Frontières linguistiques en contextes migratoires
304 pages
Français

Frontières linguistiques en contextes migratoires

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304 pages
Français

Description

Les frontières n'ont jamais arrêté la circulation des hommes et des femmes dans le monde. Envahisseurs, colons, migrants, réfugiés, déplacés, voyageurs ne cessent de les traverser dans tous les sens, mêlant langues et coutumes au contact des autochtones. Les auteurs de cet ouvrage explorent, tour à tour, les contextes dans lesquels se sont forgés les rapports entre langues et frontières aux niveaux politique et idéologique, en accordant une large place à l'observation des pratiques langagières et à l'analyse des dialogues et des interactions entre locuteurs de langues différentes.

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Publié par
Date de parution 01 juillet 2017
Nombre de lectures 2
EAN13 9782140042331
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sous la direction de Sabine Gorovitz
Frontières linguistiques en contextes migratoires Citoyennetés en construction
Frontières linguistiques en contextes migratoires
Citoyennetés en construction
ESPACESDISCURSIFSCollection dirigée parThierry Bulot
La collectionEspaces discursifsrend compte de la participation des discours (identitaires, épilinguistiques, professionnels…) à l’élaboration/représentation d’espaces – qu’ils soient sociaux, géographiques, symboliques, territorialisés, communautaires… – où les pratiques langagières peuvent être révélatrices de modifications sociales. Espace de discussion, la collection est ouverte à la diversité des terrains, des approches et des méthodologies, et concerne – au-delà du seul espace francophone – autant les langues régionales que les vernaculaires urbains, les langues minorées que celles engagées dans un processus de reconnaissance ; elle vaut également pour les diverses variétés d’une même langue quand chacune d’elles donne lieu à un discours identitaire ; elle s’intéresse plus largement encore aux faits relevant de l’évaluation sociale de la diversité linguistique..
Derniers ouvrages parus
Isabelle GRACI, Marielle RISPAIL, Marine TOTOZANI, L’arc-en-ciel de nos langues. Jalons pour une école plurilingue, 2017. Béatrice BOUVIER-LAFFITTE et Yves LOISEAU (Dirs), Polyphonies Franco-Chinoises. Mobilités, dynamiques identitaires et didactique,2015.Emmanuelle HUVER et DavidBEL(coord.),Prendre la diversité au sérieux en didactique/ didactologie des langues. Altériser, instabiliser :quels enjeuxpour la recherche et l’intervention ?,2015. Lorene LABRIDY,Flux et langues en milieu urbain créole, étude de sociolinguistique urbaine à Fort-de-France,2015. Spomenka ALVIR,Ville Côtéjardin Ville côté cour. Approches visuelles en sociolinguistique urbaine,2015. Romain LOUVEL et NolwennTROËL-SAUTON(Dirs.), Stratégies d’enquêtes et de création artistique. Résidences d’artistes, de chercheurs et de pédagogues de rue en expédition,2014.
Sous la direction de Sabine Gorovitz
Frontières linguistiques en contextes migratoires
Citoyennetés en construction
Avec les contributions de Angela Erazo, Caroline Juillard, Christian Jean-Marie Régis Degache, Christian Licoppe, Clair-Antoine Veyrier Claudine Franchon, Dioney Moreira Gomes Lúcia Maria de Assunção Barbosa, Nathalie Auger Rosane de Sá Amado, Sabine Gorovitz Susana Martínez Martínez, Tânia Borges Ferreira & Yuko Takano
© L’HARMATTAN, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12453-7 EAN : 9782343124537
AVANT-PROPOS
FRONTIERES LINGUISTIQUES EN CONTEXTES MIGRATOIRES:CITOYENNETES EN 1 CONSTRUCTION
Si les personnes circulent depuis toujours, les flux de population s’étendent aujourd’hui bien au-delà du phénomène connu sous le nom de « migrations internationales ». L'histoire du monde est tissée par les départs, parfois sous la contrainte, par les arrivées en lieu inconnu, et par le dépassement de limites et de frontières, notamment celles qui ne sont pas toujours visibles. Toutefois, à l'ère de la mondialisation, l'intensité et la diversité de ces mouvements, motivés principalement par des crises et des conflits de tout ordre, mais aussi par la popularisation des transports et l'accessibilité à l'information, ont augmenté de façon exponentielle. Les migrations sont ainsi devenues une réalité structurelle, où des millions de personnes se trouvent en situation d’instabilité et de passage. Ceci donne lieu à des phénomènes de plus en plus diversifiés, multiples et complexes, de par leurs origines et leurs motivations, les trajectoires qui se dessinent selon le profil des voyageurs, mais aussi le hasard des circonstances. Les causes des migrations contemporaines sont bien connues, qu’elles se matérialisent en tant que résultat de phénomènes politiques, climatiques, religieux, ou même de l’absence d'avenir dans un pays. En revanche, leurs conséquences sont encore sous-estimées et surtout mal gérées. Et alors même que les identités sont plus que jamais le résultat de ces mouvements, elles sont encore fortement perçues comme intrinsèquement liées aux différents
1 Remerciements à Laure Schalchli pour sa relecture attentive de l'ouvrage.
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États-nations et, de ce fait, renvoient constamment aux notions de frontières et de différences. Pourtant, comme le dit si bien dans cet ouvrage Nathalie Auger, « la frontière, cette limite, cette partie-là plus « à l’avant » (étymologiquement) qui borde un territoire, se peut-il qu’elle soit aussi à l’intérieur de nous-mêmes, les locuteurs. N’est-ce pas plutôt la force des représentations et des pratiques sociales qui tracent dans les discours, les institutions, une ligne notable entre les langues, entre les gens ? Les limites d’un État seraient-elles devenues, par effet de dialogisme, par volonté des États-nations, une séparation également tangible et insurmontable entre les langues ? Forment-elles des bornes, des tracés indélébiles qui empêchent la rencontre tout en favorisant la distinction, la catégorisation des langues et des personnes ? ». Ces différents mouvements de population, de l'extérieur vers l'intérieur des pays et inversement, se traduisent par de multiples formes de plurilinguisme dont il convient d'analyser les effets linguistiques, sociaux et culturels. L'arrivée de personnes venues d’ailleurs provoque en effet de grands changements dans le paysage social des villes et leur réalité sociolinguistique. Dans ce contexte, les migrants doivent se référer simultanément à deux communautés régies par des normes culturelles, sociales et linguistiques souvent divergentes, voir antithétiques : la société d'origine et la société d’accueil. Il existe ainsi plusieurs niveaux de transformation dans la construction de ces identités transnationales, et notamment dans la relation entre pratiques sociales et systèmes de pouvoir, qui engendrent des types de rapports particuliers constamment mis à l’épreuve. Les projets socioculturels de chaque pays ou région, en écho avec la définition territoriale locale, se traduisent par des systèmes de pratiques qui entrainent des interactions spécifiques. Et même si les résistances manifestées par les populations arrivées vis-à-vis de cette nouvelle configuration peuvent conduire à des rapports très asymétriques, d’autres issues doivent être entrevues que celles de l’assimilation et de l’effacement des différences. En effet, les espaces et territoires qui voyagent avec les migrants, dans leurs souvenirs, leurs effets personnels, leurs
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comportements, les rôles qu’ils jouent, etc., se perpétuent et se transforment, se mêlent et s’imposent dans le paysage local, en l’enrichissant. Le défi est avant tout de comprendre comment ces pratiques nouvelles s’imposent dans la société d’accueil et, en contrepartie, quelles influences subissent les migrants, qui les conduisent à modifier ou non ces pratiques, notamment en termes de répertoire linguistique. La complexité de ces phénomènes et l'hétérogénéité des situations migratoires appellent une diversité des approches et une complémentarité des points de vue. C’est dans cette perspective que notre ouvrage s’attache à stimuler le débat, en cherchant à superposer et à concilier différents parcours méthodologiques, de façon à exposer une palette de réalités sociolinguistiques extrêmement large, qui présentent néanmoins des dénominateurs communs. De fait, enrichi par les multiples formes de multilinguisme que les mouvements migratoires provoquent, le champ de la description de ces phénomènes et de leurs modalités est particulièrement vaste. Cette approche davantage globale de la mobilité et des contacts linguistiques se concrétise ici par l’expression de différents modèles théoriques et méthodologiques, qui tentent tous de décrire le phénomène des contacts linguistiques en tenant compte des spécificités des situations de mobilité qu’ils traduisent. L'accent est toujours mis sur les effets sociaux des contacts résultant des mobilités, qui définissent et sont définis par les pratiques linguistiques et sociales, les représentations et les identités, en cours de construction. Nous proposons donc ici de discuter les relations qui se sédimentent entre langues, cultures, identités et mobilités, à travers différents concepts et perspectives. Il s’agit plus particulièrement de présenter une réflexion sur les frontières traversées par les migrants, qu’elles soient concrètes ou virtuelles, formelles ou imaginaires. Pour ce faire, l’ouvrage regroupe dix chapitres de chercheurs français et brésiliens ayant tous travaillé autour des questions de mobilité et de contacts de langues, mais menant chacun une réflexion fondée sur des théories et des méthodes distinctes. Sabine Gorovitz 7
DEPASSER LES LIMITES:UNE REFLEXION SUR LA CONDITION D’HOMO LOQUENS DANS LA 2 RELATION AU MONDE QUI LENTOUREDépasser les limites ? Nos limites propres en tant que personnes, comme les limites de notre environnement, social, géographique, national, global ? Tout au long de notre vie d’être humain, nous apprenons à coexister avec notre environnement humain et non-humain, et nous cherchons à 3 nous connecter avec lui de diverses façons . Le langage nous façonne et nous permet également de dépasser des limites. Lesquelles et avec quel désir, quelle intention, quel vouloir ? En prélude à cette réflexion, je tiens à citer un long extrait du début d’un compte-rendu de deux ouvrages de sociolinguistique par Robert le Page (1979). Il s’y identifie comme acteur, sujet parlant en construction, dans la relation avec son environnement : « My self-awareness rears like a wavering periscope out of the shifting dunes and crumbling cliffs of my landscape. What do I know? And why do I set values on that knowledge as I do? I know how to tell a duck from a goose, and how like or unlike mine (in which I alone am competent) somebody else’s language is. Each time I speak I speak to somebody, languages are in contact, there is an instant pidgin, we sum each other up and try to command or accommodate or wheedle using symbols 2  Caroline Juillard, Professeur émérite, Université Paris Descartes, USPC, laboratoire EDA 3  Il est important de noter que cet environnement s’est considérablement e modifié depuis la fin du XX siècle, pour un nombre de personnes croissant. La portée communicationnelle de l’individu (aussi bien en face-à-face, du fait de la mobilité croissante et des déplacements au-delà des frontières, que par voie digitale) s’est élargie. On observe donc « a fundamental shift in the spatial boundedness of life and language » (Auer et Schmidt, 2010, p. XI).
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