
L’histoire comme la géographie partagent toutes deux l’ambition de former de futurs citoyens conscients des grands enjeux du monde et de nos sociétés, libres de penser par eux-mêmes et d’exercer leur esprit critique. Ces deux sciences démontrent, en effet, que les choix de chaque individu ou groupe, dans le passé ou le présent, influent sur le cours de la société qui les abrite : histoire et géographie sont à la fois le témoin de la liberté des hommes et un appel à effectuer des choix raisonnés, car « tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité » (Victor Hugo).


L’épreuve d’histoire-géographie dans les évaluations communes de 1 re
Suite à la réforme du Baccalauréat, il n’y a plus d’histoire-géographie lors des épreuves terminales organisées à la fin de l’année de Terminale. L’histoire-géographie sera évidemment évaluée, mais à travers le contrôle continu désormais. Concrètement, cela signifie que vous allez passer plusieurs épreuves d’histoire-géographie au cours de l’année de 1 re , dont la note comptera pour le Bac.
I. Présentation générale des évaluations communes
Deux évaluations communes (EC) sont prévues en 1 re : une au 2 e trimestre, une au 3 e trimestre. Une 3 e aura lieu l’année prochaine, en Terminale.
Il s’agit d’une épreuve qui dure deux heures , et comprend obligatoirement une partie d’histoire et une partie de géographie. Il n’y aura donc pas de tirage au sort entre ces matières ! Si la 1 re épreuve porte sur l’histoire, alors la 2 nde sera de la géographie – ou inversement.
De même, si la 1 re épreuve est en histoire et la 2 nde en géographie au cours de la 1 re évaluation commune, alors ce sera forcément l’inverse au cours de la 2 nde évaluation commune de 1 re .
Lors de l’évaluation commune, chaque partie est notée sur 10 points . La note finale, sur 20, est la somme des deux notes obtenues en histoire et en géographie. Conséquence : il faut travailler ces deux matières sans faire d’impasse, puisqu’elles comptent à égalité finalement.
II. La nature des épreuves d’histoire-géographie
(A) La 1 re épreuve est une question problématisée (QP). L’objectif est de rédiger une réponse organisée à une question générale qui portera sur une partie d’un chapitre.
En 1 re , mais pas en Terminale !, l’intitulé de la question vous donnera des éléments de construction de votre réponse – autrement dit, une suggestion de plan à suivre.
Le correcteur attendra de vous une brève introduction, un développement structuré en plusieurs parties (généralement 2 ou 3) et enfin une conclusion.
(B) La 2 e épreuve est une analyse de document(s) . On peut vous proposer un ou deux documents, dont chacun comporte un titre et, éventuellement, des notes explicatives. Il s’agit de répondre à une consigne qui a pour but d’évaluer si les documents sont compris. En 1 re , mais pas en Terminale !, l’intitulé de la consigne suggérera nécessairement une problématique, afin de vous guider dans la rédaction de votre réponse.
(C) Une 3 e épreuve qui ne concerne que la géographie peut être aussi proposée : la réalisation d’une production graphique (carte). Elle remplace dans ce cas l’analyse de document(s) en géo (si la QP tombe en histoire donc). Le but est de compléter un croquis à partir d’un texte (qui peut être un article, un extrait d’ouvrage ou un texte rédigé pour cette épreuve) qui vous est donné. Le fond de carte est toujours fourni, mais les éléments de localisation (villes, pays, mers, etc.) ne sont pas forcément indiqués : ce sera donc à vous de le faire.
Un rappel important : cette épreuve exige donc de venir aux EC avec des crayons de couleurs, puisqu’il est déconseillé de faire un croquis uniquement au stylo-bille !
Bien entendu, le croquis présente une situation géographique en lien avec le programme de géographie.
III. Le choix des sujets proposes aux EC de 1 re
Les sujets proposés lors des évaluations communes ne seront pas les mêmes selon les lycées. Par contre, ils sont tous choisis au sein d’une banque nationale de sujets. Cela permet de proposer des sujets variés, qui concernent tous les chapitres du programme de l’année, mais qui respectent forcément les règles décrites ci-dessus.
Pour information, cette banque est accessible et ouverte à tous. Voici le lien : http://quandjepasselebac.education.fr/ec/#BNS %2FBac %20Général %2FPremière %2FHistoire %20- %20Géographie
Inutile d’essayer de faire tous les sujets pour préparer les EC : il y a plus de 830 sujets différents à l’heure où nous écrivons ces lignes !
Post-Scriptum : suite aux dernières annonces du ministère au moment de la parution de cet ouvrage (juillet 2021), toutes les évaluations communes (EC) sont supprimées au profit d’un contrôle continu total (c’est-à-dire la moyenne annuelle d’histoire-géographie) pour le Bac Général 2022. C’est, évidemment, un changement majeur. Néanmoins, cela n’invalide pas les conseils de méthode donnés dans cet ouvrage, car les évaluations qui vous attendent en 1 re dans le cadre du contrôle continu se feront toujours sur le modèle des évaluations communes, présenté ci-dessus.


Histoire


Thème 1
L’Europe face aux révolutions


Introduction

Entre 1789 et 1848, l’Europe connaît une vague de révolutions changeant les régimes politiques de différents pays. À l’origine, ce sont des soulèvements populaires demandant plus de libertés. La Révolution française et l’Empire chapitre 1 en sont les points de départ. Ce sont ces épisodes qui donnent naissance aux mouvements révolutionnaires, issus de l’apparition de la notion de souveraineté des nations, étudiés dans L’Europe entre restauration et révolution chapitre 2 .


Chapitre 1
La Révolution française et l’Empire : Une nouvelle conception de la nation
Synthèse de cours
Introduction
Entre 1789 et 1814, la France connaît une succession d’évènements historiques. Ces derniers sont le fruit du XVIII e siècle, siècle des Lumières, mais aussi des contextes nationaux et internationaux. La France en fait la synthèse lors de la période révolutionnaire tout d’abord sous la Monarchie constitutionnelle (I.) puis durant la Ire République (II.) et enfin au moment du Premier Empire (III.). On pourra ainsi se demander :
En quoi la période révolutionnaire et l’Empire marquent-ils durablement l’histoire de la France ?
I. 1788-1792 : La Révolution française et l’échec de la Monarchie constitutionnelle
A. Les origines de la Révolution française
1. Une société inégalitaire
Jusqu’en 1789 la population française est divisée en trois ordres : la noblesse , le clergé et le tiers état . Les deux premiers ordres représentaient moins de 2 % de la population du royaume (26 millions de personnes). Ils étaient exemptés du paiement d’impôts ou de taxes et ils étaient donc considérés comme privilégiés. Ils possédaient la majorité des richesses du royaume. Le tiers état constituait le reste de la population, il supportait l’intégralité de la charge fiscale.
2. 1788 : la monarchie française en banqueroute
En 1788, les difficultés de la Monarchie absolue sont avant tout budgétaires. Plusieurs réformes fiscales sont tentées mais échouent face à l’opposition du clergé et de la noblesse. Louis XVI (1774 à 1792) convoque alors les États Généraux (assemblée de députés représentant chaque ordre et faisant remonter les demandes de chacun au travers de Cahiers de doléances). Le roi cherche ainsi à obtenir un impôt supplémentaire portant aussi bien sur les privilégiés que sur le tiers état.
B. Le temps des textes fondateurs : de l’année 1789 à la Constitution de 1791
1. Des États généraux à l’Assemblée constituante
Le 4 et 5 mai 1789 s’ouvrent les États Généraux à Versailles, une division éclate entre les députés et le tiers état se déclare, le 17 juin 1789, Assemblée nationale. Le roi réagit par la fermeture des États Généraux. Aussi les députés de l’Assemblée nationale se réfugient le 20 juin dans la Salle du jeu de paume et prêtent serment de donner une constitution (ensemble de lois encadrant les différents pouvoirs du roi et de l’Assemblée nationale). Dès lors l ’ Assemblée est Constituante .
2. Une révolution du peuple
Le 14 juillet 1789 la population de Paris attaque les Invalides où sont gardés des milliers de fusils, puis la Bastille (prison royale symbole de l’injustice) où sont entreposés de la poudre et des canons. Cette révolution populaire s’étend à l’ensemble du royaume : c’est la Grande Peur de l’été 1789. Le tiers état armé décide d’attaquer les châteaux de province de la noblesse, symboles des inégalités. Durant la Nuit du 4 ao ût 1789 l’Assemblée nationale constituante déclare la fin des privilèges afin de calmer la Grande Peur : c’est l’émergence d’une souveraineté nationale .
3. La mise en place d’actes fondateurs
Dans cette continuité la France se dote de plusieurs actes et textes encadrant le nouveau régime :
• Le 26 août 1789, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen .
• La Constitution civile du clergé le 12 juillet 1790.
• Le 5 octobre 1789 Louis XVI est ramené depuis Versailles à Paris. En effet, beaucoup de nobles ont alors quitté le pays : c’est l’Émigration.
• Le 3 septembre 1791 est décrétée la Première constitution .
C. Une ébullition politique sur fond de tensions intérieures et extérieures
1. Naissance de groupes politiques : le club des Jacobins
Dès le début de la Révolution française, des clubs politiques apparaissent comme le club des Jacobins formé par des députés des États Généraux. Face à l’Émigration, le club des Jacobins soutint l’intérêt de la guerre contre les monarchies européennes qui pourraient essayer de renverser la Révolution. La France entre en guerre le 20 avril 1792 .
2. Des groupes politiques de plus en plus distincts
Dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, le roi et sa famille tentent de s’enfuir pour rejoindre la frontière et ainsi gagner l’Autriche, pays d’origine de la reine Marie-Antoinette (1755-1793) : c’est la Fuite à Varennes . La défiance envers le roi augmente devant son opposition aux lois présentées par l ’ Assemblée devenue Législative . Aussi, une scission s’opère dans le club des Jacobins entre les plus modérés et ceux qui veulent plus de principes démocratiques.
3. Les sans-culottes et la fin de la monarchie
La première des Journées révolutionnaires , menée par les sans-culottes , a lieu le 20 juin 1792. Ces derniers vont aller jusqu’aux Tuileries et voulurent forcer Louis XVI à abandonner son droit de véto mais ce fut un échec. Devant ces blocages intérieurs et les difficultés extérieures l’Assemblée Législative proclame « La patrie en danger » pour mobiliser des volontaires face à une invasion étrangère. Le 10 ao ût 1792 a lieu une nouvelle journée révolutionnaire où les sans-culottes s’emparent du Palais des Tuileries . Louis XVI et sa famille sont arrêtés et jetés en prison. C ’ est la fin de la Monarchie constitutionnelle .
II. 1792-1799 : La France en Guerre sur le plan intérieur et extérieur
A. Septembre 1792 - janvier 1793 : la Ire République
La République est proclamée le 21 septembre 1792 . Une nouvelle assemblée est créée : la Convention. Des dissensions éclatent menées par les Montagnards qui veulent pousser plus loin la Révolution. Les représentants les plus connus étaient Robespierre (1758-1794), Danton (1754-1794) ou encore Marat (1743-1793). Le procès de Louis XVI acheva de créer des crispations entre les députés de la Convention.
Focus

Le procès de Louis XVI
 Le 20 novembre 1792 des preuves des liaisons entre Louis XVI et les pays ennemis de la France sont découvertes. Le roi est coupable de trahison. Le procès contre Louis Capet (nom civil donné à Louis XVI) commença le 10 décembre 1792. Le 15 janvier 1793 l’ex-roi fut reconnu coupable. Après plusieurs votes « La mort sans condition » fut choisie à 361 voix contre 360. Ainsi, l’ancien roi Louis XVI fut guillotiné sur la place de la Révolution le 21 janvier 1793.
 Marie-Antoinette, alors surnommée « la veuve Capet », fut jugée en octobre 1793 et guillotinée le 16 de ce même mois après un procès expéditif.
B. Des tensions intérieures : La Révolution, l’Église et la Terreur
1. Face aux dangers : la Révolution et la Terreur
Par peur d’un renversement de la Révolution, le 28 mars 1793 est créé un Tribunal r évolutionnaire par les Montagnards afin de traquer les contre- révolutionnaires . Ce tribunal est complété par un Comit é de Salut public , le 6 avril 1793, pour soutenir le gouvernement et contrôler la réalité du pouvoir. En province, des insurrections éclatent ( Vendée favorable à la monarchie et au respect de l’Église). Le 17 septembre 1793 est mise en place la Loi des suspects qui permet l’arrestation immédiate et sans preuve de toute personne ne montrant pas son attachement à la Révolution. C’est alors le début de la Terreur qui condamne à la guillotine entre 35 000 à 40 000 personnes dans toute la France.
Focus

Madame Roland (1754-1793)
 Marie-Jeanne Philipon, dite Manon Roland, née en 1754 à Paris. Femme de lettres, elle épouse, en 1780, Jean-Marie Roland, économiste réputé. Au début de la Révolution française, ils s’installent à Paris et Manon Roland fonde son salon qui devint à partir de 1791 le centre du parti Girondin. Son mari devint Ministre de l’Intérieur de mars à juin 1792 et s’est à travers lui qu’elle influença la politique. Par sa position elle devint la cible de la haine des Montagnards. Manon Roland est arrêtée en avril 1793, puis en juin et passe cinq mois en prison avant d’être jugée par le Tribunal révolutionnaire. Elle est guillotinée avec les chefs Girondins le 8 novembre 1793. Symbole des victimes de la Terreur, sa dernière phrase aurait été « Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! ».
2. Robespierre et le pouvoir
À la tête du Comité de Salut public, Robespierre élimina, entre mars et avril 1794, les courants proches des sans-culottes mais aussi les plus modérés. Il tenta d’instituer une religion civique en remplacement du Christianisme (Culte de l’Être suprême). Le 27 juillet 1794 (9 thermidor An II) Robespierre et ses proches furent renversés et exécutés dès le lendemain par les « thermidoriens ». Le Comité de salut public et le Tribunal révolutionnaire furent supprimés et le club des Jacobins fermé.
C. Une guerre européenne, une nation en armes
1. Une nation victorieuse
Dès septembre 1792, la France connut des victoires face aux monarchies européennes mais multiplia le nombre de ses ennemis avec l’exécution de Louis XVI. Aussi à l’Autriche et la Prusse vinrent se joindre à la coalition l’Angleterre, l’Espagne et la Hollande. Le territoire national se retrouvait donc encerclé. La nation devait alors défendre les droits fraîchement acquis.
Durant l’année 1794, les victoires s’enchaînèrent et après la bataille de Fleurus de juin 1794, la Belgique puis les Pays-Bas et la Rhénanie furent occupés. La Prusse, la Hollande et l’Espagne se retirèrent de la coalition par le traité de Bâle de 1795. La France annexa la rive gauche du Rhin et les Pays-Bas devinrent une république satellite .
2. Le Directoire, un régime des élites ?
Sur le plan intérieur la Constitution de l ’ An III (août 1795) instaura le Directoire. Les thermidoriens, alors au pouvoir, essayèrent de se maintenir à la tête de l’État mais la misère touchait de plus en plus le peuple et les sans-culottes ne se sentaient plus représentés par cette élite alors au pouvoir. Plusieurs tentatives de coup d’État populaires eurent lieu comme la « Conspiration des Égaux » de Gracchus Babeuf, en 1796.
3. La montée en puissance de Napoléon Bonaparte
Lors de la campagne d’Italie le général Napol éon Bonaparte força l’Autriche à signer la Paix de Campoformio en octobre 1797 et acquis ainsi une certaine célébrité. Né en 1769 à Ajaccio, Napoléon Bonaparte devint dès 1793 général grâce aux victoires qu’il enchaîna lors des révoltes internes au territoire français. Ainsi, en 1797 ne possédant plus comme ennemi que l’Angleterre, la France continua son extension territoriale en multipliant les républiques satellites à ses frontières. Cette puissance grandissante de la France conduit à la formation, durant l’été 1799, d’une deuxi è me coalition militaire à l’encontre de la Révolution. Autriche, Angleterre, Naples, Turquie et Russie s’unirent. Napoléon Bonaparte rentra précipitamment d’une expédition en Égypte et fit un coup d’État le 18/19 brumaire de l ’ An VIII (9 et 10 novembre 1799).
III. Napoléon et la Révolution française
A. Des régimes politiques autoritaires
1. Le Consulat et la pacification de la France
Les Français, aspirant à un retour de l’ordre et de la paix, sont favorables à la prise de pouvoir de Napoléon Bonaparte. Celui-ci met en place le Consulat dirigé par trois consuls. Mais en réalité la Constitution de l ’ An VIII (1799) donne les pouvoirs au Premier Consul Napoléon Bonaparte. Ce dernier réforma l’administration. Il essaya de rallier les contre-révolutionnaires en prononçant une amnistie g énérale en avril 1802. En même temps il poursuivit ses opposants comme les Jacobins qui avaient commandité un attentat contre lui le 24 décembre 1800 (attentat dit « de la machine infernale »).
Focus

Les Masses de granit
 On qualifie de « Masses de granit » les différentes mesures visant à moderniser la France.
 Le Concordat en 1801 entre la France et le Pape Pie VII (Pape de 1800 à 1820). Il s’agit d’un compromis où Bonaparte reconnaît le Catholicisme comme « la religion de la grande majorité des Français » tout en gardant la nomination des évêques.
 En février 1800 est créée la Banque de France et en avril 1803 le franc germinal.
 Le 21 mars 1804 : le Code Civil des Français. Pour harmoniser les lois des différents territoires. Tous les rapports sociaux furent encadrés même dans le cadre de la famille garantissant l’égalité et la liberté des Français.
 La création des lycées en 1802 et de l’Université impériale en 1808.
2. La mise en place du I er Empire
Napoléon Bonaparte mit définitivement un terme à la Révolution française en obtenant le consulat à vie en 1802 et en instaurant le Premier Empire en 1804. Le 2 décembre 1804, à Notre-Dame, le pape Pie VII , sacra Napoléon empereur en présence de la famille Bonaparte afin de créer une nouvelle dynastie. Il y eu un contrôle étroit de la presse et l’établissement d’une nouvelle noblesse. Il devint ainsi Napol éon I er .
B. Napoléon et l’Europe
1. Un ennemi persistant : l’Angleterre
L’Angleterre était l’unique pays encore en guerre contre la France. Napoléon I er voulu mettre en place un blocus continental en 1808 afin de couper l’Angleterre de ses colonies et de l’Europe dans le but d’entraîner sa ruine économique. Ce fut un échec.
2. De la Grande Armée à la chute de l’aigle
Entre 1804 et 1812 l’armée révolutionnaire, devenue avec l’Empire la Grande Arm ée , s’étend sur toute l’Europe occidentale et sur sa population. Malgré le soutien apparent du tsar Alexandre I er et le mariage de Napoléon I er avec Marie-Louise la fille de l’empereur d’Autriche en 1810, le contrôle de ce territoire s’avère de plus en plus compliqué. Parti pour la campagne de Russie , en 1812, l’empereur français connaît une lourde défaite. À partir de là Napoléon I er perdit peu à peu les territoires conquis et il fut obligé d ’ abdiquer le 6 avril 1814. Il partit alors pour l’île d ’ Elbe . Malgré une tentative de retour en mars 1815, le règne de Napoléon I er s’acheva définitivement à la bataille de Waterloo , le 18 juin 1815, face aux Anglais. Exilé sur l’île de Sainte-Hél è ne sous le contrôle des Britanniques, l’ancien Empereur des Français décéda le 5 mai 1821.
3. Les persistances de la Révolution en Europe
Dès 1803, Napoléon Bonaparte conçoit l’Europe comme constituée d’États satellites partageant les mêmes valeurs que la « Grande Nation » française. Ainsi, il poussa à la diffusion de lois communes en s’inspirant du Code civil. Ce mouvement s’accompagnait aussi de la diffusion de l’idée de la souveraineté du peuple et de la nation en contradiction avec l’occupation française de ces territoires. Aussi un mouvement national contre la France se fit rapidement jour en Europe. Cependant, des pays comme la Belgique gardèrent l’intégralité du Code Civil après 1815.
Conclusion
1789 est une année charnière dans l’histoire de France faisant basculer ce pays de la Monarchie absolue à de nouveaux régimes prenant plus en compte les libertés individuelles. Cependant, le contexte européen et français rend cette libéralisation très complexe et soumise à des tensions. En revanche, l’apport de la Révolution et de l’Empire se fait ressentir durablement sur l’ensemble de l’Europe.


Fiche méthode

Méthode
Introduire une étude critique de document(s)
A Présenter le document
Pour construire l’introduction, on peut se poser une série de questions permettant, ensuite, l’analyse du ou des documents :
• Qui ? C’est-à-dire quel est l’auteur du document mais aussi quel est le destinataire de l’œuvre étudiée.
• Qu’est-ce ? Quelle est la nature du document et quelle a été la manière dont il a été conçu ?
• Quand ? Quel est le contexte global puis le contexte plus précis de la réalisation du document ?
• D’où provient-il ? De quelle source émane ce document, où est-il conservé ?
• Quel est le sujet ? C’est-à-dire expliquer rapidement de quoi traite ce document.
Attention l’analyse de tous les éléments n’est pas toujours utile pour ensuite comprendre le document. Il faut faire ressortir ce qui est le plus cohérent avec le sujet énoncé ou demandé dans la consigne.
Dans le cas d’une étude de deux documents , on essaiera de montrer les points communs de ceux-ci dans la présentation.
B Analyser le sens du sujet
Il faut repérer les mots-clés du sujet, puis le cadre historique et parfois géographique afin d’éviter les hors sujets. Une fois ces termes définis, il suffit de produire une phrase expliquant simplement le sujet et ses enjeux.
C La problématisation du sujet et le plan
À partir du cadre donné par la présentation et de l’analyse du sujet, on reformule ce dernier sous la forme d’une problématique . Il s’agit d’une question ouverte qui servira de fil conducteur tout au long de l’analyse de document(s). On peut ensuite annoncer le plan choisit pour l’étude.

Méthode appliquée
Consigne « Après avoir présenté le document, vous montrerez en quoi il témoigne d’un moment particulier de la Révolution française. »
Document La dernière lettre de Louis XVI

Le 20 janvier 1793,
Je demande [à la souveraineté nationale] un délai de trois jours pour pouvoir me préparer à paraître devant Dieu. Je demande pour cela de pouvoir voir la personne que j’indiquerai aux commissaires de la Commune et que cette personne soit à l’abri de toute inquiétude et de toute crainte pour cet acte de charité qu’elle remplira auprès de moi. Je demande [à la souveraineté nationale] d’être délivré de la surveillance perpétuelle que le Conseil Général a établi depuis plusieurs jours.
Je demande dans cet intervalle à pouvoir voir ma famille quand je le demanderai et sans témoins. Je désirerois bien que la Convention Nationale s’occupât tout de suite du sort de ma famille, et qu’elle lui permit de se retirer librement et convenablement où elle le juge utile et à propos.
Je recommande à la bienfaisance de la Nation toutes les personnes qui m’étaient attachées. […]
À la Cour du Temple le 20 janvier 1793.
Louis
Lettre adressée par Louis XVI à la Convention , 20 janvier 1793, retranscription A. Manrubia, Paris, Archives nationales
Nota : Les parties entre crochets ont été rayées sur la lettre originale.

A Présenter le document
• Qui ? Auteur : Louis XVI (1774 à 1792) ; destinataire : la Convention, assemblée de septembre 1792 à octobre 1795.
• Qu’est-ce ? Lettre manuscrite écrite par Louis XVI.
• Quand ? Le 20 janvier 1793. Période du Procès de Louis XVI (10 décembre 1792 au 21 janvier 1793). Cette lettre a été écrite la veille de son exécution alors que lui et sa famille sont retenus à la prison du Temple.
• D’où provient-il ? Source : les Archives Nationales.
• Quel est le sujet ? Résumé : Louis XVI demande un délai à son exécution pour se confesser et voir sa famille.
B Analyser le sujet
Le sujet nous invite à prêter attention à la présentation du document.
Les deux expressions sont à retenir sont : « moment particulier » on comprend le passage de la Monarchie constitutionnelle à la République et plus directement la place du procès du roi Louis XVI ; par « Révolution française » : on traitera la période allant de 1789 à 1793 (date de rédaction du document) et ce en restant dans le cadre géographique de la France.
C Problématisation du sujet et le plan
• Problématique : « En quoi la trajectoire de Louis XVI, durant la Révolution française, illustre-t-elle un changement radical de la France par rapport à l’Ancien Régime ? »
• Plan : I. La remise en question du roi ; II. Un nouveau régime politique.


Sujet corrigé
Étude critique de document
Sujet
⤷ Après avoir présenté le contexte de rédaction du document, montrez à quelles limites se confrontent la Révolution française
Document Lettre de Manon Roland à Robespierre

A Robespierre,
le 23 e jour du premier mois de l’An II (14 octobre 1493),
De l’infirmerie de Sainte Pélagie,
Entre ces murs solitaires, où depuis tantôt cinq mois l’innocence opprimée se résigne en silence, un étranger paraît. C’est un médecin que mes gardiens amènent pour leur tranquillité ; car je ne sais et ne veux opposer aux maux de la nature comme à l’injustice des hommes d’un tranquille courage. En apprenant mon nom, il se dit ami d’un homme que peut-être je n’aime point.
[ Le médecin : ] - Robespierre.
[ Manon Roland : ] - Robespierre ! Je l’ai beaucoup connu et beaucoup estimé ; je l’ai cru un sincère et ardent ami de la liberté.
[ Le médecin : ] - Eh ! Ne l’est-il plus ?
[ Manon Roland : ] - Je crains qu’il n’aime aussi la domination, peut-être dans l’idée qu’il sait faire le bien ou le veut comme personne ; je crains qu’il n’aime beaucoup la vengeance, et surtout à l’exercer contre ceux dont il croit n’être pas admiré ; je pense qu’il est très susceptible de préventions, facile à se passionner en conséquence, jugeant trop vite comme coupable quiconque ne partage pas en tout ses opinions. […]
Robespierre, si je me trompe, je vous mets à même de me le prouver, c’est à vous que je répète ce que j’ai dit de votre personne, et je veux charger votre ami d’une lettre que la rigueur de mes gardiens laissera peut-être passer en faveur de celui à qui elle est adressée. […]
Parlez ; c’est quelque chose que de connaître son sort, et, avec une âme comme la mienne, on est capable de l’envisager.
Si vous voulez être juste et que vous me lisiez avec recueillement, ma lettre ne vous sera pas inutile, et dès lors elle pourrait ne pas l’être à mon pays. Dans tous les cas, Robespierre, je le sais, et vous ne pouvez éviter de le sentir : quiconque m’a connue ne saurait me persécuter sans remords.
Roland née Philipon
Nota. L’idée de cette lettre, le soin de l’écrire et le projet de l’envoyer se sont soutenus durant vingt-quatre heures ; mais que pourraient faire mes réflexions sur un homme qui sacrifie des collègues dont il connaît bien la pureté ? […]
Mémoires de Madame Roland , « Lettres de la prison n°XXVI », in Cl. Perroud, Nouvelle édition critique contenant des fragments inédits et des lettres de la prison , pp 387-393, Paris, 1905, consulté sur gallica.bnf.fr le 10-11-2018

Attention Les titres des parties doivent être rédigés et ne doivent pas directement apparaître comme dans cette correction
Manon Roland fut l’une des grandes figures féminines de la Révolution française. Personnalité liée au groupe des députés girondins, elle subit aussi leur chute à partir de 1793. Manon Roland fut ainsi emprisonnée et le document que nous devons étudier s’inscrit dans ce contexte. Peu avant son exécution, elle adresse une lettre à Robespierre alors à la tête de la Convention. Ce moment de la Révolution est une période de durcissement du régime politique en place sous la pression des révoltes intérieures et de la guerre contre les puissances européennes. Aussi, nous pourrons nous demander en quoi l’exemple du sort de Manon Roland démontre-t-il les difficultés dans lesquelles sombrent la Révolution durant l’année 1793. Nous verrons les remises en question des principes révolutionnaires, puis les effets des guerres et enfin les luttes entre députés.
I. Une remise en question des acquis de 1789
Manon Roland écrit cette lettre à Robespierre (1758-1794) de « l’infirmerie de Sainte Pélagie » (l.3). Les conditions d’emprisonnement sont difficiles et son incarcération est déjà longue : « cinq mois l’innocence opprimée se résigne au silence » (l.4-5). En effet, Manon Roland est emprisonnée en juin 1793. Durant cette longue période aucun procès n’est organisé et il s’agit donc d’une remise en question des droits individuels acquis avec la Révolution (Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen). Mme Roland dit ne pas « connaître son sort » (l.24), nous sommes donc face à une justice arbitraire, ce qui avait été combattu par les premiers révolutionnaires. Comme beaucoup d’acteurs de cet épisode et en particulier de femmes, elle cherche jusqu’au bout à faire triompher la justice pour son « pays » (l.28). C’est ce qui pousse M. Roland à écrire à Robespierre alors à la tête de la Convention pour lui rappeler ses droits : « Robespierre, si je me trompe, je vous mets à même de me le prouver » (l.20).
II. Un contexte d’instabilité globale du territoire
Robespierre est au centre de cette lettre car il est alors au pouvoir. A la tête des Montagnards, il crée, le 8 mars 1793, un Tribunal révolutionnaire afin de traquer les contre-révolutionnaires. Nous sommes alors dans un contexte de Terreur. C’est cette justice que Manon Roland qualifie de « vengeance (…) contre ceux dont il ne croit n’être pas admiré » (l.16-17). Elle l’accuse en outre d’aimer « aussi la domination » (l.14), c’est une référence à la mise en place du Comité de Salut public, le 6 avril 1793, dont Robespierre tient les rênes. Le 17 septembre 1793 la Loi des suspects est mise en place pour arrêter quiconque ne montrerait pas un soutien manifeste à la Révolution. C’est cet arbitraire que dénonce Mme Roland par cette phrase : « jugeant trop vite coupable quiconque ne partage pas en tout ses opinions. » (l.18-19). La lettre devient même personnelle quand Manon Roland ajoute, après sa signature, : « mais que pourraient faire mes réflexions sur un homme qui sacrifie des collègues dont il connaît la pureté ? » (l.33-35).
III. Une lutte politique fratricide
Par « collègues » (l. 34), Manon Roland entend avant tout parler des députés qui sont, durant la Terreur, éliminés par Robespierre. Elle nous apprend qu’elle a « beaucoup connu et beaucoup estimé » (l.11-12) Robespierre. Madame Roland fait ici référence au fait qu’en 1789 le club des jacobins fut notamment fondé par Robespierre et par son mari : Jean-Marie Roland. Il y a eu donc une connivence entre ces premiers révolutionnaires qui ont mis en place les premiers droits. C’est pour cela que Manon Roland dit, en parlant de Robespierre, : « je l’ai cru un sincère et ardent ami de la liberté. » (l.12).
Elle fut même considérée comme d’une grande influence sur tous les députés girondins, ce qui d’ailleurs conduisit à son emprisonnement. Bien consciente de cela Mme Roland va même jusqu’à lancer : « quiconque m’a connue ne saurait me persécuter sans remords. » (l.29-30).
La lettre du 14 octobre 1793, de Mme Roland à Robespierre est donc un témoignage précieux d’un moment central de la Révolution française : la Terreur. Période complexe où les droits acquis au début de celle-ci sont remis en question. Cette lettre resta sans conséquence positive car Manon Roland fut exécutée avec les leaders du groupe des Girondins quelques jours plus tard, le 8 novembre 1793.


Chapitre 2
L’Europe entre restauration et révolution (1814-1848)
Synthèse de cours
Introduction
L’aventure de la Révolution puis de l’Empire s’achève dans le fracas des armes en 1815. Les idées révolutionnaires ont transformé la France et bouleversé les sociétés européennes, en se diffusant par les livres, les armes et les hommes. Leur échec semble annoncer la victoire définitive des rois et de l’ordre ancien : la 1 re moitié du XIX e siècle apparaît ainsi comme le temps de la Restauration (I) . Pour empêcher de nouveaux troubles révolutionnaires, les souverains qui ont vaincu Napoléon I er se réunissent à Vienne pour construire un nouvel ordre monarchique européen (II) . Mais cela n’empêche pas les idées révolutionnaires de circuler à travers le continent et de pousser les peuples à se soulever à plusieurs reprises (III) . L’histoire de cette époque est ainsi celle de l’affrontement entre les défenseurs de l’ordre ancien et ceux qui rêvent de changements. On peut donc se demander :
Comment l’ordre ancien, restauré en Europe, fait-il face à un héritage révolutionnaire toujours présent ?
I. La Restauration en France : trois rois successifs pour tourner la page de la Révolution (1815-1848)
A. L’effondrement de l’Empire de Napoléon 1 er et le retour de la dynastie des Bourbons
Au printemps 1814 Napoléon I er est vaincu une 1 re fois par la masse des soldats réunie par la Quadruple Alliance : russes, anglais, autrichiens, prussiens. Il est exilé sur l’île d’Elbe, une petite île au large des côtes italiennes, avec un entourage réduit. Les Alliés, soucieux de remettre sur le trône de France un souverain qui ne troublera plus l’ordre européen, installent Louis XVIII au pouvoir. Ce dernier est le petit frère de Louis XVI, le roi guillotiné par les révolutionnaires en janvier 1793 : il a quitté le territoire français en 1791 pour se réfugier à l’étranger. Cette décision lui sauve sans doute la vie, mais elle l’éloigne du peuple français pendant 23 ans. Ses maladresses, une fois de retour dans un pays profondément transformé qu’il connaît mal, favorisent le retour foudroyant au pouvoir de l’empereur déchu : évadé de l’île d’Elbe grâce à un audacieux subterfuge, Napoléon rejoint Paris en ralliant de nombreux Français à sa cause lors d’une traversée surnommée le « Vol de l’Aigle ». Louis XVIII s’enfuit, à nouveau, pendant que l’empereur rassemble ses armées pour faire face aux puissances européennes. Il est vaincu définitivement lors de la meurtrière bataille de Waterloo (18 juin 1815) après ce bref second règne : les « Cent-Jours » . Les puissances victorieuses décident de confier la couronne de France, une nouvelle fois, à la dynastie des Bourbons.
Focus

L’exil de Napoléon sur l’île Sainte-Hélène
 Après la défaite de Waterloo, Napoléon tente de quitter la France, peut-être pour s’exiler en paix loin de l’Europe, en Amérique. Mais la peur d’être arrêté par les troupes de Louis XVIII le conduit à se livrer aux Anglais, qui hésitent sur la conduite à tenir face à un encombrant prisonnier. Ils décident finalement de l’envoyer sur une petite île mal connue et isolée au milieu de l’Atlantique, à mi-chemin de l’Afrique et de l’Amérique du Sud : Sainte-Hélène. Napoléon y finira sa vie, surveillé par une vigilante garnison de soldats britanniques, loin de son épouse et de son fils, restés en Europe sous bonne garde. Épuisé, aigri et réduit à l’inactivité, il décide de soigner sa légende en dictant ses mémoires à son secrétaire : ce sera le Mémorial de Sainte-Hélène , rédigé par Las Casas. Il meurt en 1821, rongé par des douleurs intestinales, dans une relative indifférence. Ce destin hors du commun qui s’achève sous les vents des Tropiques, prisonnier impuissant après avoir conquis l’Europe, inspire de nombreux artistes et alimente sa légende longtemps après sa mort. Anciens soldats et images populaires participent à la légende dorée de l’épopée napoléonienne, oubliant peu à peu les dégâts causés par les ambitions de « l’Ogre corse ».
La période qui s’ouvre alors pour l’histoire de France est appelée à juste titre la Restauration : il ne s’agit pas de fonder un nouveau régime politique, mais bien de remettre en place l’ordre traditionnel renversé par les révolutionnaires en 1789. Les aristocrates qui retrouvent la France après de longues années d’exil sont fermement décidés à récupérer leurs privilèges séculaires. Mais la tourmente révolutionnaire a bien changé le pays, et les deux frères de Louis XVI qui règnent en France entre 1815 et 1830 ne tardent pas à s’en apercevoir, à leur vif désappointement.
Louis XVIII est un souverain intelligent et pragmatique mais hésitant et dénué de prestige. Obèse, il est un « roi sans jambes », soucieux de ne pas finir comme son frère Louis XVI. Il comprend que le XVIII e siècle est terminé et qu’il doit faire preuve de réalisme politique : la priorité est de faire accepter son autorité à un peuple qui le connaît mal en réconciliant deux France ennemies. Pour cela il décide d’accorder à son peuple un texte qui précise le fonctionnement des institutions monarchiques : la Charte . Il y précise qu’il détient seul « l’autorité entière » et fait comme si la Révolution n’avait pas eu lieu, « ces funestes écarts » que « nous avons effacé de notre souvenir, comme nous voudrions qu’ on pût les effacer de l ’ histoire » .
C’est un document fondamentalement contre-révolutionnaire – mais son existence, impensable à l’époque de la monarchie absolue, montre pourtant que les temps ont changé. Même s’il n’en porte pas le nom, ce texte tient lieu de Constitution : Louis XVIII n’est plus un monarque absolu comme son aïeul Louis XIV, le « Roi Soleil », mais un monarque constitutionnel . Les acquis de la Révolution sont maintenus, car le roi devine que leur suppression engendrerait de nouveaux troubles : liberté de pensée, de culte, de presse, égalité des Français devant la loi, l’impôt et la justice. L’Église catholique, qui soutient la restauration de la monarchie, est reconnue comme « religion d’État », mais les biens nationaux, c’est-à-dire toutes les terres confisquées à une Église enrichie par des siècles de donations effectuées par les croyants et vendues à des bourgeois, restent entre les mains de leurs propriétaires. Le roi garde le pouvoir exécutif entre ses mains, pilote la politique extérieure, signe seul les traités et décide de la guerre comme de la paix : son pouvoir est immense. Mais il n’est plus exclusif : il doit partager le pouvoir de faire les lois (législatif) avec deux assemblées, ou chambres. La Chambre des Pairs est un vestige de l’Ancien Régime : ses membres sont choisis par le roi, en nombre illimité, et leur charge se transmet de père en fils. Toute autre est la Chambre des députés : ses membres sont élus par le peuple – ou du moins une partie. Louis XVIII veut montrer qu’il gouverne avec le soutien des Français mais se méfie de la réaction des masses populaires : il met donc en place un suffrage censitaire . Pour voter le citoyen doit payer un impôt annuel (cens) d’au moins 300 francs, pour être élu, au moins 1 000 francs. Ce système favorise donc les riches, et exclut les plus modestes ; en réalité le corps électoral ne dépasse pas les 100 000 électeurs, ce n’est donc pas une démocratie. Ces chambres votent le budget et peuvent même critiquer le gouvernement par une Adresse, proclamation publique destinée au roi. Ce régime n’est pas non plus parlementaire, car c’est le roi qui place les ministres au gouvernement, lesquels ne peuvent être renversés par les Chambres. Louis XVIII estime que ce régime original lui permettra de gouverner tout en s’attirant la sympathie du peuple, mais il sous-estime le rôle d’une opinion publique qui profite de ces élections, même limitées à une minorité de riches citoyens, pour se manifester.
B. Une tentative ratée d’imposer un ordre ancien à un pays transformé : le règne des derniers Bourbons
Louis XVIII est rentré en France accompagné de nombreux aristocrates qui avaient émigré avec lui. Ceux-ci entendent punir les Français qu’ils jugent responsables de leur exil : c’est la « Terreur blanche » - le blanc étant la couleur associée usuellement à la monarchie. Ils se regroupent en bandes, comme la Compagnie du Soleil, et agressent les anciens soutiens de l’Empire. Mais leurs excès effraient, et le roi décide de pardonner les crimes commis durant la Révolution et l’Empire (amnistie) et de s’appuyer sur les élites précédentes, notamment Fouché, l’ancien responsable de la Terreur et ministre de la police de Napoléon, et Talleyrand, chargé de la diplomatie sous l’Empire. Les élections de 1815 favorisent les ultras, qui obtiennent le renvoi de ces ministres inattendus.
Focus

Les « ultras »
 Tous les aristocrates n’ont pas été décapités durant la Révolution Française ! Beaucoup sont parvenus à s’enfuir ou à se cacher des sans-culottes. Une partie d’entre eux sont exaspérés par les changements opérés par les révolutionnaires en France et veulent faire table rase de ce passé indigne. Ces émigrés veulent donc récupérer leurs biens et leurs privilèges, et pressent le roi de se montrer plus ferme avec le peuple. Ultra-royalistes, car plus royalistes que le souverain lui-même, ils sont exaspérés par l’existence de la Charte, car pour eux le pouvoir vient de Dieu seul, et non du peuple. Puissants et influents, ils diffusent leurs idées réactionnaires à travers des journaux comme La Gazette de France ou le Journal des Débats et se réunissent quelquefois dans des sociétés secrètes comme les Chevaliers de la Foi. Ils obtiennent l’exécution d’anciens révolutionnaires et de généraux de Napoléon, mais leur influence excessive sur Charles X le conduit à multiplier les erreurs en 1830, et finalement à sa chute.
Cette période voit la constitution d’embryons de partis politiques qui regroupent des individus partageant des idées communes. Les libéraux essaient de peser dans le débat public en réclamant plus de libertés pour les Français. Ils s’inspirent des idées de leur principal théoricien, Benjamin Constant. De nombreux bourgeois, banquiers, avocats ou anciens serviteurs de l’Empire partagent ainsi la volonté de mettre en place un vrai régime parlementaire, dans lequel les ministres seraient responsables devant la Chambre des députés. Mais un évènement inattendu vient rappeler à tous que les tensions restent fortes dans le pays : en 1820 le duc de Berry, fils aîné du futur Charles X et neveu de Louis XVIII, est assassiné par un bonapartiste (partisan de Napoléon). Les monarchistes sont furieux et réclament une répression impitoyable contre tous ceux qui propagent des idées libérales. Les gouvernements successifs sont dès lors dominés par les ultras : la loi du double vote (1820) permet ainsi aux plus riches de voter deux fois aux élections.
Comme Louis XVIII n’a pas d’enfants, la couronne revient à sa mort (1824) à Charles X , dernier frère encore vivant de Louis XVI. Le nouveau roi est de plus belle prestance que son aîné, mais fait preuve d’un esprit obstiné et se montre viscéralement attaché à ses privilèges : pour lui la révolution représente le mal absolu. Il exige d’être sacré à Reims, comme ses ancêtres et réprime impitoyablement les idées libérales. Plus grave : il entend remettre en cause les décisions apaisantes de Louis XVIII. La loi dite « du milliard aux émigrés » indemnise les aristocrates qui ont perdu des biens lors de la Révolution, grâce à des fonds issus du Trésor Public : une mesure impopulaire. Face à la montée des contestations, Charles X décide d’engager un bras de fer : il nomme en 1829 un gouvernement composé des ultras les plus extrémistes, dirigé par Polignac, personnalité intolérante et impopulaire. En juillet, il lance l’offensive contre la Chambre des députés en publiant quatre ordonnances coup sur coup, dont une met fin à la liberté de presse en rétablissant la censure, tandis qu’une autre dissout la Chambre, à peine élue.
Le peuple se soulève à Paris contre lui le 27, 28 et 29 juillet : les Trois Glorieuses . Charles X, craignant de finir sur l’échafaud comme son frère Louis XVI, recule et abdique en faveur de son petit-fils, le duc de Bordeaux (futur Henri V), puis s’enfuit précipitamment : il mourra en exil, loin de la France, quelques années plus tard.
C. La monarchie de Juillet (1830-1848) : une nouvelle dynastie au pouvoir
La dynastie des Bourbons est décrédibilisée suite à la révolution de 1830, mais les bourgeois et les nobles libéraux redoutent le retour d’une République livrée à des masses imprévisibles. La Révolution est alors « arrêtée à mi-côte » (V. Hugo). Le duc d’Orléans, issu de la branche cadette des Bourbons, constitue une solution de compromis qui rassure les libéraux : il a participé au début de la Révolution, à la victoire de Valmy, jusqu’à son exil en 1792 - tout en restant le chef d’une prestigieuse famille noble. On appelle « Monarchie de Juillet » ce régime politique né aux lendemains des trois jours de révolte de juillet 1830. Pour concilier l’ordre monarchique et les idées libérales, le duc, qui règne sous le nom de Louis-Philippe , va mettre en place une nouvelle stratégie.
Adoubé au balcon de l’Hôtel de ville de Paris par le chef de la Garde Nationale, le vieil héros révolutionnaire La Fayette, sous le drapeau bleu-blanc-rouge, Louis-Philippe a dû prêter serment sur la Charte de 1814. Le texte stipule que le monarque n’est plus au-dessus du peuple, que le régime émane de la volonté du peuple, et non d’un caprice royal. Symboliquement l’article 67 précise que « la France reprend ses couleurs » et que désormais on ne portera plus que la cocarde tricolore. Les deux Chambres partagent l’initiative des lois avec le monarque. L’impôt nécessaire pour prétendre voter, le cens, est abaissé : cela double le nombre d’électeurs, mais le suffrage est encore loin d’être universel. Louis-Philippe n’est plus nommé roi de France, mais roi des Français, car son pouvoir découle du contrat moral qu’il a passé avec eux en 1830.
Le régime est attaqué de toutes parts dès son avènement, mais il résiste durant près de vingt ans. Une partie des royalistes conteste en effet l’autorité de Louis-Philippe, car pour eux c’est l’héritier de la dynastie des Bourbons qui aurait dû hériter du trône : le comte de Chambord, autoproclamé Henri V. On les appelle les légitimistes : cette querelle entre les deux branches de la dynastie capétienne dure encore… Les bonapartistes , nostalgiques de l’époque où Napoléon I er dirigeait la France, tentent plusieurs soulèvements autour du neveu de l’empereur décédé, Louis-Napoléon Bonaparte. Après deux échecs, ce dernier est emprisonné au fort de Ham – pour un temps. Les partisans de la république s’agitent aussi, mais subissent une dure répression.
Mais le roi est populaire auprès de la bourgeoisie, dont il affecte le train de vie. Cette simplicité apparente ne l’empêche d’être attaché à son autorité personnelle. Si certains de ses ministres estiment qu’il doit se contenter de veiller à la marche générale des affaires publiques – Adolphe Thiers déclare ainsi : « le roi rè gne mais ne gouverne pas » –, d’autres l’invitent à s’impliquer davantage. Entre 1840 et 1848 le roi place un de ses fidèles, François Guizot , à la tête du gouvernement. Ce bourgeois protestant, passionné d’histoire, entend stabiliser le pays, refusant par principe toute réforme électorale. Mais une crise économique frappe brutalement le pays à partir de 1846. La misère se renforce, les classes populaires grondent : les républicains relèvent la tête en organisant une campagne de banquets à travers tout le pays. Le 22 février 1848 le banquet parisien est interdit : des incidents éclatent, la Garde Nationale refuse de tirer sur le peuple, ce qui entraîne le renvoi de Guizot. Louis-Philippe vacille sur son trône : deux jours plus tard il se résout à abdiquer face aux Parisiens qui couvrent Paris de barricades et à prendre le chemin de l’exil, comme son prédécesseur Charles X. Il ne le sait pas encore, mais il sera le dernier roi à régner sur la France.
II. La mise en place d’un ordre monarchique européen
A. Le congrès de Vienne
Les armées révolutionnaires puis impériales françaises ont réussi l’exploit de rassembler contre elles la quasi-totalité des monarchies européennes. Dès la 1 re abdication de Napoléon les vainqueurs estiment nécessaire de reconstruire l’ordre européen sur des bases solides pour consolider leurs trônes respectifs et éloigner le risque de nouveaux troubles révolutionnaires. C’est à Vienne (Autriche) que les diplomates de tous pays se retrouvent de septembre 1814 à juin 1815 pour en fixer les règles. La ville devient le théâtre d’une multitude de négociations, intrigues, débats et réceptions diverses. Le tsar russe Alexandre, le chancelier autrichien Metternich , le représentant prussien, Hardenberg et le ministre britannique Castlereagh en sont les acteurs les plus influents. Le français Talleyrand , ministre de Louis XVIII, essaie d’atténuer les sanctions infligées à la France vaincue.
Focus

Talleyrand
 La vie de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord a fasciné ses contemporains, partagés entre mépris et admiration devant l’habileté et les trahisons de ce personnage. Né en 1754 à Paris, il appartient à une illustre famille aristocratique française. Souffrant d’un pied malformé qui le condamne à boiter péniblement, il s’oriente vers une carrière ecclésiastique. Il devient évêque d’Autun en 1788, avant de rejoindre les rangs des révolutionnaires. Prudent, il quitte la France pendant la Terreur, puis revient après la chute de Robespierre pour devenir ministre. Riche, corrompu, il mène une vie fastueuse. Son intelligence fascine Napoléon, qui le choisit comme ministre des affaires étrangères. Talleyrand mène cependant un double jeu, entrant en relation avec les souverains étrangers. Ses intrigues provoquent la fureur de l’empereur, qui lui déclare : « vous êtes de la merde dans un bas de soie » - mais il demeure aussi insupportable qu’indispensable. Après la chute de Napoléon, il se rallie à Louis XVIII. Il poursuit sa carrière malgré son âge, et parvient à se faire nommer ambassadeur à Londres par Louis-Philippe en 1830. Haï par une partie de l’opinion publique qui le surnomme le « diable boiteux », celui qui a trahi tous les régimes, il meurt de vieillesse en 1838, riche et entouré par les siens dans son somptueux château. Il prédisait que sa mémoire ne laisserait pas les historiens indifférents : « On dit toujours de moi ou trop de mal ou trop de bien ; je jouis des honneurs de l’exagération » .
La carte de l’Europe est redessinée : la Russie obtient des avantages territoriaux (Finlande, Pologne), tout comme la Prusse, l’Angleterre récupère des points d’appui stratégiques pour sa flotte (Malte, île Maurice, Ceylan) et l’Autriche parvient à constituer un bloc compact au cœur de l’Europe centrale (Tyrol, Lombardie, Venise). La France est occupée par les armées étrangères, soumise à de lourdes indemnités de guerre et perd les territoires gagnés à l’occasion de ses conquêtes.
Mais les souverains n’écoutent pas les aspirations des peuples. De nombreuses populations sont intégrées de force à des royaumes où elles deviennent des minorités marginalisées : les Norvégiens sont incorporés à la Suède, les Polonais sont privés d’État, Italiens et Allemands demeurent morcelés en plusieurs pays… Cette surdité des diplomates européens va pousser ces différentes nationalités à revendiquer leurs aspirations de plus en plus fort.
Afin de protéger leurs décisions les souverains nouent une « Sainte-Alliance » : un ensemble de traités qui prévoit une assistance mutuelle entre des princes liés par leurs intérêts communs face au péril révolutionnaire. Les années qui suivent ne tardent pas à mettre à l’épreuve ce système diplomatique.
B. Le « concert européen » : une diplomatie internationale soumise à de nouvelles règles
Partout en Europe l’heure est à la Restauration contre-révolutionnaire. Son meilleur architecte est le chancelier autrichien Metternich , pour qui seul est légitime l’ordre ancien : son but est « le maintien de toutes les institutions existant légalement » . En somme : le passé, voilà l’avenir. Lorsque l’Espagne subit un épisode révolutionnaire en 1820, les armées autrichiennes, soutenues par la France, interviennent pour rétablir le pouvoir royal : elles sont victorieuses (bataille de Trocad éro ), et écrasent les libéraux espagnols. Toutefois, les monarchies européennes sont impuissantes quand les colonies espagnoles et portugaises d’Amérique latine se soulèvent pour obtenir leur indépendance, notamment à cause de l’hostilité des États-Unis du président Monroe à toute intervention européenne dans le Nouveau Monde ( doctrine Monroe ). Le principal acteur de cette sécession sud-américaine est le général Bolivar : il a séjourné en France, admire Napoléon et s’inspire des idées révolutionnaires.
C. Les souverains européens face à la question d’Orient
L’Empire ottoman, puissance dominante au sud-est de l’Europe et dans le monde musulman, est en pleine décadence au XIX e siècle. Le sultan rencontre de plus en plus de difficultés à maintenir son autorité sur les immenses territoires qu’il dirige. En 1820 les Grecs, soumis depuis quatre siècles à l’Empire, se soulèvent. En 1822 ils proclament leur indépendance. Mais les Turcs contre-attaquent et répriment brutalement ces révoltes. Divisés, les puissances européennes n’interviennent pas. Les massacres de Chios (1822) indignent cependant l’opinion publique européenne. Athènes capitule en 1827. Les Russes finissent par envoyer des troupes, suivis par les Français et les Anglais (bataille de Navarin). En 1830 l’Empire ottoman doit se résoudre à accorder l’indépendance à la Grèce. C’est un tournant car la solidarité des souverains a vécu : anglais, français et russes ont aidé des populations révoltées contre leur souverain légitime. Metternich s’inquiète : pour lui cette indépendance annonce une vague de révolutions en Europe. L’histoire se charge bientôt de lui donner raison.
Focus

Les massacres de Chios
 Chios est une île grecque riche et peuplée située à proximité des côtes turques. Lorsque le sultan apprend la présence de nombreux insurgés grecs qui appellent à lutter pour l’indépendance de la Grèce, il décide de faire un exemple : il envoie des milliers de soldats ravager l’île. Les ordres sont impitoyables : les soldats doivent tuer tous les hommes de plus de 12 ans, toutes les femmes de plus de 40 ans et tous les enfants de moins de 2 ans, les autres seront esclaves. Plus de 20 000 civils désarmés sont ainsi massacrés, sans compter ceux réduits en esclavage, encore plus nombreux. L’émotion est immense en Occident, d’autant que l’île est un carrefour commercial dans laquelle de nombreux hommes d’affaires ont des intérêts : elle suscite une vague puissante de philhellénisme (sympathie pour le peuple grec). En 1824 le peintre romantique français Eugène Delacroix peint une toile célèbre : Scène des massacres de Scio (Chios), montrant de malheureux Grecs allongés au sol sous la menace d’un cavalier ottoman triomphant. Victor Hugo en fait un poème tragique : l’enfant grec . Le célèbre poète anglais, Lord Byron, aussi romantique qu’audacieux, s’embarque pour la Grèce, pour y mourir, épuisé mais admiré, en 1824.
III. Une volonté irrépressible de poursuivre la Révolution en Europe
A. La circulation des idées nouvelles en Europe
Les idées révolutionnaires se sont dispersées dans tout le continent au fil des conquêtes françaises. Pour échapper à la surveillance des gouvernements les libéraux se rassemblent souvent au sein de sociétés secrètes. La charbonnerie (France) ou carbonarisme (Italie) permet à ses membres d’échanger leurs idées et d’essayer de déstabiliser les monarchies. En 1822 quatre jeunes sergents de La Rochelle conspirent maladroitement contre Louis XVIII : dénoncés, ils sont guillotinés à Paris, devenant pour les libéraux des martyrs de la liberté. En Russie de jeunes officiers gagnées aux idées nouvelles se réunissent et se mutinent contre le régime tsariste en décembre 1825 : le tsar Nicolas 1 er réprime durement cette insurrection décembriste . Après l’échec des révoltes italiennes Mazzini, un républicain décidé à favoriser l’unification de l’Italie, s’exile à Marseille et fonde la société Jeune Italie. Elle proclame dans son manifeste que « tous les hommes d’ une nation sont appelés, par la loi de Dieu et de l ’ humanité, à être libres, égaux et fr è res, et que la forme républicaine est la seule qui assure ce dessein » . Les monarques se méfient de ces sociétés qui échappent à leur surveillance : en 1833 Louis-Philippe dissout la Société des droits de l’homme, une association républicaine qui survit cependant dans la clandestinité.
Les journaux favorisent la diffusion de ces opinions, en dépit de la censure. La politique peut dès lors descendre vers les masses. Le National , fondé en 1830, joue ainsi un rôle important dans la chute de Charles X, mobilisant les journalistes contre l’interdiction de la liberté de la presse. Cette époque consacre aussi le rôle des caricaturistes, parmi lesquels Honoré Daumier est le plus célèbre. Il se moque de la censure en dessinant la tête de Louis-Philippe sous la forme d’une série de poires, ce qui participe à la désacralisation de la personne royale.
Le mouvement romantique , ce « mal de demi-siècle » touche l’ensemble des pays européens : il exalte les sentiments de l’individu en réaction au rationalisme du siècle précédent. Poètes, écrivains, peintes ou musiciens ébranlent l’art officiel, se faisant quelquefois l’écho des aspirations populaires. Victor Hugo écrit ainsi : « le romantisme, c’ est le libéralisme en littérature » .
B. L’essor du mo uveme nt des nationalités
La France est alors une exception en Europe : c’est un peuple regroupé au sein d’un État. Mais tous les peuples n’ont pas toujours un État, tandis que des États abritent plusieurs peuples… L’objectif de ce mouvement est donc de faire correspondre deux réalités distinctes : une nation, c’est-à-dire un groupe d’individus désireux de vivre sous les mêmes lois, partageant une langue, des origines et des traditions identiques, et un État, c’est-à-dire une organisation politique contrôlant un territoire précis. Or de nombreux groupes nationaux sont é parpill és en plusieurs États ou réduits à une simple minorité nationale au sein d’un vaste État. Tel est le cas de l’Autriche, qui compte en son sein une myriade de nationalités. La Révolution française défendait le droit de chaque peuple à disposer de lui-même, substituant l’amour de la patrie à celui du roi. En dépit de la restauration de l’ordre ancien les peuples européens n’entendent pas oublier cette promesse.
Les Polonais se soulèvent en 1831 contre le tsar russe : ils proclament leur indépendance en 1835. Mais l’armée russe est la plus forte, et réprime ces aspirations nationales. Les peuples chrétiens des Balkans veulent eux aussi se libérer de la tutelle des Ottomans : en 1829 les Serbes parviennent à obtenir une réelle autonomie. Les peuples allemands et italiens s’agitent à leur tour : dans plusieurs villes italiennes les troubles se multiplient, poussant l’Autriche à intervenir militairement dans la péninsule. Inquiets, les souverains se réunissent en 1833 et proclament leur droit de secourir tout souverain légitime qui ferait appel à leur concours.
C. Des poussées révolutionnaires croissantes
La révolution parisienne de juillet 1830 (les Trois Glorieuses) déclenche une vague de soulèvements à travers le continent. Dans le royaume des Pays-Bas le peuple belge se soulève contre le roi, en criant « Faisons comme les Français ! » : en 1830 la Belgique devient un nouvel État indépendant.
L’absence de libertés et le constat des inégalités favorisent la multiplication des soulèvements, en France comme ailleurs : en 1831 les ouvriers tisserands de Lyon, les canuts , se révoltent contre leurs patrons pour protester contre des conditions de travail épouvantables. Ils sont durement réprimés, mais la colère continue de gronder. En 1832, à l’occasion des funérailles du général Lamarque, des insurgés républicains tentent de renverser la monarchie de Juillet. Paris est mis en état de siège, le roi envoie l’armée pour combattre les Parisiens : on relève près d’un millier de morts. Ces tentatives de renversement de l’ordre établi passent aussi par des initiatives individuelles : en 1835 Fieschi fait éclater une machine infernale sur le passage du cortège royal, assassinant 18 personnes, mais manquant le roi.
Focus

La Liberté guidant le peuple
 Il s’agit sans doute du plus célèbre tableau d’Eugène Delacroix, intitulé à l’origine Scènes de barricades . Le peintre s’est inspiré des journées révolutionnaires des Trois Glorieuses pour réaliser cette œuvre à la fois réaliste et allégorique. Il peint en 1830 un groupe d’émeutiers franchissant une barricade pour partir à l’assaut des troupes de Charles X, marchant sur les cadavres des combattants tombés. Les émeutiers sont disparates : on remarque un bourgeois, un ouvrier, deux enfants des rues, un polytechnicien. Un nuage de fumée entoure la scène, mais l’œil est avant tout attiré par une figure féminine situé au centre du tableau. La poitrine découverte, brandissant un drapeau tricolore déployé, armée d’un fusil, elle se tourne vers les insurgés pour les encourager : elle représente la Liberté qui appelle les Français à lutter pour elle. Si représenter une idée abstraite par un personnage n’est pas très original au XIX e siècle, mêler cette allégorie à des individus de chair et de sang l’est bien davantage. Le tableau, en dépit des critiques subies à cause de sa violence, devient un symbole des aspirations populaires. Delacroix n’est pas un artiste très engagé dans la vie politique, mais ce tableau lui permet de témoigner de la ferveur révolutionnaire qui l’a frappé : « si je n’ai pas vaincu pour la patrie, au moins peindrai-je pour elle » .
En février 1848 Paris se couvre de barricades lorsque l’armée tire sur des manifestants : les républicains promènent les cadavres des victimes toute la nuit à la lueur des torches, enflammant les esprits. La Garde nationale passe du côté des insurgés : les chefs républicains proclament l’installation de la République (la deuxième après celle de 1792) à l’Hôtel de ville de Paris. En mars 1848 la révolution atteint l’empire austro-hongrois : Metternich s’enfuit et les libéraux parviennent au pouvoir. Les Hongrois obtiennent un gouvernement séparé, tout en restant dans l’empire. En mai 1848 Milan se soulève durant les « Cinq-Jours » contre les troupes autrichiennes, puis le Piémont soutenu par des milliers de patriotes prend la tête de la lutte contre l’Autriche. Mazzini dirige une République à Rome. Des troubles similaires éclatent en Allemagne, où une assemblée élue réunie à Francfort s’efforce de rédiger une Constitution. L’année 1848 est bien celle du « Printemps des peuples ». Mais ces révolutions tournent court : dans tout le continent la réaction des monarchies est victorieuse en quelques mois. Les Hongrois sont vaincus par les armées autrichiennes et russes. La répression triomphe aussi en Italie, où les patriotes sont écrasés par les armées autrichiennes et françaises.
Conclusion
La période qui court de 1815 à 1848 est donc traversée en France et en Europe par l’affrontement entre les forces favorables au maintien de l’ordre monarchique traditionnel et les partisans de changements politiques en faveur des nationalités et des libertés. Les changements politiques sont le reflet de l’évolution de ce rapport de forces. En 1848 la révolution semble triompher en France alors qu’elle expire dans le reste de l’Europe.


Fiche méthode

Méthode
Construire le plan d’une question problématisée
Sujet
⤷ « La Restauration en France et en Europe : 1815-1848 »
La question problématisée, quelquefois appelée composition, est un exercice classique mais exigeant qu’il convient de travailler durant votre année de Première. Pour réussir cette épreuve il est nécessaire de maîtriser d’abord les connaissances fondamentales , puisque nul document ne vous sera fourni pour servir de support à votre réflexion, mais aussi de faire preuve d’une méthode rigoureuse. Pour cela il suffit de suivre quelques règles simples, notamment lors de la construction de votre plan. Ne commencez jamais à rédiger d’emblée votre réponse au propre sur votre copie mais prenez d’abord le temps de rassembler et d’organiser vos idées : c’est une étape nécessaire qui exige une dizaine de minutes pour une question problématisée prévue sur une heure.

Méthode appliquée
1. Lire et comprendre le sujet
Il convient d’abord d’identifier les bornes chronologiques du sujet. Il faut démarrer la réflexion en 1815, donc à partir de la chute définitive de Napoléon I er après la défaite de Waterloo, qui sonne le glas de l’Empire français qui dominait jusqu’alors le continent. L’analyse doit s’arrêter en 1848, lorsqu’une vague de révolutions ébranle le continent et met les monarchies restaurées à rude épreuve. Ces dates sont importantes car si vous consacrez une partie de votre plan à des évènements qui se situent avant ou après ces bornes vous êtes en dehors du sujet : ce « hors-piste » pénalisera votre copie.
Il faut ensuite identifier les limites spatiales du sujet. Il n’y a pas de difficultés particulières ici puisque le sujet est précis : il s’agit de l’ensemble du continent européen. Il est donc possible d’évoquer le cas de l’Italie, de l’Autriche, de la Russie ou du Royaume-Uni. Le fait que la France soit précisée indique que votre réponse doit accorder une importance particulière à ce pays – ce qui correspond à la logique de ce chapitre. Par contre évoquer les États-Unis ou la Chine est évidemment hors sujet.
Il faut ensuite vérifier le sens des mots mentionnés par le sujet. Le terme « Restauration » renvoie au sens propre à l’action qui consiste à remettre en place un état précédent qui a été altéré. Pris dans son sens historique ce terme désigne la période de l’histoire de France qui voit le retour de la dynastie des Bourbons sur le trône de France. Dans un sens plus large la restauration évoque en Europe le reflux des mouvements révolutionnaires et la tutelle exercée par les souverains sur les différents peuples européens.
2. Rassembler vos idées, en évitant le hors sujet
Une fois le sujet compris, le temps est venu de fouiller dans votre mémoire pour choisir les connaissances que vous allez utiliser pour fabriquer votre plan. Le plus difficile est de jeter la première idée sur le papier : une fois ce premier pas effectué, les idées ont tendance à s’enchaîner car chacune en appelle une autre. Le plus simple est d’écrire les idées au fur et à mesure qu’elles viennent à l’esprit, en les classant selon leur nature : évènements, notions ou personnages historiques. Par exemple :
Évènements
Notions
Personnages
Congrès de Vienne (1814-1815)
Légitimisme
Talleyrand (diplomate)
Massacre de Chios (1822)
Ultras
Metternich (ministre)
Révolution des Trois Glorieuses (1830)
Libéralisme
Louis XVII et Charles X (souverains)
Charte de 1814 puis Charte révisée de 1830
Sainte-Alliance
Louis-Philippe (souverain)
Printemps des Peuples (1848)
Monarchie constitutionnelle
Mazzini (« Jeune Italie ») (révolutionnaire)
Terreur Blanche (1815)
Mouvement des nationalités
Delacroix (peintre)
L’idéal est de parvenir à rassembler une dizaine d’idées, afin d’avoir suffisamment d’éléments pour construire un plan détaillé. Il faut aussi savoir arrêter cette recherche d’idées : n’y consacrez pas plus de dix minutes, sinon vous n’aurez plus le temps de les développer.
Il est par contre très important d’écarter des idées qui sont en dehors du sujet, sinon des paragraphes entiers de la réponse seront hors sujet.
Exemples
Idées hors sujet
Robespierre
La prise de la Bastille (14-07-1789)
Le procès de Louis XVI
La révolution américaine
La traite des esclaves à travers l’Atlantique
Le Second Empire de Napoléon III (1852-1870)
3. Choisir votre problématique
Toutes les idées que vous avez rassemblées ont au moins un point commun. Il s’agit de l’identifier afin de saisir quel problème intellectuel se pose à l’historien qui veut comprendre l’époque étudiée. Cette question, appelée problématique , doit guider toute votre réflexion : chaque partie de votre plan doit fournir un élément de réponse. Pour cela il est nécessaire de la choisir avant de faire votre plan, et non après. Si vous n’en incluez pas une dans votre réponse le correcteur aura l’impression que vous récitez des connaissances sur le cours sans réellement essayer de résoudre un problème historique.
Conseil : essayez d’inclure les mots-clés du sujet à l’intérieur de votre problématique.
Exemple comment les souverains et les aristocrates tentent-ils de restaurer et de maintenir leur autorité sur les peuples européens, en dépit des idées révolutionnaires toujours présentes dans le continent entre 1815 et 1848 ?
Attention une question trop précise ne peut pas tenir lieu de problématique. Par exemple : quelles sont les décisions prises par les souverains lors du congrès de Vienne en 1815 ? Une question trop générale sera, elle aussi, insuffisante, par exemple : comment évolue le continent européen au XIX e siècle ?
4. Organiser vos idées pour répondre à votre problématique : le plan
Dernière étape de l’élaboration de votre plan : organiser vos idées en trois parties pour répondre à la problématique de façon logique. Il y a toujours plusieurs plans envisageables pour répondre à un seul et même sujet : ce qui importe avant tout c’est sa cohérence .
Voici une proposition :
I. L’objectif de la Restauration : le retour au pouvoir des souverains destitués ou fragilisés
A. La restauration de la dynastie des Bourbons en France : Louis XVIII puis Charles X…
B. La volonté de punir les révolutionnaires fauteurs de troubles : Terreur Blanche, exécution du maréchal Ney…
C. La défense des traditions et des privilèges séculaires en Europe : sacre de Charles X, indemnisation des nobles émigrés, rôle politique des aristocrates…
II. Les moyens de la Restauration : de nouvelles solidarités entre les souverains restaurés, la Sainte-Alliance
A. L’œuvre du Congrès de Vienne (1814-1815)
B. Le soutien aux souverains légitimes menacés : expédition d’Espagne (1823)…
C. La volonté de construire une paix durable en multipliant les alliances entre les monarchies européennes
III. Les défis de la Restauration : un ordre menacé par les poussées révolutionnaires populaires
A. La diffusion des idées libérales en Europe : sociétés secrètes, journaux, œuvres artistiques…
B. L’essor du mouvement des nationalités : Grèce, Belgique, Autriche…
C. Des pics révolutionnaires : 1830 et 1848
Faire un plan en deux parties est permis, mais il est préférable de s’entraîner à construire un plan en trois parties et trois sous-parties, car il est généralement plus complet et permet d’y inclure davantage de connaissances.
Une fois le plan élaboré au brouillon, l’heure est venue de commencer à rédiger votre devoir en débutant par l’introduction (voir fiche méthode suivante)


Sujet corrigé
Commentaire d’un document historique
Sujet
⤷ La Restauration vue par un chansonnier populaire, « le sacre de Charles le Simple » (chanson)
« Français, que Reims a réunis,
Criez : Montjoie et Saint-Denis !
On a refait la sainte ampoule,
Et, comme au temps de nos aïeux,
Des passereaux lâchés en foule
Dans l’église volent joyeux
D’un joug brisé ces vains présages
Font sourire sa majesté.

Le peuple s’écrie : Oiseaux, plus que nous soyez sages ;
Gardez bien, gardez bien votre liberté, (bis.)

Chamarré de vieux oripeaux,
Ce roi, grand avaleur d’impôts,
Marche entouré de ses fidèles,
Qui tous, en des temps moins heureux,
Ont suivi les drapeaux rebelles
D’un usurpateur généreux.
Un milliard les met en haleine :
C’est peu pour la fidélité.

Le peuple s’écrie : Oiseaux, nous payons notre chaîne ;
Gardez bien, gardez bien votre liberté.

Aux pieds de prélats cousus d’or
Charles dit son Confiteor.
On l’habille, on le baise, on l’huile,
Puis, au bruit des hymnes sacrés,
Il met la main sur l’Évangile (…)
Le peuple s’écrie : Oiseaux, voilà comme on gouverne ;
Gardez bien, gardez bien votre liberté.

De Charlemagne, en vrai luron,
Dès qu’il a mis le ceinturon,
Charles s’étend sur la poussière.
« Roi ! crie un soldat, levez-vous !
« Non, dit l’évêque ; et, par saint Pierre,
« Je te couronne, enrichis-nous.
« Ce qui vient de Dieu vient des prêtres.
« Vive la légitimité ! »

Le peuple s’écrie : Oiseaux, notre maître a des maîtres ;
Gardez bien, gardez bien votre liberté.

Oiseaux, ce roi miraculeux
Va guérir tous les scrofuleux.
Fuyez, vous qui, de son cortège,
Dissipez seuls l’ennui mortel :
Vous pourriez faire un sacrilège
En voltigeant sur cet autel.
Des bourreaux sont les sentinelles
Que pose ici la piété.

Le peuple s’écrie : Oiseaux, nous envions vos ailes ;
Gardez bien, gardez bien votre liberté, (bis.) »
Pierre-Jean de Béranger. Œuvres complètes de Béranger , H. Fournier, 1839, volume 2, p. 266-268. Texte disponible sur Wikisource.org .
Introduction
[Accroche] Béranger fut surnommé « l’homme-nation » par le poète Alphonse de Lamartine : rarement un chansonnier aura autant incarné les aspirations d’une époque. Lorsqu’un auteur populaire aux origines modestes s’intéresse à la plus solennelle des traditions monarchiques le résultat est corrosif. [ analyse du document] La chanson se compose de 5 couplets séparés par un refrain qui donne la parole au peuple. Béranger décrit avec force détails le sacre royal, qui a eu un important retentissement médiatique dans tout le pays. Il n’y a pas assisté lui-même mais les journaux en ont fait d’abondantes descriptions, et il rédige ce texte peu après cet évènement. Il alterne rimes plates (AABB) et rimes croisées (ABAB). La chanson témoigne d’un regard très critique, voire moqueur, vis-à-vis de cet évènement officiel, illustré par le choix du titre, très dépréciatif pour le souverain en titre : c’est une œuvre d’art engagée. Béranger compare de manière répétée dans son refrain la situation des Français avec celle des oiseaux, lâchés effectivement en masse dans la cathédrale le jour de la cérémonie pour respecter une vieille coutume. [ Auteur et contexte] Béranger (1780-1857) est déjà un chansonnier célèbre en France lorsqu’il rédige cette chanson. Il a déjà publié un recueil de ses chansons et n’hésite pas à afficher ses opinions libérales, c’est-à-dire favorables à l’idée que « toute la société politique doit être fondée sur la liberté » (René Rémond). Il a été emprisonné à plusieurs reprises par le pouvoir pour ses propos licencieux : cela ne le rend que plus populaire auprès du peuple. Sa source d’inspiration est ici un moment crucial de la Restauration en France : la décision de Charles X de se faire sacrer roi dans la cathédrale de Reims en 1825, pour perpétuer la tradition monarchique millénaire, en remettant en usage tous les usages anciens – ce que son défunt frère Louis XVIII n’avait pas osé faire. Il s’agit, symboliquement, de retourner à l’Ancien Régime en effaçant l’héritage révolutionnaire. Charles X a pris le temps d’y réfléchir : il devient roi en 1824 mais n’est sacré que le 29 mai 1825. [Problématique] Quelle vision de la monarchie restaurée des Bourbons l’auteur cherche-t-il à communiquer à ses auditeurs ? [Plan] Nous étudierons d’abord la description du sacré complétée au fil des couplets par le chansonnier (I), puis nous analyserons les critiques adressées à ce régime politique (II), avant de décrypter le message adressé à l’opinion publique française (III).
I. Un récit détaillé du sacre de Charles X
A. L e lieu du sacre
Béranger précise que la cérémonie est organisée à Reims (l.1) : ce choix répond à une double motivation de la part du roi. D’abord cela lui permet de s’inscrire dans la continuité de tous les rois de France qui ont reçu la couronne avant lui. Ensuite Reims fait écho au baptême de Clovis, roi des Francs, par l’évêque de Reims vers l’an 500 : un rappel de l’alliance millénaire entre la monarchie et l’Église catholique. La cérémonie se déroule plus exactement dans une église (l.6), un lieu consacré à Dieu.
B. L es participants du sacre
Charles X est évidemment au centre de la cérémonie : il sourit (l.8), marche (l.13), parle (l.22), prête serment (l.25), revêt les habits royaux (l.29) et part au contact du peuple (l.39).

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