Du discours comme champ au corpus comme terrain
66 pages
Français

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Du discours comme champ au corpus comme terrain

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Description

Pour l'analyse du discours, le matériau recueilli par le linguiste constitue un « terrain » qu'il s'agit d'appréhender pour pouvoir l'interroger. Cet ouvrage valorise donc la constitution de corpus comme terrains d'analyse, selon une méthode fondée sur la variation, avec une attention portée aux formes sociodiscursives. Elle s'incarne dans la constitution de corpus numériques et l'usage d'outils informatiques, tout en conservant le souci constant d'une prise en compte raisonnée de la matérialité discursive et plus largement sémiotique.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 16 avril 2018
Nombre de lectures 3
EAN13 9782336838694
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Collection « Humanités numériques »
Collection « Humanités numériques »
dirigée par Julien Longhi
Les humanités numériques connaissent un développement croissant, et deviennent un centre d’intérêt de plus en plus important et partagé (par les chercheurs, mais aussi les institutions, les politiques publiques, les professionnels de l’éducation, etc.). Mais derrière cette dénomination, force est de constater qu’une pluralité d’objets, de pratiques, de méthodes, et d’objectifs, peuvent s’incarner. L’objectif de cette collection « Humanités Numériques », est de proposer un espace capable de se saisir des problématiques et travaux actuels sur le renouvellement des humanités via le numérique, des dispositifs techniques vis-à-vis de la transmission et la circulation des connaissances, des différentes appréhensions du numérique, ou encore de l’accès aux savoirs au regard de la médiation symbolique, sémiotique, et technologique des nouveaux médias et supports. Elle est donc un lieu de production de savoirs transversal des stricts champs disciplinaires académiques, et s’intéresse aux sciences du langage, à l’information-communication, à la sociologie, aux sciences politiques, à l’informatique, aux sciences de l’éducation, à la philosophie, à l’anthropologie, etc. avec pour dénominateur commun le croisement des humanités et du numérique.
La collection encourage donc la publication de monographies, d’essais, d’ouvrages collectifs, d’actes de journées ou de colloques, qui donneront à voir des recherches ou pratiques originales dans l’appréhension des objets culturels, textuels, politiques, sociaux, en lien avec leur appréhension, diffusion, réception, numérique.
Dernières parutions
Roland CANU, Johann CHAULET, Caroline DATCHARY, Julien FIGEAC (dir.), Critiques du numérique , 2018.
Magali GUARESI, Parler au féminin, Les professions de foi des député.e.s sous la Cinquième République (1958-2007) , 2018.
Julien LONGHI et Jonathan WEBER (dir.), La communication numérique, du code a l’information, 2017.
Luciana RADUT-GAGHI, Denisa-Adriana OPREA et Axel BOURSIER (dir.), L’Europe dans les médias en ligne, 2017.
Titre
Julien Longhi





Du discours comme champ au corpus comme terrain
Contribution méthodologique à l’analyse sémantique du discours
Copyright




















© L’Harmattan, 2018
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
EAN Epub : 978-2-336-83869-4
I. I NTRODUCTION Contexte et exigences pour une analyse du discours empirique et outillée
1) P LUSIEURS MANIÈRES D’ABORDER LA QUESTION DU SENS EN ANALYSE DU DISCOURS
Le syntagme « analyse du discours » recouvre une pluralité d’approches, liées à des enjeux historiques, institutionnels, académiques, etc. Il y a derrière la dénomination de cette discipline une grande hétérogénéité, qu’il est utile de circonscrire. En particulier, il y a plusieurs manières de pratiquer l’AD, et également plusieurs angles de pratique de celle-ci à partir de disciplines voisines, voire intimement liées.
A. L’AD du mot-pivot ou l’écologie du discours
Il existe une certaine tension entre deux manières d’aborder le discours 1 . Dans la lignée de l’Ecole française d’Analyse du discours, une première approche consiste à se centrer sur des marqueurs spécifiques, lexicaux en particulier, pour en étudier le déploiement dans des contextes discursifs. Centrée sur les mots-pivots, elle est notamment celle qui a présidé à la constitution de logiciels de lexicométrie, avec lesquels on peut saisir à travers de grands corpus la répartition des unités dans leur environnement syntagmatique : on peut ainsi avoir accès aux cooccurrences, à la proximité des formes avec d’autres formes, etc. Cette approche donne des résultats tout à fait intéressants car elle permet de faire ressortir des aspects invisibles « à l’œil nu ». Cependant, elle permet difficilement de saisir la spécificité de ces formes dans le fil du discours : la textualité est peu accessible, les progressions thématiques peuvent être masquées, et les aspects liés à l’interdiscursivité par exemple peuvent être lissés par le regard prioritairement statistique qui est alors porté. Ces difficultés sont d’ailleurs une source d’inspiration pour les concepteurs de logiciels, qui réalisent des fonctionnalités de plus en plus sophistiquées pour approcher ces besoins.
Une autre approche consiste à appréhender le discours plutôt comme un phénomène que comme une manifestation, et à le considérer donc comme un objet plutôt que comme le lieu de réalisation de phénomènes spécifiques. On peut arriver, par la récurrence des observations, par la pratique également de ces discours, et par l’étude du rapport entre les sujets parlants et les discours, à caractériser ce qui définit le fonctionnement du discours, situé dans la pratique sociale qui le conditionne. Cette approche entend donc saisir qualitativement ce qu’est un discours, dans sa complexité et selon ses différentes modalités : c’est pourquoi le recours aux corpus n’est pas préconisé (voir Paveau 2013) puisqu’ils ne seraient pas de nature à rendre suffisamment compte de ce que recouvre le discours.
Notre objectif est donc de tenir compte des objectifs de ces deux manières de faire de l’AD, et de les faire dialoguer grâce au concept d’objet discursif. En effet, un objet discursif peut d’une certaine manière permettre des analyses semblables à celles menées sur des mots-pivots : tel élément lexical peut, dans la Théorie des objets discursifs (désormais TOD), être considéré comme un objet discursif spécifique. Cependant, dans la manière dont il sera analysé, il ouvrira sur le discours dans sa globalité, et permettra de saisir les diverses strates qui contribuent à la construction du sens, et qui déterminent également la portée sociale de cette unité. Il s’agirait donc d’une AD à la fois très linguistique (et matérialiste au sens où c’est le matériau linguistique qui constitue le discours) et sociodiscursive (au sens où les discours sont considérés comme des pratiques sociales) .
B. L’interdisciplinarité intrinsèque de l’AD
Une difficulté pour se positionner dans le champ de l’AD, et plus précisément dans la sémantique du discours, réside dans le fait que plusieurs disciplines la traversent, et rejoignent partiellement mes propres interrogations. C’est le cas par exemple :
– De la linguistique textuelle , telle qu’elle est pratiquée par Jean-Michel Adam bien sûr, mais également par Alain Rabatel ou Michèle Monte dans une dimension énonciative et discursive, par Guy Achard-Bayle dans une dimension plus sémantique et cognitive, etc. La linguistique textuelle peut ainsi être une analyse textuelle des discours , ou une analyse discursive des textes , les dénominations rendant compte de la complexité à catégoriser de manière trop rigide les pratiques ;
– D’une certaine linguistique de corpus , dès lors que celle-ci est pratiquée dans une visée herméneutique et non formaliste. Elle peut être alors attachée à la sémantique des textes (François Rastier, Mathieu Valette), à la discursivité (Nathalie Garric), à l’interprétation sociale des événements (Pascal Marchand), etc. ;
– De la pragmatique et de la linguistique de l’énonciation , quand c’est dans la variété des usages qu’est cherchée la caractérisation sémantique d’une unité, par le biais de blocs sémantiques (Marion Carel, Alfredo Lescano), de stéréotypes (Jean-Claude Anscombre), de possibles argumentatifs (Olga Galatanu), etc. Cette pragmatique linguistique est également prise en compte dans certains aspects de la linguistique textuelle, ce qui montre le maillage très étroit entre ces différents domaines.
Ces trois champs ne sont ni exhaustifs, ni exclusifs, mais au contraire dialoguent entre eux, et avec d’autres aspects qui nous concernent. Ils interagissent avec des pratiques de l’AD qui témoignent également d’une certaine diversité (citons, pour les plus représentatives, l’AD infléchie par la dimension historique des discours, comme chez Jacques Guilhaumou et Damon Mayaffre, l’AD soucieuse de la phénoménologie des sujets chez Philippe Schepens, etc.).
La volonté de cet ouvrage est de prendre en considération ces différentes dimensions, et de les faire coexister dans une même théorisation qui s’appuie prioritairement sur la recherche de la description du sens, basée sur une approche dite dynamique du sens.
La qualification comme « dynamique » est néanmoins très floue, et peut permettre de classer différentes théories qui n’ont parfois rien en commun. Or il y a pour nous un enjeu très fort (à la fois scientifique, institutionnel, mais aussi social ou politique) à doter la sémantique du discours d’un modèle de sens (que la sémantique du discours soit tout autant rattachée à la sémantique qu’à l’AD, ce qui n’est pas le cas encore à notre avis).
2) P OUR UNE AD IMPLIQUÉE : UNE THÉORIE « TOTALISANTE » DU SENS EN DISCOURS
Cette redéfinition de l’AD a des conséquences en termes d’implication institutionnelle (interne au champ) et d’applications institutionnelles (externes au champ). Il s’agit à la fois de se positionner face aux pratiques qui traversent les travaux contemporains en AD, mais également de définir ce qui pourrait constituer une évolution de la discipline au regard de ses propres inflexions.
A. Un « militantisme » disciplinaire : une certaine AD
En effet, tel que nous l’avons synthétisé avec Georges-Elia Sarfati (2014), l’AD connaît depuis plusieurs années un infléchissement graduel de ses bases théoriques. Le recours utilitaire aux théories de l’énonciation sans problématisation, l’usage de certains aspects de la pragmatique linguistique comme « boîte à outils » conceptuelle sans une réelle assise théorique, le recours à des travaux de « vulgarisation » ou de diffusion pour constituer le socle théorique de travaux scientifiques, tout cela peut conduire l’AD à ne plus s’interroger sur ses enjeux théoriques propres, et son positionnement au sein des sciences du langage, et des sciences humaines et sociales plus généralement. Or le positionnement théorique et épistémologique d’une discipline n’est pas neutre, il est un point de vue qui constitue la validité des savoirs construits, éclaire les résultats produits et les débats induits. Comme le dit également François Rastier (2011) il y a une dimension herméneutique des sciences, et il est essentiel pour l’AD de prendre en considération cet aspect.
L’AD, puisqu’elle s’intéresse aux discours, doit entretenir des rapports scientifiques avec les domaines qu’ouvrent les discours analysés. Plus spécifiquement, ce sont les discours sociaux, institutionnels et politiques, qui nous intéressent : aussi cette recherche devrait permettre des interactions avec les sciences politiques, ou les sciences de l’information et de la communication 2 . Enfin, la visée applicative de ce travail pour la sphère sociale conduit à interroger le rôle de l’AD dans la société, et plus largement le lien entre science et engagement 3 .
Les questions qui guident cet ouvrage concernent à la fois la scientificité de l’AD (se doter de critères et méthodes non seulement rigoureux, mais aussi perçus et compréhensibles comme tels), le choix de ses objets, ainsi que la nature de sa pratique.
B. Un « militantisme » interdisciplinaire : la valeur de l’AD
Une question peut se poser : pourquoi faire de l’AD s’il s’agit finalement de traiter des problématiques abordées par la sociologie, les sciences politiques, la psychologie sociale 4 , etc. ? La réponse se trouve dans l’ambition sémantique de notre travail : la transparence accordée au langage dans d’autres champs est clairement une illusion, et la dimension intrinsèquement sémiotique du discours est selon nous le point fondamental et essentiel de toute démarche scientifique qui vise à appréhender la réalité sociale. En outre, si nous reconnaissons l’intérêt heuristique et scientifique des analyses de productions sollicitées (enquêtes de terrain, enregistrements sollicités, par exemple), nous éprouvons un intérêt plus marqué pour des productions effectives et spontanées, au sens où elles n’ont pas été produites pour les besoins de l’analyse. Ceci ne préjuge en rien de leur caractère spontané au sens d’informel ou non travaillé, puisque le discours politique est de très loin une des formes les plus élaborées. Cependant, les discours constituent un matériau sémiotique a posteriori pour l’analyste, et les productions ne sont pas guidées par la recherche de tel ou tel aspect. Considérer le discours comme un matériau sémiotique revient donc à constituer une théorie du sens qui relève le défi de répondre aux interrogations induites, notamment : comment le discours construit-il un espace de représentations et constitue-t-il la réalité sociale ? Quelles sont les strates de construction du sens ? Quels sont les mécanismes interprétatifs qui interviennent dans l’écoute ou la lecture de tel ou tel discours ? Se pose alors plus largement la question du rapport entre les sujets, les discours, et la représentation du monde, social en particulier.
3) L A PORTÉE DE L’INDEXICALITÉ ET DE L’ARGUMENTATION POUR L’ AD : LA SÉMIOGÉNÈSE
Plus généralement également, cette AD se veut impliquée car elle pose comme centrale le rapport problématique entre le sujet et le monde : problématique car mettant radicalement à distance les conceptions ontologique, référentialiste, ou représentationnaliste, du langage, qui établissent une relation transparente – quelle que soit la médiation – entre les mots et les choses. L’AD s’inscrit fondamentalement dans une sémiotique des discours, et les discours sont finalement le résultat des opérations de sémiotisation mises en œuvre par les sujets parlants. Et c’est précisément dans le matériau discursif que se trouvent les traces de cette sémiotisation : se résout alors la difficulté identifiée à propos de la dualité des pratiques de l’AD, par le concept de sémiotisation, puisque c’est par l’analyse de la matérialité discursive que l’on peut accéder à ce qui constitue précisément un discours (et son écologie).
A. La constitution extrinsèque des objets discursifs
Pierre Cadiot et François Némo (1997) présentent et complètent une théorisation sémantique qui relie les propriétés extrinsèques et la description lexicale 5 : ils plaident « pour une sémiogenèse du nom » et affirment en particulier qu’il leur « semble indispensable de comprendre qu’il n’y a pas pour la langue de monde sans l’homme et que les mots assument d’emblée un monde avec l’homme, la dynamique interne des mots ayant son origine comme nous le verrons dans ce « avec » (p.24). Du point de vue théorique, l’apport essentiel visé dans cet ouvrage réside dans la mise en évidence de la contribution des mécanismes textuels et discursifs dans la constitution des propriétés conférées aux objets, ainsi que dans les rapports qu’entretiennent les sujets avec les objets. La thèse défendue sera , pour reprendre partiellement la formule de Pierre Cadiot et François Némo, qu’il n’y a pas pour la langue de monde sans discours (tenu par l’homme) et que les mots assument d’emblée un rapport avec leur mise en discours .
B. La dimension praxéologique des objets discursifs
Pierre Cadiot et François Némo ne se sont pas spécialement intéressés à la question de la nomination, qui traverse de manière importante l’AD dans son versant sémantique, mais à travers la critique des théories dénominatives, dominantes par le paysage scientifique, ils ont été amenés à contester cette notion de dénomination, en tenant compte des usages et des rapports entretenus avec les référents. Cette critique est entrée en écho, pour moi, avec la question de la nomination, telle qu’elle a été abordée par la praxématique, et plus spécifiquement par Paul Siblot dans une approche ancrée dans l’AD. En effet, il postule une dimension également très « pratique » de l’acte de nommer, conceptualisant même son objet d’étude comme le « praxème ». Cette dimension pratique, et son implication à travers l’analyse de corpus discursifs (en lien chez Paul Siblot avec les contextes coloniaux par exemple) est une source importante d’inspiration. Cette théorisation connaît néanmoins des points d’incompatibilité théorique avec ce que nous développons, car le modèle sémantique reste fondé sur un modèle de l’actualisation, qui dissocie un sens « en langue » et « en discours » : or même si une forte dynamique est proposée entre les deux, l’analyse reste tributaire d’une certaine conception du sens lexical qui marginalise les phénomènes d’instabilité, de plasticité, et de déformabilité des unités.
4) R EDÉFINIR LA SÉMANTIQUE DISCURSIVE : POUR UNE SÉMANTIQUE DU DISCOURS
La TOD vise donc à concilier la sémantique et l’AD dans un même mouvement d’analyse. Cependant, le terme de sémantique discursive connaît un sens relativement identifié dans le champ de l’AD, notamment en rapport avec les travaux de Michel Pêcheux et de ses collaborateurs 6 . Si nous ne nous inscrivons pas en opposition à ces travaux, ce n’est pas non plus dans leur filiation que nous nous situons. Aussi, par l’appellation que nous donnions en 2008 à notre « essai de sémantique discursive », nous n’entendions pas l’insertion de la recherche dans un paradigme théorique déjà défini, mais plutôt la qualification d’une « façon » de faire de la sémantique. En effet, c’est par la sémantique que la question du discours se pose pour nous, puisque sa prise en compte en tant qu’opération de sémiotisation du réel doit infléchir et guider la constitution de la théorie sémantique. Nous parlerons finalement donc peut-être plus de sémantique du discours pour qualifier cette recherche, en écho également à la sémantique des textes proposée par François Rastier, vis-àvis de laquelle nous reconnaissons une dette scientifique conséquente tout en proposant une orientation qui se situe au niveau du discours, avec un certain nombre de conséquences théoriques et méthodologiques.
L’ancrage social à ce travail est également conféré par la portée et l’engagement qu’amène une telle théorisation. En effet, trois strates spécifiques issues de la sémantique contribuent à la TOD, conférant une portée sociale à l’analyse même :
SÉMIOGÉNÈSE + NOMINATION + ARGUMENTATION >
ENJEU SOCIAL POUR LA SÉMANTIQUE DU DISCOURS ET FONCTION CRITIQUE
La coïncidence de ces dimensions dans l’analyse sémantique du discours met en valeur les rapports qu’entretiennent les sujets parlants avec les objets discursifs (sémiogénèse) ; les sujets parlants ne sont pas des entités passives devant un monde qui préexiste et pour lequel la langue fournirait des outils pour le représenter, mais c’est l’activité de nomination qui est la source de prise en compte de ce monde par les sujets ; ce faisant, ces objets discursifs sont de nature argumentative, au sens où ils ne décrivent pas des propriétés extralinguistiques mais sont dotés d’un sens lié à la mise en discours (et aux enchaînements produits sur ou à partir de ces discours), et ils anticipent donc sur la visée du discours (ce qu’en 2011 nous appelions visées discursives ) : ils sont utilisés pour communiquer. Si le linguiste s’intéresse au sens des mots, aux rapports entre les mots et la réalité extralinguistique, etc., ce changement à la fois praxéologique, matérialiste, et constructiviste, justifie la constitution d’une théorie en prise avec le matériau discursif, et une nécessaire implication de l’analyse au-delà des frontières des seules sciences du langage.
Un des objectifs de cet ouvrage est de théoriser les différents pans de l’activité du discours, par l’intermédiaire du concept d’objet discursif, pour en faire un cadre cohérent. Deux dimensions importantes seront ainsi à mettre en exergue : l’intérêt de l’objet discursif pour la saisie du constructivisme qui préside à ce travail, et l’implication d’un tel concept en dialogue avec la linguistique du sens commun.
A. Le constructivisme discursif en prise avec la variation et la plasticité/instabilité
Si nous qualifions notre approche de « constructiviste », c’est que nous considérons de manière première et prioritaire que le sens se construit en discours. Ceci peut paraître à la fois soit convenu (pour l’AD), soit excessif (pour une linguistique plus traditionnelle). Or c’est tout l’objectif de la constitution de cette TOD que de rendre moins simpliste, naïve ou provocante, cette affirmation. Car ce « construit » est le fruit de multiples paramètres, que cela concerne les formes linguistiques auxquelles on s’attache (mais on entendra là aussi par « forme » une certaine appréhension de l’objet), les différents paliers d’intégration de ces formes (collocations, syntagmes, textures, discursivité, etc.). Il s’agit donc de doter l’analyse linguistique de la construction du sens d’une théorie qui réponde à la fois à sa nécessaire complexité, et à l’appréhension instable, plastique, et déformable, de ces formes. En effet, remettre en cause la stabilité introduite par la langue, c’est travailler sur un matériau que l’on trouvera alors instable, puisque les formes déployées seront à appréhender non plus en rapport avec un système de référence figé, mais dans leur écologie propre et le renouvellement de leur mise en œuvre.
B. Un ouvrage d’interface : questionner le lien discours-corpus
Un élément important concerne le rapport à la fois de filiation, et de complémentarité, avec la Théorie linguistique du sens commun développée par Sarfati. A minima, on peut considérer que le concept d’objet discursif apporte une prise en compte sémantique et matérielle au modèle variationnel et sociodiscursif (voir Longhi et Sarfati 2014). On peut alors considérer la TOD sous deux angles :
– Comme théorisation autonome, elle vise à proposer un modèle de sémantique du discours en prise avec la socialité des pratiques langagières des sujets parlants ;
– Comme théorisation complémentaire de la Théorie linguistique du sens commun , elle permet des applications d’analyses sémantiques, et des études de vastes corpus , qui répondent aux exigences formulées dans la Théorie linguistique du sens commun et produisent des analyses concrètes complémentaires de celles qui caractérisent les institutions et les communautés de sens.
Ces soubassements théoriques sont donc le fil conducteur de l’élaboration de la TOD. Mais en retour, la constitution de cette théorie amène à en approfondir la portée, et à enrichir l’enjeu de la sémantique du discours par les ponts qu’elle peut établir avec d’autres champs.
Nous allons donc décrire les conditions d’analyse de la TOD : constitution des observables, définition du corpus, exemple de mise en pratique dans le cadre d’un corpus de tweets ( Polititweets ). La progression permettra de prolonger l’articulation entre discursivité et subjectivité, en considérant que le discours est à la fois un champ social (à la suite de la relecture des travaux de Pierre Bourdieu et Alfred Schütz) mais également perceptif. Cette définition nous amènera à envisager le corpus comme un agencement de discours à situer dans leur écologie, pour leur conférer le statut de terrain . Ceci permettra de dégager les critères concrets de constitution et d’analyse des corpus, dans une démarche qui valorise la variation et l’hétérogénéité. Cet ouvrage s’inscrit donc à l’interface entre deux positionnements : il vise à donner une dimension concrète aux recherches en analyse du discours, et à donner un socle théorique applicable aux recherches en linguistique de corpus. Il ne prétend donc pas répondre aux mêmes questions que deux récentes publications sur les corpus (Poudat et Landragin 2017 ; Née 2017) posent, mais se situe davantage « en amont » : quels sont les enjeux de la constitution de corpus pour l’analyse du discours ? comment concilier écologie des discours et extraction de données textuelles ? comment répondre à des questions sociodiscursives et quels principes appliquer à la collecte des discours ?
Enfin, la conclusion permettra d’ouvrir sur les perspectives de la TOD, et d’illustrer notamment notre propos avec deux exemples de projets, qui développent chacun des aspects différents de la recherche, mais qui s’articuleront, et dont les résultats seront complémentaires. Nous présenterons des pistes de travail pour l’analyse du discours institutionnel et politique, et les prérequis pour une analyse soucieuse de répondre à la demande sociale. Nous présenterons ensuite l’outillage de l’AD à la lumière des considérations de la TOD. La complémentarité de ces deux dimensions, considérées comme des « Contributions » de la TOD, nous conduira à conclure cet ouvrage, en mettant en valeur l’originalité à la fois théorique, méthodologique, mais aussi applicative, de l’entreprise.
* Nous remercions Georges-Elia Sarfati pour ses relectures attentives et nos nombreux échanges.
1 Ceci peut rejoindre la discussion faite dans Longhi 2012j où nous comparions les expressions « analyse du discours » et « analyse de discours ». Il existe bien sûr diverses appréhensions du discours, qui envisagent la complémentarité de ces deux démarches. La discussion introductive proposée ici sert à contextualiser le propos sur les corpus.
2 Voir Dacheux et Longhi 2008 et Longhi 2010c pour des collaborations avec des chercheurs issus des sciences de l’information et de la communication.
3 Pour deux exemples d’analyses menées dans l’interaction avec des instances externes intéressées par l’analyse du discours, voir l’annexe 1.
4 Pour un exemple d’interaction avec des outils de la psychologie sociale, mais avec des prérequis discursifs, voir Longhi et Larrivée 2012.
5 Voir Franck Lebas (1999) pour le concept d’objet : nous reprenons sa définition de Longhi 2008b p.112 par exemple, et nous la discutons également dans Longhi 2008e p.79 pour la spécification en objet discursif. Dans Lebas et Longhi 2010, nous avons aussi investi ce concept.
6 Pêcheux, Haroche, Henry (1971, dans Maldidier 1990, p.149) précisent : « […] la sémantique susceptible de décrire scientifiquement une formation discursive ainsi que les conditions de passage d’une formation à une autre ne saurait se restreindre à une sémantique lexicale (ou grammaticale), mais doit avoir fondamentalement pour objet de rendre compte des processus régissant l’agencement des termes en une séquence discursive, et cela en fonction des conditions dans lesquelles cette séquence discursive est produite : nous appellerons « sémantique discursive » l’analyse scientifique des processus caractéristiques d’une formation discursive, cette analyse tenant compte du lien qui relie ces processus aux conditions dans lesquelles le discours est produit (aux positions auxquelles il doit être référé) ». Il semble en effet que la théorie du discours centrée sur les formations discursives permet difficilement de tenir compte de la subjectivité et de la question du sujet parlant.
II. Méthodes : constitution des observables
Le modèle de sens qui est au cœur du concept d’objet discursif (Longhi 2008, 2015b) est d’inspiration à la fois phénoménologique, et sociodiscursive. Ce modèle est également indissociable d’une conception du discours adéquate, et qui fait droit aux mêmes critères épistémologiques. Aussi, à la lumière de cette double inspiration, nous proposons de définir le discours comme un champ . Ce terme paraît tout à fait approprié pour témoigner de ce double ancrage, et en décrire les spécificités : il renvoie en effet au champ tel qu’il peut être défini par Pierre Bourdieu en sociologie, et au champ tel qu’il peut être défini dans la psychologie de la forme, dont les perspectives sont très proches de certains propos de Maurice Merleau-Ponty. Ceci nous permettra ensuite de passer du discours au corpus, que nous considérons comme le terrain d’analyse des objets discursifs. Nous allons donc décrire une par une ces deux acceptions du discours comme champ, afin d’en présenter une définition spécifique pour la TOD.
1) L E CORPUS DISCURSIF DANS LA TOD : PRINCIPES GÉNÉRAUX
Pour aborder le discours, la TOD s’appuie sur la constitution de corpus. Pour poser la méthodologie de constitution du corpus, il faut déjà définir ce qu’est le discours. Nous considérons que le discours, pour le sens qui s’y construit, opère comme un champ, à la fois social, et perceptif.
A. Le discours comme champ
En effet, le discours est une pratique sociale, dans laquelle les sujets parlants construisent des objets signifiants qui constituent la réalité sociale telle qu’ils l’appréhendent. Il y a donc à la fois une dimension sociale, et une dimension perceptive, à la prise en compte du discours.
1) Le discours comme « champ social » : inspiration sociologique
Dans le travail de Pierre Bourdieu, le chercheur visait une compréhension sociologique de la pratique de l’AD : dans notre cas, il s’agit de caractériser sociologiquement le « discours » pour le soumettre à l’AD dans le cadre de la TOD. C’est donc bien un traitement linguistique qui est envisagé : l’inspiration de la sociologie permettra, comme nous allons le montrer, d’intégrer le social dans le linguistique, et justifier du caractère intrinsèquement sociodiscursif de la TOD (sans avoir besoin de recourir à des travaux ou méthodologies issues de la sociologie, par exemple).
Dans La Distinction , Pierre Bourdieu (1979) s’attache à décrire les processus de saisie de l’espace social, et pose la question du passage des situations abstraites aux structures objectives, qui sont néanmoins réifiées provisoirement 7 :
Si pour échapper à l’illusion subjectiviste qui réduit l’espace social à l’espace conjoncturel des interactions, c’est-à-dire à une succession discontinue de situations abstraites, il faut construire, comme on l’a fait, l’espace social en tant qu’espace objectif, structure des relations objectives qui détermine la forme que peuvent prendre les interactions et la représentation que peuvent en avoir ceux qui s’y trouvent engagés, il reste qu’il faut dépasser cet objectivisme provisoire qui, traitant les faits sociaux comme des choses, réifie ce qu’il décrit : les positions sociales qui se présentent à l’observateur comme des places juxtaposées, partes extra partes, dans un ordre statique, posant la question toute théorique des limites entre les groupes qui les occupent, sont inséparablement stratégiques, des places à défendre et à conquérir dans un champ de lutte (Bourdieu 1979, p.271-272) .
Cela pose, si on transpose cette analyse de la structure sociale et l’analyse de la structure discursive, le problème de la réification des formes d’un discours , puisque l’analyste peut, en voulant saisir la matière linguistique, perdre de vue la dynamique discursive. Cette dynamique sémiotise en particulier le rapport au social, et il y a donc une structuration qui s’impose à l’observateur, mais qui ne doit pas masquer les mouvements et dynamiques internes qui constituent cette structuration. De même, pour le sujet parlant, l’implication dans le discours sur le monde social rend naturelle l’activité pourtant sémiotique de mise en mots de ce « réel ». La prise du linguiste sur le discours, ainsi que celle des sujets parlants, sont donc à prendre en considération, de la même manière que « la connaissance du monde social doit prendre en compte une connaissance pratique de ce monde qui lui préexiste et qu’elle ne doit pas omettre d’inclure dans son objet bien que, dans un premier temps, elle doive se constituer contre les représentations partielles et intéressées que procure cette connaissance pratique » ( ibid. , p.544). Le discours est donc un champ qui sémiotise l’appréhension du monde social , et de la même manière que « parler d’habitus, c’est inclure dans l’objet la connaissance que les agents, qui font partie de l’objet, ont de l’objet et la contribution que cette connaissance apporte à la réalité de l’objet » ( ibid .), parler de discours, ce sera inclure la connaissance que les sujets parlants ont du monde social, et la contribution sémiotique qu’ils y apportent par leurs discours 8 . Cette contribution a un pouvoir proprement constituant, puisque le monde social ne peut se décrire d’une manière qu’on jugerait objective ou objectivée : il peut être saisi et décrit à travers les processus discursifs des sujets parlants, qui laissent les traces de l’appréhension qu’ils en ont dans la mise en mots . Pour avancer sur cette description, il convient de mieux comprendre cette opération de sémiotisation du monde social par le discours : cela passe par une reprise phénoménologique et gestaltiste du discours, où le discours sera vu comme un champ dans lequel les différents éléments prennent sens.
2) Le discours comme champ perceptif : l’approche phénoménologique et gestaltiste
Cette caractérisation sociale du discours, comme champ qui se structure pour les sujets parlants, ne doit néanmoins pas masquer la dimension expérientielle et perceptive qu’ils ont de cette réalité sociale. A ce titre, la caractérisation phénoménologique de la structuration du champ croise les aspects de subjectivité et d’intersubjectivité propres aux sujets parlants :
Le monde phénoménologique, c’est, non pas de l’être pur, mais le sens qui transparaît à l’intersection de mes expériences et de celles d’autrui, par l’engrenage des unes sur les autres, il est donc inséparable de la subjectivité et de l’intersubjectivité qui font leur unité par la reprise de mes expériences passées dans mes expériences présentes, de l’expérience d’autrui dans la mienne (Merleau-Ponty [1945] 1989, p.15).
Ceci permet de réintroduire la notion phénoménologique de motivation, nécessaire dès lors que l’on souhaite revenir aux phénomènes, et la phénoménalité des événements linguistiques : « un phénomène en déclenche un autre, non par une efficacité objective, comme celle qui relie les événements de la nature, mais par le sens qu’il offre » ( ibid., p.61). Il y a déjà une approche presque gestaltiste chez Maurice Merleau-Ponty, par exemple lorsqu’il affirme qu’« est désormais immédiat non plus l’impression, l’objet qui ne fait qu’un avec le sujet, mais le sens, la structure, l’arrangement spontané des parties » ( ibid., p.70).
Les travaux de Pierre Cadiot et Yves-Marie Visetti (2001) ont fait écho aux recherches de la Gestalttheorie , et en particulier, la théorie du champ de la conscience d’Aron Gurwitsch 9 :
la problématique générale est bien celle de l’unité de la perception, de l’action, et de l’expression : notamment du point de vue de l’identité des formes, qui repose sur la détermination et la qualification réciproques de ces différents aspects (ibid., p.67-68).
Pour reprendre et prolonger les propos de Pierre Bourdieu sur la structure sociale, il y a pour les sujets parlants une unité entre perception du monde social, action dans le monde social, et expression du monde social . Nous le disions dans le point précédent qu’il faut, à partir des travaux de Pierre Bourdieu, considérer la contribution sémiotique que les sujets parlants apportent au monde social par leurs discours. Or ceci est tout à fait en adéquation avec la perspective Gestaltiste, telle qu’elle est présentée par Pierre Cadiot et Yves-Marie Visetti ( ibid. , p.68) :
Le résultat, sans doute surprenant, du coup de force interprétatif de Gurwitsch serait (nous en faisons du moins le pari) l’affirmation d’un caractère irréductiblement sémiotique de la perception qui, loin de devoir lui-même être fondé, appelle au contraire une redirection des parcours de constitution à partir de lui (ibid., p.68)
Il s’agit d’une appréhension relativement spécifique de la Gestalttheorie , que l’on reconnaît sous des aspects généraux tout à fait transposables à la structuration du discours à laquelle nous faisons référence :
les formes ne sont pas moins immédiatement données que leurs parties (quelle qu’en soit l’échelle) et les relations pas moins immédiatement données que leurs termes (ibid., p.70).
Pierre Cadiot et Yves-Marie Visetti précisent (p.78) qu’« une conception véritablement sémiotique et gestaltiste de la perception entraîne, contre un certain Husserl, et contre l’universalisme fixiste de la Gestaltthéorie , le caractère historial de tous les domaines et strates de la conscience, jusqu’aux plus élémentaires » 10 . On rejoint donc les fondements de l’AD, qui par ce caractère « historial » s’intéresse au contexte, aux situations d’énonciation, ainsi qu’aux spécificités des Institutions et Communautés de sens (Sarfati 2011 notamment).
Nous considérons donc que dans la TOD, les objets discursifs se constituent relativement à un champ dans lequel ils se déploient : ce champ, qui est précisément le discours, est le lieu de la sémiotisation du monde social, tout à la fois donc monde perçu, et social mis en forme. Le social est au cœur de la TOD, et le sens des objets discursifs est intrinsèquement instable, expressif, et pluriel.
Nous venons de proposer une définition du discours comme champ, pour montrer plus précisément le cadre dans lequel ce modèle doit fonctionner, pour avoir prise sur les manifestations concrètes du sens en discours. En particulier, l’enjeu d’une telle sémantique est de pouvoir traiter, du point de vue linguistique, de problématiques sociales. Il convient donc de circonscrire le « terrain » d’analyse du sens, de définir les méthodes de constitution et d’analyse des observables, et d’en décrire les composants spécifiques .
B. Le corpus comme terrain
Si l’AD ne fait pas à proprement parler un travail de « terrain », nous considérons que le discours que le linguiste recueille constitue pour lui un terrain d’analyse. Il doit donc appréhender cet objet qu’il constitue, pouvoir l’interroger, tester des hypothèses, valider des intuitions, en faire émerger des propriétés. Un intérêt direct de cette méthode est que l’usage de données déjà disponibles évite d’avoir un biais introduit par l’observateur sur les productions recueillies. L’exigence corrélative est de se doter de critères de recueil et de mise en forme de ces données afin de garantir la représentativité de ce terrain vis-à-vis de ce qu’il est censé représenter 11 .
1) La méthode d’enquête en sociologie : questionner le terrain, inspirations en sociologie, ethnologie et anthropologie
Pour aborder cette question, nous avons pris comme point de départ le Guide de l’enquête de terrain , rédigé par Stéphane Beaud et Florence Weber (2012). Il permet en effet de poser de manière claire, directe, et concrète, la question de l’enquête de terrain. Ce que nous suggérons, c’est que l’analyste du discours peut gagner à adopter une démarche ainsi qu’une méthodologie inspirée de la sociologie, l’ethnologie et l’anthropologie, tout en conservant ses propres spécificités 12 . En particulier, la notion de corpus peut être redéfinie au regard de celle de terrain, et la position de chercheur peut être infléchie face aux réorientations théoriques envisagées. Dans la perspective de croisement, nous tenons aussi à rendre compte du parcours intellectuel qui a accompagné les résultats que nous esquissons. A cet égard, la lecture du Guide de l’enquête de terrain a contribué à clarifier notre positionnement, puisque de nombreux points ont trouvé un écho immédiat avec nos propres préoccupations.
Par exemple, du point de vue le plus général, il est une difficulté banale, mais essentielle, pour l’analyste du discours, qui est constituée par le fait que le langage est à la fois objet d’étude et moyen d’explication, et que sa proximité rend parfois difficile une analyse scientifique et déliée de l’interprétation subjective. Mais il en est de même « lorsque l’ethnographe des sociétés contemporaines est trop près de son objet » et qu’« il lui faut prendre de la distance, s’éloigner pour « mieux voir ». C’est alors qu’il a besoin du sociologue qui, lui, a mis au point des outils pour observer, au niveau macrosociologique, la réalité sociale » (Beaud et Weber 2012, p.7). L’analyste du discours ne doit pas être trop proche du discours qu’il analyse, il doit prendre de la distance face à son objet, et se doter, comme le fait le sociologue vis-à-vis de l’ethnologue, d’outils pour observer. C’est le cas avec les concepts théoriques que nous empruntons à la sémantique (stéréotypes ou topoï dans la perspective argumentative, formes sémantiques, notions propres à l’AD – interdiscours, dialogisme, sens commun, doxa) pour lesquels nous avons élaboré des critères d’analyse à partir de marqueurs précis.
Du point de vue de la démarche générale, le choix d’un thème doit faire l’objet d’une attention particulière. La méthodologie sociologique préconisée par Florence Weber et Stéphane Beaud apparaît éclairante pour la démarche discursive, qui peut se résumer en grandes étapes :
– Tout d’abord « être guidé par une question de départ » car il est « essentiel que la réalisation de votre enquête de terrain soit guidée par une question de départ qui peut être formulée dans l’univers politico-médiatique ou dans l’univers théorico-académique » ( ibid., p.29) ;
– Il faut ensuite passer « du thème à la question d’enquête » ( ibid ., p.

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