Cours de linguistique du français
144 pages
Français

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Cours de linguistique du français

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Description

Cet ouvrage affiche trois objectifs : interpeller le locuteur sur son acte de mise en sens, informer l'allocutaire de la dimension sacrée du trésor commun qu'est la langue ; former tout usager de cette langue à la maîtrise des règles de grammaire.


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Informations

Publié par
Date de parution 02 novembre 2011
Nombre de lectures 303
EAN13 9782296472167
Langue Français
Poids de l'ouvrage 16 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0025€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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COURS DE LINGUISTIQUE DU FRANÇAIS
© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56413-8
EAN : 9782296564138

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
Magloire KOUASSI K.
Docteur d’État, Maître de Conférences


COURS DE LINGUISTIQUE DU FRANÇAIS

De la syntaxe à la sémantique
Introduction
La linguistique, d’une manière générale et la grammaire en particulier, défie le temps de la popularité provoquée par les progrès de l’informatique et s’enferme de plus en plus dans les arcanes des mythes anciens pour diverses raisons :

La machine aussi performante qu’elle soit se retrouve toujours et avant tout entre les mains savantes ou profanes d’un pensant qui, au gré de sa compétence langagière, peut lui aussi s’enfermer dans les contraintes contextuelles ou temporelles au point d’affecter dangereusement sa performance. Il en va du lapsus linguae ou calami dont les sources profondes sont, sans conteste notable, dues à l’émotion, à la grande joie, à la peur ou même à la colère, etc. ;

Le mépris des valeurs cardinales de l’orthodoxie langagière à partir de laquelle les classiques comme PIERRE De RONSARD et Du BELLAY s’affirmaient de fort belle manière ;

La tendance fâcheuse des contemporains à profaner le purisme au profit de la mathématisation de la vie à telle enseigne qu’on n’hésite pas à avouer sa faiblesse disant : « le temps n’est plus à la poésie » comme si parler bien ou écrire bien est une charge supplémentaire au fardeau que nous font porter les résidus de notre égoïsme ou ceux de notre complexe au double sens du terme. Les programmes consacrés à l’apprentissage de la grammaire s’amenuisent et l’aboutissement est toujours au forfait de la jeune génération ; surtout que l’allègement de l’orthographe opéré dans les années quatre vingt en est une raison motivée. Dorénavant, il paraît même être un sacrilège pour l’apprenant d’entendre de la bouche d’un universitaire averti d’user du « que je sursisse » ou « j’eusse sursis » comme si l’imparfait du subjonctif ou le conditionnel passé deuxième forme ne faisaient plus partie des temps verbaux consacrés dans les travaux de Gustave GUILLAUME. Encore si en rejetant ces temps si compliqués et trop valus, il pouvait convenablement dire ou écrire « que je sursoie » ou « je surseoirais » pour répondre présent au rendez-vous du donner et du recevoir du présent hautement fugace à cause de sa grande variété (nous y reviendrons).
Pourtant, que d’intérêt aurons-nous à maîtriser la langue de MOLIERE aux fins de rendre notre visage agréable à notre allocutaire qui s’efforcerait certainement de nous écouter et nous comprendre pour notre seul intérêt ! Rien ne prescrit cette vérité tant il est vrai, la langue, selon Ferdinand De SAUSSURE, est un code que possède une communauté et dont elle use pour l’acte de mise en sens. De toute évidence que la parole, en tant que manifestation et acte individuel de ce trésor commun, ne peut être que le pendant d’un apprentissage ardu ; l’homme étant, par essence, fond et forme, que disons-nous nature et culture, mais surtout un relent de culture aux dépens de sa nature assez précaire. En proposant ici le cours de Linguistique du français : de la syntaxe à la sémantique , nous entendons insister sur la nécessité de redorer le blason de l’esthétique langagière dans un monde où, à force de vouloir le bien vite et bien, l’on a perdu la valeur du beau en un temps record. Peut-être faudrait-il aussi et surtout manifester les fondements de cette nouvelle quête au risque de voir paraître ce tour d’ivoire superfétatoire aux élèves et étudiants qui n’ont que trop peu de temps à perdre dans une bibliothèque.
Chapitre Premier Le langage : un acte de principe sacré
Nous nous proposons, dans ce chapitre, de ne parler que de la langue française qui est notre outil de travail ; les autres langues ne pourront nous intéresser que pour un besoin fort sporadique. En tout état de cause, parler ou écrire est un acte hautement sacré qui nécessite des précautions ou des dispositions fondées sur des règles préétablies. C’est vrai que la parole, en tant qu’elle est la manifestation du trésor collectif qu’est la langue, est, selon P. BARUCCO, « un emploi particulier », nous voulons dire un acte dans lequel le locuteur, par des signes très appropriés, s’engage en engageant très souvent sinon toujours l’allocutaire. Dans un cas comme dans l’autre, la probabilité, qui diversement s’offre aux usagers de la langue pour que dans cette « liberté d’exploitation de ladite langue » les uns se distinguent des autres, est toujours sous l’œil vigilant de « signes très appropriés » si ce n’est des contraintes prescrites par des règles qui ont donné naissance à la grammaire normative. La règle, lorsqu’elle est sommation, devient une loi qui couvre une dimension universelle même si la langue, donc support de la parole, baigne dans une dynamique qui fait que Blaise PASCAL aura toujours raison de penser que « vérité au deçà des Pyrènes, erreur au delà ». Justement, nous fondant sur le principe de cette dynamique de la langue, il est de bon aloi que ce caractère sacré dont nous parlons intéresse deux axes fédérateurs : le sacré diachronique et le sacré synchronique.
I. A. Le sacré diachronique
Nous nous gardons de faire l’historique de la langue française consacrée dans les cours de lexicologie qui situent l’essence même de la langue telle que parlée de nos jours aux confluents du latin, du grec et des autres langues comme l’espagnol, l’anglais, l’arabe ou l’allemand. Nous partirons de quelques items tout aussi simples mais indispensables à la fluidité syntaxique du français pour en établir le caractère sacré de son origine.
I.A.1. La préposition : un item à l’origine éminemment sacrée
Sous le coup d’un choix arbitraire, la préposition se trouve ainsi privilégiée. Autrement dit, toutes les catégories grammaticales répondent du même principe et au cours de nos analyses, les preuves sauront démontrer la véracité des faits. En attendant, observons l’axe combinatoire des deux énoncés ci-dessous :

(1) L’homme dieu entend transformer le monde.
(2) L’homme de Dieu entend transformer le monde.

L’histoire de la langue française a établi diachroniquement que les prépositions, notamment « à » et « de », d’origine latine, n’étaient pas de l’usage du français jusqu’au 14 ème siècle. Elles n’ont vu le jour, dans la réalité française, qu’au 15 ème siècle. De la sorte et à cette époque, une phrase comme (1) donnerait les interprétations en (1a) et en (1b) :
:
(1) L’homme dieu entend transformer le monde.
(1a) L’homme qui est de Dieu entend transformer le monde.
(1b) L’homme qui est d’origine divine entend transformer le monde.

Dans les deux cas ou dans d’autres cas éventuels, s’imposera toujours l’idée de relation entre Dieu et l’homme. C’est cette idée qui est agréablement rendue par l’énoncé de l’exemple ci-après :

( 2) L’homme de Dieu entend transformer le monde.

Mais cet exemple (1), proposé dans le contexte actuel, ne se prêterait aux interprétations ni du type (1a) ni du type (1b). C’est que l’absence de la préposition « de », de nos jours, provoque des réactions nouvelles de l’interlocuteur qui aurait tendance à dire :

(1c) L’homme est un dieu qui entend transformer le monde.

Etre dieu et être enfant de Dieu ou d’origine divine convoquent deux situations bien nuancées si elles ne sont contradictoires. Nuance ou contradiction, les énoncés (1) et (2) entrent en conflit de sens à cause de la présence ou de la non présence de la préposition « de ». N’est-ce pas affirmer que la langue française aura été pauvre ou appauvrie par ce manque à gagner ? Introduire donc ces items pour rectifier le tir aurait été salvateur, donc sacré pour les usagers de cette langue.
I.A.2. La préposition : un item à la syntaxe sacrée
Dans le manuel de linguistique appliquée , A. COPPEL et alii, en traitant de la combinaison des sons, ont défini la syntaxe du français comme une chaîne parlée, c’est-à-dire un système dans lequel s’incrustent trois types de combinaisons à la fois phonétique, syntagmatique et syntaxique. Nous parlons bien de système ; conséquence logique des règles étroitement liées à l’effet de bienséance et de bon sens que recherche le tenant du discours. Du coup, des exemples comme les suivants :

*(3) Sl’mmhirl’peioerae.
*(4) L’air respire l’homme.
(5) L’homme respire l’air.

s’apprécient différemment au nom du but de la communication qui est « dire et bien dire pour se faire comprendre ». Ce but, apparemment simple mais exigeant, appelle à deux précautions majeures :

A-2-a. La contrainte phonétique

Tous les sons qu’émet l’usager de la langue obéissent à une logique de convenance et de sens. Convenance dans la mesure où tous les sons émis ne sont pas nécessairement audibles ou s’ils l’étaient, ils le sont de manière désagréable.
Il est presque impossible de prononcer l’exemple (3) au nom de la disconvenance tant phonique, syntagmatique que syntaxique. En revanche, il est plus aisé de lire les exemples (4) et (5). Cette aisance de lecture des exemples (4) et (5) s’explique par le fait du respect scrupuleux de la combinaison des lettres associant, comme il le faut, consonnes et voyelles pour donner une phonation agréable. Evidemment, de cette lisibilité des énoncés (4) et (5) apparaît une distinction qui, elle, appelle à la question de sens due à la sélection des items sur l’axe syntagmatique.

A-2-b. La contrainte syntagmatique

Il n’est pas de doute que les exigences phoniques impliquent bien des réalités syntagmatiques, c’est-à-dire la nécessité pour le locuteur de ne pas seulement pouvoir émettre des sons audibles et/ou agréables. Mais ces sons audibles et agréables doivent correspondre à une réalité fonctionnelle. Des items comme :

*(6) Aurtographe,
*(7) Ortographe,
*(8) Orthografe,
(9) Orthographe.

se prononcent presque de la même manière et jouissent, par voie de conséquence, de la même teneur phonique. Pourtant, ils n’ont ni les mêmes ferveurs syntagmatiques ni sémantiques et pour des raisons grammaticales absolument motivées. Dans l’item [ orthographe ], se trouve la conjonction de deux mots :

[ Ortho et Graphème ].

L’orthodoxie implique tout ce qui relève d’un caractère orthodoxe. Or, tout ce qui relève de l’orthodoxe tient lieu de dogme ou de fait indubitable parce que vrai. C’est de ce morphème qu’est tiré le radical ortho auquel l’on a ajouté la particule graphe qui, elle-même, provient du latin graphème, c’est-à-dire propre à la plume ou à l’écriture. Du coup, le morphème orthographe qui signifie, en tout cas à en croire l’analyse plus haut, l’écriture vraie ou l’écriture indiscutable, ne peut s’écrire autrement que ce qui est présenté dans l’exemple (9), du moins si nous voulons nous conformer à l’étymologie de l’exercice qu’affectionnent tant les puristes.
Mais ces écritures fausses et vraies existent bel et bien dans un endroit latent que le générativiste appelle l’axe des paradigmes. Pour parler ou écrire, l’usager de la langue doit opérer un choix entre le vrai et le faux. Ici, se trouve un premier niveau d’effort à faire. Le second niveau d’effort à faire est celui de la combinaison des mots. On parle alors de la contrainte syntaxique.

A-2-c. La contrainte syntaxique

Ils sont peu nombreux ceux qui, aujourd’hui, définiraient la syntaxe autrement que la combinaison des mots de la langue pour en constituer une phrase. Mais peu d’entre eux aussi auraient été ceux qui ont la perspicacité nécessaire pour cerner la quintessence de la notion de phrase. C’est à juste titre donc qu’il doit falloir s’arrêter à mi-chemin pour voir et savoir les vertus propres à une phrase tant il est vrai : si toute phrase est sans conteste notable le résultat de la combinaison des mots d’une langue donnée, toutes les combinaisons des mots d’une langue donnée ne font pas ipso facto droit à des phrases ; à tout le moins à des phrases acceptables. Les exemples (4) et (5) en sont des expressions prototypiques. D’un point de vue nominal, (4) est identique à (5). Pourtant, d’un point de vue logique et sémantique, l’exemple (4) est jugé non acceptable alors que (5) l’est et de très fort belle manière. Jean DUBOIS et René LAGANE, en définissant la phrase comme étant « la combinaison des mots d’une certaine manière pour donner un certain sens », semblent revêtir la phrase de tous ses attributs ; lesquels attributs, à partir des séquences de phrases ci-dessous, seront rappelés cas par cas.

(10) L’orthographe répond bien à mes soucis.
*(11) L’aurtografe répond bien à mes soucis.
*(12) L’orthographe repond bien à mes soucis.
*(13) L’orthographe répond bien a mes soucis.
*(14) L’orthographe répond bien à mes souci.

L’énoncé (10) obéit à toutes les prescriptions langagières et est, par voie de conséquence, reconnu comme une phrase acceptable dans la mesure où il répond à tous les critères dont la contrainte phonique, phonologique, syntaxique et grammaticale. Les énoncés (11), (12), (13) et (14), quant à eux, souffrent de la non acceptabilité et pour des raisons diverses :

● La contrainte de l’orthodoxie

En (11) par exemple, l’orthographe de l’item [ orthographe ] n’a pas tenu compte de la synchronie hautement sacrée de sorte qu’on ne retrouve ni le principe de l’orthodoxie ni les attributs du graphème.

● La contrainte phonique

Il est évident que le son qu’émet l’usager de la langue tient compte des paramètres divers dont celui du sens (voir supra). Celui qui parle pour ne pas être saisi tel qu’il le voulait n’aurait été utile ni à lui-même ni à autrui souventes fois exigent.

Dans l’exemple (12), si les deux contraintes sus mentionnées sont respectées, le manque de l’accent aigu sur la voyelle « e » rend le verbe’‘ répondre’‘ non-sens. C’est donc dire que la phonation n’est pas seulement un fait d’éthique sonore mais aussi et surtout sémantique. Mais la sémantique, elle-même, a une histoire ; nous voulons dire une origine. Les usagers de la langue française n’ont, aujourd’hui, aucun soupçon de dire : « je vais à la station pour m’approvisionner en carburant. » Tout bien considéré, ce vocable provient de l’anglais « station » parce que dans la tradition anglaise, il a été créé un espace dégagé où les automobilistes s’arrêtaient pour s’approvisionner en carburant. D’où l’expression : « I’m going to a filling station ». Les français parlent de plus en plus d’essencerie telle que l’a préconisé SENGHOR à l’académie française et ils ont certainement raison. Ces espaces, autre fois appelés station, ne sont rien d’autres que des lieux d’essence, du moins à forte dominance. Observation toute tranchée qui rend compte de la langue akan à forte dose onomatopéique. Ainsi conventionnellement, associe-t-on un signifiant qui lui-même appelle à un signifié. Les Baoulé appellent :

(15) Le poulet/ Aco à cause de son chant « cococo » ;
(16) Le chat huant/ Kpanhakla qui signifie : « qui crie fort » ;
(17) Le Blanc/Blofouè qui signifie : « qui est clair » .

Passer donc le signe d’un mot à un autre est un crime grammatical et les puristes en souffrent et souffriront toujours de la nouvelle réforme orthographique introduite dans la langue française.

● La contrainte grammaticale

Enfin, en (13) et en (14), le problème s’exprime en termes de non-respect des principes grammaticaux et non subordonné à un fait de phonation. De fait l’item « a », dans sa fonction de préposition ou de copule comme de verbe, se prononce de la même manière mais ne s’écrit pas de la même façon. On sait par éthique grammaticale que la préposition « à » porte toujours un accent grave tandis que « a » en tant que copule ou verbe n’en porte jamais. Or, l’usage du verbe « répondre » appelle directement ou indirectement à l’emploi d’un syntagme prépositionnel ; ce qui suppose la présence d’une préposition en lieu et place d’une copule ou d’un verbe « avoir ». Ecrire « à » tel qu’il est constaté de voir dans l’exemple (13) provoque une entorse grave à l’élégance langagière. La même insuffisance grammaticale est imputable à l’absence du pluriel au complément prépositionnel « à mes soucis ». Ne pas accorder le syntagme nominal « mes soucis » implique une ignorance qui peut se démontrer, en amont, par la différence qu’on se garde maladroitement de faire entre un groupe nominal et un syntagme nominal. Pourtant que ces deux items ne peuvent, ni de près ni de loin, être identiques et ce, pour les raisons que voici :

Le syntagme nominal donne la structure syntagmatique suivante :

(SN) No + GN

Le nombre (No) est une partie intégrante du SN sans lequel le SN aurait été le corps humain sans le souffle de vie. Nous disons :

(18) Un anim al /Des anim aux ;
(19) Un chev al blanc /Des chev aux blanc s ;
(20) Un cha t /Des cha ts.

parce que nous avons tenu compte de l’existence de ce nombre (No). No se distingue donc du groupe nominal qui, lui, se réécrit comme suit :

GN Dét + N + (Modif)*

Justement, dans cette composition, nous remarquons que le nombre influence un autre élément du GN ; le déterminant (Dét) et peut, selon des cas sélectifs, influencer le modificateur du nom.

(18) Un animal / Des animaux ;
(19) Un cheval blanc / Des chevaux blan cs.

Le cas de l’influence est, au niveau du modificateur du nom, sélectif d’autant qu’il en existe une catégorie : le complément du nom qui échappe à ce contrôle. Cette exception vient confirmer la règle pour rendre la vitalité du dynamisme de la langue, dont l’aspect diachronique en est le gage, plus expressive.
I.B. Le sacré synchronique
La langue est dite dynamique parce qu’elle évolue de concert avec la communauté dont elle est le support privilégié. Mais cette communauté ne fonctionne pas ex-nihilo. Toute société est tributaire des lois et des règles qui garantissent son bon fonctionnement. Nous sommes à comprendre donc que l’outil de communication, c’est-à-dire le moyen de transmission d’idées entre les hommes de cette communauté, est également régi par la même rigueur de la loi.
A l’origine, certaines professions étaient exclusivement réservées aux hommes. Les femmes en étaient privées et, de ce point de vue, rien de nominatif n’avait été prévu pour elles.
Aujourd’hui, les mutations perpétuelles ne se font pas à l’écart de ces femmes prêtes à égaler et même dépasser les hommes. Il est donc normal que la langue, à partir du lexique, tienne compte de ce changement. Toutefois que ce changement ne tombe point sous le coup des entorses diverses et diversifiées que nous constatons deçà, delà. Malheureusement, on entend souvent dire :

*(21) Madame la ministre ;
*(22) Madame la directrice ;
*(23) Madame l’ambassadrice, etc.

Pourtant, les tenants de cette thèse nouvelle se gardent de dire :

*(24) Madame la professeuse ;
*(25) Madame la policière ;
*(26) Madame la médecine.

La langue doit évoluer dans le temps et dans l’espace, nous l’avons affirmé plus haut. Mais encore faudrait-il que cette dynamique suive une logique, gage de toute impossibilité de remise en cause. Pour y parvenir, il importe d’interroger toujours la source du mot. Tout comme nous l’avons démontré pour l’item « orthographe », nous pouvons multiplier les exemples. La difficulté qui semble prendre le pas sur la raison des hommes, de nos jours, tient à la différence qu’ils n’ont encore pu faire entre :

La femme qui exerce le travail du ministre
qu’ils appellent maladroitement :

(21) Madame la ministre ;

Celle qui exerce la fonction de directeur qualifiée à tort de :

(22) Madame la directrice ;

Egalement, la femme qui exerce la fonction d’ambassadeur qu’ils appellent :

(23) Madame l’ambassadrice ( … )
Et
La femme du ministre qui est appelée :

(21a) Madame du ministre ;

La femme du directeur qui est appelée :

(22a) Madame du directeur ;

La femme de l’ambassadeur qu’on appelle :

(23a) Madame de l’ambassadeur.

Tel qu’il est établi, il paraît loisible de dire :

(21b) Madame le ministre,

pour désigner celle qui exerce la fonction du ministre ;

(22b) Madame le directeur,

pour désigner cette autre qui fait la même chose que monsieur le directeur ;

(23b) Madame l’ambassadeur,

qui s’adresse à la dame qui tient la tête de l’ambassade dans un pays. De la même manière qu’on dira :

(24a) Madame le professeur ;
(25a) Madame le policier ;
(26a) Madame le médecin.

La langue française souffre autant de la trop grande liberté que des fantaisies de toute nature. D’aucuns penseraient que ces fantaisies magnifient sa trop grande audience. Auraient-ils raison d’y penser ? Auraient-ils également tort de penser que des fantaisies naissent des vocables pluriels mais moins valus ? Les conséquences sont diversement comptabilisées et nombreux sont les puristes qui se meurent devant la mort brutale de certains mots. De toutes les façons, dans la jauge où se mesure la grandeur des sociétés, on retrouve, pourquoi pas au premier plan, la langue. C’est, nous semble-t-il, l’un des attraits de l’affirmation de BUFFON disant : « le style, c’est l’homme même. » Les latins de dire : « Oratio vultus animi. » et ils ne traduisent que ce qui est puisqu’au bout du compte, le style n’est que la manifestation nécessaire de l’intériorité spirituelle du tenant du discours. C’est pourquoi, tout en traitant de la dimension sacrée de la langue dans un espace donné, nous nous proposons d’insister sur deux aspects essentiels :

● Le transcendant de l’existant ;
● Le transcendant de ce qui doit exister.
I.B.1.Le transcendant de l’existant
« Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ». Ce principe qui a rendu célèbre LAVOISIER, ne valide pas que le domaine de la physique. Tout ce qui respire la vie est d’abord existence et ré-existence ensuite et jamais enfin. De fait, tout se meut dans une dynamique qui tient toujours compte du d’abord sans fin. En rappelant que la langue française s’est enrichie du vocabulaire d’autres langues, nous avons mis un accent particulier sur les prépositions d’origine latine. Mais ces prépositions ne sont pas restées statiques. A partir de cet emprunt, il y a eu d’autres mots de la même classe. Peut-être faudrait-il parler de création, mais une création qui est tributaire d’un existant indubitable et les preuves sont tangibles à l’observation attentive de ces séquences de phrases qui suivent :

(27) Les enfants, à la maison, se mettent toujours à côté de leur nourrice.
(28) En lieu et place d’un chien enragé, il a préféré un chat aimable.
(29) Il revenait de l’école, sûr que les choses iraient au mieux.

La préposition vide « à », introduisant le complément circonstanciel de lieu « la maison », constitue la base de la création de la locution prépositive « à côté de ». De la même manière, « au » est la conjugaison de la préposition « à » et du déterminant « le ». C’est donc démontrer que quel que soit l’existant nouveau, il y a toujours un existant ancien qui sous-tend cette nouvelle création. Evidemment, cet existant nouveau, lui également, s’impose dès qu’il apparaît comme incontournable à d’autres créations.
I.B.2. Le transcendant de ce qui doit exister
« Rien ne se crée, rien ne se perd tout se transforme », c’est une vérité, pourrait-on dire, péremptoire parce que tout évolue par tissus d’erreurs. A chaque instant de la vie, le monde se peaufine par les remises en questions perpétuelles qui aboutissent à des fins révolutionnaires de grandes envergures. La locomotive a été mise en marche à partir de la houille. Mais cet engin, si serviable et aimable parce que utile, s’est amélioré au fil du temps et certainement sous le regard critique des techniciens naissants. Il en est de même de la langue en général et de la langue française en particulier. Pour s’en rendre compte, il suffit de scruter de fond en comble les exemples qui suivent :

(30 ) Je te veux voir.
(31) Je veux te voir.

A l’origine, cette manière de parler (voir exemple 30) rimait avec le quotidien attendu qu’elle respectait là une certaine éthique. Pour les classiques, en effet, le complément d’objet « te » doit précéder le verbe étant donné son importance relativement au locuteur qui parle et celui pour qui il parle. La préséance, dit-on, a valeur cardinale. De nos jours, cette préséance est battue en brèche pour faire place à la contrainte syntaxique qui stipule que toute phrase de type déclaratif obéit à la structure linéaire au nom de laquelle il faut écrire :

P SN+SV+ (SP)*

Ou plus spécifiquement :

P S +V +C

En considérant que le verbe conjugué, dans les séquences de phrases (30) et (31), est « vouloir », « te » s’impose comme étant le complément. Les arguments qui militent en faveur de cette combinaison syntaxique ne manquent pas de pertinence. La phrase minimale dite absolue ne se réduit pas aux : S+C, mais plutôt aux : SN +SV ou plus spécifiquement aux S + V. Les générativistes diront que (30a) est non acceptable alors que (30b) et (31a) sont tout à fait acceptables.

*(30a) Je te.
(30b) Je veux.
(31a) Je veux voir.

En tout état de cause, l’existant n’a pas disparu au sens de la négation totale. Il existe toujours mais sous une autre forme ; la forme dite moderne qui, autant que l’ancienne, se trouve régie par des règles. Peut-être viendra-t-il un jour où le modèle d’aujourd’hui sera vu comme un autre tissu d’erreurs ; mais des erreurs qui serviront de base à d’autres théories syntaxiques. C’est, nous semble-t-il, ce que Jean Paul SARTRE convient de qualifier d’« être en perpétuelle situation ». Mais une perpétuelle situation qui ne se réalise pas au gré du hasard encore moins à celui des humeurs du temps extrêmement fugace. Voilà autant d’arguments que de raisons qui fondent l’insistance sur les piliers phrastiques dont l’unique objet n’est autre que de prévenir tout locuteur apprenant ou averti qui, croyant pouvoir sonder les alibis de la langue, se perd bien souvent sinon toujours dans les méandres des règles de la syntaxe trop rigides. Malheureusement la langue, de quelle que nature que ce soit, est à la fois belle et rebelle. Elle nous paraît belle lorsque, pétri de talent, le tenant du discours la manipule à souhait et dans l’admiration de ceux qui l’écoutent. Rebelle, elle ne manque guère de l’être pour ce que tout se dit au mépris des règles élémentaires. C’est dans l’optique d’estomper le mal qui, sans y prendre garde, risque de gangrener l’apprenant, que nous trouvons nécessaire d’ouvrir un pan de réflexion sur les fondements de l’acte de mise en sens.
Chapitre 2 Les fondements de l’acte de mise en sens
Combien sont-ils, enseignants ou étudiants, élèves ou simples usagers de la langue, qui prennent de leur temps à discuter en tête à tête avec la ponctuation qui représente pour le locuteur ce que vaut la fondation pour une maison ou mieux ce qu’est le code de la route pour un conducteur ? L’usage que nous faisons de la ponctuation tient, en partie, de l’habitude qui, bien souvent hélas, nous plonge dans des labyrinthes langagiers. Pourtant, les ouvrages qui consacrent le sujet ne sont pas rares et auraient pu nous éviter l’indiscipline dont les conséquences notoires, nous les connaissons, concourent à des accidents malheureux. Si à l’oral, les séquences de phrases ci-dessous ont valeur égale en termes de degré d’acceptabilité, à l’écrit, en revanche, la différence est sans appel et pour cause :

*(32) Ainsi les plus vaillants ont été désignés.
(33) Ainsi , les plus vaillants ont été désignés.
*(34) Ainsi les plus vaillants ont été désignés !
(35) Ainsi les plus vaillants ont-ils été désignés ?
(36) Ainsi les plus vaillants ont-ils été désignés.

Abstraction faite de la tonalité qu’imposent le point d’interrogation et le point d’exclamation, suppression consciente ou inconsciente faite des pronoms de rappel « ils », nous admettons de ranger les exemples (32), (33), (34), (35) et (36) dans la même loge surtout que toutes, elles sont introduites par l’adverbe de liaison « ainsi » qui débute les phrases. Pourtant, ces séquences de phrases se distinguent les unes des autres eu égard au rôle que jouent les diverses ponctuations. Peut-être faudrait-il les décrire, cas par cas, pour voir et savoir la pesanteur de la ponctuation dans l’acceptabilité ou la non acceptabilité de chacune d’elles. Mais par avance, nous retiendrons, parce que nous tenons compte de la présence de certains signes comme les astérisques qui précèdent des exemples, que les phrases (32) et (34) sont jugées non acceptables pendant que (33), (35) et (36) apparaissent comme acceptables. Mieux, dans cette acceptabilité, d’autres taxinomies méritent d’être opérées et ce, au prorata des exigences de la ponctuation.

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