Pour la défense de la langue tahitienne
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Description

En Polynésie française, deux langues sont en contact : la langue tahitienne et la langue française. Or, aujourd'hui, nous constatons l'abandon de la langue tahitienne par ses locuteurs. Cette étude veut répondre à plusieurs questions : Pourquoi cette déperdition récente de la langue dominée ? Des planifications linguistiques ont-elles été effectuées pour la juguler ? Quelle serait la politique linguistique "idéale" mais possible, en l'état actuel de la Constitution française, pour sauvegarder la langue tahitienne ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2010
Nombre de lectures 286
EAN13 9782296254305
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Pour la défense

de la langue tahitienne

État des lieux et propositions
© L’H ARMATTAN, 2010
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-11682-5
EAN : 9782296116825

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
Florence Ferment Méar


Pour la défense

de la langue tahitienne

État des lieux et propositions


Collection « Lettres du Pacifique » 26


L’H ARMATTAN
Lettres du Pacifique

Collection dirigée par Hélène Colombani

Conservateur en chef des bibliothèques (AENSB),
Chargée de mission pour le Livre en Nouvelle-Calédonie,
Déléguée de la Société des Poètes Français,
sociétaire de la SGDL.

Cette collection a pour objet de publier ou rééditer des textes (romans, essais, théâtre ou poésie), d’auteurs contemporains ou classiques du Pacifique Sud, ainsi que des études sur les littératures modernes ou les traditions orales océaniennes (mythologies, contes et chants) ou les Sciences humaines.

Contact : helsav@mls.nc

Déjà parus

N°1 – Hélène S AVOIE, Les Terres de la demi-lune. Nouvelles , 2005.
N°2 – Dany D ALMAYRAC, L’Île monde. Nouvelles , 2005.
N°3 – L E C ERCLE DES AUTEURS DU P ACIFIQUE, Du Rocher à la voile. Recueil de récits et nouvelles de 14 auteurs du Cercle des auteurs du Pacifique, 2006.
N°4 – Christian N AVIS, Mystérieuses Civilisations du pacifique, essai , 2005.
N°5 – Dominique C ADILHAC, Les Montagnes du Pacifique , roman Marquisien, préface d’Hélène Colombani, 2006.
N°6 – Joël P AU, Coup de soleil sur le Caillou. Nouvelles, 2006.
N°7–Karin S PEEDY, Colons, créoles et coolies. L’immigration réunionnaise en Nouvelle-Calédonie (XIXe siècle) et le tayo de Saint-Louis , (Université de NSW), 2007.
N°8– Alain J AY, Quel ennui ! Essai philosophique et littéraire, préface de Véronique Beucler 2007.
N°9 – Gilbert T HONG, Show Pacifique. (Manou et noeud papillon) , mémoires, préface de Marie Claude Tjibaou, 2007.
N°10 – Nathalie M RGUDOVIC, La France dans le Pacifique Sud. Les enjeux de la puissance , préface de Michel Rocard, 2008.
N°11 – Régine R EYNE, L’oeil en coulisses , souvenirs de scène, préfacé par Annie Cordy et Jean Lèques, (NC) 2008.
N°12 – Isabelle A UGUSTE, L’administration des affaires aborigènes en Australie depuis 1972 , Université Canberra/Réunion, 2008.
N°13 – Joël P AU, Le Calédonien , 2008.
N°14 – Jerry D ELATHIERE, Negropo rive gauche , le roman des colons du café, préface d’Hélène Colombani, 2008.
N° 15 – Camille C OLDREY, Segalen, l’irruption de la langue Tahitienne dans les Immémoriaux , essai littéraire, 2008.
N° 16 – Pr John D UNMORE, L’épopée tragique : le Voyage de Surville, roman historique, (traduit de l’anglais NZ.) (best book prize), 2009.
N° 17-Hélène S AVOIE, Half moon lands, (Nouvelles) édition bilingue traduite et commentée par Karen Speedy (Université Australie), 2009.
N° 18 – Annick L E B OURLOT, Chaque nuage est nimbé de lumière , roman, 2009.
N° 19 – Gérard D EVEZE, Histoires fantastiques de Nouvelle-Calédonie, Vol.1. Le boucan , Nouvelles, 2009.
N° 20 – Christian N AVIS, Eurasie-Pacifïque, les archéologies interdites , essai, 2009.
N° 21 – Julien A LI, Veriduria 2011 , roman (SF), 2009.
N° 22 -Alexandre J USTER, Transgression verbale en Tahitien et en Nengone, préface d’Emmanuel Tjibaou, thèse, 2009.
N° 23 – Agnès P RADEL, L’ami posthume, (un voyage singulier dans la brousse calédonienne ), 2010.
N° 24 – Philippe G odard, Le premier et dernier voyage du Batavia , 2010
N° 25 – D ORA, Deuxième chance , roman (SF), 2010.
Introduction
Il existe un moment où nous pouvons considérer qu’une langue est en danger, c’est le moment où nous constatons l’abandon de cette langue par ses locuteurs. La transmission de la langue est alors menacée et sa pérennité remise en question.
Alors la langue tahitienne est en danger !
La langue tahitienne est la langue des habitants de l’archipel de la Société, l’archipel principal de la Polynésie Française. Sous protectorat depuis 1842, la langue officielle de la Polynésie Française est le français.
Après avoir replacé la langue tahitienne au sein de sa famille, les langues polynésiennes, nous aborderons la langue dans son contexte sociopolitique.
Ainsi nous enquêterons sur la « place » faite à la langue tahitienne dans la sphère privée des individus mais aussi dans la sphère publique sur l’île de Raiatea.
De cette « place » faite à la langue dans la sphère publique nous nous interrogerons sur les différents moments de planification linguistique de la langue tahitienne.
Cette gestion des langues dans la sphère publique n’est-elle pas la cause essentielle du déclin de la langue tahitienne?
La gestion des langues, au niveau de la société, c’est-à-dire la gestion politique des langues, ne peut-elle pas être reconsidérée ?
D’où viendrait son orientation? De la métropole ? De la Collectivité d’Outre-mer elle-même ?
Première partie : La Polynésie Française et ses langues
Chapitre 1 La Polynésie Française, une Collectivité Outre-mer française.
1. Situation géographique
La Polynésie Française est un ensemble d’îles, 121 au total, situées au centre du Pacifique sud. Ses îles sont caractérisées par leur éloignement à la fois du centre politique, la France, et des côtes continentales du Pacifique.
Ci-dessous un tableau mentionnant les distances en kilomètres et par avion de l’île principale, Tahiti.



Loin de la France, tout comme son autre Pays Outre Mer -POM-, la Nouvelle-Calédonie, loin des autres continents, la Polynésie connait de plus une dispersion géographique de ses îles.
Cette dispersion des archipels sur la surface de l’Europe montre aussi l’importance de la surface maritime. Sa Zone Economique Exclusive (ZEE) est en effet de 5 030 000 km2 soit 47,14 % de la surface totale des ZEE françaises.
Les îles sont de superficies réduites, la plus importante, Tahiti 1.042 km 2 , est 20 fois plus petite que la Nouvelle-Calédonie.
L’ensemble des cinq archipels compte 259 596 habitants mais 45 îles sur 121 sont inhabitées et Tahiti regroupe 69 % de la population de la Polynésie française, soient 169.674 habitants en 2002. L’archipel principal de la Société rassemble effectivement 87 % de la population totale.


2. Situation politique
La loi organique n° 96-312 du 12 avril 1996 étend l’autonomie de la Polynésie française. Les collectivités sont l’Etat, représenté par le haut-commissaire, le Territoire et les communes :
● Le haut-commissaire représente l’Etat
● Le Territoire
Il possède toutes les compétences, dans les domaines non réservés à l’Etat, en particulier les compétences en matière d’environnement. Les institutions territoriales comprennent l’Assemblée, le Gouvernement, et le Conseil Economique, Social et Culturel.
● Les communes
Les 48 communes sont sous la tutelle de l’Etat. Depuis la réforme constitutionnelle de 2003, le statut des DOM-TOM a été modifié en France, les TOM ont disparu, sauf pour les Terres australes. La Polynésie française est constitutionnellement, Titre XII-article 72 une « Collectivité d’outre-mer », tandis que la Nouvelle-Calédonie a un statut provisoire de « collectivité spécifique ».
Les Collectivités d’Outre-mer sont régies par l’article 74.
Ce dernier définit les compétences de la Collectivité mais rappelle aussi que le transfert de compétences de l’Etat ne peut porter sur les matières énumérées au quatrième alinéa de l’article 73.
« Ces règles ne peuvent porter sur la nationalité, les droits civiques, les garanties des libertés publiques, l’état et la capacité des personnes, l’organisation de la justice, le droit pénal, la procédure pénale, la politique étrangère, la défense, la sécurité et l’ordre publics, la monnaie, le crédit et les changes, ainsi que le droit électoral. Cette énumération pourra être précisée et complétée par une loi organique. » La Loi organique de chaque Collectivité définit ses modalités particulières d’organisation.
3. Situation économique
L’économie traditionnelle polynésienne, essentiellement agricole, est bouleversée à partir de 1963. L’installation du Centre d’Expérimentation du Pacifique fait tripler le PIB en 10 ans, entraînant de profondes modifications de la société polynésienne et le recul des activités traditionnelles. Le secteur primaire occupait 59,4% de la population active en 1956, 11,8% en 1988, 3% actuellement contre 78% de la population active dans le secteur tertiaire. Aujourd’hui, le PIB par habitant est l’un des plus importants de la zone, soit 2, 032 millions de cfp en 2006. La balance commerciale est pourtant largement déficitaire, – 144 521 millions de cfp en 2006. (1 euro = 119cfp) {1}
Les transferts de la France sont nombreux comme :
« Le Contrat de projet » financé à parité par l’Etat et le Pays. {2}
Le paiement indexé des fonctionnaires permet à la Polynésie d’imposer une lourde TVA sur tous les produits.
L’indexation des retraités fonctionnaires est financée par l’Etat, ainsi que les bases militaires.
La Polynésie Française est devenue un pays économiquement dépendant de la France dont les importations excèdent largement les exportations.
Chapitre 2 Ses langues
1. Les langues indigènes de Polynésie Française : le Reo ma’ohi
Les premiers hommes arrivèrent par vagues successives de l’Ouest du pacifique. Ils arrivèrent par sauts de puces, d’îles en îles. Des îles d’Hawaï à la Nouvelle-Zélande jusqu’à l’Ile de Pâques, et de l’Ile de Pâques à Hawaï, les maoris se sont installés. Cet espace triangulaire délimite la civilisation des ma’ohi. C’est le « triangle maori ».
Voici quelques dates relatives aux premiers peuplements de ces îles du Pacifique :
● 2000 av JC Début de colonisation polynésienne révélée par des traces archéologiques.
● 1300 av JC Premiers peuplement des Tonga Samoa.
● 300-700 ap JC Peuplement des Marquises, des îles de la Société, d’Hawaï et de Rapa nui (Ile de Pâques).
● 700- 1100 ap JC Peuplement des îles Cook, des Australes et de la Nouvelle-Zélande.
1.1 Origine des langues polynésiennes
Les langues polynésiennes dérivent toutes de l’indo-malais, aujourd’hui appelées langues austronésiennes. Cette filiation a été établie au 18ème siècle par les linguistes européens grâce à Ahutoru, le premier tahitien ramené par Bougainville lors de son passage à Tahiti, en 1768.
L’austronésien s’est séparé en deux branches :
● La branche Indonésienne compte plus de 200 langues, parlées par environ 170 millions de personnes en Indonésie, aux Philippines, en Malaisie, à Madagascar et dans certaines parties du Viêt Nam et de Taïwan.
● La branche Orientale ou Océanique compte environ 300 langues parlées par environ un million de personnes dans les îles de l’océan Pacifique. Les langues de la branche Océanique se répartissent en trois groupes : les langues Polynésiennes, les Micronésiennes et les Mélanésiennes. On rencontre la plupart des langues Polynésiennes, environ deux douzaines, à l’intérieur d’un grand triangle délimité à l’est par l’île de Pâques, au nord par Hawaii et au sud par la Nouvelle-Zélande. Les plus célèbres sont le Samoan, le Tongan, le Tahitien, le Maori (parlé en Nouvelle-Zélande) et l’Hawaiien. Leur grammaire et leur phonologie sont remarquablement uniformes (mais non leur vocabulaire). Elles possèdent un système riche en voyelles et pauvre en consonnes. Leur littérature orale est extrêmement abondante.
1.2 Le triangle ma’ohi, la correspondance des langues
La Polynésie française, sur le plan ethnique et culturel, fait partie d’un ensemble, beaucoup plus vaste, qui forme le triangle polynésien dont les archipels de Vaihi (Hawaii), d’Aotearoa (Nouvelle-Zélande) et de Rapa-nui (île de Pâques) marquent les sommets.


Les langues polynésiennes {3}


La correspondance des langues :
Un métapolynésien ? {4}

1.4 Les langues indigènes de Polynésie Française : le Reo ma’ohi
Du fait de l’éloignement des archipels, il n’y a pas en Polynésie française une langue mais des langues polynésiennes que l’on nomme sous le terme générique Reo Ma’ohi . La désignation de la langue se réfère au nom du peuple de l’île ou de l’archipel qui la parle. On peut ainsi distinguer 5 langues polynésiennes parlées sur le territoire :
● dans l’archipel de la Société : le tahitien ou le reo tahiti (Famille Proto tahitien)
● dans l’archipel des Tuamotu: le paumotu ou le reo pa’umotu (Famille Proto tahitien)
● dans l’archipel des Marquises: le marquisien ou le reo’enata (Famille proto-marquisien)
● dans l’archipel des Australes : la langue des australes ou le reo tuha’apae (Famille Proto tahitien)
● dans l’archipel des Gambiers: le mangarévien ou le reo ma’areva. (Famille proto-marquisien)
Par ailleurs, en raison du peu de contacts existants entre les habitants d’un même archipel, il existe des différences sensibles dans la langue parlée d’une île ou d’un atoll à l’autre. La langue la plus répandue est le reo tahiti car les habitants de l’archipel de la Société sont les plus nombreux.
1.5 Caractéristiques du tahitien
Jusqu’au 19 ème siècle, jusqu’à l’arrivée des missionnaires, le tahitien était purement oral. Encore aujourd’hui, la prise de parole en public joue un grand rôle en politique et au Temple. Le 8 mars 1805, avec John Davis, missionnaire protestant, est créé un alphabet qui se base à la fois sur le système de prononciation tahitien et sur l’écriture latine. Dans cet abécédaire, il propose 8 consonnes f,h,m,n,p,r,t,v et 5 voyelles a,e,i,o,u. La mise à l’écrit du tahitien représente alors une démocratisation intense et extraordinaire de la langue. Femmes et enfants, pauvres et nobles auront le même accès à l’écriture. J. Davis produisit le premier livre écrit en écriture tahitienne en 1810 : Te Aebi no Tahiti. La Bible éditée et diffusée en 1940 remplace pour chaque famille le parau (paroles sacrées des chefs et prêtres). Le sacré oral et mouvant devient écrit et fixe. D’ailleurs les dernières tentatives pour moderniser les premières traductions de la Bible sont très critiquées et craintes. Depuis, la plupart des livres écrits avec ce système sont des ouvrages religieux ou éducatifs. Ayant peu de locuteurs les maisons d’édition éditent peu en tahitien.

Ses caractéristiques :
● Lexique : La langue tahitienne propose peu de mots, environ 1500
● Rythmique : Un même mot, selon la rythmique aura plusieurs sens. Selon les accents et le contexte, il signifiera différentes choses.

OE selon le contexte et l’intonation a cinq sens :

« Oe » Erreur, faute
« Oe » Cloche clochette
« O’e » Famine
« ‘ Oe » Pronom personnel, deuxième personne du singulier
« ‘ O’e » Epée, glaive
Chaque lettre se prononce. Le "r" se roule et le "h" est aspiré, le "u" se dit "ou" et le "e" "é" ou "è".


Il semble que ce soit une langue isolante. Il est admis de considérer une langue comme isolante lorsque les mots sont ou tendent à être invariables. En fait, une langue est isolante lorsque chacun des morphèmes est identifié à des mots graphiques isolables. Cela signifie que les marques du genre et du nombre, par exemple, constituent des morphèmes distincts et séparés du lexème, parce que chacun des mots correspond à un radical unique.
Les lexèmes ont un sens et les morphèmes font sens. Louise Peltzer aborde la grammaire tahitienne par l’analyse de phrases. Dans ces phrases elle distingue des lexèmes et des morphèmes, c’est -à-dire des signifiants et des mots qui n’ont pas de sens en eux-mêmes mais qui font du sens.
● Sa syntaxe est VSO exemple : Te’amu ra o Meheti i te vi.µ
Te’amu ra (mange) o Mehiti (Mehiti) i te vi (la mangue)
● Véhiculaire en Polynésie Française.

L’article premier des Droits de l’homme

’Irava matamua
E fanauhia te tā’āto’ara’a o te ta’ata-tupu ma te ti’amā e te ti’amanara’a ’aifaito. Ua ’ī te mana’o pa’ari e i te manava e ma te ’a’au taea’e ’oia ta ratou ha’a i rotopū ia ratou iho, e ti’a ai. {5}


Voici ci-dessous les unités significatives minimales regroupées par Louise Peltzer, avec les morphèmes qui ont un sens et les lexèmes qui font sens. {6}


Unités significatives minimales

2. Le français et l’arrivée des européens.
Les européens parcoururent le Pacifique à partir du 16ème siècle. Les espagnols cherchaient la route pour les Indes, les anglais cherchaient le Grand continent, les français cherchaient le commerce avec des navigateurs comme Bougainville. Ce sont d’abord des chasseurs de baleines qui accostèrent les îles. Puis le santal et la nacre furent recherchés et troqués. Rapidement une trilogie militaires-missionnaires-commerçants s’installa. Ils étaient numériquement faibles. Cette trilogie changea cependant profondément les structures de la société des maoris. Nous sommes dans la deuxième moitié du 19ème siècle.
Puis, certaines personnalités connues vinrent y chercher l’éloignement d’une société occidentale qu’ils supportaient difficilement. C’était le « paradis » de Gauguin. Les îles Marquises seront plus tard encore le refuge de Jacques Brel.
Ce ne fut qu’à partir de 1960 qu’un nombre important de français s’installa et provoqua ainsi un bouleversement linguistique. En 1962, la France ouvrit un Centre d’Expérimentation du Pacifique (CEP) sur une île des Gambier. Militaires et fonctionnaires s’installèrent accompagnés de personnes apportant les services secondaires. Des emplois furent créés, une transformation culturelle s’opéra. En 1967, l’ouverture de l’aéroport de Faa’a accentuera la transformation. Le niveau de vie augmenta très rapidement, les touristes arrivèrent.
3. La langue Hakka et l’arrivée des chinois
Après l’épuisement du santal et de la nacre, les français tentèrent les grandes cultures de sucre et de café. Les locaux ne désiraient pas travailler sur les plantations. Les français trouvèrent alors une main-d’œuvre de Chine, de la région de Canton, à la fin du 19éme siècle. Les français imposèrent aux chinois de couper leurs tresses et de franciser leurs noms.
Les plantations firent faillite, les chinois se spécialisèrent alors dans le petit commerce de proximité et dans la restauration.
Deuxième partie Raiatea et la langue tahitienne
Chapitre 1 Premier contact : l’affichage à Raiatea
Raiatea appartient à l’archipel de la Société, assise territoriale du tahitien. Cet archipel regroupe deux sous ensembles, deux archipels, les Iles du Vent et les Iles Sous le Vent. Raiatea est l’île principale des îles Sous le Vent. Elle relaie les principaux services de Tahiti, hôpital, lycées, tribunal et subdivision administrative par exemple.
La route de ceinture est de 96 km. La superficie de 238 km2 en fait la plus grande île de Polynésie après Tahiti, 1043 km2. Le recensement de 2002 comptabilisait 11 133 habitants. L’habitat est dispersé sur la route de ceinture. Les PK (périmètres kilométriques) comptabilisent le nombre de km à partir du nord d’Uturoa en direction de l’Est et de l’ouest. Il y a donc deux pk1, le pk1 ouest et le pk1 est. Ces pk se terminent au 46km au sud de l’île.
1. Les subdivisions administratives.
Trois subdivisions administratives se partagent l’île. C’est à Uturoa, pk0 au nord de l’île que se trouve « la ville » (32% de la population sur 14.87% du territoire). Du pk7 ouest au pk 8 ouest l’habitat est mitoyen, au-delà il est dispersé. Le sud de l’île est agricole. De nombreux pêcheurs.
● Uturoa
Uturoa, d’une superficie de 16 km2, compte 3 568 habitants. Ces activités économiques dominantes sont le commerce, le yachting et le tourisme de croisière. Les principaux services publics représentés sont la subdivision administrative des îles sous le vent (Etat), la circonscription administrative (Territoire), l’aviation civile (aérodrome d’Etat), la gendarmerie nationale, la section détachée du tribunal de 1ère instance de Papeete et le centre pénitentiaire de détention
● Taputapuatea
Taputapuatea, d’une superficie de 83 km2, compte 4 156 habitants. Trois communes sont associées : Avera, Opoa, Puohine. Son activité économique dominante reste l’agriculture. Aucun service public n’est représenté. Aucun établissement bancaire n’est implanté.
● Tumaraa
Tumaraa, d’une superficie de 71 km2, compte une population de 3 409 habitants. Quatre communes sont associées : Tevaitoa, Tehurui, Vaiaau, Fetuna. Sa principale activité est, pour elle aussi, l’agriculture. Aucun service public n’est représenté.
2. Sur la route de ceinture.


Nous allons observer l’affichage sur la route de ceinture. Notre premier contact sera donc visuel.
2.1 La signalisation routière
Lorsque nous parcourons la route de ceinture, l’unique route avec « la traversière », nous constatons que la signalisation routière est en langue française avec un signalement topographique en langue tahitienne.


Borne kilométriaue


Panneau de signalisation


Panneau de signalisation
2.2 Les « chinois »
Seuls des magasins d’alimentation offrent leurs services sur toute la route de ceinture. Tenus par des « chinois » ces magasins portent en général un prénom français ou le nom francisé des propriétaires. Ainsi nous pourrions lire l’enseigne « Chez André » ou « Chez Julien » par exemple.
2.3 Les édifices religieux
La Polynésie accueille un grand nombre de religions. Ces lieux de culte sont dispersés et restent de proximité pour la population qui ne dispose pas toujours de moyen de locomotion.

● Les églises catholiques
Nous comptons trois églises catholiques : l’église de St André PK1 ouest, l’église de Fetuna PK 43 ouest et l’église de Tumaraa PK 15 ouest.


Eglise catholique St André, panneau extérieur.
Un panneau plurilingue où ne figure pas le tahitien.

Toutefois, à l’intérieur de cette église, sur l’autel, est représenté St André avec une inscription en langue tahitienne : « Anaterea peata ».

● Les églises évangéliques
Nous comptabilisons six églises évangéliques sur l’île. Aucun panneau ne les signale.
A l’intérieur du temple d’Uturoa, sur l’autel, une représentation de Jésus est suivie d’une inscription en tahitien. « Petera te fare o te atua tenete ».
Dans le jardin, l’unique monument porte une inscription trilingue (tahitien-français-anglais).


L’unique monument du jardin porte
une inscription trilingue (tahitien-français-anglais)

● Les églises adventistes du 7 ème jour
Cinq églises adventistes du 7 ème jour sont présentes sur l’île. Les églises adventistes du 7 ème jour possèdent un panneau en français uniquement. Auparavant, il existait deux panneaux. L’un d’entre eux était en tahitien.
A l’intérieur des églises adventistes, il n’y a pas d’affichage.

● Les églises de Jésus Christ des Saints des derniers jours (les mormons)
Cinq églises mormones se dispersent sur la route de ceinture. Chez les mormons, le bilinguisme est systématique.


Le bilinguisme est systématique chez les mormons


● Eglise évangélique de Pentecôte
Une église évangélique de Pentecôte est présente sur l’île son affichage est en français exclusivement. A l’intérieur, à côté de la croix, se trouve une grande inscription en français « Dieu est amour » 1 Jean 4-16. A l’église évangélique de Pentecôte le tahitien n’est pas présent.

II est à noter que l’édifice religieux le plus proche du centre ville est catholique, le second est protestant, puis vient celui des adventistes et celui des mormons. Cette situation géographique des édifices révèle telle la reconnaissance française des religions ?
Nous remarquons l’absence de panneau chez les protestants de Raiatea. A Tahiti, le panneau signalant le Temple est en Tahitien. Est-ce un moyen de se démarquer de la nouvelle politique linguistique des protestants et de la nouvelle dénomination des temples ?
Bien qu’il y soit insufflé depuis peu une intention d’ouverture à la langue tahitienne, chez les catholiques, le panneau d’entrée signale le lieu en quatre langues…mais pas en tahitien.
2.4 Les établissements scolaires.
Les établissements scolaires se répartissent sur l’ensemble de la route de ceinture. Rien ne les distingue linguistiquement d’un établissement de métropole. Sur le panneau d’accueil, le niveau de l’établissement est en général suivi d’un nom de lieu. Aucun rappel n’est fait aux personnages célèbres de l’histoire polynésienne par exemple.
Au collège de Faaroa, sur le panneau d’affichage des élèves, les noms permettent de discerner la spécificité polynésienne du collège. En classe de sixième et cinquième, les emplois du temps indiquent aussi une heure de Reo Maohi et en quatrième, une LV2 tahitien.
Des affiches d’informations provenant du Ministère de l’Interprétariat concernant ici la sécurité routière et les maladies transmissibles sont bilingues. Cependant, le carnet de correspondance et l’agenda de l’élève offert par le Territoire, sont en français.


Collège de Faaroa, du nom de la baie de Faaroa

2.5 Les trois Hôtels de ville.
● L’Hôtel de ville de Taputapuatea
Cet hôtel de ville marque son emplacement en Tahitien « Te maramarama oreno Taputapuatea ». Sur le parking, les voitures de la mairie sont signalées en Tahitien et en Français. En déambulant dans le bâtiment, nous sommes attirés par de nombreux panneaux d’affichage où ostensiblement le Français prend place.

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